Joyeuse année, à tous, que vous me suiviez depuis le départ ou que vous ne soyez qu'un humble passant venu jeter quelque coup d'oeil à mes écrits !
2013, déjà ! Je me souviens encore qu'on célébrait 2012 hier ! En plus, c'était une jolie date, 2012, la grande classe, et la fin du monde tombait cette année...
Bon bah, au cas où certains ne l'auraient pas remarqué, on a échappé au cataclysme. Quoique, pour certains, il a pu agir sous une forme ou une autre, mais tant qu'elle n'aura pas lieu, il ne s'agira jamais que d'une métaphore...
C'est prévu pour quand, la prochaine ? Histoire que les bunkers servent à quelque chose ?
Bref, pas tout ça, mais voici ce cinquième chapitre que certains attendaient -ou n'attendaient plus, peut-être- depuis un siècle. En me relisant, j'ai été sidérée du nombre de fautes que j'avais faites. En écrivant ça, je ne devais pas être en forme, c'pour ça...
Trêve de monologue, bonne lecture, vaillants lecteurs !
-Cinquième round
Je me précipitai au salon sitôt qu'on m'eût ouvert. Je ne tenais plus en place. Depuis la réception de cette lettre, j'avais dû implorer Sébastien de m'appeler un carrosse rapidement afin qu'il m'emmenât à mon ancienne demeure. La raison était celle-ci : pas plus tard qu'avant-hier, je recevais une lettre d'Arthémise, m'avertissant que mon père était souffrant. Aussitôt, malgré les rancoeurs amassées contre lui, je fis mon devoir de fille : je tentais de me rendre à son chevet. La chose fut faite, malgré un retard, et je grimpai un peu trop précipitamment dans le carrosse, ce qui me fit presque trébucher. Fort heureusement, il n'y eut pas d'autre incident et je descendis dans la cour du manoir de mon père où je n'avais plus mis les pieds depuis ce qui me semblait un siècle.
Tout avait tellement changé ! Les rosiers n'étaient plus taillés de la même façon. Le jardinier que nous avions était déjà très vieux lorsque je l'avais vu pour la dernière fois, et plus très en forme. Mon père avait dû en recruter un autre après la mort de ce pauvre homme. Je regardai mon jardin avec une sorte de mélancolie lorsqu'on me rappela à l'ordre et alla frapper à la porte.
Ce fut un valet qui me reçut. Mais je le bousculai presque, pour ainsi dire, violant toutes les règles de bienséance dues à mon rang. Après des années, je me souvenais encore de chaque partie de cet endroit. Je retrouvai la chambre de mon père sans problème, sorte de sanctuaire où personne d'autre que son propriétaire ne pouvait entrer, autrement cela serait considéré comme un délit. Cette fois-là fit exception. Lorsque je poussai doucement la porte, ma belle-mère et Elliot étaient au chevet de mon père. Je ne le vis pas tout de suite, mais en m'approchant, je crus percevoir son front ruisselant tandis que le médecin lui appliquait une compresse sur le visage.
« Mylène ! » chuchota Arthémise, sans se lever.
Elle parlait le moins possible pour ne pas troubler davantage le calme de la chambre.
Je m'approchai d'elle, et elle m'expliqua la situation :
« Je vois que vous avez reçu ma lettre. Je suis désolée de vous appeler en pareil moment. Mais j'ai jugé utile de vous tenir au courant de l'état de santé de votre père, et…
-Vous avez bien fait, lui assurai-je, un peu pâle. De quoi s'agit-il, à votre avis ?
-D'après le médecin, c'est une vilaine grippe. A son âge, ce peut être fatal. Mais votre père est vaillant, il sait lutter. Il faut juste veiller à ce que cela ne dégénère pas… »
Elliot, qui écoutait d'une oreille discrète à côté d'elle, devint blanc comme un linge. Elle s'en aperçut et l'attira dans ses bras pour le réconforter.
« Mère, je suis grand, à présent ! »
Elle le lâcha à regret, et il me jeta un bref regard avant de revenir à notre père, allongé dans son lit, dans un état de semi-inconscience. Celui-ci ne s'était pas aperçu de ma venue.
« Cela ira, dit le médecin. Il faut qu'il garde le lit tant que possible, et qu'on lui apporte tout ce dont il a besoin dans sa chambre. Surtout, il ne faut pas le brusquer. Je vous prépare la note suivante… »
Il fit signe à son assistant qui sortit de sa valise une feuille de papier qu'il lui tendit. L'homme s'en empara et s'arma d'une plume et d'un encrier avant de se mettre à écrire vigoureusement. Arthémise attendit qu'il terminât et dès qu'il fut parti, elle demanda à un serviteur de veiller sur le malade avant de nous emmener, Elliot et moi, à l'extérieur. Elle tenait à nous entretenir en privé.
C'était l'une des rares fois où nous pouvions nous retrouver tous les trois. Je regardais mon frère qui regardait sa mère sans me prêter la moindre attention. Sa froideur à mon égard me blessait. J'aurais voulu le connaître si seulement mon père n'avait pas conclu ce mariage…
« C'est très important, pour votre avenir, et notamment le tien, Elliot, » commença Arthémise.
Elle avait un air profondément sérieux sur le visage qui me fit peur.
« Je sais que cela peut être dur à entendre, mais il est temps de vous en informer. Votre père se fait vieux, il entre dans l'âge où le moindre incident peut être nuisible à sa santé. A tout moment, la mort peut survenir et vous laisser orphelins et héritiers de tous ses biens…
-Ne dites pas ça ! protestai-je, tandis que je sentais Elliot trembler à côté de moi, même s'il s'efforçait de garder une contenance. Il n'a que soixante-trois ans, il a encore le temps…
-Hélas, Mylène, me coupa t-elle, d'un air sévère que je ne lui avais jamais vu. Cela ne le laisse pas immunisé. Il n'y a pas d'âge précis pour mourir. Et cette grippe pourrait bien marquer sa fin…
-Mais Elliot est encore trop jeune pour être maître de ses terres.
-C'est bien cela le problème, confia Arthémise. Et c'est de cela dont je veux vous parler.
-Mère, je ne suis plus à un âge où vous pouviez parler comme si je n'étais pas là. Parlez-moi comme à un homme. »
Ma belle-mère observa mon frère un moment, et je crus percevoir une étrange lueur qui passait dans ses yeux. De fierté ou de mélancolie, je n'en savais rien.
« Comme vous voudrez, Elliot. Vous avez raison, après tout. Toutefois, ce que je vais vous dire sera dur à entendre. Etes-vous prêt ?
-Oui, mère, répondit courageusement mon petit frère.
-Bien, »
J'évitais de tourner le regard vers lui, mais je sentais qu'il émanait de lui comme une anxiété.
« Votre père sait que sa fin peut survenir n'importe quand. Pour cela, il a fait rédiger un testament dès le jour de votre mariage, Mylène, il y a treize ans. C'était en prévision de la naissance de son supposé héritier, aussi. Il s'y est pris plus tard que d'autres nobles, mais il a eu raison. Son testament est conservé dans un lieu bien caché dont il ne me confiera la clé que lorsque sa vie touchera à son terme. Le jour venu, je vous le ferai lire. A tous les deux. »
Elle n'attendit pas notre réaction pour poursuivre, implacable :
« En plus de cet héritage, l'intégralité des pouvoirs que votre père avait de son vivant reviendront à Elliot, qui devra gérer seul tout cela. Mais sachant que vous n'êtes pas encore arrivé à la maturité, Elliot (elle s'adressait directement à lui comme il lui avait demandé), ce sera moi qui assurerai la régence. Je ne me remarierai pas après son décès, afin d'éviter à un noble trop ambitieux de faire main basse sur ce qui vous revient de droit. Elliot, vous devez porter votre nom avec honneur.
-Oui… Mère. »
Mon frère avait répondu dans un souffle. Je me décidai à me tourner vers lui et à lui sourire.
« Quant à vous, Mylène, qui n'êtes plus sous sa responsabilité, tout ce qui ira à vous ira aux Wilder. Ainsi, votre fils en sera bénéficiaire. »
J'acquiesçai. Je savais que je n'y pouvais rien. J'appartenais à présent à la famille la plus influente du Royaume après celle du Roi lui-même.
« Je pense que nous avons fait le tour. Il était nécessaire de vous en parler maintenant. Mieux vaut tard que jamais. »
Ce fut sur ces derniers mots que nous prîmes congé.
Tandis qu'Arthémise repartait voir comment se portait Père, Elliot se tourna vers moi et se racla la gorge. L'émotion passée semblait l'avoir déserté subitement. Toutefois, il avait l'air mal-à-l'aise face à moi.
« Ma… sœur… parvint-il à balbutier.
-Oui ? l'encourageai-je, le ton doux.
-Ma sœur, reprit-il, en prenant un timbre plus sévère. Je ne sais si cette question pourrait vous importuner ou non, mais… comment se porte mon neveu ? »
Je souris de cette maladresse pompeuse. Puis je répondis, tout à fait sincèrement :
« Votre neveu se porte bien, ne vous en inquiétez pas, Elliot. Vous pourrez venir nous rendre visite un de ces jours. Vous en avez parfaitement le droit, et ainsi, vous pourrez vous enquérir de l'état de Zélos. »
Je ne sus trop pourquoi, il rougit, puis détourna les yeux. Il avait vraiment l'air extrêmement gêné.
« D'ac… D'accord, ma sœur. J'espère que le reste de la famille Wilder se porte bien. »
Et il fit volte-face sans me laisser le temps de lui répondre. Il s'en alla précipitamment dans le couloir, et je restai seule.
Je retournai voir Père une dernière fois, lui souhaitai un bon rétablissement même s'il ne pouvait m'entendre et l'embrassai sur le front. Puis je quittai le manoir, me promettant d'y revenir si l'état de mon père dégénérait.
~oOo~
Mon mari s'enquérait peu des affaires de ma famille. Il s'était remis à travailler gaiement, aussi soudainement qu'il avait été dans un état de léthargie durant deux ans, où il ne cessait de laisser les lettres s'accumuler et les ordres du Roi ou du Pontife en suspens. Cette reprise de lui-même me rassurait, et je tentais de lui être du plus grand soutien possible. Mais il ne me regardait pas, c'était à peine s'il me parlait. Il ignorait même Zélos qui le réclamait à hauts cris.
Mes contes pour enfants amusaient toujours autant mon fils, qui tapait dans ses mains dès que je terminais. A quatre ans, on lui faisait apprendre les règles de bienséance afin de rentrer dans la haute société de Meltokio. En tant que futur Elu, il lui fallait partir sur des bases solides et avoir un mental d'acier. La bonne tenue était indispensable avant tout. Plus tard, viendrait l'apprentissage de la danse, du combat, de la langue, des mathématiques, de l'Histoire… Zélos devrait se consacrer tout entier à ses études. En attendant, il profitait de sa jeunesse et j'y veillais avec beaucoup d'attention.
Elliot était parti faire ses études à Sybak. Malgré l'état de santé de Père, il devait lui aussi assurer sa réussite, et à treize ans, il était grand temps pour lui de recevoir une éducation digne de ce nom. L'inscription au campus universitaire était chère, mais valait le coup. De nombreuses personnalités en étaient sorties et avaient réussi à imprimer leur nom dans l'histoire, la littérature, les sciences, l'archéologie… C'était un lieu rempli d'ambitieux, ouvert aussi bien aux jeunes hommes qu'aux jeunes filles. J'aurais tant aimé me rendre là-bas, mais Père avait eu d'autres projets pour moi.
Tandis que je rêvais de Sybak, Zélos vint me tirer le bras, et, du haut de ses quatre ans, me demanda brusquement quelque chose que je crus mal comprendre :
« Pardon ? » demandai-je.
Mon fils tapa du pied et répéta, un air désespéré sur son petit visage :
« Pourquoi Papa y m'aime plus ? »
Ces mots, prononcés par une voix claire et pure, me prirent au dépourvu, et je chancelai légèrement. Instinctivement, je l'attirai contre moi.
« Non, Zélos, tu te trompes… Ton père t'aime, et plus qu'il ne le laisse croire… Il t'aime, il est juste très occupé en ce moment… »
Mais cela avait éveillé de nouvelles questions en moi. Pourquoi Léandre était-il soudainement indifférent à sa propre progéniture ? Pourquoi travaillait-il à présent avec autant d'acharnement alors que quelques mois auparavant il semblait dépérir ? Tout d'un coup, je me souvenais de l'enquête que j'avais entreprise peu après son retour, deux ans plus tôt, à cause du fait qu'il me semblait étrange. Tout d'un coup, je ressentais le besoin d'en savoir plus. Quelque chose ne tournait pas rond dans l'affaire…
Encore une fois, je n'en parlai pas à Brian, qui m'aurait désapprouvée. Il s'était marié un an auparavant, avec Julia, la jeune baronnette qui venait de lui donner deux filles, jumelles. C'étaient d'adorables petites filles, de futures grandes dames qui feraient la fierté de leur père. Il n'était pas peu fier d'avoir des filles, en attendant d'avoir un fils qui hériterait de ses biens. Il s'occupait d'entretenir sa femme afin qu'ils aient tous les deux le loisir d'assurer leur descendance. Tous les deux s'entendaient très bien, et Brian m'avait confié se sentir rajeunir malgré le travail colossal qu'on lui donnait à accomplir. J'étais de tout cœur avec lui. A l'heure qu'il était, donc, il était très occupé, et l'accaparer davantage était malvenu. Je respectais son travail et évitais de requérir son aide en ces cas-là.
Une autre chose suspecte, qui me taraudait : Léandre s'absentait de plus en plus souvent, souvent parce qu'il allait au travail. Mais lorsqu'il revenait, il se mettait à m'expliquer sa journée, laissant quelquefois des incohérences se tisser dans sa trame. Je ne l'interrompais pas, faisais comme si de rien n'était, mais cela me tracassait tout de même. Si Léandre n'avait rien à cacher, il ne se fatiguerait pas à mettre autant de détails dans ses histoires ? Avant, en tout cas, il était silencieux. Pourquoi ce soudain souci de se confier à moi ?
Je savais que le dernier endroit où il cacherait quelque détail qu'il ne voulût pas me montrer était la chambre, mais, dans le doute, j'allais la fouiller tout de même. Rien. Il n'y avait rien, et je ne savais si je devais en éprouver un indicible soulagement ou au contraire un accroissement du doute. En tout cas, je ne devais pas me reposer sur mes lauriers, et même si espionner mon Elu de mari ne me plaisait guère, je devais sans doute le faire, parce qu'après tout, il ne pouvait rien me cacher… ne devait rien me cacher…
En es-tu sûre ? S'il t'aimait vraiment, il ne ferait pas ça…
Mais il m'aime, pourtant ?
C'est à toi de le savoir.
Une voix intérieure qui me parlait. C'était la première fois que cela m'arrivait. Etait-ce dû à mon angoisse, au point que je me misse à halluciner ? Je secouai la tête. Ce que mon esprit me racontait était mensonges, après tout.
Je sortis de la chambre, traversai le couloir. Mon esprit ne me laissait pas en repos et même si je n'y voyais aucune preuve ni raison, je sentais que cette inquiétude qui montait doucement en moi ne me lâcherait pas de sitôt.
~oOo~
Il rentra tard, comme d'habitude. Le travail, me dit-il. Je croisai les bras, en le toisant. Il fallait bien que je fisse percer ma méfiance, au bout d'un moment. Il m'observa nerveusement. Je lus quelque chose, dans ses yeux, d'indescriptible. Il enleva sa longue veste et la donna à un domestique qui alla la mettre dans le vestibule. Et tandis que je le regardais, il tenta de fuir mon regard. Le regard, l'endroit où toujours vérité ou mensonge est visible… Quand une personne avait quelque chose à cacher, elle le déviait, afin d'éviter qu'on la perce à jour. Et c'était là un piège dans lequel tombait toujours presque tout le monde, moi y compris, quand j'étais petite, et que Mère devinait que j'avais fait une bêtise. Il y avait une autre combine à utiliser et peu s'en servaient : l'art du mensonge, la faculté d'y croire soi-même. Mythomanie.
Il me sourit, me passa devant en me frôlant légèrement l'épaule de sa main encore gantée. L'idiot, il avait oublié de se dévêtir complètement. Je fronçai davantage les sourcils.
« Ma chère, vous avez l'air soucieuse. »
Finies les familiarités de couple. Je ne dis rien, laissai peser mes yeux sur lui, et je sentis qu'il ne le supportait pas. Soupirant, je m'avançai légèrement.
« Léandre, il faut qu'on parle. »
Il tourna la tête brusquement vers moi. Tu ne joues même pas la comédie, gros bêta.
« Et de quoi souhaitez-vous me faire part ? » dit-il, sur un ton presque agressif qui me fit reculer.
Il se rendit compte de son erreur et reprit contenance. Je sentais de mon côté que la partie à engager ne serait pas facile. Je poussai un nouveau soupir, et cela sembla l'agacer.
« De beaucoup de choses, dis-je, mais principalement de l'essentiel : votre comportement. On dirait que… Que vous me cachez quelque chose. »
Ce fut à son tour de relâcher son souffle. Il leva la tête, et je lus dans ses yeux, ce dont je me doutais dès l'instant où j'avais prononcé ces mots : un air de « ça devait arriver, je savais qu'elle allait finir par me demander ça. »
« Répondez-moi, Léandre, enchaînai-je, bien que n'ayant pas d'espoir de lui faire dire la vérité de cette manière.
-Que dois-je vous répondre ? Vous vous faites du souci pour rien. »
Son ton était plus énervé. Je voyais de petites gouttelettes scintiller sur ses tempes. Par la Déesse, Léandre, pourquoi n'essaies-tu même pas de jouer le jeu ? Tu mens comme tu respires, et ça se voit.
« Ce n'est pas vrai, dis-je. Je le vois bien, depuis un certain temps. Vous ne me parlez plus comme avant, et avez changé votre comportement. Vous rentrez de plus en plus tard, prétextant avoir du travail, et parfois je ne vous vois pas rentrer de la nuit. Vous me dites aller en voyage d'affaires par la suite, mais en allant enquêter, je constate que rien de cette sorte n'a été préparé… Vous êtes atrocement malhabile, Léandre, pour oser à ce point me cacher des choses. »
Mon timbre de voix était mielleux. J'avais l'impression d'être la méchante marâtre de ces histoires pour jeunes filles qui tyrannisait son monde.
Il fronça les sourcils.
« Vraiment ? Je ne vous ai pas dit que c'était confidentiel ?
-Que vous mentez mal, mon cher époux. »
Et voilà, je changeais. Je lâchais tout le fiel que je gardais au fond de ma bouche, au point d'en vomir. Je le voyais qui tentait de garder une attitude normale, mais des gestes parasites le trahissaient. Il tenta de me faire plier, jouant une de ses cartes :
« Cela ne vous concerne en rien, Mylène. C'est une affaire entre le Roi et moi-même. Vous savez aussi comme le Pontife est exigeant. Alors laissez-moi respirer.
-Respirer ? Mais vous ne répondez même pas à mes interrogations ! Je m'inquiète pour vous, vous le savez sans doute, et vous ne me dites rien ! Dites carrément que vous avez une maîtresse, tant que vous y êtes ? »
Il se retourna brusquement, me fixant d'un air si froid que je me sentis geler sur place.
« En premier lieu, me dit-il, la voix réfrigérante, soignez votre langage, vous vous enfoncez dans la vulgarité. Enfin, vos soupçons absurdes m'offensent terriblement. Je n'ai pas de maîtresse, que croyez-vous ? Pensez-vous que je suis un homme à femmes ? Très chère, je pense que vous devriez aller vous remettre les idées en place dans notre chambre. »
Je me sentais chanceler, mais je tins bon. Mon visage devait être tordu par l'inquiétude, car, au milieu de sa tirade, je vis dans ses yeux une lueur de pitié doublée de culpabilité. Non, Léandre, vraiment, non, tu ne pourras jamais arriver à me cacher le plus évident…
Et j'en étais près, je le sentais.
« Léandre, je… » tentai-je.
Mais il ne me laissa pas le temps de répondre, car il appela des servantes pour me conduire à la chambre. L'escroc, le malin, il avait tourné la situation à son avantage, et avait avorté cette discussion dangereuse pour lui sitôt qu'il en avait eu l'occasion, c'est-à-dire au commencement.
Mais le peu que j'eus appris m'avait suffi à comprendre certaines choses. D'une, oui, il me cachait une chose terrible. De deux, il avait légèrement tiqué au mot « maîtresse »…
Par la Déesse, Léandre, qu'as-tu fait ?
~oOo~
Dès que Mylène fut congédiée, Léandre n'hésita pas. Il annonça qu'il ressortait, et Sébastien le considéra avec surprise, lorsqu'il vit qu'il enfilait lui-même sa redingote et remettait ses cheveux en place devant le grand miroir.
« Monsieur, il fait nuit noire, annonça t-il.
-Ce n'est pas important. Préparez une calèche pour moi, et vite. »
Son ton était si impérieux que le majordome ne se fit pas prier deux fois.
Se regardant dans les yeux, un air profondément troublé ancré sur le visage, Léandre tentait de contrôler son humeur. Cette dernière dispute avec sa femme l'avait chamboulé, et il s'était rendu compte à quel point il avait été idiot, en oubliant que l'intelligence de Mylène était plus étendue qu'il ne l'aurait songé. Elle avait manqué le percer à jour… Déesse, comme son cœur battait !
« La calèche se prépare, monsieur, l'informa Sébastien, en revenant.
-Merci, Sébastien, tu peux disposer.
-Monsieur ? »
Dans le miroir, Léandre vit s'approcher son domestique, l'air extrêmement inquiet.
« Que s'est-il passé ? Dame Mylène n'a donc point fait quelque chose de grave ?
-Rien du tout, Sébastien, répondit-il, un peu hâtivement. Je viens simplement de me rappeler un détail capital, et je reviens de ce pas au palais royal pour le prendre en charge.
-Monsieur, reposez-vous un peu…
-N'ayez aucune inquiétude. Veillez sur ma famille pour moi. »
Et Léandre s'empressa de sortir, avec tout le nécessaire en place, laissant son valet seul, éberlué.
Le trajet en carrosse jusqu'au quartier citoyen lui parut extrêmement long, alors que d'habitude il ne faisait qu'une bouchée de pain. Le cocher, fatigué, menait mollement ses chevaux et la nuit dehors donnait envie de somnoler. Mais pour autant, l'Elu n'avait guère l'ambition de fermer ses yeux maintenant. Le véhicule tourna à un dernier angle, et enfin, il redécouvrit l'endroit familier.
« C'est parfait, » dit-il.
Il descendit, avertit son cocher qu'il ne devait pas l'attendre, et sitôt le carrosse parti, il poussa un soupir et se tourna pour marcher précipitamment en direction des bâtiments.
C'était là qu'elle logeait.
Léandre sentit son cœur battre, en songeant qu'à peine une heure avant, il la quittait tant bien que mal, ayant partagé avec elle un moment de pur délice, entre ses bras chauds…
Il secoua la tête. Il devait lui dire.
Se laissant entraîner dans les ruelles, il les longea précipitamment et aboutit dans un quartier assez chiche mais qui n'en était pas moins soigné. Des bâtiments, qui autrefois avaient dû appartenir à des bourgeois, servaient à présent d'hôtels ou d'appartements pour y caser les personnes de classe sociale moins aisée, mais pas pauvre pour autant. A cette heure, la place était vide, mais en journée, on voyait un monde assez diversifié, dont des enfants qui aimaient se courir après.
Il arriva à une porte, et frappa timidement.
Il n'y eut d'abord rien, puis, celle-ci s'ouvrit timidement d'abord, puis tout grand ensuite.
« Léandre ! » s'exclama la voix féminine chère à son cœur.
Elle semblait sur le point de se jeter à son cou, mais préféra s'abstenir.
« Presse-toi, entre, si tu ne veux pas qu'on te voie, » l'avertit-elle, lui libérant le passage.
En journée, il se cachait pour éviter d'être reconnaissable de la foule. Il entra.
« Pourquoi reviens-tu si vite ? s'amusa la jeune femme, en éclatant d'un rire enfantin. Tu ne te lasses donc jamais de moi ?
-Ecoute-moi, Victoria. »
Celle-ci, ne se départant pas de son sourire joyeux, leva les yeux vers lui tandis qu'elle le dirigeait vers le salon, une pièce plutôt terne où les lumières du dehors entraient faiblement.
« Quoi, mon chéri ? Pourquoi cet air si soucieux ? »
On percevait dans sa voix un ton légèrement inquiet.
Il s'assit dans un des fauteuils qui tomba à sa portée, et inspira longuement. Enfin, il s'empressa de tout dire :
« J'ai de mauvaises nouvelles. Ma femme… Elle soupçonne quelque chose. J'ai eu tort de penser qu'elle ne nous causerait pas de préjudice. »
Victoria, arrêtant ses effusions de joie, fronça ses jolis sourcils.
« Ah bon ? Que s'est-il passé ?
-Nous nous sommes disputés, et… Mes absences l'inquiètent. Elle a même évoqué ses soupçons à haute voix, j'ai pris peur à un moment.
-Elle sait ? demanda la demi-elfe, les yeux scintillants.
-Non, mais elle a émis l'hypothèse… Cela devient dangereux, ma douce. Je vais être plus prudent et amoindrir mes visites, à l'avenir.
-Quel dommage… »
Victoria poussa un petit soupir qui, elle le savait, avait le don de faire fondre son amoureux. N'étant pas assise, elle marcha souplement dans sa direction et s'assit sur ses genoux, tout en enlaçant son cou, rapprochant son visage du sien.
« Tu me manques déjà beaucoup lorsque tu n'es pas là, alors… dit-elle, d'une voix boudeuse.
-Tu ne comprends pas, rétorqua t-il, en tentant de la repousser. Si tu veux que notre relation dure, restons prudents. Je ne veux pas en plus me retrouver avec un scandale sur le dos si cela venait à se savoir.
-Parce que je suis un fardeau, pour toi ? »
Elle s'était reculée subitement.
« Je ne veux pas dire ça, je… plaida t-il. Victoria, je pense que tu sais parfaitement…
-Oh, oui, je sais, dit-elle, la voix vibrante et possessive. Et je sais que je veux que tu restes auprès de moi, juste près de moi… »
Léandre observa sa maîtresse. Elle avait une fâcheuse tendance à vouloir le mener du bout de la baguette, mais il devait avouer qu'il aimait dépendre d'elle. Enfin une personne à qui il pouvait se soumettre, se libérant ainsi de tout devoir. Elle savait prendre les choses en main, en amour comme en affaires. Mais à l'instant, il n'avait aucune envie de s'abandonner à ses étreintes et il se dégagea, la laissant les yeux mi-clos, mais triste tout de même.
« Il faut que tu prennes conscience que dans le grand monde je ne suis pas n'importe qui, Victoria. Je suis l'Elu, et tu dois me considérer en tant que tel lorsque tu me croises en public.
-Tu sais bien que j'évite autant que possible de sortir, à cause de ma condition…
-Je le sais. Je t'ai promis de t'aider, aussi, et je fais tout ce que je peux. Si je prends tant de précautions, c'est parce que je ne veux pas te nuire et que l'inverse doit être possible aussi. Je fais ça parce que je t'aime…
-J'aimerais qu'on vive dans un monde où notre amour ne serait pas interdit… »
Il se retourna pour voir Victoria s'affaler paresseusement dans le fauteuil, et fronça les sourcils.
« Ne fais pas l'enfant, mon amour. Je suis marié…
-… Et tu as un enfant, combien de fois ne me l'as-tu pas dit… Mais ta femme ne peut rien contre toi et ce que tu fais. Elle n'a aucun pouvoir…
-Tu as tort. Elle peut répandre des rumeurs, elle peut aussi me forcer à rompre tout contact si elle apprenait quoi que ce soit. Tu ignores le pouvoir qu'elle a en tant qu'épouse, si elle n'en possède pas auprès des hauts dignitaires. Tu ferais ainsi si tu étais ma propre femme.
-Oh, oui. Si j'étais ta femme, je ne te laisserai pas faire ça… » gronda férocement la demi-elfe.
Léandre secoua la tête. S'il y avait une chose qu'il ne parvenait pas à apprécier chez cette femme, c'était cette fichue manie de ne pas daigner comprendre ses explications… Elle ne pensait qu'à son bien-être, en oubliant la situation délicate dans laquelle ils se trouvaient. Et pourtant, il ne l'en aimait pas moins. Elle était un véritable rayon de soleil dans sa vie, un espoir qu'il se permettait de saisir à un moment de son existence qui n'était pour lui pas des plus simples. Dire qu'il lui faudrait supporter cette charge jusqu'à sa mort… Il avait tout simplement besoin de soutien.
Victoria, par sa nature, exerçait sur lui une fascination qu'il ne refoulait pas, qu'il goûtait au contraire. Ses cheveux argentés, ses beaux yeux, ses petits tics caractéristiques… Elle tenait indéniablement de son ascendance elfique. On lui avait toujours dit du mal de ces créatures, mais alors qu'il pouvait en voir une et même la toucher, il se demandait : mais en quoi est-elle si monstrueuse ? Quel mal peut-elle me faire ?
En relevant la tête, Victoria se permit un sourire amusé en voyant le regard de son amoureux la parcourir.
« Je te l'avais dit. Aucun de nous ne peut pas se passer de l'autre. Je ne pense pas que même les pires situations l'en empêcheraient…
-En es-tu si sûre… ? » murmura t-il.
Elle se leva et marcha avec volupté jusqu'à lui, pour encercler ses épaules de ses bras et le serrer contre elle, dans une attitude à la fois enfantine et terriblement sensuelle.
« Oh que oui. Et à l'instant, tu me veux, je le sens… »
Léandre se raidit. Elle avait raison… Mais la situation était importante, il ne pouvait pas se laisser tenter, pas maintenant… Le souffle de la jeune femme sur ses oreilles… Ses caresses dans son dos… Déesse, que c'était bon.
« Arrête, Victoria, » dit-il, le ton se faisant désespérément impérieux, mais il savait qu'elle avait deviner qu'il allait flancher, de toute façon.
Elle se permit un sourire de triomphe dans son cou, entre deux baisers lascifs.
« Le veux-tu vraiment ? Je te propose juste d'oublier tes tracas, juste encore une fois… »
L'Elu ne savait plus que faire. Il grimaça. Il n'aimait pas l'idée que Victoria propose ses « services » à la façon d'une prostituée. Elle était plus que cela, elle le savait. Timidement, il entoura sa taille de ses bras, et l'étreignit à son tour. Elle renforça son emprise, et releva la tête pour le regarder dans les yeux. Ses yeux, verts, magnifiques…
« Victoria ! » s'écria t-il.
Elle éclata de rire, et le tira vers elle, pour l'attirer vers sa chambre, une jolie pièce qui, étant petite, ne contenait qu'un lit double, une chaise et un petit bureau, mais qui était suffisante pour que deux personnes puissent s'y mouvoir.
~oOo~
Sébastien m'arrêta alors que je quittais la chambre pour me rendre à la bibliothèque.
« Madame ? Il se passe quelque chose avec monsieur votre mari ? »
Je ressentis une pointe d'agacement et de désespoir mêlés lorsqu'il me posa la question. Je ne me sentais pas bien du tout, ma poitrine se serrant sous le poids de l'angoisse et le sentiment de malaise s'accroissant au fur et à mesure que j'analysais le comportement de Léandre. En effet, il se passait quelque chose, et même si l'évidence me crevait les yeux à cause de ce qu'il s'était passé ces dernières heures, j'avais peur, atrocement peur de ce que cela pouvait signifier. Ce n'était plus anodin, à présent. Quelque chose, d'énorme, de grossier, se cachait dans la partie de la vie de cet homme que je ne connaissais pas.
Une femme est censée tout savoir des actions de son mari, n'est-ce pas ? A priori, un couple ne se cache rien, parle de tout, même si certaines vérités peuvent faire mal… Mais c'était différent avec lui. Peut-être étais-je en faute, aussi, mais cette fois-ci, je le savais, c'était lui qui était en cause dans l'affaire…
Non ! Non ! Ne pas y songer !
Mais ces maudites pensées revenaient sans cesse, me poignardant un peu plus le cœur.
« Non, tout va bien, » répondis-je.
Sébastien fronça les sourcils, mais me laissa passer lorsque je fis mine d'avancer.
En vérité, j'avais énoncé l'idée de me rendre à la bibliothèque. Mais j'errais plus que je n'avais de point précis à atteindre. Les portes se succédaient, les salles, les chambres…
Je m'arrêtais brusquement pour réfléchir. Quels endroits pouvaient être susceptibles de…
Une idée subite me traversa l'esprit. Il avait un bureau, dans cette maison, n'est-ce pas ? Oui, c'était cela, il fallait que je m'y rende… Mais il semblait qu'il le verrouillait tout le temps, alors comment…
Quand j'étais petite, la fille de la servante avec qui j'avais été amie m'avait appris quelques tours de passe-passe pas toujours très beaux à faire. Ainsi, même en tant que fille de noble, je savais utiliser des « tours de filous » comme je les appelais, dès que le besoin s'en présentait. Et j'étais en situation de besoin, en ce moment même.
« Mère, père, Arthémise, excusez-moi de ce que je vais faire… » dis-je, en rougissant légèrement à l'idée de ce que j'allais entreprendre.
Comme une voleuse –non, il n'y avait pas de comparaison à faire puisque j'en étais une-, je me faufilais à travers les couloirs, évitant les domestiques. Je ne pouvais pas me mouvoir facilement avec ma robe, et je faillis jurer bien souvent, m'arrêtant à temps, heureusement. Depuis quand une dame disait-elle des grossièretés ? Ridicule !
Mais, maintenant, je pouvais bien me permettre une telle chose. J'allais agir comme la pire des vagabondes.
Je me retrouvai rapidement devant son bureau. De tout le temps que j'avais passé ici, je n'avais jamais su à quoi pouvait bien ressembler cette pièce. Si je réussissais mon entreprise, j'allais le savoir, ce soir même, dans le dos de mon mari.
Je cherchais dans les poches de ma robe. Je ne savais pourquoi j'avais toujours ces choses sur moi… Des aiguilles. C'était peu de choses mais ça ferait l'affaire. Je n'étais pas sûre que je réussirais à faire cela avec ces simples objets, mais ce serait l'équivalent de fils de fer, n'est-ce pas ?
Tout angoissée que j'étais, j'avais les mains qui tremblaient en manipulant les aiguilles. Je faillis me piquer plusieurs fois –idiote !- et les laisser tomber. J'aurais eu un mal fou à les retrouver si tel avait été le cas, cachées par la moquette. Et si j'avais renoncé, quelqu'un les aurait trouvées là… Avec un peu de chance, personne ne se serait posé de questions, mais quelqu'un de futé, comme Léandre ou Sébastien, aurait compris, après réflexion, ce qu'on aurait tenté de faire… Sans doute ne m'auraient-ils rien dit, l'un et l'autre, mais leurs soupçons s'en seraient trouvés renforcés.
Il fallait que je porte sur moi quelque chose de moins personnel, à l'avenir.
Ah. Facile à dire. N'était pas voleuse qui voulait.
Grâce aux techniques habiles enseignées par mon ancienne camarade, toutefois, j'arrivais presque trop facilement à crocheter la serrure (1). La porte s'ouvrit doucement lorsque j'abaissais la poignée, et entrais en me courbant un peu. La porte n'était pas grande, et semblait vieille. Je me dis que cette partie de la maison devait être la plus ancienne.
C'était une petite pièce. Seulement meublée d'un petit bureau. Pas de fenêtre, quelques moutons de poussière dans les coins, une obscurité régnante. Je tâtonnai dans le noir, trouvai quelque chose, une sorte d'interrupteur, et appuyai dessus. La pièce s'éclaira. J'observai la lampe d'où émanait la lumière. Elle était très simple, mais possédait un charme assez ancien, je n'aurais su qu'en dire. Nous n'en possédions pas de tels dans le manoir.
J'avançai un peu. La moquette sur le sol était abîmée, sombre, et faisait un bruit désagréable lorsque je marchais dessus. Il n'était pas facile, avec mes petites chaussures à talons, de me mouvoir ainsi, mais je devais faire avec.
Le bureau était simple, lui aussi. Le bois était un peu rêche par endroits alors que je posais mes mains dessus, et reculais la chaise pour m'en approcher davantage. Je m'assis tout doucement, avançai une main pour tirer les tiroirs, mais ne fis qu'effleurer les poignées. J'avais peur. De ce que j'allais découvrir, du fait que j'allais trahir mon époux. Mais ne faisait-il pas de même de son côté ? Je n'en savais rien, j'ignorais si ce que je faisais était au mieux ou pas, si c'était une revanche sur lui et ce qu'il m'avait fait. Car après tout, que m'avait-il fait ? C'était cela que je voulais savoir.
Je regardais d'abord sur son bureau. Il n'y avait que des papiers officiels, mais de petites choses. Les plus gros dossiers devaient être conservés au palais de Meltokio. Autrement, son bureau était aussi propre et bien rangé que lui était soigné et irréprochable. Presque irréprochable.
Par la déesse, pouvais-je me permettre d'être aussi mielleuse ?
Je tirai les tiroirs, non sans hésitation. Il n'y avait que des choses de peu d'importance dans le premier. Il en allait de même pour le deuxième. Tout était structuré, bien rangé. C'était aussi prévisible que l'était le propriétaire de ce bureau. Lorsque je tentai d'ouvrir le troisième tiroir, je rencontrai une résistance. J'eus beau forcer, il resta bloqué. Je devinais qu'il était fermé à clé, et que ladite clé était quelque part.
Dans le doute, je tirai sans effort le quatrième et dernier tiroir, et ne vis rien que des bouts de papier à l'intérieur. Je les dépliai : ils n'avaient que peu d'importance. Ainsi, mon mari cachait quelque chose dans le troisième tiroir.
Ce n'était pas très malin. Pour me mettre dans le doute, il aurait tout aussi bien pu tout fermer. En tout cas, il fallait que je retrouve la clé qui permettait de déverrouiller cette partie du bureau.
Je cherchai. Sur le bureau, j'étais sûre de ne rien trouver, mais je fouillais, car après tout, on ne savait jamais. Mais il était encore assez malin pour savoir que ce n'était pas la chose à faire. Je balayai la pièce d'un regard, cherchant à savoir, à comprendre quelle serait la meilleure cachette pour un objet si petit…
Il y eut une lumière dans mon esprit. Mais oui, sans doute…
Sachant que personne ne se trouvait ici, je pus me permettre d'oublier la bienséance et relevai ma robe juste au-dessus des genoux pour me baisser. Du bout des doigts, je tâtai le sol, relevai les pans de moquette relevés dans les coins. C'était fort probable, et un esprit simple n'aurait simplement pas pu imaginer. C'était classique, mais ça marchait à tous les coups, voilà les mots que se disait le cachottier. Mais je le tenais…
Je décollai la moquette sans me soucier de la façon dont j'allais pouvoir la remettre, et cherchai une planche, sur le plancher, qui put se décoller des autres, un endroit qui paraîtrait creux sous mes pas. Avec mes talons, je travaillai à percevoir chaque son, chaque détail infime qui eut son importance. Il n'y avait pas grand-chose. Le travail fut long et fastidieux, et mes recherches s'avérèrent sans succès.
Tout d'un coup, je sursautai. J'avais entendu du bruit, dans le couloir… Il fallait que je sorte d'ici ! Je me relevai précipitamment, remis tout en place à la hâte, vérifiai que je n'avais laissé aucune trace qui eût pu me trahir, éteignis la lampe et refermai la porte derrière moi. Je n'avais pas le temps de me demander comment la refermer. Léandre se dirait sans doute qu'il avait oublié de la verrouiller.
~oOo~
Dans la chambre, il y eut quelques éclats de rire. Féminins et masculins mêlés. Dans le lit, les amants se serraient l'un contre l'autre. Léandre sentait la peau frissonnante de Victoria, malgré la chaleur qui s'en échappait, et l'obscurité les couvrait, complice de leurs envies, de leurs péchés. Ces si doux péchés… Cela faisait davantage rire Victoria.
« Il est temps que je rentre, ma douce, il est l'heure, » lui murmura t-il, à l'oreille.
Elle poussa un soupir désespéré.
« Oh, si les fées avaient pu exister, j'aurais fait le vœu qu'elles te gardent auprès de moi pour l'éternité !
-Mais, comme tu l'as dit, les fées n'existent pas, rit-il doucement, et par conséquent je dois rentrer. »
Son expression redevint plus sérieuse.
« Je n'aurais pas dû céder. J'étais déjà suffisamment inquiet, mais cela risque d'attiser les soupçons. J'ai inventé un prétexte pour contenter mon majordome, mais j'ai bien peur qu'il ne m'ait pas trop cru, lui non plus.
-J'aurais aussi fait le souhait que tout le monde prenne tes mots pour paroles d'évangiles. »
Il éclata encore de rire, se laissant aller une dernière fois à l'insouciance, et l'embrassa sur les lèvres tout en dégageant les draps pour s'en aller. Elle le rattrapa et enroula ses bras autour de lui, se serrant avec force contre elle.
« Je t'aime, Léandre…
-Je t'aime aussi, très fort, ma chère, très chère victoire… »
C'était un jeu de mot qu'il avait inventé en reprenant le prénom de la femme qu'il aimait. Il ne savait si on pouvait vraiment appeler cela ainsi, mais pour lui, c'était le cas : elle était sa victoire, sa lumière. Grâce à elle, il se donnait l'impression de tout réussir.
Après s'être rhabillé et avoir embrassé sa maîtresse une bonne dizaine de fois sans céder à la tentation de se dénuder à nouveau, Léandre dévala les escaliers, raccompagné par cette belle jeune femme en robe de chambre, qui lui ouvrit la porte en se cachant bien du monde extérieur, et en le regardant s'éloigner dans la nuit. Elle referma la porte rapidement, et à regret.
Il marcha jusqu'au palais, où il demanda une calèche pour le ramener chez lui. Dans l'habitacle, il fut tout à ses pensées, indifférent du monde extérieur. Ces dernières heures d'insouciance l'avaient égaré et il ne savait plus très bien pourquoi il avait fait ce chemin. Victoria avait le don d'effacer ses soucis d'un seul geste de ses mains, d'une seule parole, et il mit du temps à se rappeler de Mylène et de son majordome. Il savait qu'il n'était pas un fin cachottier. Au fond de lui, c'était un homme sincère, peu habitué à mener une double vie. Mais cela lui plaisait de faire de fréquentes escapades amoureuses, escapades qu'il devrait amoindrir pour préserver sa réputation…
Il ne vit pas passer les moments suivants. Il ne se souvint pas que la calèche s'était arrêtée devant sa demeure, il ne se souvint pas d'avoir redonné sa redingote à Sébastien en répondant vaguement à ses questions, il ne se souvint pas d'avoir marché comme un automate jusqu'à son petit bureau, endroit auquel seul lui avait accès. Sa mémoire était floue, endormie. Mylène devait heureusement être en train de dormir, et il n'avait aucune envie de la retrouver dans leur chambre maintenant.
Il fouilla dans sa poche à la recherche de sa clé lorsqu'il arriva en face de la porte de son bureau. Mais lorsque cela fut fait, il appuya sur la poignée et fut surpris de voir qu'elle s'ouvrait. Se posant un instant quelques questions, il se dit qu'il avait sans doute eu l'imprudence de la laisser ouverte sans s'en rendre compte, et, bien que se morigénant pour son inattention, il entra. Il chercha des mains l'interrupteur et l'actionna. La lumière se fit dans la pièce. Il referma doucement la porte et la verrouilla, et soupira en s'asseyant sur sa chaise face au bureau. A première vue, rien ne semblait avoir été dérangé. Il valait mieux s'en rendre compte au cas où quelqu'un serait entré dans la pièce à son insu, à cause sans doute de son imprudence.
Il vérifia, par habitude, que le troisième tiroir du bureau était bien fermé. C'était le cas, tant mieux. Il y avait dedans des choses qu'il n'aurait voulu révéler pour rien au monde. Tant qu'il y pensait, il devait brûler ces lettres. Il lui avait dit plusieurs fois de s'abstenir, mais elle lui avait rétorqué que tant qu'on ne devinait pas qui était l'expéditeur, et en déguisant habilement l'enveloppe pour la faire passer pour quelque chose d'officiel, tout le monde n'y verrait que du feu. Cela n'empêchait qu'il n'approuvait pas ces méthodes malhonnêtes et insouciantes.
Son regard s'égara sur la moquette, et ses sourcils se froncèrent. Celle-ci était un peu froissée par endroits, les coins étaient plus décollés qu'à l'ordinaire… Il savait que cette partie de la pièce formait une très bonne cachette si jamais il cherchait à dissimuler quelque chose, mais il savait qu'il était sot de tenter une chose pareille. On n'était jamais mieux servi que par soi-même, et c'était pour cela qu'il gardait continuellement ses trésors dans ses vêtements, et les gardait toujours à portée de main.
Il sentit le doute s'insinuer dans son esprit. Au fond, il savait qu'il faisait toujours attention de ne rien oublier en quittant cet endroit, et surtout de bien fermer la porte. C'était toujours la première chose à laquelle il songeait avant toute chose. Le fait qu'elle fût restée ouverte était anormal…
Mais peut-être était-il paranoïaque. Si quelqu'un s'était mis en tête de fouiller ce bureau, il n'aurait rien trouvé d'important, et cherché en vain la clé pour ouvrir le tiroir verrouillé. Il se permit un bref sourire, un sourire qui cachait une certaine culpabilité malgré tout…
Quoiqu'il arrivât, il se savait protégé, pour le moment. Même si un scandale avait lieu, son titre d'Elu lui garantirait l'amnistie, et il aurait le pouvoir d'étouffer l'affaire dans l'œuf.
Evidemment, la chose serait moins évidente pour Victoria si cela venait à s'apprendre. Elle était une demi-elfe et de surcroît une simple chercheuse. Les nobles la haïraient et la traiteraient de manipulatrice. Et sa vie serait fichue…
C'était pour elle qu'il faisait tout cela. Il l'aurait prévenue, si une telle perspective devait arriver.
~oOo~
Quelques jours plus tard, j'appris la mort de mon père. Je ressentis un tel choc que j'oubliais tout à fait le cas de Léandre. Je me souvenais encore de l'avoir vu alité il n'y avait pas si longtemps de cela, et lorsque la lettre d'Arthémise me parvint, je ne pus empêcher des sanglots incontrôlables de venir me saisir à la gorge, et je m'affalai dans le fauteuil, la tête entre les mains. Zélos, près de moi, ne comprit pas ce qui arrivait. Il me jeta un regard interrogateur, en venant s'emparer d'un pan de ma robe. Je passai une main dans ses cheveux, l'attirai près de moi. En ce moment, il était le seul réconfort qui me restait, Léandre devant encore rentrer tard et n'ayant personne d'autre de proche à enlacer. Enlacés l'un contre l'autre, nous devions former le tableau dramatique d'une mère et de son fils, l'une confrontée aux fatalités de la vie, l'autre n'allant pas tarder à les connaître, mais en étant pour le moment immunisé. Mais rien ne comptait plus que l'instant présent, et il me fallait une épaule, même frêle, sur laquelle m'épancher avant de faire face à ce drame familial.
Désormais, rien ne serait comme avant. Mon mariage perdait une partie de sa raison d'être avec la mort de Père, et Elliot deviendrait, à l'âge adulte, maître de la demeure où j'avais passé toute mon enfance. Arthémise, quant à elle, prendrait la régence en attendant. Je songeai que leur situation était meilleure que celle dans laquelle je me trouvais, le pire étant que je ne pouvais en parler à personne, pas même à mon plus proche confident.
Je demandai à voir ma belle-mère le plus vite possible, et cela se fit sans tarder. Pour la première fois de sa vie, Zélos se rendit avec moi au manoir où il allait rencontrer son oncle et la mère de ce dernier.
« C'est beaucoup moins grand, dites donc, » dit-il, en fronçant son petit nez, lorsqu'il vit la maison, et sa remarque me fit un pincement au cœur, tandis que je resserrais frileusement mon manteau autour de mon corps. Il avait été habitué au luxe de son propre logement, et n'avait donc pas pu visiter les autres manoirs. Celui-ci, forcément, plus sobre et discret, changerait la vision qu'il avait de son monde si étriqué, jusqu'ici.
« Ce n'est pas important, Zélos, lui dis-je, alors. Songe au fait que tu vas rencontrer ma belle-mère et mon demi-frère bientôt. »
Mon fils ne semblait pas ravi à cette idée, mais ne pipa mot. Son attitude me causa plus de tristesse que je n'en avais alors. Si j'avais pu prendre les rênes de son éducation, et ainsi lui ouvrir les yeux, au lieu de laisser les Wilder l'aveugler de leurs richesses et de leur condescendance vis-à-vis des moins aisés ! Mais il n'était pas encore trop tard pour changer cela, et je pouvais profiter de l'inattention que Léandre portait à son fils pour rectifier le tir.
La calèche s'arrêta devant le portail, où un valet nous accueillit, afin de nous conduire jusqu'à la porte. A sa vue, Zélos exprima un air hautement méprisant, qui ne décrût pas de tout le trajet, et malgré mes réprimandes, je sentais malgré tout son sentiment de supériorité vis-à-vis de toutes ces choses inférieures à ce qu'il possédait.
On nous mena jusqu'au salon, où, assis dans des fauteuils, Arthémise et Elliot nous attendaient. Ce dernier loucha un instant sur le petit bout d'aristocrate qu'était mon fils, et sembla s'écraser lorsque celui-ci lui jeta un regard que je n'arrivai pas à définir, mais qui me déplut. Je le tenais par la main, et le fis passer devant moi pour le présenter en quelques mots à mes proches. Tout le long de ces civilités, il resta muet. Puis enfin, Arthémise nous invita à nous asseoir. Zélos, l'allure impériale, alla choisir de lui-même son fauteuil, mais, bien qu'il le refusât, fut obligé de se faire aider d'un serviteur pour monter dessus et s'asseoir. Les joues rouges, l'air revêche, il bouda durant tout l'échange qui se déroula entre nous.
« Ce moment devait arriver, » me dit ma belle-mère.
Elliot, encore assez peu remis de la première impression qu'il avait dû avoir de son neveu, reprit une certaine assurance.
« Son état s'est aggravé peu après votre départ, Mylène, et ce malgré les recommandations du médecin. Nous avons été obligés de le faire venir en urgence dans ses derniers instants, mais il n'a rien pu faire. Les funérailles auront lieu dans quelques jours, je vous ferai transmettre la date. »
Elle poussa un long soupir. Je sentis que, malgré son attitude sérieuse, elle était encore accablée, et il en allait de même pour Elliot, qui avait l'air égaré malgré le fait qu'il s'efforçât de prêter attention aux dires d'Arthémise. Il n'avait pas de chance, perdre son père si tôt…
« Comme promis, il m'a donné la clé pour ouvrir l'endroit où il a mis son testament. Nous ne l'avons pas ouvert, mais à présent que vous êtes ici… Seulement, il reste le notaire. »
Elle resta silencieuse un moment. Il se passa un moment de recueillement, puis elle inspira un grand coup :
« Il va beaucoup nous manquer, mais à présent, la vie doit continuer, car c'est ainsi. »
J'eus peur un instant lorsque Elliot chancela, mais il garda courage et resta en équilibre stable sur son fauteuil, bien que, je le vis, ses poings se crispassent sur le fauteuil. Zélos, à l'écart, resta de marbre. N'ayant pas connu son grand-père, il ne pouvait pas savoir notre ressenti à tous. Et surtout pas à moi. Quelque part, je me disais qu'il ne comprendrait jamais que c'était à lui plutôt qu'à moi qu'il devait la vie. C'était ironique.
Je ne demandai pas à voir la dépouille, c'était au-dessus de mes forces. Je ne voulais pas le voir tel qu'il était vraiment –j'avais souvent entendu dire que, dans la mort, les défunts montraient leur vrai visage, et la simple idée de voir Père allait sans doute faire s'écrouler ou au contraire renforcer toute la rancœur que j'avais envers lui depuis ma naissance. Le mieux pour moi était de conserver l'image que j'avais de lui, de son vivant.
Tout d'un coup, simultanément, dans un accord silencieux, tous trois nous avançâmes et nous enlaçâmes, dans une pression affectueuse commune, et nous perdîmes dans le silence et le chagrin. Les larmes coulèrent sur mes joues malgré moi, et je voulus que notre étreinte durât une éternité, car je sentais que si je lâchais prise, maintenant, j'allais sombrer, et ne plus jamais connaître la surface, ne plus jamais respirer un bon air… J'avais horriblement peur de l'avenir.
« Soyons courageux, » murmura une dernière fois Arthémise. Il semblait qu'elle avait de moins en moins de choses à dire, mais qu'elle s'efforçait de trouver des paroles de réconfort, certes creuses, mais dites d'une voix sincère et douce.
Au bout d'un moment délicieux, nous fûmes soudain interrompus par Zélos qui demanda, agacé :
« Mère, quand est-ce qu'on rentre ? »
Ce fut moi la première qui m'éloignai, malgré la promesse que je m'étais faite auparavant, et je me tournai vers mon fils. Je baissai doucement la tête, en voyant son regard sévère, qui, bien que pareil au mien, ressemblait terriblement à celui de Léandre lorsque je l'avais contrarié au sujet de ses activités extérieures. Je me levai.
« Nous nous reverrons à l'enterrement, » dis-je, simplement, en saisissant les mains de Zélos et en l'aidant à descendre.
Lorsque je me tournai vers ce qu'il me restait de ma famille, je vis le froncement de sourcils réprobateur d'Arthémise, et ne le compris pas sur le coup. Zélos me tira le bras, et je me laissai emmener malgré moi. Je sentais qu'il avait hâte de s'en aller.
« Mylène, attendez une seconde, je dois vous parler. »
La voix de ma belle-mère m'arrêta net, et je lâchai le bras de mon fils pour me diriger vers elle. Elle me fit signe de la suivre, et j'exécutai ses ordres. Elle indiqua d'un regard à Elliot d'occuper son neveu.
Une fois à l'abri, elle vérifia qu'il n'y avait personne pour nous écouter, puis me jeta un regard sévère.
« Pourquoi vous laisser mener par le bout du nez, Mylène ?
-Hein ?
-Je l'ai vu. Cet enfant, il a beau être l'enfant de l'Elu, il est aussi le vôtre. Pourquoi le laisser faire ce qu'il veut ?
-Mais, ce n'est pas… protestai-je, faiblement.
-Je vois que vous n'êtes pas heureuse, Mylène. En ce moment, du moins. Vous savez que si vous avez un souci, vous pouvez m'en parler, après tout, je suis toujours là quand vous en avez besoin…
-Ne vous en faites pas, Arthémise, c'est la mort de Père, qui me chamboule…
-Je veux bien le comprendre, mais telle que je vous connais, il y autre chose derrière cela. Je ne vous oblige pas à tout me dire, mais si c'est trop lourd à porter, vous avez une épaule sur laquelle vous épancher. »
J'hésitai un moment à lui confier mes soupçons à propos de Léandre, au fait que j'avais tenté de lui soutirer des informations à son insu, et mon échec total jusqu'ici. Mais, j'ignorais pourquoi, je savais qu'elle ne me croirait pas, et qu'elle inventerait des excuses pour justifier les absences de mon époux. Et même avec toutes les convictions du monde qu'elle pouvait me dire, je savais qu'au sortir de l'entretien, je ne serai toujours pas en paix avec moi-même tant que je n'aurais pas résolu le mystère.
Alors, je me contentai de dire, d'un ton bas, impersonnel :
« Non, Arthémise, il n'y a rien. »
Comme elle n'arrivait pas à percevoir si je mentais ou non, elle me scruta un moment puis, d'un geste, me laissa partir.
« J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir, après les funérailles, » me confia t-elle.
Il y avait comme un ton de regret dans sa voix, que je ne relevai pas immédiatement.
Nous revînmes dans le salon, où nous vîmes Elliot s'efforçant de distraire Zélos. Mais celui-ci, têtu, l'ignorait comme s'il ne s'agissait que d'un serviteur. Je sentis le regard lourd de ma belle-mère dans mon dos, mais ne dis rien. Et de toute la soirée je ne dis plus un mot, même en rentrant chez nous, en calèche, avec Zélos me sommant de lui parler. Je ne songeai pas une seconde que son comportement envers mon demi-frère et Arthémise avait été on ne peut plus incorrect et condescendant.
Mais cela était tout à fait normal, pour lui, car il ne s'agissait après tout que de petits nobles…
Je ne me souvins de rien, le soir, entre le retour au manoir Wilder et le coucher, où, encore une fois, je me retrouvai seule, plongée dans mes pensées, et fixant le plafond haut, sans autre forme de distraction.
Et, toute la nuit durant, Léandre ne rentra pas.
(1) Oui, Mylène, c'est un peu MacGyver au féminin, je le confirme. Quoique… Ouais, c'est peut-être un peu gros, quand même. Enfin, il faut avoir de l'imagination et du savoir-faire avec les objets qui nous tombent sous la main.
Voilà, voilà ! Encore une fois, je ne fixe pas la date du prochain chapitre. Finalement, il y en aura un peu plus que je ne l'ai pensé... J'ai eu l'impression, à certains moments, d'avoir fait des ajouts de scènes inutiles, mais ce n'était sûrement qu'une impression. J'espère aussi qu'il n'y a ni coquilles ni scènes improbables (à part le coup des aiguilles à la MacGyver...) . Bref, dans tout ça, je vous souhaite encore à tous une joyeuse année et ne forcez pas sur la boisson -en espérant que vous ayez fait de même si vous avez fêté le réveillon-, je n'ai pas envie d'avoir des lecteurs un peu bourrés.
D'accord, je sors...
