57
Les racines du mal
Je m'appelle Kenji Shinamura, j'ai onze ans et je suis le garçon le plus heureux du monde. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours vécu dans un cocon d'affection tissé par mes parents, et il me semble que notre famille nage dans le bonheur. En tout cas, si le bonheur existe bel et bien, ma vie est ce qui y ressemble le plus !
Mon père possède un restaurant près du port de Tokyo, qui, en dépit de sa taille modeste, attire des centaines de personnes par jour. « Les délices du Soleil Levant » se sont vite forgés une réputation, au Japon comme ailleurs.
De ce fait l'entreprise de mon père rapporte beaucoup et je ne manque de rien. Malgré mon jeune âge, je suis conscient de la chance que j'ai, et je compte bien remercier mes parents pour tout ce qu'ils m'ont offert. La vie, l'amour et tant d'autres choses.
Pour cela, je travaille d'arrache-pied à l'école et je compte bien intégrer Todai, la meilleure université du pays.
Lorsque j'ai fait part de mes projets à ma mère, elle a éclaté de ce rire cristallin que j'aime tant, avant de m'ébouriffer tendrement. Sa réaction a encore renforcé ma motivation de bien faire, et j'ai passé de plus en plus de temps à étudier.
Mon comportement ne plaisait pas à certains élèves de la classe, et ils commencèrent à m'asticoter, prenant un malin plaisir à m'empêcher de travailler en paix. Au fil des jours, ils devinrent de plus en plus agressifs envers « l'intello », mais je n'y prêtais aucune attention. Je n'avais pas d'amis mais je n'en avais pas besoin. J'étais prêt à tous les sacrifices pour mes parents, que j'aimais plus que tout au monde.
Lorsque j'ai finalement quitté l'école primaire pour le collège, cette année, j'ai perdu de vue mes anciens condisciples et j'ai pu goûter à un repos momentané. Nul ne me connaissait, et nul ne m'embêtait. Je me doutais bien que tôt ou tard de nouveaux bourreaux prendraient le relais, mais je préférais ne pas y penser. Je vis au jour le jour et je tourne le dos au passé et au futur.
Aujourd'hui, c'est dimanche et ma mère m'emmène à la station de métro. Et pas pour voyager, comme certains pourraient le croire… Car comme chaque semaine, nous allons faire l'aumône aux pauvres qui vivent sous nos pieds. Ma mère est un ange de bonté, et elle passe le plus clair de son temps à aider son prochain. Pour moi, elle est à la fois un modèle et un protecteur. Sa présence est comme une chaleur diffuse qui me rassure constamment.
Nous quittons l'appartement sans hâte, et j'aide ma mère a porter les quelques couvertures et vêtements que nous allons offrir aux nécessiteux.
Sur le chemin qui mène au métro, je m'efforce d'ignorer la façon qu'ont les passants de nous jauger. De leur regard courroucé et un poil méprisant, ils ne comprennent pas les intentions de ma mère. Elle ne devrait pas s'abaisser à aller voir ces gens-là…
Mais ma mère ne s'arrête pas, et n'en sourit que plus encore. A chaque manifestation de haine, sa réponse est son sourire resplendissant, et elle gagne à chaque fois. On ne peut que penser que constater la supériorité du bien sur le mal quand on vit à ses côtés…
Après avoir descendu les escaliers tant bien que mal, surchargés par les piles de vêtements et de couvertures, nous nous enfonçons dans la galerie souterraine.
Une nuée de tokyoïtes pressés marchent vite, l'un d'entre eux ayant un téléphone portable à la main. J'embrasse l'objet de mes yeux émerveillés. Nous sommes en novembre 1983, le premier portable vient de voir le jour, et rien ne semble plus incroyable à mes yeux que cette petite boîte que l'on peut trimballer un peu partout pour téléphoner.
Je jette ensuite un coup d'œil à l'affiche collée sur le mur de la galerie. Star Wars III, le Retour du Jedi. J'ai déjà vu les trois épisodes de la saga et le dernier, qui est sorti il y a peu au cinéma, est d'ores et déjà mon préféré. Qui sait, après les téléphones portables viendront peut-être les sabres lasers et les vaisseaux spatiaux ?
Je me laisse glisser dans ce petit rêve jusqu'à ce que la main douce mais ferme de ma mère m'incite à me remettre en marche. La cohue est telle qu'il ne fait pas bon rester immobile trop longtemps, sous peine d'être renversé.
Après un dédale de couloirs, nous empruntons une galerie plus étroite et sombre que les autres, et surtout beaucoup moins peuplée. Et pour cause, elle ne mène pas aux quais.
Après une minute de marche dans la pénombre, nous voyons une lueur apparaître au coin du couloir. J'accélère le pas avec enthousiasme car je n'ai jamais aimé l'obscurité. Ce n'est pas une peur phobique mais je ne fais pas le fier lorsque je me réveille la nuit dans un noir d'encre.
Un vieillard se redresse à peine en nous voyant arriver. Son nez rouge, conséquence d'une ingurgitation massive de saké pendant près d'un demi-siècle, semble se colorer encore un peu plus en nous reconnaissant.
- Atsuko-san…
Ma mère ne marque aucune gêne lorsque les effluves malodorantes du clochard parviennent à ses narines, et lui répond en souriant.
- J'espère que vous avez tenu votre promesse, Kazame-san. Sinon, je ne tiendrai pas la mienne, dit-elle en agitant une épaisse couverture sous les yeux du vieil homme.
Le vieux a un sourire édenté.
- Pas bu de saké depuis des mois. J'y serais jamais arrivé sans vous.
Ma mère lui donne la couverture, et nous reprenons notre marche à travers le couloir. Tout au long du trajet, nous rencontrons beaucoup de nécessiteux, mais ma mère a toujours quelque chose à leur offrir. Jamais d'argent car ça ne les aiderait qu'à replonger dans l'alcool ou le tabac. Après avoir longuement dispensé vêtements, couvertures et nourriture, je donne finalement le dernier pull en laine. Les nuits sont parfois froides à Tokyo, surtout ici… En tout cas les couvertures les réchaufferont, mais pas autant que les sourires de ma mère.
Alors que nous reprenons la galerie en sens inverse, nous voyons un homme sortir de l'ombre.
Ses yeux jaunes brillent avec intensité dans la pénombre.
- Filez-moi un tee-shirt, balance-t-il sèchement.
Ma mère lui offre le plus beau de ses sourires.
- Qui êtes-vous ? Je ne vous ai jamais vu par ici…
- Je suis nouveau. Filez-moi un tee-shirt, répète-t-il avec insistance.
Le sourire de ma mère est maintenant peiné.
- J'ai malheureusement donné tout ce que j'avais. Mais je reviendrai la semaine prochaine, ne vous en faites pas.
- Tout ce que vous avez ? répond l'homme en lorgnant sur son sac à main.
Et ni une ni deux, avant même que j'ai pu esquisser le moindre geste, la main de l'homme happe la bandoulière et tire dessus d'un coup sec. Le sac glisse alors de l'épaule de ma mère mais se bloque au niveau de son poignet.
Tirant de derechef, l'homme parvient finalement à s'emparer du sac, tandis que ma mère perd l'équilibre et s'affale de tout son long sur le sol, la tête la première.
Tétanisé, je ne peux que regarder le voleur prendre la fuite. Ce n'est qu'ensuite que je retrouve mes moyens et m'agenouille près de ma mère.
- Ne t'inquiète pas maman, ce n'est qu'un sac.
Aucune réponse.
Les battements de mon cœur s'accélère sans que je m'en rende compte, et, bandant tous mes muscles, je retourne ma mère de façon à ce qu'elle soit couchée sur le dos.
Le haut de son front saigne beaucoup, et j'essaie de déglutir, sans succès. Ma bouche est si sèche que je n'arrive plus à produire de salive.
Je pose ensuite ma main sur sa nuque puis sur sa poitrine, espérant ressentir un battement. Je n'ai que onze ans et je ne sais pas comment faire. Peut-être que je ne regarde pas au bon endroit ? pense-je en ne percevant aucun pouls. Je m'aperçois ensuite que la peau de ma mère est plus froide qu'à l'accoutumée. Toute ma vie j'ai trouvé à son contact une chaleur sans équivalent, mais pas maintenant. Je ne ressens qu'un froid glacial, qui envahit peu à peu tout mon corps.
Envahi d'une peur sans nom, je crie de toutes mes forces pour appeler de l'aide, mais personne ne vient. J'entends les pauvres que nous avons aidé s'éloigner et je me sens trahi.
L'obscurité devient de plus en plus poignante et je hurle une dernière fois avant de m'écrouler en larmes sur le corps de ma mère.
J'ai dix-huit ans, mais je suis mort il y a sept ans. La disparition de ma mère a révélé la vraie nature de ma famille. C'était une ravissante sculpture de verre, belle mais fragile. Ma mère trônait en son centre en véritable clé de voûte et à sa mort, tout s'est écroulé et le mirage s'est dissipé, nous ramenant mon père et moi à la dure réalité.
Je claque la porte et je balance mon blouson en cuir sur le meuble le plus proche. Mon pantalon noir frotte sur le parquet alors que je traîne les pieds avec nonchalance, usant encore en peu plus mes baskets en lambeaux.
J'entre dans le salon et je soupire en voyant la carcasse de mon père affalée sur le canapé. Mon regard se pose sur les bouteilles de saké vides qui l'entourent, et je renifle de mépris.
Le bruit a réveillé mon père et il grogne de mécontentement en essayant en vain de se redresser.
- C'est à cette heure-là que tu rentres ? me jette-t-il en guise de bienvenue. Où est-ce que tu as été traîner cette fois ?
Les vapeurs d'alcool me soulèvent le cœur et je serre les poings en fixant ses globes oculaires injectés de sang. Je ne reconnais plus mon père, un homme autrefois si soigné, qui se tenait droit comme un i dans son costume de marque et ne buvait qu'à de rares occasions.
Il n'est plus que l'ombre de l'homme qui l'avait été, et tout le respect et l'affection que j'ai pu avoir pour lui ont laissé place à un profond dédain.
- Ça te regarde ?
Ma manie de répondre aux questions que l'on me pose par une autre question a le don d'irriter mon père. Manie que j'ai pourtant héritée de lui…
- Tu t'es encore battu ?
J'élude la question et je tourne les talons. Il ne peut pas comprendre.
Depuis plusieurs années j'ai côtoyé la pire vermine de la ville, et mes pas m'ont conduit dans des endroits où les flics les plus chevronnés hésitent à aller. J'ai contacté un gang de la région et il m'a fallu faire mes preuves pour qu'ils me fassent l'honneur de les rejoindre. Et lorsqu'ils m'ont finalement accordé leur confiance, je les ai éliminés les uns après les autres, sans témoins. Les monter les uns contre les autres a chaque fois été un jeu d'enfant. A chaque fois car ce gang n'a pas été le dernier. Cela doit faire trois ans que je travaille dans l'ombre a assassiner le mal qui ronge la société… Et ma première victime a été le meurtrier de ma mère.
Je me suis déjà forgé une réputation dans le milieu, et on me connait sous le nom de l'Ange Noir : les ailes d'ange que je peins en noir sur chaque scène de crime y sont pour beaucoup.
Contrairement à ce que certaines personnes pensent, je ne suis ni fou, ni psychopathe. Je ne me délecte pas de prendre la vie de ces hommes, mais il le faut, c'est ma mission sacrée. Ou plutôt le sale boulot que je suis le seul à pouvoir faire, car personne d'autre ne l'ose…
Je méprise la police car elle est bien trop tendre : se contenter d'emprisonner les malfaiteurs n'est pas une solution, mais une procrastination. Tôt ou tard les rebuts de la société sortent de leur geôle, et reprennent leurs activités…
Tout le monde voit le mal, mais personne n'ose l'affronter. Moi, je suis différent. Depuis que j'ai assouvi ma vengeance en tuant l'assassin de ma mère, je me suis fixé un but.
Après tout, le docteur a eu beau dire que ma mère avait perdu la vie dans un tragique incident, qu'elle n'avait pas eu de chance, que d'ordinaire un choc à la tête de cette ampleur ne vous tuait pas, ce n'était que des balivernes. La chance n'y était pour rien, tout était arrivé par la faute de cet homme, et une telle chose ne devait pas se reproduire.
Je devais donc tout faire pour que les personnes comme ma mère, ces anges de la lumière resplendissant d'innocence, ne soient plus jamais blessées, et pour ce faire, je suis devenu un assassin voué à éradiquer le mal, car la fin justifie les moyens.
Je prends une douche rapide et je passe mon couteau sous l'eau chaude pour essayer d'enlever les traces de sang séché. Ce soir, je vais éliminer le chef du gang le plus puissant de Tokyo…
Etant assez maigre et peu musclé, mon physique n'a strictement rien d'impressionnant, et c'est ma meilleure arme. Car personne, absolument personne, ne pourrait penser en me voyant que je suis l'Ange Noir.
Quoi, ce gringalet aurait le sang de dizaines de personnes sur les mains ? Ridicule.
Qui a dit que le ridicule ne tuait pas ?
Je lève les yeux du lavabo et mes yeux ternes rencontrent leur reflet dans le miroir. Je ne peux m'empêcher de tressaillir devant cette vision d'épouvante. Il semblerait que je sois bel et bien damné…
Des cernes incommensurables à mes orbites profonds, tout est obscurité et mes yeux sont comme deux gouffres sans fond, où l'espoir et la joie n'ont aucune prise. Partout autour de moi, je ne vois que le mal. Je me suis fermé à tout le reste car ainsi, la chasse est bien plus facile.
En revenant dans le salon, je me fige dans l'embrasure de la porte, comme pétrifié.
Mon père est accroché au plafond. Par le cou. Pendu. Mort.
Tout un panel d'émotions me traverse, mais j'ai du mal à mettre un nom sur chacune d'elles. Une joie morbide, une profonde tristesse, une rancœur sans nom…
Longtemps, je suis resté immobile à le regarder osciller légèrement, jusqu'à ce que lui aussi cesse de bouger.
Je ne verse pas de larmes, car je les ai toutes versées pour ma mère, mais je sens une douleur sourde poindre au plus profond de moi. Mais paradoxalement, cette douleur me fait plutôt du bien car à cet instant, je découvre que mon cœur bat toujours et que je suis encore vivant. Je réalise ensuite que j'ai perdu mes deux parents et que je suis seul.
Je me décide finalement à avancer vers mon père, étrangement plus à son avantage que de son vivant : la mort a effacé les rides et laissé place à un masque de sérénité.
En voyant son visage métamorphosé, je comprends qu'il souffrait autant que moi, et que mon attitude a sans aucun doute amplifié la peine de son cœur. Après sept ans d'absence, mon père réapparaît devant moi. Pour la dernière fois.
Je m'avance encore et mes yeux noirs s'arrêtent sur son poing fermé. Je m'y connais suffisamment en macchabées pour savoir qu'à la mort, leur réflexe est de desserrer les poings. Il y a donc fort à parier que cette main contient quelque chose…
Avec application, je relève les doigts de sa main droite, jusqu'à ce que je vois apparaître une boulette de papier. Je la saisis et, avec empressement, m'efforce de redonner forme au papier.
Le message apparaît bientôt et je fronce les sourcils. Je ne m'attendais pas à ça. Dans les derniers mots de mon père, nulle explication sur son geste, rien.
« Tu fais fausse route, ta méthode n'est pas la bonne. Reviens dans la lumière. »
Furieux, j'écrase le papier dans mes mains et le balance au loin. J'ai toujours détesté qu'il me fasse la morale. Pensait-il qu'il en serait autrement, maintenant qu'il est passé de vie à trépas ?
Je suis cependant intrigué lorsque les mots de mon père me reviennent en mémoire, après coup. Il semblait en savoir beaucoup plus long sur moi que je ne l'imaginais… Je pensais qu'il me prenait pour une racaille friande de bastons, mais je n'avais aucun secret pour lui. Il savait que j'étais un assassin.
A ma grande surprise, je suis submergé par la honte à cette pensée. Je secoue la tête pour reprendre mes esprits, mais le mal est fait : le doute s'est immiscé en moi.
Et si mon père avait raison ?
Pensif, je m'assois sur un canapé et me plonge dans une intense réflexion. Je ne tuerai personne ce soir.
J'ai vingt-cinq ans, et je donnerais n'importe quoi pour déguster un bon plat de sushis.
Je rigole à cette pensée, et le capitaine se tourne vers moi, courroucé.
- La ferme, Miyamoto. On est pas au Club Med, on est dans une jungle de merde dans un pays de merde et je te jure que si on se fait buter à cause de toi, je reviendrais de l'Enfer pour te buter une deuxième fois, compris ?!
Je m'abstiens de lui répondre qu'il fait deux fois plus de bruit que moi et nous nous remettons à ramper à travers la jungle. Je fais partie des Aigles Rouges depuis deux ans. C'est un corps militaire un peu spécial, puisqu'il n'a aucune existence légale. Nous sommes officieusement au service des Etats-Unis d'Amérique, et notre régiment est composé des meilleurs -et aussi des plus barges- soldats des quatre coins du monde.
Après la mort de mon père, j'ai décidé de suivre ses conseils et j'ai arrêté l'assassinat. J'ai ensuite rejoint l'armée japonaise car mon but était d'étudier le mal, de le voir de mes propres yeux. En éliminant mes ennemis, je n'avais pas le temps de comprendre leur mode de fonctionnement… J'étais toujours dans le flux total, mais ma motivation première n'avait pas changé. Je voulais changer le monde pour que les gens biens puissent y vivre sans crainte.
Mais l'armée japonais s'avéra décevante. Nous passions notre temps à nous entraîner où à maintenir l'ordre lors de missions de routine. Le Japon n'étant pas en guerre, je n'avais rien à découvrir. J'ai donc fait mon baluchon et j'ai quitté mon pays natal.
J'avais perdu tout contact avec le reste de ma famille, oncles, grands-parents, je n'avais plus aucune attache. Quitter le Japon m'est donc apparu comme une évidence.
- Hey, Miyamoto, t'as du feu ? chuchote une voix derrière moi.
La voix rauque est reconnaissable entre toutes et, d'un geste ample, je balance mon briquet en métal derrière moi.
- Le pète pas, Charlie.
- Tu me connais.
- Justement.
Charlie ne s'appelle pas vraiment Charlie, et je ne m'appelle pas vraiment Miyamoto. C'est une sorte de tradition parmi les Aigles Rouges de s'octroyer un faux nom. En effet, notre régiment n'existe pas, et nous non plus. Chaque homme a donc dû détruire tous ses papiers d'identité et se composer un curriculum vitæ inventé de toutes pièces.
Je m'appelle Miyamoto, mes deux parents, bien portants, vivent dans la banlieue d'Osaka et je suis marié depuis deux ans. Rien de tout cela n'est vrai, mais j'en suis presque venu à considérer ce tissu d'âneries comme la réalité. Après tout, chaque Aigle Rouge a laissé derrière lui un passé douloureux qu'il préférerait oublier.
Il en est de même pour moi, à une exception près.
Je tâtonne la poche de mon pantalon kaki et sent une forme rectangulaire. Rassuré, je tends à nouveau les bras devant moi et tranche une plante de ma machette pour pouvoir progresser plus facilement.
Dans ce boîtier en métal se trouve la photo de ma mère, le seul détail de ma vie d'antan. Et je souhaite le conserver précieusement car tant que je posséderai cette photo, je n'oublierai jamais ma mission.
Charlie me rend mon briquet, que j'inspecte par réflexe. Ce n'est pas une question de confiance, mais Charlie est un vrai bourrin, en plus d'être complètement dingue. Notre régiment est partagé entre les suicidaires et les psychopathes, et Charlie entre dans ces deux catégories…
Après avoir brièvement jeté un coup d'œil derrière moi afin de vérifier que Charlie n'ait pas mis le feu à la jungle, je range le briquet et me remets à ramper. Nos conditions de vie sont certes difficiles, mais je me satisfais pleinement de cette dangereuse mais palpitante existence.
J'ai déjà accompli de nombreuses missions, incluant l'assassinat de terroristes, de trafiquants de drogue ou de caïds de la mafia, et le déchaînement de haine et de violence auquel j'ai pris part m'a fait beaucoup réfléchir.
Chaque soir, Charlie s'amuse de me voir prendre mon bloc-notes et y griffonner mes pensées et idéaux. J'aime à philosopher, les yeux vers les étoiles, aspirant à une réalité que je ne peux pas trouver en ce monde.
Chaque soir, je cherche une nouvelle manière de protéger le bien du mal, comme le voulait mon père. Mais chaque soir apporte une nouvelle déception. Tous mes plans sont irréalisables. Purger le mal par le mal semble être la meilleure solution, bien qu'imparfaite, mais ça ne me satisfait pas. Mon cœur est moins noir qu'autrefois, mais je continue à répandre la mort. La seule différence concrète avec ma vie d'avant est que je me contente d'obéir aux ordres. Je suis l'exécutant aveugle d'une tâche ignoble mais nécessaire.
J'ai trente-deux ans et je viens de me retirer de la vie politique.
Après avoir combattu sur les fronts les plus dangereux, accompli des missions suicides et en être ressorti vivant, abattu d'innombrables êtres humains, j'en ai eu assez. Dégoûté de moi-même, j'ai abandonné le fusil et j'ai pris le premier avion pour le Japon. Charlie et compagnie, ça n'était pas une solution, c'était un allez simple vers la folie. Mon père avait raison, les armes et la guerre ne mèneront jamais à la paix et au bonheur. Je ne voulais pas devenir John Rambo, je voulais changer le monde. Cependant, seul, je ne pouvais rien faire, et la nécessité de me faire entendre des autres m'est apparue comme une évidence.
C'est ainsi que j'ai décidé de me lancer en politique. Tout est allé très vite, peut-être trop. Il est vite apparu que je dégageais un magnétisme incroyable et que j'étais un orateur de génie. Je n'avais jamais cultivé ces talents, et j'ai donc été à la fois étonné et effrayé lorsque j'ai découvert que je pouvais manipuler et influencer à ma guise une multitude de personnes.
Mais ce n'était pas mon but, et je n'étais pas attiré par le pouvoir. Je voulais sincèrement changer les choses et ne cherchais pas le profit personnel… Je suppose que j'étais le seul parmi mes concurrents à penser ainsi.
J'ai été catapulté député en quelques mois, et je me suis enfin retrouvé en position de contribuer au changement. Du moins l'ai-je cru de prime abord, car je me suis vite heurté à un mur.
Mes beaux discours laissaient la Chambre des Représentants indifférente. Le peuple m'approuvait, mais aucun député ne partageait ou n'approuvait mes opinions.
Tous se bornaient à un immobilisme politique qui m'enrageait au plus haut point. Lorsque je parlais de réduire les inégalités sociales, ils me faisaient l'apologie du libéralisme et me toisaient avec dédain. Lorsque je leur parlais philosophie, ils me riaient au nez. Ils s'étonnaient que je sois encore aussi idéaliste à trente-deux ans, et me conseillaient de me contenter de ramasser l'argent. Tous étaient corrompus, matérialistes, et se souciaient uniquement de leur gagne-pain. Dégoûté, j'ai quitté la scène politique aussi vite que j'y ai été propulsé.
Et maintenant, me revoilà chômeur. Chômeur, et indécis. Je reste sur ma faim, mon problème est insoluble, tout semble indiquer que ma soi-disant mission est vouée à l'échec.
J'ai trente-six ans, et nous sommes le vingt-quatre décembre 2008. Je n'oublierai jamais cette date, car elle marque un nouveau départ… Ma renaissance.
Ce matin, lorsque j'ai vomi tout mon petit déjeuner sur mon journal, ma vie me semblait nettement moins enthousiasmante. Malade comme un chien, je m'apprêtais à appeler un docteur lorsque tout s'est arrêté comme par enchantement.
Sidéré mais soulagé, je suis retourné à mon journal pour continuer la rubrique « offres d'emplois » et j'ai posé mes pieds sur la table basse.
Après une dizaine de minutes de recherches en pure perte, je me suis relevé et j'ai donné un coup de poing rageur sur la malheureuse table basse, seul défouloir à proximité. Mais quelque chose alla de travers : je n'avais pas senti la moindre douleur, rien du tout.
Mon étonnement allant croissant, je scrutais les phalanges de mon poing serré lorsque mon attention a été attirée par un bruit sec.
Sans réaction, j'ai vu ma table basse s'effondrer sur le sol, cassée à deux dans le sens de la largeur. Et au centre de la fissure, la trace de mon coup de poing.
Mon premier réflexe a été de courir vers la salle de bain pour me plonger la tête dans de l'eau froide. Méthode brutale mais efficace quand vous avez l'impression que le cours des évènements vous échappe…
J'ai donc relevé mon visage et me suis ébroué comme un chien, projetant des gouttes d'eau un peu partout. Je suis un mec et je possède un sens de la propreté tout à fait particulier. Le fatras indescriptible qui me tenait lieu de cuisine en était d'ailleurs une preuve supplémentaire…
A travers le rideau de mes cheveux noirs mouillés, j'ai aperçu mon reflet dans le miroir, et j'ai tiqué. J'avais aperçu du rouge, au niveau de mes yeux… Conjonctivite ?
Je me suis essuyé avec une serviette, me frottant les yeux avec force, puis les ai ouverts sur la réalité.
L'iris de mes yeux était rouge, totalement rouge. Mais le plus incroyable demeurait ces deux sortes de virgules noires qui étaient apparues près de chaque pupille.
Internet m'a vite apporté la solution, et je me suis plongé dans ce manga d'un certain Kishimoto. J'ai survolé ce bouquin qui ne me plaisait guère, peu m'importait l'histoire de ce abruti, seul m'importait de savoir ce que j'avais.
Lorsque j'ai compris que l'augmentation de ma force physique n'était qu'une facette de pouvoirs plus impressionnants encore, mon excitation est allée grandissant.
Et quand j'ai réalisé que les clés du Ninjutsu était à ma portée, j'ai laissé libre court à ma joie. Enfin je possédais le pouvoir ! Ma carrière politique avait été une impasse, et je n'avais jamais eu qu'un pouvoir politique très limité. Jusqu'à présent, je n'avais que la volonté et il me manquait la force de l'accomplir. C'était chose faite. J'allais devenir le plus grand maître du Ninjutsu de tous les temps, et j'apporterais la paix au monde !
Mais j'ai vite réalisé que ces pouvoirs ne seraient pas suffisants. Après tout, j'avais déjà décidé qu'éradiquer le mal par le mal était illusoire, et utiliser le Ninjutsu ne changerait pas la donne… Cependant, ces pouvoirs ne m'avaient pas été donnés par hasard.
Et si Dieu lui-même , pourvu qu'il existât, avait entendu ma prière et m'avait donné la force de réaliser mes objectifs ?
Animé d'une nouvelle force, j'ai quitté mon appartement en coup de vent et je suis allé voir l'auteur en personne. Le trouver n'a pas été aisé, mais je suis finalement parvenu à obtenir un entretien avec lui.
J'ai examiné ce Masashi Kishimoto sous toutes les coutures, notant au passage qu'il était plus jeune que je l'aurais cru, puis ai commencé à parler lorsque l'auteur mal-à-l'aise s'est mis à se dandiner sur son siège.
- Bonjour monsieur. J'ai des questions à vous poser, déclarai-je aussi laconique que d'habitude. Un trait de caractère que j'avais développé dans l'armée, et que mon expérience politique n'avait pas suffi à gommer.
- Vous êtes journaliste ? Mais…
- Je ne suis pas journaliste. Je voudrais vous poser des questions sur la suite de votre manga.
Masashi Kishimoto a ouvert des yeux ronds comme des soucoupes.
- Vous croyez que je vais divulguer de telles informations ?
- Absolument. Et je sais que vous êtes un imposteur.. Naruto et ses pouvoirs, vous n'avez rien inventé du tout, c'est ça ?
Le mangaka pâlit.
- Comment…
J'ai activé mon sharingan pour abréger la discussion.
L'effet a été immédiat et Masashi Kishimoto est demeuré longtemps sans voix.
De par sa réaction, j'ai compris que j'étais le premier à manifester de tels « symptômes ». Alors où avait-il trouvé toutes ces informations sur ce Naruto et ses pouvoirs ?
Une partie de la formation des Aigles Rouges était dédiée à l'interrogatoire, et l'affaire a vite été pliée, Kishimoto a vidé son sac. Il avait trouvé ces informations dans une grotte. Etrange, mais il ne mentait pas, il n'aurait pas osé.
Je suis aussi parvenu à lui arracher les informations sur la suite de son manga, directement obtenues de la fameuse grotte.
La révélation sur le plan Œil de Lune a été comme une décharge électrique pour moi. Transfiguré par l'émotion, j'ai presque embrassé le mangaka et je suis parti sur les chapeaux de roue..
Le plan Œil de Lune. J'avais enfin mis un nom sur ma mission.
Debout sur le balcon de mon appartement, je ressasse les mots de Kishimoto, ne revenant toujours pas d'une si bonne fortune.
- Il semblerait bel et bien qu'une puissance supérieure guide mes pas… dis-je tout haut en observant la Lune. Qui aurait cru que de ce bout de rocher inutile jaillirait la solution à mon problème ?
Je bois une nouvelle gorgée de champagne et savoure la quiétude de mes pensées. Autrefois confus et théâtre de multiples rêves inaccessibles, mon esprit s'est éclairci et la route que je dois suivre brille comme un phare lorsque je ferme les yeux.
Ma mission sera donc de me débarrasser de tous ceux qui entraveront la réalisation du plan Œil de Lune, et donc de faire que cet élu échoue.
Ainsi, l'autre Madara viendra et utilisera ce fameux jutsu…
« Je tuerai ensuite cet autre Madara et je modifierai Œil de Lune pour créer un monde parfait et d'abondance, où règnera le bien universel, et où le chaos sera aboli.
Ce sera aussi un monde sans libre arbitre, car l'homme est mauvais par essence, j'ai pu le constater maintes fois au cours de mon existence… »
Je porte le goulot de la bouteille à ma bouche, et finis la bouteille.
« Pour créer ce monde, je devrai encore faire le mal, c'est une évidence. Il me faudra accumuler le plus de pouvoir possible pour m'assurer de rester en vie et d'avoir tué l'élu le moment venu. Mais qu'importe. Je créerai ce monde nouveau, même au prix de mon âme. »
Madara se réveilla en sursaut. Il s'était assoupi sans s'en rendre compte, et il avait revu en rêve certains des passages les plus marquants de sa vie… Ces morceaux d'existence qui le hantaient et l'encourageaient à persévérer dans sa mission.
Les mots qu'il avait prononcé six ans auparavant retentirent à nouveau dans son esprit.
« Pour créer ce monde, je devrai encore faire le mal, c'est une évidence. Il me faudra accumuler le plus de pouvoir possible pour m'assurer de rester en vie et d'avoir tué l'élu le moment venu. Mais qu'importe. Je créerai ce monde nouveau, même au prix de mon âme. »
Revivre ce moment avait été comme un déclic pour Madara. Il prenait conscience qu'il était trop loin, bien trop loin…
A force de faire le mal, il s'était laissé emporter et sans s'en rendre compte, était devenu un être abominable.
Plein de dégoût envers lui-même, Madara se leva de son fauteuil et se téléporta sur la muraille du château.
Une fois accoudé aux remparts, il put lever la tête vers les étoiles, comme au bon vieux temps. Il n'y avait rien de tel qu'une nuit étoilée pour vous remettre les idées en place.
Et pour la première fois de sa vie, Madara demanda pardon. Il accorda une pensée à tous ceux à qui il avait ôté la vie, et se recueillit longuement.
La patrouille nocturne, une fois qu'elle l'eut reconnu, s'éloigna sans bruit de crainte de provoquer le courroux légendaire de l'Empereur.
Ils ne pouvaient pas le savoir, mais ce soir-là, ils ne risquaient rien. Ce soir-là, Madara était redevenu Kenji Shinamura, le petit garçon heureux et insouciant qui aimait ses parents.
Longtemps après, alors que les premières lueurs de l'aube commençaient à poindre, l'Empereur du Japon sortit de sa léthargie.
Il avait longtemps pesé le pour et le contre, et était finalement parvenu à une réponse définitive. Il continuerait à se battre, jusqu'à ce que les neuf Tomoe de Juubi s'impriment sur la surface de la Lune.
Il serra les poings et versa une unique larme.
« Désolé mais je n'abandonnerai pas. Pour que tous ceux que j'ai sacrifiés ne soient pas morts en vain, j'irai jusqu'au bout et je détruirai tous ceux qui se mettront en travers de ma route. »
Armé d'une résolution nouvelle, Madara rejoignit son bureau pour se préparer à son dernier combat.
- J'ai besoin d'aide, vite !
La phrase résonnait encore dans les oreilles de Kushina, tant elle avait été marquée par l'urgence dans la voix de Sakura. Que se passait-il encore ?
Au pas de course, les deux kunoichis entrèrent dans la chambre d'Hidan, immédiatement suivies par Jiraya. Avant d'être interrompus par l'arrivée inopinée de Sakura, Kushina et lui travaillaient sur le fameux sceau du deuxième parchemin. Et grâce au livre que leur avait envoyé l'élu, ils en voyaient enfin le bout.
Ceci dit la santé d'Hidan passait avant tout, le sceau pouvait bien attendre quelques minutes de plus ! Jiraya laissa son regard s'aventurer dans la pièce, et constata que la chambre de son amie avait été aménagée en un véritable hôpital miniature.
- Elle a fait une rechute ?
Sakura répondit par l'affirmative à la question de l'ermite, puis leur donna une explication laconique.
- Le cœur est en train de lâcher. Je ne pensais pas que tout s'accélérerait à ce point-là !
- On a combien de temps ? s'étrangla Jiraya.
- Deux ou trois… souffla Sakura.
- Jours ? C'est peu, déplora Kushina.
- Minutes.
Les deux maîtres des sceaux blanchirent.
- Il n'y a… Il n'y a rien que l'on puisse faire ? demanda Jiraya d'une voix suppliante.
- J'avais espéré que vous auriez une idée, car je ne vois pas, avoua Sakura. Si j'avais l'antidote, je pourrais sauver le cœur, mais ce n'est pas le cas.
Le mal se renouvelle constamment et mes efforts ne servent qu'à endiguer la maladie.
Seul un miracle pourrait la sauver désormais…
- L'élu… murmura Kushina. On ne sait rien de lui, peut-être aurait-il le pouvoir de purger le poison de son organisme…
Touchée dans sa fierté, Sakura ne répondit rien. Elle doutait fort que cet élu ait de meilleures compétences médicales qu'elle, et quand bien même Tsunade et elle étaient tombées d'accord sur le fait que l'antidote nécessitait un ingrédient du monde de Naruto.
Cela dit il lui fallait bel et bien s'en remettre à l'élu, en désespoir de cause…
- Mais tu as parlé de quelques minutes, Sakura, et l'élu n'arrive que demain ! leur rappela Jiraya.
Sakura s'effondra à cette nouvelle. Hidan allait mourir, c'était inévitable…
- Demain ? Alors c'est parfait.
Les deux anciens d'Amaterasu se tournèrent vers Kushina, partagés entre étonnement et espoir.
La réincarnation de la mère de Naruto retroussa les manches de son tee-shirt et posa ses deux mains par terre, provoquant ainsi l'apparition de multiples caractères formant un cercle.
Le sceau généra ensuite une bulle de chakra autour du lit d'Hidan.
Bien que Sakura ne vit aucune différence, Kushina parût satisfaite. Jiraya fut le premier à briser le silence.
- C'est ton sceau temporel ?
- Exactement. Je l'avais déjà testé sur Kabuto lors de l'attaque de notre quartier général, donc je suis confiante. A l'intérieur de cette bulle, le temps s'écoule environ mille cinq cents fois plus lentement, je ne peux malheureusement pas faire mieux.
- Il ne lui reste donc que… un peu plus de vingt-quatre heures, révéla Sakura après avoir consulté sa montre.
Ainsi, Hidan aurait le temps de rencontrer l'élu, et ils n'auraient plus qu'à prier pour que le ninja tant attendu accomplisse un miracle…
- Tout de même, je ne comprends pas, admit Kushina. Je pensais que le problème venait des poumons, et voilà le cœur qui lâche…
Sakura s'assit sur la chaise du bureau d'Hidan et lui répondit. Kushina devait d'ailleurs s'en mordre le doigts par la suite, la réponse se muant peu à peu en explication détaillée pleine d'un jargon médical difficile à digérer.
- Il est vrai que les premiers symptômes étaient des douleurs dans les poumons et des difficultés respiratoires, mais ce n'était que l'arbre qui cachait la forêt.
La cause sous-jacente est bien plus exotique, puisqu'il s'agit d'une réaction allergique… au chakra !
Nous avons des cas depuis des siècles, mais nous n'avons jamais pu mettre un nom dessus, car le monde scientifique refuse d'admettre l'existence du chakra. Après tout, il est impossible à détecter par les instruments habituels…
Bien que l'état critique d'Hidan l'eut profondément ébranlée, Sakura retrouvait peu à peu son timbre de voix normal au fur et à mesure de ses explications.
- Une allergie au chakra… Comment ça marche exactement ? demanda Jiraya.
- Il faut savoir que le chakra emploie des vaisseaux spécifiques pour se déplacer à travers le corps : les fameux méridiens. Dans le cas d'Hidan, le chakra agresse les parois de ces canaux, jusqu'à la rupture… Heureusement le corps est bien fait, et les méridiens se régénèrent en général très rapidement, mais il arrive que le chakra qui s'est échappé des méridiens continue sa route et arrive jusqu'aux vaisseaux sanguins, qui sont en général à proximité desdits méridiens.
Tout l'organisme d'Hidan est allergique au chakra, et les veines et artères ne font pas exception… Le chakra a donc attaqué les vaisseaux sanguins, ce qui a provoqué l'insuffisance respiratoire.
- Les méridiens se régénèrent, mais pas les veines et les artères, non ? Comment Hidan a-t-elle pu survivre aussi longtemps ?
- Jashin évidemment. Grâce à la malédiction du dieu sombre, ses organes et ses vaisseaux sanguins se reconstituaient à peu près aussi bien que les méridiens. Et heureusement, car le mal était devenu encore plus grand lorsque Hidan avait reçu ses pouvoirs. Sa réserve de chakra avait augmenté, de même que sa douleur… Sans Jashin elle n'aurait pas fait long feu.
Quoiqu'il en soit, depuis qu'Hidan a cessé les sacrifices, ses vaisseaux sanguins sont détruits les uns après les autres. Mais contrairement à ce que je croyais à ce moment-là, ça pouvait être pire ! Du chakra un peu plus vicelard que les autres s'est déplacé dans les artères sans attaquer les parois, et a finalement infiltré le cœur… En voyant ça j'ai paniqué et je vous ai appelés. D'autres questions ?
Une fois remis de leurs émotions -et du monologue de Sakura- Kushina et Jiraya se remirent au travail. La nuit était bien avancée, mais il était vital qu'ils aient fini avant le début de la bataille.
Quelques heures plus tard, alors que Madara reprenait vie aux premières lueurs du jour et quittait les remparts, Jiraya poussa un cri de joie en contemplant le sceau incroyablement complexe qu'il avait sous les yeux.
Ils y étaient arrivés, ils avaient enfin le pouvoir de délivrer leurs amis de leur prison mentale !
Surexcité malgré lui, l'élu ne tenait pas en place et ouvrit son armoire pour la troisième fois. Méthodiquement, il saisit chaque objet qui s'y trouvait l'un après l'autre. Ses doigts fins enserrèrent un long bâton blanc gravé, qu'il savait somptueux. L'Ancien le lui avait remis dès son arrivée, mais ce n'était pour ça que l'élu l'estimait autant. C'était avant tout un cadeau posthume de celui à qui il devait tout…
Il remit finalement le bâton bien droit dans l'armoire, et passa la main sur la longue cape blanche qu'il mettrait demain. Il l'avait souvent portée ces derniers temps, et demain ne ferait pas exception. Enfin, il tapota un parchemin enroulé, qui était sans conteste son bien le plus précieux. L'élu y avait scellé le carnet de l'élu, laissé par le Rikudô Sennin à son attention, et qu'il ne pourrait ouvrir qu'une fois de l'autre côté.
Il eut une petit frisson à l'idée de quitter son monde et de changer de dimension, mais la peur s'évanouit bien vite. Le portail interdimensionnel n'était que son deuxième objectif, le premier étant Madara, et il devait rester concentré sur le combat à venir. Madara avait maintes fois prouvé qu'il ne devait pas être sous-estimé, et tout élu qu'il soit, il le craignait un peu.
Le jeune homme finit par sortir de sa chambre et se rendit au parc qui trônait au centre du Temple, où il se rendait si fréquemment. Mais l'élu n'y allait pas uniquement pour la beauté et le calme qui émanait de l'endroit. Il y avait rendez-vous.
En effet, dès qu'il se fut assis, un magnifique corbeau d'un noir luisant descendit des cieux et se posa sur le banc à côté de lui.
Comme à chaque fois, l'élu ne fut pas surpris par l'arrivée du volatile, dont il avait senti l'approche plusieurs minutes auparavant. Il était devenu l'ermite ultime, et ses sens avaient atteint des proportions irréelles. Il sentait les battements du cœur du corbeau, et devinait sa fatigue dans sa respiration haletante.
Le corbeau, pour sa part, était une sorte de talisman qui lui rappelait sa vie d'avant… Mais il était également très utile.
Le corbeau se mit à croasser assez vite, et l'élu n'en perdait pas une miette, parfaitement attentif. Quelques instants plus tard, l'oiseau reprenait son envol. Les nouvelles étaient mi bonnes mi mauvaises, comme à chaque fois en fin de compte…
En dépit de sa tristesse pour Hidan, il s'était réjouit en apprenant que le sceau avait été achevé. Jiraya avait dû faire de sacrés progrès pour réaliser cet exploit, même en s'aidant de son livre !
- Tout est prêt désormais, pensa-t-il tout haut.
