Titre : Kokoro's cards
Disclaimer : Les personnages sont pour le moment tous à moi excepté Kero et les cartes. Le monde que je décris est parfois inspiré de lieux réels mais surtout imaginaires. Le reste est à CLAMP !
Le grincement inhabituel d'un sommier m'a fait cligner des yeux, le bruit d'un souffle paisible emplissait la pièce. Rejetant mes couvertures au pied du lit, je me suis redressée réalisant où je me trouvais. Un bref regard sur le réveil m'informa qu'il était encore bien tôt pour me lever. Me laissant retomber sur le lit, j'ai repensé aux jours qui s'étaient enchainés bien trop vite pour me laisser le temps de réaliser.
Namie retrouvée, la police avait été prévenue et personne n'avait compris comment je m'étais retrouvée à des kilomètres du lieu d'accident. Une chance que mon état de fatigue ait nécessité une prise en charge médicale excluant toute explication hâtive, prétendre que je ne me souvenais de rien avait été enfantin. J'étais sortie le lendemain matin, après avoir longuement parlé à ma grand-mère, celle-ci avait décidé de me confier à la famille de Steven le temps de son hospitalisation. L'après-midi même je suis allée au collège, sous la surveillance attentive de Steven qui s'était improvisé auxiliaire de vie, essayant d'anticiper mes besoins avant même que je ne les ressente. Pas très concluant.
Le week-end était arrivé tellement vite.
La porte avait légèrement grincé alors que je sortais de la pièce, ça avait été suffisant pour réveiller Émeline, la benjamine de la famille. Sa chevelure hirsute encadrait son visage potelé, tout comme son frère ainé, elle n'était pas vraiment du matin. S'étirant en baillant, elle posa son regard bleuté sur moi.
-Bonjour Mimi.
J'ai souri en entendant le surnom dont elle m'affublait depuis qu'elle avait appris à parler. Les syllabes de mon prénom étaient trop dures à prononcer pour un bébé. Refermant la porte, je me suis dirigée vers son lit.
-Bien dormi marmotte ?
Réprimant un rire alors que je voyais ses sourcils se froncer, je m'attendais à la réplique qui allait suivre.
-Ch'uis pas une marmotte !
-Ah bon ? Alors tu dois être un ours.
Elle secoua la tête en rigolant.
-Non, je suis une fille ! Même qu'on me dit tout le temps que je suis mignonne !
-Nooon, qui a dit ça ?
-Toi tu l'as dit !
J'ai attrapé ses pieds pour la soulever tête à l'envers, riant aux éclats, elle se débâtit furieusement.
-Ah. A l'envers tu es plutôt mignonne en effet.
La porte s'ouvrit brusquement et alors que je me retournais, j'eu à peine le temps d'apercevoir une tignasse rousse me bondir dessus alors que je déposais la petite fille à côté de moi. M'étalant sur le lit de la petite Émeline avec un cri étouffé, cette dernière cria sur son frère qui venait de rentrer intempestivement dans la chambre.
-Ludovic, maman a dit que tu devais taper avant d'entrer tant que Mimi est là !
Le garçon peu concerné lui tira la langue avant de reporter son attention sur moi.
-Mimi, maman a dit que le petit déjeuner était prêt si tu voulais.
-Vas lui dire que j'arrive, ok ?
Il opina de la tête avec entrain alors que sa sœur courrait déjà vers la porte.
-Eh ! Émi c'est moi qui dois aller lui dire !
Il s'engouffra par la porte à son tour, me laissant hilare. Un bref soupir m'échappa, j'avais oublié le genre d'ambiance qui régnait en permanence chez Steven. Enfilant mes pantoufles, je me suis rendue dans le salon-salle à manger. La mère de Steven était affairée dans le coin cuisine, ses cheveux roux ramenés en un chignon serré comme à son habitude.
-Bonjour tatie.
Elle releva la tête vers moi, le sourire rayonnant.
-Tu as bien dormi ma puce ?
-Oui très bien.
Ludovic et Émeline étaient assis sur leurs chaises, l'une boudeuse, l'autre euphorique. Captant mon regard, ma tante m'expliqua à voix basse ce qui venait de se passer.
-Émeline est venue me dire que tu arrivais pour le petit déjeuner, évidemment, mon idiot de fils a prit la mouche et s'est battu avec sa sœur. Du coup, je lui ai dit que la prochaine fois que j'ai quelque chose à faire au lieu d'appeler Émeline, je l'appellerais pour remettre les pendules à zéro. Tu te doute que ça n'a pas vraiment plu à ma princesse.
Jetant un coup d'œil amusé aux enfants, je suis allée prendre place à table.
-Steven, Kevin, venez à table !
La voix de ma tante résonna dans la pièce, malgré sa petite stature, elle avait un sacré coffre. Attrapant un paquet de cornflakes, j'ai rempli mon bol aux trois quarts avant de verser du lait tiède par-dessus. Kevin arriva le premier, le jeune garçon de dix ans était le deuxième fils de la maisonnée, de nature posée et studieuse, il n'avait rien à voir avec son frère ainé. Il m'adressa un bref salut accompagné d'un sourire timide. La table était agréablement bruyante, mes pensées s'égarèrent vers ma grand-mère un instant.
-Mizuno ?
J'ai cligné des yeux, ma tante était en train de me parler.
-Oui ?
-Je te demandais si tu pouvais aller réveiller Steven.
J'ai hoché la tête, réveiller ce paresseux était dans mes cordes. Je me suis levée pour me diriger d'un pas rapide vers la porte de sa chambre. Toquant avec force, j'ai élevé la voix pour qu'il m'entende clairement.
-Debout là dedans. Le Petit-déj est servit.
Le bruit de froissement d'une couette me parvint vaguement.
-Si tu te lèves pas j'entre.
Un bruit sourd accompagné d'un gémissement de douleur passa la porte. Un sourire enfantin éclaira mon visage, il se prenait immanquablement les étagères au dessus de son lit quand il se réveillait en sursaut. Un grognement incompréhensible semblait m'être adressé.
-Qu'est ce que tu dis ?
-J'arrive bon sang !
Satisfaite, je suis retournée dans le salon continuer mon repas. Quelques minutes plus tard, Steven faisait son apparition les yeux brumeux. Les deux plus petits se jetèrent sur lui et il passa distraitement une main dans leurs cheveux alors qu'il baillait.
-Bien dormi mon Stiti ?
J'ai grimacé, ça faisait longtemps que je n'avais plus entendu ma tante appeler Steven par son adorable surnom.
-Ca peut aller, j'ai encore fais des rêves bizarres. Je suis abonné en ce moment...
J'ai haussé un sourcil.
-Des rêves bizarres ? Je croyais que tu ne rêvais jamais toi.
Émeline s'était brusquement redressée sa mauvaise humeur envolée.
-Moi, je sais même de quoi il rêve !
Le visage de Steven vira à l'écarlate titillant mon attention.
-Toi, Steven Ayton, tu as honte d'un simple rêve ? Ca doit vraiment être quelque chose.
Je me suis penchée vers Emi en lui tendant mon oreille, elle ne se fit pas prier pour me confier le secret de son frère.
-Il rêve d'un bel ange toutes les nuits.
Effectivement, il y avait matière à se poser des questions. Même si nous n'en avions jamais parlé clairement, il m'avait semblé durant ces dernières années que Steven était attiré par les filles plutôt que par les garçons. Une pointe de déception mina quelque peu mon humeur, me rasseyant sur ma chaise, je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un coup d'œil à mon ami d'enfance que je croyais jusqu'alors connaître par cœur. Morose, je me suis replongée dans mon bol de cornflakes.
-Émeline et Ludovic on ne s'enfuit pas, vous débarrassez aujourd'hui.
L'effervescence était de retour, les choses bougeaient trop vite pour moi. Je n'avais pas envie de m'habiller, pas envie de douche ni même de bain. Juste envie de retourner me coucher jusqu'à l'année suivante. Pourtant, je suis bien allée dans la salle de bain pour me brosser les dents. Kevin devait être pressé car il brossa les siennes en moins de deux minutes, rinçage compris. Steven prit sa place et seul le frottement des brosses contre l'émail meublait le silence.
-Pourquoi tu boudes ?
-Je boude pas.
-Bien sûr que si.
-Qu'est ce que ça peut te faire ?
-Vu que c'est à moi que tu fais la gueule, excuse-moi de me sentir concerné.
Je lui ai jeté un regard noir tout en sachant très bien qu'il avait raison.
-Alors comme ça on rêve de bel ange depuis des nuits ? On aurait pu penser que comme j'étais ton amie aux dernières nouvelles depuis plus de dix ans, tu aurais pu être honnête avec moi.
Son regard resta vide alors que les rouages de son cerveau se mettaient difficilement en route. Il soupira et c'est très posément qu'il me répondit.
-Tu te goures complètement. Je vois à peu près comment ton esprit de tordue en est arrivé là mais ce n'est pas ça du tout. Figures toi que je suis persuadé que c'est ta faute ce qui m'arrive.
Crachant la mousse que j'avais dans la bouche, j'ai démenti avec véhémence.
-Qu'est ce que tu racontes ! Je n'ai rien à voir avec ton ange onirique !
-Pourtant c'est depuis que je t'ai vu à moitié engloutie dans le sol d'un parking que j'ai commencé à rêver. Et comme je n'ai eu le droit à aucune explication, j'en ai facilement déduis que d'une façon ou d'une autre c'était ta faute.
Bouche bée, je suis restée indignée devant cette accusation injustifiée.
-Je t'assure que je n'ai rien à voir là dedans.
-Je choisis de ne pas te croire.
J'ai serré les poings, je savais très bien où il voulait en venir.
-Que faut-il que je fasse pour que tu veuilles bien me croire ?
-La vérité suffira, du début jusqu'à la fin si possible. Début qui doit se situer au moment où Namie et toi avez commencé à devenir les meilleures amies du monde.
-Je t'ai demandé d'être mon havre de normalité mais je suppose que ça ne te conviens pas vraiment.
-Non, tu crois ?
Il se rinça la bouche avant de sortir de la pièce sans me laisser dire un mot. Je me suis assise sur le rebord de la baignoire, la tête entre mes mains. Il fallait que je lui parle même si je n'en avais pas envie, c'était trop égoïste de ma part de le laisser dans l'ignorance et de solliciter son aide en même temps. Je suis retournée dans la chambre d'Émeline pour prendre mon portable et lancer un appel vers chez moi. Après deux sonneries, Kero fini par décrocher.
-Ca va Kero tu t'ennuie pas trop avec la maison et la console de jeu pour toi tout seul ?
-Moi m'ennuyer ? Je m'amuse comme un fou ! Si vous voulez partir en vacances, je garderais la maison sans problème !
-Kero, si je mets quelqu'un de plus dans la confidence pour les cartes est ce que c'est grave ?
Il réfléchit un instant avant de répondre prudemment.
-Si tu es vraiment sûre que cette personne n'ébruitera rien alors je n'y vois pas d'inconvénient. Mais souviens toi que plus un secret a de gardiens, plus il a de chances d'être découvert, volontairement ou pas.
-Je sais mais je crois que je n'ai pas vraiment le choix.
-Tu parles de l'endormi ? En même temps, il t'a vu coincé dans le sol, je me doutais que tu allais devoir tout lui dire à un moment ou un autre.
Riant doucement, j'ai hoché la tête dans le vide.
-Bon, je te laisse. Amuse toi bien et passes une bonne journée.
-Toi aussi Mizuno !
Tout en raccrochant, j'ai observé mon pyjama orné de lapins roses d'un œil critique, il y avait mieux pour paraître crédible et j'allais en avoir besoin vu la conversation qui s'annonçait.
Enfilant mon pull noir à manches courtes, plus esthétique que tenant chaud, par-dessus mon tee-shirt blanc à manches longues et mon jean, je me sentais d'attaque. J'ai traversé le salon d'un pas décidé, m'attirant le regard inquisiteur de ma tante que je rassurais d'un sourire. Après avoir toqué deux coups sur la porte, cette dernière s'entrouvrit, laissant apparaitre le visage encore boudeur de Steven.
-Quoi ?
-Monsieur demande la vérité et refuse ensuite d'ouvrir sa porte ? Un peu paradoxal comme comportement, non ?
Il baragouina quelque chose d'incompréhensible, ses joues se tintèrent de rose alors qu'il me laissait entrer. Sa chambre aux trois murs blancs et un gris, l'échiquier qui trônait sur sa commode, rien n'avait vraiment changé malgré les quelques mois où je n'étais pas venue. Il tira la chaise roulante de son bureau pour s'y installer et pointa d'un doigt son clic clac sous entendant qu'il était tout ouïe, que je n'avais plus qu'à prendre place. Installée sur le martelât, je me suis raclée la gorge pour retrouver un semblant de contenance.
-Alors le début se situe un peu avant Namie.
Je lui ai tout raconté en détail, il m'a écouté attentif, ses yeux plongés dans les miens. Quand j'ai parlé du moment où je lui avais demandé de me conduire sur l'autoroute, il a pincé les lèvres, mal à l'aise. Quand il a comprit pour ma grand-mère, il a ouvert la bouche mais je ne l'ai pas laissé m'interrompre.
-Tu sais tout. Des questions ?
Il s'est levé pour venir s'asseoir à côté de moi, m'attrapant par les épaules, il m'a serré contre lui.
-Je suis désolé.
-C'est pas une question ça.
Il a resserré son étreinte et je ne savais plus trop s'il cherchait à me consoler ou s'il était simplement venu chouiner sur mon épaule. Attendrie par ce grand gaillard en train de pleurnicher, j'ai passé mes bras dans son dos pour le serrer à mon tour.
-Espèce de bébé.
-Mais je me doutais que ta jumelle maléfique n'était pas toi.
-Ma jumelle maléfique ?
-Oui, c'est elle qui m'a dit d'aller dans le parking.
Je me suis écartée de lui pour le regarder, une pointe de frayeur dans la voix.
-Elle ne t'a rien fait ?
Il détourna la tête embarrassé, mes sourcils se froncèrent en réponse.
-Eh bien, pas dans le sens où tu l'entends.
-Dans quel sens je devrais l'entendre ?
-Je crois que je préfère garder ça pour moi.
Attrapant un oreiller à la tête de son lit, je lui ai enfoncé dans la figure. Il ne s'est pas privé pour répliquer et nous avons joué comme des enfants jusqu'à ce que Kevin ouvre la porte le visage cramoisi.
-Vous voulez pas arrêter de taper sur les murs ? S'il vous plait ?
J'ai éclaté de rire quand Steven lui a lancé son coussin à la figure, et plus encore quand Kevin me l'a renvoyé en pleine face. J'ai continué à rire jusqu'à en pleurer.
L'après midi, la mère de Steven a décidé de nous faire sortir pour me changer les idées. Selon ses propres mots, rien ne vaut un bon bol d'air accompagné d'un rayon de soleil pour se redonner le moral. Notre destination m'était inconnue jusqu'à ce que je reconnaisse le chemin que nous empruntions. Le grand parc qui entourait la ville, une des plus audacieuses décisions prise par la commune selon les vieillards. Une soixantaine d'année avant ma naissance, un projet de lutte contre la pollution avait été mis en place, à cette occasion beaucoup d'hommes influant s'étaient réunis. De cette réunion était née la grande ceinture forestière, un parc entourant l'ensemble de la ville sur des kilomètres. Un des plus beaux du pays sans aucun doute.
Le vent soufflait dans les branches et j'ai écarté les bras pour sentir son souffle, un grand sourire aux lèvres. Émeline et Ludovic courraient déjà vers les arbres jetant les feuilles d'automne en l'air, Kevin lui avait emporté un livre regardant d'ore et déjà lequel des arbres serait le plus confortable pour s'installer. Ma tante s'étira avec délice, d'un geste de la tête elle nous fit signe d'aller nous amuser. J'ai regardé Steven d'un air moqueur.
-Combien tu paries que j'arrive avant toi à la mare ?
Il n'eut pas le temps de répondre que ma tante l'attrapait par l'épaule.
-On se calme les enfants, si l'un de vous deux fini encore dans cette mare je vous laisse greloter dans la voiture jusqu'à ce soir.
Arborant un masque d'innocence, j'ai simplement commencé à courir sous les cris d'un Steven indigné. Je sentais mes pieds s'enfoncer dans les feuilles et la terre humide, l'odeur des arbres autour de moi, les couleurs chatoyantes de la pluie végétale. Rouge, jaune, vert, marron clair ou presque noir. Cette forêt était sublime.
Un bruit de pas de plus en plus près annonçait ma défaite imminente mais ce n'était pas bien grave. Mon pull m'attira brutalement en arrière sur le sol, le ciel était d'un bleu limpide, au moins autant que celui des yeux qui me surplombaient.
-Tricheuse.
J'ai haussé les épaules alors que je me redressais.
-C'est plutôt toi le tricheur, t'as vu la taille de tes jambes ?
Il eut un rire jaune. Enlevant la boue qui maculait mon arrière train, je me suis remise à courir. Triomphant alors qu'il venait de me dépasser, il ne se méfia pas quand mon pied passa devant sa cheville, le faisant trébucher de tout son long. Après un bref coup d'œil derrière moi pour me délecter de la vision de son visage peinturluré de gadoue, je me suis de nouveau concentrée sur ma course. Encore quelques mètres avant la fin du bois et la clairière abritant la mare.
Je pensais avoir gagné mais après un craquement sourd Steven m'étonna pourtant en me fauchant à son tour. Pestant contre la douleur sourde qui enflait dans mes genoux, je me suis retournée pour lui asséner une remarque acide, évidemment, ce n'était pas lui.
Les racines s'étaient soulevées du sol et ondulaient autour de moi, menaçantes. Je n'avais pas senti l'énergie noire à temps et une vague de panique me submergea en portant la main sur la clé du sceau. Je n'avais pas emporté les cartes avec moi. Je n'en avais aucune pour me défendre.
Mot de l'auteur : Bon je suis très en retard par rapport à ce que j'avais prévu donc je ne ferais plus de promesse pour les temps de sortie de chapitre, m'enfin je vais quand même faire de mon mieux pour écrire vite hein !
Je vous présente donc la famille de Steven dans ce chapitre. La négligence de Mizuno va évidemment avoir un prix. Bref, j'ai pas mal de choses intéressantes en tête !
Sur ce, au prochain chapitre !
