VIII
WILLIAM
Hannah avait demandé après un endroit où dormir, un endroit où son père ne pouvait la trouver. Le motel moldu où ils s'installèrent était bien le dernier endroit où l'Auror irait les chercher.
Mr Berkley leur avait tout raconter, depuis le début. Le dossier qu'avait trouvé Hannah était son assurance, l'avoir entre les mains avait contraint son père à divulguer l'entière vérité, aussi insoutenable fut-elle.
"Après la chute du seigneur des ténèbres, un groupe de mangemorts et de sympathisants de leur cause s'est rapidement fait connaitre du ministère et de nos autres Aurors, avait-il affirmé. "Les Purificateurs" ils s'étaient ainsi auto-nommés et ils se targuaient de reprendre le flambeau de leur maître déchu, pour la suprématie des sang-pur.
Hannah leur avait tourné le dos et assise sur un coin de bureau elle écoutait, en silence.
-Au début personne au sein du ministère ne les prenait au sérieux ; sans véritable leader ce genre de faction était promis à la dissolution ; beaucoup les sous-estimaient, les raillaient même pour leur entreprise désespérée. On les disait dans le déni de la mort de leur maître, effrayés même par leur soudaine impuissance. Tous couraient après les opportunités que la conjoncture de l'époque offrait et il n'y avait aucune gloire potentielle à combattre une poignée de mangemort gringalets, d'autant plus que ces derniers ne visaient jusqu'à lors que des moldus. La grande Bretagne se reconstruisait, le ministère lui-même léchait ses blessures ; des postes très importants attendaient pour leurs prétendants et ils étaient nombreux à les convoiter. J'étais dans le lot de ces imbéciles.
Mr Berkley s'était tu un instant et fixant la nuque de sa fille, semblait hésiter.
-Votre manque de considération les a provoqués. Ils vous ont donné une leçon, avait assuré Hannah dans un murmure.
-Oui, avait-il confirmé et son regard se fit si meurtri, si coupable que William ne put le soutenir. C'était la veille de la première célébration de la chute de Voldemort, j'étais resté tard au bureau ; je peaufinai mon discours en vue des prochaines élections. Des courriers ont alors commencé à affluer au ministère, par centaines, quelque chose était arrivée...certains Aurors une fois rentrés chez eux avaient trouvé la marque suspendue au-dessus de leur toit. Leurs conjoints avaient été tués pour la plupart et leurs enfants enlevés.
-La maladie de maman...? Hannah avait questionné d'une voix neutre toujours sans se retourner.
-C'est eux, avait avoué Mr Berkley, piteux. Ils lui ont injecté un poison, "la mort qui flâne" c'est ainsi qu'ils l'appellent. À l'époque j'étais le plus fervent opposant de la politique de "pardon" instaurée par le premier ministre Kingsley Shacklebolt, je militais activement pour la peine capitale envers tout mangemort avéré et j'avais un succès certain auprès de la population. On me pronostiquait largement vainqueur des élections. Ce qu'ils ont fait à ta mère était une mise en garde, un châtiment pour mon audace ; ils voulaient que mon agonie soit aussi lente que la sienne. Je l'ai faite hospitaliser et j'ai cherché après toi des jours durant, des mois. C'était comme si le ciel m'était tombé dessus. Avec ta mère malade et toi séquestrée j'en sais où, j'étais brisé, au bord de la folie. Je ne cessai de t'imaginer...d'imaginer ce qu'ils te faisaient. J'ai bien sûr abandonné ma compagne électorale et mon absence sur la scène publique m'a value d'être écarté des suffrages et Kingsley a été réélu... Je les ai traqués comme des bêtes, j'en ai tué des dizaines, emprisonné des centaines. On retrouvait les autres enfants, un à un, morts. Mais, il était inadmissible pour moi que tu aies connu le même sort, je ne pouvais le tolérer! J'ai outrepassé toutes les lois de notre constitution ; je ne livrai plus mes prisonnier, je leur faisais subir des choses innommables, des choses que le ministère ignore encore aujourd'hui ; des traitements inhumains digne du monstre qu'ils avaient fait de moi. Mais, ils avaient appliqué le sortilège Fidelitas et ce n'est qu'une fois qu'ils l'ont décidé que je t'ai retrouvé. Tu étais vivante contre tout espoir Hannah, mais tu n'étais plus...tu n'avais plus...
-Plus de pouvoir. Hannah avait fini la phrase de son père avec conviction. Comment ont-ils fait ça?
-Ils ont mis au point un maléfice. Un sortilège de magie noire basé sur un lien du sang qu'ils utilisent pour permuter la magie d'un corps à un autre. (Son regard dur s'était posé sur William un court instant) Ça semble impossible exposé ainsi mais c'est la stricte vérité... Tous leurs autres essais ont échoué et leur cobayes en sont morts, sauf vous deux. C'est une magie terrible, d'une grande complexité. Certaines rumeurs assurent qu'elle est le fait du seigneur du ténèbres lui-même, que c'était ce qu'il préparait pour la communauté magique si cette dernière était tombée sous son courroux. Il aurait alors purifié la race des sorciers de tous les sangs de bourbes ; avec ce sortilège il voulait, dit-on, rendre aux vrais sorciers les pouvoirs que les moldus usurpaient à cause des traitres à leur sang et de leurs préjudiciables alliances avec cette race inférieure.
Dans l'esprit de William le monstrueux puzzle s'était alors mis en place, si parfaitement qu'il ne trouva même pas en lui le courage de le réfuter. Cette magie qui l'habitait et qui l'avait sauvé plus jeune, celle-là même qui lui avait permis de connaitre autre chose que la misère d'une existence sans espoir était battit sur des cadavres. Ces pouvoirs qui faisaient sa fierté et qu'il attribuait à un don du ciel, n'étaient autre que le butin d'un effroyable larcin.
Il avait été malade et sitôt arrivé au motel il s'était précipité vers la salle de bain pour rendre tripes et boyaux. Il sentait à ses côtés la présence d'Hannah, mais il ne trouvait pas en lui le courage d'affronter son regard. Un sentiment de honte profond et diffus s'emparait de lui, inéluctablement.
"William...
La main d'Hannah serra doucement son épaule. Elle s'était agenouillée auprès de lui et avec précaution l'invitait dans ses bras.
Merci d'avoir lu! Des impressions? ^_^
