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Sacrifice et derniers préparatifs
Sakura courait à côté de Kakashi et Neji, qui portaient les corps de l'équipe Absolution. Elle vérifiait l'état des blessés tout en courant, une besogne particulièrement ardue.
Lorsque les shinobis eurent finalement installé les deux blessés à l'intérieur de l'infirmerie, Sakura éjecta tout le monde de la salle, à l'exception de Chiyo qui allait l'assister.
Cette dernière était toute retournée, et Sakura espérait que ses sentiments n'allaient pas l'empêcher d'opérer.
En effet, Chiyo tremblait des pieds à la tête en regardant le corps immobile d'Hashirama. Il ne pouvait pas mourir… Pas lui, pas maintenant…
Sakura, pendant ce temps, ne perdit pas de temps, et commença un examen prolongé.
Elle s'occupa d'abord de Tsunade, et son visage s'affaissa de plus en plus au fur et à mesure qu'elle s'évertuait à sauver la kunoichi.
Finalement, après avoir essayé toutes sortes de jutsus médicaux sans succès, Sakura trembla en posant les doigts sur la tempe de Tsunade.
- Je ne sens plus son pouls !
Chiyo se glaça. D'un côté, elle serait sincèrement triste si la kunoichi venait à mourir. Mais d'un autre côté, sans elle, Hashirama s'apercevrait peut-être enfin de son existence. Après tout, Tsunade était le seul obstacle entre elle et Hashirama…
Soudain, Chiyo prit conscience de ses pensées, et rougit de honte.
C'est à ce moment-la que Sakura jeta l'éponge.
- Je… C'est terminé. Le pouls ne bat plus… Je ne le sens plus.
Sakura laissa s'échapper quelques larmes, puis écrasa son poing contre le mur, qui se fendit sur toute la longueur.
Konan, la meilleure amie de Tsunade, avait infiltré des bouts de papier à l'intérieur de la salle pour se tenir au courant de l'état des blessés.
La nouvelle de la mort de son amie la bouleversa au plus haut point. La Konan froide, inaccessible avait disparu, pour laisser place à une jeune fille perdue, pleine de faiblesses.
Elle s'effondra en hurlant, à la grande surprise des ninjas alentours, qui ne comprenaient pas ce qui lui arrivait.
Ino, elle, avait compris. Elle avait compris qu'elle venait de perdre deux amies chères en deux jours, et qu'elle ne s'en remettrait probablement jamais.
Bientôt, la nouvelle de la mort de Tsunade se diffusa un peu partout, provoquant de nombreuses crises de larmes à travers le château. Tsunade était très aimée.
Dans le local de l'infirmerie, Sakura fixait le sol dallé. Elle n'avait pas pu sauver son amie, alors qu'elle s'était dévouée corps et âme aux soins médicaux. Mais à quoi servait-elle bon sang ?!
Au bout de quelques instants, elle surmonta néanmoins sa peine en pensant qu'elle pouvait encore sauver une vie. Sans attendre, elle courut s'occuper d'Hashirama, secondée par Chiyo, qui avait enfin repris ses esprits. Les mains de la kunoichi étaient désormais sûres, et Sakura se réjouit de pouvoir compter sur une aide qualifiée. D'habitude, elle travaillait avec Tsunade, cette dernière étant la chef de l'unité médicale…
« Etait » corrigea Sakura en laissant échapper un sanglot.
Au bout d'une minute d'intervention, Hashirama toussa soudainement, et Sakura poussa un soupir de soulagement. Les blessures du jeune homme étaient moins graves que prévues apparemment, et il était hors de danger.
Cependant, il était encore faible, et sa voix ne leur parvenait que dans un souffle.
- Où… est… Tsunade ?
Sakura se raidit, et ne répondit rien.
- Où est-elle ? Je veux lui parler…
La kunoichi inspira profondément, puis répondit d'une voix tremblante :
- Je n'ai pas pu la sauver.
Hashirama fut traversé par une sorte de spasme, avant de trouver son masque calme.
- Où est Tsunade ? Je veux lui parler. Je veux parler à celle que j'aime.
Il parlait calmement, d'une voix qui tranchait nettement avec celle de Sakura, totalement brisée.
- Je suis désolée, vraiment désolée.
Hashirama demanda dans un souffle.
- Où est-elle ?
- Elle est morte ! Morte ! s'écria Sakura, en versant toutes les larmes de son corps.
Cette fois-ci, Hashirama sembla comprendre tout ce que cela impliquait.
Il ouvrit la bouche comme pour parler, mais aucun son n'en sortit.
Il parvint finalement à articuler :
- Tuez-moi.
Les deux kunoichis cillèrent, puis Chiyo s'exclama :
- Non ! Tu ne peux pas mourir ! Il y a encore des gens ici qui ont besoin de toi.
- Tu ne comprends pas… murmura Hashirama d'une voix rauque. Ce n'est pas une simple amourette, non… Elle… Elle est toute ma vie. Sans elle, la vie n'a plus aucune saveur. Sans elle, je ne suis plus rien.
Chiyo se glaça.
- Tu l'aimes donc tant que cela…
Pour seule réponse, Hashirama ouvrit les yeux, et elle lut la réponse dans ses yeux en larmes.
- Je serais prêt à mourir mille fois pour elle !
Sur cette phrase, Hashirama trembla, et perdit connaissance.
Sakura se précipita à son chevet, et constata que son état empirait.
- Il n'est pas encore sorti d'affaire… C'est comme s'il refusait de s'accrocher à la vie, qu'il se laissait mourir…
Le regard embué de larmes de Chiyo fit le tour de la salle, puis finit par se poser sur Tsunade. Ce qu'elle vit la fit ouvrir de grands yeux étonnés.
- Saku… Sakura-san ! Le corps de Tsunade, il a bougé !
Pleine d'espoir, Sakura releva la tête.
Se serait-elle trompée ?
- Va vite voir son pouls, je m'occupe d'Hashirama !
Chiyo hocha la tête, puis se saisit de la main droite de Tsunade. Au bout de quelques secondes, elle se raidit.
- Il bat ! Le pouls bat faiblement, mais il bat !
Sakura serra le poing, et s'exclama :
- Chiyo, Hashirama va de plus en plus mal, ce sera donc à toi de t'occuper de Tsunade. Penses-tu pouvoir y arriver ?
Chiyo opina du chef, et commença à soigner les plaies que Sakura avait entreprit de faire disparaître à l'aide de jutsus médicaux.
« Il l'aime. Elle l'aime. Ils s'aiment. Je n'ai pas le droit d'interférer dans leur relation. Je n'ai pas le droit de briser cet amour. »
Les larmes aux yeux, Chiyo continua à réparer les lésions.
« Hashirama ne m'aimera jamais, car Tsunade est la femme de sa vie, et je n'y peux rien. Mais je l'aime, et il en sera toujours ainsi. Et je ne serais heureuse que si lui est heureux. Mais pour cela, elle doit vivre. Vivre avec lui. »
Les pensées tourbillonnaient dans la tête de Chiyo. Le dilemme était terrible.
Finalement, au terme de plus de vingt minutes d'opération, Sakura réussit à stabiliser l'état d'Hashirama. Elle se tourna alors vers Chiyo, qui suait à grosses gouttes.
- Alors ?
- Elle va… beaucoup mieux, mais elle… n'est pas encore… tirée d'affaire… marmonna péniblement Chiyo.
- Je peux t'aider ?
- Non ! fit Chiyo d'une voix ferme. Je vais y arriver, fais-moi confiance.
Sakura hocha la tête, puis s'apprêta à sortir de la salle un moment, pour annoncer que Hashirama était hors de danger.
C'est alors que la voix faible de Chiyo lui parvint.
- Tu sais, Sakura… Je l'aime…
- Qui ? lui répondit cette dernière, perdue.
- Hashirama.
Sakura ouvrit de grands yeux.
- Tu ne vas quand même pas… Chiyo ! Tu n'as pas intérêt à la laisser mourir ! Si tu fais ça je…
Chiyo se contenta de sourire.
- Dis-leur qu'ils ont intérêt à vivre heureux, ces deux imbéciles…
Soudain, le corps de Chiyo s'affaissa sur le lit de Tsunade au moment où celle-ci ouvrait les yeux.
- Où suis-je…
Sakura se jeta dans ses bras, tout en prenant garde à ne pas la blesser. Elle adressa ensuite un sourire à Chiyo. Finalement, elle l'avait sauvée. Elle avait sauvée la petite amie de l'homme qui l'aimait.
Sakura releva gentiment Chiyo, mais le corps de cette dernière était lourd. Lourd et froid.
Elle tressaillit, puis, dans un flash de compréhension, sut ce qu'avait fait Chiyo.
Blanche, elle souleva la tête de la jeune fille, puis la berça lentement, sous les yeux rouges de larmes de Tsunade. Elle aussi avait compris.
- Elle m'a dit que ton pouls battait encore, qu'elle t'avait vu bouger. Elle a menti, évidemment… murmura Sakura.
- Pourquoi ? Pourquoi a-t-elle fait ça pour moi ? demanda la miraculée d'une voix faible.
Sakura leva des yeux tristes vers Tsunade.
- Hashirama n'aurait pas pu vivre sans toi. Et elle l'aimait…
Le cœur de Tsunade se serra à l'entente de la révélation. Chiyo était la personne la plus courageuse et noble qu'elle ait connue. Elle avait sacrifié son amour et sa vie pour leur bonheur.
- Chiyo… Je ne l'oublierai jamais, fit la voix d'Hashirama, qui s'était levé.
En dépit des ordres de Sakura, il rejoignit Tsunade sur son lit et l'enlaça. Les deux amoureux regardaient, les yeux tristes, la personne à qui ils devaient la vie. Une dette impossible à rembourser, si ce n'est en vivant ensemble, et heureux, tout le reste de leur vie.
- Je vois, dit sombrement Itachi. Alors comme ça, Chiyo maîtrisait cette technique… Je n'en savais rien.
Tous les membres de l'organisation, ainsi que Tsunade et Hashirama, qui allaient beaucoup mieux, avaient été réunis dans le hall du château. Et tous étaient partagés entre le rire et les larmes. Ils avaient cru perdre une amie pour en perdre une autre.
- Cependant, reprit Itachi, nous ferons le deuil de Chiyo plus tard, car l'ennemi est à nos portes. Ils arriveront au château dans deux heures, si j'en crois le rapport de nos éclaireurs.
Les ninjas se mirent à murmurer entre eux, inquiets. Il ne leur restait que très peu de temps...
Itachi toussota, et les bavardages cessèrent. Tous les regards convergèrent vers le chef.
- Tout d'abord, Sasori. As-tu fait ce que je t'avais demandé ?
- Absolument. J'ai installé des pièges un peu partout autour du château, mais ça ne fait pas de moi un membre de l'organisation et je ne veux pas comb…
Itachi le coupa d'un geste de la main.
- Je sais, je sais, épargne-moi ce refrain, je le connais déjà par cœur. Merci à toi cependant. Eclipse et Terreur.
Les deux Capitaines concernés haussèrent les sourcils.
- Oui, Itachi-san ?
- Je veux que vos deux équipes quittent le château immédiatement. Votre mission : trouver Hidan et Jiraya, ainsi que Hinata, et ce Deidara.
De nombreux shinobis recommencèrent à murmurer, et le brouhaha envahit bientôt la salle.
- Mais pourquoi ? s'insurgea Sasuke. Ce serait comme chercher une aiguille dans une botte de foin, et je veux me battre avec les autres !
- Je n'en doute pas, Sasuke. Néanmoins nous aurons besoin de tous nos alliés pour cette bataille, et Jiraya et Hinata seront d'une importance primordiale. Je compte sur vous, répondit Itachi d'une voix à la fois douce et ferme.
Les membres des deux équipes hochèrent la tête, et tournèrent les talons, à l'exception de Sasuke et Sakura.
Cette dernière prit la parole :
- Tu n'as pas intérêt à mourir, Itachi…
Elle semblait anxieuse, aussi Itachi ravala le sarcasme qui lui était venu à l'esprit.
- Je… Il n'y a rien entre nous deux, dit ensuite Sasuke en rougissant. C'était juste une erreur de ma part, tu sais.
Itachi éprouva du soulagement, mais n'en laissa rien transparaître.
- Bah, comme l'a dit Sakura, ça ne me regarde pas…
La kunoichi s'approcha alors d'Itachi, et lui murmura à l'oreille :
- Je t'aimais sincèrement, Itachi, et je t'aime toujours d'ailleurs… Mais tu comprendras que je ne peux pas me satisfaire d'un amour à sens unique.
Itachi inspira profondément, puis répondit, impassible :
- Je comprends.
Sur cet ultime dialogue, Sakura marcha à son tour vers la porte du château.
Ce fut alors au tour de Sasuke de venir voir son frère, qu'il enlaça.
- Itachi… Reste en vie, tu es tout ce qu'il me reste comme famille. Je ne veux plus jamais être seul.
- J'y compte bien, souris Itachi. Et toi, petit frère. Tu dois vivre.
Sasuke opina du chef, salua Naruto, puis disparut dans un nuage de fumée.
Dès qu'il fut parti, Itachi ferma les yeux. Pour la première et dernière fois de sa vie, il avait menti à son frère.
Il fut alors ramené à la réalité par Shika.
- Très touchant, tout ça, mais on pourrait peut-être continuer le briefing ?
Itachi acquiesça, et se tourna vers Naruto.
- Naruto, tu te positionneras avec ton équipe dans le hall d'entrée. Si jamais la porte venait à être brisée, c'est à toi que reviendrait la tâche de tenir cette position. Chalad, Xin et Raphaela se joindront à vous.
Deux hommes et une femme opinèrent, et vinrent se placer aux côtés de Naruto, Ino et Kiba.
- Absolution, toi et Tsunade défendrez la muraille nord-ouest, juste au dessus de la porte principale. Tu seras aidé dans cette tâche par l'équipe Amertume, ainsi qu'Ephraim, Roger, Espada et Solène.
- Entendu, s'écrièrent en cœur les concernés.
- Je pense que cet endroit concentrera la majorité des attaques, c'est pourquoi deux Capitaines ne seront pas de trop. Ensuite…
Itachi jeta un coup d'œil sur le plan qu'il avait élaboré avec Shika.
- Les équipes Mirage et Rêve occuperont la tour Nord. Akatsuki va sans aucun doute venir de cette direction, je compte donc sur vous pour les mitrailler à coup de Suiton.
- Yosh ! s'exclama Zabuza en levant le pouce en l'air.
Itachi s'efforça d'ignorer l'intervention du dernier-né des Capitaines et continua son exposé.
- Je me chargerai de la muraille Nord-Est, et serai assisté dans cette tâche par pas moins de treize shinobis. J'ai nommé Luka, Grace, Onoko, Elias, Stephan, Arne, Sheila, Colm, Mikhail, Takeo, Maria, et Ascanio.
Les concernés notèrent l'information et partirent aussitôt se préparer.
- Bien, les autres tours et murailles seront moins exposées, et donc moins protégées, dit Itachi après s'être passé la main dans les cheveux. L'équipe Silence, ainsi que Bjorn et Helga occuperont la tour Est. La défense de la muraille Sud-Est, elle, sera entre les mains de huit shinobis : Ahmed, Park, Elise, Ursula, Chang, Andrei, Lyra et Tomas. Andrei, tu seras le chef de cette section, je compte sur toi.
Un russe d'une quarantaine d'années fit le salut militaire, puis répondit d'une voix éraillée :
- Nous tiendrons.
- Je continue… L'équipe Utopie se retranchera seule dans la tour Sud, la moins susceptible d'être attaquée.
Orochimaru ne cacha pas son contentement.
- Voilà qui me laissera du temps pour mes petites expériences…
- Utopie, si tu ouvres ton carnet, je me charge moi-même de te faire rôtir à petit feu, rugit Itachi. Ce n'est pas le moment !
Orochimaru se passa la langue sur les lèvres.
- Je plaisantais, Itachi-san. Je m'occuperais de mes expérimentations une fois que nous aurons écrasé ces minables !
Sa remarque provoqua un tollé parmi les shinobis qui restaient dans le hall, et qui n'avaient par conséquent pas encore été appelés.
Itachi toussota une nouvelle fois, et le silence revint.
- Muraille Sud-Ouest : Soran, Reiji, Adeline, John, Indira, Li, Joshua. Indira, tu seras la chef de groupe.
- A vos ordres, Itachi-san, répondit l'indienne d'à peine trente ans.
- Pour finir, Konan tiendra la tour Ouest, aidée en cela par Kenshiro, Keira, Boris et Eléanor.
Les cinq shinobis restants signalèrent leur accord puis partirent à leur tour. Itachi se permit alors un petit soupir. Tout cela était si fatigant…
Soudain, il entendit un autre soupir faire écho au sien.
- Le soupir, j'en ai les droits d'auteur… Pas touche…
Itachi se retourna vers la Capitaine en souriant :
- Que puis-je faire pour toi, Shika ?
- Rien d'important… Peut-on parler deux minutes ?
Troublé, Itachi accepta, et la suivit jusqu'aux salles d'entraînement, où ils s'assirent sur un tatami.
Itachi ne peut s'empêcher d'être surpris par le silence qui régnait dans la pièce. La dernière fois que cette salle avait été aussi silencieuse, Shisui et le Général venaient de mourir…
- De quoi voudrais-tu qu'on parle ? lui demanda Itachi à brûle-pourpoint. Je n'ai pas beaucoup de temps.
- Oui, je le sais bien… Je voudrais que l'on parle de toi. Et de ta façon de briser les liens avec les autres.
Itachi leva les yeux au ciel.
- Tu veux me faire la morale, c'est ça ?
- Je pense juste que…
- Ecoute, je ne sais pas exactement à quel point Sakura m'aime. Mais si elle m'aime autant que je l'aime, alors elle ne supportera pas mon décès, tu comprends ? Je m'efforce de m'éloigner d'elle le plus possible, pour ne pas qu'elle souffre. Et il en est de même pour Sasuke. Je suis sa seule famille tu sais… Lorsque je mourrais, il souffrira beaucoup.
- C'était donc ça… murmura une Shika pensive. Cette mission que tu as donné à Eclipse et Terreur, ce n'étaient que pour éloigner ton frère et celle que tu aimes…
- Exactement, reconnut le Seigneur des Corbeaux. On ne peut rien te cacher. Je veux qu'ils soient loin si jamais je meurs aujourd'hui.
Shika le regarda, toujours perdue dans ses pensées.
- A ton avis, quelles sont nos chances ?
Itachi tressaillit, puis un sourire gêné vint se peindre sur son visage.
- Les probabilités, ce n'est pas ton grand truc ? Je suppose que tu es mieux placée que moi pour le savoir, non ?
- J'aimerais connaître ta réponse…
Itachi baissa les yeux et se massa les tempes.
- Et bien… J'ai fait les calculs, et… Je dirai que nos chances sont de l'ordre de dix pourcents.
Shika n'eut aucune réaction.
- Je vois… Pour ma part, je les estime à huit pourcents. Dans tous les cas, cette bataille me semble perdue d'avance. Et j'ai l'impression que tu le sais, Itachi…
Ce dernier se releva, énervé.
- Non ! Une bataille n'est jamais perdue d'avance, jamais ! Et puis quand bien même… ajouta-t-il plus calmement. Il existe des causes pour lesquelles je me sacrifierai sans hésiter, et celle-ci en est une. Je ne laisserai pas le monde à Madara. Tant qu'il me restera force et espoir, je me battrai.
Le discours laissa la kunoichi indifférente.
- Et lorsqu'il n'y en aura plus ? D'espoir ?
- Alors il nous faudra déposer les armes… Je ne vous demanderai jamais de mourir pour rien, et dès lors que notre défaite sera inéluctable, il nous faudra nous rendre.
Shika se permit un sourire.
- Tu me rassures, pendant un moment, je pensais que tu comptais tous nous emporter dans ta tombe !
Itachi sourit à son tour.
- Si je dois mourir ici, et que je doive emporter quelqu'un avec moi, ce sera Madara. Mais vous, vous devez vivre. Tant que vous vivrez, l'espoir d'un monde meilleur existera… Même sous les fers, Amaterasu ne mourra vraiment que lorsque le dernier de ses membres rendra son dernier soupir.
- Je comprends, répondit finalement Shika. Mais Itachi… Le fait que tu n'en n'aies plus pour longtemps n'implique pas que tu dois te sacrifier… Tu peux encore…
- J'essaierai, la coupa Itachi avant de disparaître dans une volée de corbeaux.
Shika poussa un autre soupir, encore plus long que les précédents. Mettre le grappin sur Itachi avait toujours été difficile…
Lorsque Madara sortit de l'immeuble, il ne put s'empêcher de perdre contenance un bref instant. Son armée de sept cent shinobis armés de pied en cap était impressionnante.
Cependant, il se reprit rapidement. Il était un leader né, et il mènerait ses troupes à la victoire.
Madara n'était pas stupide, et ne refaisait jamais la même erreur. Il avait jadis sous-estimé Itachi et son organisation, et c'est pourquoi ce soir, il ne leur laisserait aucune chance. Or, il savait que le moral était déterminant dans une bataille, et que même dix fois plus nombreux rien n'était jamais gagné d'avance.
- Shinobis de l'Akatsuki, mes frères !
Zetsu sourit. Pour Madara, ces hommes n'étaient que de la vermine. Madara n'avait pas de frères ni d'égal, mais que des sous-fifres qui lui étaient inféodés.
- Ce soir, nous livrerons notre dernière bataille contre Amaterasu, et nous les écraserons ! Cette guerre n'a que trop duré ! hurla-t-il devant ses troupes. Ce soir, la résistance prendra fin, et nos partirons enfin à la conquête du monde !
Un tonnerre d'applaudissements retentis dans la rue de Tokyo, puis une clameur s'éleva.
- Madara ! Madara !
Son nom scandé par presque mille personnes, le chef d'Akatsuki prit la tête de son armée et marcha vers la baie de Tokyo, conquérant. Le destin lui souriait depuis longtemps, et ce soir ne serait pas différent.
Sakura courait aux côtés de Sasuke dans un silence de mort. Devant eux, Neji, Lee et Shino bondissaient d'immeuble en immeuble.
Ils quitteraient bientôt Tokyo, songea Sasuke en regardant un panneau. Ils fuiraient Tokyo, et la guerre.
Au bout d'un moment, Sasuke engagea la conversation :
- Que penses-tu de cette mission, Sakura ?
- Elle me paraît pour le moins désespérée…
- Je le pense aussi. Et j'ai l'impression qu'Itachi n'a fait cela que pour nous éloigner du front…
Sakura ne répondit pas, mais hocha la tête. Cela faisait quelques jours qu'elle était incapable de comprendre ce qu'Itachi avait derrière la tête. Il avait changé radicalement de comportement, tout particulièrement avec elle.
- La veille de notre rupture, il déclarait m'aimer plus que jamais… Je ne le comprends plus, chuchota Sakura plus pour elle-même.
Soudain, elle se souvint d'une chose.
- Sasuke !
L'Uchiha se tourna vers elle, alarmé.
- Qu'y a-t-il ?
- Je viens de me rappeler… Avant de partir, j'ai eu l'impression que ton frère mettait quelque chose dans ta poche lorsque qu'il t'a pris dans ses bras…
Au ton aigre de la kunoichi, Sasuke comprit qu'elle aurait elle aussi voulu un câlin de son frère, même si elle aurait préféré brûler en Enfer plutôt que de l'avouer.
Perplexe, l'Uchiha fouilla dans sa poche arrière et y trouva une enveloppe scellée.
- On dirait une lettre…
Sakura pila et lui lança sur un ton péremptoire :
- Ouvre-la.
Sasuke voulut s'exécuter, mais n'y parvint pas.
- Il y a un sceau… Trop compliqué pour moi, et pour quiconque ici… Si seulement Naruto ou Jiraya étaient là…
- Maintenant, on a une raison de plus de trouver Jiraya le plus vite possible, rit la jeune fille.
Lorsque les cinq shinobis furent sortis de la capitale, Neji sortit un plan.
- D'après Naruto, il y a des chances pour que Deidara et Hinata se trouvent au nord. En effet, lorsqu'il a perdu sa concentration, il a pensé à un décor enneigé…
- Un décor enneigé ? Et il sait lequel en particulier ? demanda Sasuke.
- Hélas non. Le décor en question est sort de son imagination… Donc ils peuvent être partout… Où il y a de la neige.
- Donc on marche vers la Russie, c'est ça ? ricana Lee.
- Exactement, répliqua Sasuke. Il faut bien commencer quelque part… Neji, toi, Lee et Shino partirez vers la Russie. Pendant ce temps-là, moi et Sakura partirons à la recherche de Jiraya.
- Vous savez où chercher ? fit un Neji peu convaincu.
- Hidan nous a donné l'ordre et la localisation des étapes… Vu que le pèlerinage se termine aujourd'hui, ils doivent être…
Sasuke regarda le plan, puis grinça des dents.
- Quelque part entre la Chine et la Corée.
Neji éclata de rire.
- Précis dis donc ! Et bien, bonne chance à vous deux… Quelle mission de merde, fit remarquer le Hyûga avant de partir vers le Nord avec Shino et Lee.
Sasuke et Sakura, après un instant d'hésitation, les imitèrent. Ils devaient se hâter. Avec un peu de chance… Non avec beaucoup de chance, ils seraient rentrés à temps pour secourir Itachi et leurs amis.
Itachi tourna sur lui-même et jeta un regard circulaire autour de lui, vérifiant que chaque shinobi était bien à son poste. Lorsqu'il eut terminé, il poussa un soupir de soulagement. Tout le monde était prêt, même Orochimaru.
Il jeta un bref coup d'œil aux ninjas qui occupaient la muraille Nord-Est à ses côtés.
Son regard s'attarda sur Arne, qui se trouvait sur sa gauche. L'allemand de vingt-trois ans n'avait intégré l'organisation que très récemment, et connaissait à peine les bases. En temps normal, il ne l'aurait jamais envoyé sur le front, mais il avait besoin de tous les bras disponibles pour cette bataille.
- Ne t'inquiète pas, Arne, tout va bien se passer. Je te protègerai…
Un peu rassuré par les mots de son chef, le bavarois se permit un petit sourire crispé, avant de reporter ses yeux bleus sur la baie de Tokyo, au Nord.
- Alors comme ça, vous sortez ensemble depuis deux mois ? demanda Karin, éberlué. Je ne savais pas…
Bjorn ne dissimula pas son hilarité.
- Le fait que nos soyons tous les deux danois, Helga et moi, a facilité le rapprochement , expliqua-t-il.
- Je comprends… Nous nous voyons au quotidien depuis presque un an, et là, quelques minutes avant ce qui pourrait être notre dernier jour, je me rends compte que je ne vous connais pas vraiment, lâcha Karin d'une voix triste.
- Il n'est jamais trop tard pour faire connaissance, sourit Helga en tripotant une mèche de ses cheveux dorés.
« Oui… Profitons de ce dernier instant de paix avant l'apocalypse… » écrivit Gaara avec son sable.
Les huit shinobis chargés de tenir le mur Sud-Est regardaient pensivement l'horizon. Ils savaient que l'ennemi ne viendrait pas de cette direction, mais ils voulaient regarder un dernière fois le calme plat de l'Océan Pacifique, avant que le cri des mouettes ne laisse place au fracas des armes.
- Je ne regrette rien… marmonna Andrei dans sa barbe. S'il me faut mourir ici, alors soit, mais je me battrai pour mes convictions.
- Bien dit, chef, sourit Park.
Le coréen était appuyé lascivement contre les remparts, et regardait le ciel bleu.
- Il est sept heures du soir, et il fait encore jour… et chaud ! Je suppose que l'on ne peut pas en dire autant dans ton pays, hein ?
- Mon pays, il t'emmerde, grogna le russe en lui jetant un regard noir.
Elise rejoignit Park dans son hilarité. Un rire un peu nerveux, mais ils en avaient besoin avant la bataille, car l'attente était pire que tout. Comme tant de combattants avant elle, elle n'attendait que le début des hostilités pour enfin oublier son inquiétude et son anxiété.
- Comment ça va, mon trésor ? murmura Anko à l'oreille d'Orochimaru.
- Je me porte comme un charme, ma puce, souffla l'ophidien. J'ai juste hâte que tout ce termine, pour le meilleur ou pour le pire…
- Je t'aime, chuchota Anko à son oreille.
- Moi aussi je t'aime.
A côté de ses deux coéquipiers enlacés, Asuma fumait une cigarette, comme d'habitude.
« Ça craint… J'ai vraiment pas envie de me battre aujourd'hui, je sens que ça va mal finir… »
La clope au bec, un petit sourire naquit bientôt sur les lèvres de la réincarnation du Sarutobi.
« Et dire que je pensais que la cigarette allait me tuer… De toute évidence, je serais mort avant que le Cancer ne pointe le bout de son nez ! Comme quoi, fumer tue, c'est de la connerie… »
Sur le mur Sud-Ouest, Indira priait le Brahman. Toute sa vie, elle avait été une bouddhiste pratiquante, et là, plus que jamais, elle voulait recommander son âme aux dieux.
A côté d'elle, John récitait le Notre Père, et elle se surprit à sourire. Quelque soit leur culture ou leur religion, ils partageaient tous le même état d'esprit, ils étaient pareils.
De son côté, Joshua et Li jouaient à pierre-feuille-ciseaux, le chinois manifestant haut et fort son investissement dans le jeu. Tous savaient qu'il faisait ça pour évacuer le stress, mais nul ne lui en fit la remarque.
Pendant ce temps-là, Konan bavardait avec Keira. L'anglaise était une des proches amies, une jeune fille hyperactive mais d'une beauté inouïe. Cependant, elle était loin du niveau des Capitaines ou de leurs élèves, aussi Konan était-elle bien déterminée à la protéger, même au péril de sa vie. A quelques mètres de là, Boris et Kenshiro fumaient ensemble en regardant les rares nuages naviguer dans le ciel azur.
- Celui-là, on dirait un ours, fit remarquer le russe à son ami.
- Absolument pas, répliqua le japonais en soufflant une bouffée de fumée. C'est un renard.
- N'importe quoi… fit Boris en secouant la tête, puis tous deux sourirent bêtement.
Le regard fixé sur l'horizon, Tsunade et Hashirama savouraient ce qui risquait d'être leur dernier moment ensemble. Nul besoin de paroles, ils dialoguaient avec les yeux, et la chaleur de leurs sentiments émanaient de tout leur être.
Sur leur droite, Kakashi et Espada discutaient de ce qui leur passait par la tête. La jeune espagnole avait un don hors norme pour lancer un sujet et tenir la conversation. Assez peu loquace, Kakashi ne pouvait même pas en placer une, ce qui faisait sourire Ephraim, situé un peu plus loin. Tout près de ce dernier, Bee avait sorti son carnet et notait ses sempiternelles rimes, tout en chantonnant d'une voix douce.
« La dernière bataille aura bientôt lieu, es-tu prêt à m'aider mon vieux ? »
« Plus que jamais ! » rugit Hachibi.
« Alors tiens toi prêt pour la dernière danse, celle de la joie et de l'espérance ! »
Zabuza était concentré. Il avait fait le vide autour de lui, et se préparait pour la bataille. Il était fier d'occuper la Tour Nord, celle qui serait la première à faire face à leurs assaillants. L'américain était très à l'aise en société, mais en ce jour, il n'aurait répondu à personne. Il ne sentait déjà plus rien, hormis son épée. Même l'air mélodieux joué par Tayuya n'atteignait pas ses oreilles.
Cette dernière s'était mis en tête de redonner le moral aux défenseurs, et ses doigts couraient sur sa flûte à une vitesse inégalable. Le dernier chant du rossignol, porteur d'espoir pour tous ses amis.
Shika, pour sa part, parlait avec ses élèves, Chôji et Tenten. Elle avait noué des liens très forts avec eux, et voulait en profiter le plus possible. En effet, en dépit de ce que lui avait dit Itachi, elle n'entrevoyait aucune chance de victoire. Elle se battrait par amour, mais pas par principes. Une nouvelle fois, elle avait jeté son dévolu sur le cœur plutôt que sur la raison. Mirage le regretterait sans doute, mais elle s'en moquait. Elle ne voulait pas perdre ses amis, et elle se battrait jusqu'au bout pour ne pas les voir mourir.
Soudain, Karin poussa un cri d'alarme, et Suigetsu, qui guettait le moindre mouvement en provenance du port de Tokyo, lâcha, fataliste :
- Ils arrivent…
