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Une guerre est juste quand elle est nécessaire (Machiavel)


Bercé par la conduite du bus, les yeux clos sous son bandeau noir, Karasu avait fait le calme dans son esprit et s'ouvrait aux autres. Toutes leurs émotions pulsaient si fort qu'il s'étonnait d'être le seul à en avoir conscience. Et parmi ces émotions, force était de constater que la tristesse et la peur prédominaient. Le monde de Madara leur garantissait certes une relative sécurité, mais ça ne suffisait pas à leur bonheur. Après tout, on avait beau être en sécurité dans une prison, peu de gens faisaient la queue pour y aller…

Hitler avait sacrifié les Juifs et par cela même avait amélioré les conditions de vie des autres, en réduisant le chômage notamment. Madara n'avait pas été aussi abominable puisqu'il n'était pas allé jusqu'au génocide pour asseoir son autorité, mais de ce fait la vie du peuple Japonais était devenue très dure, bien plus que celle qu'avait pu connaître l'allemand lambda à la fin des années trente.

Le soi-disant boom économique de l'ère Fukkou n'était qu'un mensonge porté aux nues par les médias dans une optique de propagande et de désinformation. En dépit de la grande intelligence de l'empereur, l'ère Madara était un désastre à tous points de vue, militaire excepté, et Karasu savait pourquoi. La négligence et le désintérêt… Madara n'avait cure du présent et tout son esprit était tourné vers la Lune.

Soudain, l'élu perçut un changement dans les émotions qu'il ressentait autour de lui. La peur s'accrût soudainement, au moment où deux nouvelles personnes entraient dans le bus.

Karasu les sonda rapidement, et leur mépris fut comme une brûlure pour son esprit. Deux ans passés dans les montagnes lui avaient fait oublier à quel point l'homme pouvait être mauvais. Et en la personne de ces deux individus, il avait affaire à un parfait échantillon du pire de l'humanité.

- Regardez-moi cette bande de pouilleux, se gaussa le premier. J'ai horreur de prendre le bus, ils sont toujours pleins à craquer.

- Tu sais bien que c'est obligatoire, Kougo, lui répondit son compère. Prendre le bus fait partie de notre patrouille quotidienne.

Le dénommé Kougo ne répondit rien, et jeta un bref coup d'œil aux passagers apeurés. La Patrouille de Tokyo faisait toujours cet effet là. Ils étaient le fleuron de la police japonaise, un corps d'élite sélectionné pour maintenir l'ordre à Tokyo. A cause de Fuki, la capitale était en effet plus sujette aux mouvements de foule et une police efficace était nécessaire. Mais les membres de la Patrouille de Tokyo était également célèbres pour leur brutalité et leur absence totale de principes.

- Eh, toi, l'infirme ! Il ne te serait pas venu à l'idée de te lever pour me laisser ta place ? cracha le dénommé Kougo. Comme si un aveugle pouvait profiter de la vue de toute façon…

Karasu fit mine de ne pas l'entendre et resta prostré sur son siège, le visage tourné de moitié vers la fenêtre.

- L'enfoiré… En plus d'être aveugle, tu es sourd, c'est ça ? Bon sang… Parce que des milliers d'abrutis se sont mis en tête de se rebeller contre sa majesté l'Empereur, vous autres vermisseaux vous croyez de taille à nous résister ?

Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Karasu.

- Vous êtes donc conscients qu'ils se préparent à la révolte, et vous ne faites rien pour les en empêcher ? La Patrouille de Tokyo ne serait qu'un ramassis de trouillards ? dit-il sur un ton railleur.

Il sentit les autres passagers du bus s'éloigner encore un peu plus de lui, tandis qu'une veine battait dangereusement sur le front de Kougo.

- Comment oses-tu… Impertinent ! explosa-t-il. Nous sommes la meilleure police du pays, mais nous ne sommes que trois cents, et ils sont trois mille en face ! Il n'y a pas de honte à…

- Du calme Kougo, tu n'as pas à te justifier devant ce rebut, intervint l'autre policier. Nous allons lui faire payer son impudence, et les mots ne seront pas suffisants pour ça !

Comme un seul homme, lui et Kougo dégainèrent un petit sabre. Leurs mouvements ne laissaient pas de place au doute : ils avaient reçu une formation de ninja.

Sans plus attendre, ils se précipitèrent sur Karasu, toujours assis sur son siège et qui les ignorait royalement. L'élu ne réagit qu'au dernier moment et leva sa main droite.

Les deux policiers cillèrent en constatant que l'aveugle avait intercepté les deux katanas d'une seule main. Ils se dégagèrent brusquement, et firent un pas en arrière.

- Appelle le poste, qu'ils nous envoient du renfort. Vu son niveau, ça pourrait être un ninja de Fuki…

- Arrêtez.

Karasu se mit debout et ôta son capuchon ainsi que son bandeau, laissant Kouko, son acolyte, et le reste des passagers sans voix.

Devant eux se trouvait l'Empereur en personne !

D'abord pétrifiés, les policiers se confondirent ensuite en excuses, baragouinant des phrases inaudibles où revenaient régulièrement les termes « désolé », « méprise » et « honneur ».

- Je vous pardonne, et je suis même fier de constater que vous faites votre travail, et que quoiqu'il arrive, vous ne vous laissez pas marcher sur les pieds. Continuez ainsi !

Sur ce, l'Empereur se rassit, non sans ajouter d'une voix doucereuse :

- Partez, maintenant.

Les deux hommes ne se firent pas prier et déguerpirent sans demander leur reste, trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Quelle chance que l'Empereur ait été de si bonne humeur ! En temps normal ils auraient trouvé la présence du chef d'état dans ce simple bus tout à fait étrange, voire suspecte, mais ils étaient trop soulagés pour ça. Et puis le chef a ses raisons que le larbin ignore…

Karasu les regarda détaler avec un amusement non feint. Même sans son sharingan, ses genjutsus restaient efficaces. Lever la main n'avait pas servi qu'à bloquer leurs armes, il en avait profité pour plonger les passagers du bus dans une illusion qui remplaçait son visage par celui de l'Empereur.

Se débarrasser de ces imbéciles par la force aurait été incroyablement simple, mais inutile. Il ne devait pas dévoiler ses pouvoirs pour le moment.

Las d'être la cible de tous les regards, Karasu descendit à la station suivante et se fondit dans la foule. L'heure du rendez-vous approchait et il en avait « vu » plus qu'assez, sa résolution de détruire Madara était plus forte que jamais.

Kushina se réveilla en sursaut et saisit instinctivement un kunai pour se mettre en garde. Lorsqu'elle réalisa qu'elle menaçait de son arme une malheureuse table basse, elle se calma et rangea son arme. La rousse fit l'effort de garder ouverts ses yeux rougis par le sommeil, et dut cligner par deux fois pour y voir clair. Au moment où son regard se faisait fixe et que le sommeil la submergeait à nouveau, elle perçut le bruit de la sonnette, qu'elle présuma coupable de l'avoir tirée de son sommeil. Un crime impardonnable, compte tenu du fait qu'elle s'efforçait de récupérer de sa nuit blanche avant le combat…

Kushina réunit tout son courage pour quitter le confort du canapé et consulta la liste qui se trouvait à côté d'elle.

« Bizarre… » pensa-t-elle en parcourant le document. A chaque fois qu'un ninja sortait du QG, il avait pour obligation de marquer son nom sur ledit document, qu'il barrait à son retour. Or, tous les noms étaient barrés.

Elle frissonna.

Si tous les membres de Fuki étaient à l'intérieur, alors qui était en train de sonner ? Ce ne pouvait être Roberto, puisque ce dernier leur avait dit qu'il ne quitterait pas son église avant le début des hostilités.

Plus vive que jamais, la kunoichi bondit dans l'escalier et fit irruption dans la salle de surveillance où Han était en train de roupiller. C'était bien le genre de la maison.

- Debout feignasse ! Quelqu'un sonne à la porte, et j'aimerais l'avoir en visuel…

- Ecran huit… parvint à articuler Han avant que ses yeux cernés ne se referment.

Kushina trouva l'écran en question et fronça les sourcils. Personne, il n'y avait absolument personne devant la porte. Et pourtant, elle entendait la sonnette d'ici…

Intriguée, elle redescendit l'escalier et marcha jusqu'à la porte d'entrée, non sans avoir auparavant prévenu Han qu'il s'agissait de l'homme invisible.

Après une courte hésitation, elle ouvrit la porte, et cligna des yeux plusieurs fois en regardant devant elle. Comme indiqué par les caméras, il n'y avait pas un chat à cent mètres à la ronde.

Troublée, elle referma la porte et retourna vers le canapé. C'était probablement la sonnette qui débloquait, aussi étrange que cela puisse paraître. Ou un mystère qui ne serait jamais résolu…

Elle s'arrêta à mi-chemin du meuble confortable qui l'invitait à succomber à la fatigue qui l'accablait.

La sonnette. Elle s'était arrêtée au moment où elle avait ouvert la porte, et depuis, plus rien. Et si quelqu'un était entré à ce moment-là ?

Elle déglutit, et s'efforça de se rassurer en marmonnant à mi-voix :

- Utiliser le Genjutsu pour devenir invisible est réalisable, mais l'illusion est toujours détectable pour des ninjas confirmés. Or je ne ressens rien… Il n'existe pas de technique d'invisibilité aussi parfaite, c'est impossible…

- Pas impossible, improbable !

Kushina se figea. La voix -qui lui disait vaguement quelque chose- venait de derrière elle. Elle banda les muscles de ses cuisses, puis fit volte-face et sauta dans un même mouvement.

La femme qui était parvenue à contrôler le temps et à créer un des sceaux les plus complexes qui aient jamais existé s'écrasa lamentablement sur le sol.

- Oups, raté, gloussa à nouveau la voix, qui venait maintenant de sa droite.

Kushina serra les dents, son énervement allant croissant. Un homme invisible avait eu l'outrecuidance de la réveiller, et maintenant il s'amusait avec elle ?!

- Montrez-vous ! s'écria-t-elle alors que son aura augmentait, et que du chakra enveloppait ses poings.

- D'accord, d'accord, pas la peine de crier. Je ne voulais pas vous offenser…

Shisui annula son genjutsu, et réapparut sous les yeux de l'experte du Fuuinjutsu.

Kushina hoqueta en reconnaissant l'homme en noir, le fameux ninja extraordinaire qui leur avait sauvé la mise à deux reprises.

- Pas de quoi être surpris, voyons ! Je vous avais dit que je reviendrai aujourd'hui…

- C'est que… Nous n'étions pas sûr que vous le feriez. Toute cette histoire d'élu et de prophétie, il n'y a plus grand monde qui y croit à Fuki…

- Je vois. Et je suppose que vous n'avez pas confiance en moi, n'est-ce pas ?

Kushina garda les yeux rivés sur le visage de l'homme, ou plutôt à l'endroit où aurait dû se trouver ce dernier, puisqu'elle ne pouvait rien distinguer sous le capuchon noir de Shisui.

Une ombre anormale protégeait le ninja des regards.

- Enchantée de vous revoir en tout cas, même si j'aurais préféré que vous ne vous amusiez pas à jouer au caméléon, dit finalement Kushina en toute franchise.

Maintenant qu'elle avait retrouvé ses esprits, elle réalisait que l'homme en noir serait un renfort de poids dans cette guerre. Après tout, il avait tenu tête à Madara et à deux de ses gardes du corps…

- Je vous en prie. Et désolé pour ça, mais il faut avouer que c'était très amusant ! ajouta Shisui en éclatant de rire.

- Et comment avez-vous fait ? Je veux dire, comment êtes-vous devenu invisible ? C'est une technique héréditaire ?

Shisui la regarda comme si elle avait perdu la raison.

- Bien sûr que non, c'est un simple genjutsu. Quoi d'autre ?

Kushina ne répondit pas. Elle n'était pas sûre que quelqu'un à Fuki eut été capable de produire une illusion aussi parfaite. Sans compter que l'homme en noir avait même abusé les caméras, elle avait donc affaire à une illusion constante. Le type de genjutsu activé en permanence, et qui coûtait donc énormément de chakra.

- Je suppose que son utilisation doit être limitée dans le temps.

- Ouais. Je ne peux le garder actif que pendant trois heures, après je me déconcentre.

Kushina digéra l'information en silence. Une telle maîtrise du genjutsu était probablement sans précédent. On lui avait dit qu'Itachi avait été excellent dans ce domaine, mais elle doutait qu'il eût jamais pu arriver à la cheville de cet homme.

- Je suis étonné que vous ne posiez pas la question…

- Pardon ? Quelle question ?

Shisui eut à nouveau un petit rire.

- Et bien… Où est l'élu ?

Kushina ouvrit des yeux ronds. Obnubilée par cet homme, elle en avait complètement oublié l'élu. Décidément, le manque de sommeil ne lui réussissait pas !

- Et donc, où est-il ?

- Il arrive bientôt.

- Merci beaucoup pour cette réponse d'une rare précision. Il est censé « arriver bientôt » depuis pas mal d'années, votre élu…

Bien que les traits de son interlocuteur fussent indiscernables, il sembla à Kushina qu'une ombre passa sur son visage, et il n'ajouta plus rien. La remarque de la rousse l'avait semble-t-il énervé.

Kushina cherchait à moyen de relancer la conversation lorsqu'elle trouva le sujet idéal. Sasuke pensait que cet inconnu n'était autre que Naruto, et c'était le moment ou jamais pour en avoir le cœur net.

- Est-ce que c'est toi ? demanda-t-elle à mi-voix.

- Euh… oui, je crois. Il y a pas mal de choses qui clochent chez moi, mais je ne pense pas être schizophrène… répondit Shisui en riant sous cape.

- Non, je me suis mal exprimée. Voyez-vous, le meilleur ami de l'ancien chef d'Amaterasu a semble-t-il été tué, mais certaines personnes pensent qu'il est encore en vie. Et je voulais savoir si par le plus grand des hasards…

- C'est bel et bien moi. Mais je ne pensais pas qu'Itachi vous avait parlé de moi…

- Qu'est-ce que tu racontes ! s'enthousiasma Kushina. Tout le monde te connait ici, et sache que c'est un honneur pour moi de te rencontrer enfin. On m'a dit que tu étais un authentique maître du vent, doublé d'un parfait boute-en-train !

- Euh, et bien merci, je suppose… répondit Shisui en se grattant l'oreille. Et vous êtes… ?

- Kushina, la réincarnation de la mère de Naruto.

La kunoichi sembla attendre une réaction de la part de Shisui, mais l'expression de ce dernier ne changea pas d'un pouce.

- Enchanté !

Mais Kushina n'en resta pas là, et renchérit :

- On m'a dit qu'Itachi te tenait en haute estime, et que vous deux comptiez parmi les meilleurs de votre organisation…

- Moi, oui, mais Itachi était une énorme daube ! s'exclama Shisui d'une voix amusée.

Voyant que Kushina lui lançait un regard cuisant, il s'empressa d'ajouter :

- Je plaisante, je plaisante ! Vous n'avez pas le sens de l'humour à Fuki ?

- Autrefois peut-être, mais plus maintenant… Quoiqu'il en soit je ne pensais pas que tu rirais aussi facilement de ton défunt meilleur ami…

Shisui ne répondit rien. A force de l'ouvrir, il risquait de compromettre la couverture de l'élu, qui lui avait demandé de ne pas révéler son identité, du moins pour le moment.

- J'ai aussi appris que tu étais orphelin, comme Itachi ? Je suis vraiment désolée, lui dit finalement Kushina après un nouveau silence.

Cette fois-ci, son interlocuteur se raidit. Comment le savait-elle ?

- Cacher autant de douleur derrière un sourire est la preuve d'une grande force mentale. Je trouve ça admirable, mais tu devrais penser à toi de temps en temps…

Shisui plissa les yeux. Sa surprise avait laissé place à une certaine méfiance.

- Comment en savez-vous autant sur moi ? Vous êtes du clan Yamanaka ? Vous lisez dans mon esprit ?

- Mais pas du tout ! se défendit Kushina. Je le tiens des anciens d'Amaterasu.

Après un instant de doute, l'Uchiha hocha la tête. Le Seigneur des Corbeaux avait dû leur parler de lui, à l'époque, bien que ça ne lui ressemblât pas trop…

Shisui oublia bien vite ces tracas inutiles lorsqu'il sentit un autre chakra s'approcher.

- Ce type a plus de chakra que moi, constata Shisui à mi-voix. Je suppose donc qu'il s'agit de… Nagato ! Salut mon vieux !

Le chef de Fuki, qui glissait vers lui à l'aide de son fauteuil, haussa un sourcil.

- On se connait ?

- Absolument pas, pourquoi ? s'enquit Shisui en affichant un sourire rayonnant qui aurait ébloui les deux autres personnes présentes s'il n'avait été masqué par le genjutsu qui enveloppait son capuchon.

- Nagato n'aime pas trop les familiarités… glissa Kushina.

- Les… Une minute !

Shisui tira un petit dictionnaire anglo-japonais de sous sa cape, et se désintéressa totalement de ses hôtes, jusqu'à ce qu'il pousse un petit cri de satisfaction.

- J'y suis ! Familiarités… Voyons voir ça… Aaaaaah !

Quelques secondes plus tard, il fermait son livre, et reportait son attention sur Nagato.

- Désolé je suis encore une bille en anglais. Et pour les familiarités, je vais essayer de faire des efforts, vieux !

Nagato leva les yeux au ciel.

- Super, un hyperactif. Je crois que je préfère encore les glaçons comme Sasuke, les barges comme ce type ont tendance à me faciliter le transit intestinal.

Shisui pouffa de rire.

- Je t'aime bien, toi ! Sur ce, vous me faites visiter?

Le chef de Fuki lui lança un regard noir, et Shisui vit le Rinnegan étinceler à l'intérieur de ses orbites. Ces yeux lui rappelaient bien des souvenirs…

- Vous êtes le compagnon de l'élu, c'est bien ça ? demanda subitement l'héritier du Rikudô Sennin.

Shisui grimaça sous son capuchon.

- Son ami. Compagnon est un terme assez… ambigu, et je préfère ne pas laisser planer le moindre doute sur mon hétérosexualité ! s'exclama-t-il en faisant un clin d'œil à Kushina, qui rougit malgré elle.

- Et votre… ami, il arrive bientôt ?

- Absolument ! s'écria Shisui en levant le pouce.

C'est à ce moment-là qu'une dizaine de personnes les rejoignirent dans le hall. A l'exception d'Hidan, Shisui avait sous les yeux Fuki au grand complet.

- Ah au fait, j'allais oublier… Figurez-vous que notre invité n'est autre que Naruto ! s'exclama Kushina en désignant l'homme en noir.

- Mais… Absolument pas !

Tous, excepté Shisui, Hinata et Deidara avait sourit de toutes leurs dents, jusqu'à ce qu'ils entendent la réponse du principal concerné.

- Comment… commença Kushina, les mains sur les hanches.

- Je pense qu'il y a eu un quiproquo, répondit Shisui, car j'ai pas mal de points communs avec votre ami disparu. Si tu voulais éviter ça, tu aurais dû me demander directement si j'étais lui…

Shisui se sentit un peu coupable en lisant autant de déception sur les visages de ses hôtes.

- Bon bah… Désolé d'être moi.

Il ôta finalement son capuchon, révélant une chevelure d'ébène, des yeux de la même couleur et un sourire narquois.

- Uchiha Shisui, pour vous servir. J'espère que…

- C'est impossible ! l'interrompit Sasuke. Shisui était un ami de mon frère, et il est mort il y a longtemps. C'était à l'époque des Fils du vent, Itachi m'a dit qu'il l'avait tué par accident, à cause de Madara.

- Jolie leçon d'histoire mon ptit gars, le félicita Shisui en lui tapotant l'épaule. A un détail près cependant : je suis toujours vivant.

Sasuke, qui avait moyennement apprécié le « ptit gars » se dégagea assez brusquement.

- Et comment avez-vous fait pour tromper Madara et mon frère ?

- Genjutsu. A l'époque, j'étais déjà le meilleur dans ce domaine, mentit Shisui. C'est bon, l'interrogatoire est terminé ?

- Pas encore, rétorqua Sasuke en croisant les bras. Pourquoi avoir utilisé cette illusion si ce n'est par lâcheté ?

- Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat, dit platement Shisui.

- Vous avez abandonné mon frère, alors qu'il était en danger de mort !

- C'est faux !

Sasuke recula malgré lui, l'aura de Shisui s'étant amplifiée de façon extraordinaire. De toute évidence, l'Uchiha était capable de camoufler une partie de sa puissance pour ne pas attirer l'attention…

- Pour une certaine raison, je ne peux pas te donner de réponse pour l'instant, reprit Shisui plus calmement. Tout ce que je peux te dire pour l'instant, c'est que je n'ai pas choisi d'abandonner ton frère. J'y ai été obligé.

- Doucement Shisui, où est passée ta bonne humeur ? On dirait que revoir tes proches ne t'a pas fait du bien…

Tous les ninjas de Fuki réagirent comme un seul homme et dégainèrent sabre ou kunai avant de se retourner vers la nouvelle voix.

- J'ai connu accueil plus chaleureux, ironisa le nouvel arrivant.

L'homme vêtu de blanc venait de surgir de nulle part, et personne ne l'aurait remarqué s'il n'avait pris la parole.

Sidéré, Nagato rangea sa dague sans quitter l'élu de ses yeux si spéciaux. Si ce Shisui était capable de camoufler une grande partie de son aura, il n'avait visiblement pas la maîtrise de son comparse dans cet exercice. En effet, le chef de Fuki avait beau faire fonctionner son rinnegan à plein régime, il ne détectait pas de chakra, et, plus incroyable encore, pas de présence. Il n'émanait strictement rien de cet homme, et il ne distinguait qu'avec peine les genjutsus qu'il s'était tissé autour du corps.

- Ravi de voir que je ne suis plus la cible de toutes les attentions, ça devenait pesant, ricana Shisui. Et pour répondre à ta question, oui, ça s'est assez mal passé. Il faut croire que je n'avais manqué à personne… Bon ! Sur ce, les présentations. Tout le monde, je vous présente l'élu. L'élu, voici tout le monde.

L'information, qui n'en était pas vraiment une, fut accueillie dans le plus grand silence, jusqu'au réveil de Deidara.

- Et ben c'est pas trop tôt !

- C'est le moins que l'on puisse dire ! renchérit Hinata. Comment pourrait-on faire bon accueil à un planqué comme lui, arrivé comme une fleur après qu'on nous ait envoyé au casse-pipe pendant des années ?! Tout élu que vous soyez, vous n'avez rien accompli ! Vous n'avez pas souffert, vous n'avez…

- Ça suffit !

Tout au long du monologue d'Hinata, le visage de Shisui s'était progressivement décomposé, et une flamme avait peu à peu grandi dans la prunelle de ses yeux.

Il avait perdu son ton enjoué habituel et sa voix, déformée par la rage, était froide comme la glace lorsqu'il avait coupé la kunoichi.

- Vous… ne savez… rien. Absolument rien de lui, de ce qu'il a traversé, des raisons qui l'ont poussé à ne pas intervenir. Je croyais avoir mis les choses au point la dernière fois…

Nagato pensait les connaître, ces raisons, et elles pouvaient probablement être résumées en un mot : prophétie. Encore et toujours les conditions de cette maudite prophétie, qui l'avaient empêché de se joindre au combat avant la mort de son maître.

- Calme-toi, Shisui, nous ne sommes pas là pour nous battre. Fuki.

Pour la première fois, l'élu s'adressait directement à ses hôtes, qui tendirent l'oreille malgré la rancœur qui les tenaillait.

- Je comprends votre colère et je suis prêt à l'affronter, mais pas maintenant. Si je suis venu aujourd'hui, c'est en temps qu'allié, afin que nous joignions nos forces et parvenions à vaincre Madara.

- Vos forces, c'est-à-dire deux hommes ? railla Deidara.

Karasu ignora l'interruption et continua son laïus.

- Le choix vous appartient. Vous pouvez m'affronter maintenant et perdre toute chance de voir vos enfants grandir dans un monde libre, ou garder vos forces pour la guerre qui s'annonce.

- Il a raison, intervint Nagato. Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser l'aide de ninjas aussi puissants.

Les autres ninjas de Fuki finirent par se ranger à son avis, et les deux shinobis rejoignirent officiellement ce qui était devenu « la grande armée de Tokyo ». Une armée qui comptait bien peu de ninjas expérimentés, mais dont les trois mille cœurs battaient à l'unisson et scandaient leur désir de liberté.

- C'est bien beau tout ça, mais qui êtes-vous exactement ? Vous avez bien un nom ? demanda Sakura qui parlait pour la première fois.

Karasu frémit, mais Shisui fut le seul à le remarquer.

- Mon identité n'a aucune importance, répondit finalement l'élu.

- Donnez-nous quand même un nom, même un pseudo. Vous appeler « l'élu », c'est vraiment trop pompeux.

- Appelez-le John Smith, et on en parle plus, ricana Shisui. T'es d'accord John ?

Karasu sembla le fixer, et le sourire de Shisui s'agrandit.

- Il est d'accord.

- Quand bien même, comment pourrions-nous faire confiance à une homme qui ne nous montre pas son visage ? C'est ridicule. Même moi je peux voir que vous êtes recouvert de genjutsus des pieds à la tête… continua Sakura.

Shisui se pencha vers Karasu et lui susurra :

- Elle est pas chiante ta copine…

L'élu lui donna un coup de coude, mais par bonheur personne n'avait entendu la remarque de son ami bien trop bavard.

- Il utilise même un genjutsu pour modifier sa voix, ajouta Sasuke. J'ai beau le voir avec mon sharingan, impossible de passer outre. Ces deux-là maîtrisent le Genjutsu à la perfection.

- Et ouaip je suis le meilleur en Genjutsu ! se vanta Shisui en levant un poing vainqueur vers le plafond.

Les lèvres de Sasuke se retroussèrent en ce demi-sourire caractéristique que ses amis connaissaient si bien. Lorsque l'Uchiha faisait cette tête-là, c'était lorsqu'il affrontait Naruto, son rival de toujours.

- Dans ce cas, tu n'auras rien contre un duel de Genjutsu ? Si je gagne, ton pote dissipe toutes ses protections et nous révèle sa vraie identité.

Shisui glissa un regard vers Karasu, qui donna son accord. De toute façon, il était inconcevable que Shisui puisse perdre à ce jeu-là.

- C'est d'accord, je suis partant ! Et si c'est moi qui gagne ?

- Tout ce que tu veux, de toute façon je ne perdrai pas, rétorqua Sasuke d'une voix assurée.

- Mais c'est qu'il serait sûr de lui le petit ! Quoiqu'il en soit, je n'ai besoin de rien, et ma victoire est tellement certaine que te réclamer quelque chose en échange serait une sorte d'escroquerie, sourit Shisui.

Sasuke lui décocha un regard brûlant, et le sourire de Shisui augmenta en conséquence.

Contrairement à Nagato, qui poussa un long soupir.

- Et dire que nous ne sommes qu'à quelques heures de la bataille qui décidera du sort de l'humanité…

- Bah, laisse-les… Nous avons encore quelques minutes à tuer et nous nous sommes assez entraînés, lui dit Sasori. De plus, quitte à accepter dans notre armée ces deux ninjas dont on ignore tout, autant voir ce qu'ils valent, non ?

Nagato haussa les épaules.

- Ce Shisui est capable d'utiliser un genjutsu pour devenir parfaitement invisible, à tel point que je suis incapable de le détecter. Sasuke n'a aucune chance, j'en ai peur…

- Je n'en serais pas aussi sûr, à ta place, le contredit Sasori en croisant les bras, ses fines lèvres retroussées en un petit sourire. Sasuke s'est beaucoup entraîné ces derniers temps, et ça a été payant.

Nagato lui lança un regard interrogateur, auquel Sasori ne répondit pas.

Le chef de Fuki eut sa réponse quelques instants plus tard, lorsque Sasuke ouvrit les yeux, prêt à en découdre. Tous les résistants sursautèrent en voyant la pupille de l'Uchiha.

- Impressionnant ! Je ne savais pas que tu avais développé le Mangekyou Sharingan, mon ptit gars !

Shisui se tourna à demi vers Karasu, et s'aperçut que ce dernier était tout aussi surpris que lui. Mais outre la surprise, il émanait de lui une grande inquiétude.

- C'est dangereux, Uchiha Sasuke. Tu sais ce qui t'attend si tu utilises cette pupille…

Sasuke tourna la tête vers l'élu, tout content d'avoir l'occasion de lui en boucher un coin.

- Pas pour moi. A force d'entraînement, j'ai réussi à obtenir ce Dôjutsu sans tuer mon meilleur ami, et il n'est pas porteur de la malédiction habituelle.

Karasu digéra l'information en silence. Alors comme ça, son frère avait réussi à développer son sharingan de la plus belle des manières, tout comme Kakashi l'avait fait dans l'autre monde…

- Kakashi, enfin Amertume, est capable d'utilise son Mangekyou sans abîmer sa vue, et pourtant il a tué son meilleur ami, releva Hinata.

- Exact, répondit Hashirama. De toute évidence, il existe deux moyens pour développer le kaléidoscope sans en affronter de graves conséquences : se faire implanter un Sharingan ou s'entraîner comme l'a fait Sasuke. Le Kakashi de l'autre monde a même fait les deux !

- Quel genre d'entraînement as-tu suivi pour arriver à un tel résultat ? demanda l'élu à son frère.

- Hum… Un entraînement physique et au Ninjutsu, mais aussi un entraînement mental, en quelque sorte. J'ai cultivé ma tristesse et je me suis convaincu que j'avais une part de responsabilité dans la mort de mon frère. Après tout, si j'étais resté au château, j'aurais peut-être pu le sauver, lui et beaucoup d'autres.

- Itachi n'aurait pas pu être sauvé, le corrigea Karasu. On m'a dit qu'il était gravement malade au moment des faits.

- Mais il aurait pu vivre plus longtemps. C'était mon frère, et le côtoyer une minute de plus aurait été sans prix.

Karasu resta sans voix, et Shisui prit le relais.

- Bon, on y va Sasukette ? Je vais te remettre à ta place toi et ton Mangekyou.

Et sans signe avant coureur, toute lumière s'évanouit. Toutes les personnes présentes exceptées l'élu et Nagato avaient été plongées dans le genjutsu de Shisui sans en avoir conscience.

« C'est le genjutsu du Shodaime Hokage… Kokuangyou no jutsu (la plongée dans les ténèbres). » réalisa Sasuke avec une certaine appréhension.

Shisui s'avança à pas lents vers Sasuke, sûr de sa victoire, lorsqu'il sentit son illusion s'étioler puis disparaître. Le frère de Karasu n'avait pas fait que résister au genjutsu, il l'avait complètement anéanti, de telle sorte que tous les ninjas de Fuki furent débarrassés de cette nappe d'obscurité.

- Merci Sasuke, lui lança Hinata, dont la nyctophobie était bien connue de ses amis.

L'Uchiha lui répondit par un sourire crispé. Il avait rencontré quelques difficultés pour dissiper l'illusion, et il était plus que probable que Shisui n'ait pas encore donné la pleine mesure de ces capacités.

Shisui sourit en voyant le genjutsu que lui avait concocté l'Uchiha.

- Tsukiyomi, rien que ça…

Il vit une centaine de Sasuke s'avancer vers lui, le kunai au clair, et il donna libre court à sa déception.

- J'ai comme un air de déjà vu, releva Shisui sur un ton narquois. Quel manque d'imagination, je vous jure…

Les doubles de Sasuke gardèrent le silence et s'approchèrent de Shisui pour l'embrocher.

Mais au moment où ils allaient l'atteindre, un champ de force bleuté apparut devant eux. Un des doubles donna promptement un coup dans le bouclier d'énergie et paya immédiatement le prix de sa témérité.

Ce fut une horde de Sasuke médusés qui vit un des leurs disparaître du monde dans lequel ils avaient un contrôle absolu.

- Comment peux-tu créer quelque chose dans cette dimension ? Tu n'as pas…

- Pas quoi ? le coupa Shisui. L'imagination n'a aucune frontière, Sasuke. Quelque soit l'endroit dans lequel tu te trouves, tu as toujours le pouvoir de créer.

Shisui leva ensuite les deux bras, et son adversaire le vit s'élever dans les airs. Shisui avait tout simplement aboli les lois de la physique, en ces lieux où l'esprit humain était roi.

Shisui ferma ensuite ses yeux pour se concentrer, et Sasuke ne put qu'assister, impuissant, à la destruction de la dimension qu'il avait créée.

Sasuke tomba à genoux, une douleur fulgurante vrillant son œil droit. Il ne pouvait pas devenir aveugle, mais l'usage de cette pupille demeurait douloureux, surtout lorsque sa technique était contrecarrée de la sorte.

- Alors Sasuke, tu abandonnes ?

Ce dernier répondit du tac au tac.

- Rêve.

Shisui sourit de toutes ces dents.

- J'ai beaucoup de respect pour le courage et la persévérance. Malheureusement, je ne peux pas me permettre de perdre, mon ami ici présent tient à rester incognito, et il a ses raisons.

Je vais donc passer au niveau supérieur, mais ne m'en veux pas !

A peine Shisui avait-il achevé sa phrase que la perception de la réalité de Sasuke changea à nouveau, et le frère de Karasu se prépara à affronter cette nouvelle illusion.

- Ça va ?

Sasuke ignora la main tendue de Shisui, les yeux rivés sur le sol. Sa défaite était totale… Uchiha Shisui, ce n'était que ce dernier genjutsu. Un autre monde, assurément, dans lequel Sasuke n'avait pas encore sa place.

- Allons, ne sois pas si dépité ! s'exclama Shisui. Tu es loin d'être mauvais, si ça peut te rassurer, mais n'oublie pas que le kaléidoscope du sharingan n'assure pas la victoire dans ce type de duel.

- Peut-être, concéda Sasuke, mais il de là à subir pareil revers contre un simple sharingan !

- Sharingan ? Parce que tu pensais que j'avais activé ma pupille ?

Sasuke se redressa avec un lenteur exagérée, et ses yeux s'arrêtèrent sur les iris de son vis-à-vis. Noir jais.

Ecoeuré, Sasuke tourna le dos à Shisui et s'éloigna pour ruminer. Il avait été touché dans sa fierté d'Uchiha, et il ne remettrait pas de si tôt de cette désillusion.

- Bon, c'est tout, pas d'autre volontaire ?

- Si, moi.

Shisui se mordit les lèvres en découvrant l'identité du nouveau candidat. Nagato, le possesseur du Rinnegan. Celui dont on disait qu'il était immunisé au Dôjutsu…

- Ça promet d'être intéressant… Je te laisse commencer, lui dit crânement Shisui.

Le chef de Fuki ne se fit pas prier, et Shisui se retrouva dans un monde étrange.

Il n'y avait ni Soleil ni source de lumière d'aucune sorte, mais le ciel était d'un bleu azur et tout ce qu'il voyait brillait de mille feux. Intrigué mais charmé par ce joli genjutsu, Shisui commença ensuite à déambuler dans une étrange allée bordée par deux rangées de statues d'animaux dont les yeux possédaient la pupille du Sage.

Il s'arrêta en voyant Nagato marcher vers lui. Débarrassé de son fauteuil, il paraissait avoir rajeuni de dix ans.

- J'ai quelque chose à dire à l'élu, en privé. Pourrais-tu nous arranger une rencontre par genjutsu ?

Shisui se balança d'un pied sur l'autre, décontenancé.

- Ce n'est que pour me dire ça que tu as relevé mon défi ?

- Exact. Je ne veux pas que les autres sachent que je t'ai demandé ça. Je respecte sa volonté de rester incognito, mais je voudrais lui poser une question.

- Pas de problème…

Quelques instants plus tard, Shisui était de retour à la réalité, tout comme Nagato qui fit mine de rouspéter.

- C'est vrai que tu es fort… Je n'aurais jamais cru me faire battre comme ça.

Shisui faillit éclater de rire devant un si piètre jeu d'acteur, avant de se souvenir de sa mission.

Il dit quelques mots à l'élu, qui sortit sans attendre un objet longiligne de sous sa grande cape blanche.

Certains haussèrent un sourcil en voyant la flûte. Cet élu collait de moins en moins à l'image qu'ils s'étaient faite de lui…

L'instrument disparut sous le capuchon de Karasu, qui en tira deux notes.

Cette fois-ci, Nagato eut affaire à un décor bien austère, à savoir une petite pièce grisâtre dépourvue de tout ornement. L'élu fit apparaître deux chaises et invita Nagato à s'asseoir.

- Je vous écoute.

- Êtes-vous Uchiha Itachi ?

L'élu grimaça sous son capuchon. Comment diable Nagato l'avait-il soupçonné ? Quoiqu'il en soit, le chef de Fuki lui semblait être un homme de parole, il allait donc jouer la carte de la franchise avec lui.

- Je suis à la fois son passé et son futur. Je suis Karasu.

Nagato hocha la tête à plusieurs reprises, comme si cette révélation lui avait donné matière à penser.

- Je m'en doutais, dit-il finalement. Après ce que m'avait dit Tobirama et les étranges circonstances de la mort de mon maître, dans ce même cimetière où vous avez été enterré…

- Vous êtes perspicace. Tobirama ?

- Il a essayé de vous ressusciter avec l'Edo Tensei. Il a échoué, ce qui pouvait signifier deux choses : Que vous étiez vivant ou scellé. Et un shuriken dans la nuque n'a jamais été une technique de scellement efficace…

Karasu ne répondit rien, et Nagato enchaîna par une autre question.

- Au sujet de votre exil de deux ans, je suppose que la prophétie en est la cause. Mais pourquoi ne pas révéler votre identité, maintenant ? Sakura…

- C'est justement elle, le problème. Elle, Sasuke, et tous ces amis que j'ai abandonnés. Si je leur disais toute la vérité maintenant, ils seraient fous de joie, mais pour combien de temps ?

La voix de Karasu se fit plus grave et solennelle.

- Dans quelques heures, si tout se passe comme prévu, je quitterai ce monde pour celui de Naruto, sans aucune certitude d'en revenir vivant. Sakura et Sasuke pourraient ne jamais s'en remettre, ce serait comme me voir mourir une deuxième fois.

Nagato reconnut la justesse des propos de l'élu. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle.

- Alors je vous le demande, ne leur dites rien s'il vous plaît.

- Vous pouvez compter sur moi.

Karasu lui serra la main pour sceller leur accord, et Karasu sourit.

- Vous êtes vraiment un grand chef, Nagato. Je suis content que vous soyez celui qui m'ait succédé.

- Merci… Au fait, vous avez appris pour le monde de Naruto ?

- Œil de Lune ? Oui.

- Et vous comptez y aller quand même ? Ce serait folie pure…

- J'ai foi en la prophétie… Et puis de toute façon, se rendre là-bas est le seul moyen d'arrêter Uchiha Madara. Je suis prêt à mourir pour ça.

Nagato le fixa longtemps, comme s'il essayait de lire en Karasu, en vain.

- C'est courageux. J'espère que vous vous réussirez, et que vous reviendrez vivant…

- Pas autant que moi ! rit Karasu.

Et sur ces dernières paroles, l'illusion s'évanouit.

- Maintenant, passons aux choses sérieuses, entonna Nagato comme s'il ne s'était rien passé.

- Hidan ! s'exclama Sakura. Pouvez-vous la sauver ?

Karasu et Shisui échangèrent un regard qui en disait long.

- Malheureusement, le Ninjutsu médical n'est pas notre spécialité… J'ai bien peur qu'il n'y ait rien que l'on puisse faire pour elle.

Personne n'y croyait vraiment, mais ce fut tout de même un coup dur pour beaucoup. Perdre le dernier espoir qui leur restait, tout tenu qu'il fût, était extrêmement douloureux.

- C'est malheureux, mais cet élu… John n'est pas un dieu, et il nous faut cesser de croire aux miracles, déclara Nagato. Nous allons libérer Tokyo ce soir, et nous allons le faire avec notre force, sans s'en remettre au hasard où à une hypothétique puissance supérieure !

- Bien dit, mec !

Nagato lorgna sur la main que Shisui avait nonchalamment posée sur son épaule. Rester calme, surtout rester calme.

- Passons maintenant au plan de bataille.

- Attendez.

Courroucé, le chef de Fuki se tourna vers Karasu, qui s'était accroupi pour méditer en attendant la fin de la conversation.

- Tout élu que vous soyez…

- Je perçois quelque chose d'étrange… Je présume que tous vos membres sont des ninjas accomplis ?

- Et comment ! répondit Nagato non sans fierté.

Karasu ne releva pas, et se contenta de rester immobile, jusqu'à ce qu'il se relève en sautant sur ses pieds.

- J'ai compris. L'un de vous ne connait pas son vrai nom. Il est incomplet.

- Tout le monde ici sait de qui il est la réincarnation, voyons !

- Il y a savoir et savoir. Une fois que vous pouvoirs se sont manifestés, une partie de ceux-ci demeure scellée en vous. Il vous faut ensuite apprendre le nom de votre réincarnation pour libérer la totalité de votre pouvoir. Mais pour cela, l'entendre ou le voir écrit ne suffit pas, le nom doit imprégner votre être, toucher votre âme. L'autel des Noms, le crapaud Gamataki ont eu ce pouvoir, mais c'est aussi le cas de Karin ou encore du sharingan. Madara s'est d'ailleurs servi de ce moyen détourné pour pénétrer l'esprit de ses sujets et libérer l'intégralité de leur puissance.

- C'est bien beau tout ça, mais on le savait déjà ! rétorqua Sasuke. J'ai utilisé mon sharingan sur Kushina pour le lui apprendre, et tous les autres l'ont déjà fait !

Karasu ignora royalement son intervention et traversa la salle jusqu'à faire face à Hashirama.

- Comment ai-je pu rater ça ? se morigéna l'élu à mi-voix. Senju Hashirama, tu n'as pas accompli le rituel.

Un silence abasourdi suivit ces paroles. Hashirama était le premier d'entre eux à avoir éveillé ses pouvoirs, peut-être même avant Madara.

- C'est impossible. Hashirama n'aurait jamais pu atteindre une telle puissance sans avoir accompli quelque chose d'aussi primordial… tenta Jiraya.

- Une telle puissance ? Nous parlons de Senju Hashirama, le rival d'Uchiha Madara, qui le vainquit en combat singulier. Je pense que nous n'avons pas encore tout vu… Shisui ?

Shisui savait ce qu'il avait à faire, et il rejoint son ami avant d'enclencher sa pupille et de scruter les yeux d'émeraude d'Hashirama.

- C'est parti…

Pendant que Shisui explorait l'esprit de la réincarnation du Shodaime, Karasu consentit enfin à donner des explications.

- Madara fut le premier à trouver la stèle, et à ce moment-là, il savait déjà tout du monde de Naruto, de son histoire, de ses héros. C'est pourquoi je pense qu'en apprenant son nom de réincarnation, Madara a pris conscience du danger que représentait Hashirama, son rival dans l'autre monde. S'il venait à se réincarner, peut-être le Shodaime aurait-il le pouvoir de le vaincre lui… Madara ne voulant courir aucun risque, il étudia longuement les manuscrits de la grotte jusqu'à ce qu'il eut acquis le savoir nécessaire à la confection d'un sceau tout à fait particulier. En plus d'avoir bloqué les pouvoirs des non-Uchiha, il modifia la stèle de façon à ce qu'elle ne remplisse pas son rôle pour Hashirama. De cette façon, même si le Shodaime avait eu le temps de s'incarner avant qu'il ne bouche le passage dimensionnel, il ne pourrait jamais atteindre la pleine puissance et donc le surpasser.

Pour sa part, Hashirama ne se rendit que tardivement auprès de la stèle, et il était déjà trop tard. Le coup de génie de Madara avait porté ses fruits, il avait écarté son rival avant même qu'il ne le devienne.

Ce n'est qu'une hypothèse mais c'est la mienne, et j'ai souvent raison.

- Ce n'est pas la modestie qui vous étouffe, lui fit remarquer Sasori.

- Être modeste, c'est manquer d'objectivité. Un mensonge moins laid que les autres, mais un mensonge tout de même.

- Mentir est parfois un mal pour un bien…

- A court terme peut-être, mais jamais à long terme. D'un mensonge découlera toujours la haine et la violence.

Au moment où Sasori rendait les armes, une puissante onde de chakra balaya la pièce.

Hashirama recevait enfin la totalité de son héritage, et c'était assez impressionnant.

- La vache… Il a maintenant plus de chakra que toi ou moi, indiqua Shisui en reculant d'un air satisfait.

L'élu se contenta de hausser les épaules.

- Ce n'est pas très surprenant. Les Senju ont toujours eu de très grandes réserves de chakra, ils possèdent le corps du Sage après tout…

Nagato lui-même frissonna devant cette déferlante de chakra pur. Si Hashirama avait eu accès à cette puissance dès le début, il aurait vraiment pu vaincre Madara…

- Merci beaucoup, dit finalement Hashirama.

L'élu lut dans ses yeux qu'il n'avait pas les mots pour exprimer sa gratitude. Les pouvoirs du Senju avaient certes augmenté, mais ce n'était rien à côté du soulagement intense qu'il devait éprouver de tout son être.

- J'ai beaucoup d'admiration envers vous, Hashirama. S'il ne m'a fallu que quelques jours pour apprendre mon nom, il m'a semblé qu'une éternité s'était écoulée. Et vous, il vous a fallu cinq ans. Cinq ans à vivre avec un poids sur votre cœur rempli d'amertume.

- Oui… Sans compter que j'ai toujours eu des difficultés dans mon entraînement, reconnut Hashirama. Je voyais tous les ninjas d'Amaterasu progresser, alors que moi, je stagnais. N'importe quel exercice me demandait plus de temps et d'efforts que le moins illustre de nos camarades… Bêtement, j'ai pensé que le problème venait de moi, que je n'étais pas à la hauteur de celui dont j'étais la réincarnation, que je n'étais pas digne de recevoir son héritage.

Cependant, j'étais conscient d'être l'alter ego de Senju Hashirama, l'homme qui avait vaincu Madara, et tout raté que j'étais, je devais être à la hauteur, c'était ma responsabilité. Chaque nuit ou presque, je me relevais pour m'entraîner encore et encore… C'est tout un passage de ma vie que j'ai préféré passer sous silence.

Personne ne pipa mot pendant un long moment. Ses amis regardaient Hashirama comme s'ils le voyaient pour la première fois, comprenant qu'ils le connaissaient bien plus mal qu'ils ne le croyaient. Aucun d'entre eux n'avait jamais suspecté de quelconques difficultés chez le Senju, que beaucoup voyaient comme un ninja de premier ordre.

- Alors comme ça, Lee n'était pas le seul génie de l'effort, sourit Sasuke.

- Ouais, c'est vraiment génial, renchérit Nagato. On peut parler du plan maintenant ?

Tous les visages retrouvèrent le sérieux. Les affrontements commenceraient sous peu… Avec un peu d'appréhension malgré leur expérience, les résistants se turent pour écouter leur chef.

- La bataille sera constituée de deux phases. La première sera une mission d'infiltration et mettra en jeu une petite quantité de ninjas. Leur mission ? Libérer les Ombres avant le début de la deuxième phase, à savoir le choc des blocs, la bataille rangée.

- Je suis volontaire ! s'écria Hashirama tout feu tout flammes.

Fort de ses nouvelles capacités, il désirait sauver Tsunade et les autres aussi vite que possible.

- C'est un excellent plan, dit Karasu avant que Nagato ne puisse répondre à Hashirama. Pour la première phase, j'avais pensé à quelque chose de similaire, mais je pense que la présence d'Hashirama serait malvenue.

- Et pourquoi ça ? rugit le Senju.

- Comment comptez-vous libérer les Ombres ?

Nagato soupira. Il n'aimait pas cette manie que Karasu avait de répondre à une question par une autre.

- Nous allons utiliser le sceau de Jiraya et Kushina à une très grande échelle pour qu'il englobe le château dans son entier.

Shisui siffla.

- Et ben mon cochon !

- Très bien. Vous comptez donc dessiner un sceau gigantesque au nez et à la barbe des milliers de soldats qui se trouvent sur l'île, de Madara et de ses gardes du corps ? lui demanda l'élu.

Nagato se mordit la lèvre.

- Tous les détails ne sont pas encore réglés…

- J'ai la solution, répondit Karasu. Nous réussirons avec une équipe de quatre.

- Seulement quatre ? s'étrangla Deidara. Mais comment…

- Cette mission est fondée sur la discrétion. Je comprends que le concept t'échappe, mais ferme-la et attend.

Maté par sa petite-amie, Deidara baissa la tête et attendit la suite.

- Pourquoi quatre ? Parce que c'est la limite de Shisui. Il peut étendre son genjutsu d'invisibilité à quatre personnes. Au-delà, il devient détectable par des ninjas comme Madara, et je refuse de prendre ce risque. L'équipe sera constituée de Jiraya, Kushina, Shisui et moi.

Les deux premiers s'occuperont du sceau pendant que Shisui nous camouflera. Pour ma part, je m'occuperais de rendre le sceau indétectable et d'aider Shisui si nécessaire.

L'élu se tourna ensuite vers le chef de Fuki, qui met quelques secondes à comprendre que celui-ci attendait son aval. L'élu en imposait, et son ton péremptoire lui avait même fait oublier qu'il était le seul maître à bord.

- Hum oui, je suis d'accord avec ça. Vous partez dans cinq minutes. John sera -est-il besoin de le préciser- le chef de groupe.

Les quatre shinobis en question opinèrent du chef, et se préparèrent à partir. Shisui prit Hashirama à part.

- Je comprends que tu veuilles la sauver, mais on va s'en occuper, fais-nous confiance. On aura besoin de ta force de frappe lors de la bataille qui va suivre.

- Tu connais Tsunade et notre relation ? s'étonna Hashirama.

Shisui échangea un rapide coup d'œil avec Karasu.

- Euh… Kushina m'en a vaguement parlé.

- Je vois. Ramenez-la. Ce n'est pas une ordre mais une prière. Ramenez-la. Ramenez-les tous, l'implora presque Hashirama.

- Jawohl, mein General ! s'exclama Shisui en se mettant en garde à vous.

L'Uchiha partit ensuite rejoindre ses trois coéquipiers d'un pas martial, ce qui amusa Fuki, peu habituée à ses facéties.

Avant de partir, l'élu abaissa son capuchon, et tous hoquetèrent de surprise. Un bandeau noir lui cachait les yeux, et ce n'était pas un genjutsu.

- Tu es… aveugle ?

Karasu ne répondit pas, ce qui eut pour effet de gonfler Jiraya, qui en avait plus qu'assez de ce dialogue de sourds.

En un éclair, l'ermite se retrouva dans le dos de l'élu et tenta de lui donner un léger coup de poing sur la nuque.

Karasu l'intercepta tranquillement sans se retourner.

- Voilà qui répond à notre question… Il est impossible de parer une attaque aussi rapide rien qu'en se servant de l'ouïe, déclara un Jiraya assez satisfait de lui. Or, malgré ce bandeau, tu as réussi à parer un coup qui venait de derrière toi. Tu es donc un Hyûga, aucun doute possible.

Une fois de plus, l'élu ne donna pas de réponse à l'ancien Capitaine, mais un léger sourire se peignit sur son visage.

- Pensez ce que vous voulez, lui répondit Shisui, mais bouclez-la, on y va !

Et dans un ensemble parfait, les quatre shinobis disparurent de la pièce.

Les ninjas de Fuki restèrent longtemps immobiles. Tout ce qui venait de se dérouler leur semblait si irréel… La venue de l'élu, qu'ils avaient tant attendue… Si Jiraya et Kushina n'étaient partis avec John et Shisui, ils auraient cru avoir rêvé.

- C'est bien calme tout à coup, ricana enfin Sasuke. Ce Shisui ressemble tant à Naruto que ça en devient troublant.

Quelques uns acquiescèrent, et Nagato toussota pour retrouver leur attention.

- Nous allons maintenant préparer la bataille en temps que telle. Chacun de vous prendra la tête d'un bataillon fort de plusieurs centaines de civils, à savoir ceux que vous avez formés. Ce sont encore des néophytes, et les envoyer au combat sans la présence d'un ninja confirmé à leurs côtés serait désastreux pour leur mental. Qui plus est, ne sous-estimez pas l'importance de la formation et de la positions. Ce sont des éléments vitaux dans un affrontement à grande échelle. Se lancer bêtement à l'assaut sans réfléchir dans un désordre complet conduit invariablement à un massacre à sens unique.

Si la chose pouvait sembler évidente lors du briefing, elle l'était beaucoup moins sur un champ de bataille, où, en danger de mort, on oubliait souvent de conserver la cohésion de la formation. Et les résistants savaient que jouer les baby-sitters ne serait pas aisé…

- Je n'ai pas grand-chose à ajouter, si ce n'est de faire de votre mieux pour protéger les civils qui vous accompagnent. Cependant, si vous devez choisir entre eux et vous, sauvez votre peau. C'est triste à dire, mais vous êtes plus importants qu'eux. Survivez et vous pourrez en protéger bien plus par la suite.

Sasori pinça les lèvres. Lorsqu'il avait servi dans l'armée, il avait été confronté à un de ces choix difficiles, où il n'existait pas de bonne réponse. Quelque soit la décision que vous preniez, vous la regrettiez souvent tout votre vie.

- Et pour ce qui est de notre plan pour les désarmer, tout est au point ? demanda le chef du groupe à Orochimaru.

Le serpent jeta brièvement un coup d'œil à Rai, Neji et Sasuke.

- Absolument.

- Dans ce cas, je n'ai plus rien à vous dire, si ce n'est de rester vivants. Si vous me faites l'affront de mourir, je reviendrai vous tuer en Enfer ! Nous nous débarrasserons de ces chaînes qui nous entravent, et nous goûteront enfin au soleil de la liberté !

- C'est déjà l'heure ? grogna Roberto.

- Oui, lui répondit Sasuke. Et magne-toi le train, tout le monde t'attend.

C'était vrai. Roberto lui-même fut surpris par la cohue qui l'attendait à sa sortie de l'église.

Quelques trois mille personnes avaient envahi les rues, et s'apprêtaient à marcher sur l'île de Tokyo. Depuis l'avènement des shinobis en ce monde, jamais autant de ninjas ne s'étaient affrontés, même si la majeure partie de leurs troupes tenait plus du citoyen lambda que de la bête de guerre.

Roberto remarqua que tous ces apprentis shinobis étaient équipés de sabres en bois, et il haussa un sourcil.

- C'est une blague ?

- Je t'expliquerai… fit Sasuke, qui avait suivi son regard. Sinon, tu es prêt à prendre la tête de tes protégés ?

Roberto grogna derechef, mais Sasuke savait que ce n'était qu'une façade. S'il pouvait paraître sévère et bourru, au fond, le prêtre avait un cœur d'or.

Les deux ninjas rejoignirent l'armée, qui se mit en branle dans un ordre surprenant compte tenu de son allure hétéroclite. Assemblée de bric et de broc, la grande armée de Tokyo ne connaissait son chef que depuis quelques heures, et cette inexpérience constituait un inconvénient majeur.

Pour cette raison, et beaucoup d'autres soufflées par la propagande de l'Empire, la plupart des tokyoïtes étaient sceptiques sur les chances de réussite de cette insurrection. Les révolutionnaires, eux, restaient confiants. Fuki était avec eux, et les rumeurs allaient bon train sur cet élu qui serait sorti de nulle part pour les aider.

Rouleau compresseur lent mais irrésistible, l'armée se dirigeait inexorablement vers le sud. Toutes les patrouilles de police fuyaient à son approche, conscientes de ne pas faire le poids, et les badauds s'écartaient comme s'ils avaient peur que les idées des résistants leur soient transmises s'ils s'approchaient trop. La grande armée de Tokyo remarqua cependant que beaucoup de Tokyoïtes se tenaient derrière les fenêtres des immeubles et les observaient à travers leurs rideaux. Partagés entre espoir et appréhension, la majeure partie des habitants de la ville restait indécise et n'osait pas prendre parti. Aucun doute que tous revendiqueraient leur soutien aux résistants si ces derniers parvenaient à renverser Madara…

- De vrais opportunistes ceux-la… pesta un des révolutionnaires.

En l'espace de quelques minutes et dans un silence surprenant étant donné sa taille, l'armée avait parcouru la distance qui la séparait du port.

Les milliers d'hommes s'arrêtèrent devant les quais, hésitants. Comment allaient-ils s'y prendre pour traverser ?

Un des corps commandés à distance par Nagato se frappa le front.

- Et merde, j'avais complètement oublié qu'ils ne savaient pas marcher sur l'eau.

- Rien n'est perdu, intervint Haku. Je pourrais peut-être la geler…

- Ridicule. Même pour toi, la tâche serait insurmontable, d'autant que geler de l'eau salée est bien plus difficile.

Alors que des airs défaitistes apparaissaient ça et là sur les visages, Hashirama sortit du rang.

- Allons, allons, pourquoi geler l'eau quand on peut flotter dessus ? Je n'ai qu'à créer un pont en bois et puis basta…

Nagato hocha la tête. Il venait d'avoir plus ou moins la même idée.

- J'avais pensé à un radeau, mais ce sera à la fois plus long et moins pratique. Mais tu es sûr d'avoir assez de chakra pour construire un pont ? Il y a plus d'un kilomètre, Hashirama…

Le Senju lui fit un clin d'œil.

- Fais-moi confiance.

- Hachibi va te prêter un peu de son chakra, tu auras besoin de tes forces pour le combat, lui proposa pourtant Bee.

Hashirama finit par accepter, et il posa les mains sur bord du quai. Le pont commença alors à s'assembler, sous l'œil de l'armée médusée, qui ne soupçonnait pas tant de puissance chez Hashirama, inconnu au bataillon pour beaucoup puisqu'il ne faisait pas partie de Fuki.

Au bout d'un moment, le Senju se releva, pas peu fier de sa performance.

- C'est terminé. Si jamais l'armée impériale le voit et cherche à le détruire, je me chargerai de le réparer.

- Dans ce cas, nous allons essayer de faire vite histoire de te faire économiser ton chakra, répondit Nagato. En avant marche ! Que chaque unité commence à marcher sur le pont, pas plus de cinq hommes par rang, ordonna-t-il après s'être avisé de la largeur du pont.

Et l'armée se mit en branle, courant aussi vite que possible vers leur destin. Il était probable qu'ils seraient reçus à coups de canon, aucun général digne de ce nom n'aurait négligé l'avantage de position que représentait l'île. Mais ils n'avaient pas le choix. Même si cette traversée risquait de leur coûter de nombreuses vies, les impériaux ne viendraient pas à eux et ils leur fallait prendre l'initiative.

Le premier bataillon à s'engager sur le pont de bois fut celui mené par un des corps de Nagato, à savoir le cadavre de Tobirama, doté des pouvoirs de Tendô.

Ce dernier jetait régulièrement des coups d'œil inquiets derrière lui. Ses hommes étaient bien trop lents… Il n'avait pas eu le temps d'en faire de véritables ninjas et de ce fait, il en payait le prix. Il espérait ne pas regretter son pari de suivre l'élu en ce jour plutôt que de renforcer ses troupes en vue d'un assaut ultérieur…

Le chef de Fuki cilla à peine en voyant arriver une dizaine d'obus en provenance de l'île, il s'était attendu à un accueil de ce genre.

Sans s'arrêter de courir, il leva les bras vers les obus et murmura :

- Shinra Tensei. (répulsion céleste)

Les projectiles semblèrent vaciller un instant, puis repartirent instantanément en sens inverse sans avoir perdu de leur vitesse. Tendô entendit les obus exploser sur l'île, et il espéra que cette démonstration de force dissuaderait les impériaux de retenter l'expérience.

- Allez, courage, nous sommes à la moitié ! s'écria Tendô en se retournant.

Ils devaient absolument quitter ce pont de merde sur laquelle son armée était si vulnérable.

Le corps de Tobirama était d'haranguer ses troupes lorsqu'il ressentit un chakra malsain, d'une puissance presque insoutenable. Etait-ce Madara ?

Il se tourna en tout sens, et pila en apercevant l'homme en question sur sa gauche. Ce n'était pas Madara, mais un de ses gardes du corps, comme l'attestait sa cape rouge et or. Un des quatre…

Le shinobi flottait sur l'eau à plus de cinq cent mètres du pont, et Nagato ne parvenait pas à le voir clairement.

Comme par magie, Neji apparut à ses côtés, sa pupille active.

- Vous avez besoin du Byakugan, je suppose… C'est bel et bien un des gardes du corps de Madara, mais je ne l'ai jamais vu auparavant. Ce n'est ni Nishi, ni Higashi. Il me paraît bien plus puissant, c'est sûrement Kita ou … Attendez ! Non, je ne me trompe pas.

- Qu'y a-t-il ?

- Il possède le sharingan.

- Encore un de ces damnés Uchiha, je pensais en avoir fait le tour, grinça Nagato. Une autre info sur lui ?

- Regardez vous même…

Le teint de Tendô, cadavérique par définition, sembla devenir plus pâle encore. Une immense vague, qui ressemblait à celle que Kisame avait autrefois utilisée sur le quartier portuaire, fonçait sur eux.

- Il est intelligent, fit remarquer Neji. Nous attaquer par le flanc, sur toute la largeur du pont. Le Shinra Tensei ne pourra pas venir à bout de ça, c'est bien trop étendu.

Soudain, Nagato ressentit un nouveau chakra, plus sombre encore mais qu'il connaissait bien.

- Sasuke…

Certains des soldats de la grande Armée de Tokyo, apeurés par l'arrivée imminente du Tsunami, s'étaient jetés à l'eau, en vain, tandis que les plus réfléchis s'étaient résignés à leur sort. Du moins jusqu'à ce qu'ils aperçoivent la tâche sombre qui était apparue dans la baie de Tokyo. Un tourbillon noir comme l'encre était en train d'aspirer l'eau du Tsunami, réduisant peu à peu la taille de la vague jusqu'à ce que celle-ci ait complètement disparu.

Sasuke mit ensuite fin à sa technique, ne désirant pas vider la baie entièrement de son contenu. La dernière fois qu'il avait utilisé le trou noir, c'était au Mont Fuji, deux ans auparavant, en d'autres temps. Des temps heureux.

- Ça va ? lui demanda Hinata, dont l'unité suivait derrière la sienne.

Sasuke hocha la tête, et les marques sombres qui avaient commencé à se dessiner sur son visage s'estompèrent rapidement. L'époque où il succombait au Yin était révolue.

- Ça va. On continue, fit l'Uchiha non sans avoir regardé avec défi la silhouette lointaine du garde du corps de Madara.

Ce dernier sembla l'observer un moment, puis se volatilisa comme s'il n'avait jamais existé.

- Je déteste ce genre de types qui viennent pour faire leur BA de la journée, et se barrent aussitôt après, maugréa Hinata.

- En même temps c'est un garde du corps, je suppose qu'il est retourné aux pieds de Madara comme tout bon chien qui se respecte… railla Deidara.

Et tous se remirent à courir, à l'affût d'une quelconque menace qui ne vint jamais. L'Empire, mis en échec par le jutsu de répulsion de Tendô et le vortex de Sasuke, semblait s'être résigné à laisser les résistants mettre pied à terre.

Il fallut une bonne demi-heure pour que l'intégralité de l'armée passe le pont, et beaucoup laissèrent éclater leur soulagement en arrivant à bon port. Mais les shinobis de Fuki savaient que ce n'était que la mise en bouche. Après l'eau, ils allaient à présent faire connaissance avec le feu et la mort.

- Leur armée est en place, mais ils n'ont pas l'air décidés à attaquer, déclara Haku en promenant son regard sur les deux mille soldats lourdement armés, auxquels s'ajoutaient les chars et les pièces d'artillerie.

- C'est tout à fait normal, rétorqua Deidara. Nous sommes les envahisseurs, après tout…

Cette perspective le fit sourire. Pour une fois, il passaient à l'offensive, ils agissaient au lieu de réagir.

Les deux armées adverses étaient encore en phase d'observation, chacune défiant l'autre de faire le premier pas. Environ deux cent mètres les séparait l'une de l'autre, et contrairement aux résistants, l'armée impériale était capable de faire mouche à cette portée.

- Ils ne vont sûrement pas tarder à nous pilonner avec leurs tanks… dit Orochimaru avec pessimisme.

- Je m'en occuperai le moment venu, lui répondit son chef. Occupe-toi plutôt de désarmer l'armée adverse, et vite !

Orochimaru soupira. S'il n'y avait eu Anko, il serait bien retourné à son labo pour y disséquer la grenouille bicéphale qu'il venait de créer.

Il héla Sasuke, Rai, Neji et Haku et tous les cinq se mirent au travail.

Orochimaru ouvrit la bouche, et cracha une quantité hallucinante de métal fondu qu'Haku s'empressa de refroidir en utilisant son Hijutsu.

Une fois que le métal eut atteint sa forme solide, Rai, Neji et Sasuke entrèrent dans la danse.

Les trois ninjas introduirent leur affinité Raiton dans le métal, le chargeant en électricité de manière à le transformer en aimant. L'opération se déroulait à distance, comme si les trois shinobis craignaient de s'approcher du bloc de métal.

- Contemplez à présent le pouvoir du magnéterre, premier alliage de ma création ! s'exclama Orochimaru. A l'état initial, il ne paye pas de mine, mais une fois qu'on y fait circuler un courant électrique… Ça donne ça !

Avant même que le scientifique eut achevé sa phrase, les armes des soldats impériaux leur furent arrachées. Fusils, mitraillettes, sabres, tout s'envolait vers le bloc de métal d'Orochimaru, pourtant d'une taille réduite. Les impériaux étaient obligés de se débarrasser de leurs armes sous peine de quitter le sol à leur tour et de rencontrer un destin tragique, pris entre le marteau et l'enclume…

Bouches bées, les ninjas des deux camps virent le nuage de métal s'envoler dans le ciel et retomber sur l'aimant avec force et fracas. Mais la Grande Armée de Tokyo, dont les soldats ne possédaient pour seule arme qu'un katana en bois, ne bougea pas d'un pouce.

Shikaku, qui trônait au centre de l'armée impériale, réalisa avec horreur que le rapport de force s'était inversé. Leur avantage technologique s'était évanoui en une fraction de secondes, et les sabres en bois de ses ennemis lui paraissaient beaucoup moins ridicules que toute à l'heure…

Ce fut ensuite au tour des chars de tanguer, et le Général de l'armée impériale vit les pièces d'artillerie glisser de quelques centimètres vers l'avant. Il devait agir, sous peine de perdre les dernières armes qu'il lui restait.

- Que les chars et les canons fassent feu, ordonna-t-il d'une voix sèche.

- Mais que devons-nous viser, général ?

- Aucune importance. Tirez n'importe où, l'attraction de l'aimant fera le reste.

Le regard du caporal s'illumina. Le général était brillant, comme d'habitude.

Dans un bruit terrible, une pluie d'obus s'éleva dans le ciel, puis bifurqua vers l'aimant à toute vitesse. Voyant cela, les trois ninjas d'affinité Raiton s'entre-regardèrent.

- On s'arrête-là ? proposa Sasuke.

- Yep, à moins que tu ne tiennes absolument à finir grillé… lui répondit Neji.

Et comme un seul homme, les trois shinobis cessèrent d'alimenter l'aimant et bondirent en arrière.

Bien leur en prit, car l'explosion qui s'ensuivit fut phénoménale. Le souffle projeta les restes des armes qui avaient été attirées aux quatre coins de l'île, et de nombreux shinobis des deux camps furent tués par cette grêle de métal.

Une fois que la poussière fut retombée, Orochimaru constata qu'il ne restait plus grand-chose de son magnéterre chéri.

- Bon travail, lui dit Tendô en lui tapotant l'épaule. Je vais m'occuper de leurs tanks…

- Si tu crois que c'est facile à fabriquer… Certains éléments m'ont coûté la peau du cul ! se plaignit Orochimaru, qui n'avait prêté aucune attention à ce que venait de lui dire son chef.

Tendô reporta son regard vers l'armée adverse, et vit deux tanks faire feu.

Sans hésiter, le corps de Pain ferma les yeux et prononça la formule magique.

- Shinra Tensei. (répulsion céleste).

Cette fois-ci, Nagato ne put renvoyer les obus à leur expéditeur. En effet, il se trouvait bien plus près que tout à l'heure, et la vitesse des instruments de mort ne pouvait être inversée aussi facilement. C'est ainsi que les obus explosèrent dans l'air, comme s'ils s'étaient heurtés à un mur invisible.

Mais Nagato n'eut pas le temps de se réjouir qu'une nouvelle salve d'obus s'élevait déjà dans le ciel ensoleillé.

Nagato grimaça. La réputation de Shikaku n'était pas usurpée. Alors que c'était leur première confrontation, le Nara avait déjà mis le doigt sur la faiblesse de sa technique, et l'attaquait dans l'intervalle des cinq secondes. Nagato ne pourrait pas intercepter ces obus. Il n'aurait pas dû pouvoir les intercepter.

Un autre corps de Pain s'avança à côté de Tendô et ferma les yeux.

- Shinra Tensei. (répulsion céleste).

La seconde salve connut le même sort que la précédente, au grand dam de Shikaku.

- Il est fort. Il a modifié les capacités de ses corps, et a donné le pouvoir de Tendô à un autre… dit le général d'une voix pensive.

- Que devons-nous faire, mon général ? s'enquit le caporal.

- Que chacune de nos pièces tire avec un intervalle d'une seconde.

Les deux corps investis du pouvoir de Tendô grognèrent d'une même voix. Le pire scénario était en train de se réaliser, Shikaku ne faisait aucune erreur.

Les deux ninjas détruisirent les deux premiers missiles, mais plissèrent les yeux en voyant un troisième puis un quatrième arriver.

- Shinra Tensei. (répulsion céleste).

Shikaku fronça les sourcils en assistant à la destruction du troisième missile par un nouveau corps de Pain. Il grimaça quand le quatrième connut le même sort. Quatre. Pas moins de quatre corps possédaient les pouvoirs de Tendô. Nagato aurait-il donné cette capacité à tous ces corps ?

« Non. Il a sûrement laissé à un des corps le pouvoir de résurrection. Voyons maintenant s'ils sont quatre ou cinq. »

Mais Shikaku n'eut jamais la réponse à cette question, puisque le premier Tendô parvint à utiliser le Shinra Tensei juste avant que l'obus suivant ne touche le sol.

Les minutes suivantes s'égrenèrent ainsi, les résistants, totalement impuissants devant une telle menace, ne pouvaient que voir Nagato se transcender pour les sauver. Chacun de ses quatre corps de substitution s'avançait tour à tour pour intercepter un missile, parfois in extremis.

Hashirama ne pouvait qu'admirer l'exploit, qu'en dépit de toute sa puissance nouvellement acquise, il n'aurait jamais pu égaler. Le pouvoir de Tendô était bien au-delà du Ninjutsu.

Au bout d'un moment, Shikaku leva la main. Les chars et les canons d'assaut manqueraient bientôt de munitions, et ce serait les gaspiller en vain que de continuer de la sorte. Nagato avait bien plus de chakra qu'il ne l'aurait cru, mais ce n'était pas sa plus grande force. L'héritier du Rikudô Sennin avait un contrôle absolu, la puissance de sa répulsion était à peine suffisante pour détruire les missiles, de telle sorte qu'il ne gaspillait aucune goutte de son énergie.

Lorsqu'il constata l'accalmie, Nagato décida d'en profiter. Il fallait en finir avec l'artillerie et les blindés, car le Ninjutsu manquerait d'efficacité contre de telles machines.

Un des corps de Tendô s'avança, et son aura grimpa en flèche.

Shikaku frissonna en ressentant la puissance de son chakra. Un jutsu terrible était en préparation.

« Essaierait-il d'utiliser le Shinra Tensei à pleine puissance ? Si c'est le cas nous sommes perdus, mais je doute qu'il puisse le concentrer de manière à ne pas toucher ses alliés… »

- Juuryoku no Yokusei. (contrôle de la gravité)

Fusion des deux techniques de Tendô, cette technique était extrêmement coûteuse en chakra, et Nagato ne pourrait l'utiliser que sur les tanks et les canons.

- Dommage, j'aurais bien aimer voir leur armée jouer les filles de l'air, ricana le corps de Pain pour lui-même.

Dans un silence étrange, Shikaku vit l'ensemble de ses blindés s'élever puis léviter à quelques mètres du sol. Le caporal qui se trouvait à ses côtés fit tomber la cigarette qu'il s'apprêtait à allumer, mais il ne sembla pas s'en apercevoir. Toute son attention était accaparée par la scène irréelle à laquelle il assistait.

- Pas de doute, c'est vraiment le pouvoir d'un dieu, murmura Shikaku.

Lentement, le ninja au Rinnegan fit pivoter les paumes de ses mains, et les tanks tournèrent sur eux-mêmes, de telle sorte que les chenilles se trouvaient désormais en haut, et les canons en bas. Les canons d'assaut connurent le même sort.

Puis ils s'écrasèrent dans un bruit terrible.

Shikaku était pétrifié. Pour la première fois de sa carrière, le déroulement de la bataille tournait en sa défaveur. Et pourtant, il ne lui semblait pas avoir fait d'erreurs… Etait-ce à dire qu'il n'y avait rien à faire, que la destruction de ses armes et de ses blindés étaient inéluctable ?

Rongé par le doute, le général le plus brillant que le Japon ait jamais connu avait complètement perdu son sang-froid. Il finit néanmoins par se reprendre en voyant que les corps de Nagato semblaient exténués. Le chef de Fuki avait clairement abusé de ses pouvoirs.

Shikaku tourna sur lui-même pour examiner l'état de son armée. Il n'avait perdu que très peu d'hommes, mais il n'avaient plus d'arme, pas le moindre cure-dent pour se défendre. Il ne leur restait plus que le Ninjutsu.

Un petit sourire se dessina sur les lèvres du général, il n'avait pas dit son dernier mot. Chacun de ses hommes connaissait aux moins deux éléments, ce qui en disait long sur leur puissance dans les arts Ninjas. Ils ne feraient qu'une bouchée des vauriens que comptait l'armée rebelle.

Pendant que le général ennemi faisait le point sur la situation, le corps de Tobirama scrutait pensivement les remparts du château. Avant de passer à l'attaque, Nagato souhaitait attendre le retour des Ombres. De l'issue de cette bataille dépendrait probablement la réussite de la mission de l'élu… Avant même que le doute ne puisse poindre dans son esprit, le chef des résistants écarquilla les yeux en voyant la porte principale du château s'envoler, suivie de près par un malheureux garde coupable de l'avoir collée de trop près.

Le corps du soldat fut suivi par ceux de trois autres, et une femme sauta à travers l'embrasure de ce qui restait de la splendide porte ouvragée, sa chevelure dorée étincelant sous le soleil de plomb.

La femme fut rejointe par une, deux, puis cinq personnes, jusqu'à ce que les Ombres au complet se dresse sous le soleil qu'elles n'avaient pas senti depuis deux longues années.

Le sourire de Nagato s'évanouit lorsqu'il prit conscience d'un fait problématique. Entre eux et les Ombres, se tenaient pas moins de deux mille soldats impériaux, qui maîtrisaient tous les arts ninjas.

Kakashi blêmit en apercevant l'armée impériale se retourner vers eux.

- Je ne sais pas qui nous a réveillés, mais c'était franchement pas la peine !

Soudain, le ninja copieur ressentit une aura apaisante, et il se tourna vers un homme qui venait d'apparaître au milieu des Ombres.

- Calmez-vous, vous ne risquez plus rien.

Kakashi aurait ri au nez de n'importe qui d'autre, mais pas lui. Cet individu possédait quelque chose de plus, qu'il n'aurait pas pu exprimer avec des mots.

L'homme au capuchon blanc fut bientôt rejoint par un ninja habillé en noir, une femme rousse et une personne que les Ombres connaissaient bien.

- Jiji ! Tu peux pas savoir à quel point je suis content de te voir ! Ça me donne l'impression de ne pas être totalement paumé, ajouta le ninja copieur en enlaçant son ancien frère d'armes.

- Ça me fait plaisir aussi ! l'assura Jiraya avant de se tourner vers ses autres amis.

Mais l'élu coupa court aux retrouvailles.

- Désolé, mais nous n'avons pas le temps pour ça. Derrière ces deux mille impériaux, il y a trois mille alliés. Si nous laissons passer cette opportunité, nous allons nous en mordre les doigts, n'est-ce pas Shika ?

Décontenancés, les Ombres regardèrent successivement le ninja en blanc et Jiraya.

- Dis Jiji, c'est normal si on comprend rien à ce qu'il raconte ? ricana Kiba.

- Moi je comprends, dit lentement la Nara. Plutôt que de rejoindre nos alliés, il veut que nous prenions l'armée adverse en tenaille. Ils seront pris entre deux feux, ce qui constitue un avantage tactique sans prix. Le problème, c'est que nous ne sommes pas assez, tempéra-t-elle en adressant un regard interrogateur à l'élu.

Ce dernier se tourna vers Shisui, le sourire aux lèvres.

- Le parchemin ?

- Le parchemin, Shisui.

Ino sursauta à l'écoute du nom, qu'Itachi avait laissé échapper à plusieurs reprises par le passé.

- Uchiha Shisui ?!

- Lui-même ! Et lui, c'est John Smith, alias l'élu. A moins que ça ne soit l'inverse…

Tout s'embrouillait dans les têtes des Ombres à peine réveillées et submergées par le flux d'information. Ils avaient assez de questions pour remplir des livres entiers, mais, d'un accord tacite, ils décidèrent de les laisser de côté pour le moment. Le danger que représentait l'armée adverse était bien plus pressant.

Shisui donna un parchemin à l'élu, qui le déroula et plaqua la paume de sa main droite en son centre.

Il y eut une petite détonation et les ex captifs clignèrent des yeux béatement. Un magnifique lion deux fois plus grand que la normale venait de faire son apparition sur le champ de bataille. Avant même qu'ils ne puissent se remettre de leur surprise, un nouvel animal, un serpent cette fois, sortit de nulle part, et ce fut le début d'un véritable défilé de créatures en tout genre. En moins d'une minute, pas moins de cinq cent animaux invoqués avaient rejoint le petit groupe de ninjas.

- Il est impossible d'invoquer autant de créatures à la fois, même pour l'élu, souffla Tsunade.

- Ce n'est pas une simple jutsu d'invocation, c'est le Shizen no Kouso (Appel de la Nature), expliqua Karasu. C'est une des techniques secrètes des Ermites de la Nature, et elle coûte beaucoup moins de chakra qu'une invocation classique. Le seul désavantage est que je ne peux pas bouger d'ici. Je dois garder ma paume au centre du parchemin, sans quoi les animaux seront révoqués…

- Je vois. Il va falloir laisser quelqu'un pour vous protéger dans ce cas… releva Kushina.

- Inutile. J'ai ma deuxième main de libre pour me défendre, répondit laconiquement l'élu, avant d'ajouter en se tournant vers Shika :

- Shika, je vous confie la suite des opérations. Après tout, Itachi ou Nagato, aussi brillants qu'ils aient pu être, n'ont jamais pu égaler vos compétences stratégiques. Ecrasez donc ce général dans un duel de Nara !

Shika lui fit un sourire mi figue mi raisin.

- Bien sûr, et je compte bien survivre et découvrir qui vous êtes et pourquoi vous avez autant tardé pour vous montrer !

Et Shika se prépara à donner l'ordre d'attaquer. Les invocations de Karasu étaient, à l'instar des crapauds invoqués par Jiraya, des animaux bien plus intelligents que la normale, et avaient par conséquent compris que Shika était leur nouveau maître. Comme un seul homme, fauves, reptiles et oiseaux géants s'élanceraient bientôt vers l'armée impériale, talonnés par la quinzaine de shinobis dont la puissance n'était plus à démontrer.

Nagato comprit aussitôt ce que Shika avait en tête, et le corps de Tobirama fit volte-face pour faire face à ses troupes.

- Cela fait plus de cinq ans que Madara nous trompe, nous torture et nous assassine en toute impunité ! Mais aujourd'hui, il va payer, je vous en fait le serment ! Battez-vous de toutes vos forces, battez-vous pour votre famille, vos amis, et même vos ennemis ! Combattez pour l'humanité, pour une humanité libre !

Les trois mille hommes répondirent d'une seule et même voix, qui secoua l'île et fit battre les cœurs à la chamade.

- Liberté !

Sasuke posa sa paume sur le sol, et invoqua Excalibur, qu'il avait scellée pour qu'elle ne soit pas attirée par l'aimant. Son regard glissa sur sa droite, et il vit que Han, Rai et Neji avaient déjà leur arme légendaire en main.

Tous les autres avaient des sabres en bois parfaitement affûtés, et ils n'attendaient que l'injonction de Nagato pour aller au combat.

Soudain, Sasuke se retourna brusquement en sentant un puissant chakra arriver derrière lui.

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il reconnut Nagato. Pour la toute première fois, Nagato était venu sur le champ de bataille en personne, sur son fauteuil mécanique, comme s'il voulait montrer à tous qu'il était autant impliqué qu'eux.

- Et oui, vous avez devant vous mon vrai visage, celui de votre chef du jour. Je ne suis qu'un gamin aux yeux de beaucoup d'entre vous, et comme vous pouvez le voir, je suis incapable de me battre autrement qu'avec ces pantins, dit-il en montrant un des Tendô du doigt. Mais je ne suis pas un lâche, et c'est pourquoi je lie mon destin au vôtre. Ce soir, je triompherai avec vous, ou je mourrai avec vous. Et vous, mourrez-vous avec moi ?

Une immense clameur lui répondit, et Nagato leva le bras aussi haut qu'il le pouvait.

- Chargez !

Comme s'il n'attendait que ça, Rai démarra au quart du tour, son unité peinant à suivre le rythme, puis les autres régiments se mirent à courir.

Voyant cela, Shikaku se retourna et constata que Shika venait de lancer l'assaut. Le timing était parfait, l'armée de la Nature et celle de Tokyo atteindraient la sienne au même moment.

S'il ne réagissait pas maintenant, ils n'auraient plus aucune chance de l'emporter.

- Je vais vous montrer que je n'ai pas eu mon grade dans une pochette surprise…

Sur l'injonction du général, l'armée se divisa en deux, chaque moitié faisant face à une des armées assaillantes. Mais ce premier mouvement n'était en réalité qu'un moyen de préparer le deuxième coup, à savoir l'encerclement de l'armée rebelle. En effet, chaque moitié commença à s'étioler, et les impériaux rompirent la formation pour s'élancer vers les flancs gauches et droits de la horde qui leur faisait face. De cette manière, la charge de leurs ennemis ne rencontrerait que du vide, et ils se feraient déborder en un instant.

Tout en courant, Shika fronça les sourcils.

« Il est très très fort. Nous avions un énorme avantage, et il a tout changé en un éclair. Si nous continuons d'avancer, nous allons nous retrouver nez à nez avec nos alliés, et l'armée adverse nous aura complètement encerclé ! »

- Au château, on retourne au château, retraite ! s'écria Shika.

Et dans une parfaite coordination, les centaines d'animaux et les quelques humains que comportait son armée firent volte-face et s'élancèrent vers le château comme si la mort était à leur trousse.

Voyant cela, Nagato réalisa à son tour la gravité de la situation, et agit de même, son armée commença à reculer pour ne pas être débordée. Moins bien rodée que celle de Shika, elle n'agit que très lentement, mais à temps. La manœuvre de Shikaku avait été entravée par la réaction rapide de Shika.

- Alors comme ça c'est un duel de Nara, sourit le général en apercevant la jeune femme au cœur de l'armée ennemie. Quoiqu'il en soit, il me semble que Nara Père a toujours battu son fils au Shôgi…

- Vous disiez, mon général ?

- Rendors-toi.

Shikaku se frotta le menton. Sa rivale était brillante, mais moins que lui. Il avait toujours un coup d'avance…

Shika marqua un temps d'arrêt en arrivant au pied des murailles. Celles-ci, désertes un instant auparavant, étaient maintenant noires de monde.

Des centaines de ninjas avaient été dissimulés par un genjutsu et s'étaient placés là dès le début de la bataille pour les prendre en tenaille en cet instant.

Les ninjas sautèrent au pied des murailles, et Shikaku se prépara à savourer sa victoire sur la première armée rebelle.

- Il avait tout anticipé depuis le début… souffla Shika.

- Le truc c'est que nous aussi, sourit Shisui.

Et à la grande horreur de Shikaku, l'armée de Shika s'évanouit purement et simplement avant de réapparaître derrière les ninjas venus les intercepter.

- Tu croyais vraiment qu'un maître en Genjutsu comme moi n'aurait pas détecté tes guignols, bouffon ?! s'écria Shisui en brandissant son poing vers le ciel.

Shikaku s'essuya le front. Le bataillon de Shika dans son ensemble avait été masqué par une illusion incroyable, probablement produite par ce brun prétentieux. Pendant ce temps-là, une fausse réplique de l'armée de Shika avait couru vers le château, mais plus lentement que l'originale…

Il avait été joué, et surpassé. Shika avait répondu à son genjutsu par un autre genjutsu.

Le général se consola en pensant que la Nara n'avait fait qu'éviter un désastre, elle n'avait pas obtenu d'avantage sur son armée. Ce n'était qu'un coup défensif, mais qui avait annulé son offensive.

Désormais, aucun des deux camps n'avait d'avantage sur l'autre, et cela sonnait le glas de la stratégie. C'était ici que s'arrêtait son rôle dans cette bataille, le reste appartenait à ses hommes.

- Chargez ! s'exclama le général Shikaku.

Chacune des deux armées se rencontra dans une violence inouïe, et ce qui avait été une bataille tactique devint vite une mêlée indescriptible.

Dans un désordre complet, des créatures invoquées déchiquetaient la chair de dizaines d'impériaux avant d'être brûlées au troisième degré par des jutsus Katon. Les quelques ninjas qui avaient connu l'emprisonnement du sceau de Madara ne déméritaient pas et redécouvraient un art qu'ils avaient cru perdu. Car s'ils n'avaient pas progressé en deux ans, ils n'avaient pas non plus oublié. La fin d'Amaterasu, la mort d'Itachi, et la pose du sceau, pour eux, c'était comme si c'était hier.

Tsunade retrouvait son occupation favorite, à savoir broyer des crânes, et Anko virevoltait comme jamais. Toutes deux étaient bien décidées à traverser le champ de bataille pour rejoindre Hashirama et Orochimaru, qui, bien évidemment, avaient eu la même idée.

Le Senju était comme possédé. Personne n'osait se tenir à moins de deux mètres de lui, Hashirama ne laissant qu'un sillon sanglant dans son passage. Il répondait aux jutsus par son sabre en bois, et à chacun de ses mouvements, une tête tombait.

Mais les autres anciens d'Amaterasu n'étaient pas en reste. Kakashi ratissait les rangs ennemis avec son Chidori aux côtés de Shika, qui avait abandonné son rôle de Général pour celui de soldat. Ses ombres étranglaient ça et là les quelques ninjas assez fous pour s'approcher de trop près.

Ino et Kiba avaient décidé de se battre ensemble, et le résultat n'était pas beau à voir. Ces deux-là, en dépit de leur apparence angélique, accomplissaient un massacre qui aurait donné la nausée à Hannibal Lecter. La lame de vent d'Ino empalait tant d'impériaux qu'elle en faisait presque des brochettes, et les coups de griffes de Kiba mutilaient tous les ninjas qui l'approchaient. La force de ce dernier était amplifiée par la rage qu'il habitait, puisqu'il venait d'apprendre que son fidèle Akamaru avait trouvé la mort depuis de longs mois déjà, cruellement assassiné par un des gardes du corps de Madara, un dénommé Higashi, selon l'élu. Kiba ne savait pas comment ce dernier l'avait découvert, mais il lui était reconnaissant. Ne pas savoir, c'était bien pire.

Constatant que pas un de ses adversaires ne lui arrivait à la cheville, Kiba commença à prendre confiance, et railla les ninjas qui venaient pour l'affronter.

- Alors, on n'arrive même pas à battre un type qui a fait la sieste pendant deux ans ? C'est honteux !

Néanmoins, Kiba n'eut pas le loisir de faire le mariole bien longtemps, car il finit par rencontrer un ninja bien plus teigneux que les autres. Ledit ninja maîtrisait trois éléments, et ses jutsus Raiton se trouvèrent être un véritable casse-tête pour Kiba.

Il esquiva un Chidori et porta un coup surpuissant vers la tête de son ennemi, qui sauta en arrière. Kiba grogna en constatant que son vis-à-vis s'en était tiré avec un petite égratignure sur la joue.

Il voulut attaquer derechef mais l'autre l'anticipa et plongea sur le côté. Déséquilibré, Kiba chuta lourdement. A ce niveau, une erreur se payait cash, et son adversaire ne laissa pas passer l'occasion. Il transperça le thorax de Kiba d'un nouveau Chidori, et sourit méchamment. Son rictus se mua en masque de douleur lorsque la main d'Ino lui traversa la poitrine.

Ino jeta le cadavre loin du corps de Kiba, et versa une unique larme en constatant que son ami était déjà mort.

Elle le déposa avec douceur tout en parant de sa main gauche une attaque qui venait de derrière son dos. Le sens de l'honneur devenait très approximatif sur un champ de bataille…

Furieuse, elle se retourna et le décapita d'un seul geste. Après un dernier regard vers son compagnon décédé, elle courut vers sa prochaine victime.

Pendant ce temps-là, Suigetsu s'était fait totalement acculer. Il s'était frotté à un groupe de ninjas bien plus forts que la moyenne, et il avait eu les yeux plus gros que le ventre. Si sa suprématie sur le quidam moyen était avérée deux auparavant, il n'en était plus rien aujourd'hui. Suigetsu découvrait que les hommes de Madara avaient progressé, et c'était assez désagréable.

Il baissa les yeux sur le cadavre de Karin, abattu sournoisement par un impérial. Suigetsu était arrivé trop tard, et n'avait pu que venger son camarade. Malheureusement, toute une division d'impériaux lui était tombée sur le dos l'instant d'après, et il sentait la mort s'approcher lentement mais sûrement.

Son immense sabre embrocha deux ninjas d'affilée, puis para une boule de feu. Suigetsu se retourna ensuite pour arrêter un énième coup en traître. C'était à croire que ces gars-là avaient reçu des leçons personnelles de Kisame pour être aussi vicieux !

L'épéiste utilisa un jutsu Suiton pour éjecter deux ninjas et en décapita un troisième. Ses adversaires reculèrent ils n'avaient jamais eu affaire avec une épée de cette taille, et c'était une expérience qu'ils ne souhaitaient pas renouveler dans un futur proche.

Suigetsu teinte l'herbe du sang d'une vingtaine d'ennemis avant de tomber à son tour, touché mortellement par une boule de feu en plein visage. Son sabre ne toucha jamais le sol.

Interdit, l'assassin de Suigetsu regarda l'épée, qu'un poing massif tenait fermement. Son regard remonta progressivement, et il eut tout le loisir de détailler l'imposante musculature de son vis-à-vis. Il déglutit en apercevant le marteau dans sa main droite. Porter à la fois ce marteau de guerre et l'immense épée de Zabuza, ce n'était pas humain.

- Pitié…

Une flamme brillait dans les yeux de Rai lorsqu'il brisa le crâne du ninja. Aujourd'hui, il serait impitoyable.

Lorsque Rai se remit à courir, tout le monde s'enfuit devant lui. Armé de ses deux armes gigantesques, le colosse moissonnait le champ de bataille et écrasait tout sur son passage. Une vitesse et une force surhumaine que personne au monde n'aurait pu égaler. Un météore.

Gaara, lui, combattait de façon bien différente. Il se contentait de déambuler sur l'île, son sable faisant le reste. Il ressemblait à un ange tombé du ciel, rien en lui ne respirait la guerre et la haine. Et pourtant, son sable emportait son lot de victimes, étouffant et broyant quantité de ninjas pourtant au sommet de l'art. Pour tout ninja, quelque fut sa puissance, affronter Gaara était toujours difficile, son sable lui procurant une force de frappe hallucinante doublée d'une défense quasi-parfaite.

Plus dangereux encore était Shisui. Le shinobi était comme une ombre insaisissable et peu de gens avaient le temps de le voir avant de mourir. Shisui allait et venait, frappant à chaque fois avec une précision chirurgicale. Mais le pire pour ses adversaires demeuraient les illusions qu'il utilisait constamment, ce qui était très difficile dans ce genre de combat. A chaque fois que les impériaux pensaient l'avoir touché, le mirage s'estompait, remplacé par le masque pâle et grimaçant de la faucheuse qui venait les emporter.

Tayuya, Kabuto et Konan formaient un trio aussi dévastateur qu'inédit. En effet, il était bien rare de voir Konan faire équipe, mais l'ex porte-parole avait tout de suite compris que leurs adversaires étaient plus puissants que ceux qu'elle avait affrontés deux ans auparavant.

Bien que mis à mal, tous les trois résistaient vaillamment. A chaque fois que l'un d'entre eux était mis en difficulté, un autre venait à la rescousse et le tirait de cette situation délicate.

Konan demeurait la plus dangereuse du trio, ses origamis d'apparence si inoffensive prélevant un large tribut chez ses adversaires.

De temps à autre, les animaux invoqués par Karasu venaient sauver un des shinobis de l'armée, mais leur passe-temps favori demeurait le démembrement des soldats impériaux.

Les fauves étaient une véritable épine dans le pied de l'Empire, car aucun jutsu n'en venait à bout, et peu de gens osaient les approcher. Lorsqu'un des animaux bondissait sur vous, c'était la fin…

Un peu plus loin, la Grande Armée de Tokyo affrontait le reste de l'armée impériale. De nombreuses pertes étaient déjà à déplorer parmi les résistants, tous des néophytes. Leur sabre en bois leur permettait parfois de venir à bout de leurs ennemis, mais ils arrivaient rarement à le toucher, et ils périssaient le plus souvent du fait d'une boule de feu, transpercés par une lame de vent ou électrocutés.

Heureusement, les ninjas de Fuki s'efforçaient d'aller et venir sur le champ de bataille, et ils sauvaient la vie de ces hommes à chaque fois qu'ils le pouvaient.

L'exception à la règle se trouvait être Bee, trop dangereuse pour rester à proximité de ses alliés. La jinchuuriki s'était donc exilée en plein milieu de l'armée ennemie, et… tournait. Ses sept sabres ne laissaient derrière elle que des lambeaux de chair sanguinolents, elle était intouchable.

Jamais aucun shinobi ne fut à ce point bombardé par les jutsus, Bee ne comptait plus les boules de feu qui venait s'écraser sur ses sabres protégés par la couche de chakra Raiton qui les recouvraient. Les impériaux s'étaient finalement résignés à attendre qu'elle s'épuise, sans savoir qu'ils avaient face à eux une jinchuuriki. L'après-midi serait long, très long…

Sakura avait renoncé à combattre, sauf en cas d'absolue nécessité. Elle était bien assez occupée à soigner les montagnes de blessés couchés à travers le champ de bataille. C'était dans ces moments-là que l'on voyait l'horreur de la guerre, et la kunoichi se surprit à se demander ce qu'elle faisait là. Dans une autre vie, elle aurait peut-être été allongée sur l'herbe à fumer après une dure journée d'études à la Fac. Le destin en avait voulu autrement, et elle essayait de vider son esprit tout en cautérisant les plaies.

Neji avait rangé son arc depuis longtemps, le jugeant un brin inapproprié dans ce type de conflit. Mais ses adversaires commençaient presque à regretter l'arc d'Apollon, tant le Hyôken du Hyûga était parfait. Ils n'avaient pas une seule ouverture, et leurs jutsus étaient tous parés par le tourbillon divin. De temps à autre, Neji passait au Ninjutsu, les arrosant d'un cocktail à base de Raiton et Fuuton, histoire de leur redonner le moral, sans doute. En tout cas, c'était raté.

Mais Neji n'était pas le seul Hyûga a être l'auteur d'une hécatombe, Hinata ayant apparemment décidé de faire passer Jet Li pour un enfant de cœur. La durée moyenne de survie de ses ennemis ne dépassait pas deux secondes, et la kunoichi ne devait pas recevoir la moindre blessure de tout le combat. Fuki avait atteint un niveau bien plus haut que les impériaux, qui ne pouvaient rivaliser qu'avec certains des ex ninjas d'Amaterasu.

Han n'en apportait que la confirmation, comme le montrait l'amas de cadavres éparpillés à ses pieds. Presque blasé, le jinchuuriki n'avait pas encore utilisé le Ninjutsu, il se contentait de faire des moulinets de son long sabre et c'était suffisant pour balayer tout ce qui se présentait face à lui. Il en allait de même pour Sasuke, dont le sharingan et la vitesse laissaient ses ennemis encore plus démunis. L'Uchiha n'en revenait pas d'une telle facilité. Il n'avait jusqu'alors pas réalisé à quel point ces deux années l'avait endurci.

Roberto, lui, n'avait pas tué le moindre ninja. Il avait des principes, et, s'il acceptait de se battre, il refusait de verser la moindre goutte de sang. Pourtant, les impériaux ne se bousculaient pas pour venir l'affronter, la montagne de corps inanimés sur laquelle le prêtre était juché ne leur inspirant pas spécialement confiance.

Alors que Roberto commençait à s'ennuyer personne ne s'était approché pour réclamer son dû depuis de longues minutes il vit un nouveau ninja s'approcher. Et ce n'était pas n'importe qui, au vu de ses galons.

- C'est vous le général Shikaku ?

- Lui-même.

- C'est un joyeux merdier, hein ? reprit Roberto en regardant autour de lui.

- Qui êtes-vous exactement ? Je ne vous ai jamais vu auparavant, lui fit remarquer Shikaku.

- Roberto. Je suis le prêtre. Je vous donnerai mon nom de réincarnation, mais pas avant l'absolution. Ne soyez pas trop pressé de mourir, mon fils…

Shikaku haussa un sourcil.

- Si même les religieux s'y mettent… En attendant, votre fonction ne vous épargnera pas la mort.

Les deux hommes se toisèrent avec défi, et le combat commença.

- Kage Mane no jutsu ! (Manipulation des ombres) s'exclama Shikaku.

Roberto baissa lentement la tête vers son ombre.

- Marrant ce truc…

Shikaku s'étrangla en le voyant se mouvoir sans difficulté apparente. Sa manipulation avait réussie, mais elle était absolument inefficace. Ce Roberto n'était pas en train de briser l'emprise de l'ombre par la force, mais il était aussi glissant comme une anguille, c'était comme vouloir pêcher à main nue.

- Comment faites-vous ça ?

- Je suis agile, c'est tout, répondit Roberto en lui faisant un clin d'œil. Agile et rapide.

Shikaku n'eut pas le temps de réagir que Roberto était déjà derrière lui.

Le général sentit le doigt du prêtre frôler sa nuque, et il fut légèrement électrocuté. Fou de rage, le Nara se retourna pour faire face à son agresseur.

- Qu'est-ce que vous faites ?

- Je voulais appuyer en un certain endroit de votre nuque, et diffuser un courant électrique qui vous aurait mis hors circuit pour le reste de la journée. Comment croyez-vous que j'ai fait ça ? demanda le prêtre en désignant le monticule de ninjas impériaux.

- Je ne vous laisserai pas faire, rétorqua Shikaku en composant une longue suite de mudras.

Suiton : Baku Suishouha ! (La vague explosive)

- Fuuton : Merde, j'ai oublié le nom, râla Roberto en exécutant à son tour une série de signes.

Un mur de vent se dressa et stoppa net la vague, à la grande surprise de Shikaku qui commençait à en avoir marre de tomber des nues toutes les cinq minutes.

- Comment un simple mur de vent…

- Arrête de parler et agis, répondit Roberto.

Soudain, Shikaku eut une sensation étrange. Roberto était complètement immobile, et ça ne collait pas au personnage… Le Nara se retourna juste à temps pour éviter l'index tendu de Roberto, qui se trouvait derrière lui.

Il se retourna à nouveau, et vit l'image de Roberto se dissiper progressivement.

- Qu'est-ce que ça ? Un genjutsu ?

- Pas vraiment… C'est une technique Fuuton qui crée une sorte de mirage, après le reste c'est de la vitesse pure. Je ne me souviens plus de la théorie, c'est chiant la théorie.

Roberto toussa, puis déclara non sans fierté :

- Bon allez, fini de jouer. Je balance la sauce. Et n'attends pas de nom de technique, j'ai autre chose à foutre que de trouver des noms japs qui sonnent bien.

Le prêtre tendit le bras droit, la paume de sa main ouverte, et une sphère de chakra commença à tourbillonner en son centre.

- Un Rasengan ? Tu te fous de ma gueule ?

Roberto s'abstint de répondre, et Shikaku prit vite conscience de son erreur. La rotation était différente que pour un Rasengan, et le chakra à l'intérieur ne suivait pas la spirale habituelle. Ce n'était pas une spirale, mais une sorte de ressort.

Roberto cessa soudainement de bouger sa main gauche, et l'orbe explosa. Le ressort de chakra se détendit, et fut propulsé à une vitesse inouïe vers Shikaku qui fut éjecté à plusieurs mètres.

La douleur était inimaginable, et il sentait le sang s'écouler de son torse béant. Cette technique était bien plus dangereuse qu'un Rasengan, la portée était bien plus grande…

- Ne t'inquiète pas, j'ai réglé la puissance au minimum, tu t'en tireras, lui promit Roberto en s'approchant de lui.

- Tue-moi…

- Désolé mon fils, mais je ne peux pas. Ah, et je suis la réincarnation d'un certain Hatake Sakumo, le père de Kakashi si j'ai bien compris.

Un sourire crispé apparut sur les lèvres de Shikaku. Croc Blanc de Konoha… S'il avait su qu'il avait affaire à un des trois plus grands génies que Konoha ait jamais connu, il y aurait réfléchi à deux fois avant de l'attaquer.

- Chierie…

- Comme tu dis, répondit Roberto en l'envoyant au pays des songes.

La victoire de Roberto, alias Sakumo sur le général Shikaku fut le tournant de la bataille. Déstabilisée et désorganisée par la perte de leur chef, la cohésion de l'armée impériale s'estompa comme de la glace en été, et dès lors, la bataille devint à sens unique. Même les soldats inexpérimentés de l'armée rebelle étaient moins nombreux à tomber, et les impériaux sentaient leurs forces les quitter. Lorsqu'ils ne furent plus que deux cents, les derniers survivants de la glorieuse armée de l'Empire tentèrent de s'enfuir, mais furent promptement rattrapés et mis en pièce par les invocations de Karasu. Ainsi s'acheva la plus grande bataille shinobi de l'histoire de ce monde. Comme toutes les batailles en somme, dans un ultime cri d'agonie et le chant des blessés…

Les vainqueurs, heureux mais épuisés, se laissèrent tomber sur le sol, et purent goûter à un repos bien mérité.

Tous sauf les ninjas de Fuki, qui faisaient cercle autour d'un ninja prostré sur le sol. Voyant cela, les Ombres délivrées depuis peu s'approchèrent avec appréhension. Y aurait-il une nouvelle victime à déplorer ?

Ils eurent rapidement la réponse à cette question. Le visage défait de Sakura devant le corps sans vie de Sasori.

Le ninja n'avait pourtant pas semblé en difficulté lors des combats, mais un jutsu Fuuton bien placé avait eu raison de lui en le touchant à la nuque. Sakura n'avait rien pu faire.

- Merde… murmura Orochimaru. Et dire qu'il avait trouvé le secret de l'immortalité… Putain c'est vraiment trop bête.

L'ophidien s'efforçait de rester de marbre, mais sa tristesse était bien plus grande qu'il n'aurait voulu l'admettre. Sasori était sans nul doute le ninja qu'il affectionnait le plus à Fuki, il était comme un père pour le jeunot qu'il était.

- Sasori, Kiba, Karin et Suigetsu, je prierai pour vous, dit calmement Sakumo.

Les autres acquiescèrent, trop fatigués pour pleurer, puis se dirigèrent vers le château.

La bataille n'avait pas été une sinécure pour les ninjas qui avaient connu l'emprisonnement du sceau… Karin, Suigetsu et Kiba avaient frais du manque d'entraînement. Les autres ex-shinobis d'Amaterasu s'en étaient plus ou moins bien sortis, mais ça n'avait pas été facile…

Avant de partir, Nagato dit quelques mots à l'adresse des survivants de la grande Armée de Tokyo, un peu moins de mille citoyens qui s'étaient battus avec un courage qui forçait le respect.

- Merci à tous pour la bravoure dont vous avez fait preuve. La guerre n'est pas finie, puisque le tyran se terre encore dans son palais. Cependant, vous avez fait votre part du boulot, nous nous occupons du reste. La puissance des derniers ninjas de l'Empire dépassent de loin vos compétences. Comptez sur nous pour en finir une bonne fois pour toute, et retournez chez vous.

Karasu sourit en voyant approcher tous ces êtres auxquels il tenait tant. Par bonheur, Sakura et son frère n'avaient rien, mais beaucoup d'hommes étaient morts aujourd'hui. Tellement de morts... Dont Madara était responsable.

L'élu se leva, et les dernières invocations disparurent dans un nuage blanchâtre.

- Nous voilà maintenant au dernier acte, déclara-t-il en se tournant vers la porte abattue. A l'intérieur du palais, les ninjas de Fuki et d'Amaterasu pouvaient distinguer de nombreux shinobis, peut-être une centaine, qui les attendaient patiemment. La bataille n'était pas encore finie.

- En tout cas, Madara est à moi, s'avança Kakashi.

Le ninja copieur était furieux après ces deux ans qui lui avaient été enlevés, et il ferait payer le tyran au centuple.

- Non, l'arrêta Karasu. vous n'aurez aucune chance contre lui. Ne sous-estimez pas l'étendue de ses pouvoirs. Peut-être même a-t-il dépassé son alter ego, à l'heure où nous parlons... S'il avait Juubi, il serait invincible. Quoiqu'il en soit, je le battrai.

- En même temps, c'est ce que dit la prophétie… Tu es voué à vaincre Madara, et tu n'échoueras pas… murmura Nagato.

- C'est faux, l'histoire n'est jamais écrite à l'avance. Je pourrais me suicider ici et maintenant, et cette prophétie serait réduite à néant. Ce sont nos actes qui dessinent le futur. La prophétie ? Ce n'est qu'un futur un peu plus probable que les autres, et ma foi bien plus accueillant.

Un silence pesant succéda à ces paroles, silence qui fut finalement brisé par l'inévitable Shisui.

- Bon, on y va ou on attend le dégel ?

- Une minute ! s'exclama Shika. J'aimerais parler avec l'élu.

- C'est trop tard, lui répondit Shisui. Il ne t'entend déjà plus.

En effet, l'élu semblait dans un état second, les yeux mi-clos, il semblait distinguer une chose qu'il était seul capable de voir.

Il ne quitta son mutisme qu'au bout d'un long moment, et ses paroles ne furent pas à la hauteur des espérances de Shika.

- J'y vais, suivez-moi si vous êtes prêts.

L'élu franchit l'entrée du château et marcha vers son destin.