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Itachi est mort, vive Madara
Le cri déchirant d'Itachi glaça le sang des personnes présentes. Tous les ninjas sans exception ainsi que les policiers décidèrent tacitement d'une courte trêve puis reportèrent leurs regards sur le drame qui se jouait devant la porte du château.
Un instant décontenancé, Madara recouvra son sourire malsain.
- Oui ? Qu'y a-t-il, mon cher Itachi ? Evite de crier comme ça, c'est très mauvais pour mes tympans… ajouta-t-il en se frottant l'oreille droite.
Avec une résolution sans faille, Itachi déclara :
- C'est bon, Madara. Arrêtons tout… Tu as gagné, inutile de prendre plus de vies encore...
A l'entente de ces mots, Tobirama, posté non loin, ricana d'une voix méchante.
- Pff… Il fallait se rendre avant, maintenant c'est trop tard !
Madara l'incendia aussitôt de ses yeux vermeils, et l'Ombre se tut.
- Tobirama, la prochaine fois que tu balances ce genre de phrase, je t'abats. N'oublie pas ta place… le prévint Madara, avant de se retourner vers Itachi.
- Itachi… Pourquoi devrais-je épargner Naruto ? Qu'y ai-je à gagner ?
- Rien, lâcha Itachi d'une voix éteinte. Le jeune shinobi s'agenouilla alors, à la stupéfaction des personnes présentes.
- Je t'en supplie, Madara. Epargne-le. Epargne tous mes amis. J'accepte ton offre !
Madara éclata de rire.
- Comme c'est amusant… Connais-tu la définition d'ultimatum, Itachi ? Dès lors que vous l'avez refusé, vous étiez condamnés à périr.
Itachi baissa les yeux.
- C'est vrai… Mais tout est de ma faute. C'est moi seul qui ait pris cette décision, répondit-il à son ennemi. Tue-moi si tu veux, mais pas mes compagnons.
Madara ne cachait très mal sa joie. Enfin son pire ennemi était à ses pieds ! Enfin la victoire lui tendait les bras !
- Si j'ai bien compris, je dois épargner les derniers membres d'Amaterasu en échange de ta vie… Mais je pourrais tout aussi bien vous tuer tous ici et maintenant…
Itachi ne répondit rien, et Uchiha Madara parut réfléchir profondément.
Alors qu'il tardait à donner une réponse, Itachi s'avança sous les éclairs qui illuminaient le ciel. La nuit elle-même présageait des évènements à venir. Le règne d'un démon…
D'une démarche hésitante, Itachi marchait vers son destin, lorsque Hashirama, qui tenait à peine sur ses jambes, lui barra la route.
- Itachi ! Tu ne peux pas…
Le Seigneur des Corbeaux fit taire celui qui avait longtemps été son bras droit.
- Laisse-moi.
La réponse claqua comme un fouet, et Hashirama blêmit. Non pas à cause du ton employé par son chef, non. Il venait de voir les yeux du chef d'Amaterasu, et n'en revenait pas. Blancs comme neige. Les pupilles écarlates avaient laissé place à un vide déconcertant.
- Tu es aveugle… marmonna Hashirama pour lui-même.
- Oui… La mort sera pour moi une délivrance, alors ne t'inquiète pas. Et laisse-moi faire quelque chose de bien, pour une fois.
Hashirama voulut le contredire, mais il n'y parvint pas. Quelque chose dans les yeux de son ami l'en empêchait. Une lueur nouvelle qu'il n'y avait jamais vu. Ce qu'Itachi avait perdu en vue, il l'avait gagné en résolution.
Presque sans s'en rendre compte, Hashirama s'écarta, et Itachi continua à marcher. Il tomba plusieurs fois, se prenant les pieds dans des racines ou des mottes de terre.
Cependant, il savait où était Madara, et se dirigeait inexorablement vers lui. A chaque fois qu'il tombait, les visages de Naruto, de Kakashi, Shika, Hashirama et de bien d'autres encore lui apparaissaient, et il se relevait, habité par une force nouvelle.
Pendant ce temps-la, les Capitaines et leurs élèves, les derniers shinobis d'Amaterasu, les Ombres, et même les forces de police de Tokyo avaient les yeux rivés sur lui et Madara.
Lorsqu'il tomba une fois encore, la volonté d'Itachi vacilla, les visages souriants de ses amis encore en vie disparurent, remplacés par ceux qui le hantaient. Shisui, Fugaku, Gamataki, Budi, Temari, Chiyo… Ils étaient tous là. Ceux qu'il avait envoyé à la mort.
A défaut de l'abattre plus encore, voir ces spectres lui permit de se relever une dernière fois. Après avoir perdu autant d'être chers, il avait l'obligation de sauver les derniers qui lui restaient.
Lorsqu'Itachi atteignit Madara, il s'agenouilla à nouveau devant le chef de la faction ennemie.
- Madara-sama… Je vous en prie…
Le seul possesseur du Mangekyou éternel cilla. Madara-sama ? C'était désormais évident, Itachi n'avait plus une seule corde à son arc. Il avait joué ses dernières cartes, et, devant une défaite inéluctable, avait désormais troqué son honneur contre la vie de ses amis.
« Pathétique » pensa le plus puissant des Uchiha, en s'attardant sur les yeux blancs d'Itachi.
Pourtant, Madara surprit tout le monde en lâchant Naruto et en rangeant son kunai à l'intérieur de sa cape.
- C'est d'accord.
Tobirama en tomba des nues.
- Madara-sama ?! Vous avez perdu la tête ? Il…
- Tais-toi, ou je te tue ! beugla Madara.
Maté, Tobirama baissa la tête et se replia dans l'ombre.
Intérieurement, Madara souriait au destin qui le favorisait depuis toujours.
« Alors comme ça je n'ai rien à gagner en laissant la vie à tes amis, Itachi ? Si tu savais… »
Itachi ne remercia pas Madara, mais sa gratitude était perceptible, ce qui agaça son ancien sempai. Il n'avait que faire de ce genre de sentiments qui lui donnaient envie de vomir.
Itachi se concentra, et il recouvra la vue un court instant. Il ne voyait presque rien, et il perdrait vite la lumière, mais il voulait voir Naruto avant de devenir aveugle.
Soudain, il s'aperçut que ce dernier venait de reprendre connaissance.
Au grand dam du Seigneur des Corbeaux, le jinchuuriki décida de passer directement au mode génie sans passer par la case « crétin fini ». Itachi lut dans ses pupilles améthystes que son ami avait tout compris. Et que bien évidemment, il allait s'opposer à son projet.
Naruto balbutia un début de phrase dans le but de l'en dissuader, mais Itachi ne le laissa pas finir. Malgré sa cécité, désormais complète, il parvint à assommer Naruto d'un coup sec à la nuque, le faisant replonger dans le monde des songes.
Une fois cette tâche ingrate accomplie, il songea qu'il venait de les voir pour la dernière fois. Les magnifiques yeux violets de son meilleur ami, qui semblaient lire en l'âme des gens.
Sur cette nouvelle pensée triste, il prit son courage à deux mains, et se redressa pour faire face à Madara.
En dépit de la gravité des évènements passés et à venir, il lui dit sur un ton ironique :
- Fais ton office, bourreau.
Pour seule réponse, Madara dégaina son katana au moment où un nouvel éclair venait zébrer un ciel meurtri. Parfaitement maître de ses émotions, il se posta devant son ennemi agenouillé. Il lui accorderait une mort digne. Celle que l'on réservait au vrai guerrier, samouraï comme ninja. La mort par le sabre…
C'est à ce moment là qu'un cœur de cris explosa dans la nuit.
Un demi-sourire se forma sur le visage résolu d'Itachi, dont la tête était baissée.
Ses amis semblaient finalement avoir pris conscience de la situation.
« Décidément, ce ne sont vraiment pas des flèches… » se dit Itachi en ricanant intérieurement.
Bien vite, il cessa d'entendre toutes ces voix, pour se concentrer sur celle du sabre de Madara. Sur le souffle divin qui allait l'emporter. Finalement, comme prévu, il avait échoué. Tout comme Shika, il avait combattu tout en sachant que leurs chances étaient minimes. Cependant, Itachi se sentait étrangement calme. Même s'il n'avait rien accompli, il se sentait lassé de cette vie et des souffrances qui l'avaient accompagné. Il avait hâte de revoir ses parents, Shisui et tous les macchabées qui habitaient ses rêves. Il pria pour que Madara fasse vite, car tôt ou tard les cris de ses amis feraient saigner son cœur.
Tout prit fin en un instant. Itachi entendit un sifflement, puis plus rien.
Les ténèbres l'envahirent, et il se retrouva au même endroit qu'un an auparavant, alors qu'il était prisonnier d'un coma provoqué par la libération de Kyuubi.
A deux différences près. Cette fois-ci, il n'y avait pas de couloir, et pas de Shisui déguisé en démon pour l'accueillir. Et cette fois-ci, il n'y avait qu'un seul portail. La voie des vivants lui était définitivement interdite.
Il eut une dernière pensée pour les personnes qu'il laissait derrière lui. Si tout se passait bien, Sasuke et Sakura mèneraient une vie tranquille. Quand à Naruto et aux autres membres vaincus par l'Akatsuki, il ne pouvait qu'espérer que Madara tienne parole.
Itachi franchit ensuite le portail en souriant.
« Papa, Maman, Shisui, les amis, me voilà enfin… »
Le shuriken avait surgi de nulle part dans le dos de Madara, et ce dernier n'avait eu que le temps de devenir immatériel. L'étoile l'avait alors traversé, avant de se loger dans la nuque d'un Itachi à genoux. Le Seigneur des Corbeaux était tombé au sol, et l'herbe sous lui se colorait peu à peu, quittant sa couleur verte pour un ton plus carmin.
Cette vision provoqua un concert de cris et de pleurs chez les amis de la victime. Tsunade et Ino s'étaient écroulées et pleuraient à chaudes larmes, tandis que Shika avait enfoui son visage dans ses mains. Kakashi avait la tête baissée, son bandeau lui cachant désormais les deux yeux, d'où quelques larmes perlaient régulièrement. Bee, qui avait repris conscience, avait refermé son carnet et s'était assise à l'écart, les yeux levés vers le ciel pluvieux. Konan elle-même avait abandonné son masque de froideur et était littéralement effondrée. Itachi, mais aussi tant de personnes chères à son cœur étaient mortes ce soir…
Orochimaru avait pris Anko dans ses bras. Le serpent ne pleurait pas, mais ses yeux étranges brillaient d'une tristesse inhabituelle. Gaara s'était assis et avait fermé les yeux, comme s'il niait la réalité.
Hashirama, pour sa part, était revenu auprès de Tsunade et partageait sa peine. En perdant Itachi, ils avaient perdu bien plus qu'un chef. Ce dernier s'était révélé être un guide, mais surtout un ami.
Pendant ce temps-la Madara, encore surpris, était totalement décontenancé. A l'hébètement succéda une grande colère. Itachi avait beau être mort -Tobirama venait de le lui confirmer- , ce n'était pas de sa main. De plus, suprême offense, celui qui avait lancé ce shuriken avait essayé de le tuer lui. L'assassin devait s'en vouloir d'avoir tué l'ennemi de sa cible, mais Madara s'en moquait. Il ne trouverait pas de repos tant que l'auteur de ce crime n'aurait pas été puni. Il voulait sa tête et il l'aurait.
- Qui a osé ? Qui ?! hurla-il à s'en briser la voix.
La question ramena le silence dans le parc, à l'exception des bruits de sanglots qui venaient de ça et là.
Soudain, un des derniers shinobis vivants de la deuxième division d'Akatsuki leva la main.
Hashirama, malgré son abattement, secoua la tête en faisant un rictus. Voilà un allié qui aurait mieux fait de ne jamais se montrer…
L'homme parla d'une voix mécanique.
- Je préfère mourir que de vivre dans la prison que vous êtes en train de nous forger ! Vous êtes le mal incarné et…
Madara le décapita d'un moulinet du poignet. Voilà le sort qu'il réservait aux traîtres.
Il était conscient que nombreux seraient les opposants à son futur régime, mais qu'importe. Il les écraserait tous, comme il avait écrasé Itachi.
Soudain, la voix de Rai le ramena à la réalité.
- Madara-sama, il n'est peut-être pas mort…
L'annonce de l'Ombre fit se gonfler un fol espoir dans le cœur des shinobis d'Amaterasu.
- Comment ça ? lui demanda Madara, intrigué.
- Je pense que nous ne devrions pas prendre de risques… Ce shuriken me rappelle étrangement les senbons utilisés par Haku. Si cela se trouve, Itachi n'est pas mort, mais plongé dans un coma artificiel.
Madara ouvrit de grands yeux. Se pourrait-il que ce shinobi renégat ait planifié tout ça ? Pourtant il paraissait assez faible, et il ne le voyait pas lancer un shuriken aussi précisément tout en prévoyant qu'il l'esquiverait…
Néanmoins, Madara décida de s'assurer du décès d'Itachi. Mieux valait prendre ses précautions.
Avant que quiconque puisse réagir, il fut au côtés du corps du Seigneur des Corbeaux, dont il transperça le cœur de son sabre.
Pour les spectateurs d'Amaterasu, se fut comme si leur mentor mourrait une seconde fois. Leur douleur n'en fut qu'amplifiée, et Kabuto poussa un hurlement de rage. Il voulut se précipiter vers Madara mais Hashirama l'en empêcha d'une main ferme. Il y avait eu bien assez de morts comme cela.
Madara se tourna ensuite vers son armée.
- Victoire ! Mes amis, Akatsuki a une fois de plus remporté la victoire en écrasant Amaterasu, et ce définitivement ! J'invite les derniers shinobis de l'organisation à se rendre au château pour y jouir d'un repos bien mérité !
Tobirama ponctua la déclaration d'un cri de joie, avant de filer vers le château. Alors qu'il courait, des larmes de fureur coulaient sur son visage. Hidan, et maintenant Minato. Tous ceux qu'il avait aimé l'avaient trahi ! Qu'ils soient maudits et jamais !
En repensant au fait que Minato lui ait sauvé la vie, sa colère s'accrut encore. Il ne lui pardonnerait jamais. Jamais. Il donnerait sa vie pour Madara-sama, afin de pourrir la vie de tous ces traîtres.
Une fois les shinobis partis, Madara renvoya les forces de police vers Kyoto, avant de finalement se tourner vers ses ennemis vaincus. Il était seul, mais savait qu'aucun de ces derniers n'aurait la force de se battre contre lui. Tous étaient à bout de force.
- Allez enterrer ça… leur dit-il en désignant le cadavre d'Itachi.
Hashirama ne pipa mot, mais se rapprocha de Madara pour se saisir du corps, aidé en cela par Tsunade.
Ils le transportèrent jusqu'au cimetière dans un cortège de mines abattues. Le tonnerre avait finalement laissé place à la lumière des étoiles, comme un nouveau pied de nez de la part de Kami-sama, songea Hashirama. Kakashi, lui, portait Naruto sur ses épaules, en attendant qu'il revienne à lui. Le ninja copieur redoutait ce moment. Les colères du blond étaient rares mais absolument terribles.
S'armant des pelles entreposées dans le cabanon du cimetière, les quatorze derniers membres -excepté Naruto que Kakashi avait déposé à terre- utilisèrent leurs dernières forces pour creuser la fosse, juste à côté de la stèle de Shisui.
Une fois la besogne achevée dans la sueur et les larmes, ils y déposèrent le corps. Sans un mot, main dans la main, les quatorze shinobis firent cercle autour de la tombe et fixèrent leur chef, sans un mot. Nul besoin de mots pour partager leur peine, tous ressentaient la même chose, cette douleur qui ne pouvait être exprimée par des mots.
Soudain, Naruto se réveilla. Son premier réflexe fut de regarder un peu partout autour de lui. Et lorsqu'il vit où il se trouvait, il fronça les sourcils. Il avait un mauvais pressentiment.
Les pensées encore confuses, il se dirigeait vers le groupe un peu plus loin lorsqu'il eut la mauvaise surprise de croiser Madara. Ce dernier tournait le dos aux shinobis d'Amaterasu, les bras croisés. Lorsqu'il vit le jinchuuriki, il eut une réaction à laquelle Naruto ne s'attendait pas. Il détourna les yeux, comme un gamin à la conscience coupable. Cependant, le chef d'Akatsuki retrouva bien vite son sourire narquois habituel, et Naruto lui lança, irrité :
- C'est bon… Vous avez peut-être gagné, mais foutez-nous un peu la paix, maintenant…
Madara laissa échapper un petit rire maintenant.
- Tu le prends bien mieux que je le pensais…
- De quoi tu parles ? rétorqua Naruto qui s'énervait de plus en plus.
- Et bien, de la mort d'Itachi, évidemment.
Naruto cilla, et, soudain, tout lui revint d'un seul coup.
Itachi l'avait assommé. Et juste avant, il avait lu en lui… Il avait l'intention de se sacrifier.
Pourtant, c'est un grand sourire qui prit naissance sur le visage angélique de Naruto.
- Vous me faites bien rire, le vieux ! Itachi, mort ? Je mets ma main à couper que ce n'est qu'une illusion de plus de sa part. Vous êtes tombé dedans, comme d'habitude !
- Pense ce que tu voudras… répondit finalement Madara en arborant une expression inhabituellement grave. Mais tu devrais aller rejoindre tes amis, il t'attendent, là…
Une fois n'est pas coutume, Naruto lui obéit et se remit à marcher vers ses compagnons. Les jambes flageolantes, il avait le ventre noué, et était plus que jamais tiraillé par ce mauvais pressentiment.
Hashirama se tourna vers lui en l'entendant arriver. Sans un mot, il s'écarta doucement pour lui faire de la place au sein du cercle.
Naruto intégra ce dernier sans comprendre, jusqu'à ce qu'il vit Itachi, allongé au centre de la fosse.
Il se figea, et resta silencieux quelques instants, alors que les amis du blond le regardaient, inquiets pour lui et appréhendant sa réaction.
Comme prévu, celle-ci ne se fit pas attendre.
- Mais que qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes malades ! s'égosilla Naruto. Itachi n'est pas mort, voyons ! Et vous êtes en train de l'enterrer vivant !
Personne ne répondit. Aucun n'avait le courage de contredire le blond, et de lui annoncer la dure vérité.
- Allez, il faut le...
- Non ! cria Ino en lâcha un sanglot. Naruto… Nous avons perdu, et Itachi est mort. Il est parti. Parti, et il ne reviendra pas… Ça ne sert à rien de le nier.
Naruto se figea, et sauta dans le trou. S'approchant du corps de son ami, il empoigna son épaule.
- Allez Itachi, lève-toi. Montre-leur qu'ils se trompent ! Comme si tu pouvais mourir, toi… C'est vraiment n'importe quoi !
Comme prévu, le cadavre ne bougea pas d'un pouce, et Naruto serra plus fort l'épaule du premier, et du seul véritable ami qu'il ait jamais eu. Sa seule famille.
- Allez, bouge-toi ! Madara est là, en s'y mettant tous on peut le battre et…
- Arrête Naruto… fit la voix inhabituellement tremblante de Shika.
Naruto parut ne pas l'entendre, et toucha le bras d'Itachi, Naruto se glaça en se rendant compte que son ami, d'une pâleur cadavérique, était froid. Comme si toute chaleur avait quitté son corps.
Sans attendre, il se saisit du corps et le plaça sur ses épaules, avant de gravir la pente qui le conduirait hors de la fosse.
Alors qu'il sortait du trou, Hashirama l'arrêta en posant une main douce et ferme sur son bras droit.
- Naruto, laisse-le. C'était la volonté d'Itachi d'être enterré.
- Enterré, oui ! Mais seulement à sa mort que je sache ! répondit Naruto d'une voix forte en souriant de plus belle.
- Il est mort, Naruto, dit soudain Hashirama.
Naruto baissa alors la tête, puis explosa de rire.
- Ah ah ah ah ! Mais c'est que vous le pensez vraiment ! Comme si…
Une larme coula le long de sa joue.
- … Itachi…
Naruto fut agité de soubresauts.
- … pouvait mourir !
Il poussa un hurlement terrible, puis tomba à genoux, en larmes, le corps d'Itachi roulant sur le sol devant lui.
Le cœur serré, ses amis décidèrent de le laisser seul un moment en tête à tête avec lui-même, et ramassèrent le corps du défunt, qu'ils entreprirent d'allonger à nouveau dans la fosse qu'ils avaient creusée.
Sans plus attendre, ils l'ensevelirent, toujours dans un silence de mort.
Tayuya n'avait même pas le cœur à jouer de la flûte.
Lorsque la dernière pelletée de terre fut jetée, tous rejoignirent le blond prostré sur le sol.
- Naruto ?
A l'entente de son prénom, ce dernier réagit et se releva lentement, en leur tournant le dos. Soudain, un halo de chakra rouge l'enveloppa, et tous purent sentir l'aura de noirceur qui entoura leur ami.
Hashirama blêmit en voyant ses yeux. De toute évidence, le mauvais Kyuubi était de retour… Et au vu des ondes néfastes qui s'échappaient du blond, ils étaient mal embarqués. Naruto, dans sa rage, avait probablement forcé le Bijuu à le laisser se servir de ce chakra maléfique.
Naruto se tourna vers Madara, et ses pupilles prirent une teinte encore plus écarlate.
Dans un hurlement bestial, il se jetait sur l'ennemi lorsqu'il sentit quelque chose le retenir. Une dizaine de bras, ceux de ses amis, l'enlaçaient.
Aveuglé par la fureur et la vengeance, Naruto s'apprêtait à les massacrer lorsque ses yeux redevinrent normaux.
« Son chakra Yang Meikaton n'a pas pu supporter cet horrible chakra… » comprit Shika.
La colère d'Apocalypse disparut, remplacée par une tristesse sans nom.
- Je suis désolé… murmura-t-il en prenant son visage dans ses mains.
Aussitôt, l'étreinte de ses amis se fit plus forte autour du jinchuuriki. Ils partageaient tous la même souffrance, et il leur faudrait la surmonter ensemble.
La voix désagréable de Madara mit un terme à cette scène touchante.
- Je suis navré de mettre un terme à ça, c'était très émouvant, mais… Je vous rappelle que vous êtes mes prisonniers.
C'est à ce moment-là que Tobirama, Rai et Kimimaro apparurent aux côtés de leur maître, accompagnés de Minato. Les mains de ce dernier étaient liées, précaution bien inutile considéré l'état du ninja.
- Je vous amène celui-là, lança Tobirama à son chef.
Il propulsa ensuite son ancien ami vers les shinobis d'Amaterasu.
- Tu as choisi ton camp, sale traître. Le camp des perdants, cracha-t-il.
Minato s'écroula sur le sol argileux et Tsunade se hâta de lui porter une assistance limitée par le peu de chakra qu'il lui restait.
- Mettez-vous en file indienne, ordonna soudain Madara.
Kakashi voulut répondre par une phrase de son cru -et donc stupide-, mais Shika l'en dissuada.
- Ce n'est pas le moment…
Orochimaru, à portée de vue mais non de voix de Madara, avait une discussion animée avec Anko, qui répétait inlassablement les mêmes mots :
- Pars, et laisse-moi. Tu n'as pas assez de chakra pour deux, et toi, tu dois rester libre. Tu es trop important…
- Pas question, je… commença Orochimaru.
- Jure-moi que tu vas partir ! Fais-le pour moi, dit à mi-voix la kunoichi.
Le serpent regarda longtemps sa petite-amie, puis chuchota :
- D'accord… Mais je reviendrai ! Je t'aime.
Anko se contenta de sourire, et se plaça devant lui dans la file.
Un instant plus tard, une centaine de policiers en arme surgirent de nulle part et encerclèrent les shinobis d'Amaterasu.
Madara se tourna alors vers les seize captifs qui s'étaient rangés dans la file.
- Ils ont ordre d'abattre quiconque fera mine de s'enfuir, les prévint-t-il.
Il sortit ensuite un rouleau que tous reconnurent comme étant le deuxième parchemin de Minato.
- Je vais vous marquer comme des bêtes, expliqua Madara en souriant méchamment.
Naruto, au summum de la colère, fondit sur lui, avant d'être une fois de plus stoppé par Hashirama. Rai se tenait également prêt à contenir tout débordement, et les policiers avaient tous le doigt sur le gâchette.
- Ne fais pas ça… Tu ne pourras pas le battre. Et tu mourras pour rien, le tempéra le Senju.
- Rien à foutre ! explosa Naruto. Au moins j'aurais essayé !
- Imbécile ! tonna son ami. Itachi a donné sa vie pour toi, et tu voudrais la gâcher bêtement ?! Tu voudrais qu'Itachi soit mort pour rien ?!
Hashirama élevait rarement la voix, mais lorsqu'il le faisait, ce n'était jamais sans raison valable. Et une fois de plus, Naruto devait admettre qu'Absolution avait vu juste.
Itachi était mort pour qu'il vive. Et pour cette raison, il n'avait plus le droit de mourir. Il devait vivre, même si sa vie n'avait plus aucune saveur.
Sur ce, Madara posa sa main sur la parchemin, s'imprégnant du sceau.
Il se dirigea alors vers Minato, le premier de la file, et approcha son doigt incandescent du front de ce dernier.
Minato poussa un cri de douleur, puis se tut.
Madara marqua ainsi tous les ninjas à tour de rôle, jusqu'à ce qu'il arrive devant le dernier, à savoir Orochimaru.
Alors qu'il posait sa main sur le front de ce dernier, le corps se désagrégea, révélant un trou creusé sous lui.
« Kawarimi no jutsu… Il s'est enfui… » constata bêtement Madara.
- Il s'est enfui ! Comment a-t-il osé ! hurla-t-il dans un silence de mort.
Orochimaru aurait été un des piliers de son nouvel empire. Quelle déception…
Lorsque les premiers rayons de soleil commencèrent à percer, Madara sortit du château pour se rendre au cimetière. Quelque chose en lui lui intimait de se recueillir sur la tombe d'Itachi, afin d'honorer celui qui avait été son plus grand ennemi, et rival.
Malgré la victoire, il éprouvait un sentiment mitigé. Ne pas avoir pu mettre la main sur Orochimaru et Sasori -Tobirama lui ayant fait part de ses déboires- l'avait irrité au plus haut point. Mais Madara devait reconnaître qu'il y avait autre chose. Pour la première fois, il ressentait une forme de culpabilité devant les récents événements.
L'Uchiha rit bientôt de lui-même.
« De la culpabilité… C'est vraiment pathétique. Si je commence à ressentir ce genre de choses, je vais devenir comme Itachi : un faible ! »
En atteignant la tombe, Madara eut la désagréable de surprise de voir que cette dernière avait déjà un visiteur. Il blêmit en reconnaissant ce dernier.
- Impossible…
- Bonjour, Uchiha Madara. Vous avez fait là du beau travail… Je suppose que vous êtes fier de vous ?
Madara essaya de fixer les yeux du Rikudô Sennin, mais n'y parvint pas. Quelque chose dans ces Rinnegan lui fichait la frousse.
- Que me voulez-vous ? dit-il avec mauvaise humeur. Il avait oublié ce vieillard. La seule personne au monde qui soit plus puissante que lui, il était forcé de l'avouer.
- Rien de spécial… Comme prévu, la nuit dernière a été décisive sur la route que suivrait le cours des évènements. Et pour l'avenir de la Prophétie…
- L'avenir, c'est moi ! s'exclama Madara. J'ai gagné !
- Vous oubliez l'élu, répondit doucement le Rikudô Sennin.
Madara balaya la remarque d'un geste.
- J'ai l'autel, désormais. Je contrôle Tokyo, la moitié du Japon et le monde suivra !
Le Sage des six chemins haussa les épaules.
- Pensez ce que vous voulez. Cependant, je suis navré de vous l'annoncer, mais la Prophétie est désormais dans sa phase terminale. La mort de Fugaku, de Shisui, d'Itachi, tout cela était nécessaire dans l'accomplissement de la Prophétie.
- Ce qui veut dire ? répondit Madara.
- Que la Prophétie est forcée de se réaliser désormais. L'élu va bientôt apparaître, sourit le vieillard.
Fou de rage qu'on vienne porter ombrage à son succès, Madara dégaina son katana.
- Il n'y a pas de place pour vous dans mon monde. Mourrez ! s'écria-t-il en plongeant sur le détenteur du Rinnegan.
Ce dernier fit voler le sabre d'un coup de pied, sans effort apparent.
- Amusant…
Madara ramassa son sabre en serrant les dents. Comment venir à bout de type ?
Le Rikudô Sennin lui fit aussitôt écho.
- Comment venir à bout de moi ?
Madara se souvint alors de sa première rencontre avec la réincarnation du shinobi légendaire.
« Il peut lire dans mes pensées… »
- Exact, dit le Rikudô, provoquant une nouvelle crise de fureur de Madara.
Une phrase du Sage l'arrêta dans sa rage.
- Pour en revenir à votre question, ce sera très simple.
Intrigué, Madara lui demanda :
- Comment ça ?
- J'ai accompli mon rôle, à savoir de s'assurer que la Prophétie se réalise. Je n'ai plus rien à faire ici, dans ce monde.
Le Rikudô Sennin sourit, et leva les bras.
- Allez-y, tuez-moi. Je vous ai choisi pour le faire.
Madara haussa un sourcil. Tout cela était un peu trop beau pour être vrai.
C'est un chouya énervé qu'il s'approcha du vieillard. Au final, il aurait tué ses deux plus puissants ennemis sans qu'ils ne se défendent. Et cela allait à l'encontre de son sens de l'honneur.
- Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas vous battre ? Je n'aime pas ça… renchérit le chef de l'Akatsuki.
- C'est tout à votre honneur, répondit le Rikudô Sennin. Cependant, si nous nous battons, je gagnerai, et ce n'est pas mon but.
Madara plissa les yeux, puis enfonça sa lame dans le cœur du Rikudô.
- Adieu, vieillard… Et merci pour tes yeux ! ajouta-t-il en arborant un sourire démoniaque. Le Rinnegan était à lui.
- J'ai bien peur que tu ne puisses pas t'en emparer, rétorqua le vieil homme.
Avant que Madara n'ait compris le sens de sa phrase, le corps du Rikudô Sennin se dispersa, et prit la forme de particules de poussière lumineuse.
Ebahi, Madara vit les particules s'élever dans le ciel orangé, jusqu'à disparaître.
- Le Rikudô Sennin… Décidément, ce type était tout sauf humain… murmura Madara.
A quelques pas de là, un homme, caché dans l'obscurité, venait d'arriver. Il avait assisté à la fin de la scène, et avait failli crier lorsque le Rikudô avait été mis à mort. Ses deux Rinnegan brillèrent un moment, accusateurs, puis il disparut.
Orochimaru marchait sur la surface de l'eau en direction de l'Ouest lorsqu'il tomba nez à nez avec Sasori. Le marionnettiste avait ôté sa marionnette de combat, et semblait se diriger vers le château.
- Yo Sasori ! le héla l'ophidien.
L'interpellé haussa un sourcil.
- Orochimaru ? Que fais-tu ici ? Tu ne devrais pas être en train de te battre ?
Le Capitaine Utopie haussa les épaules.
- C'est terminé. Nous avons perdu, donc je n'ai plus rien à faire ici… Les autres ont été fait prisonniers, mais j'ai réussi à m'enfuir.
Sasori baissa les yeux. Il aurait peut-être dû se battre à leurs côtés, mais ça aurait été renier ses principes.
- Il y a eu des morts ?
Le sourire Orochimaru disparut aussitôt.
- Beaucoup. Nous ne sommes qu'une quinzaine de survivants. Même Itachi a été tué…
Sasori blanchit, alors qu'il se souvenait de ce que Naruto lui avait dit lorsque Itachi et son ami étaient venus lui rentre visite.
« Tu as refusé de tuer à nouveau, Sasori, mais ça ne changera rien ! Cesser de te battre ne rachètera pas les vies que tu as ôté ! Rien ne le pourra. Ta seule consolation est de l'avoir fait pour la justice. Mais nous, nous nous battons pour plus que ça ! Nous nous battons pour la liberté et pour le libre-arbitre ! Ce libre-arbitre que tous les hommes perdront si Madara l'emporte ! Si cela arrive, ce sera en partie de ta faute, Sasori. Et tu auras bien plus de sept vies sur la conscience… »
Plus que jamais, il se sentait coupable de la mort de ses amis, en particulier Itachi qui comptait beaucoup pour lui.
Soudain, en dépit de la situation peu propice à la joie, Orochimaru éclata de rire.
- Ah la la mon petit Sasori… Décidément, toi et moi nous sommes pareils. Nous n'avons pas envie de nous battre, et compensons notre absence d'honneur par notre intelligence.
Soudain, son sourire fut à nouveau remplacé par une expression grave.
- Regardez qui voilà…
Sasori se retourna et vit Neji, Shino et Lee arriver en compagnie de Deidara et Hinata.
- Apparemment ils ont réussi… Mais un peu trop tard, soupira Orochimaru en les saluant.
Il étudia ensuite Hinata et Deidara sous toutes les coutures, constatant que ces deux-la semblaient avoir gagné en maturité. Mais eux n'avaient pas connu la boucherie à laquelle il avait assisté -et participé- et il ne leur souhaitait pas.
Sur cette pensée, Orochimaru regarda la Hyûga droit les yeux et y lut son désir de savoir.
Il soupira, puis se prépara à faire un exposé qui ne serait pas agréable à entendre…
La mouette volait depuis le port de Tokyo, et commençait à fatiguer. Il lui fallait impérativement trouver un endroit où se poser histoire de récupérer avant de se relancer à la conquête des cieux.
Soudain, elle vit un tout petit bout de sable occupé par sept humains. Elle se méfiait de cette espèce, mais n'avait pas le choix. C'était ça ou une mort certaine.
L'oiseau se posa sur le sable chaud, tout en regardant les humains, prêt à repartir au moindre geste suspect. Mais ces humains ne semblaient pas lui prêter la moindre importance.
L'un d'entre eux, qui était encore plus moche que les autres et qui sentait le serpent, passait son temps à émettre des sons en direction de cinq autres humains. Le dernier était le plus étrange, puisqu'il ne sentait pas l'homme. La mouette ne s'intéressa pas outre mesure au phénomène, mais étudia avec curiosité le comportement du plus petit des humains, qui semblait être une femelle. En effet, celle-ci venait de s'effondrer sur le sol et tenait sa tête dans les mains. La mouette nota qu'elle avait les yeux blancs, et se dit que c'était bien la première fois qu'elle voyait cela.
Lorsqu'un autre humain, à la dégaine particulièrement étrange, prit sa tête dans ses mains, elle se dit que ça devait être une sorte de rituel humain.
Elle reprit son envol puis rasa la surface de l'eau de mer, à la recherche de poissons pour son repas. L'odeur de l'étendue aqueuse lui rappelait celle des gouttes qui avaient coulé des yeux humains lorsqu'ils avaient agi bizarrement.
Hinata était effondrée, et Deidara faisait tout son possible pour la consoler.
- Ne t'inquiète pas, il va s'en sortir…
Malgré les bonnes intentions de ninja, Hinata perçut une pointe de jalousie dans sa voix, et elle répondit en pleurant.
- Tu ne comprends rien… C'est toi que j'aime maintenant, mais Naruto… Il compte beaucoup pour moi. De même qu'Itachi et tous les autres qui sont…
Hinata ne put se résoudre à prononcer le mot qui faisait pourtant partie de son quotidien depuis bientôt deux ans.
Orochimaru parut assez surpris des révélations apportées par le dialogue. Ces deux-là n'avaient pas perdu de temps pendant ce dernier mois… Alors comme ça Hinata était tombée amoureuse de l'ex-shinobi de l'Akatsuki…
« Finalement, je pense que ça vaut mieux, qu'il ne soit pas là… » pensa le serpent en imaginant l'état dans lequel se mettrait Naruto s'il l'apprenait.
Madara entra dans le bureau d'Itachi avec une certaine satisfaction. La pièce avait d'abord appartenu au Général Fugaku, et il se rappela avoir longtemps aspiré la posséder enfin.
Il congédia ses deux gardes du corps, et explora le bureau.
Il jeta un bref coup d'œil à une pile d'enveloppes posée sur une des étagères. Ces dernières portaient le sceau présidentiel de plusieurs gouvernements.
Madara sourit à leur vue. Alors comme ça, Itachi aussi en avait reçu… L'homme était vraiment pitoyable dans son avidité. Dès qu'une nouvelle forme de pouvoir émergeait, toutes les nations voulaient se l'approprier égoïstement pour elle seules, afin d'en avoir le monopole.
Et pour une fois, Itachi et Madara avaient partagé le même point de vue. C'était hors de question. Selon Itachi, les shinobis devaient aider le monde en général, et ne devaient pas se retrouver sur l'échiquier politique. Les ninjas étaient des armes dans le monde de Naruto. Et Itachi refusait qu'ils le soient dans le leur.
Madara sourit. Bien que lui-même soit opposé à la chose, ses motivations étaient radicalement différentes. Il ne voulait pas prêter allégeance à un gouvernement pour la bonne et simple raison qu'il voulait tous les soumettre, les uns après les autres.
Madara reposa les lettres et reprit sa fouille des lieux.
Il trouva ça et là quelques parchemins sans grand intérêt, mais retint un sourire victorieux lorsqu'il vit, posée sur le bureau qui trônait au centre de la pièce, une enveloppe scellée.
Il s'assit sur le fauteuil, et se saisit de l'enveloppe, sur laquelle un unique mot était écrit.
- Testament, lut-il à haute voix.
Cette fois-ci, il laissa libre court à son hilarité, et brisa le sceau.
Alors qu'il sortait la lettre de son enveloppe, il se passa quelque chose d'étrange.
Un deuxième sceau, qui se trouvait en haut de la lettre, se mit à rougeoyer, avant que des flammes noires s'en échappent et foncent sur lui.
Madara se téléporta juste à temps pour les éviter, mais ce n'était pas passé loin.
Lorsqu'il fut de retour dans la bureau, il se servit de son Mangekyou sharingan pour éteindre les flammes de l'Amaterasu qui avaient commencé à consumer les rideaux du bureau.
- Salopard… cracha Madara en se saisissant de la lettre.
Il vit avec stupeur la lettre en question partir en fumée, alors qu'une deuxième feuille faisait son apparition à côté des restes de la première.
Très énervé, Madara la saisit et commença à lire.
Miyamoto-san,
Si vous lisez cette lettre, cela signifie que j'ai échoué par deux fois. Vous nous avez vaincu lors du siège du château, et vous avez échappé à cet ultime piège que je vous ai tendu, en m'inspirant d'une scène du manga que vous aurez reconnu je suppose…
Je suis désolé d'avoir dû brûler ce testament, mais il ne vous était nullement destiné, contrairement à cette lettre que j'ai écrite pour vous.
Miyamoto-san, vous êtes un shinobi très puissant, et je regrette que vous ayez choisi de vous battre pour des idéaux déformés. Pourquoi vouloir d'un tel monde ? Pourquoi vouloir enfermer vos semblables dans cette prison dorée ?
Cependant, je dois admettre que je ne sais rien de vous. Peut-être avez-vous de très bonnes raisons d'avoir fait ce choix, et vous en avez parfaitement le droit.
Pourtant, s'il existait quelqu'un capable de battre Madara, ce serait probablement vous.
Et je ne comprends pas pourquoi vous avez choisi de vous mettre au service de l'autre Madara, plutôt que de s'opposer au lui.
Je dois l'avouer, Miyamoto-san, j'ai toujours cru que vous étiez l'élu. Après vous avoir combattu et perdu à chaque fois, je l'ai vraiment cru. Et pourtant, à chaque fois que je me suis entretenu avec vous, j'ai été impuissant à vous faire changer d'avis, et de voie. Vous m'avez paru si enfoncé dans les ténèbres que j'en ai été découragé.
Mais après m'être entretenu avec le Rikudô Sennin, j'ai compris une chose. L'élu viendra à nous, et non pas l'inverse. Et qui sait… Si jusqu'à maintenant vous ne l'étiez pas, peut-être pourriez-vous devenir l'élu, si vous changiez !
Miyamoto-san, vous êtes la réincarnation du mal qui ronge cette terre, mais vous n'êtes pas obligé de suivre ses pas aveuglement. Rejoignez la voie du bien ! Rejoignez la voie de l'amour, de la paix et de l'humanité !
Je vous supplie d'y penser.
Karasu
Madara resta silencieux un très long moment, puis soudain, éclata d'un rire diabolique.
En entendant ce rire sans fin, les gardes postés derrière la porte déglutirent difficilement. Leur chef était effrayant parfois. Plutôt souvent en fait…
Madara brûla la lettre en souriant.
- Itachi… C'est vraiment pathétique… Alors comme ça, me supplier aura été ton unique arme jusqu'à la fin…
Le chef d'Akatsuki repensa à la lettre et rit derechef.
- L'élu… Itachi, tu n'as vraiment rien compris… Combattre Madara dans l'autre monde ne m'intéresse pas. Je le tuerai dans celui-ci, lorsqu'il s'y attendra le moins, et le monde m'appartiendra ! Je fermerai les yeux de l'humanité à jamais, et je leur montrerai un nouveau monde parfait, issu de ma propre imagination !
- Sakura !
La kunoichi se retourna en soupirant.
- Quoi encore, Sasuke ?
L'Uchiha se contenta de lui montrer la lettre d'Itachi, dont le sceau venait de disparaître.
Aussitôt, Sakura se précipita vers lui, suivie par Jiraya et Hidan, qu'ils avaient rencontré il y a peu.
Les deux jashinites avaient fini le pèlerinage depuis quelques jours, et Hidan avait tenu à cette halte par la Chine afin de voir la tombe de ses parents. C'est là-bas que Sakura et Sasuke les avaient trouvé.
Sakura avait été surpris du changement opéré en peu de temps chez Jiraya. Le ninja lui avait semble beaucoup plus mature et puissant qu'auparavant. Il lui rappelait Naruto, d'une certaine manière. Sasuke, pour sa part, avait surtout remarqué Hidan. Celle-ci avait abandonné sa cape et troqué son ancienne tenue contre un ensemble particulièrement sexy, une robe gothique aux tons bleus, violets et blancs à base de dentelle noire. L'Uchiha n'avait pas pu s'empêcher de glisser un ou deux regards là où il ne fallait pas.
Le groupe, devant l'urgence de la situation, était alors reparti à toute vitesse vers le Japon.
Ils étaient maintenant à une dizaine de kilomètres du château.
Sasuke ouvrit l'enveloppe, et vit que cette dernière contenait une deuxième enveloppe, plus petite, ainsi que deux feuilles de papier.
L'Uchiha sortit la première feuille, et, en voyant l'en-tête, dit ce que tout le monde avait déjà compris.
- C'est une lettre.
- Lis-la, lui ordonna un Jiraya curieux.
Sasuke obéit sans discuter. Il avait hâte de voir ce que son frère avait à lui dire.
Cher Sasuke, et Sakura car je suppose qu'elle est à côté de toi. Dans le doute, j'ajoute aussi : chers Neji, Shino, Lee, Jiraya et Hinata. Je salue aussi Hidan et Deidara au cas où ils seraient là pour lire ceci.
Après ce préambule assez long, il me vient une envie de rire assez étrange, car elle ne s'accorde pas le moins du monde avec les évènements…
Mes amis, je vais être sincère avec vous. A l'heure où vous lisez ces mots, je ne suis plus de ce monde.
Sasuke interrompit la lecture de la lettre. Il ne pouvait pas en lire plus. A côté de lui, Sakura pleurait toutes les larmes de son corps. Itachi était mort… Elle l'avait toujours aimé, même lorsqu'il l'avait jetée.
Avec délicatesse, Jiraya s'empara du feuillet, et continua à sa place.
Si vous lisez cette lettre, cela signifie que Madara a essayé de lire le testament qui se trouvait dans mon bureau, et donc que l'Akatsuki a gagné. Beaucoup de nos amis sont probablement morts ou prisonniers. Avant tout, je voudrais m'excuser. En particulier à Sakura et Sasuke, avec qui j'ai été particulièrement désagréable.
Même si je ne t'aime plus, Sakura, tu auras été une de mes meilleurs amies, et je te suis reconnaissant d'être resté dans mon organisation jusqu'à la fin. Tu es très courageuse, et je suis si fier de toi…
Akio, je suis désolé de te quitter. Mais vu que tu écoutais aux portes lorsque Tsunade a parlé de ce que tu sais, tu comprends que c'était inévitable.
Sasuke poussa un cri de désespoir, et Jiraya continua sa lecture, ses mains tremblant légèrement sur le papier.
Cependant, Akio, tu ne seras jamais seul. Je serai toujours avec toi, de même que tous tes amis. Tu n'es pas seul, petit frère.
Je ne vous cache pas, mes amis, que ce monde risque d'empirer dans les jours à venir. Sasuke, Sakura, tous, je vous laisse le choix. Vous pouvez vous battre contre Madara, ou vivre paisiblement. Ma seule exigence, est que vous soyez heureux. Alors faites tout en ce sens.
Néanmoins, si vous choisissez de continuer la guerre, ne le faites pas par vengeance.
Je t'en supplie Sasuke, je ne veux pas que tu deviennes comme l'autre. Pour moi, pour ceux que tu aimes, renonce à te venger. Ne te bas pas pour les morts, fais-le pour les vivants.
Je suis peut-être mal placé pour te faire la morale, mais je veux que tu sois heureux, mon cher petit frère.
Je n'ai plus grand-chose à dire, mis à part ceci : La deuxième feuille se trouve être mon testament. Je t'y lègue tous mes biens, Akio, bien que la plupart se trouve désormais entre les mains de Madara…
L'enveloppe jointe aux deux papiers contient une certaine somme, ainsi que le nom d'un site Internet protégé, et les mots de passe qui vous permettront d'accéder à son contenu. J'y ai répertorié la totalité des documents retrouvés dans la grotte, afin que même loin du château, vous puissiez vous entraîner.
Bonne chance à tous !
Adieu,
Karasu alias Itachi
Les ninjas cédèrent au chagrin pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Jiraya se lève subitement.
- Ils arrivent.
Tout le monde regarda dans la même direction que l'ermite jashinite, et vit arriver vers eux sept shinobis bien connus.
Hinata courut vers Sakura et l'enlaça. Cette dernière, qui s'était calmée, éclata à nouveau en sanglots, imitée en cela par Hinata. Les deux kunoichis pleuraient leurs amours perdus, bien que Naruto fut peut-être encore vivant…
Neji, Shino et Lee saluèrent brièvement leurs amis, avant de lire les derniers mots d'Itachi.
Soudain, Jiraya remarqua l'état dans lequel se trouvait Sasuke. Ce dernier était recroquevillé sur lui-même, entouré par une sombre aura. La noirceur suintait par tous les pores de sa peau.
- Yin… se contenta de dire l'ermite.
C'est à ce moment-là que Sasuke se releva, les yeux entièrement noirs. La teinte noire se diffusait un peu partout sur son corps, et gagnait toujours plus de terrain. Toute trace d'humanité avait disparu de son visage, et un seul but transcendait son regard et les sentiments qui pulsaient autour de lui. Tuer.
- Et Naruto qui n'est pas là… geignit Orochimaru.
Lorsque Sasuke attaqua, Jiraya se tenait prêt et il le ceintura fermement.
L'Uchiha avait beau se débattre, il n'arrivait pas à se dégager de l'emprise d'Extase. L'ermite semblait totalement immunisé aux ondes de désespoir que diffusait son ami.
Sakura supposa que cette résistance au Yin était une des faveurs accordées par Jashin…
Cependant, Jiraya n'avait aucun moyen de guérir Sasuke de son mal. Il ne contrôlait pas le chakra Yang, contrairement à Naruto. C'est alors qu'il trouva l'idée qui les sortirait de ce mauvais pas.
- Neji, Hinata utilisez vos yeux et vos paumes pour neutraliser ses tenketsus, je le tiens. Lorsqu'ils seront tous bouchés, le chakra Yin arrêtera de se diffuser dans son corps.
Le Hyûga en tomba des nues.
- Mince, Jiji, je rêve où Jashin t'as offert un cerveau en plus de l'immortalité ?
- Il m'a aussi offert un remède à base de coups de poing particulièrement efficace contre les imbéciles qui ne comprennent pas l'urgence de la situation.
Jiraya avait cloué le bec de son ami, qui s'empressa, aidé en cela par Hinata, de faire ce qu'on lui avait dit.
Lorsque Neji eut achevé cette tâche pénible -il n'est jamais aisé de malmener un ami, même si c'est pour son bien- Sasuke rouvrit les yeux, et tout le monde soupira de soulagement en voyant qu'ils étaient redevenus normaux. Son corps retrouva bientôt sa couleur habituelle, sous les yeux éteints d'un Sasuke triste, fatigué et désolé.
Quelques larmes supplémentaires perlèrent au coin de ses yeux, mais il n'avait que trop pleuré. Bientôt, une tristesse calme mais incommensurable prendrait le relais, il le savait.
A un moment donné, lorsqu'il fut calmé, Sakura le prit à part.
- Sasuke, il y a une phrase dans cette lettre qui me chiffonne… « Mais vu que tu écoutais aux portes lorsque Tsunade a parlé de ce que tu sais, tu comprends que c'était inévitable. »
Qu'est-ce qu'Itachi a voulu dire ?
Sasuke, tout à son chagrin, n'avait pas le cœur à mentir.
- Itachi était atteint de la même maladie incurable que celui de l'autre monde. Il ne lui restait que quelques semaines à vivre…
Sakura se mordit la lèvre.
- Je vois…
Sasuke la regarda dans les yeux, et comprit que son amour pour Itachi était resté intact. A quoi bon lui mentir plus longtemps ? Itachi voulait qu'elle ne souffre pas quand elle mourrait, mais c'était pourtant le cas. Il allait donc lui dire. La vérité.
- Sakura… Il y a autre chose que je dois te dire.
La kunoichi le regarda, toute ouïe, et il se jeta à l'eau.
- Itachi a écrit dans cette lettre qu'il ne t'aimait plus… Il a menti.
Sakura fronça les sourcils.
- Pardon ?
- Pense à la façon dont mon frère t'a jeté… Ça ne lui ressemblait pas, tu ne crois pas ? Et comme par hasard, il a agi ainsi le jour où Tsunade lui a dit combien de temps il lui restait. Tu comprends maintenant ? Itachi t'aimait, Sakura. Il t'a toujours aimée. Je l'ai lu dans son regard avant de partir.
Sasuke avait dit tout cela d'une traite, comme s'il se libérait d'un lourd fardeau. Il attendit alors plein d'appréhension la réaction de son interlocutrice.
Sakura ferma les yeux, et de nouvelles larmes firent leur apparition au coin de ses yeux.
- Crétin… Ton frère était un crétin.
Elle tomba soudainement au sol et hurla son chagrin à la face du ciel ensoleillé qui la narguait.
Lorsque tout le monde eut retrouvé un semblant de bonne humeur, Neji prit la parole.
- La mission qui nous a été confiée était, vous l'avez compris, un prétexte pour nous éloigner de la bataille. Itachi ne voulait pas nous voir mourir, aussi il nous faut réfléchir à une certaine question. Devons-nous continuer à nous battre, ou profiter de la vie qui nous a été offerte ?
Les shinobis réfléchissaient à la question, lorsqu'une voix s'éleva.
- Il faut se battre… Si vous êtes vraiment des membres d'Amaterasu, si vous luttez vraiment pour la paix et la liberté, si vous êtes vraiment des hommes… Il faut vous battre !
Tout le monde se tourna vers le nouvel arrivant, Pain en personne, incarné par Tendô, et accompagné de Han et Haku. Le premier corps de Pain arborait un visage à la fois triste et résolu.
- Madara, en plus de ses desseins maléfiques, a détruit Amaterasu. Il a tué Itachi, le porte-étendard de l'espoir. Mais ce n'est pas tout… Il a tué le Rikudô Sennin, mon maître…
Sasori ouvrit de grands yeux, de même que Neji et Sasuke qui avaient fait la dure expérience des pouvoirs du vieillard.
- J'ai du mal à l'imaginer… souffla le Hyûga.
Nagato repensa soudain à une conversation qu'il avait eu avec son maître.
« - Nagato… Le Rinnegan ne doit pas intervenir tant que la Prophétie n'est pas assurée de se réaliser. Mais un jour, tu pourras te battre. Un jour, tu pourras te battre pour l'élu. Un jour tu pourras te battre pour l'humanité.
- Mais quand ? avait demandé le garçon.
- Le jour où j'aurais accompli ma mission… avait répondu le Rikudô Sennin, énigmatique.
- Et comment le saurais-je ? avait renchéri Nagato.
- Ce jour sera aussi celui où je quitterai ce monde pour ne jamais revenir. Lorsque je serai mort, Nagato, tu pourras enfin renaître. Pour te battre. »
Nagato inspira profondément. Sa résolution était plus forte que jamais. Il s'exprima alors par les lèvres de Tendô.
- Mais qu'importe ! tempêta-t-il. L'espoir, lui, n'est pas encore mort ! Il nous faut croire en l'élu, et continuer à nous battre contre le tyran ! En ce jour, je crée une nouvelle organisation. Une organisation qui n'aura qu'un seul but. Vaincre Madara une fois pour toute, ou tout au moins s'opposer à lui dans toute la mesure du possible ! Nous libérerons vos amis prisonniers et nous résisterons, pour la liberté ! C'est pourquoi ce groupe de résistants s'appellera * Fuki.
Je suis conscient que la plupart d'entre vous me prend pour un lâche et un hypocrite, puisque je n'ai jamais combattu jusqu'à maintenant. A ceux-la je dis que je n'avais pas le choix. Croyez-moi si vous le voulez, mais pour le bien de la Prophétie, je n'avais pas le droit de me battre jusqu'à maintenant. Mais désormais, tout a changé ! Je peux enfin écouter mon cœur, et ce cœur demande la liberté ! La liberté et la paix !
Il y eut un grand silence, puis Han prit la parole.
- Je me battrai.
Haku opina du chef et fit écho à son camarade.
Ce fut ensuite au tour d'Hinata de se diriger vers le corps de Pain.
- Je me joins à vous, pour me battre et pour sauver Naruto s'il est encore de ce monde !
Sans surprise, Deidara suivit la kunoichi et l'organisation accueillit deux membres de plus.
Au bout de quelques minutes, tout le monde avait rejoint Fuki, hormis Sasuke, Sasori et Orochimaru.
Sasuke fut assez long à se décider. Son frère lui laissait clairement le choix, et le suppliait de ne pas céder à l'appel de la vengeance. Néanmoins, prendre les armes contre Madara risquait de lui donner tôt ou tard l'occasion de venger son frère, et il n'était pas sûr de pouvoir résister à la tentation le moment venu.
Après un long dialogue intérieur, il décida de rester avec ses amis. Comme l'avait dit son frère, ils étaient sa famille. Sa dernière famille. Et il devait la protéger pour ne pas la perdre. Et pour cela, il devait rejoindre Fuki.
Tous les regards convergèrent alors vers les deux derniers shinobis, tous les deux réputés pour leur intelligence mais aussi pour leur manque évident de motivation vis-à-vis de la guerre.
Les deux hommes se regardèrent puis sourirent, avant de dire d'une seule voix :
- On vient.
Orochimaru avait beau faire comme si de rien était, il avait décidé de rejoindre Fuki dès que Nagato le lui avait proposé. Et pour cause, il était hors de question qu'il abandonne Anko à son sort.
Tous espéraient la fin de la nuit, l'aube d'un nouvel espoir, et ils se battraient pour ça.
* Fuki : Liberté
