10

L'Héritage


Madara s'approcha de Karasu, toujours agenouillé.

- Uchiha Itachi… murmura-t-il.

Karasu ne réagit pas, et Madara continua.

- Je connais ton identité depuis le début. Ton génie précoce et la puissance de ton chakra m'ont vite mis la puce à l'oreille, et j'ai fais quelques recherches. Mais vois-tu, de tels génies ne sont pas si courants, même au sein du clan Uchiha. Et tes clones de corbeaux… Il aurait fallu être aveugle pour ne pas reconnaître les jutsus d'Itachi.

Madara continua à marcher vers lui.

- C'est pourquoi tu vas mourir aujourd'hui, Itachi. Tu représente un danger trop important pour les Fils du Vent. La paix universelle nécessite le sacrifice de certains pour le bonheur du plus grand nombre. Je suis désolé.

Madara leva son sabre, le Mangekyou sharingan toujours activé. Au moment où il l'abattait, Karasu roula sur le côté, se leva et disparut sans un bruit dans une des galeries de la grotte.

- Alors Itachi, on joue à cache-cache ? rit Madara. Tu as passé l'âge, pourtant. Viens et affronte la mort comme un homme. Shisui n'aurait pas hésité, lui…

- NE PARLEZ PAS DE SHISUI ! hurla Karasu, sa voix semblant venir de toutes les directions.

- Allons, Itachi, ne fais pas l'enfant… Shisui n'aurait pas aimé que tu agisses de la sorte, et…

Karasu surgit, coupant Madara dans sa phrase.

- Taisez-vous.

Le ton de sa voix avait changé. Elle était glaciale.

Karasu s'approcha du corps de Shisui, et ferma les yeux quelques instants. Lorsqu'il les rouvrit, Madara put apercevoir le Mangekyou Sharingan, en forme de shuriken. Celui d'Itachi. Madara sourit.

- Le Mangekyou… Je crois que je mène toujours la danse, mon cher Itachi. Mon sharingan est encore bien plus développé que le tien.

Karasu ne dit rien, et baissa la tête. Lorsqu'il la releva, une nouvelle larme coula de son œil droit. Une larme de sang.

Amaterasu

Une immense flamme noire sortit de nulle part et fondit sur Madara. La flamme semblait agir de sa propre volonté mais était en fait contrôlée par Karasu qui fixait Madara de son œil droit injecté de sang.

- Que… Amaterasu ? Madara semblait étonné.

« Comment a-t-il pu maîtriser aussi vite l'Arcane Lunaire ? Ce type serait encore plus précoce que l'Itachi original ? En tout cas ça chauffe pour moi… » pensa Madara, en activant son œil droit, disparaissant aussitôt dans une autre dimension en tourbillonnant.

Malgré tout, il n'avait pu éviter certaines flammes qui le suivirent dans cette dimension. Le bras de Madara commençait à se consumer. Dans un soupir, Madara usa à nouveau de son jutsu spatio-temporel.

Pendant ce temps-là, Karasu, la main sur son œil droit, s'efforçait de lutter contre la douleur qui avait suivi, et qui lui vrillait la tête. Ça faisait mal ce truc !

Alors qu'il se faisait cette réflexion, Karasu eut la désagréable surprise de voir Madara réapparaître en face de lui. Indemne et débarrassé des flammes de l'Amaterasu.

- Comment as-tu fait ? lui demanda Karasu d'une voix lasse.

- Oh, un simple tour de passe-passe. Disons que je suis allé dans une dimension où même les flammes de l'Amaterasu ne peuvent brûler.

- Vraiment ? J'ignorais que c'était possible… Y a t-il une limite à l'utilisation de ce jutsu spatio-temporel ? Il est de plus en plus énervant.

- Tu ne penses quand même pas que je vais te le dire ? répondit Madara en souriant.

- En tout cas, tu n'as plus beaucoup de chakra… Je le vois avec mon sharingan.

- Et toi de même, Itachi. Ce combat va bientôt se terminer. A ce propos, préfère-tu être incinéré ou enterré ? J'avoue que l'incinération serait plus pratique : Un Katon et on en parle plus…

Karasu ne répondit pas à la provocation et composa les signes d'un jutsu.

- Katon : Yuubae no jutsu ! (embrasement du ciel au couchant)

Une quantité pharaonique de flammes de couleurs variant entre le rose, le rouge et l'orange sortit de la bouche de Karasu, se dirigeant vers un Madara impressionné malgré lui.

- Impressionnant… Tu en as encore beaucoup de jutsus comme ça ?

« La situation est grave, j'ai juste assez de chakra pour utiliser mon œil droit une seule fois… Comment l'autre Madara peut-il l'utiliser aussi souvent ? Mais je n'ai pas le choix, je dois utiliser mon Kagegensô. J'éviterai l'attaque, mais je ne pourrai pas revenir avant quelques temps… » pensa Madara, alors que la vague de feu convergeait vers lui.

Juste avant que les flammes ne le touchent, le corps de Madara se mit à tourbillonner et il quitta cette dimension. Néanmoins, alors que son corps disparaissait peu à peu, il dit à Karasu :

- Nos chemins se séparent ici, Itachi. Nous nous reverrons plus tard… Mais tu n'es pas ma priorité pour l'instant. Je dois d'abord trouver l'élu, et le tuer. Bye Bye !

Les flammes de Karasu rencontrèrent la paroi de la grotte, qui fut embrasée pendant quelques instants, avant que les flammes ne s'éteignent progressivement, faute de combustible.

« J'ai échoué… » se dit Karasu en s'effondrant sur le sol de la grotte. Il resta allongé pendant plusieurs minutes avant de resonger aux paroles de Madara.

« Il a raison… je ne dois pas me laisser porter par la douleur… Shisui ne l'aurait pas voulu.

Lentement, il se releva, et se dirigea vers le corps de Shisui, qu'il hissa sur ses épaules.

Connaissant le caractère et les croyances de Shisui, Karasu était persuadé qu'il voulait être incinéré. Aussi, une fois arrivé au château par déplacement instantané, déposa-t-il avec douceur le corps sur la plage qui faisait face au château.

- Shisui, tu étais comme un frère pour moi… Je m'efforcerai de perpétuer ton souvenir à jamais. Je ne t'oublierai jamais, et je te vengerai. Repose en paix, dit simplement Karasu.

Katon : Goukakyuu no jutsu.

La flamme embrasa alors le corps de son ami. Karasu se surprit à regarder la fumée qui s'élevait au-dessus du brasier, et la vit prendre la forme de son ami.

« Un genjutsu ? Shisui serait vivant ? » pensa Karasu le cœur battant. Il cligna des yeux, et la vision s'estompa. Il ne vit plus qu'une simple fumée, qui disparaissait dans le ciel sans nuages.

« J'ai dû rêver, conclut Karasu en se frottant les yeux.

Le jeune shinobi resta quelques minutes à regarder le ciel, avant de marcher vers le château, que Madara avait semble-t-il décidé d'abandonner.

En effet, le château était désert : aucune trace des Fils du Vent. Soudain, le regard de Karasu se posa sur le tatouage qu'il portait à l'épaule, et il se souvint du Rituel.

A l'occasion de chaque cérémonie d'intronisation, le nouveau Fils du Vent recevait ce tatouage, un sceau très puissant qui empêchait toute Fils du Vent ayant trahi l'Ordre de pénétrer dans le château. Mais le Général étant décédé, Karasu ne savait pas combien de temps les sceaux allaient pouvoir se maintenir…

Karasu, très vite, ressentit le poids de la solitude. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vécu seul ! La compagnie des autres Fils du Vent était devenue naturelle pour lui, de même que les bavardages qui animaient habituellement le château… Toutes cette vie lui manquait déjà.

Karasu, sans trop savoir pourquoi, se dirigea vers le bureau du Général. Il n'y était allé que très rarement, et avait l'impression de rompre un interdit en pénétrant dans la pièce sans autorisation. Karasu laissa son regard vagabonder sur les objets qui se trouvaient là.

Masques africains, souvenirs de Paris, photos diverses et variées… Le Général avait de toute évidence eu une vie bien remplie. Karasu s'attarda sur les photos, et soudain, son front se plissa. Etait-ce possible ?

Approchant son visage de la photo, il retint une exclamation de surprise. Ses parents se trouvaient sur la photo, avec le Général ! Karasu retourna le cadre, et lit l'en-tête :

Mon neveu Minoru et sa femme Solène, 1990.

Le Général était son grand oncle ! Pourquoi ne lui avait-il jamais dit ? Très étonné, Karasu reposa la photo qui datait de cinq ans avant sa naissance.

Puis il regarda de nouveau autour de lui, à la recherche d'une autre photo de ses parents.

Alors qu'il examinait les tableaux accrochés aux murs, le regard de Karasu fut happé par un des tableaux. Un dragon rouge. Karasu repensa au dernières paroles du Général.

L'œil du Dragon rouge te donnera les moyens de continuer. Un tour puis un-deux-zéro-neuf. Bonne chance, Karasu.

Karasu approcha sa main du tableau et toucha l'œil du dragon, ici vu de profil. Il fut surpris de constater que l'œil était en relief. Repensant aux consignes de Fugaku, il tourna l'œil d'un tour complet, et s'écarta. Aussitôt, le tableau coulissa sur le côté, laissant place à un coffre-fort très imposant mais rudimentaire incrusté dans le mur. Sans attendre, Karasu composa le code. Un…Deux…Zéro…Neuf.

La porte du coffre s'ouvrit dans un grincement. Karasu après avoir jeté un coup d'œil à l'intérieur, constata que ledit coffre contenait deux enveloppes. Et c'était tout.

Il retira les enveloppes, ferma le coffre, et commença à ouvrir celle du dessus.

L'enveloppe contenait de l'argent. Beaucoup d'argent. La liasse était si épaisse que Karasu se demanda combien d'argent pouvait bien contenir cette enveloppe.

Il la retourna, et vit inscrit au dos : un milliard de yen.

Karasu déglutit. Un milliard de yen, cela représentait plus de sept millions d'euros. Karasu n'avait jamais vu autant d'argent liquide. Mais encore marqué par la perte de ses proches, l'argent constituait le dernier des soucis du jeune homme.

Il passa à la seconde enveloppe, qui contenait une lettre. Karasu, reconnaissant l'écriture du Général, se mit aussitôt à la lire.

Cher Karasu,

Si tu es en train de lire cette lettre, c'est que je suis mort. Mort sans t'avoir révélé que j'étais ton grand-oncle et dernier membre de ta famille, bien qu'il me faille rectifier ce point à la fin de cette lettre. Ce fut mon choix de te le cacher, et je m'en excuse. Mais vois-tu, depuis plusieurs mois, il me vient souvent une mauvaise impression : celle que quelqu'un, parmi les Fils du Vent, possède de mauvaises intentions. Une aura meurtrière qu'il m'arrive de ressentir. Je pense qu'il y a une taupe chez les Fils du Vent ! Si je suis mort, il y a de grandes chances que ce soit à cause de ce traître. Et dans ce cas-là j'imagine que je ne t'apprends rien. La révélation de notre lien t'aurait sans doute mis en danger, car le traître aurait pu chercher à m'atteindre à travers toi.

Karasu, je suis désolé, mais je suis dans l'obligation de te confier une lourde tâche : celle de continuer mon œuvre et de mener les Fils du Vent. J'ai espoir que tu trouves l'élu et que ce dernier sauve le monde du danger qui le menace. Néanmoins, tu es encore jeune, et je comprends que tu n'aie pas forcément envie de consacrer ta vie à cela. C'est pourquoi j'ai espoir que tous tes amis, en particulier Shisui, te viendront en aide dans cette tâche herculéenne.

Karasu s'arrêta, un sourire triste sur les lèvres, puis reprit sa lecture.

Tu l'as sans doute compris, moi, Yashimoto Wasari, te lègue tous mes biens, ce qui inclut le Château, mon argent, et tous mes autres biens. J'ai d'ailleurs pris soin de faire en sorte que le sceau des Fils du Vent se maintienne à travers toi. Tu es le nouveau Maître des Fils du Vent, Karasu, c'est une grande responsabilité, mais je sais que tu en es digne.

Passons maintenant à un problème plus important. Tu sais qu'il y a une chose qui me turlupine depuis un certain temps : Le fait que les Uchiha soient les seuls à être réincarnés.

Malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi à découvrir la source de cette anomalie. Toujours est-il que je te confie cette tâche, Karasu, vraisemblablement déterminante dans la découverte de l'élu.

Enfin, je dois te faire une révélation qui sera sans doute pour toi plus importante que tout l'or du monde. Tu as un frère, Karasu. Tes parents, juste avant de mourir, ont eu un autre fils, de deux ans ton cadet. Il s'appelle Akio et vit au Japon depuis sa naissance, dans un orphelinat de Tokyo, nommé Hizushi Bankai, du nom de son fondateur.

Je te souhaite de retrouver ton frère, et regrette de ne pas avoir passé plus de temps avec toi.

Yashimoto Wasari, le 2 janvier 2012.

Karasu en resta bouche bée pendant quelques instants ! Il avait un frère !

Soudain, il repensa aux corps de Budi et du Général et s'insulta lui-même. Obnubilé par Shisui, il avait oublié de les enterrer ! Même si les deux coéquipiers n'avaient pas été très proches, il se devait de l'enterrer, de même pour son grand-oncle, et Arashi aussi.

Karasu se rendit donc à la grotte, et sortit tour à tour les trois corps pour les enterrer à l'extérieur. Il décida de creuser les tombes sans s'aider de jutsus, et le fit à la pelle. Au crépuscule, il en avait fini avec cette tâche funèbre.

Il pénétra derechef dans la grotte, afin de vérifier qu'il n'avait oublié aucun autre cadavre , c'est que ça en faisait des macchabées ! Il fit un tour de la grotte, et s'apprêtait à repartir, lorsqu'il vit la même lumière que la première fois. Cette fois-ci, il ne rêvait pas. Il se dirigeait vers la petite lueur lorsqu'il vit la paroi de la grotte face à lui, et aucune trace de la lueur.

Perplexe, il s'avança vers la paroi, et posa la main sur le mur. Ou plutôt essaya.

Karasu vit, avec une surprise mêlée d'horreur, sa main passer à travers la paroi.

Il comprit tout de suite

- Kai ! s'exclama-t-il.

Le paroi rocheuse disparut d'un seul coup. A la place, un long couloir faisait face à Karasu, au fond duquel il reconnut la lueur.

« Enfin je te tiens maudite lumière… »

Il se dirigea vers elle, captivé par cette lueur blanche qui semblait irréelle.

Lorsqu'il y parvint, il se dit qu'il avait raison, d'une certaine manière. De toute évidence, la lumière était une porte vers une autre dimension.

« Est-ce par-là que l'élu doit partir ? Non, impossible. L'ouverture est bien trop petite », se dit Karasu. En effet, l'ouverture faisait trente centimètres de haut pour vingt centimètres de large. En s'approchant encore plus près, il put distinguer un sceau. A quoi servait-il ?

Les connaissances de Karasu en Fuuinjutsu, bien qu'approximatives, lui firent dire que le sceau était à vocation préventive. De toute évidence, le sceau permettait d'empêcher une quelconque sortie… Ou non !, se reprit-il. Le sceau bloquait les flux dans l'autre sens, à savoir ceux provenant de l'autre monde.

« Comment ça se fait ? Jiraya n'aurait eu aucun intérêt à sceller ce passage ».

Karasu étudia plus avant le sceau, et reconnut, à sa grande surprise les kanji du clan Uchiha et du mot accès.

Et la lumière fut. Karasu comprit tout. Le sceau était l'œuvre de Madara, de même que le Genjutsu à l'entrée. Le sceau permettait de bloquer les pouvoirs des non Uchiha ! Leurs réincarnations ne pouvaient pas les recevoir ! Le plan était parfait : il permettait d'empêcher l'élu de recevoir ses pouvoirs, et d'ainsi annuler la prophétie ! Madara avait menti en disant vouloir tuer l'élu, puisqu'il pensait que ce dernier ne verrait jamais le jour.

« En réalité, Madara a tout fait pour que nous cherchions l'élu afin de nous éloigner de la grotte », songea Karasu.

Karasu, après avoir étudié le sceau, comprit comment l'annuler, et commença à effectuer les signes. Lorsqu'il eut terminé, il pressa la paume de sa main sur le sceau, qui se dissout.

Au moment où le sceau partait en fumée, Karasu fut projeté en arrière par un souffle incroyable. Il se plaqua aussitôt contre la paroi.

- Que…

Karasu pensa d'abord à un piège, mais la vérité lui apparut bien vite :

En relâchant tous les pouvoirs retenus depuis plus de deux ans par le sceau, la puissance de ces pouvoirs avaient déferlé dans la pièce, puisque tous étaient sortis à la fois.

Quelques minutes plus tard, Karasu se décolla de la paroi et s'approcha de la faille dimensionnelle. Posant sa main sur cette dernière, il ne ressentit aucun souffle. De toute évidence, les dernières réincarnations avaient reçu leur pouvoirs.

Repensant à son frère, Karasu se dit qu'il était temps d'aller le chercher. Il pénétra dans le couloir, en regardant autour de lui. De multiples gravures se voyaient sur les murs.

Soudain, Karasu s'arrêta, interpellé par l'une d'elle, qui semblait être une énigme : Un grand sceau était surmonté de deux phrases :

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