Titre : Kokoro's cards
Disclaimer : Comme pour les autres chapitres, le scénario, les lieux et même la majorité des personnages sont à moi. Tout ce que vous connaissez déjà en revanche est aux CLAMP.
La veille, Namie était rentrée après qu'on ait mangé le gâteau qu'elle avait préparé. J'étais épuisée, surement par ce que j'avais invoqué les deux cartes jusqu'en soirée quand ma grand-mère était rentrée. Shadow ne me faisait plus peur, je craignais plus ce qui s'était caché derrière lui le jour de sa capture. J'étais encore consignée à domicile pour prendre du repos, seulement je m'ennuyais fermement. Kero essayait bien de me distraire mais rien n'y faisait, j'avais envie de sortir.
-J'ai une solution à te proposer !
Je l'avais regardé attentive, toute distraction était bonne à prendre.
-Tu n'as qu'à invoquer toutes les cartes en même temps, ça t'épuiseras du coup, tu finiras par t'endormir et tu arrêteras enfin de te plaindre !
L'idée n'était pas si mauvaise, par défi et simplement par bêtise, je suis montée dans ma chambre et j'ai fais ce qu'il m'avait dit.
J'ai ouvert les yeux le lendemain matin, dans mon lit. J'avais surement du m'évanouir car mes souvenirs s'arrêtaient assez brusquement après l'invocation de Sand. Le point positif, c'est que j'avais sauté la journée ennuyante. Ma cheville avait vivement apprécié l'immobilité totale, elle ne me faisait plus du tout souffrir. Mon mal de tête était la seule chose dont j'avais envie de me plaindre. Un bref coup d'œil vers mon réveil m'informa qu'il était sept heures du matin. Je me suis levée en attrapant mes béquilles sans faire de bruit, j'allais filer rejoindre Amélie et Sophie. Après une douche sommaire, je me suis habillée tant bien que mal et j'ai pris mon sac. Kero n'avait rien vu venir, j'avais cependant laissé un mot pour ma grand-mère. Boitillant tranquillement jusqu'à l'arrêt de bus-pont, je profitais pleinement de l'air frais du matin. Une voiture électrique, visiblement en panne de faux bruit, me flanqua une peur bleu en roulant sur une plaque d'égout bancale. Maudites soit ces voitures diaboliques. Rien ne valait les vieilles voitures de collection avec leur ronronnement de moteur essence, mais l'écologie passe avant tout.
Le bus de 8 heures était en retard. Sortant mon portable, j'ai envoyé un message à Amélie pour lui dire que j'allais être un peu en retard. Quelques secondes après, sa réponse avait fusé.
« Tu viens quand même ? Je croyais que tu devais te reposer ce week-end ? »
Évidemment que j'allais venir, rester moisir chez moi ne me ressemblais pas. Je l'ai rassurée sur mes intentions quand une vague d'ombre s'abattit sur moi, déclenchant un frisson incontrôlé. Le bus-pont venait d'arriver. Le conducteur me fit un signe du haut de son engin en me voyant immobile. Un sourire gêné sur le visage, je suis montée à bord.
Nous avions l'habitude de nous retrouver, aux alentours de huit heures et demie, dans le parc de la ville. Les arbres entouraient le parc, ils étaient aux couleurs de l'automne depuis quelques semaines surement. Au centre, le banc en bois attendait devant la mare aux poissons et aux canards. Il n'y avait encore personne. Je me suis approchée pour m'asseoir et j'ai fermé les yeux.
Des souvenirs dans ce parc, j'en avais des tas. Tous les enfants des quartiers alentour se réunissaient ici à la belle saison. Des effusions de rire dansaient encore dans mes oreilles. Alors que je me remémorais tout ça, une main posée sur mon épaule m'a tirée de ma rêverie. Reversant la tête en arrière, le visage rond d'Amélie me surplombait. Un sourire franc fleurit sur mes lèvres.
-En retard.
Elle secoua la tête apparemment consternée.
-C'est la faute de Sophie. Comme elle croyait que tu ne viendrais pas, elle était encore couchée ! Je suis allée la bouger un peu mais au train où ça allait, j'ai préféré partir avant !
Elle étira ses deux bras au maximum devant elle et après un soupir d'aise, observa mes béquilles.
-Comment tu as pu tomber du mur d'escalade ?
Son expression me laissait clairement voir qu'elle était aussi perplexe que l'était Steven.
-Il faisait noir, ça change beaucoup de choses.
Prenant un air innocent, j'ai fais dériver la conversation vers un sujet plus agréable à aborder. Une dizaine de minute plus tard, Sophie arrivait essoufflée. Elle s'amusa avec mes béquilles comme une gamine, sous les regards désapprobateurs d'Amélie. Peu après, comme cette dernière l'avait annoncé, Sophie s'étala dans l'herbe en riant aux éclats à peine relevée. Nous sommes ensuite allées vers le centre ville pour boire quelque chose de chaud. Un café appartenant à la mère de Loïc, un ami d'enfance de Sophie de trois ans son ainé. Il était de taille modeste mais les places étaient chères en centre ville. Madame Juvain, aussi appelée Marie, nous accueilli avec son hospitalité coutumière. Ses longs cheveux bruns lui tombant régulièrement dans les yeux, elle portait constamment un bandeau. Qui malheureusement, tombait régulièrement lui aussi. Tout en remontant le morceau de tissu sur son front, elle nous parla d'une voix joviale.
-Alors les filles, on profite du samedi ?
Nous avions toutes répondu par l'affirmative quand elle avait aperçu mes béquilles. Ces choses étaient une vraie malédiction. Je lui ai expliqué la version officielle tandis qu'elle hochait la tête distraitement en servant un habitué. Ce fut bien la première personne à se contenter de mon explication, à mon grand soulagement. Nous nous étions installées près de l'immense baie vitrée pour profiter du soleil. Malheureusement, celui-ci déclina assez rapidement, le mois de septembre étant bien entamé ça n'avait rien de surprenant. Pourtant quand Amélie regarda le ciel avec incrédulité, ma curiosité fut titillée. En me retournant, j'ai observé le ciel et une énergie bien connue est venue me chatouiller les sens. Une carte de Sakura.
Les nuages opaques formaient des vrilles descendant du ciel, comme si des tornades étaient figées en l'air. Le couche de nuage semblait onduler en noircissant, presque menaçante. Mais ce n'était que des nuages, la ville ne risquait rien dans l'immédiat. J'aurais bien aimé continuer notre matinée mais Amélie ne semblait pas de cet avis.
-Des altocumulus castellanus undulatus opacus... Non encore mieux...
Elle se leva précipitamment, faisant presque tomber sa chaise.
-Je rentre chez moi ! Je dois absolument prendre des photos !
Avec Sophie nous nous étions regardées en riant, certaines choses ne changeraient jamais. Depuis toute petite Amélie était passionnée de météo. Alors qu'elle était en maternelle, elle avait récité les différents nuages qu'elle préférait à la maitresse en employant leurs noms latins. Celle-ci avait été bluffée. Finissant notre thé, nous avons salué Marie et nous sommes reparties sans trop savoir où nous allions. Le ciel donnait l'impression de s'être drôlement rapproché cependant, je ne m'inquiétais pas outre mesure. Marchant dans les rues marchandes, Sophie me racontait ses dernières histoires.
-Madame Joubert, la prof de Math, tu savais qu'elle nous accompagner pour le voyage à la mer ? Moi ce que j'en dis, c'est qu'elle va se faire manger ! Elle n'a aucune autorité en classe alors dehors...
Elle hochait la tête affligée par ses propres paroles mais je n'écoutais plus. Les nuages frôlaient les immeubles, bientôt ils seraient plus bas encore. Une drôle de sensation me picotait l'estomac, l'ombre aussi paraissait inoffensive avant qu'elle me brise presque la cheville. A peine ces pensées m'avaient traversé qu'un grésillement attira mon attention. Tout d'abord ténu, il se fit plus imposant de seconde en seconde, rapidement Sophie leva la tête tout comme moi pour voir l'impensable se produire. Tellement court et tellement long à la fois. Le bruit était devenu assourdissant, des rafales de vent faisant virevolter cheveux et vêtements. On avait à peine aperçu la coque de l'appareil au loin, avant le choc, le temps que mon esprit assimile l'action en cours, il était trop tard. L'avion percuta le sol et explosa. Une rafale gigantesque accompagnée d'une fumée noire à l'odeur intense balayait les rues à toute vitesse. Les flammes s'élevaient au loin, funestes.
Sophie avait crié, les nuages étaient toujours bas.
Mon cœur battait la chamade, ma respiration était difficile, il y avait beaucoup trop de fumée. Ma tête tournait, c'était juste des nuages.
Une foule d'idée parcourait mon esprit, les gens se mettaient eux aussi à crier autour de moi. Ils couraient vers les flammes, les occupants de l'appareil avaient ils survécu ? Mes mains serraient mes béquilles tellement fort que leurs jointures étaient bleues. Le feu ondulait, un éclair de lucidité me traversa l'esprit, je pouvais faire quelque chose. Boitillant jusqu'à là bas sans plus me soucier de la douleur dans ma cheville, j'ai invoqué la clef du sceau. Sortant Watery de mon sac, je n'ai plus fais attention aux gens autour de moi.
-Watery ! Éteins-le ! Éteins l'avion !
J'avais fini ma phrase en larme, cette chute était de ma faute. J'avais sous estimé le danger des cartes. L'eau jaillit des bouches d'égout et des bornes à incendie, inondant la rue de l'accident. Le feu se calma mais la fumée épaisse persistait toujours masquant toute visibilité. Mes poumons me brulaient, ma tête tournait et mes tempes pulsaient au rythme de mon cœur affolé par le manque d'oxygène. Il fallait dissiper les nuages, l'énergie négative de la carte emplissait le ciel à présent. Elle préparait assurément quelque chose de plus gros encore. L'avion tombé du ciel était de taille modeste, un avion plus gros ferait exploser le quartier comme un château de sable. Mais comment arrêter un nuage ? Je ne sentais que vaguement l'épicentre du pouvoir qui se dégageait. Sophie était restée derrière à l'abri, je ne devais pas m'en faire pour elle. Mon corps fut parcourut de tremblements incontrôlé quand mon esprit pensa à ma deuxième amie, Amélie était partie par là bas. Attrapant ma tête entre deux mains, je me suis mise à hurler de frustration, je n'avais aucun moyen de vérifier son état. Les nuages étaient toujours tellement bas, me donnant l'impression qu'ils se riaient de moi. J'ai invoqué le nom de Fly pour m'envoler dans les airs. Dans la couche nuageuse, personne ne risquait de m'apercevoir, même si j'étais au-delà de ça à ce moment précis. Prenant une grande inspiration dans cette masse glacée, ma voix a porté plus loin que jamais auparavant.
-ARRÊTES ÇA !
Je ne voyais rien, pas d'yeux, pas d'ombre, ni même de réaction visible. Pourtant, je sentais l'énergie dirigée vers moi. La carte m'écoutait avec attention, pour le moment.
-Il faut… arrêter ça. Des gens vont mourir !
Étranglée par les remords, j'ai ajouté d'une voie éteinte.
-Des gens sont peut être déjà morts.
Une ondulation dans l'énergie s'imposa clairement à moi, la carte était réjouie. Un bonheur perfide et malsain. Elle semblait satisfaite cependant, car l'impression oppressante qui m'écrasait disparue en un instant. Les nuages se rétractèrent peu à peu perdant de leur consistance, ils formèrent devant moi un enfant aux yeux brumeux. Il cligna des yeux, ses oreilles pointues bougeant légèrement. Il me fixait sans animosité, son expression se rapprochait plus de la curiosité enfantine que de l'empereur diabolique. Quelque chose n'allait décidément pas.
Il flottait devant moi et en bas les gens courraient en tous sens, j'ai vaguement pensé à me cacher. Me posant sur un toit d'immeuble, j'ai regardé la carte dans les yeux une dernière fois.
-Carte de Sakura, je t'ordonne de reprendre ta forme originelle.
L'enfant se matérialisa en une longue carte au creux de ma main, dissipant les derniers nuages pour faire place au timide soleil de septembre. Je me suis recroquevillée sur moi-même, ma grand-mère me manquait soudainement. Du haut de mes presque quatorze ans, ma dernière année de collège ne signifiait plus rien. À ce moment là, j'avais juste peur et envie de pleurer comme un bébé.
Mes ailes disparues, j'étais restée sur le toit du bâtiment à attendre qu'on me trouve. Quelques minutes ou quelques heures plus tard, les pompiers m'avaient localisé. Ma plus grande peur, était d'apprendre le nombre de mort. Cette pensée m'obsédait continuellement.
Ballotée par les cahots du camion, la radio allumée m'informa rapidement du bilan.
« L'avion d'un particulier s'est écrasé en pleine ville, et pourtant aucun mort n'est à déplorer, des blessés léger et un blessé grave. Les deux occupants de l'avion ont réussi a... »
Amélie allait bien. Mes yeux se sont fermés, j'avais vraiment eu très peur. Et également évité le pire de très prés.
Mon téléphone portable sonna, un pompier se dévoua pour répondre voyant que j'étais amorphe. C'était surement ma grand-mère au bout du fil, j'avais vraiment envie de la voir. La simple idée qu'elle arrivait bientôt ma rassurait, encore une fois, mes sanglots m'ont secoué.
Le reste est resté flou dans ma mémoire, les examens médicaux, les questions. Ce monde blanc qui sentait l'aseptisé, ses médecins qui couraient en tous sens. Je voulais juste retrouver mon lit. Ma seule réaction notable sa passa au moment où on essaya de me prendre ma carte des mains. Je me souviens avoir lutté pour la garder mais ma grand-mère m'avait promis de la garder en sureté avec Kero. Rassurée, j'étais retournée dans mon état apathique. Le lendemain matin mes yeux se sont ouverts faiblement, c'est seulement en regardant les bandages mineurs sur mes bras que je m'étais rappelée. Kero s'était réveillé à son tour en m'entendant bouger et il m'avait regardé, meurtri.
-Mizuno... Je suis désolé. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, mais je n'arrive pas à me souvenir de ce qui a bien pu se passer. Je ne sais pas quoi te dire.
La voix monocorde, je l'ai fixé en lui répondant.
-Alors ne dis rien.
Je me suis retournée dans mon lit fixant le mur. J'avais besoin d'un peu de temps. Juste un peu et j'irais mieux.
Mot de l'auteur : Pour ce chapitre, j'ai fais des recherches sur les crashs d'avion de particulier, (c'est horriblement impressionnant pour moi qui ai peur de l'altitude) je ne souhaite à personne une telle chose. Je pense que c'est un des chapitres les plus noirs que je vais écrire pour le moment.
L'ambiance devrait s'alléger dans les suivants.
Par ce que je ne sais pas si j'avais mentionné son âge précis (il me semble avoir juste mentionné qu'elle allait au collège), mais Mizuno n'a même pas encore fêté son quatorzième anniversaire, ce n'est encore qu'une gamine. (Si des gens de treize ans me lisent croyez moi ce n'est pas au sens péjoratif). J'espère que vous appréciez mon histoire en tout cas et que je ne vais pas tarder à mettre la suite. J'ai un peu tardé pour celui là mais que voulez vous je suis en vacances xD
18 jours Dimanche 21 Septembre
Voyage = Lundi 29 Septembre
