Titre : Kokoro's cards
Disclaimer : L'histoire de Sakura est la propriété des CLAMP et donc, tout ce qui n'est pas à CLAMP, est à moi.
Ma grand-mère avait passé la journée avec moi, me dorlotant comme une gamine de 6 ans. Je n'avais aucune blessure grave, juste les bleus de ma chute dans le gymnase et ma cheville encore convalescente. J'avais seulement du mal à reprendre pied dans la réalité.
Un appel d'Amélie me certifia qu'elle allait bien. Elle avait eu un bus-pont rapidement et au moment de l'impact, elle était déjà loin. Je l'avais brièvement rassurée sur mon état puis j'avais appelé Sophie. C'est sa mère qui m'a répondu, m'informant que sa fille dormait à point fermé, qu'elle n'avait aucune blessure. Tout comme moi, elle était juste un peu choquée cependant, elle avait demandé à retourner au collège dès demain. Moi aussi j'avais envie d'y aller pour retrouver un semblant de normalité. L'après midi ma grand-mère était partie faire des courses me laissant seule avec Kero. Je voyais bien qu'il ne savait plus quoi dire, qu'il ne comprenait pas plus que moi la situation. Pourtant j'avais besoin de réponse, besoin d'en parler.
-J'ai senti quelque chose dans le ciel, à l'endroit même où se trouvait la carte. Pourtant, un instant plus tard, elle semblait se réveiller d'une transe, sans plus aucune animosité.
J'avais déjà dis quelque chose de semblable, lui-même l'avait sentit avec l'ombre mais il ne se rappelait toujours de rien.
-Il faut que tu me donnes des réponses Kero. Je ne vais pas pouvoir continuer comme ça longtemps.
Les lèvres tremblantes, j'hésitais à prononcer ce que je redoutais. J'allais finir par mourir. Je ne l'avais pas dit mais il avait très bien compris où je voulais en venir. Quand il m'avait demandé de devenir chasseuse de cartes, ça ne m'avait pas semblé aussi dangereux.
Les cartes possédaient des pouvoirs fantastiques, mais est ce que ça valait vraiment le prix de mon existence ? Je me voyais encore dire à Shaolan que j'allais relever le défi, à présent mes capacités me laissaient moins sûre de moi. Kero prononça quelques mots, hésitant.
-Mes souvenirs sont flous comme je te l'avais dit. La seule chose dont je suis sur, c'est qu'une chose horrible s'est passée avant que je sois de nouveau scellé dans le livre des cartes.
-Il faut que tu te souviennes !
Les pattes sur la tête, il essaya de se concentrer avant d'arrêter en haletant. Me regardant d'un air confus, sa voix sortie comme un murmure.
-Je crois que je ne veux pas me souvenir.
Une vague de colère mêlée d'exaspération me donna envie de jeter tout ce qui était à portée de main. Kero semblait vraiment pitoyable, son poil lumineux était devenu terne. Peut importe ce qu'il s'était passé, il ne semblait pas en mesure de me donner des réponses. Quelque part, je comprenais.
Si on m'avait laissé oublier ces trois dernières semaines, j'aurais accepté avec joie et jamais je n'aurais essayé de m'en souvenir à nouveau. Peu aurait importé le pour quoi ou pour qui, mon esprit serait resté bloqué.
Mon réveil sonna, jetant un bref coup d'œil sur Kero roulé en boule, j'ai soupiré. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Attrapant mes béquilles, j'ai franchis le couloir à la vitesse d'un escargot mais au moins, j'ai évité le robot de ménage qui avait encore choisit de s'arrêter en haut de l'escalier. Après m'être lavée, je suis restée un moment dans l'air chaud de la douche, ça détendait mes muscles.
Ma grand-mère m'avait préparé mon petit déjeuné et c'est au moment du départ qu'elle m'avait fait une surprise. Avec ma cheville momentanément handicapée, il était hors de question que j'aille au collège à pied aussi, elle avait sorti la vieille voiture à essence. Je l'ai regardé alors qu'elle me lançait un coup d'œil complice et je me suis précipitée à l'intérieur.
-Ca ne te dérange pas de payer de l'essence ? Je sais bien que c'est pas donné du tout.
Elle haussa les épaules.
-Elle est dans le garage depuis des mois, il faut bien la sortir un peu pour la décrasser.
Depuis la commercialisation des voitures électriques en masse et la raréfaction du pétrole, le prix de l'essence s'était envolé. Il y avait bien de l'essence à base d'algue, mais l'odeur qui s'en dégageait n'avait pas beaucoup plu aux citoyens. Quand ma grand-mère fit tourner la clé pour mettre le contact, le ronronnement du moteur me fit frissonner. J'adorais ce bruit depuis toute petite.
Ouvrant la fenêtre malgré le froid de l'automne, l'air dans mes cheveux me donnait l'impression d'être totalement libérée. La proximité de mon collège me rendit presque boudeuse tant j'aurais aimé que le voyage dure un peu plus. Ma grand-mère me tapota l'épaule en m'assurant qu'elle reviendrait me chercher avec le soir même. Namie m'attendait devant le portail comme à son habitude. On a pas parlé des cartes, juste de son week-end à elle, je n'avais pas envie de parler du miens. La sonnerie avait retentie et nous étions allées en cours d'histoire.
avait été mis au courant que Sophie et moi étions sur le site de l'accident d'avion hier et évoqua brièvement l'incident à la classe. Rapidement, il bifurqua vers un sujet plus agréable.
-N'oubliez pas que c'est lundi prochain que nous partons en classe de mer, si vos autorisations ne sont pas signées, vous ne pourrez pas y aller !
La classe répondit en chœur et le cours commença. Avec tout ce qui s'était passé, je n'avais pas pensé à demander de signer la permission de sortie.
-Aujourd'hui, nous allons parler des explosions atomiques qui se sont produites il y a 100 ans. Quelqu'un peut me donner une date plus précise peut être ?
L'affiche que j'avais vu à l'arrêt la dernière fois mentionnait la date alors j'ai levé la main. Il m'a désigné pour parler.
-Fin mai à début juin 2011.
A la récrée, je suis allée voir Sophie en compagnie de Namie. Elle allait bien, le fait qu'il n'y ait eu aucun mort l'avait beaucoup soulagée elle aussi. Nous avons parlé de sujet triviaux, c'est à peine si j'ai remarqué le regard que Shaolan m'a adressé avant de remonter en cours. Les cours de science et vie de la terre, un nom inutilement long, heureusement qu'il existait l'abréviation. Monsieur Delachaise, nom typiquement français, enseignait cette matière avec passion. Il nous expliqua qu'il allait nous faire travailler en parallèle avec le programme d'histoire quelques temps, en binôme. J'étais assise à côté de Dylan Cordelier, celui qui venait juste après moi au moment de l'appel. Nous nous sommes regardé d'un œil incertain, nos échanges n'allaient jamais plus loin que de simples formalités ou d'un prêt de stylo le temps d'un cours. Je ne savais pas vraiment où il habitait, lui aussi devait ignorer la plupart des choses me concernant. Le professeur avait été clair : former un binôme avec son voisin de table. Alors nous allions devoir travailler en équipe.
Le but du projet était de présenter un exposé sur les risques nucléaires et la façon de s'en protéger. Rien de bien innovant.
-Je vous laisse 10 minutes pour vous mettre d'accord pour votre exposé.
Un brouhaha a envahi la salle tandis que les binômes cherchaient un terrain d'entente. Moi, je me suis contentée de regarder Dylan pour qu'il prenne la parole. Malheureusement, il semblait avoir eu la même idée, il ne faisait que triturer ses lunettes nerveusement. Je me suis raclé la gorge avant d'engager la conversation.
-Tu préfères le faire chez toi ou chez moi l'exposé ?
Il a réfléchit quelques secondes.
-J'habite pas très loin alors ce sera peut être plus pratique.
Omettant le fait que moi aussi j'habitais à côté, j'ai acquiescé. Le soir même il était prévu qu'on commence cet exposé. Grand-mère m'emmènerait jusqu'à chez lui avec la voiture et viendrait ensuite me chercher. Cette perspective me plaisait beaucoup. En sortant de la salle une grande masse m'a attrapé par le bras, me faisant boitiller sur quelques mètres. Mes béquilles fermement encrées au sol, j'ai jeté un coup d'œil faussement réprobateur à Steven. Il ne souriait pas.
-Tu vas bien ?
Il leva les yeux au ciel.
-C'est exactement pour te poser cette question que je suis venu.
Un petit rire nerveux m'a échappé avant que je me renfrogne sans le vouloir.
-Non je ne vais pas bien, mais ça ira quand même.
Il hocha la tête maussade, il savait que je ne dirais rien de plus.
-Si tu as besoin je ne suis pas loin de toute façon.
-Juste au bout de la rue, hein.
Namie arriva derrière moi alors que la sonnerie retentissait dans l'établissement. Elle regarda Steven d'un air neutre.
-Salut. On va être en retard vous savez.
Steven haussa des épaules pour signifier que ça lui importait peu mais partit quand même rejoindre sa classe. Nous avons fait de même en rejoignant le cours de français. Dans ce cours-ci le placement était libre alors je me suis installée à côté de Namie, près de fenêtres dans une des rangées du milieu. Shaolan se plaça vers le fond de la salle l'air lugubre, mon regard se posa ensuite vers Dylan assis au premier rang près de la porte. Mme Angrois, professeur de français, nous distribua des documents et commença un de ses longs monologues. L'heure du repas sonna, les chaises grincèrent sur le sol tandis que les cartables volaient sur les épaules des collégiens affamés. J'ai tranquillement rangé mes affaires puis ma chaise. Namie à côté de moi était étrangement calme, elle n'avait pas râlé, ni même eu une quelconque réaction. Un sourcil levé, je l'ai observée plus attentivement. Ses cheveux bruns habituellement brillant me semblaient ternes, ses joues étaient creusées jurant avec sa figure rondouillette.
-T'es malade ? Tu as besoin d'aller à l'infirmerie ?
Elle me regarda les yeux vitreux en hochant la tête.
-Je crois...
Passant ma main sur son front j'ai grimacé. Attrapant son sac pour le glisser sur mon épaule avec le mien, j'ai passé mon bras derrière son dos pour la guider vers l'infirmerie. L'infirmière nous a reçu de suite, le verdict était prévisible, Namie devait rentrer chez elle. J'ai attendu que sa mère arrive avec elle. Une femme d'une cinquantaine d'année s'est présentée dans la salle d'attente alors je me suis tournée vers Namie en souriant.
-Ta mère est arrivée.
Sa réaction fut immédiate malgré son air patraque, elle me dévisagea en articulant d'une voix ferme.
-C'est pas ma mère c'est ma bonne.
Ne sachant pas trop quoi répondre, je suis restée silencieuse. Sa « bonne » récupéra son sac et emmena Namie vers la sortie. Sortant discrètement mon téléphone dans le couloir, je lui ai envoyé un message pour lui dire de bien se reposer. Je suis allée au réfectoire pour regarder si par hasard Sophie et Amélie étaient encore en train de manger. Passant rapidement en revue toutes les tables, de toute évidence, elles n'étaient plus là. Je me suis assise sur une table libre afin de manger tranquillement quand une personne non désirée s'invita en face de moi. Ses lèvres glossées souriant d'un air calculateur et son clin d'œil caricatural. Aucun doute, c'était bien Stéphanie, la dame de la vie scolaire.
Mon sandwich au thon en main, j'ai continué à manger après avoir baragouiné un bref « Bonjour ». Ses yeux brillaient pour une raison que je ne connaissais pas encore, approchant sa chaise de la table, elle murmura une phrase qui fit écho dans mon esprit.
-Tu étais au quartier commerçant hier ? Avec le crash ?
Un venin acide me remplit la bouche mais me rappelant au dernier moment que je ne m'adressais pas à un élève, je me suis ravisée. Elle n'avait vraisemblablement aucune qualité de pédagogue. Pourtant, j'ai hoché la tête pour confirmer la rumeur qu'elle avait du surprendre dans la salle des professeurs. Un sourire quasi-admiratif fleurit sur ses lèvres, elle sortit un tupperware de son sac remplit d'une bouillie douteuse.
-Ca doit être quelque chose d'être sur le lieu d'un accident.
Je l'ai fixé dans les yeux cherchant une vague étincelle de conscience ou d'intelligence dans ses paroles, en vain. Après avoir enfourné une cuillère pleine dans sa bouche, elle m'invita à lui raconter ce que j'avais vu. J'ai mordu dans mon repas sans plus trop d'appétit.
-Des nuages maléfiques.
Sur ce, je me suis levée pour sortir dans la cour prendre un peu l'air, la laissant seule à sa table. Le soleil réchauffait à peine l'air froid, tous les élèves étaient disséminés sur les murets ou à même le sol, groupé pour bavarder gaiement. J'ai envoyé un message à ma grand-mère lui indiquant que j'allais préparer un exposé et qu'elle n'avait pas besoin de venir me chercher. Assise sur un bout de jardinière, j'ai essayé de faire le vide dans mon esprit. Jouant avec la clé du sceau du bout de mes doigts, mes pensées vagabondaient sans but. La sonnerie me rappela que le temps passait vite, il était déjà quatorze heures, l'heure des Mathématiques. Me glissant à l'arrière du rang désordonné des élèves, Sophie et Amélie me rejoignirent pour m'accompagner jusqu'à l'ascenseur. Avoir des béquilles avait du bon, plus d'escaliers, le handicap donnait aussi beaucoup plus de flexibilité. Punir un élève blessé était moins facile surtout si l'élève en question était d'habitude agréable, alors on lui pardonnait beaucoup de choses, même ses retards.
L'après midi passée, Dylan vint me trouver à la fin de notre dernier cours. Il m'accompagna jusqu'en bas et alors que j'allais me diriger vers le grand portail, il m'invita à le suivre à l'arrière des bâtiments en direction de la sortie de service.
-Mon oncle est le gardien de nuit.
C'est lui qui m'avait transporté jusqu'à chez moi lors de ma chute du mur d'escalade quelques jours plus tôt. Il adressa un salut amical à la caméra surveillant l'entrée, le portillon émit un cliquetis en réponse. Quelques rues plus loin, un bâtiment beige de trois étages semblait être notre destination. Heureusement, il habitait au rez-de-chaussée car il n'y avait que des escaliers, affreusement étroits. Il sortit un trousseau de clé imposant et déverrouilla les trois serrures de sa porte. L'intérieur était rangé de façon anarchique, le sol était épargné mais les quelques meubles étaient encombrés par des empilements de choses diverses. Il traversa le couloir sans un regard pour les amas puis nous avons débouché dans une grande pièce aux murs blancs. Un canapé d'angle, une table basse, une télé dernière génération sur le côté gauche. Au milieu une petite table, elle aussi submergée, entourée de quatre chaises. Sur la droite, un amas de câbles, d'écrans et de divers composés électroniques, disposé sur une sorte de longue table murale. Les volets coulissant laissaient à peine passer la lumière, aussi le tout avait un aspect un peu glauque. M'adressant un sourire gêné, il me désigna la pièce d'un geste mal assuré.
-Fais comme chez toi, je vais aller chercher à boire et de quoi grignoter. J'en ai pour deux minutes.
Il est partit en me laissant là comme une idiote, alors prenant sa déclaration au pied de la lettre, je me suis installée sur le canapé laissant mes béquilles choir sur le sol. J'ai envoyé un message à Namie pour lui demander si elle allait mieux puis Dylan est revenu avec un paquet de cookies et deux verres d'eau. Il s'est assit à côté de moi en ouvrant le sachet de biscuits.
-On commence par quoi ?
Profitant de son équipement à la pointe de la technologie, nous avons avancé plus vite que nous le pensions.
-Qui aurait cru que les algues pouvaient expulser les particules radioactives d'un corps contaminé.
J'ai hoché de la tête en surenchérissant.
-Et que les bonbons et le sucre détruisaient le système immunitaire.
Il me dévisagea un instant en déclarant platoniquement.
-Tu es plus sympa que je le pensais.
Un demi-sourire aux lèvres, je ne savais pas trop comment prendre cette déclaration puis finalement, j'ai décidé de prendre ça comme un compliment. Un bruit de sonnerie me fit sursauter, le téléphone de la maison était en train de sonner. Dylan alla répondre en trottinant jusqu'au couloir. De là où j'étais, je pouvais le voir parler sans entendre ce qu'il disait. Buvant tranquillement mon verre d'eau, je me suis arrêté quand son expression était devenue quelque peu livide et étrange. Il avait démenti quelque chose de façon virulente en affirmant qu'il arrivait immédiatement. Alors que je m'attendais à ce qu'il me demande de partir, il s'adressa à moi très sérieusement.
-Il faut que tu m'accompagnes au collège, je t'expliquerais en chemin.
Clignant des yeux, je me souviens avoir vaguement hoché la tête tandis qu'il me remettait sur pieds en tenant mes béquilles. Je n'avais jamais marché aussi vite à béquilles qu'après qu'il m'ait expliqué le problème.
Mot de l'auteur : J'ai envie de dire : Ahahah moi je sais ce qu'il a dit xD
M'enfin ce serait du sadisme et ce n'est point dans mes habitudes. Je démarre ici un petit arc comme avec la carte de l'ombre, j'espère réussir à le retranscrire aussi bien que je l'imagine !
Durant les chapitres à venir vous aurez quelques éléments de réponse, sur les événements qui sont encore inconnu. Pas trop bien sur vu le nombre de carte que je dois encore mettre en scène mais j'espère bien que ce sera satisfaisant !
Au prochain chapitre.
19 jours Lundi 22 Septembre
Voyage = Lundi 29 Septembre
