IV
WILLIAM
William avait partagé avec Hannah Berkley la barque pour la traversée du lac, le premier jour de sa scolarité à Poudlard. Il lui avait tendu la main pour l'aider à y monter. Il s'en rappelait clairement, car un détail avait éveillé sa curiosité à l'époque ; sur la paume d'Hannah une large cicatrice blanchâtre se laissait voir, il avait exactement la même et la coïncidence l'avait amusée. Si Hannah avait accepté sa main ce jour là ou tout autre jour où il l'avait priée d'accepter son aide (et dieu seul sait combien elle en a eu besoin!) il aurait vite découvert que le hasard était étranger à cette similitude. Il s'en était parfaitement rendu compte à présent et dans son esprit en proie au trouble le plus total, quelque chose de terrible se mettait petit à petit en place, mais il manquait des morceaux au fatal puzzle.
Il a toujours eu cette inclinaison pour elle, cet indomptable attrait qu'il ne savait s'expliquer. Peut-être que le hasard y était complètement étranger après tout? peut-être y avait t-il quelque chose de plus fort, une autorité impérieuse qui s'acharnait à leur révéler ce fil rouge qui unissait leur deux destinées?
Dés sa première année, William avait vu se transformer Hannah en un souffre douleur tout désigné. Et comme il avait lui aussi connu l'isolement et la discrimination dans sa vie d'avant Poudlard, quand il n'était que "William le loqueteux" pour toute une classe d'élèves, il avait essayé d'empêcher cette injustice, armé alors des meilleures intentions du monde.
C'était sans compter sur le tempérament de feu d'Hannah. Elle ne voulait absolument pas de son aide et l'avait rejeté de toutes ses forces, résolue à se forger une carcasse d'acier pour parer (seule!) aux traitresses attaques de la vie. Elle prenait sa sollicitude pour de la pitié et cela la mortifiait encore davantage que les bassesses de ses bourreaux. Il avait persévéré et afin de lui prouver la sincérité de sa démarche avait tenté l'impossible, mais face au mur implacable de son entêtement, de son rejet, il avait fini par lâchement abandonné sa résolution. Ainsi, il rejoignit le camps de ceux qui détournent les yeux et se taisent.
Il avait évolué loin de la sphère d'Hannah, aux antipodes même.
Il se sentait enfin à sa place et il ne put résister à l'appel de sa sociabilité naturelle. Sa personnalité extravertie pouvait enfin s'exprimer pleinement. Il s'était rapidement intégré et à sa grande surprise s'était vu élire au rang de leader malgré lui. Sa modestie, son sens aigu de la loyauté et son charisme naturel attirait irrémédiablement. Et puis il y avait ce pouvoir qui grandissait en lui, cette force phénoménale qui boostait sa confiance en soi. La canaliser fut le plus dur. Mais au vu de ses résultats à ce jour, tous ses enseignants s'accordaient pour dire qu'une fois sa scolarité finie toutes les carrières du monde seraient à sa portée.
Leurs positions antagoniste dans la hiérarchie partiale de Poudlard avait édifié une frontière infranchissable entre Hannah et lui. Il s'y était moult fois opposé sans jamais réussir à l'outrepasser. Mais les choses allaient devoir changer désormais, car qu'elle le veuille ou non, Hannah et lui étaient liés par le destin. Il l'avait toujours pressenti, il en était à présent intimement convaincu.
Le tableau de la grosse dame qui tenait lieu de porte aux dortoirs des Gryffondor pivota laissant entrevoir l'espace de quelques secondes l'animation des rouge et or et Hannah apparut. Il avait enfin réussi à la convaincre de discuter de l'incident d'Halloween, chose qu'elle refusait obstinément depuis lors.
Hannah n'était pas très grande, William la dépassait de deux bonnes têtes. Sa petite taille et sa minceur extrême lui donnait un air d'éternelle enfant. Ses cheveux brun intense, raide et soyeux était coupé court autour de sa petite tête lutine au menton pointu. Son teint était pâle quoique légèrement olivâtre et ses grands yeux étaient d'un vif ébène. Le tout avait un rendu très agréable au regard de William qui s'égara un instant dans sa contemplation, comme le ferait un enfant curieux de regarder de si près quelque chose qu'il était habitué à scruter de loin.
"Hannah...
Il avait toujours aimé son prénom, il lui allait si bien. Il aurait voulu avoir plus d'occasions de le prononcer mais sa propriétaire le fuyait comme la peste. Il sourit de toutes ses dents devant l'agacement peu convainquant qu'elle s'escrimait à lui manifester en toute situation et depuis toujours.
Elle froissa sèchement le morceau de parchemin sur lequel il avait inscrit un mot à son intention.
"Descend me voir tout de suite ou c'est moi qui vient. J'ai entendu dire que l'escalier qui mène au dortoir des filles était ensorcelé... je vais tenter ma chance quand même. William."
-Vraiment? s'exaspéra-elle.
Le sourire de William s'élargit. Il savait la révulsion profonde d'Hannah pour les attroupements de foule et les scandales et il ne doutait pas par conséquent qu'elle vienne le rejoindre ce soir. La légendaire alarme de l'escalier-toboggan des Gryffondor était connue de tous pour être extrêmement sonore.
-Qu'est-ce que tu veux? Ses lèvres fines se fripèrent dans une moue de mécontentement.
-Tu sais bien, Hannah. Je te cours après depuis des mois maintenant. Nier les faits n'arrangera rien. Viens! On doit trouver un endroit tranquille pour en parler, si possible loin des oreilles indiscrète, murmura-il en faisant référence a la dizaine de tableaux qui les entouraient et dont les occupants feignaient le sommeil.
Lorsqu'il tenta d'empoigner son bras, Hannah eut un violent geste de recule et fixa son regard inquiet sur la main que William tendait vers elle. Ce que suggérait cette réaction s'imposa alors à lui avec fulgurance. Hannah était brillante!
-Si nos mains se touchent encore, tu penses que cela pourrait se reproduire...?! s'exclama-il , stupéfait de ne pas y avoir pensé plutôt.
Elle dit "peut être..." mais lorsqu'elle leva ses grands yeux intelligents vers lui, ces derniers disaient "oui, ça se reproduira, y a pas de doute" et cela semblait la terrifier.
