Titre : Kokoro's cards

Disclaimer : Les personnages sont tous mien sauf Kero, les lieux sont également de mon invention, tout le contexte historique et toutes les cartes sont à Sakura et aux CLAMP !

Le cri était mort dans ma gorge avant même de pouvoir sortir, les racines tombaient lourdement sur le sol, tranchées net. Je me suis relevée, Shaolan était là immobile, son regard méprisant posé sur moi. Un sourire hautain accompagna ses paroles.

-Maintenant, ça m'en fait trois.

Il sortit une carte de Sakura qui m'était inconnue et celle qui m'avait échappée la première fois.

-Celle-ci a choisi d'elle-même de retourner sous sa forme originelle.

C'était impossible. Kero m'avait clairement dit que seul le maître des cartes désigné par ses soins pouvait rendre sa forme originelle à une carte de Sakura. La preuve était d'ailleurs devant moi, bien qu'il ait tranché la carte et que celle-ci soit hors d'état de nuire, elle avait conservé son aspect. A peine ces paroles traversaient mon esprit que la carte se transforma, d'elle-même, comme l'avait dit Shaolan.

-C'est impossible ! Au début tu ne pouvais pas faire ça. Tu n'es pas... un maître des cartes.

Les mots s'engluaient dans ma bouche. Des bruits de pas firent craquer les feuilles derrière nous, Steven venait d'arriver. Les deux garçons s'observèrent sans un mot, brandissant une dernière fois sa carte avec fierté, Shaolan se détourna pour disparaître entre les arbres.

-Il faut que je rentre chercher mes cartes.

J'ai serré poings et dents de toutes mes forces.

-Je suis tellement stupide que ça me met hors de moi !

Frustrée, j'avais crié cette phrase et Steven n'avait rien trouvé à répondre. Shootant dans les feuilles, je me suis mise à crier des phrases sans aucun lien entre elles.

-Arrête. C'est stupide ce que tu fais.

Je me suis arrêtée dévisageant mon ami avec froideur.

-Stupide ? Qu'est ce que tu crois savoir de ce que j'ai vécu pour me dire que ma colère est stupide ? Ce que je t'ai raconté ce ne sont que des mots Steven ! Moi j'ai senti la douleur et la peur sans savoir que tout irait plus ou moins bien à la fin. J'ai eu peur de mourir, tu imagines ce que c'est ? D'avoir peur de mourir ?

Il secoua lentement la tête.

-Non, je ne sais pas.

-Alors laisse-moi tranquille.

-Comme tu veux.

Il me dépassa en direction de la mare sans même jeter un coup d'œil en arrière. Je me suis laissée tomber le long d'un arbre, les jambes repliées contre moi. Le ciel était toujours aussi bleu pourtant il s'en dégageait une impression de froideur à présent.

Je suis allée voir ma tante pour lui dire que je ne me sentais pas bien, elle m'a demandé de surveiller les plus jeunes le temps qu'elle ramène Steven. Quand celui-ci est revenu il a proposé à sa mère de me ramener à pied pour ne pas obliger tout le monde à rentrer aussi tôt, elle a accepté. Je ne savais pas si j'étais reconnaissante ou pas qu'il m'accompagne, mon esprit était terrorisé par la perspective d'une nouvelle attaque, la coque d'une voiture m'aurait bien rassuré.

Nous avons marché en silence durant les vingt cinq minutes de trajet jusqu'au portail en fer forgé qui annonçait l'entrée du lotissement. Tapant le code d'une main experte, Steven en actionna l'ouverture en un clin d'œil. Je me suis sentie accélérer le pas en voyant la porte, il me fallait mes cartes. Steven a sortit son trousseau tout en me regardant d'un air étrange.

-Elles ne vont pas s'envoler tu sais.

Mon regard s'est planté dans le sien, sa remarque était stupide. Je n'avais certainement pas peur que mes cartes s'envolent, ce qui me faisait peur, c'était de ne pas pouvoir les atteindre à temps.

Je me suis engouffrée dans la maison d'un pas plus que rapide et elles étaient là. Posées sagement sur le pouf de la chambre d'Émeline. J'ai froncé les sourcils en les attrapant, il fallait impérativement que je parle avec Kero de la nouvelle capacité de Shaolan.

-Steven ?

Attendant adossé à l'encadrement de la porte, il me surveillait toujours de ce drôle d'air.

-Je dois passer chez moi.

-Je t'accompagne.

J'ai ouvert la bouche avant de la refermer sans rien dire. Maintenant qu'il savait tout, ça ne servait à rien de le mettre à l'écart.

-Comme tu veux.

-Tu veux qu'on prenne la moto ?

J'ai cligné des yeux, pas sûre d'avoir bien entendu.

-T'es fou et si on se fait arrêter ?

Il haussa les épaules.

-Vu ma taille avec un casque personne ne m'arrêtera. Tu sais très bien que je conduis mieux que la plupart de chauffards qui sillonnent les rues.

-Arrêtes de dire n'importe quoi.

Un sourire éclaira son visage.

-Eh bien ça me rassure, il reste un minimum de bon sens en toi. Tu m'as fais un peu peur mais on dirait que la Mizuno que je connais est juste un peu stressée.

Un flot de réponse acide à brûlé mes lèvres avant que je soupire en me massant les tempes.

-T'es vraiment idiot. Et si je t'avais demandé de conduire ?

-Hum. Je t'aurais enfermée le temps que tu reprennes tes esprits. Ma mère ne m'aurait jamais pardonné de faire un truc pareil de toute façon. Tu me vois enfreindre la loi ?

-Non mais je l'imagine bien rouge de fureur en train de t'étrangler.

Il a attrapé son cou en faisant la grimace, me faisant rigoler de bon cœur puis nous sommes partit en discutant de choses et d'autres. Kero avait reçu pour ordre de ne surtout pas se montrer si quelqu'un entrait dans la maison. Pourtant, à peine en avais-je franchi le seuil qu'il me harcela de ses questions sans même remarquer Steven dans mon dos.

-Mais qu'est ce qu'il fait là l'endormi ?

Le concerné fronça les sourcils en entendant son nouveau sobriquet.

-Maintenant qu'il sait tout, je me suis dis que j'avais aucune raison pour lui dire de ne pas venir.

Il renifla avec dédain tout en se dirigeant vers le salon pour s'installer sur le canapé. Après que nous l'ayons rejoins nous avons pu commencer à aborder le problème.

-Quoi ?! Mais c'est totalement impossible !

Kero avait le pelage hérissé, c'aurait pu être drôle s'il n'avait pas été aussi en colère.

-J'ai vu ce que j'ai vu Kero.

-Comment est ce qu'il a fait ? Tu as senti quelque chose d'étrange ?

Mon front s'est plissé alors que je réfléchissais, je n'avais rien senti d'étrange.

-Peu importe, je suis affirmatif. Personne, je dis bien personne sauf un chasseur de carte ne peut capturer les cartes.

-Pourtant il semblerait que tu te sois trompé petite peluche.

Steven avait dis ça d'un ton mi-exaspéré mi-moqueur et il était clair que Kero n'avait pas mais alors pas du tout aimé.

-Qu'est ce que tu en sais tête d'enfariné ?

J'ai souris, cette expression ma grand-mère l'utilisait souvent, visiblement, Kero et elle devaient discuter quand je n'étais pas là. Ils ne m'en avaient jamais parlé ni l'un ni l'autre. Le ton commençait à monter entre eux mais je ne m'en faisais pas trop.

-Donc Kero, si j'ai bien compris, tu ne sais pas ce qu'il s'est passé ?

Il me lança un regard noir avant de hocher imperceptiblement de la tête. Ca ne m'avançait pas beaucoup mais j'allais devoir m'en contenter. Nous ne nous étions pas éternisé chez moi, je n'avais pas envie que ma tante se demande pourquoi j'avais voulu rentrer chez moi.

Le soir alors qu'Émeline dormait déjà profondément, j'ai décidé d'aller me promener discrètement. Invoquant le sceptre puis la carte passe muraille, j'ai traversé portes et murs jusqu'à l'extérieur. Je n'avais pas spécialement envie de marcher, juste de sentir l'air frais. Fermant les yeux, j'ai apprécié le silence de la nuit. Le léger bruit du vent dans les feuilles était apaisant cependant quelques minutes suffirent à me faire frissonner, m'obligeant à rentrer. La carte pompait mes forces, je commençais déjà à le sentir. Ce n'était pas une si mauvaise chose, ainsi j'allais pouvoir m'endormir plus vite.

C'était ce que je croyais mais mes étranges rêves tourmentèrent une nouvelle fois ma nuit.

Toujours la même tour de métal, les cartes qui tournaient frénétiquement autour de moi, l'eau qui s'élevait en geyser et ce bruit assourdissant. La main de Shaolan sur mon épaule puis ma chute alors que je pouvais voir son dos rapetisser, un détail me frappa. Une tache de sang fraiche maculait mon épaule, elle se voyait comme le nez au milieu de la figure sur ma veste blanche.

Me redressant haletante, j'ai cherché l'interrupteur de la lampe de chevet avec frénésie. C'est seulement quand lumière a envahie la pièce que je me suis rappelée où je me trouvais. Émeline s'était réveillée.

-Qu'est ce qu'y t'arrive Mimi ? Tu fais une drôle de tête, c'est déjà l'heure de se réveiller ?

-Non Emy, rendors toi. Je dois juste aller aux toilettes.

Joignant l'acte à la parole pour appuyer mon mensonge, je suis allée au petit coin. Assise sur le battant des toilettes, je me sentais amorphe. A chaque nouveau rêve, des détails infimes m'apparaissaient plus nettement. Pourtant, jamais je n'avais aperçu cette tache de sang avant.

Un crissement de doigts contre le bois de la porte me fit sursauter, un chuchotement quasi inaudible le suivit.

-Mizuno, tu as fais un cauchemar ?

La voix de Steven.

-Non, j'avais juste envie d'aller aux toilettes.

Un silence s'installa quelques secondes.

-Menteuse.

Des pas feutrés s'éloignèrent, il regagnait sa chambre. J'ai commencé à rire doucement, Steven ne rêvait jamais et moi, je ne me réveillais que quand je faisais des cauchemars la nuit. Il me connaissait trop bien.

Après m'être recouchée, ma nuit s'était finie en un trait. C'est la sonnerie de mon portable qui me tira de mes songes en fin de matinée. Émeline était déjà partie déjeuner. Attrapant le maudit appareil, j'ai décroché pour répondre d'une voix pâteuse.

-Allô Mizuno ? C'est Namie.

J'ai répondu d'un grognement fatigué.

-Je voulais être sûre, tu te souviens que demain on part en voyage scolaire ?

Un blanc de mon côté l'informa rapidement que mon esprit avait occulté cet événement.

-Tu as intérêt à venir ! Demain matin 7h45 devant le collège. C'est l'heure du rassemblement.

-Je suis obligée ? J'ai vraiment pas envie en ce moment.

-Raison de plus. Ca va te faire du bien de t'éloigner un peu de chez nous.

-Mouais.

-Sinon comment tu vas ?

Elle m'a tenu au téléphone durant vingt longues minutes où mon cerveau a commencé à griller avant même d'être réveillé. Ma tante curieuse de m'entendre parler seule était passée voir ce qu'il se passait avant de comprendre que j'étais au téléphone. Après avoir raccroché, je suis allée déjeuner sans entrain.

-Quoi tu as un voyage scolaire ? Tu aurais du me le dire plus tôt ma chérie.

Le passage pour prendre mes affaires fut assez rapide, mon sac fut plié en un tour de main. Je suis allée voir ma grand-mère, elle semblait avoir perdu un peu de poids mais son teint était moins livide. M'assurant encore et encore qu'elle allait bien et qu'elle n'avait pas besoin que je la surveille, elle m'avait poussé à son tour à partir en voyage scolaire.

Ma dernière journée dans la famille de Steven fut festive, un grand repas convivial poursuivit chez le glacier du coin. Je me suis couchée le cœur léger.

Le réveil sonna à six heures et demie, pas plus d'une seconde, juste le temps que ma main l'assomme. Jetant les couvertures sur le côté, j'ai cligné des yeux pour émerger. A peine plus énergique qu'un mort vivant, je me suis trainée dans la douche. Celle de chez Steven avait un programme sympa, une sorte de tourbillon de gouttes à la fois brulantes et froides, de quoi réveiller un bœuf. Le moins qu'on puisse dire c'est que c'était une expérience vivifiante.

L'air chaud me sécha en un clin d'œil pendant que je me coiffais. Enfilant les affaires que j'avais posé la veille sur l'étagère, je suis sortie sans un bruit.

-Bonjour tatie.

Elle me répondit d'un sourire alors qu'elle beurrait une tartine avec application.

-Bien dormi, puce ?

J'ai hoché la tête en jetant un œil sur la pendule, déjà sept heures cinq. Un à un les enfants commencèrent à émerger, se succédant dans la salle de bain. Steven passa en dernier. Quand il arriva à table, il était déjà sept heures trente quatre. Je me suis levée pour prendre ma valise et tout vérifier une dernière fois. J'étais prête à partir. J'ai embrassé tour à tour les deux plus petit, Kevin puis ma tante mais au moment de m'avancer vers Steven celui-ci secoua la tête, la bouche remplie à ras bord de pain au beurre. Fronçant les sourcils, j'ai essayé de décoder ses mouvements, sans succès.

-Il t'accompagne au collège.

Kevin qui venait de remettre le nez dans son bol avait décrypté en un clin d'œil le langage corporel de son frère qui levait à présent le pouce dans sa direction. Courant prendre son sac après avoir enfilé sa veste, il m'ouvrit la porte pour m'inviter à sortir. Un dernier au revoir puis je suis partie avec un petit pincement au cœur. Marchant tranquillement, nous avons croisé d'autres élèves qui allaient en cours. Amélie me héla de loin sa valise à la main, elle était impatiente de voir les nuages du bord de mer. Sophie la suivait de près comme toujours, elles habitaient proche l'une de l'autre depuis la naissance, ça créait des liens.

Un grand bus scolaire, d'allure traditionnelle, était garé à l'intérieur de la cour, des élèves se pressaient pour y ranger leurs affaires. Namie attendait devant le portail comme à son habitude, elle se précipita vers notre petit groupe en nous apercevant.

-Il est quarante six, je te signale que j'avais dis quarante cinq !

-Maintenant que tu arrives à l'heure, il faut bien que quelqu'un prenne ta place de retardataire.

Elle s'offusqua de ma réplique un instant avant de m'arracher ma valise pour la ranger.

-J'ai plus mes béquilles, je peux le faire toute seule !

Elle n'écoutait pas et un fou rire idiot me prit à la gorge, Steven souriait aussi face à la fausse indignation de Namie, son visage était tellement comique.

-Dommage que ta classe ne parte pas avec la mienne.

-Une autre fois peut être.

-Ce serait bien.

Nous sommes restés côte à côte, Amélie criait sur Sophie qui avait écrasé sa valise en trébuchant dessus, Dylan qui venait d'arriver me fit un signe de main et Monsieur Shriver ne tarda pas à se montrer.

-Bon, je voudrais que tout le monde monte dans le bus, je vais faire l'appel.

Une cohue se forma autour de l'escalier, chaque élève voulait la meilleure place. Après avoir embrassé Steven sur la joue, je me suis jetée dans la bataille des places à mon tour.

-Mizuno ici !

Namie avait réussit à avoir les deux sièges qui donnaient sur l'escalier du milieu, ceux où on peut tendre les pieds librement, une sacrément bonne place. Vu le regard d'Estelle qui siégeait juste derrière, elle l'avait loupé de peu. Même si elle m'avait gardé une place, Namie n'alla pas jusqu'à me donner celle côté vitre.

Monsieur Shriver commença à appeler les noms de la liste et un à un, tout le monde a répondu présent. Même Shaolan.

La vision de cette tache de sang me rendait mal à l'aise, je n'avais pas eu l'impression d'être blessée durant mon rêve alors la seule explication logique était que le sang n'était pas le mien. C'était le sien.

Je ne savais pas vraiment si ça changeait la donne ou pas en réalité. Seulement, je savais que ces rêves n'étaient pas anodins, il ne fallait négliger aucun détail.

Mot de l'auteur : Et voilà. Il suffit que je dise que je ne sais pas combien de temps va mettre la sortie pour que le chapitre sorte spontanément...

Enfin le voyage scolaire depuis le temps qu'il est planifié dans mon esprit !

Vingtième chapitre quand même !

Je me rends compte que pour une fois je n'ai pas grand-chose à dire sur mon chapitre donc je vous dis au prochain !