Voila la suite même si personne le l'a réclamée ^_^

Bonne lecture!

VII

HANNAH

Ils avaient retourné le bureau de fond en comble et ils ne trouvèrent rien sur eux. Pourtant, en mettant la main sur la centaine de dossiers qui gisaient le sol à présent, ils s'étaient sentis terriblement proche de l'ultime révélation.

Hannah n'était absolument plus certaine de vouloir l'entendre cette vérité, en fin de compte. Frappée d'apathie, incapable de faire la synthèse des découvertes macabres qu'ils avaient faites, elle s'était affaissée par terre et son regard atone exprimait un profond abattement. William n'abandonnait pas les recherches, mais de plus en plus fébrile à mesure que le temps passait, il se dispersait, revérifiait les mêmes dossiers plusieurs fois, visiblement incapable de les discerner les uns des autres. Dans son trouble, Hannah était pratiquement certaine qu'il ne voyait plus, ni ne lisait ce qui y était inscrit mais qu'il s'agitait ainsi pour repousser l'instant où il devrait laisser son esprit prendre la pleine mesure de ce qu'il leur était tombé dessus.

Il y avait des centaines d'enfants qui avaient vécu la même chose qu'eux, des centaines! Leurs photographies ; animées pour ceux qui appartenaient au monde de la magie, figées pour les moldus et les nés-moldu les avaient rendus plus concrets, plus palpables. Restée là à les contempler Hannah sentait cette implacable tragédie l'envahir réellement pour la première fois, la pénétrer dans toute son abomination. La douleur de cette intrusion atteignit bientôt en elle des recoins jusqu'à lors inexplorés, des replis encore méconnus.

Ils étaient tous mort.

Elle examina avec effroi, le dossier le plus proche. Amanda Dawkins, Nature : moldue, âge : neuf ans, Circonstances : enlevée devant son école, retrouvée morte par la police moldue. Aurors en charge de l'affaire : Hugh Fuller et Michael Berkley. Des larmes de rage obscurcirent la vision d'Hannah tandis qu'elle déchiffrait l'écriture de son propre père. Meurtre orchestré par "les purificateurs"... même schéma opératoire...Suspects: les mangemorts Jugson, Selwyn... présence de magie noire...Large cicatrice sur la paume de main...

"William! (Il fit mine de ne pas l'entendre)...William! (Il interrompit son agitation stérile mais ne se retourna pas pour lui faire face)...William, appela-elle avec plus de douceur dans la voix. Elle vit alors son visage décomposé. Dans l'océan de ses yeux sévissait la tempête ravageuse du désespoir. À cette vue, la poigne de fer qui tenait en étau le cœur d'Hannah se fit suffoquante.

-Tu ne trouveras rien sur nous, se désola-elle. J'aurais dû le comprendre depuis le début. Je connais bien mon père, si un dossier sur moi existe, il ne sera pas là, juste simplement classé parmi le reste. Il le gardera bien en sécurité, protégé par un quelconque moyen. Je viens souvent ici, dans son bureau, il ne peut prendre le risque de me voir tomber dessus par accident.

-Et le mien alors? Pourquoi n'y a-ti rien sur moi non plus? La détresse faisait chavirer la voix de William d'habitude si calme, si pesée.

-Je crois bien qu'il n'y a pas de tien ou de mien, s'entendit-elle dire, presque inconsciemment il y a le nôtre. Nous sommes les seuls a avoir survécus, William.

Au moment où elle proférait ces mots, elle en comprit toute la teneur ; ils étaient liés par cette tragédie plus profondément encore que ce qu'ils suspectaient. L'esprit d'Hannah se remit en ébullition aussitôt. Il y avait bien entendu un dossier sur eux et c'était son père qui l'avait pris en charge, il ne pouvait en être autrement, car si on avait touché à la famille de Michael Berkley, si on lui avait causé du tort d'une façon ou d'une autre, une éternité entière n'aurait pas suffit à refroidir son ardeur. Il n'était pas un homme qu'on pouvait désarmé et pour l'avoir vu à l'œuvre Hannah savait son ire féroce, impitoyable.

Ce département spécial était sa vengeance!

Comme une fulgurance, cette certitude pénétra sa conscience aiguë. C'était pour cette raison qu'elle ne devait jamais rien savoir des activités de son père ; elles la concernaient personnellement. Et tous ces mangemorts qu'il avait traqué des années durant au péril de sa vie, tous ceux qu'il avait mis derrière les barreaux d'Azkaban et pour lesquels il avait acquis une réputation d'homme de justice, c'était eux ses bourreaux!

Forte de cette conviction, Hannah scrutait les lieux avec plus de vigueur désormais ; elle cherchait un détail qui pourrait la guider. Son regard tomba alors sur ce portrait accroché au mur, une ancienne photographie de famille.

"C'est là, assura-elle avec conviction. C'est là qu'est notre dossier.

Elle s'y dirigea sans hésitation et tâtant les bords irréguliers du grand cadre, trouva le mécanisme d'ouverture qui y était dissimulé. Avec un déclic, le portrait pivota laissant apparaitre un coffre comme Hannah n'en avait jamais vu. Elle interrogea William du regard, indécise.

-C'est un coffre fort de confection moldue, assura-il. Il faut entrer un code sur ce clavier pour l'ouvrir. Des lettres ou des chiffres.

L'hésitation d'Hannah fut brève et ses doigts ne tardèrent pas à rejoindre le pupitre.

H. A. N. N. A. H

Durant une cruciale seconde, un silence total régna dans la pièce, mais le Tilt qui résonna ne tarda pas à lui confirmer son intuition.

L'odieuse vérité dans son écrin n'attendait plus qu'elle.

L'effet du Polynectar sur William se dissipait à vue d'œil, il était impératif qu'il quitte les lieux dans les plus brefs délais, mais il s'entêtait à vouloir rester avec Hannah et affronter les conséquences à ses côtés. Lorsqu'ils finirent de remettre le bureau en ordre, William avait repris son apparence initiale et on entendait des pas précipités au dehors. Michael Berkley fit bientôt irruption dans la pièce. Cette aura implacable qu'était la sienne renseignait tout un chacun sur le danger qu'il y avait à se frotter à un homme de cette prestance. Ses yeux intimidants se posèrent un instant sur William qui sans défaillir pour autant ressentit avec intensité la puissance impétueuse de l'Auror. Ce fut alors avec grand étonnement que William vit cette détermination vigoureuse faiblir si nettement lorsque le regard du père rencontra celui de la fille.