Coucou, tout le monde !
Et le voilà enfin ! J'ai le plaisir - enfin, tout est relatif - de vous annoncer l'arrivée du dernier chapitre de Symphonie discordante. De ce côté je suis assez contente puisque ce sera la deuxième fiction que j'arrive à terminer (bien qu'elle soit petite, avouons-le).
J'aurais pas mal de choses à dire à ce sujet, mais je vais d'abord vous laisser lire et on se retrouve à la fin. Ne vous étonnez pas si ce chapitre vous paraît bizarre. Là, on plonge totalement dans la tête de Mylène, sans aucun moyen de nous en sortir !
Ah, et si vous repérez quelques petites incohérences, au niveau temporel par exemple, signalez-le moi juste pour voir. Etant donné que le premier chapitre remonte à loin, maintenant - pfou, plus d'un an ! -, il se peut que j'aie oublié certains petits détails et j'ai la désagréable impression de m'être trompée quelque part.
Voili voilou ! Bonne lecture !
Sixième round
« Je vois dans votre regard que ne vous ne croyez pas ce que je dis. C'est vrai. Je ne suis pas un menteur. Je suis l'Elu, et l'Elu se doit d'être sincère. En tout. »
Voilà les souvenirs qui reviennent. Les plus lointains, il me semble. Je me rappelle de la fois où il avait commenté la beauté de mes yeux bleus. Et de mon étonnement suite à sa remarque. Pour quelle raison d'ailleurs ai-je été surprise ? Je ne sais plus, j'ai oublié.
Je me suis regardée dans la glace l'autre jour, et ces yeux-là m'ont alors frappée. Jamais auparavant je ne m'étais vue ainsi. J'avais maigri, et je sentais la menace de la vieillesse peser au-dessus de mon crâne, malgré ma trentaine passée. Et j'ai vu que la seule chose en moi qui n'avait jamais changé, qui avait conservé la douceur lasse de la vie, c'était mon regard, un regard dans lequel je me suis plongée jusqu'à être enivrée… Si je l'avais pu, je n'aurais plus jamais décollé du miroir, jusqu'à ce qu'une servante frappe à la porte.
Je me souviens aussi de cette phrase pour une autre raison. Je ne suis pas un menteur. L'Elu se doit d'être sincère. Eh bien, à présent, il m'a prouvé que c'étaient des paroles en l'air. Ou alors, à l'époque, il ne prévoyait pas ce qu'il allait me faire endurer.
J'ai l'impression de déjà connaître son secret si honteux. Et pourtant, j'ai encore des doutes, je veux même me convaincre de ma paranoïa. J'en ai été réduite à engager quelqu'un pour suivre mon mari dans ses déplacements, et découvrir ce qu'il mijotait, et j'avoue que je suis prête à me tuer pour avoir fait une chose pareille. Mais je dois savoir, je n'en peux plus, cette attente me tue…
Plusieurs indices me sautaient aux yeux. Son comportement, ses malaises, les moments qu'ils passaient au lit, avec moi, de plus en plus rares… Je sentais qu'il se lassait de moi, et ne profitait plus d'aucun moment pour bavarder, ni même partager les jeux de son fils. Zélos sentait que son père se désintéressait de lui et il le vivait mal. Et ça me faisait mal de le voir si plein d'incompréhension, cet enfant qui sent petit à petit le manque d'amour paternel s'installer et perturber son train de vie.
Il n'y avait qu'une chose pour expliquer cela. J'étais prête à l'apprendre même si ça devait me détruire. Car au fond de moi, je le savais déjà, mais je me donnais l'illusion qu'apprendre la vérité allégerait la douleur vive qui perçait dans ma poitrine.
C'étaient les premières fissures du cœur.
Et encore et toujours, je me souviens de ses mots, dites lors de la nuit de noces, avant que nous allions dormir dans le même lit et qu'il me serrât contre lui, comme dans une tentative désespérée de m'aimer et de se faire aimer…
Tout s'était joué à ce fameux moment. Soit nous avons laissé passer l'occasion, soit nous n'avons pas su nous y prendre, débutants en amour que nous étions.
« Dame Mylène ? »
Je me tourne vers la voix. Une jeune domestique, à peine seize ans, me semble t-il, me regarde avec une crainte respectueuse.
« Qu'y a-t-il, je demande, d'une voix calme, presque hachée. Atone, aussi.
-Quelqu'un désire vous voir, à l'entrée. Un homme. »
Je pousse un long soupir. Enfin, l'instant fatidique. Il fallait prendre son courage à deux mains et affronter la cruelle, terrible réalité.
« D'accord, » répondis-je, avant de me saisir des pans de ma robe pour marcher jusque dans le hall.
~oOo~
C'était donc cela.
Etrangement, quand l'espion que j'avais engagé puis payé grassement pour son service rendu m'avait prouvé ce que je redoutais, je n'avais pas été choquée. J'ai même pris cela avec calme, un calme froid, qui me terrifiait moi-même. Etait-ce de la résignation, de la lassitude, du désespoir ? L'homme ne s'est pas posé la question, s'étant esquivé avec son argent comme s'il eût craint que je change brusquement d'avis.
J'aurais tout donné pour me complaire dans mon ignorance.
Et pourtant, il fallait que je sache, même si la vérité devait me faire mal. Quand vous regardez le soleil en face, il vous brûle les yeux. Cette métaphore s'appliquait parfaitement ici.
Elle est jeune, apparemment. Elle est belle, aussi. On dirait une fée, ou une Elfe, on ne savait trop quoi… Mais c'est une demi-elfe, l'homme en aurait donné sa main à couper. Ses cheveux d'argent s'harmonisaient avec grâce à ceux flamboyants de Léandre. C'était tout ce qu'il avait vu, mais cela avait suffi.
Je ne sais plus ce que je ressens, maintenant. Je n'ai pas encore l'impression d'avoir émergé du rêve. Je me dis que c'est sans doute une méprise, ou au contraire, j'accuse le choc sans m'en apercevoir. Et je sais que lorsque je me réveillerai, il sera plus rude, presque meurtrier.
Mais c'est fait, maintenant, et il devra répondre de son crime. Je l'attendrai, tout le temps qu'il faudra, peut-être, mais je lui ferai enfin cracher le morceau. Mon espion a amassé des preuves suffisantes pour cela. Cela le déstabilisera.
Attendre, c'est tout ce à quoi je suis vouée, désormais.
~oOo~
« Bonsoir, Léandre. Vous rentrez tôt, ce soir. »
Il se fige en fermant la porte de la chambre, et ses yeux croisent les miens. Je sais lire dans ces iris miel. C'est la couleur du mensonge. Et à l'instant, ils veulent mentir, mais sa malhabileté rendent les choses aussi claires que de l'eau de roche.
Pourquoi n'ai-je pas lu tout cela dans ses yeux, des mois auparavant ? Ou plutôt, pourquoi n'ai-je pas voulu ?
Il est parfois difficile de se comprendre soi-même. Et pourtant, nous avons toujours de bonnes raisons à tout.
« Bonsoir, ma chère, » me dit-il, de sa voix où perce le sentiment de malaise auquel il m'a habituée.
Crétin.
« Vous m'aviez pourtant dit que le Pontife vous requerrait jusqu'à tard dans la nuit, n'est-ce pas ? »
Il reprend contenance, un petit sourire aux lèvres. Je me raidis. Je sais qu'il va me sortir encore une de ces histoires sans queue ni tête.
« En effet, Mylène. Seulement, cette fois-là a été une exception, figurez-vous…
-Inutile de me gaver de vos sornettes, Léandre. Finissons-en avec ça. »
Il s'arrête, il me fixe avec incompréhension et doute à la fois. Et lorsqu'il croise à nouveau mon regard, il comprend que quelque chose ne va pas, et ses lèvres commencent à trembler.
« Voyons… De quoi parlez-vous ?
-Pardi ! De cette femme que vous retrouvez, voyons ! »
Ses yeux s'emplissent de fureur.
« Moi ? Mais… Où êtes-vous allée chercher tout ça ? »
Il veut donner l'impression d'à peine croire à ce que je viens de dire, mais il ment mal. J'aurais presque pitié de lui.
« Directement dans votre vie, en dehors de moi, Léandre, je dis, la voix mielleuse. Car oui, vous avez aussi une partie de votre vie qui ne me regarde pas… Mais il est parfois utile d'aller chercher des informations dedans pour confirmer ce que l'on soupçonnait depuis longtemps. »
Cette fois, je vois la peur et l'horreur véritable dans son regard. J'ai fait mouche. Il ne peut plus m'échapper.
Pendant toute notre conversation, il s'est éloigné de la porte, pendant que je me levais du lit pour me déplacer, l'air de rien, jusqu'à elle. Fine stratégie pour l'empêcher de prendre la fuite. Et il joue mon jeu, l'imbécile. Je n'ai qu'à faire ce qu'il a déjà fait, des années auparavant, peu avant notre premier ébat : fermer la porte.
« Et qu'y a-t-il de si intéressant dans ma vie, qui vous importe à ce point ? » hésite t-il, sans s'apercevoir tout de suite de ma main qui verrouille le loquet.
Je ricane, et je sais qu'alors je ne suis pas naturelle. Je ne me reconnais pas. Une autre Mylène, qui a voulu être mauvaise, prend ma place.
« Voyons… Elle a de beaux cheveux argentés… Oh ! D'un bel argent ! Tout le monde ne peut pas se vanter d'en avoir ! »
Je continue alors qu'il me fixe, laissant échapper à peine un souffle :
« Elle vous attend chaque soir dans sa demeure du quartier citoyen, et je suis persuadée qu'elle vous réserve un lit pour vos retrouvailles fréquentes. Et alors, vous vous amusez bien, avec elle, n'est-ce pas ? »
Mon timbre de voix est, à ce moment-là, hystérique. Quiconque passerait devant la porte, à l'extérieur, se demanderait ce qu'il se passerait ici. Mais ça m'est égal, je l'ai percé à jour et je ne vais pas laisser passer l'occasion de le descendre davantage me filer entre les doigts.
« Mylène, vous êtes dans l'erreur, elle n'est que…
-Elle n'est qu'une demi-elfe ? Alors pourquoi étiez-vous avec elle ce soir ? Que fabriquiez-vous en sa compagnie ? Vous devriez savoir que ce sont tous des bâtards, des erreurs qui ne doivent leur existence à rien…
-Mylène ! s'écria t-il, horrifié par mes paroles.
-Qu'a-t-elle en plus que je ne possède pas ? De ce que j'en sais, nos beautés se valent. Qu'y a-t-il en elle que vous n'avez pas trouvé chez moi ? »
Léandre tressaillit, mais sembla reprendre son calme. Ce n'était pas simple, dans une situation pareille, avec une femme quasiment folle qui vous hurlait dessus.
« Vous faîtes erreur. Cette femme est une chercheuse qui m'a demandé de l'aider dans des recherches personnelles. C'est pourquoi j'ai accepté de la parrainer…
-Alors que c'est une demi-elfe ? Vous devriez savoir qu'ils n'ont aucun droit, ici, à Tethe'alla…
-C'est pour ça que je veux l'aider. Elle… Je… Enfin, je trouve absurde qu'on les rejette de cette façon, ils ne sont pas comme on le dit… »
Je pinçai les lèvres. On aurait dit un petit garçon qui justifie platement une bêtise inexcusable.
« Peut-être dites-vous en partie la vérité. Mais cela ne change rien à ce que je sais. Vous êtes l'Elu, et si vous croyez fermement en vos convictions, il n'y a aucune raison que le Royaume ne vous écoute pas. Si vous n'aviez absolument rien à vous reprocher, il y aurait longtemps que l'existence de cette femme aurait été mise au jour. »
Il pâlit, ce qui offrit un contraste saisissant avec la couleur de ses cheveux.
« Evidemment, continuai-je. Il aurait été plus malin de se conduire de façon naturelle plutôt que se débrouiller pour cacher de façon malhabile une chose que vous ne voudriez jamais voir rendue publique. J'ai raison ? »
Mais je m'arrêtai, lorsque je vis la lueur terrible dans son regard, comme s'il souhaitait me tuer, à l'instant. Il me fit presque peur, en voyant ses poings crispés et son expression de fureur. En même temps, l'horreur et l'inquiétude le taraudaient.
« C'est inutile de me mentir, Léandre. Je sais tout, et je ne citerai pas mes sources. »
Je conservai l'orgueil de femme qu'il avait déchiqueté, en me trompant de façon ignoble. Je ne lui montrai pas ma souffrance, cela aurait été une faille qu'il aurait exploitée, et je ne le voulais pas. Nous étions confrontés l'un à l'autre, dans cette chambre même qui avait vu et abrité la plus grande partie de notre vie conjugale.
« Bien. »
Sa voix a percé le silence qui s'était installé. Je n'ai pas tressailli. Mon regard se promenait sur lui, et je bloquais toujours la porte. Je ne lui donnais pas le choix.
« En effet, j'ai une maîtresse. »
Il voulait maîtriser son timbre de voix, mais je sentais de toute manière qu'il avouait tout à regret. Mais je n'avais aucune pitié, aucune compassion pour celui qui avait poignardé mon cœur.
« Je l'ai rencontrée il y a environ deux ans, au cours de ce voyage d'affaires où j'ai eu mon accident. J'étais blessé, et c'est elle qui m'a soignée.
-C'est la raison pour laquelle vous lui avez accordé vos faveurs ? demandai-je, sèchement.
-Laissez-moi aller jusqu'au bout (il avait peur que je le déstabilise par mes commentaires). Elle m'a soignée, puis elle est partie. Elle ne voulait pas se montrer à l'époque, à cause de sa race. Mais plus tard, lorsque je lui ai parlé pour la remercier, j'ai su qu'elle allait à Sybak, et puis, je… j'ai senti qu'il y avait quelque chose, entre nous, qui se créait, et ce n'était pas négligeable. »
J'avais envie de dire : « de la sorcellerie ! », mais je me retins. Si je l'interrompais sans cesse, cet idiot n'irait jamais jusqu'au bout de l'histoire.
« Nous nous sommes quittés et ne nous sommes pas revus avant deux années. »
Cela correspondait à ce qui ressemblait à une dépression chez lui.
« Puis elle est revenue d'elle-même. Elle souhaitait me parler directement, pour… obtenir mon soutien sur une expérience qu'elle menait. Elle est scientifique et veut faire reconnaître sa valeur. C'est à partir de là que ça a commencé. Je pensais à vous, Mylène, je ne voulais pas être entraîné là-dedans, mais il y avait chez elle quelque chose qui m'attirait, et un jour… »
Ses yeux se voilèrent. Je compris.
« Je vois. Cette sale sorcière ne s'est pas contentée d'une relation platonique…
-Arrêtez de la traiter de sorcière !
-Et que voulez-vous que je dise d'autre ? Cette garce vous a pris à moi et vous fait oublier ce que je ressens le soir lorsque je suis seule dans notre lit ! Elle vous fait aussi oublier l'existence de votre propre fils qui n'est plus le même depuis que vous avez cessé de vous intéresser à lui ! En peu de temps, elle vous a transformé en homme irresponsable et incapable d'assumer ses devoirs d'Elu, ainsi que vous l'impose votre naissance ! »
Et tout d'un coup, je sais que je l'ai blessé. Avant même de voir se peindre l'expression de son visage. Il titube, balbutie quelques mots, puis soudain, s'exclame désespérément :
« Vous croyez que c'est une partie de plaisir d'être l'Elu, tous les jours ? Vous croyez que j'ai voulu être l'Elu ? Non, Mylène, vous vous trompez ! Ce n'est pas vous qui m'avez fait comprendre que je valais mieux que cela. Oui, parce que dans ses yeux, je sais que je suis un homme, juste un homme, et pas seulement l'Elu. Elle ne me craint pas ni ne me vénère. Et c'est pour ça que je… Je… »
Il bafouilla quelques instants, et je me sentis geler tout doucement sur place.
« Que je l'aime… »
Il a osé. Il a osé, le salaud !
« Mais moi, Léandre, répondis-je, malgré tout, très calmement, je ne vous considérais pas non plus seulement comme l'Elu… »
Il a levé ses yeux vers moi, emplis d'une tristesse à mourir.
« Mais c'est un mariage arrangé qui nous a unis, pour la raison de ce que je suis. Sans cela, jamais je ne vous aurais… Je vous en prie, veuillez me pardonner… »
Mais j'avais compris. Sans son titre, nous n'en serions pas là. L'Eglise de Martel avait eu besoin de moi pour perpétuer la lignée des Elus, mais autrement, je ne servais pas à grand-chose d'autre. J'avais été forcée d'épouser un homme de quinze ans mon aîné, et d'élever sa descendance. Et encore, élever était un bien grand mot, puisque les domestiques s'acquittaient largement de cette tâche.
Et dans mon cœur meurtri, une révélation se fait soudain.
Ni lui ni moi ne nous aimons. Et ce manque d'amour se répercute sur l'enfant que nous avons eu ensemble, et je comprends alors que ce que j'ai voulu être de l'affection envers Zélos n'était en fait qu'un défilé de sentiments décousus et disharmonieux, dont aucun ne se rapprochait de près ou de loin à l'amour. Zélos était un objet qu'il avait été nécessaire de fabriquer, pour le mettre au service de l'Eglise, et rien d'autre. Il ne méritait même pas l'amour de ses parents, qui étaient incapables de se soutenir et de mener une vie conjugale correcte.
Et cette vérité, bien que je la sus déjà, est le véritable coup de poignard qui se fiche dans mon cœur et éparpille ses derniers lambeaux.
Je me bats pour empêcher les larmes de couler le long de mes joues. Il ne faut pas que je perde mes moyens. Je dois encore le détruire, lui faire payer ce qu'il m'a fait. Oh, comme j'aimerais avoir un couteau dans ma main, à ce moment, pour le lui planter dans sa large poitrine, et entendre ses cris de douleur…
Toute à mes pensées meurtrières, je ne l'ai pas vu qui s'approchait. Il pose sa main sur mon épaule. Je réagis instinctivement, je le rejette loin de moi.
« N'essayez même pas de me toucher. Vous n'en avez pas le droit, pas après ce que vous avez fait. »
Ma voix est calme. Trop calme. Elle cache au fond une immense colère, et il la sent. Il a beau être plus âgé et plus fort que moi, il n'est pas idiot, il sait qu'il est incapable de soutenir la colère d'une femme, qui plus est la mienne.
« Allez vous-en, je ne veux plus vous voir, » je gémis, soudain, passant mon bras devant mes yeux pour dissimuler les premiers pleurs qui menacent de jaillir.
Je m'écarte de la porte tandis qu'il me regarde avec insistance. Déesse, qu'il arrête, je ne peux pas le supporter…
« Mylène, s'il vous plaît… commence t-il à dire, de son ton affreusement raisonnable.
-Laissez-moi tranquille ! Allez vous-en ! » je crie, soudain.
Et là, il comprend. Il pose sa main sur la poignée, la tire. Il rencontre un blocage. Je n'ai pas déverrouillé le loquet. D'un geste, il le fait et il ouvre la porte. Mais il fait tout cela avec une horrible lenteur, et moi je me détourne pour ne pas le voir partir. Je veux seulement m'assurer à l'ouïe qu'il le fasse. Et lorsque j'entends la porte qui se ferme tout doucement, et les pas qui s'éloignent dans le couloir, je ne me retiens plus, et je plonge sur le lit.
J'ai envie de pleurer, tout mon saoul s'il le faut, et de mourir, à l'instant même pour me débarrasser de cette souffrance.
~oOo~
Chaque fois que je l'ai dans mon champ de vision, je frémis, de façon violente. C'est comme si des spasmes me traversaient le corps. C'est un signe dangereux, je le sais. Il serait capable de me faire mourir rien qu'en m'imposant sa présence.
Nous ne dormons plus ensemble. Tous les soirs, désormais, il les passe chez sa garce. Moi, en attendant, je peux me délivrer dans ma chambre. S'il dormait ne serait-ce que quelques minutes avec moi, je hurlerais toute ma détresse, quand bien même il essaierait d'étouffer mes cris. C'est un monstre, et il a dévoré mon cœur, à présent. Je me sens aussi froide qu'une morte.
Je me suis éloignée de Zélos, qui me réclame, pourtant. Lorsque je le vois, lui aussi, je sens des frissons d'horreur me traverser. Je ne peux plus le toucher sans ressentir la douleur qui traverse mon corps entier.
Les domestiques, le majordome, tous s'inquiètent pour nous deux. Ils savent que quelque chose ne va pas, même s'ils ne sont pas très sûrs de ce que ce peut être. Seul Sébastien comprend un minimum ce qui nous arrive, et il n'aime pas ça, pas ça du tout.
Il sait, inconsciemment, qu'il est en train d'assister à la chute de toute une famille.
Et c'est arrivé, un beau jour. Le manoir était vide, et il avait laissé un mot. Un seul. Un bout de papier sur une petite table, dans le salon, là où il était sûr que je le trouve sans qu'un domestique vienne l'y chercher.
Un mot d'adieu. Il partait vivre avec sa maîtresse. Il n'en pouvait plus de cette vie, il voulait fuir et vivre heureux avec celle qu'il aimait.
Et je n'ai rien dit lorsque je l'ai lu. Je savais qu'il allait le faire. Je l'avais même souhaité, pour ne plus l'avoir dans mon champ de vision.
Sébastien est entré à ce moment-là dans la pièce. Et en voyant l'expression de mon visage, il a su. Il a oublié ce pour quoi il était venu me voir et il s'est avancé vers moi. Il a vu le bout de papier que j'avais dans la main, presque chiffonné.
Et lorsque j'ai croisé son regard, le mien était baigné de larmes.
Le reste de la journée, je suis restée prostrée. Le majordome avait prévenu les servantes de ne pas me déranger. Seul Zélos avait dérogé à la règle, et s'était jeté dans mes bras, sans comprendre mon chagrin. Il croyait que, comme j'étais assise dans un fauteuil, j'allais encore lui raconter une histoire, comme autrefois.
Les enfants sont si égoïstes, parfois. Mais comment leur en vouloir ?
Sans réfléchir, je me suis accrochée à mon fils et j'ai sangloté sur son épaule, pendant qu'il m'appelait, totalement pris au dépourvu face à ma détresse.
Il y a des choses qu'on ne peut montrer à un petit garçon.
Mais il allait les connaître, un jour ou l'autre, alors je me fichais de l'image que je lui donnais à ce moment-là. Moi aussi, j'étais enfermée dans mon égoïsme. Je n'étais plus la mère ni l'épouse, juste la femme anéantie.
« Mère…
-Zélos… Je te souhaite sincèrement, de ne jamais, jamais, vivre une telle épreuve. Ne répète pas les erreurs de tes parents, je t'en prie… »
Mais il a continué de m'appeler tandis que mes paroles lui volaient au-dessus de la tête.
Par la déesse, pourquoi est-il ici ?
~oOo~
Il y a bien quelques mois qui se sont déroulés et je me sens flotter.
J'ignore si je me suis remise du drame. Je sais que l'affaire a fait un scandale dans tout Meltokio. Les dames me plaignaient, les messieurs pensaient saisir leur chance, et il n'y avait rien que je détestais plus que ces apitoiements sur mon sort. Je trouvais cela atroce, et j'avais envie qu'on me laisse tranquille. Je refusais toutes les invitations au sein du manoir. Il était inutile qu'on me rappelle ce moment.
Et puis, un jour, je suis sortie. Je n'en avais nulle envie, mais Brian, inquiet, avait profité de l'un de ses rares moments libres pour me rendre visite. Et c'est lui qui m'a convaincue de prendre l'air.
Il me sert la main très fort pendant que nous marchons. Je sens ce contact, et elle m'emplit de chagrin. Bon sang, si je n'avais pas épousé Léandre, j'aurais presque souhaité que…
Non, même sans avoir épousé l'Elu, cela n'aurait jamais été possible. Je ne l'aurais jamais rencontré, et je serais restée enfermée dans ma petite vie de noble ordinaire. Et je m'en serais très bien portée malgré tout.
Nous nous moquons des regards qui pèsent sur nous. Je sais que des rumeurs vont naître sur la possible liaison que j'entretiens avec le trésorier du Roi. Jusqu'alors, personne ne nous soupçonnait. On me savait bien trop fidèle à mon mari. Mais à présent qu'il est parti vivre avec une autre femme…
Mais à l'instant, la main chaude qui enserre la mienne dans sa poigne me procure une vague de bien-être, et je ressens alors ce qu'une femme en détresse a besoin d'avoir : de l'amour, du soutien. C'est dangereux, mais je ne nie pas mes sentiments.
Et pourtant, j'ai peur. Il va me rejeter.
Qu'à cela ne tienne. Je sais qu'il arrivera un moment où je ne me retiendrai plus et où il faudra que ça sorte.
Il ne le sait pas encore, mais je vais lui montrer.
Brusquement, alors que nous sommes à l'abri des regards, derrière un mur, je me jette dans ses bras, et je tente d'atteindre son visage pour l'embrasser. Mais il me repousse, et je sais que c'est perdu d'avance.
« Non, Mylène. Je vous ai sentie venir. Vous ne pouvez pas faire ça. »
Il y a une expression trop grave sur son visage, que je veux faire disparaître.
« Mais pourquoi… ?
-Parce que je suis marié, et… vous aussi. Ce n'est pas convenable. »
La vérité qu'il me lance me transperce le cœur. Ainsi donc, lui aussi voulait ma perte, depuis le début. Mon appui s'affaiblit, mais il me rattrape quand même alors que je me laisse tomber. Il me dit :
« Ne perdez pas espoir. La vie est parfois peuplée de moments difficiles, mais… vous pouvez vous en sortir. »
Je halète et ricane en même temps.
« Et qu'est-ce qui vous fait dire que l'espoir est encore possible ? »
Il hésite un moment, puis il répond :
« Vous devez être forte. »
Et alors, l'énormité de ce que je voulais faire me frappe de plein fouet. Je n'ai pas osé… Par la déesse, je me suis comportée comme la dernière des imbéciles. J'ai voulu faire tomber quelqu'un d'autre avec moi dans ma détresse, et il a fallu que ce soit lui… Il ne mérite pas ça. Je l'aime, mais pas comme je l'entendais quelques minutes plus tôt. Je n'ai jamais aimé d'un amour pur et véritable. Mon père, ma belle-mère, mon demi-frère, Léandre, Zélos…
Je n'étais pas capable de les aimer, et je m'en rendais compte maintenant. Même Brian ne pouvait être l'objet de mon affection.
« Je suis… désolée… Oh, pardon…
-Reprenez-vous, Mylène. Je vais vous raccompagner. »
Je dois être dans un triste état. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Je me suspends au bras de mon ami et je le laisse me guider, sans que je reconnaisse quoi que ce soit autour de moi. Je jette un coup d'œil égaré à toutes les choses auxquelles mon regard peut s'accrocher, mais je ne les vois pas. Plus rien n'existe d'autre que le toucher de Brian, qui est la seule chose à laquelle je puisse encore me raccrocher…
Il me raccompagne jusqu'au salon, où il me laisse, en compagnie de Sébastien. Et je sens le regard désolé qu'il me lance peu avant de partir. Non, je ne veux pas de sa pitié, à lui non plus. Je ne la mérite pas.
« Madame, je vous en prie, reprenez-vous. Je vais vous donner un remontant. »
La voix de Sébastien est comme un bourdonnement, mais je suis désormais loin du monde et de ses tourments.
~oOo~
Trois autres mois passèrent. Et un matin, j'appris la mort de Léandre.
Un messager a apporté la triste nouvelle au manoir. J'y étais en compagnie de madame Wilder, la mère de l'Elu, qui tentait d'apaiser l'atmosphère en évitant soigneusement le sujet sur son fils. Je savais que cela l'affectait autant que moi. Après tout, il avait abattu le déshonneur sur sa famille, et son père n'en était guère heureux. Quant à sa mère, je savais qu'elle se sentait coupable. Sans doute se demandait-elle ce qui n'allait pas chez son fils adoré, qu'elle avait si bien éduqué. Pour ma part, je ne parlais quasiment plus. Je ne m'animais même pas lorsque je recevais des invités, si bien que, petit à petit, les gens avaient cessé d'insister pour venir. Seule la famille venait encore de temps à autre : Arthémise et Elliot, ainsi que mes beaux-parents, et en de plus rares moments Brian et son épouse.
En pensant à elle, j'en ai des frissons.
Nous discutions autour d'un thé lorsque Sébastien avait introduit le messager. Il avait une mine grave pour la circonstance, et cela nous a montré que quelque chose n'allait pas.
Et l'annonce est tombée, sans tergiversation :
« Je viens vous annoncer, de la part du Roi de Tethe'alla, la mort de l'Elu. »
Le silence a fait suite, pendant un long moment. L'homme ne s'en allait pas tant que nous ne lui avions pas permis de le faire. Il paraissait aussi saisi que nous de la nouvelle, mais je pensais que rien, absolument rien, ne pouvait égaler ma stupeur, à ce moment-là.
Madame Wilder a enfin pris péniblement la parole :
« Comment cela se fait-il ? Que s'est-il passé ? »
Le messager a secoué la tête, pour montrer qu'il n'en savait rien.
« Je n'ai pas eu les informations nécessaires. Mais vous devriez vous rendre auprès de sa Majesté. »
Cela ne s'est pas fait attendre. Je me suis levée immédiatement, suivie de ma belle-mère, et j'ai ordonné qu'on nous habille et prépare une calèche pour nous rendre au palais. Les serviteurs se sont dépêchés, et l'homme est parti en ayant pour mission de dire au Roi que nous arrivions.
Madame Wilder n'a pas su se retenir. Les larmes ont coulé d'elles-mêmes, et je ne me sentais pas assez forte pour la consoler. De mon côté, j'avais la sensation que mon corps entier était paralysé, et mon cerveau refusait d'enregistrer l'information. C'était inimaginable, impossible… Léandre ne pouvait pas être mort. Je le voyais encore, quelques mois plus tôt, de chair et de sang… Non, c'était une farce, et le Roi de Tethe'alla allait démentir immédiatement, en cherchant la source de la rumeur. Mais au fond de moi, je savais qu'il ne fallait pas me faire d'illusion. Si la chose était vraie, alors…
« La calèche est prête, » nous dit Sébastien, en entrant dans la pièce tandis que les servantes finissaient de nous habiller et d'arranger nos toilettes.
« Bien, » répondis-je, et, saisissant le bras de ma belle-mère, je me dirigeai avec elle vers le hall, si lentement qu'on aurait dit une véritable marche funèbre.
Le trajet fut morose. Pourtant, nous avions des choses à dire. J'aurais voulu consoler ma voisine, mais les mots me manquaient. Elle, de son côté, ne cherchait pas à faire de même. Elle avait les yeux dans le vide, encore humides de ses larmes. Son maquillage avait coulé.
Nous arrivâmes devant le palais royal. Les gardes savaient déjà que nous allions venir, et ils nous libérèrent le passage. Des serviteurs nous escortèrent jusqu'à la salle du trône, où nous demandâmes une audience avec le Roi. On nous avertit qu'il était occupé, mais qu'il allait bientôt nous recevoir.
Le temps me parut interminablement long. Mais au bout d'un moment, je crus entendre un appel et je me retournais pour voir arriver une jeune fille, courant malgré les appels des valets à ma rencontre. Elle manqua de peu de s'empêtrer dans sa robe, mais se rattrapa. Ce fut avec stupeur que je reconnus la princesse Hilda. Cela faisait un moment que je ne l'avais pas vue.
« Madame Wilder ! Quel plaisir de vous revoir ! » disait-elle, à bout de souffle.
Elle avait dû traverser les couloirs du château à toute vitesse en apprenant ma présence ici. Ses valets, par ailleurs, arrivaient tout juste à notre hauteur, aussi essoufflés qu'elle.
« Si je crois bien, nous ne nous sommes plus vues depuis quelques réceptions. Vous ne venez plus à la plupart d'entre elles. »
Hilda avait treize ans. Quand je songeais à son âge, j'avais le vertige. Cela faisait exactement treize ans que j'avais épousé Léandre…
Et là encore, je commençais à avoir la nausée.
« Je viens d'apprendre la nouvelle… Je suis profondément désolée, j'aimerais pouvoir faire quelque chose pour vous… Mais mon père va vous recevoir !
-Ce n'est pas possible… n'est-ce pas ? »
Elle se tut, et ma belle-mère se tourna vers nous en entendant mes paroles. Elle semblait émerger de sa torpeur. Quant à la princesse, elle avait une mine grave sur le visage.
« Je l'ai entendu de la bouche du Pontife. Tout le monde est sous le choc. »
Cette fois-ci, je n'en pouvais plus. Je chancelai, et elle se précipita vers moi pour me soutenir. Mais je n'étais pas légère et elle dut se faire aider des domestiques.
« Tout va bien, madame Wilder, soyez forte… »
C'est à ce moment-là qu'un autre serviteur vint nous voir pour nous dire que le Roi nous attendait dans la salle du trône.
Il savait pourquoi nous venions et ne nous cacha pas plus longtemps la vérité :
« Ce n'est pas une fausse rumeur. L'Elu est décédé la nuit dernière. On ignore encore dans quelles circonstances. »
Je n'arrivais pas à pleurer. Mais je ne pouvais pas non plus garder une contenance. La Reine et sa fille me fixaient avec une expression sérieuse et inquiète.
« Nous vous informerons plus dans les jours à venir de l'avancée des recherches. En attendant, sa dépouille a été transportée à l'église et des médecins y ont été dépêchés pour l'examiner. Souhaitez-vous la voir ? »
Madame Wilder répondit immédiatement à l'affirmative. Mais moi, je laissai un instant flotter la réponse avant de lâcher, dans un souffle :
« Non… Je ne peux pas… »
~oOo~
Peu après l'entrevue, Hilda m'emmena dans les jardins royaux, afin de me faire prendre l'air, disait-elle. Elle avait demandé à ne pas être escortée comme à l'habitude, mais son père ne l'entendait pas de cette oreille et lui avait au moins laissé un garde du corps qui attendait, non loin de nous, l'œil acéré, comme si nous pouvions nous faire agresser à tout instant.
« Tout va bien, madame Wilder. Comment se porte votre fils ? »
La princesse parlait d'un ton très doux avec moi, mais je ne parvenais pas à m'apaiser. En entendant parler de mon fils, je tremblais. Je venais de réaliser qu'à présent que son père était mort, c'était lui, l'Elu. Comme si je n'en avais pas eu assez d'un pour me faire souffrir. Mais je réussis à lâcher un fragile : « Bien. »
« C'est un moment difficile, mais il n'est pas insurmontable. L'Elu a sans doute… »
Elle se tut avant de prononcer les derniers mots. Peut-être ignorait-elle ce qu'elle voulait dire ou avait-elle peur de prononcer les mots.
« C'est un drame pour tous. Nous partageons votre peine. »
Je lui fis signe de ne rien dire de plus, d'abord parce que je sentais qu'elle s'emmêlait dans les paroles de circonstance, ensuite parce que ces mots me faisaient de plus en plus mal. Je voulais rester dans le silence, et elle le comprit. Alors, nous ne dîmes rien pendant ce qu'il me parut une délicieuse éternité, et puis, je lui dis, tout d'un coup :
« Merci. »
Je n'avais pas tellement réfléchi à ce que je venais de prononcer. La princesse sursauta à mes côtés.
« Ah… Ce n'est rien. Je vous comprends, enfin… Je veux vous comprendre… »
Je tournai les yeux vers elle, et je m'attendris. Elle était encore jeune sous sa chevelure blonde et si innocente… Comme je voulais qu'elle vive heureuse, contrairement à moi que le temps avait aigrie…
« Vous savez, vous êtes un peu comme ma grande sœur… Un vrai exemple pour moi. »
Je me rappelai que Léandre m'avait dit cela, il y avait longtemps, alors que nous sortions de la salle du trône à la suite de l'annonce de ma grossesse. Je me sentis m'attrister, mais je me forçai à sourire.
« Merci, Hilda, tu me fais chaud au cœur. »
Je me rendis brusquement compte que je m'étais exprimée un peu trop familièrement avec elle et je plaquai une main sur ma bouche, mais elle éclata de rire.
« Enfin ! Après tout ce temps passé à vous harceler pour que vous passiez outre les conventions ! »
Je la regardai, surprise, et elle me lança un sourire éblouissant.
« Vous voyez, vous semblez tout de suite aller mieux ! »
Et en effet, cette agitation, qui avait attiré l'attention du gardien, avait en quelque sorte réchauffé mon cœur, et je me sentis sourire pour de vrai, oubliant un instant Léandre, Zélos, Sébastien… Tous ceux qui me gâchaient la vie.
~oOo~
« D'après les derniers examens, il semble que l'Elu se soit lui-même infligé des dégâts… Il y a de fortes chances que ce soit un suicide. »
« C'est un suicide. Tout laisse penser qu'il a tenté de se tuer en se donnant des coups, mais, sans doute par faiblesse, il a opté pour un autre moyen qui est l'empoisonnement. »
« Il y a des traces de poison dans son sang. Sans doute l'a-t-il bu un soir et il n'a été retrouvé que le lendemain. C'est sa compagne qui nous a signalé la mort. Elle est en garde à vue et interrogée. »
Cette dernière nouvelle me glaçait le sang. Peut-être… Peut-être était-ce elle qui l'avait empoisonné ? Mais les soldats de la garde royale rapportaient qu'elle ne l'avait découvert que tôt le matin, et qu'elle s'était aperçue qu'il s'était enfermé dans une pièce du manoir.
Et puis, un jour, est tombée la nouvelle :
« Elle a fini par avouer : elle lui a annoncé une grossesse peu avant qu'il passe à l'acte. »
Les gens avaient tenté de me cacher ce fait, mais cela n'empêchait que je l'avais parfaitement entendu. Et à l'entente que ces mots, c'était comme si mon monde s'effondrait autour de moi.
« Elle dit qu'apparemment, il ne l'avait pas bien pris et qu'il avait essayé de la convaincre de ne pas garder l'enfant. Mais elle a refusé. Nous pensons que l'Elu ne souhaitait pas avoir un autre héritier que celui qu'il a eu avec son épouse légitime. Il a sans doute considéré cet évènement comme un traumatisme, et il n'a pas voulu le répéter, même avec une autre femme. »
C'était insensé. Je me souvenais de son visage illuminé lorsqu'il avait porté Zélos pour la première fois dans ses bras. Il ne semblait pas sous le choc du tout, du moins, pas en apparence.
Mais le rappel du devoir…
Bon sang. Léandre a été un idiot jusqu'au bout.
Cela n'empêche qu'il m'a non seulement trompée, mais qu'en plus, il va avoir un enfant avec cette garce. Je ne sais ce qui me retient d'aller la rencontrer et de lui enfoncer un poignard dans le cœur.
Mais ce serait une solution trop douce. Cela lui permettrait de rejoindre plus rapidement mon mari, avec son mioche abâtardi. Et je ne le souhaitais pas. Je préférais encore qu'elle pourrisse en enfer.
Mais c'était le même genre de châtiment que je souhaitais pour lui, là où il se trouvait à présent.
Le suicide était considéré en soi comme un crime. C'était une pratique très mal vue et qui assombrissait considérablement l'image des familles. Ce pourquoi les Wilder s'échinaient à cacher la véritable nature du décès aux yeux du peuple endeuillé.
La version officielle : un empoisonnement alimentaire. C'était en partie vrai, mais combien de personnes parviendraient à rester sceptiques ? Et surtout, combien y croiraient ?
Tout compte fait, les faits sont là. Il est mort, elle est enceinte. Et moi, ma vie est gâchée. Je ne sais même pas pourquoi je suis encore en ce monde.
De temps à autre, je reçois Brian. Mais depuis que j'ai tenté de l'embrasser, nos relations sont tendues. Il ne reste que pour vérifier que je vais bien. Et à chaque visite, il regarde, impuissant, le fantôme que je deviens.
« Ressaisissez-vous, Mylène ! Ne vous laissez pas aller ! Il… Vous ne méritez pas ça ! »
Je sais qu'il a voulu dire : « il ne mérite pas que vous vous mettiez dans cet état pour lui », mais par respect pour sa mémoire et son titre, il a rectifié. Mais il a beau faire, je n'ai plus goût à rien. Je ne suis plus celle qu'il a connue, à l'époque où je portais un bébé et où je me recueillais à l'église. Cela est si lointain…
La dernière fois que je l'ai vu, il est parti d'un pas rageur. Je crois que nous nous étions disputés. Mais je n'en suis pas certaine, puisque seul lui s'emportait, et moi je l'écoutais sans le comprendre. A voir la colère qui le dominait, j'ai su que je ne le reverrais plus jamais. Et les larmes ont coulé lorsqu'il a disparu de mon champ de vision.
Arthémise et Elliot ont plusieurs fois insisté pour me rendre visite. Mais je ne répondais jamais aux missives. Alors ma belle-mère est venue, et a blêmi lorsqu'elle a vu celle que j'étais devenue. Elle non plus, je ne la reverrais sans doute pas. Ni Elliot.
L'enterrement a eu lieu peu après. Je n'y suis pas allé. Zélos, en revanche, si. Petit à petit, l'attachement que j'ai envers ce garçon se détériore, parce que dès que je pose le regard sur lui, il me rappelle indéniablement son père. Et je sais qu'il fera un Elu aussi stupide que le précédent, parce qu'il n'y a pas de raison que ce ne soit pas le cas, n'est-ce pas ?
Je hais toute la famille Wilder. Je hais Léandre, et je hais Zélos. Et lorsque je me dis ces mots, il y a comme une chaleur tout entière qui me recouvre, et je me sens plus vivante, et cela suffit à me faire croire en l'avenir un bref instant…
A présent, je me suis enfermée dans ma chambre. Je ne peux plus voir personne, je ne veux plus. Depuis sa mort, tous m'ont abandonnée, et je me sens seule, atrocement seule. Alors, pour empirer mon état, je m'enferme moi-même à double tour dans cette solitude, ma prison. Je crois que je souffre d'un certain masochisme. J'ai l'impression de ressentir ce plaisir à souffrir depuis toujours. Alors que, de son vivant, j'étais une jeune femme sage et soumise, qui faisait des manières à la moindre égratignure…
Soumise.
Par la déesse, soumise ! Avant de me marier, j'étais une jeune fille libertine, qui ne rêvait que de choisir celui qu'elle aimait. Mais ce désir ne m'avait pas été accordé. Père croyait bien faire pour moi, mais il m'a… Tout ce qu'il a fait, c'est anéantir ce que j'étais, ma personnalité, mon moi entier… Toutes les convictions que ma mère m'avait inculquées. J'ai dû abandonner mes plus fidèles principes, pour Léandre, parce que j'étais son épouse, la mère de son fils, et…
Nous n'aurions jamais dû nous unir. Nous n'étions pas faits pour être ensemble. Toutes les prophéties du monde peuvent bien dire ce qu'elles veulent, mais celle qui nous a forcés à concevoir un héritier a menti, depuis le début. Et à ce moment-là, je hais la religion, plus que tout au monde, et je m'arrache les cheveux en pleurant, mon maquillage coulant, ma main droite cherchant désespérément un appui, avant de trouver le dossier d'une chaise. Je m'affale au pied de celle-ci, dénouant mon chignon et laissant mes cheveux blonds retomber sur mon visage ravagé. Je suis veuve, maintenant. Je suis veuve. C'est si difficile à avaler…
J'étais au bord de l'évanouissement lorsqu'une servante m'a trouvée et a crié. Aussitôt, ses camarades l'ont aidée à me transporter jusqu'au lit. Et là, je suis couchée, si faible, dans mon cœur, mais aussi dans mon corps, parce que je sais que plus rien ne sera comme avant, et que toute cette histoire se terminera tragiquement, je le sais…
C'est toujours dans les mauvais moments que j'ai des certitudes. Et effroyables, qui plus est.
~oOo~
On frappe à la porte. Je ne tourne pas la tête, celle-ci étant tournée vers la fenêtre. J'ignore depuis combien de temps je suis là, mélancolique, solitaire. Je ne compte plus les repas qu'on m'a apportés, et je vois défiler les saisons. Une domestique entre, et je sais que c'en est une. Il y a une autre personne, avec elle, et mon échine se hérisse en la reconnaissant.
« Que fait-il ici ? dis-je, d'une voix enrouée.
-Mère, je…
-Qu'il sorte ! Je ne veux pas le voir !
-Mère…
-Qu'attendez-vous ?
-Maman… Vous ne m'aimez pas ? »
Je me tais. Je tourne légèrement la tête, mais sans plus. Je ne ressens plus rien, ma tête est vide. J'ai l'impression d'être un fantôme, qui n'erre pas, mais dénué de toute vie, de toute âme. Je ne veux pas le regarder, il ressemble trop à son père… Les cheveux, l'expression du visage, les…
Non, pas les yeux. Ses yeux sont les miens. Et c'est bien cela qui me fait le plus souffrir.
Je ne réponds pas à sa question, et la domestique, conformément à mes ordres, attrape Zélos par l'épaule et lui souffle des mots doux à l'oreille.
« Mais, mère…
-Allons-y, seigneur Zélos, votre mère veut être seule…
-Pourquoi je…
-Peut-être un autre jour… »
Il se laisse finalement faire, et lorsque la porte se referme, je réprime un sourire sans joie. Un autre jour ? Et s'il n'arrive jamais ? Cet enfant me dégoûte, je ne supporte pas de poser les yeux sur lui, il devrait périr dans les flammes de l'enfer, il…
Non, je ne dois pas penser cela. Déesse, qu'ai-je donc fait ? Pourquoi suis-je si froide avec lui ? Il n'y est pour rien, c'est son père qui…
Léandre nous a tous les deux trahis. J'avais espéré, faiblement, qu'il m'aimât, mais il a fini par en préférer une autre. Cela, encore, je pouvais le tolérer. Le fait qu'il ait des maîtresses ne remplaçait en rien celui d'être son épouse. Et il a brisé les contrats du mariage, et il m'a brisée, et il a brisé la raison d'être de notre union…
Ma vie n'a plus de sens. Je ne suis née que pour ça, et « ça » est révolu. Et désormais, je ne me comprends plus moi-même, je me sens plus morte que vive. J'ai l'impression que mon âme s'est envolée avec lui, qu'il l'a emportée. Je n'ose plus me regarder nue dans la glace lorsque je me fais déshabiller. Car irrémédiablement, ce simple fait me rappelle ma pureté retirée. Oh, la première fois que nous l'avons fait…
Je m'en souviens si nettement, à présent. Son corps d'homme mûr, le mien, si juvénile et fragile… Le sentiment de sécurité et de crainte mélangées de cette époque-là. Je ne veux plus y songer.
Je détourne à nouveau mon visage vers la fenêtre. C'est le printemps, il me semble. En tout cas, les arbres fleurissent et les pétales tombent. Je hais ce paysage qui me rappelle que le bonheur existe. Oh, non, ce n'est pas vrai, le bonheur est juste une utopie. C'est une vilaine drogue qui ne sert qu'à te faire comprendre que la réalité est sans pitié. Et je me bats tous les jours pour arrêter de la prendre. Ce que j'ai dû réussir à faire depuis longtemps.
Au fond de mon cœur, je sais que cette année-là sera la dernière. Le printemps est annonciateur d'un drame futur.
~oOo~
Eté. Il y a une petite fille dans le manoir. J'ai entendu des servantes en parler. Certaines s'étonnent de la ressemblance frappante qu'elle a avec Zélos, et je comprends de qui il s'agit.
Apparemment, elle est venue d'elle-même, « pour voir son père », dit-elle. C'est stupide, sa mère ne lui aura donc rien dit… Son prénom, Sélès. C'est un prénom arrogant, provocateur. Elle veut par ce moyen me faire comprendre qu'elle l'a eu pour elle et qu'il était inutile que je le reprenne. Beau travail. Elle a vu ce que cela lui a apporté.
En attendant, je me replonge dans mon mutisme. Qu'elle parte vite et arrête de polluer mon atmosphère. Cette fillette m'importe peu, puisqu'il ne s'agit pas de mon enfant. Elle peut bien crever au fond d'un caniveau…
Oui, parler ainsi m'est tout aussi indifférent, je l'admets. De toute manière, je n'ai plus vu personne depuis une éternité, pas même Brian. Je me parle à moi-même, et je profère toutes les injures existantes, et je les entends résonner au fond de ma gorge, se battant pour pouvoir sortir.
Pour l'instant, aucune n'a réussi cet exploit. Je suis la plupart du temps muette comme une tombe, même si j'ai sans cesse envie de hurler.
~oOo~
L'automne passe, puis vient l'hiver. Un beau matin, la porte s'ouvre discrètement. Je ne l'entends pas. Puis, silencieusement, quelqu'un entre dans la pièce, et j'entends sa voix qui résonne :
« Mère ? »
Tout doucement, sans surprise, je me tourne vers lui. Il a eu l'audace de venir me voir. Soudain, je le vois. Il est plus grand… Ce n'est plus le garçon de quatre ans à qui je racontais encore les histoires d'Aifread le pirate. Quel âge peut-il bien avoir ? Sept ans, huit peut-être ? Je ne sais plus, j'ai oublié de compter les années.
« Mère ! Vous avez vu ? Il neige dehors ! »
Je tourne mon visage vers la fenêtre. En effet, cela crève les yeux, mais je ne m'en étais pas rendu compte jusqu'à présent. Je m'étonne de sourire face à cette blancheur.
« Mère, cela vous dirait-il de sortir avec moi pour faire un bonhomme de neige ? »
A ce moment-là, des bruits de cavalcade se font entendre dans le couloir. Une domestique arrive, se saisit de Zélos, en lui murmurant sèchement :
« Maître Zélos ! Combien de fois vous l'ai-je dit ? Vous ne devez pas déranger votre mère !
-Mais… gémit-il.
-Laissez-le donc. »
La servante pousse un hoquet de surprise et mon fils me regarde avec sidération. Je me suis levée, quoique difficilement. Un instant, j'ai l'impression de ne plus tenir sur mes jambes. J'ai subitement vieilli d'une cinquantaine d'années, mais peu m'importe. Je souris faiblement, dans le vide. A l'adresse du garçon, je dis, sans que j'aie l'impression de lui parler directement :
« Eh bien, pourquoi pas… Cela ne me ferait pas de mal pour une fois. »
Son sourire illumine son visage rond à l'entente de ces mots, mais la soubrette proteste :
« Mais Madame ! Vous êtes fatiguée !
-Laissez-moi donc tranquille, pour une fois, et allez me préparer de quoi me vêtir pour sortir, ainsi qu'à Zélos. »
Résignée, elle s'en va, et mon enfant me fixe un moment d'un air d'incrédulité mêlé de ravissement, bien qu'il craigne de courir dans mes bras.
Tant mieux, je n'ai pas envie de sentir son contact contre moi.
~oOo~
Je suis dehors avec Zélos. Il semble si heureux. Je m'aperçois que cela fait très longtemps que je n'ai pas eu de tête-à-tête avec mon fils, et je le regarde avec attendrissement, commencer son bonhomme de neige. Il a sept ans –je l'ai su bien après, en lisant la date sur un calendrier dans le hall-, il peut bien s'amuser… Ce n'est qu'un enfant, encore.
« Regarde, maman ! Je te jure qu'il sera beau, rien que pour toi ! »
Je devine ses pensées. Il veut me faire un cadeau, je ne suis pas dupe. Cette attention me trouble. Comment peut-il encore me vouer une quelconque affection, alors que je l'ai délaissé, m'enfermant petit à petit, le haïssant de toutes mes forces…
« Maman, maman ! »
Maman. Ne lui avais-je pas dit, une fois, que cette appellation était bonne pour les domestiques et les gens du bas peuple ? Oui… Mais cela me fait tant plaisir de l'entendre dire cela, s'exprimer comme un véritable petit garçon, loin de toutes les contraintes sociales que sa vie lui impose.
« Tu as une carotte ? Ou une pomme ? Il sera drôle, mon bonhomme, avec son gros nez… »
Une brume me submerge soudain. Mon souffle crée une légère buée. C'est le froid. Malgré mon nombre conséquent de manteaux, je suis gelée. Je dois aller m'abriter à l'intérieur…
Mais je ne le fais pas. Il me jette des coups d'œil pétillants.
« Regarde, maman, les cailloux que m'a donnés le jardinier… Il paraît que ce sont des « galets », et qu'on les trouve en bord de mer… C'est vrai, maman ? Est-ce qu'on ira à la mer un jour ? »
Et tandis qu'il enfonce ses galets dans la neige de l'être né du froid, je me prépare à lui répondre, jusqu'à ce que j'entende soudain un craquement suspect. Je détourne les yeux. Je ne vois rien…
« Ah, euh, je… »
Zélos a déjà oublié sa question.
« C'est si beau, la neige… »
Je voudrais lui adresser un petit sourire, en cachant mon amertume. Mais je ne dois pas. Je le regarde en fronçant légèrement les sourcils.
« Maman, tu viens m'aid… »
Quelque chose, un déclic se forme dans ma tête. Je sens un sifflement, et mes jambes ne m'obéissent pas vraiment. J'agis alors plus vite que l'éclair. Zélos a à peine le temps de terminer sa phrase. Je suis sur lui, et je sens une vive douleur dans mon dos.
C'est très étrange, je sens que ça pique un peu. En même temps, c'est chaud, un peu trop peut-être. Comme un léger coup de soleil… Je me sens envahie d'une douceur bienfaisante.
Je n'entends rien, mes oreilles bourdonnent. Je vois juste les domestiques qui travaillaient autour de nous s'agiter soudain, et certains se précipitent vers nous. Leurs expressions… sont incompréhensibles. Oh, mais cette chaleur qui m'enveloppe tout entière, c'est…
J'entends un léger son, plus aigu que les autres, juste sous mon menton. Je baisse les yeux. Il y a un filet chaud qui s'écoule de ma bouche. Cela me fait du bien. Je le vois, alors… Il est la seule chose sur laquelle je peux me centrer, ses cheveux rubis, ses yeux myosotis, et il me fixe d'un air inquiet. Imbécile, ne voit-il pas que je me sens bien… ? Ne devrait-il pas être content ?
Je lui murmure quelques mots, prenant, ou essayant de prendre, un ton fâché, pour lui dire le fond de ma pensée. Ses yeux s'écarquillent. Il murmure quelque chose que je ne comprends pas. Pensant qu'il n'a pas entendu, je répète ce que je veux dire, et alors, il vacille dans mes bras, et ses poings se crispent sur ma robe. Il m'appelle. Je n'ai pas le réflexe de le serrer contre moi, et puis, de toute manière, il recule. Pourquoi t'éloignes-tu, vilain garçon ? Pourquoi ces cris ? Est-ce toi qui les pousses ? Non, ta bouche est juste entrouverte, et tu ne parles plus. Tes yeux deviennent gris, tout devient blanc ou noir autour de moi. Où sont les couleurs ? Et ces bruits, ces bruits atroces, arrêtez cela tout de suite…
Léandre, est-ce toi que j'entends ? Mais tu devrais être mort… Pourquoi me regardes-tu d'un air désolé ? Tu sais que je ne te pardonnerai jamais, jamais, jamais…
Par la Déesse, je deviens folle, aidez-moi, j'ai froid maintenant, la neige tombe. Elle est restée blanche, avec des nuances sombres. Lorsque les flocons me touchent, ils me brûlent. Je sens quelque chose de poisseux percer à travers mes bas. Et, par hasard, serais-je myope ? Ma vue est floue…Mon emprise se relâche, je tombe en arrière…
On me rattrape. Le toucher est léger, je me sens comme une poupée de chiffon, je ne peux plus bouger. Ma vue devient de plus en plus brouillée : les flocons de neige commencent à former une spirale autour de moi, et cette spirale devient un tunnel, j'entends quelqu'un qui m'appelle, je ne sais pas d'où la voix vient. Une autre, furieuse, me dit qu'il est temps et que je dois y aller. Mais, qu'y a-t-il au bout ? Tu verras, me dit la voix. Et l'autre voix, qui est suppliante, je l'oublie peu à peu, obnubilée que je suis par le bout de ce tunnel intrigant. Qu'elle est agaçante, cette mouche ! Elle peut bien s'en aller ! Et j'avance, peu à peu, et quelque chose me retient, et je me débats. Lâche-moi, lâche-moi, laisse-moi m'en aller ! Maman ! crie une dernière fois la voix, et elle me lâche le bras, et ça y est, je peux partir, je peux…
Je cours vers la lumière. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens euphorique, et je retombe en enfance, à l'époque où je pouvais jouer avec les enfants des domestiques, et où je n'avais aucun devoir. Et une lumière éblouissante vient dans ma direction, qui me happe, je…
Bonheur… Papa, maman… Maman, tu m'as manquée… Sourire, joie… Paradis… Myllie, Lé…
La fin est brutale, mais je ne l'imaginais pas autrement. J'espère que vous avez apprécié cette fiction et je souhaiterais remercier tous ceux qui m'ont reviewée jusqu'ici, ainsi que tous ceux qui ont pris la peine de me lire. J'espère avoir le plaisir de vous relire pour d'autres fictions que celle-ci !
Si un truc vous chiffonne, vous pouvez me demander d'écrire un petit chapitre bonus, histoire d'éclaircir certains points. Par exemple, ce qui arrive par la suite à l'entourage de Mylène... J'ai essayé de mentionner un maximum de personnes, histoire que personne ne s'étonne de ne pas voir certains personnages clés (brrr, dire que j'ai failli oublier Arthémise et Elliot à un moment !). Pour ma part, je trouve que cette fin est très bien comme elle est, mais si vous désirez quelque chose de moins... brusque, disons.
J'ai l'impression que je vais oublier de dire un truc...
Bah, non, rien de plus. Au pire, j'éditerais, histoire de.
Sinon, j'étais en train de me dire que je ferais bien de mettre un titre à chaque chapitre. Ce n'est qu'en terminant que je me dis finalement que ce serait pas si mal. Parce que "round", euh... Disons que ça va bien deux minutes, les anglicismes. On n'est pas dans un match de boxe.
Bref, à plus, les gens ! Au plaisir !
