Titre : Kokoro's cards

Disclaimer : L'histoire provient de mon esprit tortueux en revanche l'histoire originale qui m'a inspirée est aux CLAMP.

Le flux et le reflux des deux énergies ne m'apprenait rien sinon qu'il fallait agir vite. Le vent sifflait autour de nous mais les pierres avaient cessé de chuter du plafond. Shaolan avait commencé à se ronger les ongles sous le regard méprisant de Namie, il lui avait lancé une réplique acerbe et depuis nous étions au point mort. J'avais essayé de m'approcher de façon plus subtile que Shaolan mais mes poignets avaient commencé à se strier de coupures avant même que je sois à trois mètres de la carte. Mon pied tapait à un rythme régulier sur le sol m'aidant à évacuer mon stress.

Il fallait aider cette carte c'était sûr. La façon de faire restait en revanche obscure à mes yeux.

-C'est ridicule !

Je m'étais retournée vers Shaolan qui venait d'exploser.

-Il suffit de la faire basculer du mauvais côté. Au moins elle bougera d'ici et on pourra enfin faire quelque chose !

-Ou alors on mourra enterré vivant, crétin.

Namie venait de prendre l'offensive, elle n'avait pas tord cependant un peu de diplomatie ne faisait pas de mal. J'ai froncé les sourcils en réprimant un frisson, le son du vent devenait plus aigüe, à la limite du douloureux.

-Tu vois ce que tu as fais !

Ils ont commencé à se disputer mais je n'écoutais pas, je ne les écoutais pas eux, je cherchais le murmure que j'avais cru percevoir à travers le vent.

« Pourquoi ? »

Ce mot revenait en boucle porté par le mistral qui grondait.

J'ai fixé la jeune femme, ses lèvres bougeaient imperceptiblement. Il n'y avait qu'elle pour faire une chose pareille de toutes manières. Il fallait qu'elle m'explique d'elle-même son problème pour que je puisse le résoudre.

-Pourquoi quoi ?

Ses yeux se sont rivés dans les miens, un courant puissant à percuté mon tympan gravant ses mots à l'intérieur de moi. J'ai émis un couinement plaintif en me tenant l'oreille, du sang coulait entre mes doigts. Namie a glapi à son tour en s'approchant de moi, sortant un mouchoir de sa poche, elle a essuyé le sang tant bien que mal. La question de la carte faisait écho en moi comme si le vent tournait encore à l'intérieur de mon oreille, tranchant plus profondément. Soudain, tout s'arrêta, le point exact de l'égalité entre lumière et ténèbres avait été atteint. Une dernière rafale souffla autour de moi me transmettant à nouveau un message.

« Maintenant ou vous mourrez. »

Le ton était calme et serein, contrastant avec la douleur de la première phrase. Je savais ce qu'elle voulait, même si j'avais étais incapable de le faire la veille, je savais qu'à présent, je n'avais pas le choix. J'ai invoqué le sceptre sans y penser, attrapant la carte de l'épée cette fois ci je n'ai pas hésité. Ma lame n'a pas freiné en traversant le corps venteux tétanisé qui me faisait face. Je savais que je l'avais eu, une esquisse de sourire flotta sur ses lèvres avant que son image ne vacille.

J'avais envie de pleurer.

Je venais de faire ce que je m'étais promis de ne pas faire mais rien de tout ça n'avait de sens, je n'avais pas été lucide. La vie ou l'honneur ? La question ne se posait même pas, je savais que si le choix se présentait je choisirais la vie. Le choix s'était présenté et ce que je redoutais était arrivé. Je n'avais aucune valeur forte, tout ce que j'avais pu dire n'était que des mots vides. Ca n'avait pas été un combat, je n'avais rien pu faire pour l'aider. Au final, celle qui avait reçu de l'aide, c'était moi.

Me doigts étaient poisseux de sang, mon oreille saignait encore, la douleur y pulsait sauvagement. Je sentais que mon équilibre était précaire pourtant je me suis forcée à encrer mes pieds au sol et à capturer la carte dont il ne restait qu'un faible tourbillon.

-Carte de Sakura reprend ta forme originelle moi Mizuno ton nouveau maître te le demande !

Ma voix semblait avoir une consonance différente de d'habitude, sans comprendre comment je me suis retrouvée à genoux, une longue carte rose entre les mains.

-Mizuno ?

La voix de Namie semblait déformée elle aussi, je l'air regardé en arquant les sourcils.

-Je ne t'entends pas bien.

Elle a regardé le côté de ma tête les lèvres pincées, ça ne devait pas être beau à voir. Elle s'est retournée vers Shaolan, lui aussi me regardait d'un drôle d'air. Elle lui a demandé quelque chose à vois basse si bien que je n'ai rien pu distinguer, mis à part son ton menaçant. Il s'est avancé vers moi le visage fermé avant de me soulever de terre pour me mettre sur son épaule, j'ai crié quand ma tête en percutant son dos s'est mise à faire grincer mes neurones. Les paroles de Namie étaient si fortes que cette fois ci elles me sont parvenue m'arrachant presque un sourire.

-Doucement, j'ai mal.

Ma voix était sortie faible et plaintive, ça ne me plaisait pas du tout mais mon esprit ne s'est pas concentré longtemps sur cette pensée futile, bien vite rattrapé par la douleur lancinante. Après m'avoir fais passer sur son dos, il a commencé à marcher, surement vers la sortie.

Même avec l'esprit embrumé, je me suis rendue compte que quelque chose ne tournait pas rond, nous marchions depuis trop longtemps. J'ai essayé de sentir quelque chose mais la douleur supplantait tout, impossible de ressentir quoi que ce soit d'autre. Namie semblait commencer à fatiguer, son souffle était saccadé.

-Hé.

Shaolan s'est arrêté en tournant la tête vers moi.

-Quoi ?

Son ton impatient me fit lever les yeux au ciel, ou plutôt au plafond de la grotte.

-On tourne en rond.

-Tu sens quelque chose ?

J'ai ouvert la bouche essayant une dernière fois de sentir quelque chose mais en faisant cela, la seule chose que j'obtenais était une décharge de souffrance.

-Je ne sens rien du tout, j'ai mal.

Je l'ai senti soupirer, il s'est retourné vers Namie, sa voix me laissait clairement imaginer un sourire odieux sur son visage.

-On ne t'entend plus beaucoup depuis quelques minutes, on dirait presque que tu as du mal à suivre.

Par-dessus son épaule, j'ai clairement vu le geste tout à fait obscène qu'elle lui a adressé en souriant aussi faussement qu'il l'était possible.

-Tu sais quoi le chinois ? Le silence te réussit mieux qu'à moi, tu devrais continuer dans cette voie.

Bien qu'il ait pu sembler relativement calme, je sentais sous moi tous les muscles de son corps se tendre. Il était idiot de provoquer Namie sur son terrain, elle avait la langue acérée d'une vipère.

-De toutes façons tu sais quoi ? Tu vas coller un de tes papiers magiques contre un mur pour m'éclairer et je vais vous attendre ici le temps que les secours, que vous allez évidemment appeler pour moi à la sortie, arrivent.

Elle s'est laissé tomber contre la paroi en étendant ses jambes. Shaolan l'a jaugé du regard et sans un mot, il a recommencé à marcher en la laissant derrière.

-Si tu m'obliges à continuer, je te préviens, je n'arrêterais pas de te saouler jusqu'à ce qu'au final tu me laisse attendre tranquillement assise et éclairée. On gagnerait tous les deux à ce que tu le fasses. Maintenant.

Elle a mit l'accent sur le dernier mot, je ne la voyais pas mais je devinais sa posture. Droite comme un i, poings serrés et les yeux lançant des éclairs. Il me remit en place sur son dos sans grande délicatesse et a accordé à Namie ce qu'elle demandait pour enfin reprendre sa marche vers la sortie.

Nous n'avions pas marché depuis plus de deux ou trois minutes quand nous avions aperçu une lueur au bout du tunnel. Une bouffée d'espoir à l'idée d'être à l'air libre m'a submergée, je n'aimais pas vraiment les grottes sombres. Les pas de Shaolan avaient accélérés puis ralentit, plissant les yeux, j'ai cru voir une forme assise. Mon esprit refusa d'accepter ce que je voyais avant qu'une voix familière ne résonne dans le tunnel.

-Mizuno ? Mais comment vous avez fait pour arriver de là bas ?

Namie en chair et en os.

-C'est une blague ?

La voix de Shaolan s'était teintée de désarroi. Il s'était mis à courir, les soubresauts et le courant d'air froid qui pénétrait mon oreille me fit hurler. Il s'arrêta net en me posant à terre.

-Hé ? Hé, ça va ?

Je lui aurais bien répondu qu'il n'était qu'un sale con insensible pour courir comme ça alors qu'il avait un blessé sur le dos mais j'avais d'autres préoccupations. J'étais occupée à hurler, et chaque nouveau hurlement résonnait dans ma tête en m'en arrachant un nouveau. A son teint pâle, je voyais qu'il ne savait pas du tout quoi faire alors il a fait demi tour en me laissant au sol. Une peur primale m'a saisie au ventre alors que je me retrouvais plongée dans les ténèbres. Des souvenirs douloureux se bousculaient dans ma tête, j'avais beau me répéter que les ombres ne représentaient plus une menace, je crevais de peur.

Mes yeux tournaient frénétiquement dans mes orbites cherchant quelque chose à voir et quand j'ai finalement aperçu quelque chose, je me suis rendue à l'évidence. J'étais en pleine crise d'hallucination.

Une petite fille à l'allure ectoplasmique se tenait devant moi, une couronne de feuille posée sur sa tête. Elle s'était accroupie devant moi, une voix fluette et ancestrale à la fois, m'était parvenue.

-Es-tu digne d'être ce que tu es ?

J'ai froncé les sourcils, retrouvant peu à peu ma lucidité.

-Ils ne viendront pas, pas tout de suite, pas tant que tu n'auras pas répondu.

-De quoi est ce que tu parles ?

Je ne comprenais pas, ni qui elle était, ni ce qu'elle entendait par être digne d'être ce que j'étais.

-Je te demande si tu es digne d'être une chausseuse de carte, ou si le lion jaune s'est trompé.

Le lion jaune ? Parlait-elle de Kero ? Il n'avait pas grand-chose d'un lion pourtant.

-Je sens les cartes, d'habitude. J'ai l'impression qu'il y en a une mais je ne sens rien.

J'avais du mal à former des phrases cohérentes, mes idées se bousculaient dans ma tête.

-Les cartes me font froid dans le dos, pourtant, je n'arrive pas à m'en éloigner.

-Pourquoi ?

La question était dénué de sens, il n'y avait ni pourquoi, ni comment.

-Par ce que c'est comme ça.

-Es-tu digne d'être ce que tu es ?

Cette question m'agaçait.

-Quelle importance ? Je n'ai jamais réfléchit à la question.

-C'est important. Il faut que tu fasses le bon choix.

J'ai aussitôt pensé à cette étrange double au collège, elle m'avait aussi parlé d'un choix.

-Quel choix ?

Un pâle sourire s'est dessiné sur ses lèvres.

-Le bon choix.

Je l'ai fixé dans les yeux, cherchant à comprendre si je rêvais ou si tout était bien réel.

-J'ai des défauts.

-Est-ce là ta réponse à ma question ?

-J'ai aussi des qualités, je crois.

-Tu penses être équilibrée ?

J'ai cligné des yeux, me demandait-elle si j'étais folle ?

-Je suis plutôt équilibrée, oui. Pourquoi ?

Elle a éludé ma question passant à autre chose.

-Si le bien et le mal n'étaient pas équilibrés que ferais-tu ?

-Je suppose qu'il suffirait de remettre les choses à égalité.

-Même s'il y a trop de bien ?

Pouvait-il vraiment y avoir trop de bien, la notion était subjective.

-Je ne vous suis pas très bien.

-Que ferais-tu s'il y avait trop de bien pour ramener l'équilibre ?

-Je...

J'ai attrapé ma tête entre mes mains, je recommençais à avoir mal.

-Laissez-moi tranquille.

J'étais haletante, ma boite crânienne semblait être passée sous un tracteur.

-Que ferais-tu si cela risquait de te tuer ? Te sacrifierais-tu pour ne pas faire de mal ?

Certainement pas. Cette pensée égoïste me frappa, l'honneur ou la vie ? La vie. Je m'étais mise à pleurnicher.

-Non, je ne le ferais pas.

Des larmes chaudes creusaient des sillons sur mes joues.

-C'est bien.

Elle posa ses mains sur mes tempes et tout s'arrêta. La douleur, la peur, les larmes. Tout avait disparu pour laisser place à une sensation d'apaisement.

La terre sous mon dos était plutôt confortable, elle dégageait un parfum agréable. Mon nom m'était parvenu très clairement alors que je me réveillais en sursaut, étrangement reposée. Namie était penchée sur moi, nous étions toujours dans la grotte. Je me suis redressée avec facilité en m'étirant sous le regard éberlué de mes compagnons. Une drôle de sensation entre mes doigts m'apprit que je tenais quelque chose, en amenant ma main devant moi, j'y ai vu une carte rose.

-Mais qu'est ce que...

La petite fille à la couronne de feuille y était représentée, The Healing inscrit au bas m'indiquait son nom. La guérison. Un murmure de Shaolan me parvint très clairement.

-Une des cartes créées par Sakura.

Mais sa déclaration ne me fit ni chaud ni froid, passant ma main sur mon oreille, je me suis rendue compte que je n'avais plus rien. J'entendais parfaitement, ni vertige, ni douleur.

-Je n'ai plus mal !

-Que s'est-il passé Mizuno ? On ne pouvait plus te trouver quand on est revenu.

J'ai froncé les sourcils, ce qui devenait une attitude fréquente chez moi.

-Je ne sais plus trop. Je ne sais même pas comment j'ai capturé cette carte.

Namie haussa les épaules en me tendant la carte du vent, visiblement le fait que je sois saine et sauve lui suffisait amplement.

-Tu l'avais fais tomber un peu plus loin.

J'ai regardé les deux cartes en souriant, deux cartes en une journée, c'était à fêter.

-Oh et lui aussi, il en a attrapé une.

J'ai effectivement aperçu une carte entre ses mains.

-C'est à cause d'elle qu'on tournait en rond.

-Vraiment ? On peut sortir alors ?

Shaolan a acquiescé puis s'est accroupi devant moi pour que je monte sur son dos. J'ai hésité, je me sentais mieux mais d'une part, je ne voulais pas le froisser en refusant de monter sur son dos. D'une autre si je m'effondrais plus loin, une petite voix m'affirmait qu'il me laisserait par terre dans le noir encore une fois.

-Bon, tu montes ?

Il a achevé de me convaincre en me posant la question et j'ai grimpé sur son dos. Ca avait quelque chose d'amusant, d'être porté sur le dos de quelqu'un. Ma grand-mère ne m'avait jamais porté sur son dos, elle était trop fatiguée pour ça. Ma mère était morte, un mois après son accouchement, me mettre au monde l'avait trop éprouvé. Elle non plus n'avait jamais eu le temps de faire ce genre de chose, elle était partie trop vite. Et mon père, lui, s'était enfuit.

Je n'avais jamais vraiment compris pourquoi mais quand ma mère était morte, il avait disparu du jour au lendemain selon grand-mère. Parfois, je l'imaginais.

Il revenait à la maison, parfois ma mère était vivante, d'autres fois non, il n'y avait que lui mais ça me suffisait. On pourrait parler d'elle, parler de tout ou de rien. Il aurait pu me porter sur son dos, un sourire malheureux orna mon visage. Il était peut être mort et je n'en savais rien mais je me plaisais à espérer le contraire. Mes mains se crispèrent sur les épaules de Shaolan qui s'arrêta un instant.

-Ca va ?

-Oui, ça va.

C'était la fin du tunnel, on pouvait entendre les voix des adultes qui s'organisaient surement pour partir à notre recherche. En nous apercevant Monsieur Shriver se précipita vers nous. Il avait eu peur que je me sois blessée en me voyant sur le dos de Shaolan, je l'avais vite rassuré.

-Ta grand-mère ne me pardonnerait pas s'il t'arrivait quelque chose.

J'ai souri en pensant à ma grand-mère, je comptais lui ramener un magnifique souvenir de notre voyage. Il n'était même pas midi, la journée allait pourvoir continuer de plus belle.

Mot de l'auteur : Un peu plus de temps pour le sortir celui là :p

Vous pouvez commencer les spéculations ! En tout cas c'est la première carte de Sakura qu'on voit ce chapitre-ci. Elle va éviter a Mizuno les longues convalescences ! Je commence à aborder les parents de Mizuno seulement maintenant mais il faut dire que comme elle ne les a jamais connus et qu'elle a sa grand-mère qui compense largement, les occasions sont peu présentes pour mettre ça sur le tapis sans que ce soit hors contexte. Je développerais progressivement là aussi.

Sur ce, au prochain chapitre !