Bonjour à tous,

Oui, je sais, le Chapitre 8 s'est fait attendre... Mais le voici ! N'oubliez pas de me laisser vos impressions. Merci d'être aussi nombreux à lire cette histoire, immense merci à ceux qui la commentent et mension spéciale à ceux qui la suivent :). En espérant que ce chapitre vous plaira !

Chapitre 8 / Je n'ai pas besoin de ta protection.

Mon souffle se meurt dans ma gorge. La porte se ferme discrètement. Il vient de nous murer ensemble, en marge des esprits du Capitole. Cato se tient là, le dos droit, en pleine expectative, désireux d'entendre une musique que je refuse de lui servir.

_ C'était toi ?

Ses paroles se heurtent à mon silence. Il patiente, dans l'attente de ma réponse. Les secondes s'égrennent dans le vide.

_ Je veux l'entendre.

Sa voix résonne de nouveau dans la pièce. Il ne rencontre que son propre écho. Je suis bien déterminée à ce qu'aucune syllabe ne franchisse mes lèvres.

Mais brusquement, la masse de ses muscles fond sur ma silhouette. Ses gestes sont rudes. L'épaisseur de sa main se referme autour de ma machoire. Il me relève le menton, me force à lui faire face. Mes yeux le toisent depuis les hauteurs de ma haine. Son regard se fixe au mien. Un sourire victorieux lui balaye le visage.

_ Evidemment que c'était toi, pauvre folle.

Je me dégage de lui. L'ombre de ma haine tressaille au son de ses ricannements. Je le sens s'agiter, en proie à une énergie nouvelle.

_ 2734, année fantastique. J'entre aux Hunger Games avec la fille du Litige aux fraises...

Depuis le fond de la pièce, je peux sentir son ego gonfler. Il se rengorge, l'espace de ses mots. Puis, il m'observe un instant, visiblement en quête de quelque chose. Mes yeux cernent les contours de ses attentes, que j'ai du mal à définir.Le silence pèse de tout son poids dans la pièce, noue une sorte de lien, palpable, tangible, entre nous.

Jusqu'à ce qu'il cède, brisé par un éclat de rire.Un rire impertinent, désinvolte, ouvert. Insensé. Cato me contemple. Son sourire est presque franc.

_ Tu réalises que tu es une légende dans le District ?

Quelque chose d'ardent s'anime au fil de ses paroles. Ses yeux brillent d'une pleine dose d'admiration.

_ Il nous arrive encore de parler de toi. Ca s'est pourtant passé il y a des années.

Je frissonne au son de cette confidence.

_ La gamine du Litige aux fraises. Tellement de théories ont été échaffaudées sur ta mort...

Je rive mon regard au sien, défiante. Qu'il se taise. Je ne veux rien savoir de la pluralité de mes morts. Il me détaille en silence, un simple rictus satisfait sur le bout des lèvres.

_ Je crois que t'as des choses à me dire.

_ Non, moi je crois pas.

Je détourne le regard. Je sors de son piège et chasse le souvenir loin de mes paupières. Cato se tient droit, désemparé. Je sens les mots se bousculer dans sa bouche avant qu'il ne les crache.

_ Bordel est-ce-que tu réalises que tu es la seule personne à avoir tué un pacificateur encore vivante à ce jour ?

Il semble chamboulé par l'ampleur de ses propres paroles. Il n'en revient pas. De ses lèvres s'échappe un léger rire poussif.

_ Toi et tes petits bras de crevette... Il te vient d'où ce talent ? Et ces reflexes ? Et toute cette haine ?

Je lui lance un regard noir. L'ampleur de mon mépris se heurte à la teneur de son regard ployé, méfiant, inquisiteur. Il s'autorise un sourire en coin.

_ T'es un sacré morceau, "Clove". Tu me ferais presque peur.

L'ombre de ma haine jubile au fond de ma chair. Je redresse les épaules, défiante. Un rictus glacé envahit mes lèvres.

_ Tu commences enfin à comprendre.

Il se rit de mon audace, un peu surpris. De nouveau, quelque chose de franc traverse l'expression de son visage.

_ Raconte-moi. Qu'est ce qu'ils t'ont fait ? Pourquoi tu n'es pas couverte de cicatrices ?

Son ton, avide, à la limite de la supplique, couvre l'ombre de ma haine, chamboule la masse errante au fond de ma chair. L'espace d'une seconde, une seule, je crois discerner l'amorce d'une dose de bienveillance. La courbe de mon dos se tend. Je noie mon doute au milieu de mes certitudes et garde les lèvres fermées, hermétiques à ses mots. Il reste prudent dans ses signes d'impatience.

_ Je veux savoir à qui j'ai à faire.

_ Tu le sais maintenant.

Ma voix clot le débat. Il le comprend, et peste à l'intérieur de son moi. Son ego n'a pas l'habitude de se voir refuser ses demandes. Il laisse échapper un long soupir de frustration.

_ Brutus ne l'a pas encore deviné.

J'hoche la tête. Et mesure soudain l'ampleur terrible de la situation au coeur de laquelle je me tiens pourtant si droite. Le rapport de force n'est plus en ma faveur. Cato possède une arme susceptible de me nuire, et il le sait. Il l'a réalisé avant moi. Je me maudis, maintiens bien le masque de l'indifférence en place et cache tout de mon air contrit, hérissé, sidéré de lui avoir cédé un coup d'avance sur moi.

Le sourire malveillant de Cato s'étend jusqu'au bout de ses lèvres.

_ Ca peut très bien rester entre toi et moi, tu sais. Moyennant certaines compensations.

J'esquisse un mouvement de recul. Son visage se penche vers moi. Je sens la paume de sa main effleurer l'angle de ma joue.

_ Qu'est ce que tu fais ?

_ Je te soudoie par mon charme.

Je me dégage de lui, de son approche, et me relève, agacée. Ses yeux me scrutent, m'examinent, me fouillent. Me perturbent.

_ Qu'est-ce que tu me veux, au juste ? Pourquoi t'es là ?

Il se redresse et croise fièrement les bras, le sourire inspiré de celui qui vient d'être illuminé par le fond d'une idée soudaine pendu dangeureusement le long de ses lèvres.

_ J'ai une proposition à te faire.

J'hausse un sourcil, curieuse. Il se vente d'avoir saisi ma pleine attention.

_ Je t'ai bien observé. Tes qualités sont nombreuses. Je te trouve un certain talent.

Ses yeux se plantent dans les miens. Je scrute la rangée de ses dents refleter dangereusement les lumières de la ville.

_ Je veux qu'on forme une alliance.

Je l'observe, incrédule, comme attaquée par surprise. Mais reprends vite contenance et marche sur le fil du doute que je discerne en lui.

_ On forme déjà une alliance, Cato. Le clan des Carrières. Avec les Districts Un et Quatre.

_ Non. Pas ce genre là. Une alliance plus... serrée. J'ai pas confiance en eux.

Le sourire me monte aux lèvres. J'éclate d'un rire goguenard.

_ Et tu as confiance en moi ?

Il fronce les sourcils. Je lis clair en lui. Il peste à l'idée de se contredire. Ne supporte pas le fait de phraser, de reconnaître, d'avouer que non, il ne me fait absolument pas confiance. Je lui épargne la peine de formuler son désaveu.

_ J'ai pas besoin de toi pour me hisser au sommet.

Ses muscles se tendent. Sa respiration anfle, sa carrure s'oxygene, irritée.

_ Tu refuses mon offre ?

_ Exactement.

_ Tu le regretteras, petit agneau.

_ C'est ça, ouais.

_ Reflechis bien. Tu pourrais vite t'apercevoir de ton erreur.

Je lève les yeux au ciel, et les plante au creux des siens, arrogante.

_ Je n'ai jamais eu besoin de personne. Je n'ai rien à gagner de ton alliance.

Cato croise les bras. Il me dévisage, depuis les hauteurs de sa silhouette, un sourire amusé sur le bout des lèvres.

_ Ne sois pas si prétencieuse, tu pourrais y laisser des plumes.

Mon regard ne quitte pas le sien. Je le jauge autant qu'il me jauge. Soutiens le poids de sa morgue , lui renvoie l'image de son orgueil.

_ Je te laisse encore deux jours pour y réfléchir.

Mon langage corporel le dénigre. Il fait mine d'ignorer la provocation. L'ombre de ma haine tremble, à l'intérieur des parrois de ma chair. Il l'a piquée au vif, l'a tiré du sommeil. Je vois d'un mauvais oeil l'ascendant qu'il a sur elle. Sa manière de la titiller, de la faire se cabrer, de l'atteindre en plein coeur, armé d'une seule parole,ne s'obtient qu'au prix d'une facilité bien trop déconcertante.

Nouveau jeu du regard. Cato me toise, depuis les hauteurs de sa menaçante carrure. Mon regard perce le sien. Je lui signifie l'ampleur de mon mépris, de ma morgue. La portée de ma force. Qu'il me sache aussi haute que lui, désormais. Qu'il comprenne qu'aux échecs des Jeux, je ne serais pas son pion.

Il rompt la joute occulaire, estime notre entrevue terminée. Ses muscles se dirigent vers la porte, quelque chose de suffisant dans l'attitude. Puis il s'immobilise et me jette un dernier regard, méfiant.

_ Clove ?

Je ferme les yeux. Mesure une profonde respiration. Décide de lui accorder le dernier privilége d'une réponse.

_ Quoi.

_Pourquoi ils t'ont laissé vivre ?

Je peine à croire que je vais lui répondre. Que je vais lui révéler l'ampleur d'un secret si bien gardé. Qu'un pan de ma pudeur se décroche et tombe au sol, à cette simple question.

_ D'autres ont payé pour moi.

La porte se ferme sur son expression confuse. Mes lèvres ont formé les syllabes contre ma volonté. Comme si ma bouche avait voulu que quelqu'un sache. Qu'après ces années d'impasses et de silences, elle ne pouvait plus se taire. Qu'il lui fallait le dire à quelqu'un, n'importe qui. Et que parmi tous les n'importe qui du monde, il avait fallu que ce soit Cato, Cato la brute épaisse, qui l'entende.

J'écoute le son des voix derrière mon pan de mur. Quelques minutes de discution, puis des bruits de pas vers les chambres. L'heure est déjà tardive. Et le lendemain promet d'être attendu. Je ferme les yeux, nichée au creux d'un manteau d'angoisses.

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Mon reflet me renvoie l'image d'un visage encore endormi. Le soleil arpente ses premiers rayons. Les rues du Capitole sont encore désertes. Stark se tient entre moi et Cato. Ils ne nous font toujours pas confiance. Ils n'ont pas tord. Le sourire en coin que me lance Cato éveille en moi des envies meurtrières. L'hovercraft amorce son atterrissage.

Brutus se tient droit, stoïque, pensif. Je gage qu'il ignore encore tout des secrets de mon personnage. Je décide de le mettre au plus vite dans la confidence, avant que Cato n'instrumentalise l'information contre moi. J'imagine, frileuse, les répercutions qu'auront ces revelations sur mon mentor. Je sais déjà que des deux tributs de cette édition, c'est Cato qu'il préfère.

Une rangée de pacificateurs nous attend au sol. Cato empoigne son épée. Je fais le tour du terrain nimbé de rosée fraîche. Ce détail ne m'échappe pas. Je le range soigneusement dans un coin de mon esprit.

Deux boucliers sont disposés sur le promontoire, cette fois. Je décide de plaire à Brutus. J'en empoigne un, sous le sourire goguenard de Cato.

Mon ennemi me fait face, à quelques mètres de bonne distance. Stark et Brutus nous toisent depuis la tribune improvisée. Il plane une atmosphère nerveuse, hative, autours de nous. Certainement due à l'illégallité de la chose.

_ Une heure, pas plus, souffle mon mentor.

Stark enclenche le chronomètre.

Je m'arrime à la silhouette de Cato, et l'observe, tous sens en alerte. Une lueur malveillante traverse le fond de ses yeux. Trop flagrant. La masse de ses muscles fonce sur moi. J'esquive facilement. Il enchaine les stratégies, sans succès. Impossible de me toucher. Je suis insaisissable. Plus légère que l'air, je virevolte entre ses prises, encore et encore. Je sens sa furreur prendre le pas sur sa patience. Il baisse sa garde. J'y vois une ouverture. Je m'y engouffre et le bascule au sol. Ses lèvres sifflent un glapissement de rage.

Ses défaites se succèdent. J'observe sa furreur enfler, se marquer d'une veine enson front. L'ombre de ma haine étouffe des cris de joie. Je perçois les sourires en coin de Stark, ceux de Brutus. Je lève le menton, audacieuse.

_ Mal dormi cette nuit, Cato ?

_ Attends que je te pose un doigt dessus et t'es morte.

L'affrontement devient caduc. Attendu. Prévisible. Sa haine, sa rage, le conduit vers l'usage de sa force. Il concentre toute l'énergie de son corps vers ses muscles, ne pense qu'à dilater leurs formes. J'utilise son poids contre lui. Le renverse à chaque fois. Il commet des erreurs, n'y voit plus clair. Je sens que j'ai l'ascendant sur sa personne. J'enregistre cette information particulièrement réjouissante. Je le sais capable de beaucoup mieux, pour l'avoir déjà vu faire.

Cato ravale les relans de sa haine, pantelant. Je le nargue de mon air le plus intouchable.

_ N'as-tu pas d'autres armes que ta force ?!

Une expression de pure haine zèbre son visage. Je croise les bras, rutilante. Prête à dompter ses tentatives hirsutes. Un dangereux sourire accompagne son ricannement.

_ Tu veux des armes, ptit agneau ?

Tremblant de rage, il secoue le promontoire et empoigne tout ce qu'il peut trouver. C'est un chien féroce, un loup brulant, qui me fait face. Je me ris de son désespoir. Les bêtes, même les plus grosses, ça se mate.

Il se rue sur moi, de toute la force de sa puissance animale. Je vérouille ma peur, instantanément, et jauge la situation, au plus haut point de ma concentration. Ses gestes sont saccadés, irréfléchis. Il semble avoir tout perdu de sa technique, et ne pas le comprendre. Je décèle une brèche dans sa danse incontrolée. Il me suffit de quelques secondes, de quelques mouvements.

Mon poignard le tient en joue.

_ T'es morte, Clove !

Il me crache sa furreur au visage. J'y décèle une dose de mépris colossale. L'ombre de ma haine s'éveille d'entre les parois de ma chair. Sa rage monte, serpente le long de mes veines. Trop lentement. Vif comme l'éclair, il me désarme. Mon bouclier nous sépare. Il me porte un coup que je parre de justesse. L'angoisse afflue dans mon bas ventre. Il a retrouvé ses esprits, ses réflexes. Un rictus malveillant se dessine sur ses lèvres. Je suis en facheuse posture.

Ma main s'élance à ma ceinture, à la recherche d'un autre poignard. Il l'a déjà deviné. Il m'agrippe le poignet d'un geste féroce et me bascule au sol. J'étouffe un cri de douleur lorsqu'il projette son poids sur le mien. Le son de ses ricannement teinte au creux de mon oreille. De la pure haine émane de chacun de mes pores. Ses deux mains se vérouillent autours de mes poignets, m'immobilisent. L'energie de mon désespoir continue à se débattre. Je ne lui rendrais pas la tache facile. Mais il lui suffit d'un coup d'abdomen, un seul, pour parachever sa victoire. L'air me manque. Je suffoque. La panique me gagne. Ma vision se rétrécit, se teinte d'une couleur blanche.

Je sens que je perds pieds.

Puis la masse de ses muscles se soulève. L'air me revient dans les poumons. Je respire de toute la force de mes bronches, hume le parfum de la vie, reprends lentement mes esprits.

Ses mains arrimant toujours solidement mes poignets contre le sol, je le sens qui me contemple, depuis l'ascendant qu'il a sur moi. Je détourne la tête. Hors de question de lui faire la joie de croiser son regard. Sans le voir, je devine tout du rictus sur son faciès. Ses paroles, teintées d'un mélange d'orgueil et de délice, me parviennent comme un dangereux murmure.

_ Je pourrais te faire tellement mal... Te saigner à mort...

Un frisson se déclenche au fond de mon épine dorsale. Le poids de son regard me cloue sur l'autel de l'humiliation. J'ai toutes les peines du monde à réajuster le masque de mon indifférence. Il se délecte de ma honte.

Quelque chose de noir voile le coin de mon oeil. Je tourne la tête. La silhouette de Brutus nous surplombe.

_ Cato, Clove. On rentre.

Sa prise se relâche autours de mes poignets. J'ose un regard en direction du sien. Il me dévisage, quelque chose de froid, de sombre au fond des yeux. Je fronce les sourcils. Ce regard exempt de défi, d'orgueil et du mépris habituel me reste un moment en tête.

Stark avise l'ampleur de nos plaies. La coupure sur la joue de Cato, l'égratinure de ma jambe. J'observe un signe de tête entendu vers Brutus. Leur accord silencieux me parait clair. J'ai hâte de retrouver le bain des anges.

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Trois gouttes perlent depuis le plafond. La pièce est humide, reposante, calme. Allongée au fond de la baignoire, je laisse les bienfaits de la marée blanche me submerger. Elle fait corps avec mes atomes, s'engorge au plus profond de mes plaies. Je savoure le silence observé par Cato, quelquepart, pas très loin de moi. Il étire ses muscles, laisse échapper des grognements de délice. J'écoute le clapotis de l'eau contre les parrois de son bassin, trop petit pour sa carure trop grande, depuis le fond de mon bain.

Puis, je sens qu'il s'immobilise. Tout me dit qu'il devient pensif. J'écoute l'écho de son silence. Je prophétise le son de sa pensée.

Au bout d'un moment, sa voix finit par me l'exprimer. Les syllabes glissent depuis les vapeurs de son bain.

_ Dans l'arène. Si tu couvres mes arrières, je couvrirais les tiennes.

Je lève les yeux au ciel. L'écho de mon orgueil résonne dans la pièce.

_ J'ai pas besoin de toi, Cato.

_ Bien sur que si. Je peux te mener loin, très loin dans le Jeu.

Je me mure dans un silence lourd de mépris. Le timbre de sa voix, l'orgueil qui s'y glisse, a le don de remuer des relans de haine au fond de mon bas ventre. Les minutes s'egrennent. Ses mots se coulent sur le ton de la confidence.

_ Je te protegerai d'eux. Le gars du Onze et le gars du Un.

Ma voix se fige de stupeur. Les mots fusent hors de ma bouche, indignés.

_ Je n'ai pas besoin de la protection de qui que se soit. Surtout pas de la tienne.

Le temps d'un silence, nos deux volontés s'affrontent. Puis son rire éclate entre les murs. Sardonique. Glacial.

_ C'est pas ce que tu m'as prouvé tout à l'heure.

L'ombre de ma haine enfle ses cris dans mon bas ventre. Je tente de maintenir le controle de ma voix tremblante de rage.

_ Un mot de plus là-dessus Cato et je te jure que ta mort ne ser...

_ Des menaces, ptit agneau ? Je t'en prie, regarde-toi. Tu es si fine, si petite. Je pourrais briser chacun de tes os. Si facilement. Et eux aussi.

J'observe sa silhouette opaque, muette de fureur. Mon silence le méprise du plus profond de son être. Qu'il meurre, sur le champ. Qu'il souffre la lente agonie des tourments de la mort. Qu'il ravale ses paroles et les noie dans les abysses de l'enfer, car je ne saurais être spectatrice de l'ampleur de son vice.

Mon silence, furieux, s'abat sur lui. Ses gestes deviennent nerveux. Nos deux silhouettes s'observent, dans l'ombre des voiles de vapeur. L'air est à couper au rasoir. Ses yeux se fixent sur les contours de mon profil.

_ Je te le proposerai pas une troisième fois, Clove.

Ma réplique se fige entre mes lèvres. Les hommes de blanc sont de retour, des serviettes entre leurs mains. Le temps du Bain des Anges touche à sa fin. Je quitte à contre coeur les sources du bien être, une serviette attachée fermement aux contours de mon intime, le regard de Cato en direction du mien.

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Debout, les bras ballants, les comissures des lèvres incurvées vers le bas, il m'observe en silence, prenant soin de ne jamais heurter son regard au mien. La hyiène. Un de mes préparateurs. Un visage gras, des reflets jaunes, une laideur époustouflante. Il me guide au travers de procédures esthétiques nécessaire aux yeux du Capitole. Ses mains tremblent lorsqu'il me touche. Je savoure l'ascendant que j'ai sur sa personne.

Puis, le ténor des lieux finit par faire son entrée. La hyiène se retire, chassée par le charisme naturel de mon habilleur, le Zèbre. Grand, courtois, impénétrable, il a troqué les rondeurs de son chapeau pour un haut de forme scintillant. Les yeux petillants d'impatience, il me fait signe de m'attarder sur un détail qui ne m'avait pas sauté aux yeux.

Je plisse les yeux et découvre ma tenue d'entrainement entre les mains du Zèbre. Je prends le temps de l'observer. Souple, résistante, cristalline, la matière semble comme tissée de fils de soie de roche.

_ C'est de l'élasthane. Un tissu spécialement crée pour l'entrainement. Enfile-le. Et tu verras à quel point il te paraitra extraordinaire.

Je disparais derrière le paravent pour enfiler le vetement. La sensation froide sur ma peau renforce l'éclat de prestige que m'inspirait sa vue. Je sens mes formes moulées au millimètre près dans le tissu.

Je fais face au miroir, le regard satisfait du Zèbre en arrière-plan. De nouveau, les attributs du Capitole me donnent fière allure. Cernée de noir, deux liserets de couleurs sur les épaules, le chiffre de mon District appliqué dans mon dos... J'ai tout d'un parfait Tribut du District guerrier, sur le point d'entrer aux Hunger Games. Je sens l'excitation monter le long de mon corps. Le moment pour lequel je me suis entrainée si longtemps prend soudain forme devant mes yeux. La sensation est grisante.

J'enchaine trois mouvements de combat. Et manque de tomber à la renverse. Au plus près de mon corps, la combinaison me moule comme une seconde peau, ajoute à mes gestes une précision délectable que je ne leur connaissais pas.

Les prunelles argent du Zèbre pétillent de satisfaction. J'ouvre la bouche et la referme, ébahie, à cours de mots pour m'exprimer. Il faut plusieurs minutes à mon langage pour tenter de phraser son effaremment.

_ Pourquoi n'avons-nous pas droit à ce genre de tenue dans le District ?

Ma question trouve écho dans le sourire triste de mon habilleur.

_ Je m'occupe de tes cheveux. Et d'ici moins d'une heure, tu signes ton entrée symbolique dans les Jeux. Impatiente ?

J'hoche la tête.

Un sourire malveillant se dessine au creux de mes lèvres.

Plus que jamais.

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_ Vous serez les premiers. Chaque matin. Les premiers à franchir ses portes.

_ Les regards seront sur vous. Il s'agit là de vous démarquer des autres Tributs de Carrière.

_ C'est un grand moment. Un coup d'envoi. Un grand moment. Soyez attentif aux entraineurs, aussi futiles qu'ils puissent vous paraitre.

_ N'en faites pas trop, aujourd'hui. Jouez de votre jeu le plus faible. Les meilleures cartes sont à garder pour les derniers jours.

_ Pas de coup d'éclat. Mais veillez à ce que vos aptitudes se devinent. Faites en sortes de vous faire craindre, dès le début.

_ Ils vous observeront. Les sponsors, depuis là-haut. Tâchez de vous montrer habiles et séduisants. Restez toujours dans leur ligne de mire.

_ Ne fraternisez pas aujourd'hui. C'est trop risqué. Laissez-les se dévoiler, mais n'en faites rien. D'abord on les observe. Après, on verra qui mérite notre attention.

_ Restez ensemble. Le premier jour, les deux Tributs doivent rester ensemble. Unis.

Je distingue la gorge de Cato se secouer discrètement. Un rire sous cape. Je serre les poings, machinalement.

Le regard de Brutus nous transperse. Les mots de Stark sont voluptueux, sussurés à la surface de notre impatience latérale. Je porte le masque de l'enfant sage et sens l'expression de Cato me mépriser.

Nous quittons le couloir. J'emboite le pas de Stark, les silhouettes de Cato et Brutus derrière la mienne. Quelques pas nous séparent des lourdes portes de la salle d'entrainement. De gros pans de mur de bois d'ébène se dressent de toute leur hauteur, nous surplombent. Deux rangées de pacificateurs nous encadrent. Je perçois l'attention de Cato se basculer vers eux. Il cherche parmis les têtes casquées de blanc des visages qu'il connait. Je croise un moment son regard, qu'il me rend, glacial. Mon visage se drappe dans le voile de l'indifférence.

Brutus nous fait signe d'approcher. Ses dernières recommandations balayent le silence. Un coup d'oeil furtif, une oeillade entendue, une main sur mon épaule et les deux hommes du Capitole nous quittent. Leurs pas résonnent sur les dalles de marbre avant de se faire avaler par les le mécanisme de l'ascenceur.

J'autorise mon regard à se promener dans les alentours. La pièce est grande, affluante, tel un estuaire écrin de nombreux couloirs. Je réalise aux poignées de porte, à la hauteur des plafonds, à la sensation du vetement sur ma peau, toute la démesure des arts du Capitole. Ainsi que l'ampleur de mon admiration pour ces lieux.

L'attitude de Cato se relâche. Ses yeux quittent ceux des sentinelles. Je sais qu'il les toisait tous, à la recherche du moindre signe de défi, de la plus petite trace d'émotion exploitable en faveur de son mépris. Le silence tombe sur nous, pesant. Mon regard se perd le long des murs, à la recherche d'un objet, d'un indice, d'une marque capable de mesurer la notion du temps. Mais rien ici n'a pour fonction de donner l'heure. Les minutes s'egrennent lentement. Je prends appui contre une des colonnes de marbre.

La masse des muscles de Cato pourfend l'air, s'agite face à l'attente qui nous est imposée. Son regard cherche à croiser le mien. Je le lui refuse. Ses cent pas se déploient le long des dalles de marbre. Jusqu'à ce que le cliquetis metallique de l'ascenceur ne vienne interrompre la longue valse de son impatience.

Leurs bruits de pas les précèdent. Leurs deux visages trahissent tout de l'ampleur de leur nervosité. La beauté de Finnick Odair me saute aux yeux. Il se penche vers la fille, lui murmure quelques mots à l'oreille, serre sa main sur l'épaule du garçon. Quelque chose d'irrégulier vient se loger dans mon souffle. Mes yeux ne parviennent pas à quitter sa silhouette lorsqu'il s'éloigne. Quelques secondes me sont necessaires pour me ressaisir.

Le regard de la fille du Quatre est planté dans le mien. Son expression se veut vide, indifférente. Je recompose les traits durs du masque de ma fierté. Mon regard noir la scrute. Ses yeux se détournent aussitot. Je réprime un léger sourire. Je prends le temps de l'observer. Faible carrure, lourdeur de déplacement, manque de courage évident. Je gage que la fille du Quatre, du haut de ses seize ans tout frais, ne sera pas d'une grande menace.

Je lève les yeux vers Cato. Sa nonchalence reflète la mienne, non loin de moi, les bras croisés. Son regard ne quitte pas l'ombre du garçon du Quatre. Le teint pâle, fifrelet, d'abominables taches de rousseurs insolentes en travers du visage. Son maintien, les commissures hésitantes de ses lèvres, ses bouclettes rousses me hurlent tant et plus d'attrapper quelque chose de tranchant et de lui lacérer l'existence, à grands coups de haine et de mépris. Voici l'allié que le District Quatre nous a fourni : un enfant terrifié. Mon visage se fige de dégout. Celui de Cato de plaisir. Le plaisir du jeu, de la traque, de l'effroi. Ses yeux ne quittent pas l'allure épouvatée du Tribut du Quatre. Tout dans son attitude suggère une menace directe et personnelle, qui viendra se briser contre sa gorge à point nommé.

J'esquisse un léger sourire imperceptible. De nouveau, les portes de l'ascenceur coulissent. Ce sont ceux du Neuf. Les Céréales. Ils cheminent vers nous, la tête baissée. La fille a quelque chose de beau dans la démarche, quelque chose de loyal dans le regard. Je me surprend à lui trouver des qualités. Délicate, faible. Chétive, mal nourrie, tremblante, elle sait déjà que le sort l'a choisi pour périr dans les Jeux. L'idée l'effraie mais elle s'en est accomodée. Elle décide donc de mettre son art au service de... la vie ? Mes sourcils se froncent. Quelque chose en elle me contrarie grandement. Son existence pèse sur le fil de conscience. Un poid jailli dans ma poitrine. L'envie de l'exterminer me saisit sur le champ. De faire mourir sa beauté, son courage, sa loyauté de mes propres mains. La jalousie me guiderait sur le chemin de sa souffrance. Mes coups seraient courts et rapprochés, incessants, jusqu'à ce qu'elle comprenne l'envie qui m'aurait étreint d'avoir été elle. J'imagine, à coups sur, qu'elle ne se débattrait même pas.

Le regard de Cato m'indique qu'il a senti mon souffle enfler. Je calme les tourments de ma respiration, observe la sienne. Ses yeux m'indiquent qu'il a déjà pris conscience de l'immense peur, de la terreur dans les membres du garçon du Neuf, que son regard s'attarde sur les attraits de la fille. Il la dévisage, sourire en coin. Quelque chose proche du désir dans le regard. Elle détourne la tête. L'ombre de ma haine se tord au fond de mon ventre. Mes poings se serrent au fil de mes pensées meurtrières. Je distingue toujours la gene sur le visage mutilé de l'ingénue.

De nouveaux pas me rappellent à la réalité. Ceux des Tributs du Six. Les transports, la logistique. Un couple aussi insignifiant que son District. Leurs yeux se tiennent baissés, au ras du sol. J'ai toujours en tête le ridicule heaume de la parade au sommet de leur crane et gage qu'ils ne dépasseront pas le troisième jour au sein de l'arène.

Je lève les yeux vers Cato, certaine de trouver en lui le miroir de mon expression suffisante. Mais la porte coulisse. Et son visage se fige. Le District Onze. D'instinct, mon regard s'enrobe autours du tribut masculin. Cato gonfle ses muscles. Quelques dixièmes de secondes me suffisent à comprendre que leurs carrures se valent. Je perçois le lien, invisible, électrique, en passe d'unir leurs deux regards. Ils se jaugent, se chiffrent, se calculent, se provoquent. L'enfant des plaines, le fils d'agriculteurs, a tout l'air d'être un adversaire de taille. Mes yeux se détournent de sa partenaire. Minuscule, chétive, délicate. Enfantine. Insignifiante. Le District Onze. L'insignifiant District Onze vient de nous fournir un opposant à prendre au sérieux : un fils de fermier. Mon esprit se cristallise autours de la peau noire de ces gigantesques mains. Les paroles de Cato resonnent dans ma tête. Te briser les os. Je repositionne le masque de l'indifférence à grand peine sur mon visage.

A l'arrivée des prochains concurents, Cato ne détourne pas la tête. Les yeux dans ceux du Tribut du Onze, la machoire serrée, en proie au jeu du regard le plus lourd, il ne sera pas celui qui sciera la premier. Les District Trois et Sept font leur entrée simultanément. Je crache mon mépris au visage de la fille du Trois, les bras frêle et l'expression hagarde, et laisse planer ma menace sur la fille du Sept, qui baisse tout de suite les yeux, tremblante. Son partenaire se dérobe aussitôt, et je gage que malgré son age et sa taille supérieurs aux miens, il me suffira de bien peu d'efforts pour le basculer dans la mort. Le garçon du Trois m'observe discrètement. Je lui rend son oeillade, qu'il fuit aussitôt. Les joues roses, l'allure joviale, deux années de moins que moi, tout au plus. Je note qu'il a su profiter de notre inattention pour nous jauger, Cato et moi.

Le District Huit atteint le fond du couloir. Je remarque un sourire s'esquisser sur des lèvres. Leurs costumes les avaient sensiblement rendus ridicules lors de la parade. L'image leur colle d'ore et déjà à la peau dans nos esprits. Autant dire que leur styliste signa leur arret de mort dès la première seconde. La fille fixe le mur derrière moi, les yeux vides, bien décidée à ne croiser les regards de personne. Le garçon adopte instantanément la même tactique, tandis que je me ris de leur insignifiance.

Je décroche un baillement à l'arrivée des Tributs du Dix. Le bétail. La viande. Le rouge, le sang, la force. Tiens, tiens, les voilà mieux nourris tous les deux. Le garçon a presque une carrure qu'il me faudrait craindre. La fille est d'une laideur repoussante. Un battement de cil, et je sais que j'ai le temps de les surprendre, de les pourfendre, de les mettre à terre avant même qu'ils n'aient pu réagir. Je survole mentalement le nombre de Tributs dans cette pièce. S'en sera presque trop facile.

Puis, je sens la carrure de Cato se mouvoir. Quelques chuchottements dans l'assemblée. De l'admiration surgir dans l'air. Le District Un vient de faire son entrée. La fille du Un me dévisage déjà. Merde. C'est la deuxième fois que je lui laisse un coup d'avance. J'affiche un regard hostile. Elle détourne la tête, souriante. L'ombre de ma haine hurle au fond de mon ventre. Du mépris. C'est bien du mépris, qu'elle m'affiche. Mes poings se serrent. Ses yeux se fixent à présent sur Cato, avec insistance. Grande, une cascade de cheveux blonds, une assurance à toute épreuve, elle se sait au coeur de l'attention, observée par une vingtaine de paire d'yeux, et ne se démonte pas le moins du monde. Le garçon affiche la même assurance. Imposant, fluide dans ses mouvements, confiant, un sourire suffisant en travers des lèvres, il lance un regard de défi en direction de Cato.

Je fronce les sourcils, vexée de n'être classée que seconde dans son schéma d'intimidation. Je plante mon regard noir dans le sien, qu'il me soutient sans sciller, plein de désinvolture. Cato l'observe en silence, gonfle ses muscles, lève le menton, provocateur. Le garçon du Un détourne le regard, amusé, et lance un sourire à sa partenaire. Je perçois dans l'oeillade qu'ils échangent l'étendue d'une complicité certaine, d'un appui dont je suis dépourvue, d'une force qui me fait défaut. Je fronce les sourcils, puis replace hativement le masque de mon indifférence. Cato ne quitte pas des yeux la fille du Un, qui le contemple sans retenue, une lueur de désir dissimulée au fond de ses prunelles. L'ombre de ma haine se soulève au fond de ma chair. Je fais mentalement de la fille du Un la cible de toutes mes furreurs, le futur réceptacle de toutes les souffrances.

Leur présence a modifié quelque chose dans l'atmosphère. La tension vient de changer de camp. Je sens mon emprise se perdre. La courbe de mon dos se tend. Enfin de quoi pimenter le jeu. J'affiche un sourire mauvais, et commence à multiplier rapidement les stratégies dans ma tête.

L'arrivée des Tributs du Cinq se distingue à peine. Je jette un regard condescendant sur leurs silhouettes. Aucune particularité physique. Des enfants fragiles, discrets, banals. Le garçon ne sera d'aucune menace, la fille semble perdue au large de son regard nébuleux. L'adversaire se situe clairement du côté du District Un. Je me rengorge, impatiente. J'ai déjà mille et un scénarios en tête pour détruire l'hypocrisie de leurs sourires angéliques.

Je sens l'agitation anfler entre les rangs des pacificateurs. L'heure doit être proche. Je prends le temps de ressentir l'écho des délices de l'impatience vibrer dans mon corps. Je savoure quelques minutes encore ce bain de peur et d'angoisses, ce bouillonnement d'inquiétudes gonfler dans la salle.

Je suis la seule à remarquer deux nouvelles têtes se joindre discrètement a la compagnie. Un large sourire se trace le long de mes lèvres. Tiens, tiens. Les mineurs. Vous voilà enfin. Mon regard se promène sur les deux silhouettes des Tributs les plus surprenants de cette édition. Je cherche à capturer leurs expressions, depuis les mètres et les concurents qui nous séparent, sans succès.

Puis l'un des verrous cède. Une salve de chuchottements retentit entre les murs. Une danse de pas, et les rangs des pacificateurs viennent de changer de forme, se referment sur nous. Des gémissements fondent depuis la bouche des plus faibles. Je me retiens de rire, de rire aux éclats. Une pure expression de bonheur jaillit le long des courbes de mon visage . J'ai le coeur qui palpite.

On nous ouvre enfin les portes. Je plisse les yeux, un sourire malveillant en travers des lèvres, et franchit le pas fatidique, marqueur de l'instant de toutes mes vies : mon entrée au coeur des Hungers Games.