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Liberté
- C'est la fin de ce journal, dans un instant le documentaire inédit sur le Japon dans l'ère Fukkou *.
Deidara se redressa sur le canapé. Il avait jusqu'alors écouté d'une oreille distraite la journaliste débiter son compte-rendu quotidien, seul le programme qui allait suivre l'intéressait. Et pour cause, toutes les informations étaient falsifiées. Dès lors qu'il s'était emparé du Japon, Madara avait aboli la plupart des libertés garanties par la constitution, dont celle de la presse. L'Uchiha avait dépassé le cap de la censure, en s'emparant ni plus ni moins de l'organe de presse, et mettant ainsi en place une fantastique campagne de propagande. Celle-ci avait porté ses fruits, considérant que la grande majorité des citoyens n'y voyait que du feu.
Malgré tout Deidara avait hâte de voir ce fameux documentaire. Pour que Madara accepte sa diffusion, ce devait être un ramassis d'inepties, et le shinobi avait hâte de voir la manière dont l'Empire allait être présenté.
- C'est parti pour une heure de franche rigolade… murmura-t-il en attrapant une cannette de bière.
C'est à ce moment-là qu'une porte s'ouvrit derrière lui.
Deidara se raidit un instant, puis se détendit en reconnaissant l'aura de Nagato. Deux ans passés à se cacher l'avaient transformé en une véritable boule de nerfs.
- Tu regardes ces conneries ? lui demanda Nagato sur un ton un tantinet accusateur.
- Ça risque d'être amusant, rétorqua Deidara en piochant allègrement dans un paquet de chips.
Le possesseur du Rinnegan haussa les épaules, et son fauteuil mécanique qui ressemblait à une araignée à quatre pattes se remit à bouger.
Mais avant de partir, il posa une nouvelle question à son camarade.
- Au fait, où est Hinata ? Elle n'est pas en mission que je sache.
- Nope, mais elle est à la salle d'entraînement. Elle perfectionne son Taijutsu, il me semble… fit Deidara d'une voix traînante.
- Et bien tu devrais faire pareil.
Une fois Nagato parti, Deidara poussa un long soupir et reporta son regard sur la télévision, une véritable antiquité. Fuki avait pourtant les moyens de se payer quelque chose de mieux, maugréa-t-il en pensée.
- Comme vous le savez tous, le nouvel Empire japonais est né il y a deux ans, le 14 août 2012, commença la voix off alors que des images de foules en liesse fêtant l'avènement du nouvel empereur se succédaient à l'écran.
- Ah ça on ne risque pas de l'oublier, grommela Deidara. Il n'avait pas participé aux combats de cette nuit-là, mais il partageait les souffrances de ses amis, en particulier d'Hinata.
- Le retour de l'empereur fut accompagné d'une hausse du niveau de vie, et la production industrielle fut doublée. L'entrée dans l'ère Fukkou inaugura donc un retour à la prospérité, à l'image de l'Ere Meiji quelques décennies plus tôt. Un Japon puissant est un Japon impérial, cet adage se vérifie une fois encore.
Deidara leva les yeux au ciel. Ces âneries avaient beau l'amuser, un peu de vérité ne lui ferait pas de mal une fois de temps en temps…
Les images de citoyens florissants furent subitement remplacées par une photo que Deidara reconnut aussitôt. Celle des Fils du Vent.
- La fin de l'année 2008 fut un tournant, car elle vit l'émergence des shinobis. Les pouvoirs de ces derniers étaient fantastiques, mais ils étaient également à double tranchants. Certains de ces ninjas, consumés par le pouvoir et la jalousie, décidèrent d'utiliser ce pouvoir pour détruire, et ils trahirent leur ordre. Les masques furent jetés en l'été 2011, et les Fils du Vent s'entredéchirèrent. Heureusement, notre futur empereur parvint à tuer le meneur des traîtres, qui n'était autre que le maître de l'ordre. Révolté par la trahison de son ancien ami, Miyamoto-sama mit fin à l'organisation des Fils du Vent et donna naissance à Akatsuki, l'aube d'une nouvelle ère de paix.
Deidara essaya en vain de résister au fou rire qui le tenaillait, mais rien n'y faisait. Ce reportage était décidément tordant.
- Hélas, un des traîtres survécut, et créa lui aussi un groupe, Amaterasu.
Une photo d'Itachi apparut à l'écran, et Deidara esquissa un sourire. Comme par hasard, l'ancien supérieur d'Hinata avait une expression particulièrement rebutante et teintée de méchanceté.
« Photoshop fait des merveilles… » pensa-t-il en croquant une nouvelle chips.
- L'organisation gagna en taille, et ne cessa de s'opposer à Akatsuki, qui perdit de nombreux membres au fil de cette guerre.
Les photos des morts défilèrent à l'écran, et le sourire de Deidara diminua légèrement.
Lorsque la dernière eut quitté l'écran, la photo de Madara envahit tout l'écran, et la voix-off reprit son laïus.
- Mais au final, Miyamoto-sama mena ses hommes à la victoire, et anéantit Amaterasu. De par sa magnanimité inouïe, il épargna tous les ninjas ennemis survivants, à l'exception du traître Karasu, le Seigneur des Corbeaux. Mais alors que Miyamoto-sama allait lui accorder la mort qu'il demandait et méritait, Amaterasu, par un acte d'une fourberie sans nom, essaya d'assassiner notre bien-aimé Empereur, qui ne dut sa survie qu'à sa puissance sans égale.
Ultime ironie, le traître Karasu mourut de l'arme qui était destinée à tuer Miyamoto-sama…
Quelques images passèrent à l'écran, montrant les membres d'Amaterasu tête baissée et tenus en joue par la police de Tokyo.
L'amusement quitta définitivement le visage de Deidara et, de rage, il donna un coup de genou dans la table basse qui n'en demandait pas tant.
Soudain, une nouvelle photo de Madara apparut à l'écran.
- Le lendemain de cette bataille éprouvante, une majorité écrasante de l'assemblée désigna Miyamoto-sama comme nouveau dirigeant du Japon et lui confia les pleins pouvoirs.
Ce dernier s'autoproclama ensuite empereur, et entreprit sans attendre de nombreuses réformes qui devaient métamorphoser le Japon, pour son plus grand bien.
Malheureusement, l'opposition à notre bon empereur n'avait pas totalement disparu. En effet, quelques shinobis d'Amaterasu, visiblement encore plus lâches que les autres, s'étaient enfuis avant la bataille et décidèrent de créer un nouveau groupuscule, Fuki. Prétendant à une liberté illusoire, l'organisation perpétue encore aujourd'hui de nombreux actes terroristes qui troublent la paix civile car bien que notre saint Empereur fasse de son mieux pour éliminer la menace, quelques terroristes résistent encore. Nous prions donc pour que les glorieux soldats de l'Empire trouvent et éliminent les derniers fauteurs de troubles, afin que le triomphe de l'Empire soit complet. Paix, prospérité, et liberté ! s'exclama la voix off.
Deidara serrait les poings de rage lorsqu'un objet siffla à ses oreilles.
La cafetière, qui par un étrange prodige avait quitté son inertie et volait à présent, percuta la télévision qui explosa dans un grand nuage de vapeur.
- Oups, fit Orochimaru en se passant la main derrière la tête. Elle m'a échappé des mains.
Deidara, qui n'avait pas entendu le scientifique entrer dans la pièce, sourit devant l'énormité du mensonge, et s'allongea sur le canapé.
- Bah de toute façon il était temps de changer ce fossile…
Sous les rayons ardents du soleil tokyoïte, le complexe tout neuf du Tokyo Midtown brillait de mille feux. Au centre de ce dernier surgissait un grand et majestueux immeuble, qui n'était autre que le plus haut gratte-ciel de Tokyo. Tout aussi grandiose que constitue un tel panorama, il n'avait rien d'extraordinaire pour les passants affairés qui à force d'habitude l'avaient -à tort- jeté dans les méandres des banalités du quotidien.
En revanche, ce qui était inhabituel, c'était la présence d'un jeune homme accroupi sur le toit de l'immeuble. Ses cheveux bruns lui arrivaient jusqu'aux épaules, et tombaient en deux mèches devant ses yeux. Chose étrange, il portait un bandeau qui cachait entièrement ces derniers, le privant de la vue.
Le reste du portrait était plus typique. Il était vêtu d'un tee-shirt blanc sans manches et d'un simple jean, un pendentif représentant le symbole du Yin et du Yang venant parachever l'ensemble.
En dépit de la présence de son bandeau noir comme l'encre, l'homme semblait observer le décor qu'il surplombait.
Bien à l'abri des regards, il aurait en effet bénéficié d'une vue parfaite sur l'ensemble de Tokyo. Un endroit rêvé pour un sniper.
Sur cette pensée, il sourit. Une fois de plus, Sasori avait su trouver ce qu'il y avait de mieux.
Se levant d'une pirouette, l'homme agrippa son sac à dos et l'ouvrit d'un geste à la fois rapide et précis. Il en sortit plusieurs pièces étranges faites d'un matériau qui ressemblait à l'acier, et les examina rapidement d'un œil expert. Toujours vérifier son matériel, c'était la clé du succès.
N'ayant constaté aucune imperfection, l'homme commença à assembler les pièces. Chacun de ses gestes avait vraisemblablement été travaillé, et maintes fois répété.
Dès lors qu'il eut achevé sa tâche, il essuya la sueur qui lui coulait du front. Et dire qu'il n'était que dix heures du matin… Quelle chaleur en ce début d'été nippon ! Lorsque son regard croisa le soleil, ses paupières se rabattirent vivement pour protéger ses pupilles blanches. Ses précieuses pupilles, qui constituaient un de leurs seuls avantages dans la lutte contre Madara.
Soudain, la poche du Hyûga bourdonna et ce dernier s'empressa d'en sortir son talkie-walkie.
- Allo Neji ? Ici Sasuke. Est-ce que tu m'entends ? grésilla une voix dans le micro de l'appareil.
- Cinq sur cinq, répondit Neji. Tu as fini ?
- Pas tout à fait, mais j'ai déjà éliminé les gardes du sous-sol. Je serai dans les temps, haleta Sasuke au bout de l'autre talkie-walkie.
- Très bien. Pas de changement de mon côté, donc ? demanda Neji en se saisissant de l'arc qu'il venait de monter.
- Non. On suit le plan, à la seconde près. J'ai parlé à Sakura, et elle se tient prête au signal.
Neji donna son assentiment, et coupa court à la transmission. Malgré toutes leurs précautions, les sbires de Madara risquaient d'intercepter la conversation si cette dernière s'éternisait.
Neji caressa amoureusement son arc. Cette petite merveille était sortie de la forge de Sasori, et était constituée d'un alliage particulièrement résistant. Il fallait bien ça pour résister à la force d'un shinobi, songea le Hyûga.
S'avisant de l'heure, il constata que l'opération démarrait dans moins d'une minute. Et il ne savait toujours pas où il devait tirer…
N'importe qui se serait affolé, mais pas lui. Il s'y prenait toujours au dernier moment, mais il s'en sortait toujours, et ce grâce à ses nombreux talents, et à sa pupille.
Neji activa son Byakugan, et balaya Tokyo jusqu'à ce qu'il trouve l'immeuble en question, qui se trouvait à quelques kilomètres de là.
Il compara le bâtiment avec la photo que Sasori lui avait donnée, et sourit.
- Et voilà… Cible trouvée en moins d'une seconde et demie. Record battu ! se vanta-t-il.
Le rôle du tireur embusqué était fait pour lui, il n y avait là aucun doute. Sa vue démesurée et sa grande force de ninja lui conférait un champ d'action proprement hallucinant, et il n'avait pas besoin de lunette de visée.
Etant donné qu'il lui restait une petite minute à tuer, Neji se permit une courte pause pendant laquelle il se remémora le briefing de Nagato.
L'objectif du jour était d'éliminer l'ambassadeur du Japon en Corée et ses laquais, afin d'empêcher les « négociations » entre coréens et japonais. En effet, Madara comptait depuis peu annexer la Corée et Fuki se battait âprement pour l'en empêcher. Le Uchiha, qui s'était autoproclamé Empereur du Japon, avait d'ores et déjà investi les gouvernements du monde entier, mais ne pouvait pas encore régner sur le monde. Pour cela, il lui fallait le soutien du peuple, ou le pouvoir du Genjutsu éternel conféré par le plan Œil de Lune. Et Madara avait comme chacun sait choisi de dominer ses semblables en se servant de Juubi… Cependant, pour y parvenir, il devait attendre l'arrivée de son alter ego.
L'ambassadeur lui-même était un chien à la solde de Madara, protégé en permanence par une pléiade de ninjas. Madara avait rallié à lui la quasi-totalité des shinobis restants sur la planète, et Fuki s'était contentée des restes…
Constatant qu'il divaguait quelque peu, Neji se ressaisit et répéta le plan dans sa tête.
Tout d'abord, Sasuke couperait l'électricité du bâtiment. Une fois qu'il aurait désactivé les alarmes et la lumière, Sakura s'infiltrerait à l'intérieur et provoquerait l'effondrement du lieu de réunion. Neji, lui, se contenterait d'abattre les survivants du drame…
Sasuke marchait vite le long du couloir obscur qui devait le mener aux installations régissant le courant électrique du quartier. Il avait abattu sans remords les quatre séides de Madara qui avaient essaya de l'arrêter, et s'apprêtait maintenant à accomplir sa mission.
L'Uchiha avait encore grandi, et son visage avait définitivement perdu les rondeurs de l'enfance, laissant la place à un faciès taillé par les dieux. Cependant, un observateur avisé aurait vu qu'au-delà de cette perfection s'étalaient les cicatrices d'innombrables coups du destin. De plus, il avait laissé pousser ses cheveux d'ébène, en hommage à son frère disparu depuis deux ans.
Comme Neji, il avait délaissé son uniforme de Capitaine au profit d'une tenue noire simple, qui avait l'avantage de passer inaperçue. La mentalité de Fuki n'avait rien avoir avec celle d'Amaterasu. Lorsqu'il se battait au sein de l'organisation de son frère, Sasuke pouvait afficher ses couleurs et proclamer ses idéaux haut et fort. Aujourd'hui, il devait se cacher, comme ses compagnons, et agir dans l'ombre pour freiner Madara.
Le concept ne lui plaisait pas du tout, mais il savait que c'était ça ou mourir.
Dès que Sasuke parvint devant le générateur, il composa quelques mudras et un courant électrique vint envahir son poignet.
L'Uchiha regarda sa montre, et abattit sa main sur le générateur au moment exact où l'écran indiquait quatre heures.
Au même instant, il rugit dans son talkie-walkie :
- Maintenant !
Comprenant le signal, Sakura sortit de l'ombre et se dirigea vers la porte du bâtiment.
Sakura n'avait pas beaucoup changé au cours de ses deux années, mais les dernières traces d'innocence l'avaient quitté. Les atrocités dont elle avait été témoin lui avaient forgée une nouvelle personnalité, son sourire ayant progressivement disparu alors que ses yeux s'assombrissaient. La joie l'avait littéralement désertée. La perte de son amour, ce qui était arrivé à leurs amis, et ses conditions de vie actuelles l'avaient transfigurée.
Habillée d'un jean moulant et d'un débardeur blanc, elle préférait se confondre avec la masse, à l'instar de tous les membres de Fuki.
Sakura jeta un rapide coup d'œil au bâtiment qu'elle s'apprêtait à investir. Relativement récent, il comportait deux étages. Et tous fourmillaient de salopards, se dit la kunoichi en serrant le poing.
Elle ouvrit la porte sans un bruit, et se glissa à l'intérieur, au nez et à la barbe des gardiens dépassés par les évènements.
Parmi le brouhaha qui avait envahi les lieux, Sakura entendit le bruit des chaises racler au-dessus de sa tête. L'étage où avait lieu la réunion…
Ni une ni deux, Sakura se précipita vers le pilier central. A cause de l'obscurité, elle n'y voyait goutte et elle heurta une ou deux personnes qui ne prirent même pas la peine de s'excuser.
En temps normal elle serait sortie de ses gonds, mais là, elle n'avait pas le temps. Elle devait détruire le pilier avant que l'ambassadeur et ceux qui l'accompagnaient ne soient descendus.
Lorsqu'elle eut finalement atteint le pilier en question, Sakura concentra du chakra sur sa main droite, et donna un coup de poing phénoménal.
Sa mission achevée, elle ne gambergea pas plus longtemps et partit en toute hâte. Des blocs de béton tombaient déjà ça et là autour d'elle.
Elle plongea jusqu'à la sortie et continua à courir, hors d'haleine.
« Quel stress ! Je ne ferai pas de vieux os si je continue à vivre comme ça. » pensa-t-elle.
Dès que le bâtiment commença à s'effondrer, la concentration de Neji grimpa en flèche, et il banda son arc, guettant toute personne s'échappant des lieux.
Il ne bougea même pas lorsqu'il vit Sakura s'enfuir. Il s'était durement entraîné, nuit et jour, afin de devenir un tireur hors pair. Il ne faisait jamais d'erreur.
Soudain, il plissa les yeux. Un ninja de l'armée impériale venait de surgir des décombres.
Le Hyûga visa, et tira, le tout en moins d'une seconde.
Le trait vola à travers Tokyo, trop vite pour que des yeux puissent le suivre, et finit sa course dans le cœur de la cible.
Neji ne prit même pas la peine de vérifier s'il était mort. Il avait visé le cœur, sa flèche y était donc fichée, et bien proprement.
Il attrapa une deuxième flèche presque sans s'en rendre compte et banda à nouveau la corde de son arme.
Le Hyûga sourit en voyant qui venait de sortir à son tour. L'ambassadeur en personne…
« Ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier… Pas étonnant qu'il ait survécu à ça. » se dit Neji en esquissant un sourire narquois.
La flèche vola, et l'homme s'écroula, la gorge transpercée.
Voyant cela, le Hyûga décida de mettre les voiles. Il ne ferait pas bon s'éterniser ici… L'argent que Madara consacrait à l'espionnage atteignait des taux qui frisaient l'obscénité, et la surveillance était par conséquent efficace. Très efficace.
- On décroche, cible éliminée, annonça Neji dans le micro du talkie-walkie.
Deux « Roger » lui répondirent, et il s'empressa de descendre de l'immeuble en prenant les escaliers. Il avait déjà trop attiré l'attention sur lui.
Soudain, il entendit son talkie-walkie grésiller. Il reconnut aussitôt la voix de Sakura, qui semblait affolée.
- Ils sont là ! Putain mais comment ça se fait ?
Neji et Sasuke se mordirent la lèvre dans un ensemble parfait. Il ne manquait plus que ça.
- Ce n'était pas prévu ! tonna Sasuke. Tu en es sûre ?
- Hélas… Et c'est loin d'être un clown au vu de sa vitesse de pointe !
Neji soupira, et se mit à dévaler les escaliers à toute vitesse. Il fallait qu'il aille l'aider.
- Je ne comprends pas… murmura la voix de Sasuke. Notre informateur nous a pourtant certifié qu'il n'y aurait pas d'Ombres aujourd'hui !
Cette fois-ci, ce fut Neji qui répondit.
- Notre informateur ne nous a jamais fait faux bond jusque là. Je pense qu'il est digne de confiance. Madara a dû tout changer à la dernière minute.
- Il se rapproche ! geignit Sakura que l'on sentait à la fois essoufflée et terrifiée. Je le vois, c'est… C'est… Kakashi !
Sasuke accéléra encore sa course. Il fallait qu'il l'aide, Sakura aurait du mal contre l'ancien Capitaine.
Lorsqu'elle sentit le souffle de son poursuivant sur sa nuque, Sakura s'arrêta net et se retourna, le kunai à la main.
Elle vit alors les passants s'arrêter pour regarder le spectacle.
« Je hais les badauds et leur curiosité mal placée » songea Sakura.
Son regard dévia jusqu'à son adversaire, qui lui faisait face. Kakashi n'avait pas changé en deux ans, à ceci près qu'il arborait un étrange regard vitreux, comme s'il avait été drogué.
« Comme d'habitude… » pensa-t-elle.
Elle aurait tellement aimé voir ne serait-ce qu'une petite étincelle dans ces yeux mornes ! Mais ils restaient désespérément vides…
- Il m'a rattrapée, révéla Sakura dans le micro.
Elle n'eut aucune réponse, mais elle savait qu'ils avaient entendu, et qu'ils feraient tout leur possible pour arriver à temps.
- Kakashi, c'est moi, Sakura. Je suis ton amie, tu te souviens ? lui lança-t-elle d'une voix implorante. En dépit de toute la force de sa volonté et de ses voeux, elle savait que Kakashi ne l'entendrait pas.
Les yeux vairons de la jeune fille s'arrêtèrent un instant sur le sceau qui ornait le front du ninja copieur. Le sceau contenu dans le deuxième parchemin du Yondaime Hokage. Ce sceau qui avait fait de leurs anciens compagnons une horde d'esclaves.
Bouillante de rage, Sakura aurait souhaité avoir Madara face à lui. Les tourments qu'elle lui aurait infligé auraient fait passer l'Enfer pour une plage des Bermudes.
C'est alors que Kakashi se mit à articuler d'une voix mécanique.
- Rendez-vous, Haruno Sakura, c'est votre dernière chance. Vous serez jugée et…
- Des choux ! explosa Sakura en propulsant un kunai vers lui.
Kakashi ne bougea pas, et le couteau passa juste au-dessus de son épaule. La kunoichi n'était toujours pas capable de blesser ses amis. Pourtant, il faudrait bien en arriver là si les tentatives de destruction du sceau continuaient à se révéler être des échecs…
Lorsque Kakashi composa les signes du Chidori, Sakura se figea. Si elle ne faisait rien, elle allait se faire tuer. Mais que pouvait-elle faire ? Kakashi la surpassait en rapidité, et elle était incapable de lui faire du mal.
C'est à ce moment-là qu'une voix grave mais rassurante retentit dans son talkie-walkie.
- Ici Jiraya. Ne t'en fais pas, Sakura, je suis là.
Surprise, elle se retourna et vit son camarade surgir de la foule qui assistait au combat.
En le voyant, Kakashi baissa son bras inondé d'électricité.
- Rendez-vous, Jiraya, c'est votre dernière chance. Vous serez jugé et vous bénéficierez de la présence d'un avocat.
Jiraya soupira, et glissa à son amie :
- Tu as accompli ta mission, maintenant laisse-moi faire le reste. Je m'occupe de lui.
Sakura hocha la tête et disparut aussitôt. Elle était forte, mais Jiraya était d'un tout autre niveau. Il s'en sortirait. Elle fit passer le mot à Sasuke, et Neji qui rentrèrent à la base.
- Je ne me rendrai pas, Kakashi. Je continuerai à me battre, jusqu'à ce vous ayez retrouvé la liberté, clama l'ermite.
Le ninja copieur leva la main et chargea son adversaire. Le Chidori augmentait encore sa vitesse, il n'aurait aucun mal à transpercer son ennemi.
Pourtant, il ne toucha que du vide.
La voix calme de Jiraya lui parvint de derrière lui.
- Depuis que tu es devenu la marionnette de Madara, tu n'as pas progressé. Ton niveau est exactement le même qu'il y a deux ans. Pour ma part, je n'ai pas chômé, et je vais te montrer l'écart qui existe entre nous deux désormais.
- Tu vas mourir, rebelle, déclara Kakashi sur un ton monocorde.
Jiraya baissa la tête de dépit. Encore une tentative qui échouait… Apparemment, piquer la fierté de son ami ne le réveillerait pas non plus.
« Pourquoi ne pas avoir détruit un tel sceau, Jiraya, Minato ? » se demanda l'ermite pour la énième fois.
Ces deux années avaient métamorphosé Jiraya. Le gringalet qu'il était avait gagné en carrure, en vigueur, et en sagesse. Il portait désormais les cheveux mi-longs et arborait une barbe de quelques jours. Enfin, il avait jeté son dévolu sur des habits noirs mais discrets, qui moulaient sa musculature à la perfection.
Cela faisait bientôt deux ans qu'il avait abandonné Jashin, et il ne le regrettait pas. Sacrifier des gens, ce n'était vraiment pas son truc. Hidan y était forcée pour survivre, mais l'ermite savait qu'elle ne tiendrait pas éternellement. Un jour ou l'autre, rebutée par la douleur et envahie par le remords, Hidan arrêterait tout. Et elle s'évaderait de ses souffrances, par la mort.
- Mode Sennin, énonça Jiraya, alors que ses pupilles prenaient l'apparence de celles d'un crapaud.
Kakashi se jeta derechef à l'assaut, mais Jiraya le stoppa d'une pichenette, et le souleva comme s'il ne pesait rien.
Il hissa le visage neutre de son ami jusqu'au sien, et ancra ses yeux bruns dans ceux de son vis-à-vis.
- Dors…
Le tranchant de la main de Jiraya envoya Kakashi au pays des songes, si tant est qu'il puisse rêver, et l'ermite soupira.
Il était navré de faire ça, mais il n'avait pas le choix.
Constatant que les badauds s'agglutinaient autour de lui, son soupir se prolongea en un grognement, et il s'écria :
- Et oui, les Ombres peuvent être vaincues ! Et oui, Madara l'imposteur, le tyran, le monstre, peut être jeté à bas ! Et oui, vos chaînes peuvent être brisées ! Mais pour cela, il faut vous battre ! Luttons ensemble mes frères ! Pour la liberté ! Fuki !
Comme à chaque fois, ce fut comme si son discours tombait dans l'oreille d'un sourd. La foule se dispersa, aux aguets, en marmonnant des « sales rebelles » ou des « dangereux terroristes ». Tous partageaient la même pensée, la même peur : Si Il les avaient vu écouter ce rebelle, Il les châtierait.
Jiraya baissa les yeux, alors que la graine d'espoir qui avait un court instant germé en lui partait en fumée.
- Plutôt expéditif comme combat…
Jiraya fit volte-face, et se calma en reconnaissant l'homme qui avait parlé. Rai, la réincarnation du Raikage. L'homme qui n'était autre que leur informateur au sein de l'Empire.
Drapé dans une cape sombre et une capuche noire, Rai avait tout intérêt à dissimuler son identité. Si l'empereur venait à apprendre qu'il avait discuté avec un rebelle…
- Oui… En revanche, il n'était pas prévu, ajouta Jiraya sur un ton un tantinet accusateur.
Son interlocuteur eut un sourire d'excuse.
- Je suis désolé, ils ont modifié la surveillance de l'ambassadeur.
- Ce n'est pas grave, Rai-san… murmura Jiraya en reportant ses yeux tristes sur les passants qui le fuyaient. Sans toi, Madara serait probablement deux fois plus puissant qu'à l'heure actuelle. Ton aide n'a pas de prix.
L'ancienne Ombre opina du chef, et pointa Kakashi du doigt.
- Tu vas le laisser là ?
- Ai-je le choix ? Si je l'amène à la base, Madara le tracera à son sceau et il ne nous lâchera jamais… Je n'ai pas le choix, conclut Jiraya en lâchant une petite larme.
- Et les recherches sur le sceau ? Vous n'avez rien trouvé ? Ni elle ni toi ?
- Rien du tout, gémit Jiraya. Ce sceau est d'une complexité hallucinante. Et dire que je m'était arrogé le titre de maître des sceaux… J'ai encore beaucoup à apprendre.
Rai baissa les yeux.
- Je vois. Pour ce qui est de Naruto, je n'ai toujours pas de nouvelles. Et il en est de même pour Minato. En réalité, je ne les ai pas revus depuis cette nuit fatidique…
Une ride vint barrer le front de Jiraya.
- J'espère qu'ils sont vivants… Tu as cherché dans toutes les geôles du château ?
- Oui, tu le sais bien, répondit Rai. J'ai même pris le risque de fouiller la chambre de l'empereur, alors qu'il était sorti du Palais. A mon avis, ils ont réussi à s'échapper et il aura étouffé l'affaire.
Le palais… L'empereur… Jiraya ne pouvait toujours pas se résoudre à employer ces mots. Pour lui, ce n'était qu'un scélérat qui leur avait volé le château, rien de plus. Rai partageait maintenant le même avis sur son supérieur, mais il devait continuer à jouer parfaitement son rôle de serviteur dévoué.
- Finalement, il ne reste que Tobirama qui soit volontairement loyal à Madara, ricana Jiraya. C'est vraiment pathétique. Pour en revenir à Naruto et Minato… S'ils s'étaient échappés, ils auraient cherché à nous contacter, non ?
Cependant, il est vrai que ça peut sembler logique, soliloqua Jiraya. Le fait que seules la réincarnation du créateur du parchemin et celle de son fils aient pu résister au sceau…
Mais j'ai bien peur que ce ne soit qu'un faux espoir de plus. Ils sont sûrement morts, conclut-il d'une voix éteinte.
Rai acquiesça, puis dit subitement :
- Je dois y aller. Je ferais bien un petit combat contre toi après notre match nul de la semaine dernière, mais je n'ai vraiment pas le temps, là. L'empereur attend mon rapport. Néanmoins, je passerai vendredi à la base pour livrer les informations, comme convenu.
- Entendu. A bientôt, lui répondit son camarade conjuré, avant de disparaître lui aussi.
Itachi bondit, esquivant de peu un jutsu Katon qui l'aurait rôti vivant. Il en était réduit à l'esquive, son adversaire ne lui laissant aucun répit. Ce dernier, qui n'était autre que Sasuke, multipliait les attaques de toute sorte, et trouvait à chaque fois la faille dans sa défense. Lorsque la garde d'Itachi vola à nouveau en éclat, son petit frère en profita pour lui porter un coup de pied dévastateur qui l'envoya finalement au tapis.
- Et merde… geignit Han en voyant s'inscrire les mots « Game Over » sur son écran d'ordinateur. Décidément, le mode difficile n'était pas encore à sa portée.
Lassé par la série de trois défaites consécutives que l'ordinateur venait de lui infliger, il quitta le jeu et commença un surfer sur Internet. En ces jours sombres, il était extrêmement dur d'utiliser Internet au Japon. Madara avait suivi l'exemple de la Chine et la quasi-totalité des sites étaient à présent censurés. Cependant, Han avait toujours été un virtuose de l'informatique, et il n'avait eu aucun mal à leur concocter un petit espace protégé, tout en passant outre les filtres imposés par l'état. Han avait pour sa part beaucoup changé en deux ans, et il avait pris plusieurs dizaines de centimètres. Il avoisinait désormais le mètre quatre-vingt et sa carrure s'était largement étoffée. Il passait d'ailleurs plusieurs heures par jour dans la salle de musculation du troisième étage, et les résultats étaient au rendez-vous.
C'est alors qu'une sonnerie retentit dans la pièce, sobrement nommée « Salle de surveillance ». Et pour cause, pas moins de dix écrans trônaient sur le mur qui surplombait le bureau, chacun de ces écrans étant lui-même raccordé à une caméra. Ce système de surveillance quadrillait tout le secteur autour du QG, analysant le moindre mouvement dans un rayon de cent mètres autour de l'immeuble désaffecté.
Reconnaissant la sonnerie, le regard de Han glissa jusqu'à l'écran supérieur droit, et put constater que Jiraya attendait devant la porte d'entrée du quartier général.
- Et voilà le dernier arrivé…
Surmontant sa flemme, le jinchuuriki de Gobi sauta de son fauteuil et descendit l'escalier en toute hâte.
Une fois arrivé au rez-de-chaussée, qui avait pour particularité d'être totalement vide, il marcha jusqu'à la porte et posa la question d'usage.
- Qui est là ?
- Les ailes de la liberté sont entravées par les chaînes du félon.
Reconnaissant le sésame, Han livra la réponse habituelle :
- Alors que la nuit du corbeau recouvre le soleil du serpent.
Il ouvrit la porte, et Jiraya s'engouffra sans attendre dans l'embrasure de cette dernière, un capuchon rabattu sur son visage.
- Apparemment, tu es bien Jiraya, ricana Han.
Ce dernier eut un faible sourire en guise de réponse, puis demanda :
- Le dîner est prêt ?
- On attendait plus que toi…
Jiraya plissa les yeux.
- C'est étrange, d'habitude tu es plus enjoué que ça à l'idée de manger… A moins que… Oh non…
Han haussa les épaules dans une expression fataliste.
- Hélas si. C'est bel et bien au tour d'Orochimaru de faire la cuisine…
Les épaules de Jiraya s'affaissèrent, et les deux camarades commencèrent à monter les escaliers. Une fois arrivés au premier étage, ils s'arrêtèrent en voyant Sakura redescendre du deuxième, où se trouvaient la plupart des chambres.
Le petit immeuble vieillissant ne possédait que trois étages, mais c'était suffisant pour les besoins de Fuki. La discrétion restait leur priorité.
Lorsqu'elle vit Jiraya, Sakura se précipita vers lui pour le remercier. Les cheveux de la kunoichi était mouillés, elle avait de toute évidence prit une douche pour se remettre de toutes ces émotions.
- Merci Jiji… Je ne sais pas comment j'aurais fait, sans toi…
- De rien, Sakura. Mais il va vraiment falloir endurcir ton cœur, car nous auront sans aucun doute d'autres confrontations avec nos amis. Tu es déjà très forte, mais tes sentiments te jouent parfois de mauvais tours.
- Oui Papa, fit Sakura en se passant une main dans les cheveux, amusée.
Soudain, le ventre de Han émit un gargouillement, et tous les trois éclatèrent de rire.
- Heureusement que Han est là pour nous rappeler que tout le monde nous attend pour dîner… ricana le jeune ermite.
Lorsque le trio pénétra dans la salle à manger, qui se trouvait à l'opposé de la salle de surveillance, Deidara applaudit.
- Regardez qui voilà, Salut les retardataires !
Avant même que Nagato ait pu lui envoyer un des regards noirs dont il avait le secret, Hinata mit une taloche sur le crâne du blond.
- Arrête tes gamineries, Dei. Jiraya et Sakura ont dû se battre contre Kakashi, pendant que tu te la coulais douce.
Deidara baissa la tête, alors que sa petite amie reprenait de plus belle.
- Franchement, il y a des fois où tu agis comme un gamin de cin…
Hinata ouvrit de grands yeux lorsque le shinobi la fit taire d'un baiser.
« Ça marche à tous les coups » se félicita Deidara.
Nagato se racla la gorge, et les amoureux se séparèrent aussitôt.
Constatant que tout le monde -à l'exception d'Orochimaru qui se trouvait au fourneau- était désormais assis, le chef de Fuki commença à parler.
Fuki, dans son organisation, n'avait strictement rien à voir avec Amaterasu. De part sa taille réduite, Fuki était plus qu'un groupe, c'était une famille. Et c'est dans ce cadre convivial que la plupart des débriefings se faisaient lors des repas.
- J'ai cru comprendre que la mission s'était révélée être un succès ?
Neji croisa le regard de Sasuke, et opina du chef.
- L'ambassadeur est mort, j'en suis absolument certain.
Nagato parut rasséréné par la nouvelle.
- Parfait… Voilà qui va mettre un frein aux ambitions de conquêtes de Madara ! En tout cas, bravo pour ton intervention, Jiraya. C'était une chance que tu passais par là…
L'ermite hocha la tête, alors que Deidara levait la main.
Nagato leva un sourcil.
- Deidara ?
- Je pense assez bien résumer l'avis général en disant que j'ai la dalle.
Quelques rires se firent entendre, et le visage émacié de Nagato se dérida enfin. le chef de Fuki était un de ceux que les deux années de lutte avaient le plus marqué. L'utilisation abusive de ses corps l'avait amaigri et il avait honte de son apparence, un squelette cloué sur son siège. Les muscles dont il était si fier avaient fondu, et il ne semblait être à présent qu'un vieillard avant l'âge. Cependant, derrière cette faiblesse apparente se dissimulait une puissance inouïe. Nagato avait affûté son Ninjutsu comme si sa vie en dépendait, et nul ne pouvait résister aux pouvoirs des six Pain réunis. Hormis peut-être Madara lui-même…
- Ça vient, ça vient ! cria Orochimaru en provenance de la cuisine.
- Je ne sais pas trop si on doit s'en réjouir… dit sombrement Jiraya.
Lorsqu' Orochimaru entra dans la salle à manger, les membres de Fuki écarquillèrent les yeux. Les poulets que leur avait concocté le serpent semblait inhabituellement appétissants.
- Aurais-tu enfin appris à cuisiner ? ricana Deidara lorsque les plats furent posés sur la table.
Orochimaru s'empressa de servir une quiche aux légumes à Hinata -malheur à celui qui aurait oublié qu'elle était végétarienne- et s'assit à son tour.
- Bon appétit !
Tous lui firent écho, puis se jetèrent sur leur assiette comme des morts de faim.
Quelques secondes plus tard, tous, à l'exception d'Hinata, s'étranglèrent en prenant une première bouchée.
- Qu'est-ce que c'est que ce poulet ?! beugla Deidara.
Orochimaru sourit mystérieusement.
- Pas mal, n'est-ce pas ? C'est une petite expérience, et de toute évidence, un franc succès.
- Mais comment diable ce poulet peut-il avoir un goût de poisson ? se lamenta Neji, qui détestait ça.
- Je peux désormais changer le goût des aliments, et c'est simple comme bonjour ! se félicita le serpent.
Tout le monde le fusilla du regard, et il s'empressa d'ajouter :
- Mais si vous voulez, j'ai préparé un autre plat plus traditionnel si j'ose dire…
Le soulagement des convives disparut à la fin de la phrase.
- … Un rôti de veau à deux têtes ! J'ai fait quelques croisements pour obtenir ce superbe spécimen, vous m'en direz des nouvelles !
Le repas, malgré sa composition originale -et le mot est faible- se déroula dans la joie et dans la bonne humeur, comme tous le soirs. C'était pour les résistants une façon de décompresser après des dures journées, durant lesquelles la peur de voir leur repaire découvert ou leurs conversations espionnées était omniprésente.
A la fin du repas, Nagato passa en revue chacun des convives, ses camarades, ses amis, ses frères.
Son regard s'arrêta quelques instants sur Orochimaru, dont les talents culinaires n'étaient plus à démontrer… Le jeune homme n'avait que peu changé physiquement depuis la chute d'Amaterasu, et conservait ce caractère étrange d'un homme apparemment insensible et à l'humour décalé. Jamais, au grand jamais, Nagato ne l'avait vu pleurer ou manifester sa tristesse. Et pourtant, sa petite amie lui avait été enlevée depuis près de deux ans, et Nagato savait qu'il en souffrait terriblement.
Les goûts vestimentaires assez spéciaux d'Orochimaru confortaient la thèse d'un bouleversement intérieur. Une veste bariolée, un pantalon de pyjama rayé, des tongs jaunes poussin et un chapeau de paille qui ne le quittait jamais… Il n'y avait aucun doute, ce gars-la était un original, mais ses compétences étaient indéniables, songea Nagato en souriant intérieurement.
Les deux rinnegans se posèrent ensuite sur Sasori. L'artisan était vite devenu indispensable à Fuki, devenant ainsi le forgeron, le tacticien, et le créateur de tout un arsenal d'explosifs qui rendaient Deidara gaga. Sasori était pour Fuki ce qui se rapprochait le plus d'un père spirituel, garant de la stabilité de l'organisation. Bien évidemment, il n'avait pas changé physiquement, et sa grande expérience due à son âge avancé était inestimable en ces temps difficiles.
A l'instar d'Orochimaru, Sasori ne sortait quasiment jamais du QG, mais contrairement à ce dernier prenant soin de sa tenue. Il avait une préférence pour des vêtements noirs et une veste en cuir.
Le regard de Nagato s'arrêta ensuite sur Lee. Ce dernier avait enfin acquis un embryon de bon goût et avait troqué son immonde coupe au bol contre des cheveux mi-longs. Assez spécial de nature, Lee n'en était pas moins d'une extrême gentillesse et d'une sincérité absolue. Il était un des rares de Fuki qui gardait constamment le sourire, malgré tous les évènements tragiques qu'il avait eu à vivre.
A sa gauche était assisse Hinata. A première vue, elle n'avait pas changé ou presque, mais cette impression était ô combien trompeuse. Et quiconque la rencontrerait sur le champ de bataille en ferait les frais… En effet, Hinata s'était entraînée plus durement que quiconque dans sa détermination à sauver ses amis et à retrouver Naruto. Elle était devenue si forte que Sasuke lui-même la redoutait en combat singulier. Sa relation avec Deidara était atypique, les deux amoureux pouvant passer une semaine sans se parler puis se réconcilier dans une déferlante de baisers. Cependant, Hinata avait vite compris que ses sentiments envers Naruto n'étaient rien à côté de ce qu'elle vivait avec Deidara. Elle avait aimé le jinchuuriki, mais son cœur ne battait pas la chamade à chaque fois qu'elle le voyait. C'était différent.
Nagato battit des paupières, et regarda de l'autre côté de la table.
L'état d'Hidan semblait empirer de jour en jour. Son teint cadavérique et ses yeux vitreux montraient qu'elle souffrait, mais elle s'efforçait d'afficher un sourire de circonstance. Nagato, comme tous ses amis, la soupçonnait de vouloir cesser de sacrifier des sbires de l'Empire pour prolonger sa vie, ce qui la mènerait à la mort… Au-delà de sa valeur stratégique, Hidan était devenue une amie et il ne voulait pas la perdre, en aucun cas.
Voyant qu'il la regardait, Hidan lui décocha un regard amusé, avant de se mettre à tousser, la main sur la poitrine.
Nagato plissa les yeux. Oui, son état se dégradait… Comme quoi, être immortelle ne garantissait ni le bonheur ni la santé… Etrange paradoxe s'il en était.
Lorsque Nagato passa à la personne suivante, il se permit un petit sourire. Kushina… La kunoichi de trente et un ans était le portrait craché de son homologue du monde de Naruto, de ses longs cheveux auburn à son caractère explosif. Personne n'était capable de tenir tête à une Kushina énervée, et personne ne pouvait résister à son sourire désarmant. C'était une femme irrésistible, et toute en contrastes. Elle avait intégré Fuki il y a un an et deux mois, et faisait partie des trois nouveaux membres depuis la création de l'organisation. Les deux autres avaient connu un destin tragique, les seules victimes que Fuki ait eu à déplorer en deux ans.
Kushina, bien que débutante à la base, avait très vite progressé et était devenue une virtuose du Suiton, et une maître de Fuuinjutsu. Même Jiraya reconnaissait sa maîtrise des sceaux, qui était le propre du clan Uzumaki en somme.
Voyant que tout le monde sortait de table, Nagato arrêta là son examen, et fit bouger les pattes mécaniques de son étrange machine. Bien que Sasori ait amélioré sa maniabilité, elle restait lente et peu adaptée aux couloirs étroits que comptait l'immeuble.
Sans un mot, il sortit de la salle à manger et composa des mudras pour se déplacer rapidement jusqu'à sa chambre. Il fallait qu'il réfléchisse à leur prochaine mission…
Une fois arrivé, Nagato attrapa un oreiller et une couverture et se prépara à dormir sur son siège. Il ne pourrait plus jamais quitter cette machine, qui ne faisait plus qu'un avec lui, et devait donc y passer toutes ses nuits en position assise. C'était le prix à payer pour maîtriser la puissance des six chemins…
Peinant à s'endormir, le ninja replongea dans ses sombres pensées.
« Pour tous les japonais, nous ne sommes qu'un groupe terroriste, méprisé, redouté, haï. Et pourtant, nous nous battons pour la liberté, contre Madara… »
Nagato avait longtemps réfléchi à la question, et avait fini par se rendre à l'évidence.
Ils ne pouvaient pas à la fois sauver les japonais et se faire aimer d'eux. Fuki était condamnée à agir dans l'ombre, à la manière de terroristes, car se montrer au grand jour les aurait condamnés, et l'humanité avec eux, à la nuit.
« Un jour, ils comprendront… Un jour le Japon comprendra qu'il est dans les fers, et qu'il peut en sortir… Un jour les japonais comprendront que nous sommes là pour les libérer… » Bercé par ces pensées rassurantes Nagato finit par s'endormir, le sourire aux lèvres.
Quelques heures plus tôt, au palais de l'empereur.
Rai s'inclina puis s'avança d'un pas ferme jusqu'au trône impérial.
- Bonsoir, votre Majesté. Je suis à vos ordres.
Madara ouvrit lentement ses yeux, et Rai put voir qu'ils étaient rouges. Les multiples attentats de Fuki contre sa personne avait rendu l'empereur complètement paranoïaque, et il gardait son Mangekyou Sharingan activé en permanence.
- Rai, mon fidèle ami… Quelles nouvelles de Tokyo ?
- L'ambassadeur du Japon en Corée a été assassiné par Fuki, déclara l'ancienne Ombre.
Sans prévenir, Madara se leva brusquement, et Rai ne put s'empêcher de baisser la tête devant l'aura qui se dégageait de lui. Décidément, la puissance de Madara ne cessait d'augmenter au fil des ans…
Cependant, le visage de l'Uchiha trahissait sa fatigue, son anxiété, et… sa folie.
Jour après jour, mois après mois, Madara devenait de plus en plus monstrueux. Il avait peu à peu sacrifié toute son humanité pour devenir un tyran consumé par le pouvoir, la haine et la peur. Madara avait fini par montrer son vrai visage, le visage d'un démon, et Rai avait été horrifié.
Depuis qu'il avait rejoint Akatsuki, Rai s'était toujours efforcé de pardonner la conduite de son maître. Lorsque Madara trahissait, torturait, tuait, Rai ne voyait que celui qui l'avait sauvé d'une mort certaine et lui avait donné ses pouvoirs. Mais progressivement, il était devenu incapable de se voiler la face. Madara était l'incarnation du mal, il avait mis le Japon a genoux et comptait dominer l'humanité. Amaterasu avait raison depuis le début…
Comprenant qu'il se trompait du tout à tout, Rai avait finalement pris contact avec Fuki, et était devenu un agent double. Il prenait un immense risque en mentant au maître du sharingan, mais il n'en avait cure. Ce n'était qu'une forme de rédemption pour toutes ces années où il avait aidé et servi Madara.
Soudain, le timbre grave de Madara fit sortir Rai de ses songes.
- Et Kakashi m'a dit qu'il avait été vaincu par Jiraya. Mes nouvelles Ombres sont vraiment inutiles…
Rai se contenta d'un hochement de tête poli.
- Je suis entouré d'incapables ! hurla l'empereur en jetant son sceptre contre le mur.
Tous les conseillers présents autour de lui reculèrent, redoutant la colère du souverain. Seul Rai resta de marbre.
- Comment se fait-il que ces moucherons de Fuki continuent à échapper à votre vigilance ? Comment se fait-il qu'ils continuent à échapper à mon bras droit ?!
Rai baissa la tête.
- Je fais de mon mieux, Majesté, mais ils sont indétectables. Notre espionnage est pourtant le plus élaboré du monde…
- Mais ça ne suffit pas, dit sèchement Madara. Tobirama ?
L'interpellé sortit de l'ombre et s'inclina.
- Votre Majesté…
- Qu'en est-il de la situation en Corée ?
Tobirama se redressa et fit son rapport d'une voix monocorde.
- Tout le gouvernement et l'assemblée coréenne sont sous notre contrôle, mais la mort de l'ambassadeur va compliquer les choses, c'est certain. Je pense que s'emparer de la Corée par la diplomatie est impossible désormais. Il nous faut déclarer la guerre…
- C'est ridicule ! le coupa Rai. Si nous envahissons la Corée, le peuple ne se soumettra jamais voyons ! Encore aujourd'hui les Coréens se souviennent de la colonisation de leur pays par le Japon… Ils se méfient de nous, ils nous détestent !
Rai baissa d'un ton et se mit à murmurer :
- Non, à mon avis, la diplomatie reste la meilleure solution en attendant le plan Œil de Lune, Majesté. Continuons à utiliser des pantins afin de manipuler le gouvernement coréen.
Tobirama lui lança un regard incendiaire mais Rai n'en avait cure. Il savait qu'il était dans le vrai, et que se cantonner à la diplomatie ferait à la fois les affaires de Fuki et de l'Empire.
Madara parut réfléchir un moment, puis déclara sur un ton péremptoire :
- Rai a raison. Prendre les armes serait insensé, nous ne devons pas sous-estimer la force de la populace.
Rai ne sourit même pas. Remporter une victoire sur Tobirama avait une certaine saveur, mais il n'était plus à ça près.
Soudain, le cuisinier du souverain entra dans la salle du trône -qui avait été installée dans le hall du château- en portant un plat dans ses deux mains.
Aussitôt, Madara claqua dans ses mains.
- Amenez le goûteur…
Rai leva discrètement les yeux au ciel. Fuki avait beau ne pas attaquer de front, ils n'avaient jamais recouru à des moyens aussi bas que l'empoisonnement. Mais persuader l'empereur du contraire était voué à l'échec, et risquait de compromettre sa couverture.
Un homme était assis en tailleur dans la neige, vêtu en tout et pour tout d'une robe de bure et d'un capuchon blancs. Ses pieds nus étaient sûrement frigorifiés, mais par un quelconque prodige, ne tremblaient pas.
Soudain, un deuxième homme apparut à ses côtés. Lui aussi n'était que légèrement habillé, malgré le climat peu propice.
- Tu es vraiment dingue, mon vieux… ricana-t-il en regardant les pieds de son ami, qui avaient pris une teinte rouge sous l'effet du froid.
La robe noire du deuxième homme voleta sous les bourrasques du vent qui agressaient le promontoire rocheux.
- Encore un des exercices que t'a conseillé ce taré de moine ?
- Oui… répondit l'homme en blanc, avant de sourire à son compagnon :
- Tu devrais essayer aussi, c'est vraiment merveilleux… De ne faire qu'un avec la nature…
L'homme en noir rit de bon coeur.
- Très peu pour moi !
Le sourire de l'homme à la robe blanche disparut, et il se mit debout, la tête levée vers la voûte étoilée.
« Deux ans… Cela fait environ deux ans que je sais que je suis l'élu. Mon heure est bientôt arrivée désormais… Rikudô Sennin, vous ne regretterez pas de m'avoir fait confiance, je vous le promets. »
