VI

WILLIAM

C'était la première fois que William s'apprêtait à prendre du Polynectar. Il avait trouvé beaucoup de difficultés à s'en procurer au marché parallèle du chemin de traverse car sa vente était strictement prohibée par décret du Magenmagot et sa conception sans autorisation était désormais pénalisée d'un emprisonnement à Azkaban. Mais il en tenait une petite dose entre les mains et un cheveu de Mr Berkley, rapporté par les soins d'Hannah, sombrait dans la substance ocrée et boueuse à cet instant précis.

"Quand tu auras fait ça, tu trouveras ici des vêtements à mon père et sa baguette, précisa Hannah en lui tendant un sac.

-Sa baguette, est-ce vraiment nécessaire? s'inquiéta-il. Ne va-il pas se rendre compte de son absence?

-Certainement, acquiesça Hannah, en évitant son regard. Rassérénée, elle était de nouveau calme, résolue et, comme à son habitude : distante. Je dirais qu'on a un petit sursis avant que mon père ne comprenne ce qui se passe, parce qu'il comprendra. J'espère juste qu'on aura trouvé ce qu'on est venu chercher avant, car dans un cas comme dans l'autre je n'ai pas l'intention de jouer à la devinette plus longtemps. Qu'on trouve des réponses ce soir ou pas, je parlerai à mon père et il devra s'expliquer. Tu n'as rien à craindre, je lui dirais que je t'ai contraint à me suivre (elle l'apostropha lorsqu'il tenta de contester), je n'aurais pas de problème, mon père est Auror, toi par contre... Et je tiens à préciser que je n'ai pas pris sa baguette par fantaisie, elle nous est essentielle ; les dispositifs de sécurité du ministère sont plus imperméables que jamais. Je l'ai accompagné dans ses bureaux de nombreuses fois, je sais comment les vérifications sont appliquées et je crois qu'on peut les déjouer ; c'est les fêtes et le service de protection sera minime. Minime, mais pas inexistant. Je ne dis pas que ça sera facile, notre succès et loin d'être assuré d'avance. Alors, si tu hésites, si tu veux qu'on rebrousse chemin et qu'on oublie tout ça, c'est le moment ou jamais.

Pour William l'appréhension allait crescendo. En pénétrant au ministère de la magie dans le corps d'un autre, de cet Auror à la renommée internationale, cet homme pressenti pour le poste de premier ministre qu'était le père d'Hannah et dont il usurpait l'identité, il enfreignait à la fois son propre code moral et des lois pénales à la sévérité féroce. Il s'était préparé à ça, à cette montée d'angoisse, rien n'était plus naturel et pour y parer il évitait résolument de songer aux conséquences terribles qui ne manqueront pas de lui tomber dessus. Car, quoi qu'en dise Hannah, il n'avait pas l'intention de la laisser affronter les retombées toute seule. Intérieurement, il avait déjà fait une croix sur une potentielle carrière au ministère, après ce soir, il se considérerait même comme chanceux s'il évitait Azkaban.

Tout se passait comme prévu, Hannah et William qui avaient pris l'entrée des employés s'étaient pliés aux vérifications nécessaires. La baguette de Mr Berkley fut dûment contrôlée. Suivant les instructions de Hannah, William saluait les quelques collègues qui croisèrent leur passage et que Mr Berkley connaissait, échangeant même avec eux quelques mots de politesse lorsque c'était nécessaire.

Il ne put s'empêcher de prendre conscience du respect que tout le monde lui témoignait, des regards d'estime et d'amitié qui s'attardait sur lui (sur Mr Berkley) et de même qu'il distingua ces marques de déférence, il remarqua les précautions avec lesquelles on traitait Hannah et la complaisance teintée de pitié qu'on lui accordait. Il comprit alors l'erreur qu'il avait fait jadis et qu'il faisait encore maintenant sans y prendre garde, il s'apitoyait sur elle comme les autres, il faisait prévaloir sa faiblesse sur ses forces. Il se fit la promesse de changer cet état de fait.

"On y est William, murmura Hannah à son intention, le tirant de ses réflexions.

C'était le dernier guichet de sécurité, celui qui donnait l'accès au bureau de Mr Berkley. Lorsqu'il s'y engagea, il évita scrupuleusement de passer entre les deux piliers fixés au milieu de l'allée ; il traversa à côté comme par distraction.

"C'est un détecteur de sortilèges inspiré de la cascade du voleur de Gringotts, lui avait dit Hannah quelques instants plutôt. Ça ne mouille pas mais ça révèle si le sorcier qui le traverse utilise un quelconque procédé de tromperie, comme par exemple le Polynectar. Si tu y passes on est grillé."

"Euh...excusez-moi de vous importuner Mr Berkley, mais vous êtes censé passer par le détecteur, balbutia le garde sur son passage, visiblement gêné à l'idée de l'ennuyer avec ce détail.

-Ah! Jack. William s'approcha du garde, la main tendue, faisant abstraction de sa remarque. Hannah avait prévu cet obstacle et l'avait impeccablement instruit sur la méthode à suivre pour y parer. Comment va Wendy? Le petit ne lui donne pas trop de fils à retordre?

Son cœur se débattait avec force dans sa poitrine et son corps était raidi par l'appréhension. Sur ses lèvres le sourire était tremblant, mais le garde n'y vit que du feu. Il semblait trop ému de l'attention toute particulière que lui accordait l'éminent Auror. Il serra avec ferveur la main de William et le laissa rejoindre les bureaux sans plus d'objections.

Dès qu'ils furent à l'écart, William se laissa tombé à terre sur l'épaisse moquette qui garnissait le sol. Ses jambes flageolantes dédaignaient à le porter plus loin. Il expira son soulagement.

"Tu t'es très bien débrouillé, l'encouragea Hannah avec un sourire ambigu. Si on avait été obligé de l'appréhender et de le désarmer, on n'aurait pas eu le champ libre comme c'est le cas maintenant. On va avoir le temps de chercher ce qui nous intéresse à notre aise.

-Comment peux-tu rester aussi calme? s'étonna-il.

Elle haussa les épaules.

-C'est toujours l'effet que ça me fait d'être avec mon grand papa."

Il était rare pour William de voir Hannah faire de l'humour, il ne bouda donc pas son plaisir et se délecta du fou rire qui le submergea.

Merci d'avoir lu! Des impressions? ^_^