Les toasts beurrés fondent dans ma bouche. Je mâche en silence, savourant leurs arômes sur le fil du rasoir. Brutus m'observe à la dérobée. Je le maudis de pouvoir lire en moi. Je ferme sa lecture de mes sentiments, sans succès. Mon trouble filtre au travers du masque de mon indifférence.

Comble de l'horreur, il le perçoit, lui aussi. Deux chaises vides nous séparent. Ordre de notre mentor, suite à notre petit spectacle de la veille au soir. Stark, assis en face de moi, observe la scène en retrait.

La tension est palpable. Les deux hommes promènent tour à tour leurs regards de Cato jusqu'à moi, histoire de comprendre. Je me mure dans un silence tendu. Lui reste indifférent. Il est habile. Il veut les tromper. Il agit comme si de rien n'était.

Je peine à ravaler mes angoisses. Aux yeux de tous, la tension vient de moi, pas de Cato. Mon regard le scrute discrètement. Je guette les menaces dans ses yeux. Que son rictus le trahisse. Mais il reste de marbre. Ignorant simplement mon existence.

Je ferme mes pensées, je bloque le flot de mes sentiments. Je retrouve mon moulage de statu de pierre. Je me ferme à lui, mais tout semble converger vers Cato, vers les événements de la veille. Je m'enfonce dans le silence de ma mémoire, nerveuse à l'idée de laisser la situation se reproduire.

J'entends son souffle à quelques pas de moi. Mes hanches se heurtent aux meubles. J'ai la folie du désespoir. Je le sens jubiler. Je suis sa proie. Il me chasse à travers la pièce. Comme un vulgaire animal. Je reste hors de portée. Je suis plus maligne que lui. Il s'immobilise. Ma silhouette suit le rythme de la sienne. Je tente de lui masquer ma peur. Sans succès. Lui, le géant de pierre me domine depuis les cimes de ses muscles. Mon regard se pose sur sa main. Je fixe son bandage. J'ai pu le blesser, au moins. Je lui crache mon plus lourd mépris au visage.

_ J'espère que tu as eu mal.

Il me sourit, une lueur des plus dangereuses au fond des yeux.

_ J'espère que tu t'es sentie mourir.

Je bloque les tremblements dans mes genoux. Je lui fais face, de toute la force de ma voix.

_ Dégage de mon chemin.

_ Non.

Ce sourire. Cette jouissance absolue. Je fantasme sur l'envie de briser son visage.

_ Tu crois pouvoir t'enfuir ? Tu regrettes de t'être portée volontaire maintenant, mh ? Je te l'avais dit, ptit Agneau.

La chasse reprend. Je l'entends rire. Je me maintiens à distance. Un léger bruit dans le couloir. Je tourne la tête. Une seconde d'inattention. Une seconde de trop. Il est sur mes talons. Je me faufile entre les deux canapés. Trop tard. Son poids écrase le mien. Je me démène hors de sa prise. Ses poignets me maintiennent au sol. Je suis acculée contre le sort. Encore. A son regard, je sais que les minutes qui vont suivre ne seront que souffrance.

Je sens son haleine fleurer le long de mon visage. Je comprends qu'il me respire. Qu'il s'imprègne de mon odeur. Comme un animal. Je bloque les tremblements dans mon corps. Jusqu'au bout, je lui tiendrai tête. Je le sens se pencher jusqu'à mon oreille. Sa voix me chuchote des confidences.

_ Tu sais, ça m'a plu. Ca m'a vraiment plu de sentir ta vie s'échapper au creux de mes doigts. Tu veux qu'on retente l'expérience ?

Ses doigts s'enroulent autour de ma gorge. Je plante mon regard dans le sien tandis qu'il se délecte de mon impuissance. Lentement, je m'autorise un rictus.

_ J'ai adoré verser ton sang deux fois dans la même journée.

Il perd son sourire. Le jeu ne l'amuse plus. Une douleur fulgurante me brule la cage thoracique. Je retiens les larmes, j'avale les hurlements. Il vient d'enfoncer tour à tour ses deux coudes au fond de mon plexus solaire. Il me bouscule, cogne mes épaules contre les dalles du plancher.

_ Plante-moi une de tes choses encore une fois et je te garantis que mes mains ne s'arrêteront plus de serrer ton cou fragile.

L'espace d'un instant, l'air me manque. Sa main vient de se refermer sur ma gorge, pour étayer ses menaces. Puis son poids quitte mon corps. J'entends sa démarche s'éloigner.

Je m'essuie la bouche, les mains tremblantes. Je décide que le petit déjeuner prend fin. J'attends la suite des événements. Les mâchoires de Cato s'entrechoquent bruyamment. Je le méprise tant.

Brutus et Stark conversent longuement. Je jette un dernier coup d'œil à Cato. Il ne me fait pas l'honneur de me le rendre. Je claque la porte derrière moi. Un changement de stratégie s'impose.

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La voix de Stark m'invite à les rejoindre. J'ajuste une dernière fois ma coiffure et vérifie la présence de mon couteau en travers de ma botte. Tout le monde m'attend dans le salon. Cato, installé nonchalamment dans le fauteuil, pose furtivement ses yeux sur moi. Mon attitude le nargue, provocatrice. Il se détourne de moi, un sourire en coin. Je lance le ton de la journée. Il n'aura qu'à suivre. Je devine à la courbure de ses lèvres que ce petit jeu l'amuse.

Il s'engage à ma suite dans l'hovercraft. Stark nous explique qu'obtenir cette autorisation lui a été difficile. Brutus se fait un plaisir de lui rappeler que tout ça reste illégal, ce à quoi l'homme du Capitole ne manque pas de lui répondre qu'il en est l'instigateur.

Les rues du Capitole se réduisent à vue d'œil tandis que l'hovercraft s'élève dans les airs. Je colle mon visage à la fenêtre, rapidement imitée par Cato. Si la splendeur du paysage m'impressionne, je sens bien que c'est l'arrachement à sa condition terrestre qui a tout l'air de le subjuguer. Je range cette information dans un coin des tiroirs de ma mémoire.

_ Voilà. C'est ici.

Mes yeux suivent le doigt de Brutus. Il m'indique un terrain militaire en contrebas. L'hovercraft perd de l'altitude. J'évalue les lieux depuis les airs. L'espace n'est pas immense, mais couvert d'arbres à feuilles caduques, ce qui peut constituer une alternative intéressante à notre entrainement.

Une rangée de Pacificateurs nous attend au sol. Des structures de fer se dressent devant moi, de la terre battue sous mes pieds, d'épais bosquets se tiennent en périphérie de ce centre improvisé. En un mot, l'environnement nous ramène chez nous, au District Deux.

Je perçois le promontoire avant Cato. Je m'en approche, fébrile, et commence l'inventaire de nos armes. Epée, sabre, lance, carquois, bouclier, hache, dague, et… un set de poignards. Une étincelle dévorante danse dans mes yeux. Mon sourire s'élargit. Cato finit par s'en apercevoir. Je sens que mon excitation le trouble, lui qui ne s'attendait qu'à lire la peur, la peur de la nuit de la veille sur mon visage.

Brutus veut voir ce dont nous sommes capables. Il nous rappelle qu'il est notre mentor, pas notre entraineur. Qu'il ne nous enseignera pas une seule de ses techniques de combat. Qu'il ne fera rien de plus que nous observer. Que son rôle se borne uniquement au conseil. Et à l'obtention de sponsors.

Il nous défend de nous blesser grièvement. Il nous apprend que le Capitole possède d'étonnantes ressources en matière de guérison, et je juge ses dires vrais au vu de la main de Cato, déjà défaite de son bandage et qui ne comporte aucune égratignure. Il nous répète l'importance du défilé de ce soir. Nous serine que nous devrons être impeccables, parfaits, en bonne santé. Qu'aucune lésion ne devra transparaître sur nos corps.

Il nous explique qu'il n'interviendra pas. Que celui qui tue l'autre précipitera sa mort en chemin. Que les règles du Capitole sont strictes. Deux tributs d'un seul District doivent fouler l'arène des Hunger Games. Si l'un des deux vient à manquer, l'exécution sommaire attend l'autre.

Je prends bien soin d'hocher la tête à chacun de ses commandements. Je vois Cato faire de même. L'envie de passer à l'action le démange. Je souris pour moi-même. Le temps est venu de surprendre tout le monde.

Il se dirige vers le promontoire. Les armes, les armes. Il n'a que ça en tête. Je prends la direction opposée. Je décide d'entrainer mon corps avant mes habiletés. Je m'échauffe longuement sous l'œil impassible de Brutus.

Je perçois Cato enchainer les mouvements d'épée à l'autre bout du terrain. Les regards sont rivés sur lui. Je sens qu'il jubile. Il lui faut son public. Mon excitation enfle au creux de mon ventre. Sa défaite sera d'autant plus amère. Je sens mon corps assoupi, avide de mouvement, avide d'action. L'échauffement est terminé.

Lorsque je m'approche du promontoire, Cato se retourne. Son sourire me nargue.

_ Je t'ai laissé le bouclier. T'en auras plus que besoin.

Je ne relève pas la remarque et pose mes doigts le long des six poignards lustrés. Un seul bouclier. Je sais que Brutus l'a disposé ici à mon attention. Je ne le toucherai pas. Pas une seule fois.

Cato m'observe fixer la ceinture de poignards à ma taille, y ajouter la dague, dédaigner délibérément le bouclier. Il éclate de rire. Je lui lance le rictus le plus mauvais que je possède.

_ C'est toi, qui en auras besoin.

L'ombre de ma haine se réveille au creux de mon bas ventre.

Il me défie du regard. Son plaisir est immense. Je sens qu'il veut jouer. Je me mords la lèvre inférieure.

Ses gestes me font face. La masse de ses muscles me domine. Il enchaine les démonstrations de force. Je ne bouge pas d'un cil. Ma voix le défie dans un murmure.

_ J'ai pas peur de toi.

La rangée de ses dents me sourit.

_ Il est temps d'y remédier, alors.

Sabre et épée brillent à sa ceinture. Je gage qu'il ne va pas s'en servir tout de suite. J'entends Stark chuchoter à l'oreille de Brutus. Je contracte mes poings. Trois Pacificateurs resserrent les rangs vers moi. Pour me protéger. Aucun d'entre eux ne me croit capable. Il est temps de leur montrer.

Le regard de Cato me provoque une dernière fois. Brutus sonne le début du combat.

Que le spectacle commence.

La masse de ses muscles fond sur moi. Je devine qu'il cherche à me plaquer à terre. Je souris. Ses bras se referment autour d'un courant d'air. Son élan le rend vulnérable. Un coup dans le genou. Le déséquilibre le bascule en avant. Mon poids domine le sien. L'instant d'après une de mes lames s'abat contre sa gorge.

De l'incompréhension dans ses yeux. Il m'observe, affable, incrédule. Des murmures dans l'assistance. Le regard éberlué de Stark. Les applaudissements de Brutus. La haine sur le visage de Cato.

Je le nargue de mon sourire et libère son poids du mien.

Il se relève, plus menaçant que jamais. Un rictus féroce perce le masque de son humiliation.

_ Bien joué. Mais voyons maintenant ce que tu vaux vraiment contre ça.

Sa main empoigne son épée. La mienne se referme autour d'un de mes poignards.

Son corps se rue vers moi. Un coup d'épée siffle près de mon oreille. J'esquive facilement. Un deuxième me percute la jambe. Sans succès. Je cherche à basculer son poids. Il est stable sur ses jambes. Je me rabats sur la distance. Il revient à la charge. Et manque sa cible. Une fois. Deux fois. Je décide de le surprendre. Un de mes poignards se plante entre ses lacets. Un coup bien placé lui traverse le torse. Il bascule en arrière. Sa lame se heurte à la mienne. Mon deuxième poignard s'envole et s'abat contre sa gorge. Encore.

Les applaudissements fusent de toute part. Je sens sa patience se perdre dans les méandres de sa haine. Mon adrénaline adore ça. Sa voix lutte pour ne pas trembler de rage.

_ J'avais promis à Brutus d'y aller doucement pour ton premier jour, mais tu sais quoi, j'ai changé d'avis.

Je fronce les sourcils. Mon trouble ne lui échappe pas. J'ai besoin d'une seconde de réflexion. Il ne me l'accorde pas. Je n'ai pas le temps de le voir venir. Il est déjà sur moi. Je cherche ma dague. Je perds l'équilibre. Sa lame se tient à quelques millimètres de mon cou.

Je pousse un sifflement de colère. Son sourire carnassier me domine. Il se penche à mon oreille.

_ Tu te laisses facilement perturber, mh ? Petite fille fragile.

Je le repousse violemment. Il ricane et se remet en position. J'enrage. La première règle à respecter. Je l'ai oubliée. Ne jamais satisfaire ses provocations. Je respire profondément. Il ne me troublera plus.

Un éclair de malice brille dans ses yeux. Il prépare quelque chose. J'opte pour un changement de stratégie.

Il me fait face. Je tiens la position. Rien ne se passe. Il n'attaque pas. Il m'attend. Je décide de ne pas le décevoir. Je m'élance vers lui. Je dégaine deux poignards d'un coup. Je lutte pour ne pas viser les points vitaux. La courbe de leur vol est parfaite. L'un se plante à quelques centimètres de son pied. L'autre ne termine pas sa course avant de lui avoir effleuré la joue. La surprise le heurte de plein fouet. Je le vois lever son sabre, pour se protéger. Deux autres poignards volent vers lui. Il finit par comprendre et commence à courir. Mon sourire s'élargit. La chasse est ouverte. Je ramasse mes poignards au sol dans ma course. J'ai l'avantage. Sa peur le submerge. Il n'arrive pas à reprendre l'ascendant sur moi. Aucun temps mort possible. Ma haine danse au creux de mon ventre. Elle me crie de le planter jusqu'au sang. De le défaire de sa vie. Je lutte contre l'envie, contre l'appel, contre le gout de ce bain de sang. Mon adrénaline hurle de joie. Il se rue sur le promontoire et agrippe le bouclier. Mes attaquent se resserrent autour de lui. Il le sent. Je lutte pour le contrôle de mes actes. Mon sang appelle le sien. Je lâche un rire cruel. Il prend la fuite. Il s'élance entre les arbres. Je poursuis ses mèches blondes. Le bout du bouclier dévie un de mes poignards. L'ombre de ma haine se jette contre les parois de mon estomac. Elle exulte. Elle attendait depuis si longtemps.

Et puis la surprise nous agrippe tous les trois. Les limites du terrain militaire. Cato se retrouve piégé contre un mur. Il me dévisage, haletant. Son courage essaie de masquer sa peur. Je me lèche les lèvres. La main me démange. Je commence à visualiser le début du travail. Chercher ses viscères, ouvrir sa peau. Par où commencer ? Mon sang a soif du sien. J'imagine que je commence à graver l'expression de sa peur, pour toujours sur les rondeurs parfaites de son visage.

_ Clove !

La voix de Brutus me sort de mon extase. Je me retourne. Stark et une demi-douzaine de pacificateurs débouchent au milieu des arbres. Tout le monde me regarde. Un silence glacé tombe sur l'assemblée. Je discerne la peur dans leurs yeux. L'ombre de ma haine faiblit à mesure que ma respiration s'apaise. Je reprends le contrôle de mes actes. A nouveau, le masque de mon indifférence tombe sur mon visage. Brutus pose sa main sur mon épaule. Je me dégage de lui et ramasse mon dernier poignard. Mes yeux rencontrent ceux de Cato. Je me détourne d'eux et leur fausse compagnie. Mes pas me ramènent au promontoire.

_ Attends !

Je fais volte-face. Il ne tremble plus.

_ C'est pas fini, ptit agneau.

Je fronce les sourcils. Je pensais l'humiliation assez grande pour ne plus avoir à supporter le défi dans sa voix. Ma voix le nargue avec mépris.

_ T'en veux encore ?

Son sourire carnassier me prend de cours.

_ Oui.

J'exulte. Lui aussi. Ses pas me dépassent. Je les lui emboite. L'herbe se plisse sous le poids de notre escorte. En quelques secondes, nous sommes de nouveau face à face. Il se défait de son sabre, tire son épée et empoigne le bouclier. Un sourire traverse ses lèvres.

_ T'as récupéré tous tes poignards ? On peut y aller ?

Un rictus traverse les miennes. J'attrape un de mes poignards et tranche ma gorge dans les airs, histoire de bien lui faire comprendre ce qui l'attend. Il ricane, très sûr de lui.

_ Tu n'auras pas l'effet de surprise cette fois-ci.

Je me tiens prête, concentrée sur ses pas. Rien ne se passe. Pas un seul mouvement. Il attend mon attaque. Je ne lui ferais pas ce plaisir. Soudain, il se déplace. Mon corps bouge en rythme avec le sien. Des mouvements circulaires. Il me jauge. La pointe de son épée racle la terre battue. Tous mes sens sont en alerte, le moindre de mes muscles bandé. Et puis le premier coup vole. Mon poignard laisse sa marque sur sa jambe. La masse de ses muscles roule vers moi. Je m'en écarte. Ses yeux me cherchent, ses pas s'aimantent aux miens. Il sait que je ferais tout pour rester à distance. Je sais qu'il fera tout pour la réduire. Je suis plus légère, plus rapide. Je l'évite, le contourne, le nargue, sans jamais réussir à le semer. Je pousse la force de mes foulées. Difficile de le viser. Ma cible est mouvante et je ne dois pas toucher ses points vitaux. Il bouge avec aisance. Je cherche à prendre du recul. Il pare mes attaques avec son bouclier. Deux de mes poignards ricochent. Une grimace de douleur. L'un d'eux vient de lui caresser le bras. Ses iris bleus se foncent. Sa colère me talonne. J'entends l'objet siffler vers moi, et me baisse, juste à temps. L'épée se plante au sol, non loin de ma cheville. L'instant d'après, je me sens happée par une force brute qui assoit son poids sur le mien. Je me démène hors de son emprise. Ce qui ne fait que la raffermir. Je ne lui rendrais pas les choses faciles. Je synchronise mes gestes et mes menaces.

Son épée se plante à quelques centimètres de mon oreille pour me faire taire. L'imbécile. On ne menace jamais vraiment quelqu'un sans arme. Mes yeux trahissent ma pensée.

Un sourire mauvais traverse ses lèvres. Sa main terreuse me caresse les cheveux. Sa voix me chuchote des menaces au creux de l'oreille.

_ Quoi, l'épée ? J'en ai pas besoin, tu m'as déjà vu faire.

L'ombre de ma haine se manifeste au creux de mon ventre. Je mets toute ma force dans ce coup de genou qui lui atterrit pile dans l'abdomen. Le souffle lui manque. Je me dégage de lui pour mieux le rejoindre. Mon poids s'écrase contre le sien. Mon poignard menace sa gorge. Encore.

_ Ton problème à toi, c'est que tu ne m'as jamais vu faire.

Sa langue crache sa haine de ma victoire indiscutable. Mon sourire triomphant s'estompe.

Il m'observe longuement, comme pour se figurer quelque chose. Je m'applique à sonder sa pensée. Il m'en épargne l'exercice. Sa bouche formule tout haut ce que je cherche à savoir.

_ On vient pourtant du même district.

Sa voix se teinte de méfiance.

_ Et je ne t'ai jamais vu avant. Pourquoi ? Tu es qui exactement ?