Chapitre VII :
Peu avant les vacances de noël, Charlie se rendit à la bibliothèque dans l'espoir d'y croiser la jeune fille, bien décidé à lui parler avant de partir. Cela faisait en effet une éternité, lui semblait-il, qu'il n'en avait pas eu l'occasion. Non seulement son absence soudaine l'avait inquiété mais il voulait surtout en apprendre plus sur cette intrigante scène qu'il avait surpris entre Gabrielle et le Professeur Rogue dans les cachots.
Charlie fut heureux et presque soulager d'apercevoir la jeune fille entre les rayonnages de la section potion. Il grimaça pourtant à cette constatation. Sachant qu'elle était douée en potion, il ne put s'empêcher de penser qu'elle se donnait tant de mal dans le seul but de plaire au professeur Rogue. Il chassa cette idée de sa tête et s'avança vers la jeune fille, qui, trop absorbée par l'ouvrage qu'elle tenait entre les mains, ne l'avait pas entendu approcher.
-Salut, dit-il en s'avançant jusqu'à être à sa hauteur. Ça faisait un moment que je ne t'avais pas vu.
-Weasley ! Fit-elle en soupirant après avoir levé les yeux au ciel. Je savais que tu viendrais me voir tôt ou tard mais j'espérais un peu plus de répits.
Elle referma le livre qu'elle tenait toujours avec un tremblement imperceptible et le reposa sur l'étagère. Puis, elle tourna les talons dans l'intention évidente de le planter là.
-Pourquoi tu n'as pas ouvert ma lettre ? Demanda-t-il en attrapant son poignet pour la retenir.
-Aïe ! S'exclama t-elle en se crispant. Quelle lettre ? Demanda Gabrielle aussitôt après l'avoir fait lâcher prise.
-La lettre que je t'ai...attend ! Dit-il soudainement quand il la vit masser celui-ci avec une imperceptible grimace. Qu'est-ce que tu as au poignet ? Je suis certain de ne pas avoir serré si fort.
-Je n'ai rien au poignet ! Fit-elle agacée. Et je n'ai pas non plus reçu une lettre de ta part alors maintenant fiche moi la paix !
-Il s'est passé quelque chose ? Demanda-t-il.
Elle se tendit presque instantanément, détourna le regard en prenant soin de ne pas laisser Charlie voir son visage.
-Je ne vois pas de quoi tu parles ! Répondit Gabrielle d'une voix assurée. Il ne s'est rien passé.
Le jeune homme fronça les sourcils. Il commençait à suffisamment la connaître pour deviner quand elle était mal à l'aise. Elle lui mentait, Charlie en était sur. Il décida de biaiser.
-Tu étais partie de Poudlard ?
-J'étais chez moi parce que j'étais malade.
-Ce n'est pas cohérent, persista le rouquin. Si c'était le cas tu aurais été à l'infirmerie.
-Mon père a voulu que je retourne chez lui, lança t-elle par réflexe.
Un long silence suivit sa déclaration durant lequel Charlie, surprit, laissa sa bouche exprimer toute sa stupéfaction pendant que Gabrielle baissait les yeux. Elle eut tout le temps de regretter les paroles qu'elle venait de prononcer.
-Chez ton père ? Répéta Charlie d'une voix abasourdi. Mais Dumbledore...
-Ne peut rien faire face à ça ! Maintenant, laisse-moi, dit-elle sans volonté.
-Non ! Que s'est-il passé ? Insista t-il. Je ne comprend pas pourquoi Dumbledore t'as autorisé à retourner chez ton père alors qu'il est recherché par les Aurors. Lui, mieux que quiconque, devrait le savoir.
-Parce que Dumbledore n'a pas le choix. Lui, ni aucun sorcier dans ce monde, ne peut refuser le droit parentale que mon père à sur moi.
-C'est horrible ! Fit Charlie plus pour lui même que pour la jeune fille.
Cela agaça Gabrielle et un tique nerveux agita le coin de sa bouche.
-Et où crois-tu que je vais lorsque l'année scolaire se fini ? Demanda t-elle d'un ton condescendant.
-Chez ta mère évidemment, répondit-il avec humeur.
-Elle est morte..., Lâcha Gabrielle d'une voix blanche, le teint livide, ses yeux étaient vides de toute émotion.
-Je suis désolé, déclara Charlie qui s'en voulait d'avoir provoqué chez la jeune fille une telle tristesse. Comment c'est arrivé ?
Gabrielle qui avait baissé les yeux au sol les releva si soudainement que Charlie sursauta. Elle posa sur lui un regard rempli d'une haine si puissante qu'un courant d'air froid traversa son corps jusqu'à ce qu'il sente ses poils se dresser sur sa nuque. Finalement, il n'était plus sur de vouloir le savoir. Avec une lueur indescriptible dans les yeux, Gabrielle répondit d'une voix inhumaine qui lui glaça le sang.
-C'est mon père qui l'a tué.
Charlie s'en voulut d'avoir posé toutes ces questions. Il se sentit coupable. Gabrielle avait perdu sa mère et c'était à cause de son père. Il se demandait pourquoi. Mais le père de Gabrielle était un Mangemort, un fanatique et sa mère une moldue, la raison de sa mort n'était pas si difficile à comprendre. Mais pourquoi avoir conçu Gabrielle ? Si il savait que la mère de Gabrielle était moldu, ce que les mangemorts exècrent le plus au monde, il aurait dû la tuer tout de suite, non ? Est-ce que ses parents s'aimaient malgré tout ? Est-ce que son père est violent avec elle parce qu'elle lui rappel sa mère ? Pourquoi continuer à s'occuper d'elle si il passe son temps à la battre ? Elle vit quand même chez lui pendant les vacances scolaires, si il avait honte de sa fille de sang-mêlé ou si elle représentait une gêne quelconque, n'aurait t-il pas pu se débarrasser de son autorité parental sur Gabrielle ?
Les pensés de Charlie en était là de leurs réflexions lorsque Gabrielle poussa soudain un soupir exaspéré qui le ramena à l'instant présent. Elle le dépassa dans l'intention évidente de quitter la bibliothèque. Charlie lui emboîta le pas.
-Je ne me rappel pas avoir dit que tu pouvais me suivre, Weasley !
Ils étaient maintenant dans un des couloir du château, peu fréquenté à cette heure avancée de la soirée.
-C'est que... j'essaie de comprendre, dit-il.
Elle s'arrêta si brusquement que Charlie faillit lui rentrer dedans. Elle posa sur lui un regard assassin.
-Moi je ne veux pas que tu comprennes ! Rien de tout cela ne te regarde ! Tu n'as pas encore compris que tu me fais chier à me coller comme tu le fais depuis le début de l'année. Je n'aime pas les personnes comme toi. Être aussi obstiné... Je n'aurais jamais cru ça possible, même pour un Gryffondor. Je ne sais pas ce qui t'a fait croire que l'on pourrait être amis, mais ça n'arrivera pas. Retourne voir tes copains rouge et or ! Fou-moi la paix Weasley ! Retourne à ton ancienne vie et fais comme avant. Lorsque je n'existais pas... lança t-elle d'un coup sans reprendre son souffle.
Charlie avait écouté Gabrielle dans un calme parfait. Sans savoir ce qui le poussa à agir ainsi, sans dire un seul mot, il prit la jeune fille dans ses bras et la plaqua contre le mur de pierre. Elle laissa échapper un cri de surprise si aigu qu'il n'était pas sur qu'il venait d'elle. Elle eut à peine le temps de se remettre de sa surprise que Charlie posait ses lèvres sur les siennes avec toute la douceur dont il était capable. Il n'avait jamais embrassé une autre fille avant Gabrielle. Il aima immédiatement la texture de ses lèvres et la chaleur qui se dégageait de leur étreinte. Elle ne le repoussa pas. Il lâcha ses poignets et laissa glisser ses mains le long de son dos jusqu'à sa taille. Elle se crispa à son contact mais ne le rejeta pas comme elle avait l'habitude de le faire. Gabrielle glissa avec une hésitation tremblante ses mains sur les épaules de Charlie. Il sentit ses lèvres s'entrouvrir sous les siennes et approfondit leur baiser. Leur langue se trouvèrent et entamèrent un ballet langoureux jusqu'à ce que le manque d'air les oblige à se séparer.
Le front posé contre le sien. Charlie prit le temps d'observer Gabrielle pendant qu'ils reprenaient tout les deux leur souffle. Il n'y avait plus de haine dans son regard, plus d'arrogance mais une émotion incertaine comme un mélange de sentiments contradictoires. Elle semblait perdue, presque comme déconnecté de la réalité. Ses joues étaient légèrement rosés et il posa ses lèvres dessus pour goûter sa peau chaude. Tout contre ses lèvres, il murmura :
-Je t'aime Gabrielle.
Elle ne sembla pas comprendre immédiatement ce qu'il venait de dire. Elle cligna des yeux plusieurs fois alors que l'information faisait son bout de chemin jusqu'à ce que ses yeux s'écarquillent d'effrois.
-Je... non... pas moi ! Dit-elle en secouant la tête avant d'essayer de partir.
-Pourquoi ? Pourquoi tu me rejettes à chaque fois ? Demanda-t-il vivement en lui attrapant le poignet. Je sais que si au moins tu ne ressens pas la même chose, cela ne doit pas s'en éloigner de beaucoup.
Elle grimaça à ce geste. Charlie remarqua alors qu'elle faisait toujours cela lorsqu'il attrapait son poignet.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Je te fais mal ?
Gabrielle tira sa main pour se libérer et Charlie resserra la pression qu'il exerçait sur son poignet pour l'en empêcher. Elle gémit.
-Fais voir ! Ordonna t-il, il était certain qu'elle était blessée.
-Non, ce n'est rien, répondit un peu trop précipitamment la jeune fille.
-Montre-moi, répéta t-il calmement.
Devant son refus d'obtempérer, Charlie remonta violemment la manche de son uniforme sur son bras. Sa main tremblait légèrement. C'est là qu'il vit un énorme bleu sur le tour complet du poignet de Gabrielle et grimaça en en voyant un autre qui commençait au niveau de son coude et disparaissait sous sa manche. Sur plusieurs endroit de son bras, il voyait des marque jaunies venant de bleus plus anciens. Il fronça les sourcils et regarda Gabrielle qui avait retrouvé son air arrogant.
-Qui t'as fait ça ?
Il sentit un élan de colère monter doucement en lui.
-Mon père ! Cracha t-elle en dégageant son bras des mains de Charlie. C'est bon ? Tu me fou la paix maintenant que ta curiosité est satisfaite ?
-A noël dernier... Tu es revenu avec un œil au beurre noir... C'était ton père aussi ?
Elle acquiesça.
-Depuis combien de temps cela dure ? Demanda-t-il d'une voix ferme.
-Depuis aussi longtemps que je m'en souvienne.
-Mais, personne ne peut rien faire pour t'aider ? Les professeurs ? Dumbledore ? Je suis sûr que Dumbledore pourrait t'aider, affirma Charlie
-Tu es stupide ou bien? s'énerva t-elle. Je t'ai dit que mon père détenait l'autorité absolu sur moi. Il préserve un principe d'éducation très traditionnel et peut m'infliger les corrections qu'il juge nécessaire si cela lui chante. Tu fais parti d'une famille de sang pur, tu devrais savoir comment les anciennes familles élevaient leur enfant il y a quelques années. Dumbledore n'y peut rien, et même le ministère de la magie ne peut pas intervenir.
Charlie déglutit. Il avait le sentiment qu'elle ne parlait pas de travail supplémentaire, de corvées ménagères ou autre chose du même style que sa mère leur infligeait.
-C'est tout, fin de l'histoire. Maintenant que tu sais tout de ma vie, je ne veux plus jamais que tu m'adresse la parole. Je ne veux plus te voir. Raconte ce que tu as appris à qui bon te semble. Je m'en moque ! Je veux juste que tu me foute la paix. Et si t'as pas encore compris ça c'est que t'es vraiment con.
-Ne fais pas semblant de me rejeter, je sais que tu m'apprécie ! Persista-t-il.
-Non, c'est faux !
-Tu m'as embrassé !
-TU m'a embrassé ! Souligna t-elle volontairement. Et au cas où cette idée te reviendrais en tête, je tiens à te préciser que je suis fiancée à Tyler Somers depuis toute petite.
-Quoi ! S'exclama t-il d'un air ahuri. Ce crétin !? Pourquoi ?
-Parce que mon père et le siens en on décidé ainsi.
-Mais tu ne l'aime pas, n'est-ce pas ? Sinon, tu m'aurais repoussé.
-Je t'ai donné ce que tu voulais pour que tu me laisse tranquille, fit-elle en excluant délibérément de répondre à sa question. Maintenant tu peux te vanter d'avoir accompli un exploit. Embrasser la folle à lier.
-Tu n'es pas folle !
-Ah bon ?! Tu en es sur ?
-Évidemment que tu ne l'es pas ! Et je ne fais pas semblant d'être ami avec toi ou de t'apprécier pour pouvoir en tirer un certain mérite ou quelque chose dans le genre. Non, tu n'es pas folle. Bien que je me demande ce que tu fabriquais avec Rogue l'autre soir ?
Elle ouvrit la bouche, semblant à la fois scandalisé et abasourdi. Sans même chercher à savoir à quelle soirée il faisait référence et répondit.
-T'es sérieux là ? Je t'en fou plein la gueule pour que tu me lâche et toi t'es en train de me faire chier parce que t'es jaloux d'un prof !
-Je t'ai vu sortir de son bureau juste avant le couvre feu. Vous aviez l'air de très bien vous entendre.
-Ce que je fais avec le professeur Rogue ne te regarde pas ! S'écria t-elle hors d'elle.
-Je suis d'accord avec Miss Foxter, retentit la voix caverneuse du terrible maître des cachots.
-Professeur Rogue, s'exclama Gabrielle pour le saluer poliment.
Il lui rendit son hochement de tête avant de tourner son regard ténébreux sur Charlie qui osait à peine respirer.
-Rien de ce que je fais avec miss Foxter ne vous concerne, si vous avez un problème, je vous enjoint à en référer au Professeur Dumbledore qui parviendra peut-être à vous apprendre, à défaut de vous mêler de vos affaires une bonnes fois pour toute, le principe des cours particuliers, et de l'ambition intellectuelle. Et si même notre cher directeur n'y parviens pas... Rogue laissa sa phrase en suspens quelque seconde le temps de laisser échapper un soupir faussement désolé avant de continuer. Je suppose que c'est peine perdue.
Charlie sentit toute chaleur quitter son visage sous le regard sévère de son professeur. Il ne devait pas être loin d'avoir le même teint de peau que Gabrielle. Il ressentit soudain la honte cuisante de s'être trompé dans son jugement. Maintenant qu'il avait eu un semblant d'explication de Rogue et surtout de s'être rappelé à quel point celui-ci avait un physique disgracieux il comprit immédiatement à quelle point il avait été dans l'erreur. Le pire étant sans doute que Rogue les avaient écouté depuis un petit moment maintenant. Il ignorait la portée de ce qu'il avait pu entendre mais il était certain que la terreur des cachots avait compris que Charlie imaginait une relation interdite entre eux. Vu la vitesse à laquelle il l'avait détrompé et son regard assassin à cet instant.
Soudain, les commissures de ses lèvres inexistantes s'étirèrent en un rictus méprisant. Comme seul Rogue savait les faire.
-De plus monsieur Weasley, je suis au regret de vous apprendre que je retire cinquante points à Gryffondor pour avoir trouvé un élève de Gryffondor hors de sa salle commune après l'heure du couvre-feu. Et que vous aurait aussi une retenue. Quant à vous Miss Foxter, vous pouvez retourner dans votre salle commune.
Gabrielle qui avait fixé un point invisible sur le mur depuis que Rogue était arrivé, tourna le dos aux deux homme et disparut au bout du couloir sans dire un mot. Rogue se retourna entièrement vers Charlie de son immense personne imposante. Le Gryffondor se senti se liquéfier sur place pendant un instant avant de se reprendre. Le courage des Gryffondor avant tout, se dit-il.
-Vous n'avez pas le droit ! Le couvre-feu n'a pas encore sonné.
-Le temps que vous regagnez votre salle commune ce sera le cas, dit-il d'une voix sombre. Tandis que Miss Foxter a encore le temps de rejoindre sa salle commune.
Charlie resta silencieux et se retint de justesse de l'insulter. Il aurait dû commencer à partir pour retourner dans sa salle commune mais quelque chose lui disait que sa conversation avec Rogue n'était pas terminé. En le voyant planté là sans bouger, Rogue haussa un sourcil interrogateur. Peut-être que leur conversation était fini finalement.
Charlie tourna les talons et rejoignit les étages supérieurs avec un sentiment de malaise croissant. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il avait l'impression qu'il allait avoir de gros problème après cette conversation. Il repensa à Bill qui l'avait avertit à propos de Gabrielle et pensa que son frère avait finalement raison. Mais malgré tout cela, il n'arrivait pas à se départir de sa détermination à connaître la jeune fille, à la comprendre et à l'aider. Maintenant qu'il en savait un peu plus sur elle, il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir trouver un moyen de la protéger. Mais si même le Ministère de la Magie ne pouvait intervenir, il se demandant bien comment lui, un gamin de seize ans allait bien pouvoir arranger la situation.
C'est donc impuissant qu'il franchit le portrait de la Grosse Dame bien après que la cloche du couvre-feu ai retentit. Quelques élèvent traînaient encore dans la salle commune mais il n'aperçut aucun de ses amis. Avec le pas lourd il monta les quelques marches qui le séparaient de son dortoir et s'affala sur son lit après s'être changé. Il eut beaucoup de mal à trouver le sommeil cette nuit là.
Le lendemain matin, quand il fut réveillé par Jason et Rayan pour aller prendre le petit déjeuné il avait une mine affreuse que la douche froide qu'il venait de prendre n'avait pas réussi à arranger et il était fatigué. Rayan ne se priva pas de le lui faire remarquer tout le long du trajet jusqu'à la Grande Salle.
-T'as fait quoi la nuit dernière ? S'exclama t-il encore en faisant en sorte de se faire entendre par un groupe de fille lorsqu'ils franchirent enfin les doubles portes. Une nouvelle conquête parmi tes admiratrices.
Sa remarque suscita l'intérêt des élèves se trouvant proche d'eux. Charlie jeta un regard embarrassé autour de lui en espérant que personne n'ai rien entendu. Lorsque ses yeux se posèrent sur des filles de Poufsouffle en cinquième années et qu'il vit leur joues rosirent en détournant subitement les yeux, il sut que ce n'était pas le cas et que d'ici la fin du petit déjeuné toute la grande salle serait au courant de sa fausse réputation de tombeur.
-Lâche-le Rayan, soupira Jason en s'installant en face de Cassandra et Mandy.
-Merci, murmura Charlie plus pour lui-même qu'a l'intention de son meilleur ami.
-Mais quand même, continua Rayan, tu as vu sa tête ! Tu es rentré à quelle heure hier soir ?
-Juste après le couvre-feu, répondit Charlie d'une voix morne. Je n'ai pas réussi à dormir, voilà tout.
Il leva les yeux pour se servir une tasse de thé et croisa le regard interrogatif de Mandy auquel il ne répondit pas et replongea immédiatement son attention sur son assiette vide. Pour la première fois depuis ce qui lui semblait des années, il n'avait pas faim.
Il ne participa pas à la conversation de ses amis qui parlaient avec animation de Noël et de la manière dont ils allaient passé leur vacance. Lui, ne pensait qu'à la soirée de la veille et à la manière dont Gabrielle s'était enfui après l'avoir rejeté. Il n'osait même pas lever le regard vers la table de la jeune fille. Sans oublier le courroux de Rogue.
-Oh non, pas potion, se lamenta Rayan en se levant du banc avec humeur.
Coquin.
Les yeux de Charlie s'écarquillèrent, il sentit son cœur se mettre à battre vivement, une sueur froide traverser son dos et sut qu'il était devenu encore plus pâle qu'il ne l'était déjà quand il aperçut le regard inquiet de Mandy.
Pas Rogue. Pas aujourd'hui.
Il se leva à la suite de ses amis et les suivit d'un pas lent. Il avait l'impression d'être un condamné à mort se rendant à l'échafaud. Soudain, il lui sembla que louper le double cours de potion en prétextant être malade était une excellente idée mais quand il releva enfin la tête de ses chaussures, qu'il avait fixé tout le long du trajet s'en sans apercevoir, il se rendit compte qu'il se trouvait déjà devant la porte des cachots et que celle-ci était pour son plus grand malheur déjà ouverte sur le maître des potions.
-Monsieur Weasley, interpella ce-dernier lorsque Charlie passa la porte, il se figea net et son corps se tendit à l'extrême. Vous êtes vous remis de vos émotions d'hier soir ?
Le regard noir que lui lança le Gryffondor ne parut pas impressionner Rogue et d'un geste sec de la tête la terreur des cachots lui intima d'aller s'asseoir. Rogue n'avait vraiment pas apprécier ses soupçons...
Charlie allait passer les deux heures de potions les plus horrible de toute sa vie. Il en était certain.
Et il ne se trompa pas. Lorsque Rogue ne le déconcentrait pas avec son regard oppressant, il sifflait des commentaires sarcastiques sur l'incompétence du jeune homme. Faisait disparaître sa potion et lui retirait des points en lui ordonnant de recommencer. Cela se produisit trois fois avant que Mandy, assise à côté de lui, ne décide de prendre les choses en mains. Elle s'occuperait de confectionner la plus grosse partie de la potion tandis que Charlie préparerait seulement les ingrédients et écriraient quelques notes sur l'avancement de la potion à chacun des stades de la préparation. Charlie se sentit coupable. Il avait comme un nœud dans la gorge et l'horrible impression que s'il devait parler, il se mettrait à pleurer comme un enfant. A cause de lui Mandy avec qui il travaillait en binôme aussi avait du recommencer la potion trois fois et recommencer ses notes puisqu'elles ne correspondaient plus à la préparation d'après Rogue.
-Ne t'inquiète pas, chuchota celle-ci en posant un main réconfortante sur son épaule. Je m'occupe de tout, tu n'as qu'à recopier mes notes sur un nouveau parchemin, elles correspondront.
Charlie la remercia infiniment sans oser prononcer les mots à voix haute mais elle ne sembla pas s'en offusquer, au contraire. Mandy savait. Elle savait qu'il était sur le point de pleurer comme une fille.
A la fin du cours, lorsque Mandy versa la préparation dans une fiole et l'amena au bureau de Rogue accompagné des notes que Charlie avaient rédigés il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil vers son professeur. Celui-ci rangea immédiatement la fiole dans un tiroir et s'intéressa davantage au parchemin. Il le parcourut rapidement avant de lever ses yeux vers le jeune homme qui finissait de ranger ses affaires dans son sac. Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres du directeur de la maison Serpentard. Ce n'était pas bon pour lui. L'odieux professeur déchira lentement et avec une satisfaction malsaine et apparente le parchemin qu'il avait entre ses mains et les morceaux s'enflammèrent avant même d'atteindre la surface de bois.
-Ce sera un T pour vous, monsieur Weasley, susurra t-il avec un air de triomphe. Puisque vous êtes incapable de faire un devoir sans copier sur votre camarade.
C'en fut trop pour Charlie. Il mit toute la haine qu'il put dans son regard et eut même l'impression que son corps entier se consumait de rage. Il se détourna avant d'avoir pu foncé vers le devant de la classe et mettre son poing sur le visage hideux de son professeur et franchit la porte en entendant un bruit de verre exploser dans son dos et le cri surprit de Mandy.
Il traversa les couloirs d'un pas précipité et sans savoir où il allait. Il voulait respirer mais la moiteur des cachot ne faisait que l'étouffer davantage. En s'extirpant enfin de cet endroit oppressant il se dirigea instinctivement vers les escaliers menant vers les étages supérieurs puis décida subitement qu'il préférait être seul et dehors.
Mais alors qu'il se retournait, des bruits de pas se firent entendre dans le couloir et le professeur Dumbledore apparut devant lui dans une robe de sorcier bleu nuit et argenté.
-Bonjours ! Salua le vieux directeur d'une voix joyeuse accompagnant un sourire bienveillant. J'espérais justement pouvoir m'entretenir avec vous, monsieur Weasley.
Charlie sursauta, il ne pensait pas que Dumbledore puisse jamais l'interpeller un jour et fut donc surprit. Il marcha à la suite de Dumbledore, se demandant bien ce que celui-ci avait besoin de lui dire. Il trouvait cette situation étrange. Parce qu'il n'avait jamais vu Dumbledore que dans la grande salle lorsque celui-ci faisait un discours au début et à la fin de l'année. Le reste du temps, il ne faisait pas plus attention à sa présence que cela. Bien sur, il avait toujours en tête qu'il était le sorcier le plus puissant du monde avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Aussi être en sa présence dans une situation autre que celle de la grande salle, l'intimidait fortement.
Ils arrivèrent bientôt dans un couloir vide du deuxième étage avec une gargouille en pierre devant laquelle ils s'arrêtèrent.
-Patacitrouille, dit soudainement le professeur Dumbledore avec amusement.
Charlie n'avait jamais su où se trouvait le bureau du directeur de Poudlard. Mais d'après Mandy, il était protégé par un puissant sortilège et un mot de passe. Il était persuadé que quelque chose d'aussi simple que « Patacitrouille » ne pouvait pas sérieusement protéger le bureau directorial du mage le plus puissant de son siècle. Et pourtant, c'est sous le regard ébahi du rouquin que la statue de pierre représentant une gargouille se mit à bouger et à s'élever lentement du sol. Dévoilant un escalier en colimaçon. Dumbledore monta sur une marche et Charlie en fit de même. Lorsqu'ils arrivèrent à l'étage supérieur, Charlie aperçu une grande porte en chêne soigneusement polie avec un marteau d'airain en forme de griffon. Dumbledore ouvrit la porte et invita Charlie à entrer dans une large pièce circulaire comportant plusieurs fenêtres. Plusieurs tables étaient présentes dans la pièce, sur chacune d'elle étaient disposés des objets en argent à l'aspect étrange. Certains d'entre eux semblaient émettre des bourdonnement et laissaient échapper des petites volutes de fumée. Charlie ne les avaient jamais vu et ne savait donc pas le moins du monde à quoi ils pouvaient servir. Les murs du bureau étaient recouvert de portrait. Il vint à l'esprit de Charlie qu'il s'agissait sans doute des anciens directeurs de Poudlard et il se dit qu'un jour Dumbledore trônerait parmi eux.
Dumbledore le dépassa et l'invita à s'asseoir sur un siège au dossier haut tandis que lui-même s'asseyait derrière un immense bureau à la surface polie aux pieds en forme de serre et couvert de paperasse. Charlie eut le temps d'apercevoir le Choixpeau magique sur une étagère située derrière Dumbledore et une épée en argent dont la poignée était sertie de rubis avant de remarquer le magnifique Phœnix qui nettoyait ses plumes avec soin sur un perchoir avant que Dumbledore ne se racle la gorge et obtienne ainsi son attention.
-Vous savez Charlie, je suis très fier de vous, déclara soudain Dumbledore.
-Je ne suis pas sur de comprendre, dit Charlie avec précaution.
-Eh bien, j'ai cru comprendre que vous vous intéressiez de près à Miss Foxter, dit-il avec un clin d'œil malicieux qui eut le don de mettre Charlie mal à l'aise.
Il avait la désagréable impression que le regard de Dumbledore, alors posé sur lui, le passait entièrement aux rayons x. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux, en les ébouriffant au passage.
-C'est que... Je ne voulais pas me montrer impoli avec le professeur Roguehier, vous savez... commença t-il à répondre rapidement et avec une hésitation flagrante dans la voix.
Charlie pensait que Dumbledore l'avait convoqué parce qu'il avait insinué une relation entre un professeur et une élève et que ce dernier voulait le punir.
-Oh non, ce n'est pas de ça que je voulais parler. Même si, bien évidemment, je suis au courant des entrevus du professeur Rogue et de Miss Foxter puisqu'elles se font sur ma demande.
-Puis-je vous demander ce qu'ils font lors de ces entrevus, professeur ? Demanda Charlie d'une voix qu'il espérait assurée sans se montrer impoli.
Dumbledore le regarda longuement.
-Je pense que ce n'est pas à moi de vous le révéler. Il appartient à Gabrielle de choisir en qui elle donne sa confiance. Même si je doute que vous la trahiriez un jour. Cependant, il est vrai que je voulais vous entretenir à son propos.
Dumbledore se tut. Pendant de longues minutes durant lesquelles Charlie n'osa pas intervenir, il sembla chercher ses mots. Le jeune Gryffondor eut aussi l'impression, que son directeur vieillissait soudainement à vu d'œil. Il avait l'air très fatigué et le pétillement dans ses yeux était affaibli. Charlie commença à sérieusement s'inquiéter et envisagea même d'aller prévenir Madame Pomfresh. Mais Dumbledore reprit la parole au moment où Charlie s'appuyait sur ses accoudoir pour se relever.
-L'amour est une chose magnifique monsieur Weasley, bien trop de sorciers, de personne, sous estiment son pouvoir. Ne rougissez pas mon cher, il n'y à pas de honte à l'amour, toute les grande choses de ce monde viennent de l'amour, et vous ne pouvez qu'être fier. Cependant, aussi beau que ce soit, l'amour n'entraîne pas toujours de bonnes choses, s'il peut résoudre des guerres il peut aussi en créer. Comme tout grand pouvoir, il est à la fois magnifique et dangereux, et dans votre cas, j'ai bien peur que nous ayons affaire au deuxième cas de figure. De l'amour que vous portez à miss Foxter, je crains qu'il ne puisse jamais rien découler, pas même une belle amitié. Miss Foxter n'est pas une personne qui se laisse aimer ou qui éprouve naturellement des sentiments comme l'amitié.
-Pourquoi ?
-Certaines personnes n'en sont tout bonnement pas capable. Vous devez la laisser tranquille...
-Mais elle est seule, s'indigna Charlie en coupant la parole au vieux directeur. Pardon.
-C'est ce qu'elle veut ! Votre entêtement ne pourra que la faire souffrir. Miss Foxter a une vie difficile, être seule, c'est son armure, sa manière de se défendre contre le monde qui l'entour. Je ne devrais pas vous parler de cela, car cette histoire concerne uniquement Miss Foxter, mais en vous immiscent de force dans son monde vous risquez fort de brisez la carapace qu'elle à eu bien du mal à forger et de la mettre en danger, de la rendre vulnérable, et alors c'est vous deux qui en souffrirez.
-Je ne comprend pas, avoua Charlie dans un murmure.
-L'esprit humain est extraordinairement complexe, de même que les système qu'il élabore pour se défendre. Dans le cas de Miss Foxter, c'est un détachement absolu qui à eu lieu. Vous ne vous impliquez ni dans les choses matériels, ni dans l'opinion des autres. Si quelqu'un cherche à vous convaincre, détruisez-le ! Si quoique ce soit cherche à vous limiter, détruisez-le ! C'est ainsi que pense Gabrielle et c'est sa manière de se protéger.
-C'est à cause de son père, n'est-ce pas ? Je suis certain qu'il doit y avoir une manière de contourner la loi pour la sortir de cette vie.
-Malheureusement, ce n'est pas en mon pouvoir. Malgré tout, le professeur Rogue et moi-même avons mis en place des solutions pour l'aider.
-Je pourrais participer également, s'enhardit Charlie. Il lui faut du soutien.
-En effet, et même si j'approuve entièrement votre sollicitude et votre dévouement à son égard. Je suis au regret de vous annoncer que vous ne faite pas parti de ce projet. Un travail de longue haleine à été nécessaire pour parvenir à l'aider, dans lequel vous n'avez pas votre place, cela me chagrine énormément, croyez moi. Vous devez vous mettre en tête que vous ne pouvez rien faire pour l'aider.
-Je ne comprend pas pourquoi vous devriez décider de ce qui est le mieux pour elle, ou même pour moi.
Après tout, comment Dumbledore, aussi puissant et sage fut-il pouvait connaître Gabrielle mieux que Charlie alors qu'il passait ses journées entières dans ce bureau à traiter de la paperasse et à se préoccuper des maux du monde de la sorcellerie.
-Parce que c'est une situation dont vous ignorez tout et dans laquelle vous vous retrouverez impuissant.
-Et pourquoi me juger aussi facilement, rajouta t-il grâce au courage typique des Gryffondor. Je pourrais vous surprendre.
-Oui, en effet vous pourriez, conclu Dumbledore après avoir longuement observé la pleine détermination dans son regard. Mais je crois savoir que Miss Foxter elle-même ne souhaite pas que vous vous immisciez dans sa vie privée. Vous devriez être capable de respecter cela, non ?
-Oui...Oui, j'en suis capable... répondit Charlie en baissant la tête, comprenant que son combat était perdu. Si c'est ce que Gabrielle veut... ajouta t-il d'une voix faible, de sorte qu'il n'était pas sur que Dumbledore l'ai entendu.
-Je vais vous demander quelque chose de très difficile maintenant. Vous allez retourner dans votre salle commune et allez vous coucher. Et demain matin vous ferez comme si vous ne vous étiez jamais adressé la parole.
Et c'est ce que Charlie fit.
Fin de la première partie.
