35

Visite chez Sasori


Deidara n'en revenait toujours pas. La Russie…

- Et comment expliques-tu ceci ? Je pensais que ton Naruto était un shinobi des plus puissants, dit-il à Hinata d'une voix mordante.

- C'est à cause de la cellule, crétin. Théoriquement, il était impossible d'y pratiquer le Ninjutsu. C'est déjà incroyable qu'il ait pu nous faire sortir de ce trou moisi.

Deidara s'apprêtait à répliquer lorsque le voix du vieux russe se fit à nouveau entendre.

- Vous parlez japonais ?

Surpris, Hinata et Deidara se retournèrent vers leur hôte. Ainsi ce dernier parlait japonais ! Etonnant, mais voilà qui allait faciliter les choses…

- Oui monsieur, déclara Hinata. Nous sommes des voyageurs égarés qui…

- Des voyageurs égarés, répéta le vieil homme en lui coupant la parole. Qui serait assez dingue pour voyager à pied et vêtus comme vous l'êtes en plein hiver sibérien ?

- Cela ne regarde que nous, répondit sèchement Deidara.

Le russe le regarda quelques instants, puis haussa le épaules.

- Bah… Tout cela m'est égal après tout. Quoi qu'il en soit, vous avez de la chance d'être tombé sur un des seuls habitants de Sibérie Orientale à connaître le japonais ! En revanche, si vous voulez rester, il va falloir mettre la main à la pâte, ajouta-t-il.

Le blond balaya cette possibilité du revers de sa main.

- Nous ne comptons pas rester, rassurez-vous. Nous…

- Vous avez de l'argent ?

Hinata et Deidara échangèrent un regard éloquent. Ils n'avaient pas un sou.

- Alors vous ne pourrez pas partir d'ici avant un bon moment, conclut le vieux russe. Vous êtes à plus de trois cent kilomètres de la ville la plus proche. Vous n'avez pas d'argent, et vous n'avez aucun vêtement chaud. Si vous partez maintenant, c'est la mort assurée.

Deidara ouvrit la bouche, mais l'homme reprit aussitôt :

- Vous êtes des shinobis, hein ? C'est ce que j'ai cru comprendre en vous écoutant.

- Exactement ! s'écria Deidara. Et nous pouvons courir à très grande vitesse, voire utiliser des jutsus de déplacement rapide et…

- Ridicule, répondit l'autre. Quelque soient vos compétences, vous ne pourrez pas survivre au froid. A moins que vous ne puissiez vous téléporter instantanément à l'endroit voulu, mais j'en doute. Si c'était le cas, vous ne seriez pas ici.

L'artiste des explosions croisa le regard d'Hinata, et vit que cette dernière partageait l'avis du russe. Ils ne pouvaient rien faire pour l'instant.

- Oui, il semblerait que nous devions rester, admit Hinata. Vous parliez de travail…

- Tout à fait, sourit le vieil homme. Votre force surhumaine me sera très utile, et si vous m'aidez dans mes tâches quotidiennes, dont la pêche et la chasse, je vous fournirai un salaire, ainsi que le gîte et le couvert.

- C'est une offre très généreuse. Nous l'acceptons, répondit immédiatement Hinata.

Deidara lui lança un regard noir. Elle aurait pu lui demander son avis quand même !

Mais lorsque la kunoichi reporta son attention sur lui, il retrouva instantanément son masque souriant. Chercher des noises à Hinata revenait à s'assurer un aller immédiat et définitif pour l'Enfer…

- En garde ! s'écria Suigetsu en levant son sabre.

Zabuza l'imita, et tous deux se préparèrent au combat, se fixant comme des chiens de faïence.

Le Capitaine Rêve possédait une épée assez grande, mais qui avait des allures de cure-dent par rapport au sabre de l'original, à savoir le fameux Kubikiri Houcho.

De son côté, Suigetsu avait choisi un sabre court et fin, plus adapté à son style de combat, et à ses talents d'assassin.

Tayuya arbitrait le duel, les yeux rivés sur son maître et sur son camarade. Un entraînement entre deux épéistes était toujours spectaculaire ! Pour cela, ils avaient réquisitionné le tatami principal, les autres équipes se contentant d'un peu moins de place. Bien évidemment, cela n'avait pas plus à Kakashi, qui avait râlé à qui mieux mieux pendant des heures, jusqu'à ce que Tsunade emploie la manière forte pour le faire taire.

Après s'être jaugés pendant plusieurs secondes, les deux bretteurs mirent un terme à leur immobilité, et s'élancèrent simultanément vers leur vis-à-vis.

Zabuza portait des coups surpuissants, tandis que Suigetsu préférait sacrifier la puissance pour la précision. Ce dernier, conscient de la force monstrueuse de son maître, préférait esquiver, tandis que ses propres attaques étaient parées par la lame de Zabuza.

Le combat allait en s'éternisant, jusqu'à ce que Zabuza accélère la cadence. Sa lame s'abattit à une vitesse extraordinaire sur le sabre de Suigetsu, qui vola en éclats.

Les équipes Amertume, Silence et Absolution, qui s'entraînaient à côté, jetèrent un regard surpris sur le nouveau Capitaine. Une telle puissance incitait au respect.

Bien évidemment, Killer Bee parut tout particulièrement intéressée par les aptitudes de Zabuza, et se dirigea vers lui, laissant Kakashi en plan.

Le ninja copieur soupira. Il avait la flemme de la rappeler, conscient que sa demande tomberait dans l'oreille d'un sourd. Il fit donc face à son deuxième élève, Kabuto.

Un nouveau combat se mit bientôt en place, opposant Killer Bee au Capitaine Rêve.

Ce dernier était confiant. Il y avait peu de chances qu'il perde contre une simple élève, après tout ! Si Itachi lui avait donné le grade de Capitaine, c'était probablement parce qu'il surpassait le niveau des élèves. Zabuza était tout sauf vantard, mais il ne se voyait pas perdre.

De son côté, Killer Bee était encore plus décontractée. Elle feuilletait son éternel carnet, à la recherche d'une rime adaptée aux circonstances.

- Yo le nouveau ! Je suis Killer Bee, et les épées sont ma vie. Montre moi ton style, dans un combat viril, et voyons qui de nous deux, se trouve être le plus preux !

Zabuza haussa un sourcil, puis un sourire s'étala sur son visage.

- C'est d'accord… Je vais te montrer qui est le meilleur épéiste, Bee.

Celle-ci n'eut aucune réaction et garda le nez dans son carnet.

Tous les autres shinobis avaient abandonné leurs activités pour assister au duel, qui s'annonçait passionnant.

Hashirama, Kakashi et Tsunade, avaient eu l'idée géniale de parier sur le résultat du combat, sous les yeux d'un Shino réprobateur.

- Je parie deux mille yens (un peu moins de vingt euros) que Killer Bee en fait de la compote, déclara Hashirama en s'allongeant sur un tatami pour regarder la joute.

- Je parie dix mille yens sur mon élève, dit simplement Kakashi.

Tsunade les regarda à tour de rôle, puis prit la parole.

- Pour ma part, je mise mes deux mille yens sur Zabuza ! C'est un nouveau, et il est Capitaine, je suis sûr qu'il nous réserve des surprises !

Tayuya s'éclaircit la gorge, puis rappela les règles aux deux shinobis.

- Pas de Ninjutsu, de Genjutsu, et interdit d'utiliser un Dôjutsu, un Bijuu ou d'utiliser des sceaux. Seules les armes blanches sont acceptées. Le combat se termine au premier sang versé.

Les deux protagonistes hochèrent la tête, puis Killer Bee enleva sa cape, révélant les sept épées qui y étaient dissimulées.

Zabuza écarquilla les yeux. Elle n'allait pas les utiliser toutes à la fois, tout de même !

L'ordre de Tayuya claqua comme un coup de fouet.

- Combattez !

Sans attendre, Zabuza partit comme un fusée, et porta un coup de taille à la kunoichi. Celle-ci esquiva d'une pirouette, puis chanta :

- Pétale volant au vent, mirage pénétrant, danse et vole, ô rossignol…

La jinchuuriki disparut soudain, pour réapparaître dans le dos d'un Zabuza déjà dépassé.

Killer Bee se mit aussitôt à faire tournoyer ses épées, à une vitesse telle que les yeux de son adversaire en étaient trompés.

Il avait l'impression de voir cent épées tourner autour d'elle, et ne savait plus distinguer l'illusion de la réalité.

Pourtant, lorsque Killer Bee abattit son premier sabre, elle eut la surprise de le voir contré.

Zabuza avait réussi à le parer !

Ce dernier était aussi surpris qu'elle. Son sabre avait agi de lui-même. Puisqu'il ne pouvait plus compter sur ses sens, il s'en remettait désormais à ses réflexes, qu'il avait perfectionné au cours de ses innombrables séances d'entraînement.

Mais Zabuza n'eut pas l'occasion de contre-attaquer. Bien qu'il eut paré la première lame, les six autres ne manquèrent pas de l'attaquer à leur tour, et la dernière passa si près qu'elle lui frotta la peau.

Rêve recula d'un bond puis, fondit sur Bee. S'il lui laissait le temps d'attaquer, il était condamné. Comment lutter contre une tornade d'acier ?

Killer Bee para le sabre avec deux des siens, mais ne put s'empêcher de fléchir sous la force de Zabuza. Une telle force de la nature, c'était inconcevable !

Conscient qu'un duel de force physique se conclurait inévitablement par sa défaite, elle propulsa ses cinq autres sabres vers l'épaule de Zabuza, qui ne pouvait l'éviter.

En effet, son seul sabre était immobilisé par deux des katanas de la jinchuuriki, ce qui ne lui laissait aucune protection.

Zabuza dut donc stopper son offensive, afin d'utiliser son sabre pour parer la nouvelle attaque de Bee.

« Je n'ai aucune chance… Comment battre ses sept sabres ? Elle pare mes attaques, et utilise ses armes restantes pour me porter un coup…

Mais il refusa de baisser les bras. Son adversaire avait beau maîtriser une technique extraordinaire, il avait à son actif une force titanesque, et plus d'entraînement que quiconque.

Zabuza fit alors tournoyer son sabre, imitant en cela son adversaire, qui cessa d'attaquer.

En effet, faire tourner son arme autour de soi permettait de concilier défense et attaque, et donnait une grande vitesse à l'arme, qui voyait sa force destructrice décuplée.

« Si cette arme me touche, c'en est fini de moi », songea Killer Bee. « Mais cette technique possède deux faiblesses. Premièrement, elle fatigue beaucoup son utilisateur. Deuxièmement, elle laisse une ouverture, dès lors que l'on est assez rapide pour la saisir… »

Sur cette réflexion, Killer Bee chargea Zabuza, qui accéléra encore son mouvement.

Alors que Bee était tout proche de la zone délimitée par les rotations du katana, elle bondit.

Zabuza, qui avait augmenté la vitesse de rotation pour s'assurer de l'invulnérabilité de sa protection, jura. Il s'était fait avoir, et en beauté.

Il essaya de ralentir son arme, afin de la lever au dessus de sa tête, mais l'énergie cinétique était trop grande. Il était emporté par son élan, et ne pouvait que continuer à décrire des cercles avec son épée.

Pendant ce temps-là, Killer Bee, en suspension dans les airs, abattait un de ses katanas sur l'épaule de Zabuza, qui se mit à saigner.

Ce dernier savait qu'il avait perdu, mais il constata avec effroi qu'il n'arriverait pas à stopper la rotation assez vite : Il faucherait Killer Bee lorsqu'elle atterrirait à côté de lui, c'était inévitable.

Zabuza banda ses muscles, et la vitesse du sabre diminua. Mais pas assez.

Alors que le sabre se dirigeait vers la jambe de Killer Bee qui se rapprochait du sol, la kunoichi reprit subitement de l'altitude, sous les yeux d'un public médusé.

En effet, Killer Bee utilisait ses lames comme les pales d'une hélice, à une telle vitesse qu'elle volait comme un hélicoptère.

Après s'être éloigné de Zabuza, qui avait finalement arrêté son épée, elle se posa en douceur sur le sol, et sortit son calepin de sa poche, afin d'y noter une nouvelle phrase.

Le Capitaine, encore sous le choc, se gratta la tête, tandis que Tayuya annonçait la victoire de Killer Bee.

Tsunade jura, tandis que Hashirama et Kakashi laissaient libre court à leur satisfaction, et empochaient les gains. Une fois de plus, la malchance de Tsunade au jeu leur rapportait gros…

Zabuza quitta le tatami, puis s'assit un peu plus loin, tête baissée. Il n'avait encore jamais perdu un duel à l'épée, et avait failli tuer sa partenaire…

- Hey, Capitaine, ne faites pas la tête ! lui lança Suigetsu en s'asseyant à côté de lui. Même vous, vous n'aviez aucune chance contre Killer Bee sans le Ninjutsu.

- Ce n'est pas ça le pire, répondit Zabuza au bout d'un moment. J'ai bien failli la tuer, je n'arrivais pas à stopper mon attaque…

- Bah ! Comme tu as pu le voir nounours, j'ai de la ressource ! chanta Killer Bee en s'asseyant à côté de lui.

Zabuza lui présenta ses excuses, mais elle les refusa en bloc, avant de griffonner quelques mots sur son calepin, puis de se lever en hâte et de quitter la pièce.

- Mais comment se fait-il qu'elle soit si forte ? demanda Zabuza à Kakashi qui passait devant lui. Je suis pourtant Capitaine et..

- Bee a largement le niveau pour être Capitaine, le coupa le ninja copieur. C'est juste que ça ne l'intéresse pas. Mis à part faire des rimes, et combattre de temps en temps, elle n'a aucune envie de s'arroger des responsabilités. Moi non plus d'ailleurs… Mais bon, j'avais aussi la flemme de refuser…

Après quelques minutes passées à ressasser de sombres souvenirs, Itachi se décida à quitter son bureau pour se rendre au labo d'Orochimaru. Il s'y rendit par déplacement rapide, plus par flemme que par urgence.

Il surgit devant Orochimaru, qui, surpris, sursauta.

- Itachi-san, évitez d'apparaître comme ça, à l'improviste… Certaines de mes expériences sont assez… délicates, vous savez.

Le Seigneur des Corbeaux opina du chef, puis lui demanda :

- Il paraît que tu as trouvé, pour ce deuxième indice ?

Orochimaru se gratta l'oreille avec gêne.

- Et bien… Ce n'était pas si dur que ça… Il suffisait de penser à la chimie !

- A la chimie ?! s'exclama Madara. Mais comment…

Le côté noir de Zetsu sourit, puis répondit :

- Pour la plupart des gens, le terme CPE n'évoque rien de plus qu'une profession dans le cadre scolaire. En revanche, les chimistes vous donneront une toute autre réponse.

« L'état ne change pas. Pars du Fer et trouve les autres. Trois au nord, sept à l'ouest. Trois au nord, sept à l'ouest. Deux au nord, huit à l'est. La CPE t'aidera. » dit le parchemin. Le mot « état » m'interpellait, et j'ai fini par comprendre.

Zetsu se dirigea vers une affiche qui se trouvait au fond du laboratoire, et la montra à Madara.

- Voici votre CPE ! La Classification Périodique des Eléments. Il semblerait que les éléments chimiques, ainsi que cette classification, existent également dans le monde de Naruto, puisque Jiraya y fait référence. Ce dernier les aura sans doute appris au cours de son apprentissage. En effet, j'ai découvert qu'il avait commencé une formation de ninja médical, afin d'y suivre Tsunade, avant de finalement abandonner, rebuté par la difficulté. Il en aura gardé des souvenirs…

- Magnifique ! s'exclama Itachi. Tu es un génie Orochimaru ! Il suffit donc de partir du fer, et de suivre les instructions, pour trouver un nouvel élément ?

- C'est cela même, confirma Orochimaru.« Pars du Fer et trouve les autres. Trois au nord, sept à l'ouest. Trois au nord, sept à l'ouest. Deux au nord, huit à l'est. » En partant du fer, on remonte de trois cases…

Le doigt d'Orochimaru se posa sur la case « Fe », puis monta de trois cases, avant de se rendre à la septième case sur sa gauche.

- H, Hydrogène, énonça Orochimaru.

Il répéta l'opération pour la seconde instruction, strictement identique, puis exécuta la dernière.

- On montre de deux cases, puis huit cases sur la droite, ce qui nous donne…

Le doigt d'Orochimaru glissa, et il murmura en même temps qu'Itachi :

- O, Oxygène…

Après un instant d'hésitation, Orochimaru se retourna en souriant bêtement.

- … Ce qui nous donne H20, c'est-à-dire la formule de la molécule d'eau.

Itachi fit la moue.

- Ainsi, la flèche de fer serait une flèche d'eau ? Je ne vois toujours pas. A moins que… Mais oui ! La phrase de Jiraya disait : « l'état ne change pas » ! Le fer étant solide dans le cas qui nous intéresse, il s'agit donc…

- … D'une flèche de glace, conclut Zetsu.

- Une flèche de glace ? répéta Madara sans comprendre. Qu'est-ce que ça veut dire ? Il parle d'un Iceberg en forme de flèche ?

- Oui, répondit Zetsu. Je pense que c'est ce que qu'il veut dire. Néanmoins, la recherche risque de prendre du temps…

- C'est le moins que l'on puisse dire ! s'exclama Itachi. Je ne nous vois pas arpenter les pôles jusqu'à ce que nous trouvions ce maudit iceberg...

- Moui... Quand au premier indice …

- « Le premier se trouve à l'intérieur de la flèche de fer, par-delà les mers, là où règne l'hiver », récita Itachi. Voilà qui conforte ta théorie. Reste à trouver cette flèche de glace…

Sitôt qu'Itachi lui eut fait part des découvertes d'Orochimaru, Kakashi se jeta sur son PC et commença à pianoter sur le web. Son entrain diminua nettement lorsqu'il se rendit compte qu'Itachi avait placé des filtres l'empêchant d'avoir accès à ses sites préférés, à savoir de Hentaï. Tsunade se trouvant non loin, le ninja copieur estima judicieux de se la fermer et de faire avec. Tant pis pour les Hentaï…

- Bon, entre les mots « flèche » et « iceberg » sur Google, qu'on voie ce que ça donne, lui ordonna Itachi.

- Rah… Je sais, je ne suis pas bête, grommela Kakashi en lançant la recherche.

Itachi le laissa à son travail, et partit à la salle d'entraînement. Il commençait à rouiller, ce qui était extrêmement préjudiciable, au vu de la bataille qui s'annonçait.

Alors qu'il atteignait le dojo, il pila net. Il avait failli oublier Sasori.

« Et merde… J'ai rendez-vous dans cinq minutes avec Naruto pour qu'on aille chez Sasori. J'avais complètement oublié… » songea-t-il.

Une fois de plus, le chef d'Amaterasu ne trouvait pas le temps de s'entraîner, ce qui avait le don de l'énerver prodigieusement.

Il rejoignit Naruto dans le hall à l'heure prévue, ce dernier arborant son éternel sourire en voyant son ami.

- Yo Itachi ! Tu es prêt ?

- Hn…

Considérant cette réponse -qui en aurait rebuté plus d'un- comme un oui, Naruto sortit de sa poche un des ses kunais spéciaux, et exécuta aussitôt son jutsu de téléportation.

Lorsqu'Itachi ouvrit les yeux, il constata qu'ils se trouvaient dans un endroit très sombre, à tel point qu'il ne voyait même pas ses propres mains.

- Où est-ce que ce vieux con a rangé mon précieux kunai ? pesta Naruto en donnant un coup de pied devant lui, à l'aveuglette.

Il y eut un bruit sourd, et la lumière inonda la pièce, les aveuglant subitement. Itachi se frotta les yeux, puis sortit de ce qui s'avérât être une armoire. Naruto parut bien embêté en voyant que son pied avait proprement défoncé la porte de ladite armoire, mais Itachi le dissuada d'essayer de réparer les dégâts. Le temps pressait.

Rassemblant le peu de souvenirs qui lui restaient depuis sa dernière visite, Itachi s'engagea dans un couloir, Naruto lui emboîtant le pas comme un chien suivrait son maître.

Les deux puissants shinobis se dirigeaient vers le salon, lorsqu'ils entendirent du bruit, qui semblait venir de la cuisine.

- Sasori, tu es là ? fit Itachi en se dirigeant vers elle.

Naruto suivit son ami à l'intérieur de la cuisine, où ils s'immobilisèrent. Un homme était en train de faire la vaisselle, juste devant eux. C'était sans aucun doute la personne qu'ils avaient entendue, mais qui était elle ?

Itachi se saisit de son kunai, et s'approcha lentement de l'homme en question.

Ce ne pouvait pas être Sasori, car ce dernier avait plus de soixante-dix ans. Or, cet homme semblait assez jeune.

« Mais alors qu'est-ce qu'il fout ici, à faire la vaisselle ? M'étonnerait que Sasori l'ai payé pour le faire, vu que le vieux est assez sectaire, et aime se débrouiller tout seul… Si ça se trouve, ce type est de l'Aka… » pensa Itachi alors qu'il était tout proche de sa cible.

En deux temps trois mouvements, Itachi immobilisa les bras de l'homme, qui n'opposa aucune résistance. De toute évidence, il contrôlait la situation. Néanmoins, un étrange sentiment l'envahissait peu à peu. Il était en danger…

Il bondit juste à temps pour éviter la lame, qui venait de sortir du dos de son adversaire.

Naruto, qui regardait la scène en se curant le nez, n'en croyait pas ses yeux. Mais qu'est-ce que c'était que cet olibrius ?

L'étrange personnage se retourna lentement, et leur fit face en souriant.

- Itachi, Naruto… Etrange façon de dire bonjour…

Itachi fronça les sourcils.

- On se connait ?

Le sourire de l'autre s'élargit.

- Vous l'auriez compris depuis longtemps, si vous aviez pensé à activer votre sharingan…

Itachi se sentit particulièrement idiot. Ces derniers temps, il lui arrivait d'être ailleurs, mais là, il remportait la palme. Le sharingan était en effet un outil très utile lorsque l'on se trouvait en présence d'une personne inconnue…

Il l'activa, puis, de surprise, poussa une exclamation.

- Ce chakra…

Le jeune homme s'inclina.

- Akasuna no Sasori, pour vous servir.

Naruto tiqua.

- Hey ! Ne te fous pas de notre gueule ! On sait très bien à quoi ressemble le vioque, et c'est à tout sauf toi.

Itachi, lui, venait de comprendre, et ne cachait pas sa joie.

- Sasori… Tu as fini par accepter ton héritage ? Tu as lu les parchemins ?

- En effet, répondit Sasori. Je suis devenu maître marionnettiste, et c'est ainsi que j'ai pu modifier mon corps. J'ai repris l'apparence de mes vingt ans…

Entre l'ancien Sasori, vieux, ridé, bougon et celui-ci, il y avait un monde. Le « nouveau » Sasori avait abandonné ses cheveux blancs pour une ravissante chevelure blonde. Ses yeux étaient violets, ce que Naruto pensait impossible sans fusion avec un Bijuu.

- Euh… commença ce dernier. Tu n'avais pas les yeux bruns avant ? Sasori ? Comment se fait-il qu'ils soient violets comme les miens ?

- J'ai tout modifié à ma convenance, répondit ce dernier. Je me suis servi d'une photo de moi jeune, et j'ai changé la couleur de mes yeux. Aujourd'hui, c'est le violet, mais il m'arrive de changer. Lorsqu'il pleut, j'ai une petite préférence pour les yeux verts.

Itachi éclata de rire.

- Ce vieux Sasori, grincheux comme personne, est devenu coquet !

Le marionnettiste eut alors une réaction que les deux amis pensaient impossible : il rougit.

- « redevenu » serait plus juste…

Naruto formula alors la question qui était venu à l'esprit de son chef.

- Comment peux-tu rougir ? Ce n'est pas un corps artificiel ?

Sasori rigola.

- Allons, allons. J'ai depuis longtemps dépassé ce stade. Désormais, je suis capable de transformer une marionnette humaine en véritable être humain…

Itachi le regarda bizarrement.

- C'est impossible, voyons. Il me semble que seul le jutsu de Chiyo pouvait…

- Et bien si, ça l'est, le coupa Sasori. C'est tout simple. Le corps humain, mes amis, est un peu comme une mécanique. Les organes, la peau, le sang, pourraient être assimilés aux composants d'une machine…

- En gros, tu as récupéré la peau et les organes d'un être humain pour te les greffer ? lui demanda Naruto.

Sasori éclata de rire.

- Mais non, voyons. Ils n'auraient pas été en bon état, et les donneurs de peau n'existent pas ! Mais je pensais que vous étiez au courant…

Itachi regarda Naruto, qui lui rendit son regard interrogateur.

- De quoi tu parles le vieux ? lança le jinchuuriki.

- Et bien de ce type, Utopie. C'est lui mon fournisseur.

Le silence se fit dans la pièce, le temps que les deux ninjas d'Amaterasu assimilent la nouvelle.

- Orochimaru ? Il ne m'a jamais rien dit ! tempêta Itachi.

Sasori haussa les épaules.

- Je présume qu'il n'en a pas vu l'utilité… Quoiqu'il en soit, cet homme est un génie ! Il est parvenu à fabriquer des organes, et à synthétiser de la peau, le tout rapidement et pour pas cher !

Itachi ouvrit de grands yeux. Il avait beau être le supérieur d'Utopie, il était apparemment loin d'être au courant de la totalité des expériences de ce dernier…

- Et dire qu'il est plus jeune que moi… souffla l'Uchiha.

La nouvelle ébranla Sasori, mais il ne dit rien.

Alors que Naruto ouvrait la bouche, probablement pour balancer sa connerie quotidienne, leur hôte reprit la parole, changeant radicalement de sujet.

- Et qu'est-ce que vous faites ici ?

Sa manière de passer du coq à l'âne dérouta les deux jeunes shinobis, mais Itachi finit par répondre.

- Nous avons besoin de toi.

- C'est non, répondit sèchement le marionnettiste en quittant la pièce.

- Attends ! s'écria Naruto. Fais pas le con, le vieux ! On a besoin de toi, mais pas pour se battre.

Sasori s'arrêta, puis répondit :

- Ne te moque pas de moi. Vous avez besoin de shinobis, hein ? Mais ce sera sans moi. Je ne veux pas, je ne peux pas me battre !

Itachi le rejoint et posa la main sur son épaule.

- Ce n'est pas ce que l'on te demande. Je sais ce que tu as vécu…

On a besoin de toi pour réparer quelque chose. Tu es toujours l'artisan le plus calé de l'univers ?

Sasori fit volte face, et Itachi se perdit dans ses yeux violets.

- Evidemment, Cela va sans dire ! Le fait que tu aie pu en douter me vexe énormément, lâcha le vieil homme qui paraissait si jeune.

- Oh le joli ton cassant ! On retrouve le vieux Sasori, là ! ricana Naruto.

- La ferme, espèce d'abruti, répliqua l'homme aux yeux violets. Et arrête de me traiter de vieux, je ne le suis plus. Avec ce procédé, je peux vivre éternellement, et, mis à part la couleur des yeux, il n'existe qu'une seule différence entre le moi de maintenant et celui que j'étais jadis.

Un sourire illumina le visage d'Apocalypse, les deux autres se préparant au pire.

- Je sais ! Tu as perdu ta b…

Le regard de Sasori le dissuada d'en dire plus.

- Ma virilité est intacte, si c'est ce que tu voulais dire… murmura ce dernier d'une voix menaçante.

Naruto baissa la tête en signe de soumission. Il avait beau être beaucoup plus puissant que Sasori, il redoutait sa colère. La dernière fois qu'ils étaient venus, le vieux l'avait engueulé si fort qu'il en était presque traumatisé. Pour une raison inconnue du blond, Sasori n'avait pas apprécié le fait que Naruto détruise son salon en faisant la démonstration de ses talents de shinobi.

« Vraiment maboul ce type… » songea Naruto en sortant une barre chocolatée de sa poche.

Il croqua dedans à belles dents, alors que Sasori répondait à sa propre question.

- L'expérience. J'ai beau avoir un jeune corps, mon esprit est celui d'un vieillard. Je possède donc tous les avantages de la jeunesse et ceux de la vieillesse.

- En gros tu es l'homme parfait, le railla Naruto après avoir englouti son en-cas.

Sur cette nouvelle remarque intelligente de Naruto -Itachi avait arrêté de les compter depuis bien longtemps- les trois hommes quittèrent la cuisine et partirent s'installer au salon pour discuter.

En entrant dans la salle, Naruto constata qu'il ne restait plus aucune trace de ses exploits.

« Je me demande ce qu'il me ferait si je recommençais… »

En voyant son sourire idiot, Itachi le réprimanda.

- Un peu de sérieux, Naruto, par pitié.

Le jinchuuriki obéit, utilisant pour cela sa technique habituelle. Il pensa à Hinata, au fait qu'elle était perdue quelque part, et qu'il ne savait pas où. Un sentiment d'impuissance le traversa, alors qu'Itachi poursuivait sa discussion avec leur hôte.

- Tu veux que je répare cet Autel ? s'exclama Sasori. Mais ce serait m'impliquer dans votre guerre, et il n'en est pas question ! C'est un non définitif !

Naruto et Itachi tentèrent de le faire changer d'avis, mais rien n'y faisait. Le jeune Sasori était aussi têtu que le vieux…

Après de longues minutes d'âpres négociations, Itachi jeta les armes.

- Très bien. Si tu ne veux vraiment pas, je ne te forcerai pas. Même si le sort du monde est en jeu…

Sasori ne cilla même pas, et Itachi, ainsi que son ami, se levèrent.

- Dans ce cas, je n'ai plus rien à faire ici, déclara le Seigneur des Corbeaux. Je suppose qu'il faut savoir reconnaître les causes perdues…

Sasori se leva à son tour, et ouvrit la porte du salon.

- En effet, tu as tout compris ! Au revoir, mes amis…

Naruto lui lança un regard noir.

- « Adieu » serait plus adapté… Nous sommes condamnés sans ton aide, mon ami.

Sasori recula si on l'avait frappé.

- Je…

- Tu ne veux pas te battre, mais tu es prêt à laisser mourir tes amis ! Et tu penses pouvoir nous faire la morale ? Laisse-moi rire…

Itachi fit un geste vers Naruto, mais celui-ci l'ignora. Il était déterminé à vider son sac.

- Ah monsieur a fait la guerre, ah monsieur a tué des gens. Je présume que, comme moi, les visages de tes sept victimes te poursuivent dans tes rêves. Mais tu as quand même tué, jusqu'à la fin de cette maudite guerre du Viet-Nam ! Et pourquoi ? Au nom de ta patrie ? A peine, car bien que ta mère soit vietnamienne, ton père était japonais. Mais tu t'es quand même battu.

Et aujourd'hui, alors qu'il faut se battre au nom de toute l'humanité, tu refuses !

Sasori serra les poings.

- Ne croies pas tout savoir de moi, tu…

- Tu as refusé de tuer à nouveau, Sasori, mais ça ne changera rien ! Cesser de te battre ne rachètera pas les vies que tu as ôté ! Rien ne le pourra. Ta seule consolation est de l'avoir fait pour la justice. Mais nous, nous nous battons pour plus que ça ! Nous nous battons pour la liberté et pour le libre-arbitre ! Ce libre-arbitre que tous les hommes perdront si Madara l'emporte !

Naruto se racla la gorge, puis parla à nouveau, à voix basse.

- Si cela arrive, ce sera en partie de ta faute, Sasori. Et tu auras bien plus de sept vies sur la conscience…

Sasori blanchit, puis s'adossa au mur.

- Je… Je n'en ai pas le courage, Naruto. Je n'ai pas le courage de recommencer.

- Mais tu peux réparer cette foutue machine nom de Dieu !

Sasori hocha la tête, mais il semblait encore hésiter.

Voyant cela, Itachi décida de jouer sa dernière carte.

Il ouvrit la porte d'entrée de la maison de Sasori, et déclara sans se retourner :

- Tu refuses toujours de le faire, hein ? Mais ce n'est pas grave… De toute façon, je pense que tu n'en aurais pas été capable…

Il sentit Sasori se tendre.

- Ce n'est pas ça du tout ! J'en suis tout à fait capable !

- Alors prouve-le. Ou admets que tu ne peux pas le faire.

- Je peux le faire ! Je suis le meilleur artisan du monde… Je le ferai ! Je le ferai, tu m'entends ?

- Très bien. Merci beaucoup Sasori. Prépare tes affaires, on t'emmène avec nous.

Le marionnettiste se dirigea vers sa chambre, tandis que Naruto rejoignait son ami sur le palier.

- Jouer la carte de la fierté… C'était plutôt bien joué !

- Non, bravo à toi Naruto. C'est surtout toi qui l'a convaincu. Pour ma part, je me suis juste souvenu de la plus grande faiblesse des génies. Fiers et mégalos.

Naruto explosa de rire, levant les yeux vers le soleil nippon.

- Comment est-ce que tu le sais ?

- Je suis pareil…

Lorsque Sasori fut paré pour le départ, son grand sac à dos sur les épaules, il imita Itachi et agrippa l'épaule de Naruto, qui se hâta d'utiliser son jutsu de téléportation.

Un instant plus tard, ils étaient dans la chambre d'Apocalypse. Lorsqu'Itachi eut fait part de ce détail à Sasori, ce dernier lutta contre l'envie profonde de saccager la pièce, juste vengeance après ce que Naruto avait fait à son salon.

Mais il se retint. Et pour cause, la chambre était dans un tel bordel qu'essayer de la détruire aurait probablement eut l'effet inverse…

- Suis moi, Sasori, je vais te montrer où tu dormiras.

De mauvaise grâce, Sasori s'exécuta. Il avait de plus en plus l'impression de faire partie de l'organisation, et ça ne lui plaisait pas.

Il jeta un dernier coup d'œil à la face d'ahuri du blond, puis sortit de la chambre.

Dès que ses deux amis eurent quitté la pièce, Naruto abandonna son sourire. Depuis des années, il avait fait de son mieux pour le garder en toutes circonstances, mais cela devenait de plus en plus difficile ces derniers temps…

Il se jeta sur son lit et pensa à Hinata, puis à Madara et l'Akatsuki.

« L'amour et la guerre… Ces deux choses sont incompatibles. Tant que cette guerre durera, on ne pourra pas avoir une relation normale. »

Sasori suivit le Seigneur des Corbeaux le long du couloir, jusqu'à ce qui allait être, pour un court moment, sa chambre.

Itachi ouvrit la porte d'une pièce assez spacieuse, et pourvue du strict minimum, à savoir un lit et une salle de bains.

- Et ben… Un château pour résidence, vous ne vous refusez rien à l'Amaterasu ! se moqua Sasori en examinant sa chambre dans les moindres recoins.

Itachi, pour sa part, était resté sur le palier.

- C'est un héritage, en quelques sorte…

- Je sais, lui répondit le marionnettiste. C'était juste pour te charrier… Peace !

Itachi le regarda bizarrement.

- Tu parles presque comme un jeune… J'ai parfois du mal à imaginer que tu as soixante-dix ans en réalité…

Sasori l'ignora, et commença à sortir ses affaires pour les ranger dans un placard.

En le voyant faire, Itachi se remémora son premier jour au château. Lorsque Miyamoto lui avait ouvert la porte de sa chambre en souriant, il était loin d'imaginer qu'ils seraient un jour ennemis…

Au bout de quelques minutes, Sasori se rendit compte que l'Uchiha le fixait, ce qui avait le don de le mettre mal à l'aise.

- Euh… Tu comptes prendre racine ? Je sais que c'est captivant de me voir ranger mes affaires mais bon…

Itachi sursauta, et revint à la réalité.

- Désolé, j'étais dans la lune. Tu as fini ? Je dois te montrer l'autel dès que possible…

Sasori opina du chef . Il avait hâte de voir ce fameux autel.

- Ouaip ! J'ai hâte de me casser d'ici, alors le plus tôt sera le mieux.

Itachi ne releva pas, mais soupira intérieurement. La journée promettait d'être longue…