58
Renaissance
Plus de deux ans plus tôt…
Les éclairs zébraient le ciel, comme autant de signes précurseurs du drame à venir. Itachi marchait vers Madara, à l'aveuglette, la dernière parcelle de lumière ayant à jamais quitté ses prunelles désormais d'un blanc laiteux. Il tomba plusieurs fois, mais finit par arriver devant son ennemi de toujours, et son premier sempai. D'une voix lasse et résolue, il réitéra sa demande au chef de l'Akatsuki. Celle de relâcher Naruto.
Les ninjas autour de Madara parurent surpris lorsque leur chef relâcha son étreinte sur le blond et rangea son kunai.
Au même moment, Naruto reprenait conscience, et sembla immédiatement comprendre ce qui se passait.
- Itachi, que… Tu…
Itachi l' assomma promptement, avant de se tourner vers Madara.
- Fais ton office, bourreau.
C'est avec un calme méthodique, et des yeux brillant d'impatience et d'un zeste de regret, que Madara posa finalement son sabre sur le cou d'Itachi, qui s'était agenouillé par terre.
Il ne pensait à plus rien, et s'efforçait de faire abstraction des cris de ses anciens coéquipiers. Il n'aspirait en cet instant qu'à la mort, pour que tout se termine enfin.
Cachées parmi la foule de soldats et de ninjas à la solde de Madara, deux silhouettes encapuchonnées avaient les yeux rivés sur la scène. L'un d'eux s'approcha d'un des derniers shinobis de l'Akatsuki, ôta son capuchon rouge, puis tapota l'épaule du shinobi en question. Par réflexe, et de toute évidence énervé d'être dérangé en cet instant béni, le ninja se retourna d'un geste brusque. Son visage passa de la colère à la peur, avant de se départir de toute expression.
Les yeux rouges de l'homme encapuchonné reprirent leur teinte ébène, puis il rejoignit son compagnon, à quelques mètres derrière.
- C'est fait, tu peux y aller le vieux, chuchota-t-il à ce dernier, en lui tendant un shuriken.
Le vieillard opina du chef, puis se saisit de l'arme. Son compagnon parut un instant décontenancé lorsqu'un éclair traversa le ciel et illumina ses Rinnegan, le tout formant une vision assez terrifiante et irréelle. Mais il se reprit bien vite. Le jeune homme n'était pas du genre à se laisser impressionner pour si peu.
Le Rikudô Sennin prit congé de lui, puis murmura des incantations inaudibles. Un instant plus tard, il était devenu invisible.
Il se rapprocha alors de l'endroit où se tenaient Itachi et Madara.
Au moment où ce dernier allait abattre son sabre, le Rikudô Sennin agit.
Il projeta le shuriken vers Madara. S'il avait été vivant, le vieillard aurait sans nul doute eut le cœur battant. Mais il n'était plus un homme désormais. Sa seule volonté guiderait l'arme jusqu'à sa cible.
Lorsque le shuriken passa à travers Madara, le Rikudô Sennin sourit. Comme prévu, Madara avait senti l'étoile métallique juste à temps. Il avait donc été forcé de devenir immatériel, et par conséquent, ne modifierait pas la trajectoire du shuriken.
Lorsque ce dernier s'enfonça dans le cou d'Itachi, le Rikudô ferma les yeux. Même s'il le fallait, tuer Itachi le répugnait.
Dans un silence de mort, Madara se retourna vers Itachi, et constata que le shuriken qui l'avait pris pour cible s'était planté dans le cou de son ennemi. Et l'avait tué.
Tobirama vint vérifier le pouls du Seigneur des Corbeaux, et fut formel : Itachi était bel et bien passé de vie à trépas.
La colère de Madara semblait sans borne. On avait osé tuer Itachi à sa place, tout en essayant de le tuer lui ! Le double crime ne méritait qu'une seule punition : la mort.
Sa voix terrible rugit dans la nuit :
- Qui a osé ? Qui ? !
A la stupeur des personnes présentes, une main se leva, et un shinobi sortit du rang pour affronter Madara. Le regard fixe, il baissa la tête en disant :
- Je préfère mourir que de vivre dans la prison que vous êtes en train de nous forger ! Vous êtes le mal incarné et…
Le ninja ne finit jamais sa phrase, et sa tête roula sur l'herbe du parc.
Lorsque le corps de l'homme s'effondra, Rikudô éprouva à nouveau un sentiment qu'il n'aurait pas dû ressentir. A près tout, il n'était plus humain ! Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. Même si c'était pour la prophétie, faire tuer un innocent ne lui plaisait pas.
Soudain, la réincarnation du Raikage intervint auprès de son maître.
- Madara-sama, il n'est peut-être pas mort…
- Comment ça ? fit Madara.
- Je pense que nous ne devrions pas prendre de risques… Ce shuriken me rappelle étrangement les senbons utilisés par Haku. Si cela se trouve, Itachi n'est pas mort, mais plongé dans un coma artificiel.
Madara nota la pertinence de l'argument, et se dirigea vers le corps d'Itachi pour finir le boulot.
C'est à ce moment-là que le compagnon du Rikudô s'approcha de lui et souffla :
- Alors ? Vous voyez bien que je suis calé en Genjutsu !
Le Rikudô sourit au jeune homme.
- Tu as réussi, en effet. Et c'est fort heureux, sans quoi la Prophétie aurait été sérieusement compromise.
Le jeune homme haussa le épaules en souriant. L'obsession de son compagnon pour la Prophétie l'amusait, même si cela devenait lourd avec le temps.
- Comment as-tu fait pour deviner où je me trouvais ? chuchota le Sage des six chemins. Mon jutsu d'invisibilité me rend pourtant indécelable…
- J'ai regardé d'où était parti le shuriken, c'est tout ! rit doucement l'autre. Tout le monde n'a pas de la merde dans les yeux comme Itachi, ajouta-t-il en souriant plus encore.
Trois heures plus tard
- Tout le monde est parti, nous pouvons y aller, déclara Rikudô lorsque Madara et ses nouvelles marionnettes eurent regagné le château.
Son compagnon ne répondit rien mais courut vers la tombe d'Itachi.
- Mais quelle bande de cons… Ça va être galère de le sortir de là maintenant… grommela-t-il en se grattant la tête devant la stèle de fortune.
- Ne te plains pas, il aurait pu choisir d'être incinéré…
La chose parut trouver un écho dans la mémoire du jeune homme, qui répondit dans un grand sourire :
- Pas faux !
Le Rikudô l'ignora, et se contenta de faire un signe. Aussitôt, sans aucun signe avant coureur, la terre se mit à bouger. Une dizaine de secondes plus tard, le corps d'Itachi était exhumé.
- Je n'avais même pas pensé au Doton, constata bêtement son compagnon.
- Tu ne penses pas souvent, lui rétorqua le vieillard.
Un instant bouche bée, le jeune homme éclata ensuite de rire.
- Tu fais de l'humour, maintenant ? Tu sais que tu deviens humain, pépé ?
Le Sage des six chemins secoua la tête, apparemment blasé, et pointa son index sur le teint cadavérique d'Itachi.
- J'ai du boulot, alors fais le guet et ferme-la.
Son interlocuteur se mit au garde à vous, puis s'éloigna pour explorer les environs. Pendant ce temps-là, le Rikudô Sennin entreprenait de soigner le corps d'Itachi, faisant disparaître les multiples blessures qui le sillonnaient. Lorsque le corps fut comme neuf, le Sage s'attarda sur les globes oculaires du ninja, et soupira :
- J'ai bien peur de ne rien pouvoir faire pour les yeux…
Le grondement du tonnerre retentit dans la nuit, et l'autre homme revint auprès de son équipier.
- Rien ni personne à l'horizon, chef. Vous avez fini ?
- Oui, répondit le détenteur du Rinnegan. Maintenant, il ne reste plus que la dernière étape.
- Mais aussi la plus importante, ricana l'autre.
La réponse du Rikudô fut d'une sécheresse rare.
- Tais-toi. Ce n'est jamais un exercice facile, même pour moi. Et tu ne voudrais pas que j'échoue, je suppose…
Désormais muet, l'autre acquiesça, et s'éloigna de quelques pas, pendant que son compagnon prononçait le nom du jutsu le plus incroyable de tous les temps.
- Gedô Rinne Tensei no jutsu (technique de la métempsychose divine)
Karasu ne savait pas depuis combien de temps il parlait avec ses parents. Tous les trois étaient assis sur une table, elle-même se trouvant au centre d'une grande étendue blanche. Tout était blanc, à tel point qu'il ne pouvait pas faire de différence entre le ciel et le sol. Toutes les dimensions semblaient s'être unies pour n'en former qu'une seule.
- Et Akio, comment va-t-il ? lui demanda Solène d'une voix maternelle.
- Il va bien, la rassura son fils aîné. Je l'ai mis en sécurité, loin des combats. J'espère que l'élu pourra vaincre Madara, et que Sasuke… Enfin Akio, aura une belle vie.
Minoru se leva, et regarda son fils droit dans les yeux :
- Et toi, Karasu ? Est-tu satisfait de ta vie ? Tu t'es battu avec des pouvoirs qui me dépassent, pour un idéal plus noble encore, mais as-tu été heureux ?
Karasu resta silencieux un long moment. Heureux ? Il l'avait été à certains moments de son existence, mais pas les derniers jours de sa vie…
- Je ne sais pas… Je ne pense pas, admit-il finalement. Je n'ai jamais pu l'être, et ce pour une raison très simple.
Il croisa le regard aimant de ses parents, et il fondit en larmes en les enlaçant.
- J'aurais voulu que vous fussiez là, avec moi, que nous formions une famille heureuse et unie !
Minoru se détacha avec douceur de l'étreinte de son fils.
- Tu te trompes, Karasu. Ce n'est pas la vraie raison. Tu aurais pu être heureux sans nous, car tu as des amis auxquels tu tiens, et tu as Akio. La vraie raison, c'est que…
- … J'aurais voulu les sauver, compléta finalement Itachi. J'aurais voulu vaincre Madara pour enfin leur apporter la paix et une vie de bonheur !
- Exactement. Tu es incroyable, mon fils, continua Minoru. Ton bonheur passe par celui des autres, et pour cette raison, je suis fier de toi. Je souhaite que tu atteignes ton but et que tu sois enfin heureux, Karasu.
Solène fit écho aux paroles de son mari, devant un Karasu perplexe.
- Mais… Je suis mort. Comment pourrais-je réaliser cet objectif désormais ?
Soudain, un faisceau de lumière l'enveloppa, et la dernière chose que Karasu entendit fut la voix de sa mère.
- Apparemment, ton heure n'est pas encore venue, alors force le destin et agrippe le bonheur de toutes tes forces ! Ton père et moi, nous t'aimons, Karasu…
Peu à peu, l'appel maternel se mua en murmure, jusqu'à disparaître totalement, à l'instar du monde blanc qui l'avait entouré.
Itachi ouvrit brusquement les yeux, mais tout était noir. Désormais, tout serait noir pour toujours. Lentement, il referma les yeux, pris d'une lassitude extrême. C'est alors qu'une voix indéfinissable retentit dans son esprit.
« Tu es prêt. »
Les mots martelèrent le cœur d'Itachi, mais il ne savait pas ce qu'ils signifiaient. Cependant, il savait que c'était vrai. Il était prêt. Enfin prêt.
- Tu es prêt.
Itachi tiqua. Cette voix-ci ne venait pas de son esprit... Et il la connaissait.
- Rikudô ?
- En effet, Karasu. C'est moi, le Rikudô Sennin. Je suis celui qui t'a tué.
La vue d'Itachi l'avait quitté, mais ses autres sens étaient plus aiguisés que jamais. Il sentit donc filtrer de la tristesse dans la voix du vieil homme. C'était une première…
La voix de la réincarnation du créateur du Ninjutsu retentit à nouveau dans la nuit, toujours teintée de culpabilité et de regret.
- Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le jutsu de résurrection d'un possesseur du Rinnegan possède ses limites. Si Nagato n'a pu ramener à la vie que les habitants de Konoha, ce n'est pas uniquement par manque de chakra. Vois-tu, l'héritier de cette pupille est investi d'un pouvoir quasi-divin qui le place au-dessus des autres êtres humains… Le pouvoir d'un dieu. Bien qu'il se fourvoyait sur bien des points, Nagato avait au moins raison sur ceci : le pouvoir qu'il avait réussi dépassait l'entendement humain. En effet, tout détenteur de cette pupille a le pouvoir d'arracher un mort à Shinigami. Lorsque l'on tue une personne, son âme est conservée dans une autre dimension, et reste donc en « attente ». Cette période est limitée dans le temps : au bout d'une journée, nous perdons le contrôle de l'âme, et tout revient à la normale, si j'ose dire. L'âme du défunt disparaît de ce monde pour ne plus jamais y revenir.
Cependant le Rinnegan nous donne bel et bien la faculté de lutter contre la mort et le pouvoir divin.
Tout au long de sa tirade, Rikudô avait tourné son visage pour admirer la voûte céleste. Lorsqu'il eut achevé ses explications, il constata qu'Itachi avait toujours les yeux fermés et ne montrait aucune réaction. Suite à son retour parmi les vivants, l'Uchiha était dans un état d'hébétude sans précédent…
Pour cette raison, le vieillard décida de tout expliquer au jeune homme, qui devait avoir une multitude de questions sans réponse.
- Je vais te raconter une histoire, commença l'avatar de la Prophétie. Elle se passe dans le monde de Naruto, il y a quelques centaines d'années.
Itachi garda les yeux clos, et Rikudô entama un long monologue.
- C'est à cette époque que le Rikudô Sennin, dont je ne représente que les pouvoirs, a vécu, et a notamment créé les arts ninjas comme nous les connaissons aujourd'hui. Mais comme son nom l'indique, le Sage des six chemins était avant tout d'une sagesse sans pareille, et d'une clairvoyance rare. Le père des ninjas a ainsi passé de longues années à prôner la paix auprès de ses contemporains, mais son message n'a jamais prit racine dans ce monde guerrier qu'est celui de Naruto. Aucune de ses tentatives ne marchait, jusqu'à ce qu'il invente le Ninjutsu.
A ce moment-la, le Rikudô Sennin, naïf malgré lui, fut convaincu d'avoir découvert la clé de la paix, et enseigna aux hommes ses techniques, toutes fondées sur la guérison et la création.
Hélas, les techniques du sage furent bientôt perverties par des hommes avides de pouvoir, qui utilisèrent le Ninjutsu pour dominer leurs semblables, et donc faire la guerre.
Catastrophé, le Rikudô Sennin a tout fait pour réparer son erreur, mais rien n'y faisait. La boîte de Pandore avait été ouverte, et rien ni personne ne pourrait la refermer…
La violence n'avait gagné que de nouvelles armes, et ce à cause de lui.
C'est alors que le Sage découvrit par hasard l'existence des mondes parallèles. Après de nombreux essais infructueux, il réussit à pénétrer dans notre monde, qu'il vit comme une seconde chance.
Ce monde était encore vierge au sens où il ne connaissait pas le Ninjutsu. Bien entendu, la guerre y était déjà partie prenante, mais le Sage gardait espoir. Il décida alors d'user de nouvelles méthodes. Il laissa de côté la puissance du Ninjutsu et jeta son dévolu tour à tour sur le pouvoir de la foi et sur les idées.
Il décida d'élever certains hommes au statut de héros, afin que le peuple s'unisse autour d'eux, et que les guerres entre clans cessent. Mais cette méthode était limitée dans le temps et dans l'espace, et il utilisa un autre procédé, plus discret mais non moins puissant.
Le Rikudô Sennin décida ainsi de diffuser une idée. Une idée qui pourrait subsister, se transmettre rapidement et facilement, et surtout, une idée qui pousserait l'homme vers le bien et le pacifisme.
C'est ainsi que le Rikudô Sennin créa les religions de notre monde. A l'aide du Ninjutsu, il accomplit certains miracles pour que l'idée s'enracine, et qu'elle puisse ensuite se diffuser.
Cependant, le Sage des six Chemins devait retourner dans son monde, pour une raison simple : En temps que jinchuuriki de Juubi, il ne pouvait se permettre de changer de plan trop longtemps, sans quoi Juubi risquait d'être cloné, ce qui engendrerait une série de catastrophes sans pareilles.
Le Rikudô Sennin créa alors des prophètes, pour lancer et diffuser ces idées à sa place. Ces prophètes, comme Jésus, Mahomet, ou Moïse se sont vus initiés au Ninjutsu dans des fins bénéfiques pour l'humanité, avec interdiction de dévoiler leurs secrets.
Cependant, il arriva qu'un prophète puisse atteindre un stade plus élevé encore. Celui d'élu. Qu'est-ce qu'un élu ? C'est l'aboutissement total d'un prophète. La plupart des prophètes échouent, et se révèlent incapables de mener à bien leur mission, mais certains parviennent à ce stade. Cependant, pour devenir un élu, il faut d'abord perdre la vie.
Mourir puis renaître, en temps qu'élu.
Par exemple, il y a deux mille ans, le Rikudô Sennin en personne a lancé un Genjutsu sur un dénommé Judas, le forçant à trahir Jésus. Ce dernier a alors été condamné puis crucifié et le sage des six chemins est venu boucler la boucle… Il a transpercé Jésus de sa lance, le tuant sur le coup. Quelques jours plus tard, le Sennin l'a ensuite ressuscité en utilisant le jutsu que j'ai utilisé aujourd'hui pour te ramener à la vie.
L'avènement de Jésus en temps qu'élu, et la création de la religion chrétienne aurait dû conduire les hommes à la paix. Mais une fois de plus, le Sage des six chemins a été naïf. L'Eglise a été pervertie, et a échoué dans ses enseignements, à l'instar des autres religions. L'homme n'a pas changé. L'homme continue de faire la guerre. Et toi, Karasu, tu as à ton tour reçu cette mission, celle de ramener la paix dans ce monde, et dans les autres. Et comme les autres élus, tu n'y parviendras pas.
Le vieillard se tut un moment, puis reprit :
- Cependant, comme tu le sais, un mal plus concret menace aujourd'hui notre monde. Son nom est Uchiha Madara. Ta première mission sera d'accomplir la Prophétie et de vaincre Madara, dans ce monde et dans l'autre. Car tu es l'élu. Itachi est mort, Karasu renaît. Et ce Karasu doit sauver ce monde, et l'aider à grandir.
Sur cette ultime phrase, Karasu ouvrit à nouveau les yeux, et un sourire sans joie se dessina sur se lèvres :
- Je sais désormais que je suis l'élu, comme si je l'avais toujours su. Mais comment vais-je pouvoir tuer Madara dans cet état ? Aveugle, je suis impuissant…
- Tu n'as pas changé, Karasu. Toujours aussi pessimiste ! fit une voix moqueuse qu'il connaissait très bien.
- C'est… impossible… balbutia Karasu en se relevant.
Soufflé, il s'approcha de l'endroit d'où venait la voix. Agitant ses mains devant lui, il finit par toucher le fin textile d'une cape, et l'agrippa de toutes ses forces.
Son autre main se posa à son tour sur le vêtement, et entreprit de le gravir, jusqu'à ce qu'elle touche le visage de l'inconnu. Ce dernier frémit à ce contact, mais Karasu n'en tint pas compte. Il palpa le menton, le nez, de l'homme qui lui faisait face, et lorsque ses doigts sentirent les fossettes rieuses au coin des lèvres, il se figea à nouveau.
- Shisui… C'est vraiment toi ?
- Et oui, lui répondit son ami en rigolant. Plutôt que de faire mumuse avec mon visage, tu aurais pu te contenter de me le demander. Après on va s'imaginer des trucs…
Karasu se dérida enfin, savourant une chose qui lui avait longtemps manqué. L'humour de Shisui.
- Mais comment est-ce possible ? murmura-t-il soudain à l'adresse du Rikudô, alors qu'il reprenait peu à peu le sens des réalités.
- Je l'ai vu mourir, de mes propres yeux !
- Et de ta propre épée, ajouta Shisui d'une voix narquoise.
Karasu était totalement perdu. Peut-être était-il mort finalement, où peut-être avait-il totalement perdu la raison…
- Tu n'as pas tué Shisui, Karasu… C'est moi qui te l'ai fait croire, avoua la réincarnation du Sage des six chemins. Assieds-toi, je vais tout t'expliquer.
Bien que sa fatigue eut presque totalement disparu, Karasu s'exécuta, pendant que Shisui s'allongeait dans l'herbe à côté de lui.
- Lorsque vous vous êtes battus contre Madara dans la grotte, il y a quelques années, j'étais là, entonna le détenteur du Rinnegan. Sans que vous vous en rendiez compte, j'ai utilisé mon genjutsu le plus puissant pour que Madara et toi soyez convaincus de la mort de Shisui. J'ai ensuite amené ce dernier en lieu sûr…
- Dans une vieille bâtisse moisie où j'ai dû rester cloîtré pendant plus d'une année. Le pied… le coupa Shisui d'un air sombre.
Le Rikudô lui jeta un coup d'œil réprobateur, puis reporta son attention vers Karasu.
- Tu te demandes sans doute pourquoi j'ai agit ainsi ?
L'élu baissa la tête.
- Effectivement, mais je pense avoir compris. Le Mangekyou, n'est-ce pas ?
- En partie, concéda le Rikudô Sennin. En te faisant croire que tu avais tué ton meilleur ami, j'ai éveillé ton Mangekyou sharingan. Et ce dans un seul but. Que tu sois assez fort pour survivre jusqu'ici, et ainsi devenir l'élu.
Karasu opina du chef. A cause du vieillard, il avait dû vivre avec un poids pendant tout ce temps, celui d'avoir provoqué la mort de Shisui. Mais étrangement, il ne lui en voulait pas. Le Rikudô avait fait tout cela pour la Prophétie, et donc pour le bien de l'humanité.
- Vous avez dit en partie… Il y a donc autre chose ? demanda subitement Karasu.
Le Sage des six chemins parut assez embêté.
- Karasu, je dois t'avouer que j'ai passé mon temps à te manipuler pour arriver à mes fins. Et la mort de Shisui était nécessaire pour plusieurs raisons. Sans le Mangekyou sharingan, tu n'aurais pas pu protéger tes amis ce soir. Mais ce n'est pas tout. Pour que tu deviennes l'élu, il fallait que tu te sacrifies, Karasu. Par cet acte, ton âme a grandi, et tu es devenu digne de renaître.
- Je ne vois pas de rapport avec Shisui, rétorqua Karasu en se frottant le crâne, pensif.
- Lorsque Madara a été sur le point de tuer Naruto, tu as crié de toute ton âme pour l'en empêcher. Et pourquoi ?
- Car je ne voulais pas perdre à nouveau mon meilleur ami… Je connaissais désormais la douleur que cela provoque. C'était donc pour ça… ajouta ensuite Karasu pour lui-même.
Il leva ses yeux vides vers la Lune. Il ne la voyait pas, mais savait qu'elle était là. La création du Rikudô, dans ce monde et dans l'autre.
- Cependant, j'aurais agi de même si je n'avais pas perdu Shisui ! Je n'aurais jamais abandonné Naruto ! s'insurgea-t-il soudain.
- Pas sciemment, c'est certain. Néanmoins, tu aurais hésité une seconde de trop. Crois-moi, je le sais. Si tu n'avais pas assisté au décès de Shisui, Benjamin serait mort à l'heure qu'il est.
Karasu décida de lui faire confiance. Après tout, il s'en moquait. Tout ce qui comptait, c'était que ses deux meilleurs amis soient vivants.
C'est alors qu'il repensa à la bataille qui s'était déroulée quelques heures plus tôt. Tout cela lui semblait pourtant si lointain !
- Et Naruto ? Et mes amis ? Que sont-ils devenus ?
Le teint du Rikudô s'assombrit.
- Madara a utilise le deuxième parchemin pour en faire ses esclaves.
Horrifié, l'élu se redressa, prêt à combattre, mais le vieillard le stoppa d'un geste.
- Non. Si tu vas l'affronter maintenant, tu mourras. Tu n'es pas encore assez fort, tu n'es pas encore devenu ce que tu dois être. Pour cela, tu va devoir t'entraîner, Karasu, et laisser tes amis pendant un moment.
L'élu ouvrit la bouche mais le Rikudô le coupa, anticipant sa remarque.
- Je sais que c'est dur pour toi, et que ton cœur te hurle de te porter à leur secours. Cependant, tu condamnes l'humanité à la nuit en mourrant aujourd'hui.
Karasu finit par se rendre aux arguments du Rikudô Sennin, une fois que ce dernier lui ait formellement garanti que Naruto et ses amis pourraient un jour retrouver leur liberté et qu'ils ne risquaient rien pour l'instant.
Soudain, voyant que les premières lueurs de l'aube commençaient à poindre, le Sage prit l'élu et son ami par les épaules.
- Shisui, veille bien sûr lui pendant son entraînement. Il aura besoin de tes yeux… Du moins au début.
L'Uchiha acquiesça, les yeux pleins d'émotion. Durant cette longue année d'enfermement, il avait appris à apprécier le vieillard. Et il devait à présent lui dire adieu.
- Adieu mes amis, ajouta alors le Rikudô Sennin. Je crois en toi, Karasu.
Sur cette dernière déclaration, les deux amis disparurent sans que le Sage eut fait un seul geste. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus besoin de composer de mudras…
Moins d'une minute plus tard, le Rikudô Sennin entendit des bruits de pas derrière lui.
« Comme prévu » se dit-il en dissimulant un sourire de satisfaction. Madara était trop prévisible… Le Sage aurait mis sa main à couper que l'Uchiha se lèverait tôt pour aller voir la tombe d'Itachi. Nostalgie, regret, vantardise, ou fierté. Autant de raisons de se rendre auprès de son vieil ennemi désormais décédé.
« Je suis prêt, j'ai fait ce que j'avais à faire, et je dois partir à présent. Croire en Karasu… C'est la seule chose que je puisse faire désormais.»
Le vieillard abaissa son capuchon rouge, et se tourna avec résolution vers celui qui allait le tuer.
- Incroyable… souffla Shisui. C'est vraiment magnifique.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Karasu. Il ne s'était pas encore habitué à sa cécité complète et enrageait d'être incapable de voir le paysage que contemplait son ami.
- Des montagnes enneigées sous un ciel bleu comme le saphir, résuma Shisui.
Karasu s'efforça de se représenter le tableau, puis lui demanda :
- Et où sommes-nous ?
- Au temple des Nuages, d'après le vioque. Quelque part au milieu de l'Himalaya. C'est d'ailleurs pour ça que ça caille autant.
- Oui, ça je peux le sentir par contre… rétorqua Karasu avec mauvaise humeur.
Voyant cela, Shisui se permit un des sourires dont il avait le secret. Finalement, élu ou pas, Karasu restait la personne qu'il avait connue.
- Tu t'entraîneras ici pendant deux ans, lui révéla Shisui.
Karasu ne jugea pas utile de discuter. Même s'il voulait sauver ses amis au plus vite, une voix dans son for intérieur lui intimait la patience. Lui qui refusait de croire au destin n'était déjà plus maître du sien.
Plus de deux ans plus tard
Shisui revêtit son kimono préféré, un splendide habit noir parsemé de reflets bleutés. Il s'enroula ensuite dans une cape de même couleur, puis vérifia sa sacoche de ninjas. Tout le nécessaire y était. Il était prêt à partir.
Un grand sourire béat imprimé sur le visage, il sortit de sa chambre en courant à la recherche de Karasu.
- Karasu ! s'exclama-t-il en galopant dans les couloirs du temple.
Ce dernier était à la fois spacieux et somptueux, et Shisui remerciait chaque jour les moines qui les y hébergeaient, sur recommandation du Rikudô. Vu du ciel, le temple avait une forme carrée au centre de laquelle se tenait un jardin en plein air. Autour du jardin, les moines marchaient sous une toiture ondulée de style chinois. Shisui était vite tombé amoureux de ce lieu paisible, qui avait néanmoins cessé de l'être une fois que l'excité y avait élu domicile.
Cependant, les moines avaient tissé des liens affectifs avec les deux jeunes hommes, en particulier Karasu. Ce dernier s'était révélé très intéressé par la voie du zen et avait vite fait preuve d'une sagesse extraordinaire pour son âge.
Lorsque Shisui déboula dans le parc central, il poussa un cri de contentement.
- Lao Xin ! Mon vieux, tu n'aurais pas vu Karasu ?
Les deux ninjas, dans leur volonté de s'intégrer, avaient rapidement appris à parler un chinois acceptable, afin de se faire comprendre de leurs hôtes.
- Oui, il se trouve à la porte du Temple, devant le gouffre de Tsé Yan. Mais j'y pense, vous partez aujourd'hui n'est-ce pas ?
Shisui opina du chef, et Lao Xin se rendit à l'intérieur pour prévenir ses frères.
Karasu était assis, suspendu dans les airs à une dizaine de mètres du sol. Les yeux clos, il jouait de la flûte, indifférent à tout ce qui l'entourait. A l'écoute de l'air mélodieux mais triste, Shisui reconnut le talent de son ami, qui avait appris à jouer de l'instrument quelques semaines auparavant.
Lorsque Shisui se fut rapproché de lui, Karasu rangea sa flûte, et redescendit vers le sol, sur lequel il atterrit en douceur.
- Shisui… Tu voulais me parler ?
- Je te rappelle que nous partons aujourd'hui, se contenta de répondre son ami.
- Comme si j'allais oublier ça…
Karasu releva la capuche de sa cape blanche et se tourna vers le cortège de moines qui s'avançait vers eux.
Au terme d'adieux touchants où de nombreuses larmes furent versées, les deux shinobis prirent finalement congé des moines, sans regarder derrière eux.
Shisui, de temps à autre, regardait le visage de son ami, à la recherche d'une émotion quelconque. Mais rien. L'élu était étonnamment calme.
« Ce séjour chez les crânes rasés l'a pas mal changé » songea Shisui en souriant à nouveau, la tête levée vers le soleil.
Il bifurquèrent vers la gauche, et le Temple fut définitivement hors de vue.
Une pensée fit à nouveau sourire Shisui.
- Dis Itachi je me disais…
- Karasu, corrigea l'élu, sur un ton doux mais ferme.
- Oui enfin bref, figure-toi que j'ai utilisé le jutsu du phénix quand j'ai combattu les deux trous de balle de Madara. Et ça m'a fait penser à un truc amusant : Ton jutsu préféré était un phénix, et tu as ressuscité de tes cendres, en quelque sorte. Tu crois que l'on peut y voir comme un signe ?
- Peut-être bien, admit Karasu.
Lorsqu'ils se furent suffisamment éloignés, Karasu abaissa son bandeau noir pour cacher son infirmité, et invoqua rapidement une canne blanche. En effet, un aveugle se déplaçant sans aucune difficulté aurait sans aucun doute attiré l'attention.
Une fois ces derniers préparatifs accomplis, l'élu fit signe à Shisui, qui comprit le message tacite.
- Ça tombe bien, j'avais la flemme de marcher jusqu'à Tokyo…
Un micro-sourire se dessina sur les lèvres de Karasu, avant de se dissiper aussitôt.
Il posa alors sa main sur l'épaule de son ami et tous deux disparurent dans un étrange vortex.
Lorsqu'ils furent à l'entrée de la métropole, Shisui prit Karasu à part.
- Bien, comme je te l'ai déjà dit, je dois aller voir quelques personnes, histoire de leur faire savoir que je suis en vie. Après la mort de mes parents, j'ai coupé les ponts avec tout le reste de ma famille, et j'ai décidé de reprendre contact. Je leur doit aussi la vérité sur ce qui est arrivé à mon père… Quoiqu'il en soit, j'imagine le choc que ça va être après autant d'années… Mais je me fais peut-être des idées. Bref, continua Shisui sans reprendre son souffle, je propose que nous nous donnions rendez-vous au nouveau quartier général de Fuki à trois heures de l'après-midi. A toute à l'heure !
Karasu secoua la tête en souriant. Ce type était un vrai ouragan.
Lorsque Shisui fut parti, Karasu se rendit à l'arrêt de bus le plus proche. Il ne savait pas ce qu'il allait faire pendant ces quatre heures à tuer, et avait par conséquent décidé de prendre le bus jusqu'au centre-ville, où il errerait au hasard jusqu'à l'heure du rendez-vous. L'élu avait beau sembler calme et reposé, l'angoisse demeurait présente dans son cœur. Où était donc Naruto ? Il les avait cherchés, lui et Minato au cours de ces deux longues années, sans aucun résultat. On aurait dit que les deux shinobis avaient disparu de la surface du monde. Cependant, son instinct lui disait que son ami était vivant, et qu'il le retrouverait bientôt.
De retour à la réalité, Karasu décida de prêter attention aux bruits qui l'entouraient. Ces quelques heures de temps libre allaient lui permettre de voir ce qu'était devenue Tokyo sous l'ère Madara…
