Chapitre II : Obstination et quiproquo
Au cours des deux semaines suivantes, Charlie tenta quelquefois d'engager la conversation avec Gabrielle sans grand succès. Elle l'observait en silence le plus souvent ou l'ignorait jusqu'à ce qu'il se lasse et parte. A deux reprises pourtant, lorsqu'elle perdait patience, elle lui avait jeté un regard noir agacé et lui ordonnait de la laisser tranquille. Son fameux « fou-moi la paix, Weasley ! » qui finissait par l'amuser parce qu'il réussissait à la faire réagir.
Un jeudi, la cloche qui annonçait la fin des cours de la matinée retentit. Les Gryffondors et les Serpentards sortirent de la salle de métamorphose dans laquelle les élèves avaient passé une heure à étudier la théorie et à prendre des notes et la seconde heure à essayer de changer des chouettes en jumelles de vue. Ils regagnèrent le couloir dans lequel se trouvaient les toilettes de Mimi Geignarde d'un côté, et un chemin menant vers les cachots de l'autre.
Une tête blonde que Charlie reconnut aussitôt remontait la foule d'élève. La jeune fille devait venir des cachots mais ne suivait pas les autres élèves qui se rendaient à la Grande Salle pour le déjeuner. Il prévint ses amis qu'il les retrouveraient à table dans quelques minutes et avant que l'un d'eux n'aient pu le retenir Charlie s'était déjà frayé un chemin parmi la foule. Il interpella Gabrielle qui regarda derrière elle qui l'appelait. En reconnaissant Charlie elle détourna les yeux sans plus de considération pour le Gryffondor. Gabrielle alla même jusqu'à accélérer le pas dans l'intention évidente de le distancer mais Charlie la rattrapa en quelques foulés.
-Gabrielle ! Attend-moi ! Je veux te parler, insista t-il en agrippant son bras.
La jeune fille se dégagea d'un mouvement brusque en se retournant, ses cheveux virevoltant derrière elle. Elle avait le teint pâle et des cernes naissantes sous les yeux. Elle ne devait pas avoir beaucoup dormi. Elle le dévisagea d'un drôle d'air, celui disant « il ne va pas bientôt me lâcher ? », cherchant sans doute à déceler pourquoi il semblait autant s'intéresser à elle. Visiblement, la sorcièrene comprenait pas qu'on puisse lui porter de l'intérêt.
-J'écoute..., se résigna la jeune fille en croisant les bras, sa voix laissait encore paraître une pointe d'agacement.
Charlie eut l'impression de se revoir quelques semaines plus tôt dans le Poudlard Express, lorsqu'il était devant la porte du compartiment dans lequel elle était assise. Une fois de plus il était devant elle et il ne savait pas de quoi lui parler, il aurait du y réfléchir avant pour ne pas dire quelque chose de stupide. Elle semblait commencer à s'impatienter devant son silence. Il devait dire quelque chose, n'importe quoi. Mais surtout pas quelque chose qui le ferait passer pour un idiot ou qui provoquerait la colère de la jeune fille.
-Tu vas participer aux sélections de Quidditch? Ne trouva t-il rien de mieux à demander.
-Comme chaque année, répondit-elle avec indifférence.
-Tu pense être sélectionnée pour cette saison?
-Somers me propose toujours de revenir dans l'équipe, fit-elle d'un ton désinvolte.
Charlie grimaça, Tyler Somers était le capitaine de l'équipe de Serpentard dans la même année que Gabrielle et ils se détestaient depuis le jour où Charlie avait fait gagner Gryffondor lors de son premier match de la saison, en deuxième année. A partir de ce jour là, les deux équipes avaient mis en place des stratagèmes plus sournois les uns que les autres pour mettre des bâtons dans les roues de l'autre. Et Charlie le haïssait encore plus maintenant qu'il réalisait que Gabrielle le fréquentait de temps en temps. Il était d'ailleurs toujours assit à côté d'elle dans la Grande Salle Mais il chassa ces pensées, ce n'était pas le moment de ressasser cette histoire.
-Et tu viens d'où? Enfin, j'imagine que tu habites en Angleterre sinon tu ne viendrais pas à Poudlard. Mais j'ai l'impression que tu as des origines françaises ?
-Oui, répondit-elle après de longues minutes pendant lesquelles elle faisait subir son regard condescendant au rouge et or.
-C'est ta mère qui est française? Demanda Charlie.
-Ce ne pourrait pas être mon père, n'est-ce pas? se moqua-t-elle en esquissant un sourire.
Un sourire faux qui se voulait désinvolte quand ses yeux aux iris métalliques restaient glaciales. Il s'en voulut d'avoir abordé le sujet et baissa les yeux au sol tandis que la honte colorait ses joues. Il se traita d'imbécile pour avoir ainsi gâché leur plus longue conversation. Il se sentait stupide, ridicule et maladroit, tout ce qu'il ne voulait pas paraître aux yeux de cette fille qui le fascinait.
-Pourquoi faut-il que tu sois aussi agressive? J'essaie seulement de me mettre à ta place, dit Charlie en espérant calmer la tension qui se dégageait de Gabrielle.
Peut-être aurait-il dû s'abstenir car les yeux de la blonde se remplir d'une colère qui foudroya le jeune homme sur place.
-Ah, parce que tu te met à la place des autres parfois ? Siffla t-elle avant de le planter en plein milieu du couloir.
Mais prit d'une impulsion soudaine, il lui attrapa le bras avec force une nouvelle fois. Il était irrité qu'elle le traite aussi injustement alors qu'il cherchait simplement à se montrer courtois, il voulait seulement la connaître un peu mieux. En voyant l'expression de son visage, Charlie comprit que quelque chose n'allait pas. Elle était partagé entre l'effroi et la surprise. Gabrielle récupéra son bras et le serra contre elle comme si son contact l'avait brûlé. Il ne se découragea pas pour autant.
-Dis donc, tu sais que j'ai eu dû mal à en savoir autant sur toi, lui dit-il de but en blanc. Heureusement que Bill en sait davantage, sinon tu resterais un véritable mystère.
-Promis, la prochaine fois je me colle un post-it sur le front avec les infos qui t'intéressent, ironisa t-elle.
-Tu te rends compte, que c'est la phrase la plus longue que tu aies dite depuis l'autre fois dans le train ?
Elle haussa simplement les sourcils.
-Lâche-moi Weasley !
Il eut un petit sourire après qu'elle ait dit cette phrase une fois de plus. Elle le gifla en plein couloir, énervée qu'il se soit moqué d'elle, avant de partir pour de bon. Il ne l'a reteint pas cette fois-ci et porta une main à sa joue douloureuse.
Charlie ne lui adressa plus la parole jusqu'au match de Quidditch opposant Serpentard à Gryffondor. Lors duquel elle lui avait délibérément foncé dessus alors qu'il poursuivait le vif d'or. Gabrielle l'avait coupé dans sa trajectoire, un sourire victorieux aux lèvres et avait récupéré le souaffle in-extremis avant de foncer vers les but des rouges et or pour marquer.
Charlie n'avait pu s'empêcher de l'admirer pendant qu'il faisait des tours au dessus du terrain. Faisant ainsi perdre de précieuses minutes à Gryffondor. Il en avait eu conscience mais il n'avait pu se résoudre à quitter la jeune fille des yeux. Ses déplacements étaient rapides, fluides, précis, avec une certaine habileté qui frôlait un style de jeu idéal. Elle avait une manière si particulière de jouer au Quidditch qu'il en avait le souffle coupé. Comme si ce sport avait était façonné pour elle. Elle jouait avec aisance, survolant et contournant les joueurs adverses avec une facilité déconcertante. Parfois quand elle avait le souaffle en sa possession, on avait l'impression qu'elle leur fonçait dessus mais au dernier moment elle faisait un écart et les frôlaient de si près qu'elle aurait pu les toucher.
C'est Liam, l'un des batteurs de Gryffondor et capitaine de l'équipe qui, après avoir renvoyé un cognard sur Tyler Somers qui venait de récupérer le souaffle, fonça sur Charlie et gronda :
-C'est pas le moment d'être distrait par cette blonde ! Fait ton boulot, Charlie.
La honte avait coloré ses joues, surtout que les joueurs qui volaient près des deux garçons avaient entendu la réprimande. Gabrielle qui flottait dans les airs non loin, avait affiché un sourire moqueur. Mandy, qui était l'une des poursuiveuse de Gryffondor, avait levée un sourcil sceptique et avait foncé sur Tyler qui affichait un sourire goguenard en narguant Charlie sur leur avance de cinquante points à dix pour lui voler le souaffle. Leur capitaine, Liam Carlton un septième année, beau avec des cheveux blond, comptait toujours sur elle pour mener l'attaque en V, son balais étant le plus rapide parce que ses parents avaient les moyens de lui offrir. Mandy fut rejointe par ses coéquipières et elles foncèrent tout droit sur les but des Serpentard après avoir mit en place la formation. Comme propulsé en avant, la jeune fille marqua dix points pour Gryffondor, le jeu redémarra soudain avec plus de force et tous les joueurs réintégrèrent leur poste.
La victoire revint néanmoins aux Gryffondors grâce au talent de Charlie qui avait finalement attrapé le vif d'or après cinquante minutes de jeu. Les Serpentards avaient tout de même réussi à marquer cent soixante points. Douze buts avaient été marqués par Gabrielle qui virevoltait entre les joueurs au lieu de simplement voler jusqu'au but des rouges et ors.
Tous les élèves remontaient vers le château pour le déjeuner, tandis que les joueurs des deux équipes regagnaient les vestiaires placés aux deux extrémités du terrain pour éviter d'éventuel conflits d'après match. Les garçons se rendirent dans les douches adjacentes pour détendre leur muscles, tandis que les filles faisaient de même dans le vestiaire qui leur étaient attribué. Charlie enfila un jeans un peu usé et un débardeur gris puis retourna chercher ses affaires de Quidditch qu'il rangea dans un sac. Il récupéra son balai et sortit du stade. En remontant l'allée qui menait au château, il reconnu au loin la silhouette de Gabrielle qui était accompagnée de Tyler. Leur conversation semblait animé, puisque de là où il se trouvait, il voyait les lèvres des deux élèves de Serpentards bouger. Mais c'est surtout les gestes agacés et le visage de Tyler qui le laissait supposer que la conversation ne se déroulait pas comme le Serpentard le souhaitait. Soudain, Gabrielle s'arrêta brusquement, permettant à Charlie de raccourcir la distance qui les séparaient. Des éclats de voix parvenaient à ses oreilles.
-Ça ne te regarde pas, Somers. Et je ne t'en parlerais certainement pas. Qu'importe ce qu'a bien pu te promettre mon père, je refuse d'être confrontée à un tel choix.
Elle fit demi-tour afin de clore la discussion. Mais en apercevant Charlie qui remontait également le chemin, elle fronça les sourcils et sembla encore plus contrariée et décida de bifurquer sur la gauche pour rejoindre la volière. Lorsque Somers se détourna pour continuer son ascension, Charlie marcha à la suite de la jeune fille. Gabrielle commençait à monter les marches de pierre quand elle fit volte-face. Charlie passa une main dans ses cheveux qu'il n'avait pas pris le temps de sécher, faisant tomber quelques goûtes.
-Qu'est-ce que tu me veux encore, Weasley ?!
-C'était un beau match, tu ne trouve pas ? Je voulais te féliciter pour ton jeu.
-Alors j'imagine que moi je devrais te féliciter pour ton sens de l'observation, dit-elle en se postant juste devant Charlie.
-Merci, répondit-il en croyant qu'elle complimentait la manière qu'il avait de trouver le vif d'or.
-Peut-être devrais-tu mettre ce don à profit pour chercher le vif d'or au lieu de lorgner sur tes adversaires, siffla t-elle.
Il baissa les yeux sur ses chaussures, leur trouvant soudain un intérêt particulier avant de vivement relever les yeux.
-Tu veux dire par là, que ça t'arrangerais que je ne sois plus distrait par toi afin de gagner plus rapidement le match.
Gabrielle le considéra d'un air hautain avant de croiser les bras sur sa poitrine. Ce n'était pas pour rien que cette fille faisait peur aux élèves. Il se dégageait d'elle une telle impression de supériorité que Charlie en eut des frissons dans le dos.
-Tu es bien prétentieux pour pouvoir te vanter sur ta manière de jouer. Pourtant, je t'ai trouvé très maladroit durant le match.
-Si tu parle du moment où tu a foncé sur moi, je tiens à préciser que c'était uniquement dans le but de ne pas priver Serpentard de leur meilleur poursuiveuse.
Elle le regarda longuement sans rien ajouter de plus. Si bien que le silence qui s'installa entre eux finit par devenir pesant.
-Arrête de faire ça, dit-elle au bout d'un moment.
-Faire quoi ?
-Me suivre. Me parler, essayer d'en apprendre plus sur moi pour me connaître. Garde ta pitié pour toi et continu de m'ignorer comme avant. On ne deviendra pas ami, Charlie Weasley.
-Pourquoi ?
-Parce que je n'en ai pas envie, dit-elle en lui tournant le dos.
Ce soir là, dans la salle commune, c'est Bill qui avait voulu lui parler. Enfin, disons que l'aîné des Weasley avait attrapé son petit frère derrière la nuque au moment ou celui-ci entrait dans la salle commune. Bill tira son cadet à l'extérieur devant les yeux ébahi de Jason et Mandy qui accompagnait l'attrapeur de Gryffondor. Les protestations virulentes de Charlie faisaient se retourner les tableaux à l'expression scandalisées sur le passage des deux garçons quand ils traversaient les couloirs. Bill ouvrit une salle inutilisée du sixième étage et poussa Charlie à l'intérieur sans ménagement.
-C'est quoi ton délire, exactement ?! s'écria Bill en fermant violemment la porte derrière lui sans oublier de lancer un assurdiato pour que personne n'entende leur dispute.
-De quoi tu parle? demanda Charlie sur la défensive.
-De ton manège ridicule avec cette allumeuse, rugit-il, comme si la raison frôlait l'évidence.
-Gabrielle n'a rien d'une allumeuse, protesta Charlie avec force.
-Ah parce que c'est Gabrielle maintenant ?! Railla Bill. C'est une blague, j'espère ? Qu'est-ce que tu crois ? Elle est fille de Mangemort, Charlie ! Un mangemort en liberté. Tu ne peux pas être ami avec elle, c'est dangereux.
-Ça m'est égal, répondit-il en baissant les yeux au sol.
-Tu sais bien que ça finira par te retomber dessus.
-Pourquoi tout le monde s'obstine à l'éviter? Elle n'a rien fait, ce n'est pas sa faute ! Gabrielle mérite qu'on s'intéresse un peu à elle avant de la juger.
-Je veux savoir, es-tu amoureux d'elle ? Demanda soudain Bill d'un ton froid.
-Non, démentit Charlie immédiatement, peut-être trop vite pour être convaincant, devant le regard dubitatif de Bill, il précisa. Je n'en sais rien, je ne me suis pas posé la question. Elle m'intrigue. Je veux la connaître.
Il se tu quelques instants et alla s'asseoir sur un vieux bureau au centre de la pièce. Bill s'approcha et tira une chaise sur laquelle il s'assit. Un sourire apparu sur les lèvres de Charlie et il continua.
-Elle a un sale caractère mais ça la rend différente des filles que je côtoie. Elles sont toutes agréables et souriantes, riant de mes blagues. Mais Gabrielle, elle ne suit pas le même fonctionnement. Elle aime la solitude, et ça l'agace quand je cherche à la connaître. Elle ne semble pas vouloir être proche de quelqu'un.
-Alors, laisse-la si elle n'en a pas envie, conseilla Bill qui écoutait à présent son petit frère avec attention.
-Je crois que c'est une carapace qu'elle s'est forgée. Au fond, si j'arrive à lui prouver qu'elle peut avoir confiance en moi, je suis sur que je découvrirais une fille bien.
-Toi et ta lubie de croire que tout le monde est bon.
-Et toi tu es persuadé qu'il n'y a que les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Pourtant, tout n'est pas noir ou blanc. Il y a une part de bien et de mauvais en chacun de nous. Et il y a du bon en elle. J'en suis sure.
-Tu es foutrement amoureux de cette fille, Charlie, soupira Bill.
-Ne dis pas n'importe quoi !
Bill lui lança son fameux regard qui disait clairement qu'il n'y croyait pas une seule seconde.
-Je te connais trop bien, p'tit frère ! Si tu continue à la fréquenter, il n'y aura pas que moi sur ton dos. Et tu peux être sur que maman et papa ne lâcherons pas l'affaire.
-Les parents s'en ficherons, tenta Charlie.
-Pas de la fille Foxter ! Souligna Bill. Je ne veux plus te voir traîner avec.
-De quel droit tu peux m'ordonner ça ? S'enhardit Charlie
-Parce que j'ai visiblement plus conscience que toi de l'embrouille dans laquelle ça va te mener. Pourquoi tu ne choisirais pas une autre fille ? Comme... Cassandra ? Elle est mignonne et elle est folle amoureuse de toi.
-De quoi tu parle ? Cassie n'a pas ce genre de sentiment pour moi.
-Bien sur que si, affirma Bill. Tu as toujours été trop distrait pour le remarquer. C'est parce que tu la considère trop comme une bonne copine pour t'en rendre compte.
-Parce que c'est une bonne amie. Et elle ne sera rien de plus.
-Fais-moi plaisir Charlie, arrête de la fréquenter.
-Ne t'inquiète pas pour ça, elle m'a dit clairement qu'elle ne voulait pas qu'on devienne amis.
-Tant mieux, souffla Bill avec soulagement. Alors le problème est réglé.
