Chapitre 3 : Noël bleu

A huit heure le matin de Noël, Severus avait déjà bu six tasses de café, trois avec du sucre et du lait et trois noir car il voulait conserver du lait pour le bébé. Dans les autres maisons les enfants se réveillaient seulement et se précipitaient en dehors de leurs lits pour voir ce qui avait été laissé pour eux sous le sapin ou dans les chaussettes, pendues avec soin sur le manteau de la cheminée ou sur une chaise. Des enfants sautaient sur le lit de leurs parents afin de les réveiller pour qu'ils se joignent aux festivités et préparent le petit-déjeuner. Severus se rappelait avoir fait la même chose étant enfant. Même si sa famille devait se battre pour joindre les deux bouts, il avait toujours apprécié ce jour de l'année.

Mais cette année le matin de Noël, qui était devenu un jour ordinaire où il pouvait dormir et ne pas se lever à l'aube pour aller travailler, était devenu un cauchemar. Harry était grincheux, irritable et pleurait quasiment non-stop. Il était fiévreux, toussait, et rejetait tout ce que Severus essayait de lui faire manger. Le pauvre gosse a eu cinq couches en trois heures. Et Severus eut peur d'avoir bouleversé son système digestif en donnant à Harry des potions trop fortes pour lui.

Il essaya alors de donner au garçon un biberon de thé infusé à la camomille avec de l'extrait de pissenlit adouci avec du sucre et Harry semblait prêt à le prendre. Severus savait que si Harry ne continuait pas à boire des liquides il se déshydraterait, mais il ne savait pas comment être sûr qu'il boive assez.

A l'heure actuelle Harry somnolait, à moitié sur ses genoux à moitié sur le canapé, pendant que Severus regardait les flammes vacillantes en buvant sa sixième tasse de café. Il fonctionnait grâce à la caféine et était au-delà de l'épuisement dans un environnement brumeux. Et il priait pour qu'Harry puisse finir la camomille et dormir pour un temps.

Pas de repos pour les méchants, Severus. Ou pour les nouveaux Maître de Potions avec un enfant malade, se rappela-t-il lorsqu'Harry commença à gémir. Severus baissa les yeux et vit que l'enfant avait cessé de boire le thé. Il s'apprêta à repositionner le biberon.

Harry le repoussa.

« Bois, s'il-te-plait. »

Le garçon secoua la tête sans rien dire.

« Tu te sentiras mieux. »

Mais là encore Harry refusa.

Soupirant Severus retira le biberon et le plaça au sol. Il posa l'arrière de son poignet sur le front d'Harry et grimaça. « Tu es brûlant. Et je n'ose pas te donner une potion pour adulte de forte réduction de fièvre. J'ai besoin de brasser plus de potions mais je suis si exténué que je peux à peine garder mes yeux ouverts, sans parler de travailler avec des mesures précises. »

Il avait appris par la manière forte à ne jamais brasser lorsqu'il était fatigué car la moindre erreur pourrait conduire à l'explosion d'une potion.

Harry se recroquevilla à ses côtés, se cachant contre Severus comme un chiot perdu. Il se sentait très mal. Mais pour la première fois il pouvait se tourner vers un autre Grand et être réconforté. Il bavait et éternuait partout sur le canapé. Son visage fut nettoyé et une serviette placée sous sa joue.

Une main lui frotta alors le dos et il soupira doucement. C'était la première fois qu'il pouvait se souvenir d'un Grand faisant cela et le sentiment était vraiment trop trop bien. Il se nicha plus près du jeune sorcier et ses yeux se fermèrent.

Severus regarda prudemment vers sa charge et vit qu'elle s'était finalement endormie. Il eut un sincère soupir de soulagement et termina sa tasse de café avant de l'envoyer dans l'évier avec un geste de sa main. Merlin, je suis fatigué. J'ai juste besoin de dormir pour quelques heures et ensuite je pourrais faire des potions. Reste endormi, Potter. Pour le repos de ma santé mentale.

Il partit dans un sommeil léger. Il a toujours été un léger dormeur, habitué à rester éveillé jusque pas d'heure dans le cadre de sa profession.

Il avait l'impression d'avoir à peine fermer les yeux lorsqu'il fut réveillé par les braillements d'Harry.

Luttant contre les brumes du sommeil, il força ses yeux à s'ouvrir.

La petite horloge sur la cheminée sonna dix heures du matin.

« Bon Dieu, Potter ! », jura-t-il. Puis il se sentit immédiatement coupable, à la fois pour jurer à Noël et pour crier sur un bébé malade qui ne pouvait s'empêcher d'être énervé et de mauvaise humeur. « Okay, shhh. Quel est le problème ? As-tu encore besoin d'être changé ? As-tu soif ? »

Il souleva le bébé et découvrit qu'Harry était brûlant et sentait fort.

« Ahhh, pas encore », grogna-t-il. Et il changea le bébé pour la sixième fois, s'assurant d'appliquer de nouveau l'anti Rash.

Harry gigota et se tortilla car c'était toujours sensible, même si Severus était doux. « Owwie ! »

« Je sais. Reste calme. » Mais Harry essaya de s'éloigner et Severus dut le tenir fermement alors qu'il finissait cette tâche désagréable. « Arrête de bouger ! Je dois le faire sinon tu auras encore plus mal. C'est pour ton bien. Compris ? » Intérieurement il se traita d'idiot pour parler à un enfant d'un an et demi comme à un adulte. Il jeta la couche sale en pensant que son nez s'était désormais accommodé à la puanteur d'un bébé malade. « Viens là. Tu as besoin de boire un peu plus. » A ce rythme il allait être à court de chaussettes et devrait en acheter plus.

Il prit Harry sur ses genoux et essaya en vain de lui faire finir le thé à la camomille.

Mais Harry ne voulait pas boire, il avait mal et était encombré. Il tourna sa tête contre la poitrine de Severus et pleura.

Severus ne savait plus quoi faire. Rien de ce qu'il avait essayé n'a aidé le bébé à se sentir mieux et il était à court d'idées. Les légers gémissements commençaient à lui donner mal à la tête et il craignait de se mettre lui-même à crier d'ici deux minutes. Je ne peux plus supporter ça. Je ne peux vraiment pas.

« Tu sais, ce n'est pas ce que je m'imaginais lorsque je t'ai pris dans la crèche. Si j'avais su… peu importe, je ne vais pas m'aventurer dans cette voie. Je ne sais plus ce que je dis. » Il commença à tapoter dans le dos du bébé en pensant que cela l'avait apaisé déjà une fois pour dormir.

Mais Harry refusait de se calmer, il était malade et voulait juste que quelqu'un l'en débarrasse. Et il criait parce que le Grand le tenant n'était pas en mesure de le faire.

« S'il-te-plait, arrête de pleurer, Potter. Arrête. S'il-te-plait », dit Severus en berçant le bébé hurlant. « Avant que je ne devienne fou à lier et ne me mette à courir dans la rue en criant. »

Il savait qu'il ne devait pas blâmer le petit garçon pour ses cris, savait que ça n'était pas la faute d'Harry s'il était malade, mais il ne pouvait s'empêcher d'être irrité. Il se sentait peiné pour le petit bout, c'était une chose terrible d'être malade comme ça. Mais les pleurs représentaient un rappel constant du fait qu'il avait échoué dans sa responsabilité en tant que gardien et Severus n'était pas habitué à l'échec. Frustré et paniqué il berça l'enfant plus fortement.

Je n'aurai jamais dû le prendre. J'aurai dû l'apporter aux Services Sociaux Sorciers. Qu'est-ce que je lui apporte de bien ? Il va seulement de plus en plus mal. Frénétique, Severus décida de faire quelque chose qu'il aurait dû faire une heure plus tôt mais il ne pensait pas clairement. Il était complètement confus. « Très bien. Ne pleure pas. Je vais chercher de l'aide. »

Son premier réflexe a été d'appeler Poppy Pomfrey, qui était l'infirmière sorcière de Poudlard et avec qui il avait encore des contacts. Mais il se souvint alors que c'était les vacances et la sorcière serait très certainement chez elle à célébrer Noël en famille. Elle avait une foule de neveux et nièces, bien qu'elle ne soit pas mariée.

Que faire maintenant ? Qui appelle-t-on quand on a un bébé malade le jour de Noël ? Il regarda autour de lui et aperçut alors une brochure à moitié froissée de Sainte-Mangouste. C'était une liste de potions pour lesquelles ils avaient besoin de quantité supplémentaire et il avait pensé les contacter après les vacances et voir s'il pouvait gagner un peu d'argent en plus.

Sainte-Mangouste ! Rogue, ils ont un service de cheminée d'urgence !

Il se leva, berçant Harry dans le creux de son bras, et tendit la main pour prendre de la poudre de cheminette dans le bocal vert sur le manteau à côté de son horloge.

Il enfonça sa tête dans les flammes vertes et cria, « Salut ! Mon nom est Severus Rogue et j'ai avec moi un bébé très malade. J'ai besoin de quelques potions de toute urgence. »

L'interne de service en robe blanche leva la tête de son dossier et dit, « Un moment, Monsieur, le temps que j'appelle un médecin pédiatrique. » Elle tapa un petit globe sur le côté de son bureau et dit, « Docteur Faolin, j'ai un appel pour vous. »

Quelques instants plus tard une petite femme rondelette transplana dans la pièce et s'agenouilla à côté de la cheminée. « Salut, quel est le problème ? »

« J'ai un bébé très malade et j'ai besoin de quelques potions pour lui. »

« Apportez-le donc alors. »

Severus hésita. Il ne voulait pas que quiconque sache quel bébé il avait secouru de la crèche. Si quelqu'un découvrait qu'il avait le Garçon-Qui-A-Survécu, sa vie deviendrait un cirque médiatique et il y aurait toutes sortes de tracas, sa tranquille existence de solitaire jetée en enfer. Sans oublier le fait qu'il aimait plutôt bien s'occuper de la dernière partie de Lily… quand Harry n'était pas en train de crier dans son oreille comme une satanée guenon, cela va sans dire.

« Je préfèrerai ne pas le bouger maintenant. Il est endormi. Si je vous dis ses symptômes, ne pourriez-vous pas juste prescrire un traitement de potion pour lui ? »

« Si, je suppose, mais c'est vraiment mieux si je l'examine… », commença le Docteur Faolin.

« Je suis un Maitre de Potions et j'ai également un deuxième degré en tant qu'infirmier », expliqua Severus. « Je peux brasser n'importe quelle potion dont il aura besoin, une fois que j'aurai un peu de sommeil. »

Le Docteur Faolin scruta intensément le visage du jeune homme. Elle vit, bien que ses yeux étaient complètement cernés et son teint pâteux à force d'être en intérieur la plupart du temps, qu'il semblait à la fois concerné et déterminé à guérir son bébé. « Très bien. Ce n'est pas la procédure habituelle mais si vous êtes prêt à le faire et que vous pensez pouvoir me donner un diagnostic précis de ses symptômes… »

« Je peux le faire. » Severus commença à décrire la condition d'Harry, expliquant que c'était l'enfant de sa cousine, qu'il était arrivé avec un rhume et avait développé plus tard de la fièvre et de la diarrhée. Il admit même comment il avait essayé de soigner lui-même l'enfant en utilisant une potion diluée de Pepper Up et demanda si cela pourrait avoir conduit Harry à être encore plus malade.

« Non, il présentait probablement des symptômes avant cela, particulièrement si vous ne pouviez pas le faire manger alors qu'il semblait avoir faim. D'habitude ces grippes intestinales apparaissent rapidement. Je vais vous donner une solution pour réduire la fièvre pour enfant, à donner deux fois par jour, un baume de décongestion à appliquer sur son torse – c'est plus facile que d'essayer de lui faire avaler un breuvage et cela marche tout aussi bien – un élixir anti diarrhée pour bébé, donnez-lui une dose maintenant et la prochaine après sa selle puis une fois par jour pendant trois jours. Mélangez-le avec cette potion nutritive, elle est couplée avec un calmant pour l'estomac, le goût est plutôt agréable, et nourrissez-le également de lait chaud et de bouillon. »

« Est-ce que je peux lui donner un bain ? »

« Oui mais seulement de l'eau tiède et séchez-le bien », prévint-elle. « Avez-vous besoin de quelque chose d'autre ? », demanda-t-elle en pensant que le pauvre gars avait l'air d'être prêt à s'effondrer.

« Je… oui… j'ai besoin de plus de couches, ma cousine ne m'en a pas laissé assez pour un enfant malade », admit Severus en rougissant légèrement.

« Voilà. » Elle claqua des doigts et une pile de couches fraîches apparue, soigneusement enveloppées. « Et voici un compte-goutte pour bébé, c'est plus facile pour leur donner des potions de cette manière, ils avalent et ne recrachent pas. » Elle l'ajouta aux couches puis fit venir à elle les potions requises. « Et voilà, Monsieur – »

« Rogue », répondit Severus. « Je suis enregistré à la Société des Maîtres de Potions si vous avez besoin de vérifier mes accréditations. Merci. »

« Pas de problème, Monsieur Rogue. Si vous avez besoin que je l'examine plus tard ou si son état empire, n'hésitez pas à me rappeler. »

Severus tendit une main à travers les flammes, prit les éléments, puis s'en alla.

A ce moment là Harry toussait et pleurnichait doucement, faisant « Mum-mum-muh ». Il avait penché sa tête sur l'épaule de Severus, mâchouillant sa chemise, ses petites mains agrippant le dos de la chemise du sorcier dans une forte étreinte.

« Très bien, Po-Harry », se rattrapa Severus. « Occupons-nous de te faire prendre ça afin que tu te sentes mieux. Et avant que ma patience ne s'évapore complètement. »

Il retourna au canapé et s'assit, positionnant l'enfant grincheux sur son genou. « Hey. Regarde-moi », ordonna doucement Severus.

Harry renifla dans sa manche et Severus grimaça. A quoi est-ce que je ressemble, Potter, ton mouchoir privé ? Il agita sa baguette. La potion de nutrition se versa elle-même dans le biberon et Severus mélangea avec l'élixir Anti-Diarrhée en secouant énergiquement afin d'être sûr que le tout soit bien mixé ensemble. « Voilà. Tu voulais un biberon, bambin ? » Il tendit le biberon à Harry, qui était maintenant tourné vers lui pour le regarder.

« Baba », roucoula Harry. Cela semblait être son mot préféré.

« Oui. Tu le veux ? »

Harry hocha la tête et tendit les mains pour le prendre. Il avait maintenant vraiment soif et commença à boire dès qu'il eut le biberon dans sa petite poigne. C'était tellement bon ! Il en but plus.

« Bon boulot ! », lui dit Severus, soulagé qu'il boive finalement et espérant que la potion agisse rapidement. Il ébouriffa les cheveux d'un profond auburn d'Harry.

Harry termina son biberon en un temps record et fit son rot. Severus attendit environ cinq minutes avant de prendre le compte-gouttes et le flacon pour réduire la fièvre. « Maintenant, ouvre grand et facilite-moi les choses, okay ? » Il remplit le compte-gouttes et attendit jusqu'à ce que Harry ouvre un peu la bouche avant de l'insérer et d'incliner la tête du garçon en arrière. « C'est cela. Avale. »

Harry grimaça mais il n'essaya pas de recracher, notamment du fait que c'était déjà dans sa gorge.

Severus le coucha ensuite sur le canapé, releva sa chemise et appliqua la troisième potion, un baume, sur l'ensemble de la poitrine du bébé. Cela sentait la menthe et un peu le camphre, mais cela n'était pas déplaisant. Harry se tortilla et gargouilla en faisant une sorte de grimace à son soigneur.

Il s'écoula un moment avant que Severus ne réalise que le bébé lui souriait. Depuis les presque vingt-quatre heures où il avait ramené l'enfant, ce dernier avait pleuré plus de la moitié du temps. Le jeune homme s'était accoutumé à voir une expression de détresse sur le petit visage plus souvent que l'inverse.

Mais c'était définitivement un sourire, pensa le jeune sorcier étonné tandis que le sourire s'élargissait. Harry était en train de sourire.

Pour lui.

Séverus se sentait comme si on lui avait remis la lune.

Timidement, car il n'était pas trop habitué à être joyeux, Severus sourit en retour.

Il remit doucement en place sa chemise, qui ressemblait plus à une chemise de nuit. Harry se redressa et tendit ses bras. « P'ends Hawwy. »

Le temps d'un instant Severus se figea, incapable de croire que le petit moustique voulait en fait être tenu par lui, surtout après qu'il lui ait crié dessus et donné des potions affreuses. Mais apparemment le bébé ne lui en tenait pas rigueur et ces yeux verts suppliants provoquèrent un étrange sentiment dans sa poitrine.

« Tu as les yeux de ta mère, tu sais. Et ses cheveux également. »

« P'ends », répéta Harry qui se pencha vers Severus.

« Okay. » Ses mains attrapèrent le bébé et le rapprochèrent très près de lui.

Harry se nicha sous son menton, posant sa tête sur la poitrine de Severus où il pouvait entendre le battement de cœur du Maître des Potions. Il était au chaud, se sentait un peu mieux et ensommeillé. Il se recroquevilla alors, respirant l'odeur de la pommade se trouvant sur sa poitrine, et s'endormit.

Severus regarda l'enfant endormit contre lui et sentit quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti auparavant.

Un besoin de protection.

Cet enfant avait besoin de lui comme personne auparavant. C'était un sentiment étrange, d'être responsable d'une autre vie, une vie si fragile, si dépendante, si confiante.

Il n'était pas sûr d'aimer cela. La responsabilité surgissait devant lui comme un trou noir. Il n'était pas sûr de pouvoir y faire face.

Mais en même temps cela faisait du bien d'être nécessaire. Du bien d'être désiré. Il ne s'est pas senti voulu depuis la mort de sa mère trois ans auparavant.

Baillant, Severus se pencha en arrière contre le canapé et ferma les yeux. Il sera temps plus tard de faire une introspection. A ce moment précis il voulait seulement une chose pour Noël.

Une bonne nuit – ou journée – de sommeil.

Harry et son nouveau gardien dormirent pendant huit heures réparatrices et quand ils se réveillèrent il y avait une légère couche de neige dehors. Tous les deux se sentirent incroyablement mieux maintenant qu'ils eurent un peu de sommeil bien nécessaire. Après avoir changé une nouvelle fois Harry et lui avoir donné un peu plus de potion pour réduire la fièvre et une seconde dose du mélange Anti-diarrhée.B/Nutriments, Severus eut une petite faim.

Il prit alors Harry avec lui dans la cuisine et fit lui-même un peu de café et un sandwich qu'il dévora jusqu'à la dernière miette. « Je vais avoir besoin d'aller faire des courses demain. », dit doucement Severus en pensant qu'il était agréable d'avoir quelqu'un à qui parler, même si le bébé ne pouvait pas répondre. « Mais d'abord je vais avoir besoin de plus de potions. Celles-ci vont seulement suffire jusqu'à demain. »

Il regarda Harry en sachant qu'il ne pouvait permettre au bébé de s'approcher trop près de son chaudron mais en ignorant où le mettre pour qu'il soit en sécurité. Finalement il décida de mettre Harry sur le canapé avec un charme de lien pour l'empêcher de tomber, puis il alluma la radio. Comme il s'agissait d'une radio moldue, Severus ne captait que quelques stations mais l'une d'elles diffusait une musique de Noël.

« Très bien Harry. J'ai besoin d'aller brasser des potions, donc tu restes simplement ici et … tu dors ou tu joues avec tes orteils ou ce que tu veux. Voici un biberon de lait. » Il donna son biberon au garçon et espéra que tout simplement Harry le boirait et s'endormirait.

Mais Harry, bien qu'un peu endormi, n'était pas assez fatigué pour s'endormir tout de suite et il voulait que Severus continue à le tenir.

Il tendit ses bras. « P'ends ».

Severus secoua la tête. « Je ne peux pas. Je suis occupé. Allonge-toi et bois ton biberon. »

Harry répéta le geste. « P'ends Hawwy ! »

« Plus tard. » Severus se retourna et se dirigea vers le coin le plus éloigné de l'appartement où il avait mis en place un laboratoire, petit certes mais efficace, juste assez grand pour brasser son stock personnel.

Blessé, Harry regarda le Grand s'éloigner et essaya de descendre du canapé. Mais il se rendit compte qu'il en était incapable. Frustré, il commença à pleurer.

Severus s'arrêta. Il ne sera jamais capable de brasser quelque chose avec ce terrible braillement. Il se retourna et cria, « Potter, arrête ce bruit ! J'ai juste besoin de trente minutes. Maintenant du calme ! Endors-toi pour l'amour du ciel ! »

Harry gémit, coincé sur le canapé et tendant les bras en avant.

La radio commença à jouer 'Noël bleu' chanté par Elvis.

« P'ends Hawwy ! »

Agacé, Severus revint vers le canapé. « J'ai dis plus tard ! Maintenant calme toi avant que je – » Il s'arrêta car ses mots furent à peu près les mêmes que ceux que son père utilisait quand il pleurait étant enfant généralement juste avant qu'il ne donne une gifle ou une fessée à Severus. Intérieurement il grinça des dents. Il ne voulait pas ressembler à cet homme de quelque manière que ce soit. Jamais.

Harry pleurait en le fixant de ses grands yeux tristes et remplis de larmes.

« Ahhh, satané regard, Potter ! », cria Severus en levant les mains. Il ne pouvait tout simplement pas résister lorsqu'Harry le regardait de cette manière. Mais en même temps il savait qu'il avait besoin de commencer ses potions maintenant s'il ne voulait pas rester éveillé toute la nuit. Heureusement que le lendemain était un dimanche et l'apothicaire était fermé pour les vacances.

Harry tendit à nouveau les bras.

Severus se frappa le front. Il était un tel idiot ! C'était Noël et qu'est-ce que tous les petits enfants obtenaient pour Noël ?

Des jouets.

Harry avait besoin de quelque chose avec lequel jouer.

Mais Severus avait depuis longtemps retiré toutes les choses enfantines et n'avait donc rien pouvant amuser un enfant. Encore moins un voulant être porté et se blottir contre lui entre tous. Avec quoi est-ce que les petits enfants de son âge aiment jouer ?, se demanda Rogue. Il pensa un moment puis claqua des doigts. Il se souvint de sa collègue, Amanda Truegood, lui disant une fois qu'elle avait eu un ours en peluche pour sa fille et qu'elle dormait avec toutes les nuits.

Severus transfigura un de ses oreillers supplémentaires en un adorable ourson tout doux avec lequel il ne serait pas vu mort. Il était d'un brun rougeâtre, avait des yeux faits de boutons brillants et une expression joviale. Avec une arrière-pensée fantaisiste, il appliqua une réplique de ses propres robes noires sur l'ours et le lévita vers Harry.

« Voilà. Joue avec 'Professeur calme bye-bye'. » Rogue ne savait pas d'où venait ce nom mais il supposa que cela avait un lien avec le fait qu'il espérait que l'ours calmera les pleurs de l'enfant et encouragera Harry à dormir.

Harry fixa l'ours soyeux pendant un long moment. Il n'avait jamais rien a eu à lui. Seul Dudley était autorisé à avoir des jouets.

« Vas-y. Prends-le. », le poussa Severus avec impatience. Franchement, on pourrait penser que le garçon n'avait jamais joué avec un jouet auparavant. Puis il se rappela de l'endroit où il avait trouvé cet enfant et suspecta que si sa famille était du genre à laisser un bébé mourir de froid, elle pouvait tout aussi bien ne jamais lui avoir donner un quelconque jouet.

Doucement, Harry tendit la main et toucha l'ours. Quand on ne lui cria pas après et qu'on ne le jeta pas dans un placard sombre, il mit sa tête sur l'ours. Il plaça ensuite son autre bras autour et l'enlaça. Il s'arrêta une nouvelle fois, se demandant si on allait le lui enlever.

Mais personne ne cria ou ne le pinça et Harry osa regarder vers le grand homme. « A Hawwy ? »

« Oui, c'est l'ours d'Harry. Tiens-le et joue avec. »

« L'ou's de… Hawwy… », dit Harry d'un air béat. Il enlaça l'ours comme si sa vie en dépendait.

« Joyeux Noël », dit Severus à voix basse et un sourire tirait irrésistiblement le coin de sa bouche en regardant le bébé tenir le jouet en peluche. Est-ce que cela pouvait être le premier cadeau que le bébé n'ait jamais reçu ? De la façon dont Potter réagissait, cela semblait bien être le cas.

Severus attendit jusqu'à ce qu'Harry sembla très absorbé par l'ours puis il se glissa dans le coin de la pièce et commença à faire ses potions.

Une demi-heure plus tard, Severus avait brassé plusieurs quantités de potions pour réduire la fièvre et un élixir pour enfant Anti-diarrhée. Demain il brassera plus de baume de décongestion car il en avait assez pour le moment. Il avait aussi sous la main de la potion de nutrition et pouvait donc en refaire plus tard également.

Il retourna surveiller Harry et trouva l'enfant endormi, une main enroulée autour de l'ours et l'autre tenant un biberon à moitié vide.

Endormi, Harry ressemblait à un bébé ange, sa joue douce et rosie, ses cils une tâche sombre contre sa peau laiteuse de porcelaine, ses lèvres remuant un peu même endormi. Ses cheveux auburn brillaient d'une couleur cuivre à la lumière des lampes et Severus se tint là, regardant l'enfant qu'il avait sauvé, le fils de son unique amour et de son plus grand rival. L'enfant qu'il avait sauvé une fois de plus de l'étreinte éternelle de la mort.

Il sentit son cœur se gonfler d'émotions inconnues. Affection, pitié et regret.

Comment pouvait-il commencer à s'occuper de cet enfant quand il pouvait à peine se permettre de se nourrir lui-même avec son salaire ? Comment pouvait-il le laisser rester quand il travaillait douze heures en roulement deux jours par semaine et huit heures les autres jours ? Vers qui pourrait-il se tourner pour le garder ?

Cela ne marchera jamais, Severus. Tu vas devoir… regarder qui d'autre peut le prendre. Une agence d'adoption ou une famille d'accueil. Il a besoin de quelqu'un qui peut être avec lui la plupart du temps, quelqu'un qui pourra lui donner tout ce dont il a besoin et qu'il voudra. Et, peu importe à quel point tu le voudrais, tu ne peux pas, réprimanda tristement sa conscience.

La partie logique de son esprit était en accord avec sa conscience. Mais une autre partie de son esprit, celle sensible, refusait d'écouter ces arguments logiques. Cette partie faisait valoir qu'Harry pourrait ne pas être mieux dans une famille d'accueil, il n'y a qu'à voir comment sa famille l'a traité. Ils ont été pires qu'inhumains. Qui peut dire que cela n'arrivera plus ? Comment pourrais-je prendre ce risque ?

Il ne pouvait pas. Mais à moins d'un miracle, comment pouvait-il garder un enfant avec son maigre salaire ? Trouver un autre job maintenant était hors de question car peu d'apothicaires avait besoin d'un autre Maître des Potions et encore moins s'il venait de finir son apprentissage. Smithers a été le seul disposé à l'embaucher et Severus savait maintenant pourquoi. Son patron avait une main d'œuvre pas chère et quelqu'un sur qui passer ses nerfs quand les affaires étaient mauvaises, ce qui n'était pas souvent.

« Je vais peut-être avoir de la chance et Smithers va subir une greffe du cœur et me donner une augmentation pour Noël », murmura Severus sarcastiquement. Il grogna à sa propre fantaisie ridicule. Il avait jusqu'à demain soir pour réfléchir à ce qu'il allait faire à propos d'Harry.

Ce sera l'une des décisions les plus difficiles qu'il n'ait jamais faites.

Soupirant, Severus marcha en direction de la salle de bain pour prendre une douche. Il donnera un bain à Harry la prochaine fois qu'il se réveillera, mais tout de suite il avait désespérément besoin d'eau chaude et de savon. Il alluma l'eau, priant pour que l'enfant de Lily reste endormi le temps qu'il se lave.

Il pouvait entendre une nouvelle fois les accords de 'Noël bleu' à la radio. « Je vais avoir un Noël bleu sans toi… »

Severus pensa ironiquement à quel point cette déclaration était vraie, s'il faisait ce que sa conscience lui suggérait et amenait Harry dans une agence d'adoption sorcière. Cela lui retournait l'estomac rien que d'y penser. Mais quel choix avait-il ? Il devait faire ce qui était le mieux pour l'enfant, n'est-ce pas ?

Ignorant la soudaine douleur de désespoir qui le poignarda, Rogue entra dans la douche et laissa l'eau chaude couler sur lui, dénouant tous ses muscles tendus et les relaxant. Les paroles de 'Noël bleu' défilant dans sa tête. L'eau réchauffa sa peau mais à l'intérieur il avait froid.