Chapitre 2 : Nuit silencieuse… si on veut
L'appartement était froid et sombre, il ne s'est pas préoccupé d'alimenter le feu pour qu'il brûle toute la journée, ça serait gâcher du bois précieux, particulièrement quand il n'est pas à la maison pour en profiter. Bien qu'étant un sorcier il pouvait transformer des objets en fonction du besoin, il trouvait qu'après avoir travailler douze heures d'affilées en brassant des potions ses niveaux magiques étaient appauvris. Toute action supplémentaire qu'il faisait avec de la magie l'épuisait. A moins que cela ne soit des petits sorts personnels, comme le charme de réchauffement qu'il avait lancé.
Il donna un léger coup de sa baguette vers les lumières et murmura « Lumos ». Les ampoules au plafond, qui ne fonctionnaient plus depuis des mois, s'allumèrent. Il les avait enchantées pour cela, et tout ce que le sort requérait était le mot de commande pour l'activer.
L'appartement était vieux et avait besoin de réparations, mais le propriétaire était trop paresseux pour fixer le robinet de la cuisine ou réparer le linoléum craquelé de la salle de bain. Le petit appartement était meublé, Dieu merci, parce que Severus n'aurait jamais pu se permettre d'acheter des meubles avec son maigre salaire. Smithers payait moins que Ebenezer Scrooge. Les meubles étaient vieux et dépareillés, mais Rogue s'en moquait. Les dernières économies de sa mère avaient été utilisées pour payer ses frais d'inscription à l'Académie, et depuis lors il vivait frugalement. Vraiment frugalement.
Il s'avança soigneusement dans la partie séjour où un vieux canapé vert rembourré se trouvait en face de l'âtre, froid et rempli de cendres. La respiration de Severus laissait échapper des traces dans l'air. Sous son manteau le bébé s'agita.
Severus posa délicatement le bébé enveloppé sur le canapé, enleva ses gants et commença rapidement à faire du feu dans la cheminée. Dans un coin, sur une table, se trouvait un petit sapin artificiel décoré avec quelques petits ornements. Il a pu les récupérer dans le grenier après avoir vendu sa maison d'enfance à Spinner's End. Cela lui a fourni de l'argent pour acheter des livres et du matériel pour l'école, ainsi que la chambre et la pension. Grâce à ses résultats extraordinaires aux ASPICS et à l'examen d'entrée à l'Académie il a pu bénéficier d'une réduction de ses frais d'inscription, mais même avec cela il avait à peine assez d'argent pour payer les quatre premiers mois de location de cet appartement une fois les études finies. Son travail actuel lui permettait d'acheter la nourriture, les vêtements, les nécessités d'usage et de payer le loyer. Il restait très peu pour éventuellement d'autres choses.
Mais il était habitué à cela. Il a grandit dans la pauvreté et bien qu'il soit dans une meilleure situation qu'avant, il sait qu'il ne peut subvenir aux besoins d'une femme ou d'enfants sur son salaire actuel. Il se frotta les yeux et se rendit compte qu'il était maintenant bien éveillé et affamé, il ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois qu'il avait mangé quelque chose.
Il s'avança vers la vieille cuisinière en fer et l'alluma, attrapant une conserve de nouilles au poulet dans son petit garde-manger et la mettant à chauffer. Il trouva également une boîte de lait en poudre et le prépara également, se doutant que le bébé aurait soif, et pourrait peut-être manger un peu de soupe.
Il remplit d'eau sa cafetière cabossée puis retourna voir son invité.
Pendant tout ce temps le bébé resta tranquille dans le cocon formé par le manteau noir de Rogue, se réchauffant doucement et devenant plus éveillé en même temps que l'engourdissement de la post-hypothermie se dissipait. Maintenant il commençait à renifler et à éternuer, son petit nez coulant. Pour ajouter à son inconfort il était très affamé, ayant mangé pour la dernière fois il y a plus de six heures, et avait besoin d'être changé.
Il commença rapidement à pleurer, pas très fort, car il a appris que faire trop de bruit signifiait être grondé et frappé. Mais le son de détresse résonna dans le petit appartement et amena immédiatement Severus à ses côtés.
« Okay. Arrête ce boucan. Shhhh ! » Il essaya en vain de calmer l'enfant puis il le retira doucement le bébé de son manteau. Ces pleurs là, il remarqua, étaient différents des cris hystériques précédents, mais cela lui vrillait quand même les tympans. « Tu sais, je ne sais même pas si tu es un garçon ou une fille. »
Il défit rapidement les liens de la couverture bleue et s'aperçut que le bébé était habillé dans une sorte d'étrange blouse, une qui semblait deux tailles trop grandes pour le petit bout. Severus fronça son nez. « Mon enfant, tu pues. Ugh ! Tu as besoin d'une nouvelle couche ». Il regarda à travers la pièce, essayant de voir ce qu'il pouvait sacrifier, et vit une vieille écharpe de Serpentard. « Cela conviendra. » Il transforma rapidement l'écharpe en couche puis alla chercher une tasse d'eau tiède et un vêtement doux.
Il considéra conjurer un protège-nez puis secoua la tête. Il s'accommodait bien avec les potions, et certains des ingrédients qu'il utilisait sentaient plus âcrement encore que ça. Il pouvait y faire face.
Le bébé se tortilla et brailla. Severus murmura : « Très bien, donne-moi une minute, je n'ai pas vraiment fait ça avant. » Il grimaça et défit délicatement la couche souillée. « Bien, maintenant je sais que tu es un garçon », remarqua-t-il. « Ne t'avise pas de pisser sur moi », l'avertit-il alors qu'il nettoyait doucement le bébé avec l'eau tiède. Il jura dans sa barbe car le bébé avait développé un mauvais rash. A quand remontait la dernière fois que quelqu'un l'avait changé ? « Trente secondes, p'tit bout. Laisse moi prendre un baume contre le rash. Je sais que j'en ai quelque part ici. »
Il alla jusqu'au meuble près de son lit où il gardait son stock privé de potions et localisa vite le baume. Ses mains avaient tendance à être irritées en s'agitant au dessus d'un chaudron brûlant nuit et jour, il en gardait donc toujours à portée de main. Sur le canapé le bébé toussait et gémissait.
« Shhh. Pourquoi ne t'entrainerais-tu pas à rester tranquille ? C'est censé être une nuit autant silencieuse que sainte ». Il enleva la couche sale et commença alors à appliquer le baume, qui apaisait au contact. Le bébé s'arrêta de brailler et poussa une sorte de soupir de contentement. « Tu te sens mieux ? Stupides connards, te laisser ainsi toute la nuit. Maintenant voyons voir si je peux te mettre ça. »
Il réussit à mettre la couche sous les fesses du bébé mais juste au moment où il commença à la replier quelque chose de chaud et humide frappa sa poitrine. « Qu'est-ce que… ? Ugh ! Toi… Satanée nuisance ! Comment oses-tu te soulager sur moi ? Ne t'ai-je pas dit de ne pas faire ça ? » Il lança rapidement un sort de nettoyage sur lui-même, fronçant les sourcils sévèrement en direction du bébé qui fit un son ressemblant fortement à un petit rire.
Severus posa ses mains sur ses hanches. « Oh oui, je suis sûr que tu trouves ça drôle. Allez vas-y et marre-toi. Ca ne serait pas la première fois. » Il finit rapidement de mettre la couche quand le bébé lui tira les cheveux.
« Ouch ! Maintenant voyons voir, cela n'est pas permis non plus. Interdiction de me tirer les cheveux ! ».
Instantanément la lèvre inférieure du bébé trembla et des larmes remplirent les yeux verts face à son ton trop sévère.
« Très bien, très bien, je suis désolé de t'avoir crié dessus », dit le jeune homme à la hâte et voulant devancer une autre crise de larmes. « Je ne peux pas croire que je vienne juste de m'excuser auprès d'un petit polisson qui a uriné sur moi il n'y a même pas deux minutes. Je suis tant en manque de sommeil que ça ? » Il souleva doucement le bébé pour tirer la longue blouse et examina le garçon pour la première fois.
Il était petit pour son âge, bien que Rogue ne le sache pas, et il avait, en plus des brillants yeux verts, un visage doucement arrondi avec une masse de cheveux brun-roux, presque assez foncés pour être appelés auburn. « Hmm… quelqu'un dans ta famille a des cheveux roux », songea Severus en écartant doucement les cheveux du front du garçon.
C'est alors qu'il vit la légère cicatrice dentelée.
« Merlin qu'est-ce que c'est ? »
Il se pencha plus près pour examiner le bébé et vit que c'était une cicatrice en forme d'éclair.
Une cicatrice en forme d'éclair. Comme c'est étrange. Maintenant où ai-je lu quelque à ce sujet auparavant ?
Il était pratiquement sûr d'avoir lu quelque chose à propos d'une telle cicatrice quelque part, mais alors qu'il allait reposer le garçon sur le canapé il sentit le crissement d'un papier sous sa main. Il le chercha, le sortit et l'ouvrit.
Dans une écriture hâtive les mots suivants étaient écrits :
Mon nom est Harry
Prenez-moi chez vous
Joyeux Noël !
Severus fixa le papier puis grogna, « Quel sacré toupet ! Joyeux Noël ! Ils t'abandonnent dans une mangeoire puis disent Joyeux Noël ! C'est tout simplement répugnant ! »
Puis cela le frappa.
Le nom du bébé était Harry.
Tout comme le bébé de Lily. Et il avait ses yeux et ses cheveux étaient semblables, même si plus foncés de plusieurs teintes. Non. Oh non, ça ne peut pas être… Où est-ce que j'ai mis cette maudite copie de la Gazette ? Je l'ai gardée, il y a une photo de Lily dedans… Il posa le bébé sur le canapé. « Reste ici et ne bouge pas. Je le pense vraiment ! »
Il se dirigea alors rapidement vers sa vieille malle d'école et commença à fouiller dedans. Où l'a-t-il mis ? Ca doit être ici…
Là ! Il retira soigneusement le journal légèrement jauni et regarda la première page. Le titre indiquait 'Les Potter trahit par le Gardien du Secret – Assassinés par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom – Harry Potter survit !' Il scanna rapidement le reste de l'article et trouva que l'enfant avait été marqué par le sort de mort… par une cicatrice de la forme d'un éclair. Plus bas dans la page se trouvait une image de la famille Potter. James se tenait derrière Lily qui portait un gros et heureux bébé dans ses bras, un bébé qui a ses yeux verts et des cheveux d'un profond auburn.
Le bébé dans la mangeoire était Harry Potter.
Le Harry de Lily.
Severus était atterré. Comment le bébé le plus célèbre dans le monde des sorciers finit-il dans une mangeoire au centre de Londres ? Il continua de lire et là, au bas de l'article, il trouva une déclaration disant que Harry Potter, le Garçon-Qui-A-Survécu, avait été envoyé dans sa famille – famille moldue.
Et ils l'ont laissé mourir dehors dans le froid. Au nom de tout ce qui peut être sacré comment ont-ils pu faire ça ? Comment ont-ils pu juste abandonner leur propre chair et leur propre sang de cette manière ? La partie la plus cynique de son esprit parla alors, Ton propre père t'aurait abandonné ou vendu pour le prix d'une bouteille de gin s'il avait pu. Tu t'en souviens ?
Tobias avait été un saoulard toujours en besoin de liquidités. Seul le fait qu'Eileen soit présente l'avait empêché de faire ça. Au lieu de ça il prenait son salaire, puis attendait d'elle qu'elle nourrisse trois personnes avec la moitié de ce qu'elle percevait.
Il se leva, fourra de nouveau le papier dans sa malle et alla voir la soupe et le lait qui mijotaient sur la cuisinière.
Le bébé, mal à l'aise dans un environnement inconnu, toujours encombré et affamé, se mit à hurler.
Le son crissa sur les oreilles sensibles de Severus et, parce qu'il était épuisé de son travail et bouleversé par la lecture de l'article, il claqua irrité, « Est-ce qu'il t'arrive de faire autre chose que de pleurer, bon sang ! Tu es juste comme ton père, impatient et exigeant. »
Harry, d'autant plus effrayé par le ton dur, cria simplement plus fort.
Severus souhaita avoir des caches-oreilles en versant la soupe dans une petite tasse et en faisant de même avec le lait chaud. Il pensa que l'enfant était assez grand pour boire dans une tasse mais supposa qu'il devrait le nourrir pour la soupe. Il plaça la soupe et le lait sur la table et se dirigea vers le canapé pour prendre la nuisance hurlante.
A sa surprise Harry tendit les bras vers lui quand Severus se pencha pour le prendre. « Je ne te comprends pas. Je viens de te crier après et tu veux toujours que je te tienne ? Pourquoi ? »
Harry ne pouvait pas répondre mais s'il avait été capable de parler, il aurait pu dire au Maître de Potions fatigué qu'il était habitué au fait que gens lui crient dessus et qu'on ne le tienne jamais longtemps. Alors avoir Severus qui revient deux ou trois fois pour le prendre en l'espace d'une heure, c'est merveilleux. Notamment parce que le grand homme n'était pas rude quand il le prenait. Alors Harry s'accrocha à la robe de l'autre, parce qu'elle était chaude et il avait encore froid et, bien que le Grand avait une voix effrayante, ses mains étaient tendres.
Maladroitement, Severus lui tapota un peu le dos. « Shhh… il est très tôt, tu vas réveiller tout le monde. »
Comme si cela avait été le signal, il y eut un fort coup au niveau du plafond, faisant voler des grains de poussière dans l'air, et une voix très en colère cria à travers le conduit de chauffage cassé, « Oi, Rogue ! Quel est le problème ? Fais taire ce satané enfant avant que je ne descende le faire pour toi ! T'entends ? »
Arrivé au bout de sa patience avec les cris de voisins et de bébés, Severus saisit le balai dans le coin à côté de la fenêtre, pas un balai magique mais un ordinaire qu'il utilisait pour balayer le plancher, et frappa le manche au plafond.
« Ferme ta bouche et retourne te coucher, Théo ! Occupe toi de tes affaires ! Ou alors ! », menaça-t-il.
D'habitude il gardait tout pour lui et ses voisins ne savaient rien de lui, ce qui lui convenait car ils étaient des Moldus. Mais ils savaient qu'il avait la réputation d'être un méchant bougre et avaient tendance à l'éviter, ce qui était une très bonne chose.
Il se tourna alors vers Harry qui sanglotait toujours et dit, « Maintenant calme toi, Potter ! Tout de suite ! » Il s'assit sur la seule chaise présente avec le bébé sur ses genoux et essaya de nourrir Harry avec la soupe.
Mais Harry refusa d'ouvrir la bouche. Il n'avait jamais été nourri avec une cuillère avant, Pétunia a toujours trouvé plus facile de lui donner seulement un biberon, et il n'avait aucune idée de ce que c'était.
« Potter, ouvre ! », ordonna Severus. Quel était le problème avec le satané bébé ? Etait-il peut-être niais ? Severus écarta immédiatement cette pensée. Cela aurait été mentionné dans les journaux et par ailleurs, bien que Potter soit le plus grand des idiots sur la surface de la terre, il n'était pas handicapé pour apprendre. Et Lily était une sorcière brillante, on pouvait donc espérer que son fils ait hérité de son cerveau. « Allez, ouvre ! C'est bon ! », déclara-t-il à l'enfant grincheux sur un ton qu'il espérait encourageant.
Harry commença à hurler et, quand il ouvrit encore une fois la bouche, un Severus désespéré fourra la cuillère remplie de soupe dedans.
Bien sûr Harry en pleurs ne s'attendait pas à quelque chose comme ça et commença à toussoter et à s'étouffer.
Super ! Maintenant tu l'étouffes jusqu'à la mort !, se gronda Severus. Il pencha le bébé en avant et lui tapota le dos.
Harry crachota puis rejeta la soupe un peu partout sur la jambe de Rogue.
Severus rêvait de se cogner la tête contre un mur. Quand cette nuit sera passée, il aura probablement besoin d'un nouvel ensemble de robes.
Serrant les dents il dit : « Essayons encore une fois, Potter. »
Il déterra le dernier moment de patience qu'il avait mis à l'abri pour les vingt prochaines années, prit la cuillère et la plongea dans la tasse. « Okay, Potter, ouvre grand. » Il illustra en ouvrant sa bouche, espérant que le bébé l'imiterait. L'autre assistant qui travaillait pour Smithers était une mère et elle était toujours en train de raconter la façon dont sa petite fille imitait tout ce qu'elle faisait.
En pensant à ça, le père de celui-ci a également été un grand imitateur. De tout le monde et de toute chose, le fichu idiot.
Harry ouvrit la bouche, mais pas pour manger. Au lieu de cela il parla.
« Hawwy »
Severus faillit s'étouffer. « Excuse-moi ? »
« Hawwy. Pas Pot-er. Moi Hawwy. »
Severus resta bouche bée. De tous les culots ! Me dire comment il veut être appelé. Comme si je m'en préoccupais. Puis il estima que le petit bout lui accorderait peut-être une meilleure attention s'il l'appelait par son prénom. « Très bien. Harry, ouvre grand. Comme ça. Mmm. »
Severus mit dans sa bouche la cuillère et mangea. « Maintenant à toi ».
Harry secoua la tête. « Non. »
« Si. »
« Non. »
« C'est de la nourriture. Mange-la ! » Ou tu peux juste avoir faim, mioche !
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Chaud »
« Oh » Maintenant Severus se sentait comme un idiot. Avait-il vraiment oublié de souffler sur la soupe avant de la donner à un enfant de dix-huit mois ? « Err… en effet. » Il souffla soigneusement sur la soupe dans la cuillère. « Maintenant, ouvre. Pas chaud. »
Harry secoua la tête.
« Espèce de têtu petit… ! » Frustré Severus avait envie de secouer le marmot. Il prit plusieurs respirations profondes puis récita plus d'ingrédients dans sa barbe. E pour Elecampine, F pour Foxglove, G pour Goldenrod, H pour Hotspur… Contrôle toi Severus. Reste serein. Puis il eut une idée. Il trempa un doigt dans la tasse de soupe et le frotta contre les lèvres d'Harry.
Automatiquement Harry se lécha les lèvres. « Mmm. »
« Bien ! » Severus plongea une demi-cuillère. Cette fois Harry ouvrit la bouche et Severus laissa doucement couler la soupe dans sa gorge. Peut-être que ça se serait pas si mal.
Vingt minutes plus tard, Harry et Severus étaient couverts de soupe au poulet, et Severus jura qu'Harry portait plus de soupe qu'il n'en avait mangé. Si cela revenait à ça de nourrir un bébé, pas étonnant que les parents aient l'air si abattus. Severus aida Harry à tenir la tasse et l'enfant essayait de sucer pour faire venir le lait. « Non, Po-Harry », il corrigea. « Bois-le. Tu devrais être capable de boire avec une tasse maintenant. »
Harry était de plus en plus frustré, il voulait le lait mais cela ne venait pas. Il commença à gémir et à pleurer.
« Non. Oh non, nous n'allons pas revivre ça », grogna Rogue.
Des larmes sortirent des yeux de l'enfant, il voulait son biberon et non cette étrange et dure chose.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
« Baba »
« Baba ? Qu'est-ce donc que cela ? », cria Severus.
Harry gémit plus fort. « Baba-a-a ! »
Réfléchis, Rogue, réfléchis ! Il est un bébé, combien de choses peut-il connaître ?
« Ba-a-a-ba-a-a ! »
Soudainement Harry aperçut une fiole de potion sur l'étagère à côté de la table. Elle avait pratiquement la forme d'un biberon. Il la pointa. « 'ci baba ! »
« Huh ? » Severus regarda ce que l'enfant montrait. « Ma potion ? Tu connais les potions ? »
« Baba ! »
Soudainement cela le frappa. Un biberon ! Potter – Harry – voulait un biberon. Bien sûr ! Severus se frappa presque la tête. Rogue, espèce d'imbécile ! Où est ton cerveau ? Même épuisé tu aurais dû trouver ça !
Il pointa sa baguette et transforma la cuillère en biberon puis versa le lait dedans. Il le donna à l'enfant.
« Baba ! », s'exclama Harry joyeusement. Il tendit ses petits doigts potelés, saisit la bouteille et but.
« Merci Merlin ! », soupira Severus. Il fronça les sourcils. Il était tout éclaboussé de soupe. Il avait besoin d'aller se changer, mais comment le faire avec le petit diablotin s'accrochant à lui ? Il se leva et mit le bébé sur le canapé. « Maintenant tu restes ici et ne bouge pas, compris ? J'ai besoin de me changer… et toi aussi. »
Mais Severus décida d'attendre avant de s'attaquer à cette corvée et alla dans le coin protégé par un rideau qui lui servait de « chambre » à côté de la salle de bain. Il se changea rapidement dans un confortable pantalon décontracté et une chemise. Il fouilla ensuite dans ses vieux vêtements et trouva une douce chemise Serpentard qu'il réduisit pour l'adapter à Harry.
Il était maintenant trois heure et demi du matin et Severus tenait seulement grâce à sa dernière énergie. Tout ce qu'il voulait c'était s'affaler sur le canapé et dormir pendant la moitié de la journée. Mais l'invité inattendu assis sur ce dernier rendait cela impossible.
« Très bien, mon garçon. Enlevons ce truc de toi et mettons celui-ci. »
Il réussit à mettre la nouvelle chemise sur Harry sans trop d'histoires, mais en faisant cela il remarqua que l'enfant reniflait et que son nez coulait. Il prenait son biberon mais toussait de temps en temps. Awww, l'enfer ! L'enfant a attrapé un rhume. Probablement du fait d'avoir été dans le froid si longtemps. Et maintenant qu'est-ce que je fais ?
Severus n'était pas habitué aux enfants en bas âge mais, en tant que Maître de Potions, être capable de brasser des potions pour tous les âges était une exigence, de même pour certains animaux comme les chats et les chiens. Il savait qu'il y avait des variations de potions pour les tout-petits et les enfants et savait qu'il avait besoin de faire une potion de Pepper-Up pour enfant ainsi qu'un élixir léger contre la toux.
Le seul problème était qu'il était lessivé. Il devait donc trouver une alternative.
Je pourrais diluer les versions adultes des potions et les mélanger avec de l'eau. Cela conviendra jusqu'à ce que je sois plus éveillé et en capacité de brasser les potions appropriées.
Après avoir mélangé les solutions requises, il s'approcha de l'enfant malade.
Harry leva les yeux vers lui avec curiosité. Est-ce qu'il allait être mis dans le placard maintenant ? Il saisit plus fermement son biberon. Il était presque vide et son ventre était désormais bien rempli. Il éternua bruyamment, aspergeant Severus de mucus.
« Tu es vraiment dégoûtant, tu sais ? D'abord tu urines sur moi, puis tu craches la soupe partout et maintenant ça ! Tu es presque plus embêtant que tu n'en vailles la peine. La prochaine fois je devrais peut-être porter un imperméable. »
Si cela ressemblait à ça, prendre soin d'un enfant, il était surpris que les parents en aient souvent plus d'un.
Encore une fois il se nettoya avec un sort et s'assit à côté d'Harry. Il retira gentiment le biberon de la bouche du bébé et Harry l'enserra. « Maintenant, tu as besoin de prendre ces potions, marmot, alors ouvre simplement la bouche et avale. »
Il plaça la première fiole contre la bouche d'Harry, l'ayant transformée pour qu'elle ressemble à un biberon avec une tétine.
Harry la suça, s'attendant à avoir encore du délicieux lait.
Ce qu'il eut était… quelque chose de totalement dégoutant !
« Beurkk ! »
Il cracha le liquide au terrible goût… partout sur lui-même et sur le Grand.
Severus ferma les yeux. Il ne perdra pas son sang-froid. Un bébé ne lui fera pas commettre un meurtre le jour de Noël. Il sentit une veine pulser au niveau de sa tempe. « Merlin aidez-moi à ne pas étrangler cet enfant. S'il vous-plait ! »
Il commença à compter jusqu'à dix. Maintes et maintes fois. Puis il ouvrit les yeux.
Bébé Harry le fixait de manière incertaine, comme si craignant qu'il commence à… crier ou à le fesser ou autre chose.
Le regard méfiant dans les yeux verts de l'enfant disait plus à Severus que des mots ne le pourraient jamais comment il vivait avant que sa famille ne le largue dans la crèche. Il inspira, expira et récita plus d'ingrédients encore.
« Ecoute. Tu dois prendre cette potion. Je sais que ça a un goût horrible mais nous devons tous prendre des médicaments que nous n'aimons pas », commença-t-il, répétant ce que sa mère disait toujours quand il refusait de prendre les médicaments lorsqu'il était petit.
Il essaya une fois de plus de mettre la potion dans la gorge du bébé réticent.
Il finit par en porter la plus grande partie mais il réussit à en faire avaler un peu à Harry en maintenant sa bouche fermée.
Arrivé au moment où les fioles étaient vides Severus était prêt à se mettre à hurler, mais au moins une partie des mixtures était dans l'enfant grincheux. Il se nettoya ainsi que le bébé pour la dernière fois et Harry, fatigué et recroquevillé sur ses genoux, s'endormit.
« Merci mon Dieu », murmura Severus et il s'endormit également promptement.
Seulement pour être réveillé environ trois heures plus tard par Harry pleurant de nouveau.
Severus grogna et se demanda s'il était en enfer. Il entrouvrit un œil et foudroya du regard l'enfant gémissant. « Quel est le problème maintenant ? J'ai besoin de sommeil, est-ce que c'est trop demander ? »
Harry se tortilla et Severus toucha son front.
Il était fiévreux et avait la diarrhée, comme le découvrit Severus en le changeant.
Pourquoi moi ? Pourquoi ces choses arrivent toujours à moi ? Je ne sais pas comment s'occuper d'un bébé, particulièrement d'un bébé malade. Et je ne peux pas l'emmener chez un médecin. C'est bien ma veine. D'autres personnes reçoivent des chatons et des chiots pour Noël. Qu'est-ce que j'ai ? Un bébé malade abandonné qui se trouve être le fils de James Potter ! Quelle ironie !
Il s'avança et cogna sa tête contre le mur. Derrière lui un gémissement maussade s'éleva dans l'air, perturbant le silence paisible du matin de Noël. Joie sur la terre, un enfant est né, pensa Rogue de manière sarcastique. Joyeux Noël.
