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Une boucherie dans la nuit
Répondant à l'injonction de son chef, l'armée impériale se mit subitement en branle et marcha vers la porte d'entrée de l'immeuble qu'ils assiégeaient. Tobirama, Oonoki, Kimimaro et les Ombres, pour leur part, restaient en retrait. Tobirama avait décidé de laisser faire les faiblards d'abord. Dans le meilleur des cas, il n'aurait même pas besoin d'intervenir en personne, dans le pire des cas leurs ennemis seraient bien affaiblis lorsqu'il s'en mêlerait.
De plus, bien qu'il haïsse les Ombres, Tobirama savait que l'Empereur ne voulait pas les voir mourir, sauf cas de force majeure. Elles constituaient un groupe de soldats puissants et loyaux malgré eux.
Soudain, Tobirama fut interrompu dans ses réflexions par un cri de stupeur poussé par des shinobis impériaux. Intrigué, Tobirama s'approcha à son tour de l'immeuble et rejoignit bientôt les soldats de première ligne. C'est alors qu'il vit le cadavre.
Un des ninjas à côté de lui s'empressa de lui expliquer le problème.
- C'est incroyable Tobirama-sama ! Il est mort, mais je n'ai vu aucune arme ou jutsu l'atteindre ! C'est comme si nous avions affaire à un ennemi invisible !
Un vent de panique souffla parmi les centaines de shinobi, pendant que Tobirama examinait le cadavre.
Le bras droit de Madara releva précipitamment la tête lorsque de nouveaux cris retentirent à ses côtés. Partout autour de lui, des ninjas mourraient par dizaine, et sans raison apparente.
Tobirama fut pris d'un frisson. A quoi avaient-ils affaire ?
Surmontant sa peur, Tobirama retourna le cadavre qu'il étudiait, et c'est alors qu'il aperçut une blessure à la nuque. De par son expérience des combats, Tobirama connaissait ce type de blessures.
« Des flèches… Mais comment ce fait-il que nous ne puissions pas les voir ? » s'interrogea-t-il en passant la main sur la blessure.
Interdit, il sentit alors sa main bloquée par un obstacle invisible.
Tobirama agrippa l'objet en question, et le retira de la plaie. Il passa ensuite le doigt dessus, et constata qu'il s'agissait d'une flèche d'environ cinquante centimètres. Classique. Ce qu'il était moins, c'était le fait qu'elle soit invisible…
Soudain, Tobirama, comme alerté par un sixième sens, sauta sur le côté et évita in extremis la flèche qui le visait. Il entendit cette dernière ricocher sur le goudron, et leva la tête.
D'après ses estimations, le tireur devait se trouver au deuxième ou troisième étage…
Son regard s'arrêta sur une fenêtre du troisième étage. Celle-ci était entrouverte, et laissait apparaître un arc de belle facture.
- Je l'ai trouvé ! Abattez-moi cet archer de malheur ! cria Tobirama en désignant la fenêtre en question.
Cinq shinobis jetèrent aussitôt leurs épées et commencèrent à composer des séries de signes.
Un instant plus tard, cinq boules de feu s'envolaient vers la fenêtre en question.
Tobirama savourait déjà son succès lorsqu'il vit les boules de feu être littéralement aspirées par une sorte de champ de force.
- Qu'est-ce que…
S'étranglant presque de rage, Tobirama serra le poing. Alors Fuki possédait un ninja capable de créer un champ de répulsion de chakra aussi puissant ? Impressionnant. Ceci dit, ce type de protection était uniquement efficace contre le Ninjutsu…
- Bombardez-moi cette fenêtre de shurikens ! Je ne veux plus que cet enfoiré ait l'occasion de tirer une seule flèche ! lança le chef à trois de ses sbires.
Ces derniers s'exécutèrent sans attendre, et l'archer dut se retirer sous la pluie d'étoiles métalliques.
Tobirama balaya la ruelle du regard, et constata que l'archer avait tout de même eu le temps de faire pas moins de cinquante victimes.
« En si peu de temps… Ce n'est pas humain ! Et ces flèches invisibles… »
Quelque chose siffla alors aux oreilles de Tobirama, et un homme tomba derrière lui, le cœur transpercé.
Ulcéré, Tobirama constata que l'archer embusqué s'était contenté de changer de fenêtre. Ses hommes s'étaient révélés incapables de surveiller toutes les fenêtres à la fois… Ils étaient si inutiles !
Alors qu'il s'apprêtait à les invectiver, Oonoki apparut derrière lui et dit dans un souffle :
- Je m'en occupe… De toute évidence, nous ne pouvons pas rester en arrière en attendant que nos hommes fassent le boulot.
Tobirama hocha la tête. Il avait peut-être sous-estimé Fuki, et surestimé la bande de tanches qui lui servait d'armée.
L'émissaire du désespoir disparut dans une tornade de poussière, et réapparut devant la fenêtre en question, suspendu dans les airs. Ses yeux croisèrent les pupilles blanches de Neji, et tout sembla se passer au ralenti.
Le Hyûga tira, à une vitesse inhumaine, et la flèche invisible traversa le corps d'un Oonoki impuissant et surpris.
Ce dernier tomba et s'écrasa sur le bitume, une dizaine de mètres plus bas.
Neji regarda en bas, et constata qu'en lieu et place du cadavre de son ennemi, il y avait un tas de poussière.
«Et merde… Un clone de poussière.» se dit Neji en bandant à nouveau son arc.
L'arc d'Apollon… Une vraie merveille. En plus de son équilibre parfait, il lui fournissait des flèches fantômes à volonté. En effet, à chaque fois qu'il le bandait, une nouvelle flèche invisible venait remplacer l'ancienne, et il n'avait plus qu'à viser, et tuer. Ne pas avoir à chercher de flèche dans son carquois représentait un gain de temps phénoménal, et il pouvait désormais tirer plus de soixante flèches par minute.
Cependant, ce salopard d'émissaire l'avait bien eu sur ce coup-là. Même avec son byakugan il n'avait rien vu de la supercherie…
Lorsque Oonoki surgit à nouveau devant la fenêtre, Neji eut un court moment d'hésitation, et son adversaire profita de cette aubaine. Brandissant un kunai, le shinobi de l'empire s'envola vers la gorge de Neji, qui esquiva le coup au dernier moment, avant de riposter d'un coup de paume dévastateur.
- Je suis peut-être un archer, mais je reste un pro du corps à corps, commenta Neji en bloquant coup sur coup deux tenketsus d'Oonoki.
Ce dernier eut un petit rire, puis disparut dans un nuage de poussière.
- Encore un clone… murmura Neji. Je n'en ai jamais vu de tels, mon Byakugan n'y voit que du feu !
- Alors ? s'enquit Tobirama.
- Il est fort… répondit l'émissaire du désespoir. Cet archer est un Hyûga, et il a mis hors jeu deux de mes clones. Le déloger de là sera difficile, voir impossible.
Alors qu'il finissait sa phrase, de nouvelles flèches sifflèrent, et autant de ninjas passèrent de vie à trépas.
Au même moment, d'autres shinobis de Fuki entrèrent dans la danse.
Une nuée d'insectes s'échappa d'une des fenêtres du troisième étage, suivie par une pluie de cristaux de glace aiguisés. Shino et Haku, habitués à combattre ensemble en Corée, se comprenaient les yeux fermés, et avaient par conséquent décidé de remettre ça.
Au deuxième étage, une fenêtre s'ouvrit à la volée, et ce fut un festival de missiles et de lancers de rochers, alors que des serpents venimeux tombaient ça et là au cœur des assaillants. Comme prévu, Shuradô et Orochimaru allaient s'avérer très efficaces pour semer la panique parmi leurs ennemis.
Le premier étage n'était pas en reste, et une immense boule de feu envoyée par Hidan extermina une dizaine d'impériaux d'un seul coup. Même Deidara, du haut du toit, faisait des trous dans l'armée de Tobirama en lançant de temps à autre une de ses créations d'argile.
Voyant que le combat prenait des allures de boucherie à sens unique, Tobirama réfléchit rapidement. L'immeuble était protégé par un champ de force presque aussi puissant que celui qu'avait jadis possédé le château d'Amaterasu… Et il ne voyait qu'une personne capable d'une telle chose, hormis Jiraya, ce dernier se trouvant sur le toit. Uzumaki Kushina.
De toute évidence, les renseignements du Triangle s'avéraient justes, une fois de plus justes.
« Je me demande quand même ce qu'est ce Triangle, qui nous livre depuis peu des informations sur les déplacements de Fuki. De plus, si ils en savent autant, pourquoi ne pas nous avoir révélé plus tôt la trahison de Rai, ou l'emplacement du QG ? ».
Oonoki toussa, et Tobirama se tourna vers lui.
- Fais-le, nous n'avons plus le choix désormais.
- Entendu.
L'émissaire du désespoir fit quelques signes, puis murmura de sa voix rauque :
- Jinton : Hokori no Daikumo. (le grand nuage de poussière)
Répondant à l'incantation du ninja, une immense colonne de poussière vint s'agglutiner à la façade de l'immeuble, plongeant les défenseurs dans l'obscurité. Neji fut le plus surpris en voyant que le byakugan lui-même ne lui était d'aucun secours. Le nuage de poussière occultait tout, et sa vue était perturbée par la grande quantité de chakra qu'il contenait.
- Alors c'est comme ça, lâcha le Hyûga, amer.
Il posa son arc au sol, et se mit en garde. Tous les membres de Fuki l'avaient compris, la première phase, celle du tir au pigeon, avait pris fin. Place au corps à corps, et à la division Alpha.
Tobirama compta ses troupes à la hâte, et en dénombra environ deux cent cinquante. L'armée avait été réduite de moitié. Et pourtant, tous ces ninjas n'étaient pas des moins que rien, puisque le niveau de la majorité d'entre eux approchait celui d'un juunin.
Cependant, il lui en restait encore bien assez pour remporter la victoire.
- C'est le moment ! hurla-t-il, un rictus dément sur le visage. A l'assaut !
Dans un vrombissement de haine pure, les soldats impériaux se mirent à courir, et atteignirent enfin la porte de l'immeuble, qu'ils réduisirent en miette en quelques secondes.
Deidara avait beau continuer de larguer des explosifs à l'aveuglette, les pertes étaient minimes, et Tendô lui intima bientôt de s'arrêter.
- C'est inutile, tu ne ferais que gaspiller ton chakra… Prépares-toi plutôt au corps à corps, c'est pour bientôt.
- Le corps à corps ? Mais je ne vaux pas un clou rouillé, moi, au corps à corps ! geignit le blond.
- Ce n'est pas faux, mais tu n'as pas le choix, rétorqua Tendô. Alors prends ton épée et prépares-toi. Et surtout…
- Et surtout ?
- Ferme-la.
Alors que Deidara consentait enfin à se taire, Tendô s'emmura dans un profond silence. Nagato ne pouvait pas se permettre de gaspiller son chakra, et faire parler ses « marionnettes s'avérait un exercice plus difficile que l'on pourrait le croire.
Le chef de Fuki s'était d'ailleurs dissimulé dans le local qui d'ordinaire contenait les corps de Pain, au premier étage. Le seul défenseur de cet étage était Hidan, mais c'est cette dernière qu'il l'avait voulue. Elle était immortelle, et Fuki se devait profiter de cet avantage.
Nagato ne voyait pas cela d'un très bon œil, mais quand Hidan avait pris une décision, il était impossible de la faire changer d'avis.
L'homme au Rinnegan essuya les quelques gouttes de sueur qui ruisselaient sur son front. Contrôler tous ses corps en même temps représentait une épreuve aussi douloureuse que harassante. Il se concentra néanmoins sur Gakidô, qui était en première ligne pour recevoir les assaillants, au rez-de-chaussée.
La horde d'impériaux s'arrêta net à l'entrée de l'immeuble, intimidée par le premier défenseur qui se présentait à eux. Plus précisément par l'arme que ce dernier avait entre les mains. Une immense claymore de près de deux mètres de long, qui brillait d'un halo rouge.
Devant l'hésitation de ses adversaires, Han se permit un sourire moqueur. Il était vrai que Durandal était sacrément impressionnante, mais la réalité allait bien au-delà des apparences.
A l'instar de toues les armes offertes par le Rikudô Sennin, l'épée se nourrissait de son chakra et pouvait déployer une puissance phénoménale.
Soudain, le shinobi qui était en tête de l'armée impériale s'élança vers un Han à peine surpris.
Durandal s'abattit sur lui telles les serres de l'aigle sur le lapin impuissante.
L'épée le coupa en deux dans le sens de la longueur, à la grande horreur des personnes présentes.
Les ninjas de l'empire reculèrent imperceptiblement, et Han en profita pour réunir bien plus de chakra que précédemment, même si cela ne représentait pas grand-chose pour le jinchuuriki qu'il était.
« Allez Durandal, montre-moi ce que tu vaux à pleine puissance ! »
Han abattit à nouveau la flamberge, qui s'écrasa sur le sol.
Le choc provoqua un séisme qui jeta une vingtaine de ninjas au sol, et fissura les murs du rez-de-chaussée.
Sakura déglutit avec difficulté en voyant un des piliers qui soutenait l'immeuble se lézarder.
- Ne fais plus jamais ça, Han, ou on y reste tous ! lui lança-t-elle.
Han opina du chef, puis se précipita sur les soldats tombés à terre pour les mettre en charpie. A défaut d'être glorieux, c'était efficace.
Voyant que le corps à corps était voué à l'échec contre Han, les impériaux commencèrent à composer des signes.
- Katon : Hosenka no jutsu !
- Fuuton : Daitoppa !
- Suiton : Baku Suishouha ! (La vague explosive)
Han n'eut pas le temps de bouger et fut englouti par les trois jutsus élémentaires, à la grande satisfaction des impériaux.
Cependant, ceux-ci déchantèrent une poignée de secondes plus tard, lorsque le feu et l'eau se commencèrent peu à peu à se dissiper, comme par magie. Et au cœur du mælström se tenait Han, indemne. Une sorte de champ de force l'entourait, aspirant tous les jutsus comme une éponge le ferait avec de l'eau.
- C'est Gakidô, murmura l'un des impériaux en désignant le corps de Pain qui avait protégé le jinchuuriki.
Voyant que toutes leurs attaques n'avaient aucun effet, les shinobis impériaux perdirent peu à peu le moral. Celui-ci descendit même en flèche lorsque ce fut le tour de Sasuke d'intervenir.
Excalibur était nimbée de flammes, et bougeait à une vitesse inouïe. Ses adversaires ne pouvaient voir qu'une traînée orangée avant de succomber.
Lee et Hinata étaient plus discrets, mais tout aussi efficaces. Leurs poings envoyaient au tapis les assaillants les uns après les autres.
Quant à Sasori, il retenait une vingtaine de ninjas à lui tout seul. En effet, il avait invoqué une trentaine de marionnettes, et les contrôlait avec une facilité déconcertante. Les trente marionnettes se mouvaient avec la même aisance que les humains qui les affrontaient, et Sakura se surprit à admirer le marionnettiste et sa technique. Cet art était souvent sous-estimé, mais était extrêmement difficile à maîtriser, et pouvait se montrer redoutable.
D'un seul coup, la tendance s'inversa. En effet, il sembla aux défenseurs que leurs ennemis devenaient de plus en plus coriaces, et l'avantage de Fuki disparut peu à peu. Même les propriétaires d'Excalibur et Durandal mettaient plus de temps pour venir à bout de leurs vis-à-vis.
Après une dizaine de minutes de combats acharnés au cœur du QG, les résistants commencèrent à sentir la fatigue poindre, et Sasuke cessa de donner son chakra à Excalibur. L'épée était très efficace, mais vorace, et il n'avait pas les réserves de chakra de Han.
Ce dernier dut cependant bientôt puiser dans le chakra de son bijuu pour répondre aux exigences de Durandal, qui continuait cependant à tracer des sillons sanglants dans l'armée ennemie. Néanmoins, l'arme se faisait de plus en plus lourde dans sa main, et Han comprit qu'une épée aussi longue ne pouvait être maniée aussi longtemps.
Après avoir mis la claymore millénaire de côté, il reprit son bon vieux katana et se jeta derechef dans la mêlée. Lee et Hinata tenaient bon, Hinata en particulier semblait intouchable.
La Hyûga se battait avec sa technique de tentacules aqueuses, et bouchaient tenketsu sur tenketsu. Sasori, de son côté, faiblissait peu à peu. Contrôler autant de marionnettes ne lui posait pas de problèmes particuliers, mais au fil du temps le coût en chakra devenait très difficile à assumer.
Soudain, un ninja de l'Empire plus fort -et plus fourbe- que les autres parvint à assommer Lee par derrière, et Hinata fut vite débordée. La Hyûga était entourée par pas moins de dix adversaires, et elle sentait malgré elle toutes les chances de victoire s'envoler.
Pendant que Sakura volait au secours de Lee et Hinata, Sasuke, lui, s'efforçait de protéger Gakidô. Le corps de Pain était vulnérable au corps à corps, et ses ennemis le savaient très bien.
Lorsque Sakura parvint au corps de Lee, elle s'échappa de la mêlée pour le déposer dans un endroit sûr. Les deux shinobis qui voulurent l'en empêcher connurent un destin tragique ponctué par le bruit horrible de boîtes crâniennes écrasées.
Une fois sa tâche accomplie, la kunoichi revint en hâte pour prêter main forte à Hinata, et toutes deux se préparèrent à affronter la centaine d'ennemis restants. Sasuke et Han faisaient de leur mieux pour résister mais le niveau de leurs adversaires était devenu impressionnant, et tout était désormais bien plus difficile. La moitié des marionnettes de Sasori avait été détruite, et il était désormais acculé contre un mur, cerné par une forêt de shinobis.
Alors qu'ils commençaient à désespérer, et que Nagato s'apprêtait à demander de l'aide aux membres stationnés aux étages, Rai dévala les escaliers menant au rez-de-chaussée, et par extension à la mêlée.
- Et bien, c'est pas trop tôt ! râla Sasuke. Tu as réussi, au moins ?
Pour seule réponse, Rai leva haut le Marteau de Thor, et tous les ninjas présents arrêtèrent de se battre un instant.
Ce n'était pas la vision de ce colosse dressant le marteau de guerre qui les impressionnait, mais plutôt l'atmosphère qui émanait de Rai. Pris d'une rage froide, il semblait inatteignable, tel un ancien dieu nordique descendu du ciel pour juger les hommes.
L'illusion dissipée, les impériaux reconnurent leur ancien chef, et esquissèrent un pas de retraite. Ils ne s'étaient pas encore habitués à son changement de côté, et le craignaient comme la peste.
La réincarnation du Yondaime Raikage leur donna rapidement raison.
Il effectua un bond phénoménal et se retrouva au beau milieu du hall de l'immeuble. Rai se tourna ensuite vers Gakidô, qui comprit le message tacite.
Nagato dut faire appel à toute sa volonté pour doter tous les défenseurs du rez-de-chaussée
du champ de force anti-Ninjutsu de Gakidô, mais il y parvint.
Le constatant, Rai leva son marteau bien haut, puis l'écrasa sur le sol déjà éventré par Durandal.
Le choc donna naissance à un souffle électrique qui dévasta tout dans le hall.
Tous les impériaux présents furent projetés contre les murs, mortellement touchés par la décharge électrique.
Sakura, qui y avait échappé grâce au bouclier octroyé par Gakidô, ouvrit de grands yeux. Rai et son marteau venaient de tuer une trentaine de ninjas confirmés en un seul coup.
Mais les sbires de Madara se montrèrent bien plus courageux -ou téméraires- que prévu et continuèrent l'assaut. Rai et les autres défenseurs s'embourbèrent alors dans une guerre de position, et Nagato, qui voyait tout grâce aux champs de vision de tous les Pain, décida d'envoyer tout le monde en renfort. A l'exception cependant d'Hidan, qui protégerait son corps si vulnérable en cas d'attaque du premier étage, et de Chikushôdô. En revanche, il n'avait plus besoin du champ de force de Kushina, elle serait beaucoup plus utile en bas à se battre avec les autres.
Lorsqu'ils virent Jiraya, Tendô, Haku et consorts débarquer dans le hall, les impériaux comprirent que leur destin était scellé. Après une courageuse mais futile résistance, le dernier d'entre eux s'écroula, la gorge transpercée par un pic de glace d'Haku.
- Ils sont tous morts, déclara Oonoki en secouant la tête.
Tobirama soupira. Fuki était vraiment devenue forte, il devait l'avouer. Mais qu'allaient-ils faire contre leurs chers amis ?
La réincarnation du Nidaime Hokage claqua dans ses mains, et toutes les Ombres s'élancèrent vers le rez-de-chaussée de l'immeuble, théâtre de tant d'évènements sanglants en si peu de temps. Oonoki et Kimimaro les suivirent, mais Tobirama préféra pour sa part commencer par les étages. Il y trouverait probablement le corps de Nagato, et, en le tuant, mettrait fin à toute la rébellion.
Tobirama s'envola le sabre à la main vers le premier étage, traversa le nuage de poussière, et brisa la première fenêtre qu'il trouva d'un coup de coude. Il sauta à l'intérieur, et para par réflexe un coup de kunai qui l'aurait décapité.
Le bras droit de Madara pâlit en voyant qui en était l'auteur.
- Toi ! cracha-t-il, la voix brisée par la rage et le ressentiment.
La gorge serrée, les défenseurs du quartier général de Fuki virent les Ombres entrer dans le hall et leur faire face, l'épée tirée. C'est Hinata qui, la première, remarqua que quelque chose était différent. Le visage des Ombres était plus expressif que d'habitude. Et leurs yeux…
- Tu es là, mon amour ! s'écria Anko en versant une petite larme.
Orochimaru, un instant figé, s'élança vers elle.
- Anko !
- Non, ne t'approches pas ! s'écria cette dernière en voyant son petit ami courir vers elle.
Le serpent fit fi de ses injonctions et posa la main sur la joue de sa bien-aimée.
- Anko… Je…
Orochimaru ne put finir sa phrase, il était bien trop occupé à esquiver le kunai d'Anko, qui visait sa gorge.
- Je suis désolé, mon amour, mais je ne contrôle pas mon corps…
Le visage blafard du scientifique, un instant transfiguré par la joie, recouvrit son impassibilité habituelle.
- Je comprends. Anko, je te jure que je sauverai, même si ce n'est pas aujourd'hui… Ne perds pas espoir !
La kunoichi se contenta de sourire, tandis qu'Oonoki surgissait à ses côtés.
- Je suis désolé d'interrompre ces retrouvailles, mais Madara-sama est un homme très impatient. C'est pourquoi je vous serais reconnaissant de mourir le plus vite possible.
Kakashi éclata de rire.
- C'est pas vrai, voilà encore un bouffon ! Mais où Madara les trouve-t-il, bon sang ? C'est un véritable mystère…
Kakashi avait à peine achevé sa phrase qu'il fut frappé… par son propre poing.
Le ninja copieur gratifia la main en question d'un regard noir.
- Saloperie.
Mus par une force surnaturelle, les Ombres se précipitèrent alors vers leurs amis à couteaux tirés.
Leur visage demeurait la seule partie de leur corps qu'elles pouvaient contrôler à loisir, et
certaines Ombres pleuraient, espérant que leur vue serait brouillée et leurs facultés de ce fait diminuées.
Au cœur de la mêlée, la bataille générale se transforma en une multitude de combats singuliers.
Gakidô et Lee reçurent pour mission de museler Kakashi, ce dernier étant extrêmement polyvalent. Le premier pourrait contre tous les jutsus du ninja copieur, tandis que le second protégerait Gakidô du taijutsu de l'Ombre.
Ningendô avait choisi Ino, étant le plus habilité à contrer les attaques mentales de la kunoichi. Un peu plus loin, le combat entre Shuradô et Karin faisait déjà rage. L'homme-machine répondait aux boules de feu du garçon par toutes sortes de gadgets tels que le poing à propulsion.
Sasuke, pour sa part, avait jeté son dévolu sur Bee. La jinchuuriki était une virtuose de l'épée, et le porteur d'Excalibur semblait le plus indiqué pour lui faire face. Après tout, selon le sabre lui-même, celui qui maniait Excalibur ne pouvait pas perdre en combat singulier. Et puis après tout, la mission de Sasuke était de gagner du temps. En effet, il avait été décidé de délivrer Bee de son sceau, et l'Uchiha devait seulement attendre que Jiraya en ait fini avec le Hashirama.
Comme prévu, l'ermite avait donc décidé d'affronter Hashirama, guettant le bon moment pour utiliser son jutsu secret. Mais il savait qu'il devait garder sa concentration, un instant d'inattention et le Senju aurait sa peau.
A quelques mètres de là, près de l'escalier menant au premier étage, Haku était sur le point de combattre Suigetsu, Haku se contentant pour le moment de guetter le premier mouvement de l'Ombre. Suigetsu possédait l'épée de Zabuza, et l'homme au Hyôton préférait si possible éviter d'être découpé en rondelles.
Un autre combat mettait en scène Shino et Kiba, ainsi que son sempiternel chien. Equipiers dans l'autre monde, ils s'apprêtaient à s'affronter dans un duel sans animosité.
Près de la porte de l'immeuble, Hinata allait se livrer à un combat d'anciennes capitaines. Shika l'avait jadis délivrée des geôles de l'Akatsuki. Aujourd'hui, elle ne pourrait pas lui rendre la pareille, mais elle s'assurerait que la Nara ait la vie sauve.
Les autres ninjas s'étaient tous placés à l'extérieur, pour bénéficier de plus de place.
C'est ainsi que Neji et Konan avaient déjà commencé à croiser le fer à un rythme soutenu.
Non loin, Kushina affrontait Kabuto, l'ancien élève de Kakashi. Ce dernier n'était pas la plus puissante des Ombres, mais Kushina ne s'était pas battue depuis longtemps.
C'était un Sasori placide qui avait lui choisi Tayuya comme adversaire du jour. Il allait pouvoir contrer les invocations de la kunoichi, et s'arrangerait pour faire de même avec les genjutsus de cette dernière.
Sans surprise, Orochimaru et Anko s'étaient mis ensemble. Tous d'eux auraient donné cher pour s'adonner à n'importe qu'elle autre occupation -avec une préférence pour une séance de câlins et plus si affinités- mais ils n'avaient pas le choix. Orochimaru préférait être celui qui combattrait sa bien-aimée, car il se savait incapable de lui faire du mal.
Sakura et Tsunade avait entamé un combat de ninja-médecins à la force phénoménale, et la kunoichi de Fuki espérait parvenir à parer ou esquiver toutes les attaques de son amie sans la blesser.
Rai faisait face à Gaara, car il se sentait le plus apte à résister au sable et au Doton avec sa foudre. De plus, même Ichibi ferait profil bas devant le Marteau de Thor, son nouveau jouet…
Un peu plus loin, deux des gros bonnets de l'Empire affrontaient les deux fondateurs de Fuki.
Han s'était porté volontaire pour combattre Oonoki, l'émissaire du désespoir, tandis que Tendô se battait contre Kimimaro. Ces deux combats étaient sans aucun doute les seuls dans lesquels les regards des protagonistes brillaient de mauvaises intentions.
Tobirama était incapable de détacher son regard de la femme qui lui faisait face. Hidan.
Le visage déformé par les tics nerveux, il la repoussa de toutes ses forces, l'envoyant à plusieurs mètres de lui.
- Tu m'as trahi ! Vous m'avez tous trahi…
Hidan fronça les sourcils.
- C'est totalement faux. Je ne t'ai jamais trahi. C'est toi qui l'a fait.
Tobirama faillit s'étrangler devant tant de mauvaise foi.
- Moi ? Moi je t'ai trahie ? Mais comment…
Hidan lui fit signe de se calmer et dit sur un ton posé :
- Ecoute, je pense que nous devrions parler un moment, toi et moi. Ensuite, nous combattrons, mais j'aimerais entendre tes griefs. Allez, dis-moi ce que tu me reproches.
Tobirama se redressa, plein de rancœur. Et bien c'était d'accord, il allait vider son sac et lui ouvrir les yeux.
- Tu te souviens, du bon vieux temps ? Lorsque nous avons intégré Akatsuki tous les trois ? lança Tobirama en s'adossant à un mur, les yeux bleus fixés sur le ciel bleu nuit.
Hidan fut soulagée en voyant que son adversaire avait retrouvé un semblant de calme et une voix mesurée.
- Oui bien sûr…
- Après que tu aies perdu tes parents dans un accident d'avion, auquel tu as survécu grâce à tes nouveaux pouvoirs, et que tu aies accompli ce pèlerinage, nous nous sommes rencontrés à Tokyo… J'avais rencontré Minato quelques semaines auparavant, et j'ai été ravi de trouver une nouvelle personne qui soit comme moi… Qui possède des pouvoirs extraordinaires.
Hidan leva les yeux au ciel.
- Abrège, je sais déjà tout ça.
Tobirama ignora son interruption et continua, le regard perdu dans l'horizon.
- Nous avons alors décidé de rejoindre cette organisation, Akatsuki. C'était Minato qui le voulait. Moi je voulais rejoindre Amaterasu, mais Minato m'a assuré qu'Akatsuki était au service du bien, et qu'Amaterasu n'était qu'un groupe de terroristes profondément mauvais…
J'étais sceptique, mais toi, tu n'avais d'yeux que pour lui et tu l'as suivi, par amour…
Surprise, Hidan se retourna vers son ancien ami.
- Tu savais ?
Tobirama eut un rire sans joie.
- Si je savais ? Chaque nouvelle journée m'en apportait la confirmation… Ça crevait les yeux, et tout le monde l'avait remarqué. Sauf une personne. Le principal concerné, Minato, ce gros benêt, n'avait rien compris. Cet imbécile ne savait pas la chance qu'il avait…
- Et c'est pour ça que tu le hais ? Que tu nous hais ? s'enquit Hidan en baissant la tête.
- Non, répondit Tobirama. Minato était mon ami, et le fait que tu sois amoureuse de lui plutôt que de moi n'a en aucun cas entamé notre amitié. Je me suis fait une raison… conclut-il d'une voix triste.
Hidan ne répondit rien. Elle savait que Tobirama était amoureux d'elle, et en tirait un profond malaise car elle ne ressentait pas la même chose.
- Et puis un jour, vous m'avez trahi, chacun votre tour. Je présume que vous vous aviez prévu de vous rallier à Amaterasu depuis le début… Quoiqu'il en soit, tu as quitté Akatsuki et Minato a essayé de tuer Madara. C'était son but, depuis le de début ! Il m'avait manipulé, Hidan ! Tout ça pour accomplir sa putain de vengeance !
Lorsque je me suis retrouvé tout seul, j'ai compris qu'Akatsuki était le mal, et que je n'aurais pas dû suivre Minato… Mais étrangement, j'ai décidé de devenir le plus fervent serviteur de Madara. Afin de vous faire autant de mal que vous-mêmes m'en avez fait.
Hidan soupira.
- Minato nous aime, Tobirama. Notre amitié n'est pas une illusion. Il…
- Oui il m'a sûrement aimé, mais c'était un égoïste. C'est par égoïsme qu'il m'a gardé auprès de lui… Il voulait juste des amis le temps d'accomplir sa vengeance minable.
Quelques larmes coulèrent sur le visage lardé de cicatrices du ninja.
- Mais pourquoi ? Pourquoi ne m'avez-vous pas tout dit ? Pourquoi ne m'avez-vous pas jugé digne de confiance ? Vous pensiez que je trahirais votre secret ? Vous pensiez que je trahirais mes amis ? En pensant cela, c'est vous qui m'avez trahi !
Touchée, Hidan ancra ses yeux dans les siens.
- Tobirama, je te jure que je ne savais pas. Il ne m'avait rien dit, à moi non plus !
Le bras droit de Madara leva la main.
- Assez. Je ne veux plus entendre tes mensonges. Je t'aimais tu sais… Mais maintenant, tout cet amour a disparu, remplacé par cette haine qui consume mon cœur. Prépares-toi à mourir, Hidan.
Le cœur serré, Hidan saisit son katana, elle avait peu à peu laissé tomber ses armes hétéroclites pour cette lame plus conventionnelle. Tobirama était de toute évidence trop furieux et borné pour écouter ce qu'elle avait à dire.
- Et bien voilà enfin une bonne nouvelle ! se réjouit l'élu. Ce sceau me parait presque complet…
- Ouaip, renchérit son ami. Qui aurait cru que l'ancien chef des Fils du Vent, le vieux Fugaku en personne, aurait écrit un bouquin qui nous serait aussi utile ?
- Aie un peu de respect pour les morts, le réprimanda l'élu en prenant le livre dans ses mains.
Ainsi, ce dernier contenait non seulement une explication sur le sceau du Yondaime, mais également un projet de sceau qui pourrait neutraliser ses effets. Le sceau était presque au point, et l'élu espérait que Kushina et Jiraya seraient capables de l'achever, sans quoi ils auraient des problèmes.
- Sinon, comment ils s'en sortent, les types de Fuki ? s'enquit le jeune homme vêtu de noir.
L'élu ferma les yeux, puis répondit d'une voix calme.
- Comment veux-tu que je le sache, idiot ?
L'idiot en question éclata de rire.
- Bah je ne sais pas trop, mais vu que tu es devenu un as en récolte d'informations…
L'élu leva les yeux au ciel. C'était vrai, mais il n'était pas encore doté du don d'ubiquité. La bataille avait lieu en ce moment même, et il était bien incapable de savoir comment elle se déroulait.
- Tiens j'ai une idée ! s'exclama son ami. Et si on faisait une partie d'échecs ? Histoire de se changer les idées.
- D'échecs ? Tu ne préfères pas le Shôgi, toi qui es japonais ?
- Bah non, le Shôgi c'est chiant.
L'élu leva les épaules dans un signe d'impuissance à comprendre son interlocuteur.
Le Shôgi ressemblait par bien des côtés au jeu d'échecs après tout. Il était difficile de n'aimer qu'un des deux…
Les deux hommes se rendirent dans une petite pièce du temple, où se trouvait, pour une raison quelconque, ledit jeu d'échecs.
Une fois installés, l'élu prit les noirs, et ce fut par conséquent son ami qui commença.
Le pion du roi avança de deux cases, et l'élu répondit mécaniquement en avançant le même pion.
Pendant ce temps-là, son adversaire marmonnait dans sa barbe.
- Donc vu que je suis les blancs, j'ai Amaterasu. Le roi blanc c'est Itachi, la reine blanche c'est Naruto, les fous.. Hmm… Kakashi et Bee ! Les cavaliers…
L'élu sourit.
- Encore cette habitude de donner des noms à tes pièces.
- Pourquoi tu ne le fais pas ? C'est amusant, l'assura l'autre en s'adossant au dossier de sa chaise.
L'expression de l'élu se fit grave.
- Parce que je ne veux plus jamais perdre personne… Et perdre un de ces pions affublé d'une identité, ce serait comme perdre la personne en question… Et par conséquent, je serais incapable de sacrifier la moindre pièce, et donc de gagner contre un adversaire comme toi, que je présume très talentueux.
- Oui mais toi tu as Akatsuki, vu que tu as les noirs ! rétorqua l'autre.
- Même.
Le jeune homme en noir regarda son vis-à-vis avec un sourire bizarre.
- Y a des fois où t'es vraiment zarb, quand même.
