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L'élu


Karasu pénétra dans le hall du château, et s'arrêta net, le temps de compter les auras qu'il ressentait.

- Quarante-quatre… Très bien.

- Vous ne passerez pas.

Kimimaro s'était avancée et avait parlé sur un ton péremptoire. L'handicap de l'élu ne l'empêcha pas de reconnaître la kunoichi.

- Kimimaro Kaguya… Je suis navré de constater que vous êtes toujours du mauvais côté.

- Nous sommes le fleuron de l'armée impériale, vous ne passerez pas ! répéta Kimimaro en avançant d'un pas, sous l'œil attentif des quarante-trois shinobis qui l'accompagnaient.

Ce pas fut le dernier qu'elle fit.

Sans un regard pour Shisui et les ninjas de Fuki qui venaient d'apparaître derrière lui, Karasu s'élança.

Le temps parut s'arrêter pour les ninjas de l'Empire comme pour les alliés de Karasu. Tous autant qu'ils fussent étaient incapables de détacher leur regard de l'élu, qui se mouvait avec une grâce surnaturelle.

Deidara se surprit même à verser une larme en le voyant s'envoler vers ses adversaires. C'était de l'art, c'était l'Art. Modifiez sa posture, même imperceptiblement, et cette perfection se serait effondrée comme un château de carte. L'élu était au bon endroit au bon moment. Il était harmonie.

Karasu atteint vite une telle vitesse que les spectateurs, alliés comme ennemis, ne purent plus le suivre. Mais tous avaient encore cette image de perfection gravée sur leur rétine. La dernière que quarante-quatre d'entre eux verraient avant de sombrer dans l'inconscience.

La suite des mouvements de l'élu les aurait tout autant subjugués. Avec une précision méthodique, Karasu s'abattait sur chacun des ninjas, puis passait au suivant dans la continuité de son mouvement. Tout était continuité, fluidité. Il était tel un serpent, insaisissable et meurtrier, mais avait la grâce de l'alouette.

Les quarante-quatre impériaux touchèrent le sol au même moment, et le bruit de leur chute fit ciller les alliés de l'élu. A peine cinq secondes s'étaient écoulées depuis que ce dernier avait esquissé son premier geste, et tous ses ennemis étaient déjà à terre.

Comme d'habitude, le premier à briser le silence fut un certain Shisui.

- Y a pas à dire, c'est encore plus impressionnant quand tu y vas à fond !

- Je parie que tu commences à regretter d'avoir refusé d'apprendre l'art de l'ermite de la nature, lui répondit Karasu en lui rendant son sourire.

- Ouaip. Y a pas à dire, les katas de la nature, c'est autrement plus stylé que ceux du crapaud, hein Jiji !

Jiraya cligna des yeux un peu bêtement. Il ne s'était toujours pas remis de ce qu'il venait de voir. Les strip-teaseuses les plus douées lui paraissaient bien pataudes après ça… Si une fille apprenait les katas de la nature, elle ferait des jalouses…

Jiraya s'ébroua, jugeant que le moment n'était pas propice à de telles réflexions.

- Il n'y a plus qu'à espérer que ces katas marcheront contre Madara, dit Nagato, qui s'était assez vite remis de la démonstration de l'élu. Il en fallait beaucoup pour l'impressionner.

Son fauteuil glissa jusqu'au premier corps qui traînait sur le sol, à savoir celui de Kimimaro, et il constata que la Kaguya était vivante. Sa surprise redoubla lorsqu'il s'aperçut qu'un sceau avait était apposé sur son cou.

- Un sceau de rétention assez basique qui devrait les immobiliser pour le reste de la journée, constata Kushina en le rejoignant. Ce qui est impressionnant, c'est de l'avoir posé sur tous ces ninjas en une poignée de secondes…

Tous les regards convergèrent à nouveau vers l'élu, qui soupira.

- Ce n'est pas si incroyable que ça. Et pour répondre à votre remarque, Nagato-san, non, ces katas n'affecteront pas Madara, j'en ai peur. Ce n'est pas le genre d'homme à s'émouvoir pour si peu…

- Si peu ? s'étrangla Sasuke.

- … sans compter que ma vitesse est sensiblement égale à la sienne. Il me verra venir.

Les ninjas présents échangèrent des regards surpris et un poil apeurés. Ils n'auraient jamais cru Madara aussi puissant. L'élu avait peut-être raison lorsqu'il leur avait dit qu'ils ne feraient pas le poids…

- Sur ce, continuons.

- Attendez ! l'arrêta Hinata. Nos amis ont besoin de repos.

Karasu comprit qu'elle parlait des ninjas qui avaient été délivrés du sceau. Après tout, ces derniers avaient dû combattre juste après s'en être débarassés…

- Je vois. Prenez votre temps… Je pars devant.

- Non, lui rétorqua Sakura. Je comprends l'importance de votre mission, John, mais Madara ne va pas s'envoler. Vous n'avez pas un train à prendre, que je sache, alors asseyez-vous et patientez. De plus, il est probable que les quatre gardes du corps vous attendent là haut… Même si vous parveniez à en venir à bout, vous seriez trop fatigué pour battre l'Empereur.

- Peut-être pas, objecta Karasu.

- Mais peut-être que si. Êtes-vous prêts à courir le risque ?

Maté, Karasu hocha la tête et s'assit en tailleur sur la première marche de l'escalier de marbre.

Shisui le rejoignit en souriant, mais un geste de Karasu lui fit comprendre que la moindre remarque serait malvenue.

Les autres profitèrent de ce répit pour fêter la libération de leurs amis. Dans le feu de l'action, ils n'avaient pas eu le droit à de vraies retrouvailles. Pendant quelques minutes, le hall retrouva sa gaîté d'antan. Les rires résonnèrent sur les murs de pierre et l'élu lui-même se dérida quelque peu en assistant à ces scènes de liesse.

- Alors, comment vous avez fait pour les délivrer ? demanda Deidara à Jiraya.

- Tu dormais pendant le briefing ? sourit Kushina. Tout s'est passé selon le plan de John. Jiraya et moi avons tracé notre sceau géant autour du château, et toutes les personnes qui se trouvaient à l'intérieur ont été libérées de l'emprise de Madara.

- Nos amis, qui campaient dans le hall depuis des jours, ont ensuite mis quelques minutes à sortir du château, probablement à cause de leurs liaisons nerveuses. Hashirama a connu ça, lui aussi.

Kakashi leva le pouce.

- Ouaip, c'est exactement ça ! C'était vraiment bizarre, on avait l'impression que notre corps refusait de nous obéir… Heureusement, tout est vite revenu à la normale.

Kakashi se tourna vers la quarantaine de ninjas inanimés.

- A l'époque, tous ces types n'étaient pas là, ils n'y avaient que deux ou trois gugusses que Tsunade a mis en pièces. Elle a d'ailleurs signé une sortie assez réussie en détruisant la porte…

La blonde, blottie contre Hashirama, lui fit un sourire éclatant.

- Il faisait sombre et je n'arrivais pas à trouver la poignée.

La boutade arracha un rire aux personnes présentes, et Kakashi boucla son modeste récit.

- Et pour finir, l'élu nous a rejoints. Au début, on ne savait pas à qui on avait affaire mais on l'a vite compris, il suffisait de le regarder…

Le ninja copieur soupira.

- Et puis après, baston. Etant donné que mon dernier souvenir remonte au siège du château, je commence à en avoir un peu marre de me battre, j'ai l'impression de ne faire que ça ces temps-ci.

- A qui le dis-tu ! renchérit Sasuke. On n'a pas chômé pendant deux ans…

- Oui, je m'en doute…

Au bout d'un long moment, l'élu se releva.

- Bien, il est temps d'y aller. Que ceux qui le désirent me suivent, je n'oblige personne à le faire. Je comprendrais si certains d'entre vous, en particulier les anciens d'Amaterasu qui ont reçus le sceau du Yondaime, voulaient s'arrêter là.

Tous les ninjas précédents s'avancèrent vers l'escalier comme un seul homme. Leur décision était prise.

- Je me bats depuis le tout début, pas question de faire les choses à moitié ! s'écria Ino.

- Je suppose que vous ne changerez pas d'avis ?

Tous répondirent à la négative, et Karasu secoua la tête en souriant. Ils n'avaient pas changé. Il était fier de ses amis, des personnes toutes plus remarquables que les autres, que ce soit en temps que shinobi ou en temps qu'humain. Mais plus que tout, ils étaient incroyablement courageux.

- Merci, répondit simplement l'élu en commençant à gravir les marches de l'escalier. Tu avais raison Sakura, je n'aurais pas pu y arriver seul.

La kunoichi sourit mais ne dit rien. L'élu ne semblait pas du genre à reconnaître aisément ses erreurs.

Une fois arrivés en haut, Karasu bifurqua à gauche et le groupe emprunta le couloir que beaucoup connaissaient si bien. Nagato s'était placé derrière les autres. Il était presque incapable de se battre, mais il ne voulait pas rester dans le hall. Il voulait rester avec ses hommes jusqu'à la toute fin, qu'elle soit heureuse ou tragique. Ses six corps auxiliaires, quant à eux, avaient été disséminés au sein du groupe en vue de l'affrontement qui s'ensuivrait bientôt.

Karasu s'arrêta au milieu du couloir, comme alerté par un sixième sens.

- Ils sont là.

Shisui comprit immédiatement, et s'avança en joignant ses mains.

- Kai !

Sans surprise, le groupe des rebelles vit apparaître les quatre derniers défenseurs du château. Réunis pour la première fois au combat, Kita, Nishi, Higashi et Minami regardaient les intrus avec suffisance.

- Regardez qui voilà. Je parie que le type en blanc est celui qui se prend pour l'élu, fit Kita d'une voix mordante. C'est vrai qu'il n'a pas l'air mauvais, puisqu'il nous a détectés…

- Le type qui a dissipé le genjutsu n'est pas mauvais non plus, fit remarquer Higashi. C'est le ninja qui nous a envoyer valser avec un jutsu Fuuton, l'autre jour, à Tokyo.

- C'est parce que vous êtes nuls, pas de quoi s'inquiéter, ricana Kita.

- L'Empereur lui-même a reçu le jutsu de plein fouet.

Cette fois-ci, Kita se tut. L'affaire était plus sérieuse qu'il ne l'avait supposée au premier abord.

- Bien, sur ce… Minami ! Tu es près ?

Le dénommé Minami acquiesça, et s'avança pour coller la paume de sa main contre celle de Kita.

Shisui haussa un sourcil, puis son visage s'éclaira.

- Aaah d'accord. Perso, je n'ai rien contre les homos, mais j'avais mal saisi la nature de votre relation. En tout cas, vous avez ma bénédiction les amis ! Vous voulez que je me tourne pour vous laisser un peu d'intimité ?

Kita lui envoya un regard furieux, mais Minami ne parut pas l'entendre.

- Concentre-toi, Kita. Il serait problématique que nous échouions.

Kita grogna mais obtempéra, et les deux shinobis commencèrent à composer des mudras… à deux.

- C'est vraiment possible, ça ? souffla Konan en les voyant former les signes avec la main de chacun d'entre eux. L'exercice exigeait une parfaite coordination, mais les deux gardes du corps s'en tiraient à merveille. La symbiose était si parfaite que Jiraya se demanda un instant si Shisui n'avait pas vu juste.

Soudain, les mains des deux hommes se détachèrent, et ils se baissèrent pour appuyer de leur paume sur le sol.

Un mur d'énergie dorée apparut immédiatement devant et derrière les quatre gardes du corps, et Sasuke plissa les yeux en l'observant avec son sharingan. Une barrière Ninjutsu, mais d'une complexité qui dépassait l'entendement. Il serait très difficile, sinon impossible, de la traverser.

- Tous, est-ce que vous pouvez me rendre une service ?

Tout le monde se tourna vers l'élu, prêts à écouter la suite.

- J'aimerais que vous vous occupiez de ces quatre-là pendant que j'irais combattre Madara. Je n'ai pas temps à perdre avec ce genre de choses, et j'ai confiance en vous. Vous triompherez.

- Tu peux nous faire confiance, lui répondit Rai. On va les exploser.

Shisui leva le pouce, et donna l'accolade à son ami.

- Et toi, t'as intérêt à revenir vivant et bien portant ! Et donne une fessée à Madara de ma part. Dis-lui que c'est pour Budi.

Karasu posa sa main sur l'épaule de son ami.

- Depuis tout ce temps…

- Et oui… J'essaie d'oublier, mais c'est pas simple. C'était Elle, avec un grand E. C'était la fille qu'il me fallait, vieux.

Karasu glissa un regard vers Sakura et chuchota :

- On a eu la chance de trouver l'amour, mais c'est vraiment pas simple, hein ?

- A qui le dis-tu…

- Hé ! Vous vous foutez de nous ou quoi ? éructa Kita. Inutile d'échafauder de beaux projets, monsieur l'élu, cette barrière est absolument im-po-ssible à franchir. Tant que Minami et moi garderons la paume appuyée sur le sol, vous ne pourrez pas passer.

Soudain, les yeux de Kita devinrent ronds comme des soucoupes. L'homme en blanc avait disparu, le temps d'un battement de cils.

- Où il est passé, ce con ?

- Ici…

Kita eut l'impression que de l'eau glacée se déversait sur sa nuque. La voix venait de derrière lui.

Il se retourna lentement, et vit, à travers l'énergie dorée de la deuxième barrière, la silhouette blanche de l'élu s'éloigner vers la fin du couloir. Vers la porte qu'ils s'étaient jurés de protéger au péril de leur vie.

- Comment est-ce qu'il a fait pour…

- Ce n'est pas important, lui répondit Minami. Ce qui compte, c'est l'instant présent. Devons-nous le poursuivre ?

Les trois autres gardes du corps se mordirent la lèvre. Cet homme étant passé outre la barrière Ninjutsu du Rikudô Sennin, il était peu probable qu'ils parviennent à l'arrêter…

- De toute façon, les autres ne nous laisseraient pas le rattraper, dit finalement Higashi. Dès que Minami et Kita désactiveront les barrières, ils nous sauteront dessus.

Les autres lui donnèrent raison, et Minami se leva, causant ainsi la disparition de la barrière Ninjutsu.

- A défaut de poursuivre l'élu, nous allons nous débarrasser de ses amis. Nous n'avons plus qu'à espérer que l'Empereur s'en sorte…

- Il s'en sortira, l'assura Nishi. Il est invincible.

- Dans tous les cas, on est mal barrés. Si jamais le boss s'en sort vivant, il nous fera passer un sale quart d'heure, glapit Higashi.

Minami l'ignora et s'adressa aux rebelles.

- Il semblerait que rien ne puisse s'opposer au combat entre l'Empereur et votre élu, mais nous ne sommes pas là pour faire de la figuration. Nous allons vous montrer la force des Quatre.

- Nous relevons le défi, répondit Hashirama en faisant un pas en avant.

Mais les ninjas des deux camps se rendirent vite compte que le couloir était loin d'être assez spacieux pour se battre à leur aise. D'un accord commun, il décidèrent d'aller se battre à l'extérieur du château. Cependant, les deux groupes adverses n'ayant aucune confiance en leurs ennemis respectifs, ils s'interdirent d'utiliser toute forme de déplacement rapide pour sortir du palais. En effet, un shinobi aurait pu faire mine de les suivre avant de partir en sens inverse pour rejoindre l'élu et l'Empereur à la place, ce qui aurait été fatal pour la faction adverse.

Avec une lenteur incroyable étant donnés leurs pouvoirs, les ninjas de Fuki se dirigèrent vers l'escalier. Ils marchaient à reculons afin de ne pas quitter les gardes du corps des yeux, ces derniers les suivant à la même vitesse. Si l'un d'entre eux faisait mine de tourner les talons pour suivre l'élu, il serait promptement rattrapé.

Au bout d'une minute qui parut à tous interminable, les ninjas les plus puissants du monde, l'élu et l'Empereur exceptés, se retrouvèrent au milieu de la prairie qui était devenu un champ de bataille. Des centaines de cadavres jonchaient encore le sol, vestiges de la tornade de violence qui avait habité ces lieux quelques instants auparavant. Et l'accalmie était sur le point de prendre fin…

- Venez, dis simplement Nishi en s'écartant de ses acolytes. Combattre seul contre plusieurs adversaires ne m'effraie pas, mais j'apprécierai que notre combat se fasse à l'épée.

Bee, Rai et Sasuke échangèrent un regard, avant de se tourner vers Nagato, qui se tenait un peu plus loin, protégé par Han comme à l'accoutumée.

- On le prend, lui lança Sasuke en dégainant Excalibur.

Nagato acquiesça, et Nishi gratifia Sasuke d'un sourire en apercevant l'épée que tenait ce dernier, au grand désespoir de Kita.

- Comment peut-on être obsédé par les épées à ce point ? Tu as dû avoir une enfance très perturbée…

Nishi l'ignora. Son aura venait de grimper en flèche, et elle augmentait à mesure que Bee , Rai et Sasuke s'approchaient de lui. Lorsqu'il sortit son sabre de son fourreau, il était méconnaissable. Le meilleur épéiste de tous les temps était sur le point de s'adonner à son passe-temps favori.

Une fois que ses trois adversaires l'eurent rejoints, à une dizaine de mètres du reste des ninjas, Nishi siffla en regardant Bee sortir ses sept sabres.

- Magnifique. J'attendais ce moment depuis très longtemps, Killer Bee. Je suis ravi que vous ayez été libérée du sceau, cela nous donne l'occasion de nous affronter !

- Seuls les séides de Madara se repaissent des combats, rétorqua Killer Bee en jonglant avec ses katanas.

Nishi la regarda longuement, admirant les mouvements de ses sabres. Elle serait sans aucun doute une adversaire à sa mesure. L'Uchiha ne semblait pas mauvais non plus.

- Sur ce, commençons. Je suis Sergeï Catachan, réincarnation de Ichigoku Seimusou, maître des sept épéistes de Kiri. A vous !

Sasuke plissa le front. Il n'avait jamais entendu parler de cet homme, mais si son alter ego avait été le maître de Kisame ou Zabuza, il fallait s'en méfier.

- Akio Yoake, réincarnation d'Uchiha Sasuke.

- Rai.

La voix grave de la réincarnation du Raikage était presque aussi impressionnante que les armes qu'ils portaient.

Nishi lui-même frissonna en voyant l'épée démesurée et le marteau gigantesque. Cet homme avait de toute évidence une force inhumaine.

- Je suis Maïté Picarelli, et je suis la réincarnation de Killer Bee.

Ichigoku hocha la tête et se mit en garde. Il se battrait de toutes ses forces, le contraire serait manquer de respect envers de tels adversaires.

- Je vais m'occuper de cet Higashi, dit Ino en se dirigeant vers le ninja en question.

La kunoichi fut promptement rattrapée par Konan.

- Je viens avec toi, Ino. On ne sera pas trop de deux pour le vaincre…

Le dénommé Higashi éclata de rire en les voyant approcher.

- Comment ? Je suis à ce point sous-estimé que vous deux pensez pouvoir me vaincre ? Sauf votre respect, mes demoiselles, vous n'avez pas le niveau. Vous avez stagné pendant deux ans, et même à l'époque, vous n'aviez pas la force des Capitaines.

- C'est ce qu'on va voir, rugit Konan.

- Il n'a pas tout à fait tort, intervint cependant Jiraya. Un ninja de Fuki devrait vous assister…

- Je vais le faire…

Jiraya haussa un sourcil en voyant Roberto s'avancer vers Higashi. Le prêtre n'était pas du genre à se proposer spontanément.

- Trop de sang a coulé, je compte en finir le plus vite possible, expliqua Roberto en rejoignant les deux kunoichis.

Higashi eut un sourire en coin. Il ne connaissait pas ce Roberto, mais comme les autres, il n'avait pas l'air au niveau. Il avait été chanceux au tirage.

- Très bien. Du un contre trois, ça ne devrait pas être trop dur, ricana-t-il. Je me présente : Javier Salvadore. Je suis la réincarnation de Namikaze Taikai, fondateur du clan.

Ino déglutit difficilement. Elle aurait peut-être dû y réfléchit à deux fois avant de se porter volontaire.

- Julie Redaway, réincarnation d'Ino Yamanaka. Vous périrez de ma main, vous qui avez osez tué le chien de Kiba.

Higashi eut un petit rire. Ce n'était que le moindre de ses crimes.

- Je suis Konan, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

- Roberto Marquez, réincarnation de Hatake Sakumo.

Higashi alias Taikai se tourna immédiatement vers lui, ses yeux rieurs étaient devenus froids.

- Croc Blanc de Konoha, hein… Madara espérait être le premier à le découvrir, mais Fuki a eu cette chance… Mais que peut le loup blanc face à la fureur du vent ?

Roberto bailla.

- Si on pouvait éviter les longs discours, ça serait bien. Etant donné que je passe mes journées à entendre des abrutis en confession, je suis allergique aux tirades. Donc si tu es du genre bavard, je te prierai de faire un effort pour la fermer le temps du combat. Que dis-je, de la leçon…

- Sale cureton impertinent… fit Taikai entre ses dents.

- Nagato, tu comptes te battre ?

Le chef de Fuki tourna la tête vers Jiraya.

- J'ai bien peur d'être presque à court de chakra… Repousser les missiles m'avait usé, et mes dernières réserves ont presque disparu lors de la bataille qui a suivi. Je ne révoque pas mes six corps au cas où, mais je pense que je vais rester observateur. Qui d'autre est à plat ?

Tayuya fut la première à lever la main, presque à regret. Elle fut ensuite suivie par Shika et Kakashi, qui avaient beaucoup donné lors de la bataille. Enfin, Haku, Deidara et Hinata se signalèrent à leur tour.

- Je vois… Sakura, tu ne te battras pas non plus.

Avant même que la kunoichi ne puisse protester, Nagato tendit le bras vers les monceaux de corps qui s'étalaient à perte de vue.

- Peut-être y a-t-il des survivants, et en temps que medic-nin, tu as le devoir de leur venir en aide. C'est de cette manière que tu seras la plus utile, nous sommes bien assez pour affronter ces quatre-là. Hinata et Deidara se joindront à toi. Hinata s'occupera de détecter les blessés, et Deidara de les transporter jusqu'à toi pour que tu les soignes.

La logique du chef était sans failles, et Sakura se résigna au rôle qui lui était dévolu.

- Tsunade…

- Je vais me battre avec Hashirama.

Nagato la regarda, et comprit qu'il serait impossible de la faire changer d'avis.

- Très bien…

- C'est ça prenez votre temps ! Je m'ennuie ferme, moi ! J'ai tellement envie de vous saigner que je ne tiens pas en place ! s'exclama soudain Kita.

Orochimaru soupira.

- J'en ai plus qu'assez de ce type, je vais le fumer.

- Non, répondit Nagato. Toi, tu ne bouges pas d'ici.

- Quoi ? Mais je suis encore blindé de chakra…

- Il y a quelques années, tu n'aurais pas insisté pour aller au front, se moqua Kakashi.

- Tu es important, expliqua Nagato. L'humanité aura besoin de toi, une fois que nous aurons ramené la paix. Rends-toi compte de ce que tu as réalisé ! Faire repousser des membres, synthétiser les organes et la peau, tu vas révolutionner la médecine ! Je me sacrifierai cent fois pour que tu puisses vivre, Orochimaru, alors je t'interdis de te battre.

Touché malgré lui, le scientifique s'assit aux côtés d'Anko. Il était encore si jeune, et le monde attendait tant de lui. Il n'était pas sûr d'avoir les épaules.

- Tu seras parfait… lui susurra Anko à l'oreille, comme si elle avait lu dans ses pensées.

- Gaara, tu as encore du chakra je suppose ?

Le jinchuuriki, assis à même le sol, gardait la tête baissée et ne répondit pas à la question de Han.

- Gaara ?

- Laisse-le, il a besoin d'être seul. Nagato lui a dit pour Hidan, lui expliqua Hashirama.

- C'était à ce point-là ? s'étonna Kakashi. Il n'y a pourtant jamais rien eu de concret entre eux, ils ont à peine passé quelques minutes ensemble !

- L'amour a ses raisons que la raison ignore… murmura Shika.

- Ouais je sais. Je suis avec toi, après tout, répondit Kakashi.

Il fut quitte pour un sharingan au beurre noir. Personne ne savait apprécier son sens de l'humour à sa juste valeur…

Ce furent finalement Kushina et Jiraya qui s'avancèrent vers Kita.

- Jiraya et Kushina c'est ça ? Je déteste les présentations, alors trêve de paroles et place au combat !

- Dis-nous au moins ton nom, dit Kushina d'une voix calme.

- Je ne suis pas sûr que vous vouliez vraiment l'entendre, ricana Kita. Vous allez vous pisser dessus…

- Hop hop hop ! Attendez moi !

Furieux qu'on ait ainsi brisé son effet, Kita regarda Shisui s'approcher en courant.

- J'en suis moi aussi ! Ce type a l'air fortiche, et vous aurez besoin d'un Uchiha pour contrer un autre Uchiha…

Kita fronça les sourcils. Il savait que ce ninja ne devait pas être pris à légère, mais un Uchiha… C'était une surprise.

- Je suis Uchiha Shisui ! Ravi de te rencontrer ! Enfin non mais c'est une façon de parler !

Kita soupira. Il détestait les gens qui criaient à tout bout de champ.

- Uchiha Shisui, hein… J'avais pourtant ouï dire qu'il avait été tué… Une erreur sans doute, que je vais réparer sur le champ !

- Y en a qu'ont essayé, ils ont eu des problèmes, rétorqua Shisui en souriant.

- Tu as l'air bien sûr de toi… Mais cette assurance s'estompera vite quand tu apprendras qui tu as en face de toi…

- Oui bon, tu vas le cracher le morceau ? On n'a pas toute la nuit !

Kita leva les yeux au ciel, submergé par l'envie d'égorger cet imbécile heureux qui ruinait tout son style.

- Je suis Uchiha Raito.

Il y eut un grand silence, jusqu'à ce que Shisui ouvre grand ses yeux tout en agitant son index.

- Ah oui ce serait pas… Ah non je me suis trompé. Non, désolé mais je ne vois pas qui c'est, Uchiha Raito. J'ai une mémoire sélective, je ne retiens pas les tocards.

Kita prit son visage dans ses mains et éclata de rire.

- Un tocard, hein… Sache pour ta gouverne qu'Uchiha Raito est le fondateur du clan. C'est aussi le fils aîné d'un ninja dont personne ne connaît le nom, mais que tous nomment Rikudô Sennin. C'est plus clair comme ça ?

Jiraya et Kushina étaient bouche bée, contrairement à Shisui qui fit mine de réfléchir.

- Oui, beaucoup ! répondit-il enfin dans un grand sourire.

Excédé par le comportement de Shisui, Kita s'efforça néanmoins de garder son calme.

- Minami, quant à lui, et la réincarnation du frère cadet, Senju Yami. Et contrairement aux originaux, nous n'avons pas gaspillé notre potentiel en nous entretuant. Nous nous entendons à merveille !

- Alors comme ça quelqu'un arrive à te blairer ? releva Shisui. Je ne sais pas comment il fait…

- La ferme ! beugla Raito.

Shisui retrouva son plus beau sourire. Une telle réponse était à ses yeux la plus belle des récompenses, en roi de la provoc qu'il était.

- Alors comme ça, tu es la réincarnation du fils du Rikudô ?

Minami opina du chef.

- C'est exact. Et vous êtes Tsunade et Hashirama. Un duel de Senju… Voilà qui promet d'être intéressant. Mais vous devez comprendre une chose : la puissance des Senju va décroissante au fur et à mesure que l'on descend l'arbre généalogique… En temps que premier Senju, le sang du Rikudô Sennin qui coule dans mes veines est bien plus pur que le vôtre, et ma puissance est par conséquent bien plus grande.

- Le sang ne fait pas tout. Ne commets pas la même erreur que Neji lors de son combat contre Naruto… l'avertit Hashirama.

Les ninjas prêts à en découdre s'étaient séparés en quatre groupes disséminés sur l'île, tout en veillant à garder une certaine proximité avec le château.

Et sans signe avant coureur, les rebelles débutèrent le dernier combat qu'ils auraient à mener.

Ichigoku ne perdit pas de temps et sortit quatre kunais qu'il projeta dans toutes les directions.

Les armes s'enfoncèrent dans le sol autour des quatre shinobis, qui eurent une sensation désagréable.

- Je ne peux plus utiliser le Ninjutsu, nota Rai en constatant que son manteau Raiton avait disparu.

Ledit manteau augmentait sa force et sa vitesse de façon exponentielle, c'était donc une grosse perte.

- Nous sommes tous dans le même bateau, rassurez-vous, fit Ichigoku tout sourire. Ces quatre kunais ont été créés par Minami et Kita. Il est impossible d'utiliser le Ninjutsu à l'intérieur de la zone délimitée par les kunais… Et cerise sur le gâteau, si vous sortez de cette zone après y être entré, il vous faut pas moins de trente minutes pour avoir de nouveau accès au Ninjutsu !

- Si j'ai bien compris, tu penses pouvoir nous vaincre rien qu'avec le Taijutsu ? releva Sasuke.

- Le Kenjutsu, corrigea Ichigoku. Et je ne le pense pas, je le sais. Vous êtes brillants, mais j'ai bien peur que ce soit insuffisant…

Rai avait beaucoup de qualités, mais la patience n'en faisait pas partie. Lassé par ce dialogue qui tirait en longueur, le colosse chargea Ichigoku.

L'épéiste fut surpris par la vitesse de son adversaire, qui dépassait de loin ses estimations. Si Rai avait conservé son manteau Raiton, le combat n'aurait pas duré longtemps…

Il réussit néanmoins à esquiver le premier assaut, et fit quelques moulinets avec son sabre. Ce dernier n'avait rien de particulier en soi, et Ichigoku regrettait de ne pas avoir une épée de renom, à l'instar de Zabuza ou Kisame. Il lui fallait un sabre à la hauteur de son génie.

A cette pensée, son regard glissa vers l'épée de Sasuke, qui ne ressemblait en rien aux katanas japonais. Il y décelait plutôt la marque du Moyen-Âge européen.

« Apparemment, cet Uchiha est un inculte en matière de sabres… Ce type d'épées a fait son temps, elle est à la fois trop lourde et pas assez maniable. »

Ichigoku dut revenir de toute urgence à la réalité en voyant Rai lui foncer à nouveau dessus. Mais cette fois-ci, il fut imité par Bee et Sasuke, qui savaient combien il était difficile de se défendre contre trois adversaires en même temps. Et lorsque ces trois adversaires étaient des shinobis de leur trempe, c'était pratiquement mission impossible.

Ichigoku n'avait pas l'attention d'attendre et il s'élança à la rencontre de Sasuke. Sa première attaque fut un coup de taille d'une violence terrible vers la tête de l'Uchiha, mais Excalibur réagit à une vitesse hallucinante et s'interposa pour sauver son maître.

Ichigoku ne déchanta pas, tout se passait comme il l'avait prévu. Il s'agissait d'Uchiha Sasuke après tout… Le garde du corps de Madara appuya de toutes ses forces sur l'épée de son adversaire afin de se procurer de l'élan, puis s'envola par-dessus Sasuke. Son atterrissage se passa en douceur, et une roulade plus tard, il bondissait sur ses pieds.

Rai et Bee pilèrent en s'apercevant que leur proie s'était échappée. Acculée un instant plutôt, Ichigoku s'était facilement échappé du piège.

- On n'arrivera jamais à l'encercler, dit un Sasuke fataliste. Il a une capacité de réaction hors du commun. Il se contentera de nous éviter et de sauter par-dessus l'un d'entre nous pour se mettre en sécurité. Il faut trouver un moyen de l'immobiliser…

Soudain, un sourire apparut sur les lèvres de Sasuke.

- Le Ninjutsu nous est peut-être interdit, mais ce n'est pas le cas du Genjutsu… Je vais lui balancer un Tsukiyomi en pleine face et…

- Inutile. Madara-sama nous a protégé contre tous les illusions possibles et imaginables. A moins d'être plus compétent que lui dans ce domaine, aucune de vos illusions ne m'affectera…

Sasuke et Rai échangèrent un regard éloquent. L'Uchiha savait ne pas avoir le niveau de l'Empereur, et tous les deux déploraient l'absence de Shisui, qui avait décidé d'affronter Kita.

- Il faut trouver autre chose…

- Pas besoin de stratégie. Je l'aurai à la force brute, promit Rai en levant son marteau.

Sasuke leva les yeux au ciel, mais Bee fit signe à Rai, dont le regard s'illumina. La jinchuuriki avait trouvé la solution à leur problème.

- Je n'avais pas pensé à cette combinaison… reconnut Rai.

Conscient de ne pas avoir sa place dans ladite combinaison, Sasuke resta en retrait, impatient de voir ce que Bee avait prévu pour venir à bout d'Ichigoku.

Il n'eut pas à attendre très longtemps, tout se passa très vite. Bee fit tourbillonner ses sept sabres, qu'elle lança d'un seul mouvement.

Ichigoku poussa un cri d'étonnement. Lancer ses sabres était un pari très risqué, et il ne l'aurait fait pour rien au monde. On était tellement mieux un sabre à la main…

Cependant, Ichigoku réalisa instantanément que les armes de Bee n'avaient pas été lancées au hasard. Chacune convergeait vers un point différent, et il lui serait très difficile de les éviter.

Sasuke sourit, il comprenait peu à peu le plan de ses deux amis. Parer une des lames de Bee à cette vitesse étant irréalisable, Ichigoku n'aurait d'autre choix que d'esquiver en sautant de trente degrés vers la droite. C'était la seule ouverture que lui laissait Bee, et c'était bien entendu un piège. Car sur les starting-blocks, Rai se préparait à jaillir dès qu'Ichigoku aurait exécuté le saut en question.

Ichigoku comprit le plan de la jinchuuriki en moins d'une seconde, et un sourire fugace éclaira son visage. En plus de maîtriser le Kenjutsu à la perfection, elle était intelligente. La femme idéale, en somme.

Alors que les épées de Bee étaient à moins d'un mètre, il fit mine de sauter vers la droite, et Rai plongea dans la feinte comme un bleu. Ichigoku repartit aussitôt dans la direction opposée et fit tournoyer son sabre à toute vitesse.

Les yeux de Bee s'agrandirent derrière ses lunettes en le voyant parer ses sabres un à un, tout en sautant. Non, pas les parer, les détourner. En effet, plutôt que de se contenter d'intercepter les armes, ce qui aurait été impossible pour à peu près n'importe qui, Ichigoku était parvenu à les renvoyer derrière lui.

Sasuke fronça les sourcils. Pourquoi derrière lui d'ailleurs ? Il se glaça en découvrant que Rai était sur la trajectoire des sept sabres en question.

- C'était pour ça, sa feinte… Il a fait mine de sauter pour attirer Rai à cet endroit, pour ensuite l'attaquer avec les armes de Bee.

Rai réagit au dernier moment. Brandissant l'épée de Zabuza devant lui, il para toutes les épées sauf une, qui s'enfonça dans son épaule droite.

L'ex agent double grogna de douleur avant d'arracher l'épée et de la laisser tomber à ses pieds.

Sasuke jura. Ichigoku les avait bien eu. Depuis le début, il aurait pu parer les sabres facilement, mais il leur avait fait penser l'inverse en amorçant un saut.

Pendant ce temps-là, Bee n'avait pas bougé. Pour la première fois, elle était totalement désemparée. Non content d'échapper à ce piège qu'elle pensait parfait, il l'avait retourné contre eux. C'était aussi la première fois que ses talents d'épéiste ne semblaient pas à la hauteur, et Hachibi ne pourrait pas l'aider autrement qu'en lui fournissant du chakra, à cause de ces maudits kunais…

Ichigoku, lui, arborait toujours son sourire confiant, attendant avec une impatience non dissimulée les prochaines passes d'armes.

Un peu plus loin, Sakumo, Ino, Konan et Taikai jouaient aux chats et à la souris. Le garde du corps de Madara passait son temps à fuir et à esquiver, à la grande fureur du religieux qui n'avait pas que ça à faire.

- Alors quoi, tu n'as même pas le cran de nous faire face ?

- Garde donc tes provocations à deux balles, cher prêtre. Ma vie est très précieuse, et je suis connu pour être tout particulièrement prudent au combat. Une tactique gagnante, quand on sait que tous les ninjas que j'ai affrontés sont morts et enterrés.

Le regard de Taikai glissa vers le combat de Kita et il se renfrogna en voyant Shisui.

- Presque tous les ninjas…

Cet instant de déconcentration faillit lui être fatal, et il plia son dos à l'extrême pour éviter un shuriken de papier lancé par Konan.

- C'est vrai que tu es prudent, railla Ino en composant une série de mudras :

Fuuton : Kataikuukiya. (flèche d'air solide)

Taikai riposta instinctivement.

- Fuuton : Kataikuuki no Tate. (Bouclier d'air solide)

Les deux jutsus étant invisibles à l'œil nu, les protagonistes n'entendirent que le bruit de la collision, qui leur glaça le sang tant il était aigu. Un instant plus tard, les trois rebelles étaient renversés par un coup de vent, probablement généré par la rencontre des deux techniques. A ceci près que Taikai avait été immunisé à cet effet.

- Maîtriser la solidification de l'air, impressionnant pour une Yamanaka, tu étais bel et bien l'élève du jinchuuriki de Kyuubi… dit Taikai d'une voix traînante, avant d'ajouter, en colère : Mais tu pensais vraiment me battre avec du vent ? Moi ?!

- Tu as beau être un Namikaze, tes descendants te sont supérieurs dans ce domaine... Tu es bien loin du niveau de Naruto et Minato.

Taikai éclata de rire.

- Ces deux abrutis étaient tellement forts qu'ils sont morts ! Pas de quoi se vanter !

Le visage d'Ino se ferma.

- Qu'est-ce que tu as dit ?

- Quoi, vous n'étiez pas au courant ? s'étonna le Namikaze. Ça fera bientôt deux ans, pourtant… Madara les a tués juste après la chute d'Amaterasu. Soi-disant qu'ils étaient trop puissants pour que le sceau les maintienne prisonniers… Navré d'avoir à vous apprendre ça, vraiment.

- Et où sont les corps ?

Taikai haussa les épaules.

- Aucune idée.

- Tant que je ne les verrais pas, je n'y croirai pas. Je n'y croirai jamais !

Taikai fut surpris par une nouvelle charge d'Ino, à une vitesse accrue.

« Elle est vraiment plus douée que je ne le pensais… Quel dommage, vraiment… »

Le premier des Namikaze disparut purement et simplement, et Ino, pressentant la contre-attaque, essaya de freiner sa course. Mais c'était inutile.

Taikai chevauchait le vent, et, la téléportation de Madara exceptée, il n'existait qu'une seule technique capable d'égaler sa vitesse, à savoir le Hiraishin no jutsu de Namikaze Minato.

Mais Taikai méprisait profondément la technique du descendant, fondée sur le Fuuinjutsu plutôt que sur le Fuuton.

Sans un bruit, Namikaze réapparut derrière Ino au moment où cette dernière réalisait sa disparition.

Taikai abattit son kunai d'un geste sûr et précis, mais à sa grande surprise, il ne brassa que du vide et il perdit l'équilibre.

Furieux, le garde du corps bondit sur ses pieds et pivota pour protéger ses arrières.

La première chose qu'il constata fut qu'il ne risquait rien dans l'immédiat, la deuxième était qu'Ino ne s'était pas volatilisée toute seule. Sakumo l'y avait aidée…

En effet, ce dernier portait Ino sur son dos comme un sac de patates, et il la déposa avec douceur sur le sol.

La kunoichi, elle, commençait à peine à comprendre ce qui venait de lui arriver. De toute évidence, Sakumo lui avait sauvé la vie…

- Comment as-tu fait pour suivre ma vitesse ? s'emporta Taikai.

- J'ai ma propre technique, répondit laconiquement le prêtre.

Anxieux mais aussi curieux, Taikai se concentra plus encore. Il ne connaissait pas grand-chose de Sakumo, et sous-estimer son adversaire était souvent fatal, à ce niveau.

Soudain, il se glaça. Où était passée Konan ?

Le kunai qui lui traversa la poitrine répondit à sa question.

- Tu disais quoi sur la prudence, déjà ? fit la voix de la kunoichi aux origamis.

- Konan, attention !

L'avertissement de Sakumo sauva la jeune femme, qui sépara son corps en une centaine de bouts de papiers au moment où un kunai, manié par Taikai cette fois-ci, cherchait à percer des trous dans son corps.

Konan se dégagea, jetant un bref coup d'œil sur le rocher qui avait remplacé le corps du ninja qu'elle avait cru tuer. Une permutation. Sans son excellent réflexe, Taikai serait mort, mais il fallait avouer qu'il était rapide.

Elle rejoignit ses deux coéquipiers, sous les applaudissement de Taikai.

- Pas mal, vraiment pas mal ! Je vous avais mal jugés, tous autant que vous êtes. Maintenant, j'y vais à fond. Fuuton : Saigoibuki. (Le dernier souffle)

Devant les trois ninjas rebelles, le sol commença à s'effriter à une vitesse incroyable. L'herbe, elle, noircissait au contact de la technique Fuuton, comme si celle-ci aspirait toute la vie qu'elle touchait.

- On fait quoi ? demanda Konan alarmée.

- On court.

La ton de Sakumo, bombardé chef du groupe par la force des choses, avait perdu de son habituelle nonchalance. Cette technique-là était vraiment dangereuse.

Voyant qu'Ino ne bougeait pas, hypnotisée par cet étrange phénomène, Sakumo la prit par le bras avant de grimacer de douleur. Son bras avait été touché par la technique de Taikai et était en train de partir en lambeaux.. Le prêtre pensait que le danger était uniquement localisé au sol, mais il n'en était rien. Cette chose allait les bouffer tout crus.

Sous l'œil amusé de Taikai, les trois ninjas déguerpirent comme des lapins, poursuivis par la vague de noirceur qui rongeait le sol. Ce n'est qu'après avoir parcouru une bonne centaine de mètres que Sakumo leva la main.

- Je crois que c'est bon.

En effet, la putréfaction du sol était toujours d'actualité mais avait stoppé sa progression. La technique s'était enfin dissipée, et ils virent Taikai leur faire de grands signes de la main au loin.

- Il veut vraiment qu'on le fume, lui, grogna Konan.

Les deux kunoichis se tournèrent vers Sakumo qui avait laissé échapper un râle de souffrance.

Avec une curiosité non feinte, le croc blanc de Konoha agita ce qui restait de son bras droit. Il venait de se le couper au niveau du coude, et avait apparemment cautérisé la blessure avec un jutsu Fuuton.

- Pas le choix, ça continuait à se propager sur mon bras, expliqua-t-il sans afficher la moindre émotion.

- Désolée, c'est de ma faute, je nous ai retardés… murmura Ino.

- Ne dis pas de bêtises, voyons. Orochimaru m'arrangera ça en moins de deux…

Ino retrouva aussitôt le sourire. Hinata lui en avait soufflé deux mots, mais elle l'avait oublié : le serpent était désormais capable de faire repousser les membres.

- C'est dingue quand même… Je participe à des combats de shinobis depuis des années, mais j'arrive encore à être surprise par tout ce que peut inventer Orochimaru. Ça paraît tellement irréel…

- Pour la causette, on verra plus tard. On a un combat à terminer, rétorqua Sakumo en avançant à grands pas vers Taikai, bien décidé à venger son avant-bras.

- J'ai comme l'impression d'avoir été sous-estimé… murmura Kita, alias Uchiha Raito, en jetant un regard dédaigneux sur les trois ninjas qu'il venait de projeter sur le sol.

Shisui fut le premier à se relever, et cracha par terre. Il venait de comprendre que cet homme était plus fort que lui. En dépit de tout ce qu'il avait appris auprès du Rikudô Sennin et de l'élu, il n'avait tout simplement pas le niveau. Ce n'était pas un problème de techniques, pourtant.

- Tu as compris ? lui lança Raito. Voilà la puissance du fils du Rikudô Sennin. Même en t'entraînant mille ans auprès du Sage des Six Chemins, son sang ne coulera jamais dans tes veines, en lointain descendant que tu es !

Shisui tourna la tête successivement vers Jiraya et Kushina, qui se relevaient avec un peu plus de difficultés. La dernière technique de Raito avait été de loin plus puissante que les précédentes.

- Un tel chakra, c'est vraiment complètement dingue. Il est plus fort que Madara ou quoi ? s'étrangla Jiraya.

Shisui fit la moue. Raito avait en effet plus de chakra que Nagato ou Hashirama, à vrai dire il n'avait encore jamais vu un être humain en posséder autant. Mais en terme de puissance, Madara lui semblait encore supérieur.

- Si j'ai eu Madara la dernière fois que je l'ai croisé, c'était grâce à l'effet de surprise, répondit finalement Shisui. Ce type est fort, mais il n'a pas encore atteint le niveau de Madara, même s'il a plus de chakra.

- C'est vrai, admit Raito qui avait tout entendu. Mais je me rapproche de son niveau de jour en jour… Quoiqu'il en soit, vous trois n'avez aucune chance contre moi, je suppose que vous l'avez compris ?

- J'ai une question, s'enquit Jiraya en époussetant sa cape. Je pensais que l'aîné du Sage avait hérité de ses yeux, mais tu n'as que le Sharingan… Pourquoi ?

Les yeux de Kita semblèrent se teinter de regret.

- J'ignore encore pourquoi, mais le Rinnegan de Raito s'est estompé au fil des années pour être peu à peu remplacé par le sharingan. Ainsi, lorsque j'ai reçu son pouvoir en héritage, je n'ai reçu que la dernière version, à savoir la pupille des Uchiha. Et c'est heureux pour vous car l'écart entre nous aurait été encore plus conséquent si j'avais possédé les yeux du Sennin.

Jiraya activa son mode ermite en guise de réponse. Il avait adopté la technique de Naruto, qui consistait à stocker des clones générant du chakra Sennin, et venait de détruire le premier clone.

- Je ne m'avouerai jamais vaincu avant d'avoir tout donné !

Fuuton Doton Rasen Shuriken ! (le shuriken de la tempête de roche tourbillonnante)

La dernière fois qu'il avait utilisé cette technique, c'était ici, sur cette île, dans l'ancienne arène des Fils du Vent. A l'époque, il n'avait pas été capable de contrôler sa technique, mais il avait changé depuis.

Raito fronça les sourcils devant la masse de chakra qui se tenait devant ses yeux. Les blocs de roche tournaient à une vitesse inimaginables autour du Rasengan de vent, comme des électrons l'auraient fait autour de noyau d'un atome. Ce jutsu était définitivement dangereux, même pour lui.

- C'est génial comme technique ! s'enthousiasma Shisui. Fais-lui sa fête !

Jiraya eut un sourire crispé, et projeta son Rasengan vers sa cible.

Raito savait que Jiraya était capable de faire exploser son Rasengan à tout moment, et il aurait alors peu de chances d'échapper au vortex qui serait généré. Il devait le stopper, tout simplement.

- Godai no Yate ! (le bouclier des cinq éléments)

Un champ de force multicolore se dressa devant Raito juste avant que la technique de Jiraya ne l'atteigne, et ce qui devait arriver arriva : une explosion sans précédent déchira l'île, la déflagration était si grande que Shisui, Jiraya et Kushina durent reculer pour ne pas être touchés.

Mais la fumée finit par se dissiper, et le trio put apercevoir Raito immobile à quelques mètres devant eux, alors que quelques flammèches finissaient de consumer l'herbe à ses pieds. Il n'avait pas bougé d'un pouce, le seul changement notable étant la disparition de son champ de force.

- Il a résisté à ça… Est-il seulement humain ? glapit Jiraya.

- Impressionnant… Tu es le premier à détruire mon champ de force multi élémentaire en une seule attaque, mes félicitations Jiraya.

L'ermite resta de marbre, et les yeux de Raito se plissèrent.

- Comme vous avez pu le voir, je suis capable d'utiliser les cinq éléments, même si Minami les maîtrise bien mieux que moi. Ma prochaine attaque vous balaiera comme des insectes.

De nombreux signes plus tard, les trois rebelles virent un dragon chinois jaillir de la bouche de Raito. Le reptile était nimbé de flammes tout en étant constitué d'eau, de terre, de foudre et vent. Tous les éléments étaient représentés.

Le dragon fonça sur eux sans prévenir, mais Shisui ne fut pas pris au dépourvu.

Il sortit une feuille de parchemin et la tint devant lui comme pour se protéger.

Voyant cela, Raito éclata de rire, rire qui s'étrangla dans sa gorge un instant plus tard, alors que le dragon disparaissait à l'intérieur du parchemin.

Une des techniques les plus puissantes jamais créées avait disparu en un instant.

- Bénis soient les papelards, ils remontent dans mon estime, dit Shisui en souriant.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! vitupéra Raito.

- Mon ancien maître m'avait donné un ou deux parchemins contenant des sceaux d'absorption de jutsus, du même genre que celui que Jiraya avait utilisé pour sceller les flammes d'Amaterasu dans le manga. Sauf que ces sceaux étaient destinés aux jutsus multi élémentaires…

- Une technique d'une telle complexité ne peut en aucun cas être scellée, voyons, c'est impossible !

- Pas pour le Rikudô Sennin.

Rageur, Raito donna un coup de pied dans le vide. Il semblait voué à rester éternellement inférieur à son illustre aîné.

Ravie de constater qu'elle n'était pas la seule à utiliser le Fuuinjutsu, Kushina n'en était pas moins décidée à montrer que dans ce domaine, elle n'avait pas d'égal. Elle enchaîna donc avec un sceau élémentaire qu'elle avait mis au point avec Hidan.

- Honoo no Gobousei ! (le pentagramme de flammes)

Comme à son habitude, elle posa la paume de sa main droite sur le sol devant elle, et une encre rougeoyante se déversa sur la plaine, prenant rapidement la forme de la figure géométrique attendue.

Etant donné le nom de la technique, Raito se doutait déjà de ses effets. Tout homme assez fou pour rester à l'intérieur du pentagramme serait brûlé au troisième degré. Mais la dispersion du sceau était rapide et l'Uchiha détestait la fuite. Il choisit donc la réponse qui lui convenait le mieux : le Ninjutsu.

Avant que le pentagramme n'ait été achevé, Raito posa à son tour une main sur le sol, qui fut agité de soubresauts. La secousse s'estompa vite, mais fut suivie par un déplacement tectonique, et la terre trembla plus fort encore qu'auparavant.

La terre se souleva en plusieurs endroits, formant une fresque disparate au fur et à mesure que les mouvements du sol bouleversaient un monde jusqu'alors figé.

Et ce qui devait arriver arriva, une partie du sceau fut séparée du reste en se dressant à près d'un demi mètre au-dessus du niveau normal du sol. Le contour du sceau ayant perdu sa continuité, le sceau fut brisé, et l'encre disparut en poussière.

Kushina n'eut pas le temps de déplorer son échec qu'elle vit fondre sur elle plusieurs blocs de terre et de roche plus ou moins dense. Comme tous les grands ninjas, chaque manœuvre défensive de Kita se faisait dans l'optique d'attaquer ensuite, et il avait utilisé son contrôle sur la terre pour leur lancer les proéminences terrestres qu'avait généré sa technique Doton.

Jiraya fut prompt à agir et s'intercala entre Kushina et la pluie de roches.

- Fuuton : Renkûdan. (distorsion de l'air)

Des boules d'air comprimé de la taille d'un ballon de football jaillirent de sa bouche ouverte et vinrent percuter les morceaux de roche avec une force inouïe, les faisant éclater presque instantanément.

Raito haussa un sourcil en observant la riposte de Jiraya.

- La technique de Shukaku, n'est-ce pas ? Je suppose que son jinchuuriki te l'a apprise. En tout cas, je ne te pensais pas aussi doué avec le vent.

Pendant ce temps-là, Shisui, légèrement en retrait, se contentait d'assister à la scène avec force nonchalance, ses mains enfoncées au fond de ses poches. Il estimait qu'en intervenant maintenant, il ne ferait que gêner Jiraya et Kushina, dont l'entente, résultat d'un entraînement acharné, était parfaite.

Avant même que la dernière sphère de vent ait explosé le dernier morceau de terre, Kushina avait préparé sa prochaine attaque, et elle tira une poignée de kunais de sa ceinture pour les lancer d'un geste ample vers Raito.

La pupille de l'Uchiha tournait à plein régime, et il remarqua les parchemins explosifs presque instantanément.

- Suiton : Suiryuu Juunantate. (le bouclier aqueux élastique)

Un mur d'eau se dressa à la rencontre des dagues de Kushina, étonnée par ce type de défense. En général, un ninja préféré se protéger des attaques physiques par un bouclier de nature Doton, même au prix de la visibilité. Comme elle l'avait prévu, la protection aqueuse ne stoppa pas les kunais, qui s'enfoncèrent dans l'eau. Ralentis par la poussée d'Archimède et les forces de frottement fluides, leur vitesse décrut petit à petit, et les kunais finirent par s'immobiliser. La paroi aqueuse était d'une largeur peu commune, et leur vitesse n'avait pas suffi pour la traverser.

Kushina jura mais elle n'avait pas encore tout vu. Le mur, qui s'était légèrement arqué lorsque les kunais l'avaient percuté, se tendit brusquement vers Kushina et Jiraya, leur renvoyant les kunais explosifs.

Pris de court, Jiraya savait qu'il n'aurait pas le temps d'utiliser une technique de protection. Tous les deux se contentèrent de bondir pour éviter les kunais, résignés à subir l'explosion qui s'ensuivrait inévitablement. Ils serrèrent les dents, et attendirent. Mais étrangement, il n'y eut jamais d'explosion. Et pourtant, les des deux ninjas avaient entendu le bruit sec qu'avaient fait les kunais en s'enfonçant dans le sol.

- Je me suis dit qu'il était temps que je m'en mêle. Vous ne m'en voulez pas ?

Arborant l'immense sourire qui lui était coutumier, Shisui ouvrit sa main gauche et leur montra la dizaine de bouts de papier qu'elle contenait. Les sceaux que Kushina avait attaché aux kunais, et ils avaient été désamorcés.

Si Shisui avait agi bien trop rapidement pour que Kushina et Jiraya puissent le suivre, Raito, grâce à ses sharingans, n'avait rien perdu de l'action.

- Je savais que tu serais plus problématique que les autres. Tu es un Uchiha, après tout, lui lança-t-il à Shisui, le gratifiant en prime d'une regard noir, quoique plutôt écarlate.

Les yeux de Shisui rencontrèrent ceux de son adversaire.

- C'est inutile, Uchiha, l'Empereur nous a protégés contre toutes les illusions… ricana soudain Raito, qui venait de comprendre où Shisui voulait en venir avec cet échange oculaire.

Shisui garda le silence, se contentant d'observer son vis-à-vis sous toutes les coutures.

Soudain, Raito ouvrit grands les yeux et sauta sur le côté. Il échappa ainsi au coup de kunai de Shisui qui l'aurait éventré.

L'illusion finit par se dissiper, et Raito vit Shisui s'évanouir comme s'il s'agissait d'un mirage. Le vrai Shisui se tenait à l'endroit qu'il venait de quitter…

- C'est quoi ce bordel… grogna Raito. Je croyais que Madara nous avait protégés contre les Genjutsus…

« Contre les Genjutsus de son niveau, oui. Mais apparemment, ce type est meilleur que lui dans ce domaine » corrigea-t-il en son for intérieur.

Raito jura. Voilà qui annonçait un combat bien déplaisant. Quelle honte pour le premier des Uchiha d'avoir à baisser les yeux devant son descendant !

Mais en dépit de sa victoire, Shisui paraissait soucieux.

- Comment as-tu fait pour échapper à cette illusion aussi vite ? Tu devrais être mort. Je ne connais qu'une seule personne qui soit parvenue à dissiper ce genjutsu, et elle est bien plus douée en Genjutsu que toi.

- Alors c'est que ton expérience des combats est bien faible, rétorqua Raito. As-tu déjà affronté un jinchuuriki possédant une maîtrise parfaite de son Bijuu dans un duel de Genjutsu ?

Shisui parut estomaqué, alors que ses pensées s'agitaient dans tous les sens.

- Tu es un jinchuuriki ?! Mais…

- Non, je ne le suis pas. Cependant, la métaphore est assez juste, puisqu'il y a le même lien entre un Bijuu et son jinchuuriki qu'entre Yami et moi. Eh oui, nous pouvons parler et échanger du chakra à distance. En voyant que j'étais sous l'emprise d'un Genjutsu, Yami a perturbé l'illusion avec son propre chakra.

Pour la première fois, un éclair de contrariété traversa le visage de Shisui. Le Genjutsu ne lui serait d'aucune aide contre ces deux adversaires, et c'était comme si on l'avait amputé des deux bras. S'il était à peine supérieur à Karasu dans ce domaine, ce dernier brillait par sa polyvalence, puisqu'il était également surpuissant en Ninjutsu ou en Taijutsu. Shisui n'était certes pas faible en Ninjutsu, loin de là, puisque le Rikudô Sennin lui avait appris quelques techniques dévastatrices, mais il savait que Raito demeurait plus fort que lui dans ce domaine.

- Katon : Meikai no Kyuhi ! (Brasier des Enfers)

Surpris par son adversaire, Shisui disparut sous les flammes de Raito avant d'avoir pu esquisser le moindre mouvement, et Raito exulta. Ça faisait un adversaire -et de nombreux décibels- en moins.

Shisui surgit des flammes à toute vitesse et sauta à la gorge de Raito, qui, malgré sa pupille, fut incapable de réagir. Bien décidé à ne lui laissé aucun répit, Shisui lui balança un uppercut terrible qui le fit s'envoler à plus de deux mètres de là, la mâchoire presque démise.

Tout le corps de Shisui était enveloppé un halo rougeâtre, qui lui avait sauvé la vie en le protégeant des flammes de Raito. Cette technique de Fuuinjutsu, une armure ignifuge, était l'œuvre de l'élu. Ce dernier l'avait programmée pour se déclencher si Shisui était exposé à un jutsu Katon.

Avant même que Raito ne puisse se relever, Shisui fut à nouveau sur lui, et des flammes couraient le long de son avant-bras. Les flammes s'amoncelèrent autour de sa main et il l'abattit sur la pommette de son adversaire, qui se fractura dans un craquement sinistre et noircit au contact du poing incandescent.

Stoïque, Raito ne desserra pas les dents et se releva presque immédiatement.

- Raiton : Kaminari no Kousen ! (rayon foudroyant)

L'éclair jaillit et percuta le torse de Shisui, l'expulsant loin du garde du corps de Madara.

Mais Raito n'était pas assez vaniteux pour sous-estimer la menace que représentait Jiraya et Kushina, et sans attendre, il enchaîna par une technique Fuuton destinée à ses deux autres adversaires qui commençaient à s'ennuyer. Ce fut donc une pluie de shuriken de vent qui s'abattit sur les deux shinobis.

Jiraya réagit au quart de tour en invoquant un mur de granit, sur lesquels les shurikens, de dépit de leur pouvoir de pénétration accru, se brisèrent comme l'eau sur les rochers.

Raito n'eut pas le temps de déplorer son nouvel échec qu'il se raidit en sentant une présence derrière lui. Il se jeta en avant, mais trop tard, Kushina martela son dos de coups de poings ravageurs, et il faillit brouter l'herbe de l'île pour la troisième fois consécutive.

Furieux, il se tourna vers la kunoichi pour riposter, avant de réaliser que Kushina n'avait pas fait que le frapper. Elle était parvenue à lui apposer un sceau l'empêchant d'utiliser son chakra, ce qui dans une telle situation, le conduirait inévitablement à une mort certaine.

L'Uchiha recula pour mettre le plus de distance possible entre lui et ses adversaires, et se concentra pour communiquer avec son frère de réincarnation.

« Minami ? Ils m'ont collé un sceau sur le dos, tu sais ce que tu as à faire… »

Une poignée de secondes plus tard, le dos de Raito s'enflamma et le sceau disparut au fur et à mesure que sa peau se consumait.

- Pas un cri, rien. Il faut reconnaître qu'il résiste bien à la douleur celui-là, fit remarquer Shisui.

Au moment où il finissait sa phrase, un cri retentit dans la plaine, mais il ne venait pas de Raito. Ce dernier se tourna vers Minami, visiblement inquiet -et surpris. Son ami s'était fait avoir par Hashirama et venait de pousser un cri de douleur et d'impuissance, le premier que Raito n'ait jamais entendu venant de lui.

En effet, Minami était sans aucun doute possible le plus fort des quatre gardes du corps, sans compter qu'Hashirama et Tsunade étaient censés être assez faibles…

Raito ne marqua pas la moindre surprise lorsque la voix de Minami retentit à l'intérieur de son esprit.

« On passe en formation, ils sont moins nuls que je l'avais escompté. Surtout Hashirama… Il a contré toutes mes techniques avec son bois à la con, y compris mes propres techniques Mokuton. »

Raito ne songea pas à discuter, car lui aussi était avait affaire à une résistance acharnée de la part de ses trois adversaires. Il était temps de leur sortir le grand jeu, et leur montrer la force des deux fils du Rikudô travaillant main dans la main.

En un éclair, Minami rejoint Raito, et s'inclina brièvement devant Shisui, Kushina et Jiraya.

- Je suis la réincarnation de Senju Yami, fils de Rikudô.

Shisui fut le seul à lui rendre la politesse en se présentant à son tour. La tempête sonore qui en résultat fit grincer des dents Raito.

- Il est fort, ce Shisui ? Je n'ai aucune donnée sur lui…

- Ouais, pas mal, admit Raito à contrecoeur. Il est surtout balèze en Genjutsu, puisque les protections de Madara n'ont pas suffi toute à l'heure.

Yami opina du chef, et, d'un accord tacite, les deux ninjas se collèrent dos à dos. La main droite du Senju et la main gauche de l'Uchiha se joignirent. Puis les mudras s'enchaînèrent à une vitesse hallucinante, à tel point que Shisui avait du mal à les suivre, même avec sa pupille.

Finalement, un halo transparent, mais aux éclats multicolores, prit la forme d'une sphère et recouvrit les deux shinobis. Les cinq ninjas -Hashirama et Tsunade ayant rejoints les autres entre temps- n'avaient pas besoin de leurs connaissances quasi-exhaustives du Ninjutsu pour savoir que venir à bout de ce bouclier ne serait pas une sinécure.

Mais l'autre avantage de cette technique générée par deux ninjas était que ses utilisateurs gardaient une main de libre pour les attaquer, pour peu qu'ils soient capables de composer des mudras à une main. Ce qui était le cas, Hashirama aurait pu le parier.

La suite lui donna raison.

Toujours dos à dos, les gardes du corps de Madara affrontaient les mêmes adversaires qu'auparavant. Shisui, Kushina et Jiraya s'avançaient vers Raito tandis que Tsunade et Hashirama, plus concentrés que jamais, attendaient que Yami fasse le premier pas. Ce qu'il fit, sa main gauche s'agitant avec frénésie pour former les signes de la technique.

- Yôton : Yougan no Dotou (grande vague de lave)

Une goutte de sueur quitta la racine des cheveux d'Hashirama pour ruisseler le long de sa joue. Il avait beau avoir gagné en chakra depuis qu'il connaissait son vrai nom, il commençait déjà à fatiguer à force de contrecarrer les techniques monumentales du premier des Senju. La puissance de ce dernier dépassait l'entendement, et son contrôle du Ninjutsu était presque divin puisqu'il était capable d'utiliser tous les Kekkai Genkai élémentaires.

- Suiton : Suiryuu Takanami. (raz-de-marée déchaîné)

Un rictus se dessina sur les lèvres de Yami. Il aurait dû utiliser la lave plus tôt, contre laquelle le bois se trouvait bien démuni. Et ce n'était pas de l'eau qui allait arrêter de la lave…

Et pourtant, Hashirama tint bon. Les deux vagues se heurtèrent avec force violence, et une colonne de vapeur se mit à monter dans le ciel.

Hashirama, la bouche entrouverte, laissait libre court à un flot ininterrompu d'eau, à l'instar de Yami avec la lave. Les deux shinobis alimentaient leur technique, et les deux vagues ne perdaient pas un pouce de terrain.

La lutte dura plus d'une minute, jusqu'à ce que les deux protagonistes n'y mettent fin presque simultanément, les jambes flageolantes après un tel effort.

Epuisé mais content, Yami garda les yeux rivés sur l'endroit où, quelques instants plus tôt, lave et eau s'étaient rencontrées dans une explosion de vapeur. Maintenant que les deux vagues n'étaient plus alimentées, il n'y avait aucune doute sur sa victoire : Privée de son énergie cinétique, l'eau d'Hashirama ne pourrait rien contre sa lave. Et pourtant, il n'en fut rien. Yami fut atterré en constatant que la lave s'était déjà solidifiée, formant une sculpture ébène qui tranchait avec le paysage de l'île.

- Et oui, Tsunade maîtrise le Fuuton en plus de son affinité Doton, et elle a injecté du vent à petite dose dans ma technique pour refroidir l'eau. Et les échanges thermiques ont fait que ta lave a fini par se solidifier complètement, lui révéla Hashirama.

- Ridicule ! rétorqua l'autre Senju. La lave possédait une température de plus de mille degrés, et ton eau n'était même pas à zéro degrés ! Quel est donc ce maléfice ?

- L'air a aussi participé au refroidissement, et de l'air, il y en a à foison, indiqua Hashirama en embrassant le ciel du regard. Dans le monde, tout est équilibre, et dès lors qu'un phénomène comme ta lave perturbe son équilibre, la nature tend à le retrouver en refroidissant la lave jusqu'à ce que la température soit plus ou moins constante.

Raito avait brièvement tourné la tête vers la scène, les yeux exorbités devant la résistance qu'opposait Hashirama. Ce dernier dégageait une puissance énorme, qui n'avait rien avoir à celle qu'il avait sentie chez lui lorsqu'il n'était que le jouet de l'Empereur. Que s'était-il donc passé entre temps ?

- Katon : En'enmuchi ! (Le fouet embrasé)

Shisui sursauta en voyant Raito créer puis agiter un fouet ardent de près de quatre mètres de long. Le garde du corps de Madara l'avait presque pris de court en quittant si soudainement la léthargie qui semblait l'avoir gagnée en assistant à la rencontre des deux raz-de-marée élémentaires.

Raito fit claquer son fouet à une vitesse incroyable et Shisui grogna en sentant l'arme mordre sa chair alors qu'il pensait être hors de portée.

Il porta sa main à sa joue qui grésillait encore, l'odeur de chair brûlée atteignant peu à peu ses narines.

- Je vais avoir une cicatrice, déplora Shisui. J'espère que la rumeur selon laquelle les femmes aiment les cicatrices est vraie, sinon tu auras à faire à moi, primate dégénéré.

Il se tourna vers Kushina, qui haussa les épaules.

- Personnellement, je trouve ça assez laid.

Le visage de l'Uchiha s'assombrit, alors qu'au même moment celui de Kushina se tendait.

- Shisui !

Le fouet claqua derechef et Shisui, qui tournait toujours le dos à Raito, leva sa main droite juste au dessus de son oreille. Il la referma sur la lanière du fouet dans un timing ahurissant et, réprimant un cri de douleur tandis qu'une fumée noire s'échappait de son poing serré, tira de toutes ses forces sur le fouet.

Surpris, Raito eut le mauvais de réflexe de s'accrocher au fouet et vola vers Shisui, qui le cueillit en vol d'un terrible direct du droit à l'estomac.

Mais Raito, dont l'endurance stupéfiait Shisui un peu plus chaque minute, se releva prestement et courut rejoindre la bulle de protection que Yami n'avait pas quittée.

Shisui jura et jeta le fouet par terre.

- Je pensais que leur protection disparaîtrait si l'un deux la quittait, mais apparemment c'est permanent.

- Exact, lui répondit Raito avant d'invoquer à nouveau le fouet, qu'il semblait affectionner.

Ce dôme est indestructible et ne disparaîtra que si nous le désirons, ajouta-t-il ensuite.

Alors que Yami continuait à échanger des jutsus tous plus extraordinaires les uns que les autres avec Hashirama, Tsunade restant le plus souvent en retrait, Raito vit Jiraya, dont-il avait failli oublier l'existence, courir vers lui, une boule d'énergie dans la main droite.

Raito vit ensuite la boule d'énergie prendre de l'ampleur et il reconnut vite le fameux Fuuton Rasenshuriken.

- Enfin du Ninjutsu… murmura-t-il en composant des mudras.

Jiraya lança le shuriken tourbillonnant, qui s'écrasa sur le champ de force des deux gardes du corps.

- Ils sont vraiment lents à la détente, ils n'ont toujours pas compris que le Ninjutsu était…

Raito se tut en voyant que le Rasengan disparaissait dans une nappe de fumée blanche. En lieu et place du jutsu, se tenait Kushina. Souvent sous-évalué, le Henge restait une aide précieuse en combat, capable de surprendre l'adversaire pour un coup modique.

La kunoichi posa ses deux mains sur le champ de force, qui grésilla et disparut en moins d'une seconde.

- Fuuinjutsu…

- Tout juste mon grand !

Trop stupéfait pour réagir, Raito assista impuissant à sa mise à mort. Il vit Kushina bondir vers lui, le kunai dressé et ne put esquisser qu'un pas en arrière. Dérisoire.

Cependant, l'ange gardien de Raito devait veiller au grain car la rousse hésita avant de frapper. Etrangement immobile, maintenant le kunai à quelques centimètres de la poitrine de Raito, elle semblait plongée dans une lutte mentale contre elle-même. Trop expérimenté pour laisser passer une telle occasion, Raito utilisa le tranchant de sa main gauche pour faire tomber le couteau de sa main, leva sa main droite, et tous virent que le fouet avait changé de forme, prenant celle d'une épée courte constituée de flammes.

Il enfonça son arme dans le ventre de Kushina, puis la projeta au loin vers Jiraya.

L'ermite amortit la chute de sa coéquipière et, sans un regard pour Raito, examina la plaie de Kushina.

Remarquant l'ouverture que lui laissait Jiraya, Raito esquissa un geste mais Shisui apparut devant lui, et toute trace de joie avait déserté son visage, remplacée par un masque de froideur qui seyait bien plus au Uchiha qu'il était.

- N'y pense même pas.

Le cœur de Jiraya se serra lorsqu'il vit la blessure. Même si Sakura avait été à ses côtés, il n'y avait plus rien à faire. Raito avait fait preuve d'une précision remarquable et avait explosé le foie de la jeune femme. Une blessure toujours synonyme de mort, et extrêmement douloureuse qui plus est.

- Et merde, murmura Kushina, les yeux encore plus clairs qu'à l'accoutumée.

- Pourquoi… Pourquoi est-ce que tu ne l'as pas frappé, Kushina ?

La tête de Kushina s'inclina légèrement vers la droite, et la rousse croisa le regard de Jiraya.

- J'ai craqué. J'ai pris conscience de ce que j'étais, Jiraya. Une meurtrière, pour qui tuer n'était qu'une partie de sa routine. Ce que nous faisons est peut-être juste, mais en cet instant, je ne pensais plus à la liberté des hommes, à la lutte contre Madara. Il n'y avait plus que cet homme et moi, et la faucheuse qui se délectait à l'idée d'emporter une nouvelle âme fraîche. Et les yeux de cet homme était comme un miroir, et j'y ai vu le reflet de ce que j'étais devenue. Je ne l'ai pas supporté. Tu es plus jeune que moi, mais tu es bien plus fort, Jiraya. Toi, tu n'aurais jamais fait preuve d'une telle faiblesse, je le sais bien…

Jiraya essuya ses larmes d'un geste machinal de la main.

- Non, c'est faux. Tu étais la plus forte, tu as toujours été la plus forte.

Kushina eut un dernier sourire, puis rendit son dernier soupir.

Jiraya se releva lentement mais tout son corps tremblait d'une violence contenue. Les marques du mode Sennin étaient déjà apparues autour de ses yeux.

- Pousse-toi, Shisui…

L'Uchiha ne se fit pas prier, Jiraya semblait dans un état second et le contrarier n'était sans doute pas la chose la plus intelligente à faire.

Jiraya composa de nouveaux signes, et Raito blêmit en reconnaissant le Fuuton Doton Rasenshuriken.

- Minami, cette salope a détruit notre champ de force, on peut le refaire ?

- J'ai remarqué. Et la réponse est non, on n'a pas assez de temps. Il va falloir que tu trouves un autre moyen pour arrêter ce truc, répondit Yami après un bref coup d'œil vers Jiraya et sa technique.

- J'en ai un, sourit Raito. Je pense qu'il est temps de leur montrer ce que mes yeux peuvent faire. Sur cette phrase sibylline, les mains de Raito se murent et Jiraya reconnut vite les signes utilisés par l'Uchiha.

- C'est pas vrai… grogna-t-il.

- Fuuton Doton Rasen Shuriken ! (le shuriken de la tempête de roche tourbillonnante) exulta Raito en projetant l'orbe vers Jiraya.

Jiraya l'imita aussitôt et les deux orbes s'élancèrent l'un vers l'autre. Les deux jutsus s'annihilèrent dans une explosion assez silencieuse mais que tous savaient mortelle. Jiraya fut soufflé par l'explosion, et Raito recula de quelques pas, un étrange sourire sur le visage.

Shisui le vit, et son front se plissa. Voir cet abruti aussi jouasse n'augurait rien de bon. Shisui se raidit en comprenant le pourquoi du sourire. Raito avait dissimulé un « simple » Fuuton Rasenshuriken dans l'ombre de son premier jutsu, et le shuriken géant fondait maintenant sur Jiraya.

Shisui serra les dents. Il n'aurait jamais le temps d'utiliser un jutsu salvateur, et s'il allait à la rescousse de Jiraya, ils seraient deux à mourir…

Rongeant son frein, Shisui pria pour que Jiraya ait gardé un atout dans sa manche.

Mais l'ermite semblait aussi désemparé que lui, et de la résignation apparut dans ses yeux. En temps qu'utilisateur du Rasenshuriken de vent, il était au fait de ses effets, et savait qu'il n'avait pas une chance d'en réchapper. C'était une technique faite pour tuer, et Jiraya ne serait sans nul doute pas la dernière de ses victimes.

Alors que Jiraya avait fait une croix sur ses rêves de vengeance, quelqu'un surgit de nulle part et se plaça devant lui, à la rencontre du shuriken de vent.

Avant que Jiraya n'ait pu le mettre en garde, l'homme bondit et intercepta l'orbe avec son bras.

Jiraya s'attendait à le voir déchiqueté par la puissance de la technique, mais il n'en fut rien. Le bras résista et sembla canaliser l'explosion de façon à protéger le corps de l'homme et celui de Jiraya.

L'homme ne se retourna que lorsque l'explosion eut totalement disparu, et Jiraya put reconnaître Han. Son regard glissa vers le bras de son ami, et il constata que le membre en question s'était considérablement agrandi et avait pris une teinte blanche. Le jinchuuriki de Gobi avait effectué sa transformation partielle à la perfection.

Han regarda son bras, qui retrouva instantanément son apparence initiale.

- Merci… murmura Jiraya. Mais pourquoi es-tu venu ? Nagato…

- Vous risquez plus que lui dans l'immédiat. Les quatre gardes du corps sont bien trop occupés à se battre contre vous pour s'en prendre à lui.

Yami, après avoir vu ses attaques repoussées une énième fois par Hashirama, comprit que la situation devenait défavorable maintenant que Kushina avait détruit le dôme. Même dos à dos, il leur était difficile de se protéger contre autant d'adversaires.

Il adressa un message mental à Raito, et les deux ninjas utilisèrent une technique de déplacement rapide pour s'éloigner quelque peu des autres shinobis, et surtout pour se rapprocher de l'enceinte du château.

Tous deux s'adossèrent côte à côte à la muraille du château, au grand dam de Jiraya.

- Ingénieux. Ils n'ont plus que cent quatre vingt degrés à surveiller. Ils n'auront plus d'angles morts, maintenant.

Raito était arrivé à la même conclusion, et il salua l'initiative de son collègue.

- Brillant, Minami. Même si maintenant, nous sommes dos au mur. Et ce n'est pas qu'une image.

Yami ne lui répondit pas. Son regard de glace restait vissé sur Hashirama, ce Senju inférieur qui pliait sans rompre depuis de longues minutes d'affrontement acharné.

Shisui et les quatre ninjas qui se battaient à ses côtés rejoignirent prestement les deux gardes du corps, et Hashirama fut le premier à attaquer.

- Mokuton : Kashi no Houyou. (L'étreinte du chêne)

Raito et Yami virent des racines s'extirper de la terre et s'enrouler autour de leurs pieds en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Les racines furent vite rejointes par d'épaisses branches qui étreignirent le torse des deux hommes.

Mais Yami n'était pas homme à se laisser endormir et il avait anticipé la manœuvre. La technique Hyôton qu'il utilisa gela entièrement les branches et racines invoquées par Hashirama, qui volèrent ensuite en éclat lorsque les deux shinobis bandèrent leurs muscles.

Han frissonna en réalisant que si les végétaux d'Hashirama avait été gelés, leurs adversaires, eux, n'avaient pas été affectés par le jutsu Hyôton. Il n'avait jamais vu un ninja posséder un tel contrôle sur le Ninjutsu.

- Kinton : Onigawara. (Les gargouilles)

Yami cracha deux sphères de métal qui grossirent à toute allure à terme les deux créations du Senju mesuraient plus de deux mètres de haut et à peu près autant de large. Mais le plus incroyable restait la respiration lente et mécanique qui s'échappait de chacune des deux créatures, car oui c'était un fait, elles étaient vivantes.

« Pas tout à fait » pensa Shisui après les avoir sondées avec son sharingan. Les gargouilles ne produisaient pas de chakra, elle n'étaient qu'une pâle imitation de ce qu'avait accompli le Rikudô Sennin en insufflant la vie dans des objets.

Dans un ensemble parfait, les deux gargouilles déplièrent leurs ailes et s'envolèrent vers les cinq ennemis de l'Empire.

Deux coups de sabre plus tard, les monstres d'acier s'écrasaient au sol, décapités. Han effectua quelques moulinets avec Durandal, comme s'il en était encore au stade de l'échauffement.

Yami et Raito échangèrent un regard sombre. Les gargouilles avaient été détruites bien plus vite que prévu, mais ce n'était pas ce qui les préoccupait.

- Tu vois ce que je vois ? commença Raito.

- Oui, même sans tes yeux, je le ressens par toutes les pores de ma peau. C'est vivant.

- Et il n'y a qu'une seule personne qui soit parvenue à créer ce genre de choses, c'est le Sage des Six Chemins.

- Par conséquent, ceci est notre héritage.

- Et nous reprenons ce qui nous appartient de droit.

Les deux shinobis malaxèrent une fois encore leur chakra à deux et Durandal s'échappa des mains de Han pour s'envoler vers eux.

Raito s'en empara négligemment et, après une nouvelle série de signes inconnus, l'épée partit en fumée. Han frémit en entendant le dernier cri mental qu'émit l'arme avant de disparaître. Il n'y avait aucun doute possible, Durandal avait été détruite.

- Une épée… Il n'y a que les idiots comme Nishi pour attacher de l'importance à ce genre de choses, railla Raito.

- Enfoiré… C'était vivant ! Cette chose comme tu l'appelle, était aussi intelligente que toi et moi !

Raito le fit taire avec un nouveau jutsu combinant deux éléments, et Jiraya et Han durent se mettre à deux pour le contrecarrer.

Raito soupira. Le combat commençait à s'éterniser, ce qui lui déplaisait énormément.

- Minami, ce combat devient lassant, on abrège ?

Yami donna son accord et ils recommencèrent un de leurs jutsus combinés pour la dernière fois.

- Je suis désolé, murmura Yami, mais cette technique n'a pas de nom. Sachez juste qu'elle sera la dernière chose que vous verrez de votre vivant.

Lorsque la série de mudras fut achevée, les cinq résistants assistèrent à l'apparition d'un dragon translucide qui semblait composé de la même matière que le Susanoo, tout en étant beaucoup plus puissant la créature dégageait tant de chakra que c'en était presque insoutenable. Le dragon ouvrit sa gueule, et un rayon de chakra -le plus concentré que les cinq shinobis n'aient jamais vu- s'échappa de la gorge du monstre pour anéantir tout être assez fou pour lui résister. Il y eut une explosion extraordinaire et une détonation qui fit souffrir les oreilles de tous les ninjas à la ronde, puis le silence revint.

Seuls Hashirama, Shisui et Han étaient encore debout, et c'était un bien grand mot tant ils étaient en mauvais état. Heureusement, Han avait eu le temps de se transformer en Gobi quelques instants et avait par cela même protégé ses compagnons d'arme. Sans son intervention, de nouveaux cadavres auraient rejoint celui de Kushina…

Haletant, Han s'écroula sur le sol, inanimé. Même en mode bijuu, la puissance de l'attaque avait finalement eu raison de sa résistance. Les yeux fatigués de Shisui et Hashirama se rencontrèrent un instant. Dans leurs regards brillait la même impuissance, car ils se savaient démunis devant la prochaine attaque du dragon, qui ne se fit pas attendre. Ils tombèrent à genoux et attendirent la venue de Shinigami.

Cependant, la mort ne voulait toujours pas d'eux, et un nouveau sauveur s'interposa devant le rayon de chakra. Si Han avait souffert en les protégeant de la dernière attaque, le nouvel arrivant se contenta de l'aspirer avec une facilité insolente. Une des attaques les plus puissantes de l'histoire des shinobis avait été annihilée en un instant. Han marqua un temps de surprise en reconnaissant Nagato. Bien que toujours prostré sur son fauteuil, le chef de Fuki était arrivé à temps pour les sauver, en utilisant le pouvoir d'absorption de Gakidô.

- Nagato en personne… C'est un honneur, ricana Raito. Peu de gens peuvent se targuer de vous avoir affronté, étant donné que vous ne vous battez jamais

« Ne le sous-estime pas, l'avertit Yami en pensée. Même affaibli, il possède le Rinnegan et le pouvoir des six chemins. Il va sans doute se battre avec ses corps, dont nous savons que quatre possèdent le pouvoir de Tendô. »

- Vous avez parfaitement raison, dit Nagato. Mais vous ignorez encore les capacités des deux autres…

Yami se figea.

- C'est impossible.

- Hélas si. Je suis capable de lire dans vos pensées, et ce depuis peu. Mon maître possédait aussi cette faculté, je suppose que ma pupille a évolué à un nouveau stade.

Nagato se tourna vers Raito.

- Aucun droit de posséder cette pupille ? Je ne l'ai jamais demandée, et il y a des jours où je me passerait bien de tous ces pouvoirs qui me dépassent totalement, de tous ces espoirs qui reposent sur mes frêles épaules.

Raito se renfrogna. Ce n'était pas du bluff, Nagato parcourait bel et bien leurs esprits à sa guise.

Comprenant que le dragon serait inutile contre le pouvoir de Gakidô, Raito et Yami mirent fin à leur technique et optèrent pour un Ninjutsu plus classique. Nagato ne pourrait pas résister éternellement aux pouvoirs combinés des deux fils du Rikudô.

Et pourtant, il le fit. Grâce à son nouveau pouvoir, le chef de Fuki avait toujours un coup d'avance et chacune des techniques des gardes du corps était réduite à néant.

- Il ne serait donc jamais à court de chakra ?! vitupéra un Raito à bout de souffle après avoir vu sa boule de feu arrêtée par un mur de terre.

De son côté, Nagato pensait la même chose de ses adversaires. Le Rikudô avait donné à ses fils, et tout particulièrement au cadet, des réserves pharaoniques de chakra. En temps normal, Nagato aurait pu continuer à leur résister plus longtemps mais utiliser le pouvoir de Tendô contre les missiles l'avait affaibli. C'était une capacité puissante et pratique, mais coûteuse en énergie, et il en faisait les frais en cet instant. Le chakra lui manquerait bientôt, et ce avant ses adversaires. Et s'il devait en être ainsi, il ne serait pas le seul à mourir. Han et beaucoup de ses amis le suivraient dans cet ultime voyage. Et ça, c'était hors de question.

Nagato ne fut pas surpris lorsqu'il vit ses deux adversaires se jeter sur lui pour l'achever au corps à corps. C'était logique après tout, et il était étonné qu'ils n'y aient pas pensé avant. Ou peut-être subsistait-il des vestiges d'honneur dans la désolation de leurs consciences qui les avait empêchés de s'attaquer de front à l'handicapé qu'il était.…

Nagato les vit venir, mais ne bougea pas d'un pouce de toute façon il aurait été incapable de se mouvoir assez vite pour leur échapper. Chacun des deux gardes du corps de Madara enfonça son propre kunai dans le torse squelettique du chef de Fuki, mais leur cri de victoire se mua bientôt en râle de souffrance : des pics noirs de près d'un mètre de long avaient jailli de chaque côté du fauteuil, traversant respectivement le bras droit de Raito et le bras gauche de Yami de part en part.

- Pas mal, mais c'est insuffisant, ricana Raito malgré la douleur.

Mais il réalisa bien vite qu'il ne pouvait plus bouger : le chakra de Nagato se diffusait à travers les piques noires pour les paralyser.

En réponse, les deux ninjas de l'Empire bandèrent leur volonté pour contrer l'influence de Nagato, mais ils se heurtèrent à un mur d'acier inébranlable. Chacun de leurs assauts mentaux laissait les défenses du chef de Fuki intactes. Visiblement, l'homme possédait une volonté inhumaine, proche de celle d'un dieu.

- C'est ridicule. Nous sommes les authentiques héritiers du Rikudô Sennin, tu ne devrais pas faire le poids, rugit Yami en se concentrant plus encore, la veine de sa tempe battant furieusement sous l'effort.

Nagato poussa un rugissement terrible. Ses forces étaient en train de s'évanouir, mais il ne s'effondrerait pas dans la dernière ligne droite.

- Au fait, je ne vous ai pas présenté mon cinquième corps… souffla-t-il d'une voix rauque.

Yami se tourna vers Shisui et Hashirama et vit apparaître à côté d'eux le cinquième corps manipulé par Nagato. Celui-ci invoqua sans attendre quatre shinobis qu'il reconnut aisément comme ceux pourvus du pouvoir de Tendô.

- Alors comme ça le cinquième possède le pouvoir invocateur, celui de Chikushôdo.

Nagato opina du chef.

- Et quant au sixième…

- Le pouvoir de résurrection, le coupa Raito.

Un sourire naquit sur les lèvres de l'homme au Rinnegan et il leva la tête vers le ciel.

- Raté, c'est Tendô.

Les yeux des deux meilleurs ninjas de l'Empire se posèrent sur le ninja qui lévitait dans les cieux, puis s'aperçurent que les quatre autres corps de Tendô invoqués par Chikushôdo formaient désormais un cercle autour d'eux.

- Ce n'est pas vrai… Ils n'ont quand même pas…

- Si. Tous les cinq possèdent le pouvoir de Tendô.

Le sourire de Nagato s'élargit, et il s'en amusa intérieurement. Il n'avait que rarement souri tout au long de sa courte vie, et voilà que l'envie lui prenait…

- Shinra Tensei ! (Répulsion céleste) tonna-t-il finalement, et le même cri s'échappa de la bouche des cinq cadavres animés.

Les quatre ondes de répulsion originaires des quatre points cardinaux furent rejointes par une cinquième venant d'en haut, et Yami comprit que sa vie touchait à sa fin. Il essaya de se dégager d'une ruade désespérée, mais toute tentative était vaine.

Pris entre le marteau et l'enclume, trois ninjas au pouvoir incomparable disparurent en un instant, réduits en poussière dans un silence d'or.

Shisui sursauta à peine lorsque le corps du cinquième Tendô s'écrasa sur le sol. L'Uchiha savait qu'il ne s'agissait plus que d'un cadavre ordinaire, désormais, et une grande tristesse l'envahit lorsqu'il réalisa que le chef de Fuki était mort. Il le connaissait à peine, mais c'était un des plus grands hommes qu'il ait jamais connu. Plus jeune que lui, Nagato le dépassait pourtant en pouvoir, en sagesse, et en grandeur d'âme. C'était une perte immense pour Fuki, mais aussi pour l'humanité.

- Kushina, et maintenant Nagato… C'est un bien grand prix à payer pour la mort de ces deux chiens de Madara, déplora Hashirama en se relevant avec difficulté. Shisui vit ensuite de l'inquiétude poindre dans les yeux du Senju, et il s'empressa de le rassurer.

- Tsunade va bien, son chakra est stable, de même que celui de Jiraya et Han.

Hashirama le remercia d'un sourire triste et s'empressa de rejoindre de sa dulcinée.

Pendant ce temps-là, Shisui marcha jusqu'à Han et baissa la tête vers le visage baigné de larmes du jeune homme. De tout évidence, Han avait été témoin des derniers instants de son meilleur ami.

- Je suis sûr que c'était un type formidable, et j'aurais aimé le connaître davantage. Gravons dans nos mémoires ce que nous venons de voir car si nous sommes en vie en cet instant, c'est à lui que nous le devons. Ne gaspillons pas ce cadeau qu'il nous a fait en lamentations, Han. Pleure-le, mais pas trop longtemps.

- C'est pas vrai… grogna Taikai en esquivant Ino un peu moins aisément qu'il ne l'aurait fait quelques minutes auparavant. Comme tout un chacun, il n'était pas doté d'une endurance et d'une énergie infinies. Heureusement pour lui, ses trois adversaires, et plus particulièrement Konan et Ino, n'étaient également plus très frais.

Le combat basculait peu à peu vers un duel entre les deux meilleurs ninjas présents, Taikai et Sakumo

- Qu'y a-t-il ? releva Sakumo en posant les mains sur ses hanches pour retrouver son souffle.

Profitant de la trêve tacite, Taikai emplit à son tour ses poumons d'air, et lâcha d'une voix morne :

- Kita et Minami sont morts. C'étaient les plus forts d'entre nous, pourtant…

Avant que les trois rebelles n'aient pu s'en réjouir, il ajouta avec une satisfaction morbide.

- Votre chef est aussi tombé, apparemment, ainsi que la rousse.

Ses interlocuteurs encaissèrent assez bien la nouvelle puisqu'ils n'avaient pas eu l'occasion de tisser de vrais liens avec les deux ex-ninjas de Fuki.

- Et comment tu sais tout ça, toi ? lui lança Konan d'une voix hargneuse.

- C'est le vent qui m'a apporté ces tristes nouvelles.

Sakumo secoua la tête, comme blasé.

- Je l'aurai parié. Si j'ai bien compris, Nishi c'est les sabres, et toi c'est le vent. Les gardes du corps de Madara ont tous une lubie ou quoi ?

Taikai répondit en brandissant son kunai, sonnant par là même le retour des hostilités.

Il chevaucha le vent pour attaquer Konan, mais comme à chaque fois, Sakumo parvint à s'interposer. Le croc blanc voyait tous ses mouvements, et, plus incroyable encore, était assez rapide pour les contrer.

S'ensuivit une lutte au Taijutsu, les deux kunais se percutaient à un rythme soutenu dans un fracas de métal. Les deux armes étaient chargées de chakra, Sakumo ayant pour cela choisi l'élément foudre quand Taikai optait sans surprise pour le vent. Ces deux éléments avaient beau offrir un pouvoir de pénétration accru, leurs effets étaient annihilés au contact de l'arme adverse.

Après plus d'une minute à croiser le fer avec le prêtre, Taikai recula, ulcéré. Ils avaient exactement la même vitesse, leur duel n'aurait jamais de fin s'ils continuaient ainsi.

- Fuuton : Danryuu no Yokusei. (Maîtrise des courants thermiques)

Sakumo poussa un cri de surprise lorsqu'il se mit à s'élever dans le ciel avant de se figer à un mètre du sol. Il était dans l'incapacité totale de bouger ne serait-ce qu'un cil.

Satisfait, Sakumo s'approcha pour en finir mais Konan veillait. L'ancienne porte-parole d'Amaterasu libéra une nuée d'origamis qui se contentèrent de se dresser devant le Namikaze, bloquant son champ de vision.

Aussitôt, Sakumo sentit l'emprise de vent se relâcher et il redescendit brutalement sur la terre ferme.

- Merci… Comment as-tu deviné qu'il avait besoin de me voir pour que ça marche ?

- Intuition féminine, répondit Konan.

Furieux, Taikai balaya le mur d'origamis et composa une nouvelle série de mudras.

- Fuuton : Surudoikaze. (Vent lacérant)

Il y eut un éclair de vent, et Konan se transforma en origamis juste à temps pour éviter d'être décapitée.

Cependant, transformait son corps de cette manière lui demandait beaucoup de chakra et elle avait vidé ses réserves lors de cette dernière action.

- Désolé, je suis HS, indiqua Konan, le visage fermé.

Sakumo se tourna brièvement vers elle et leva le pouce.

- Ne t'inquiète pas, Ino et moi allons le finir illico presto.

Il retroussa ses manches et inspira un bon coup avant de sortir une arme de derrière son dos. ll s'agissait d'un sabre court d'une blancheur immaculée, et Taikai rit en voyant l'objet.

- Un croc blanc, hein ? Comme si ce cure-dent allait changer quelque chose !

Sakumo fit tourbillonner l'arme et disparut.

Un frisson de peur parcourut Taikai, qui tourna la tête en tout sens pour trouver son adversaire, sans résultat. Sakumo avait quitté les lieux. Sa technique du murmure du vent lui permettait de détecter toute vie dans un rayon de plusieurs kilomètres, aussi il était formel.

- On dirait qu'il s'est fait la malle... Du coup, je vais pouvoir m'occuper de la petite blonde et j'aurai gagné ma journée, ricana Taikai en avançant d'un pas ferme vers sa dernière proie.

Soudain, il se tendit en sentant l'air rencontrer sa peau bien plus fort qu'il n'aurait dû le faire. Quelque chose était en train de brasser l'air près de lui.

Le Namikaze fit une cabriole mais n'évita pas complètement l'attaque puisque sa joue gauche fut gratifiée d'une longue trace sanguinolente.

Les jambes arquées, le kunai incliné pour se mettre en garde, Taikai regarda autour de lui, mais il ne voyait et ne sentait toujours rien. La révélation le gagnait peu à peu : Sakumo était capable de se rendre invisible, et ce n'était pas un Genjutsu.

« Je sais qu'un des Fils de Vent avait une capacité de ce genre, mais il est mort il y a longtemps et c'était une technique héréditaire. Alors quel est ce maléfice ? » vitupéra le Namikaze en pensée.

Par deux fois, il vit la mort de près en évitant la lame de Sakumo au dernier moment, mais il gardait espoir. Pour le moment, ses sens accrus et ses réflexes hors du commun étaient en train de lui sauver la mise, et il savait que le croc blanc ne pourrait pas utiliser cette technique indéfiniment.

« Une telle capacité doit lui pomper beaucoup de chakra » pensa Taikai comme pour se rassurer.

Sakumo lui donna raison en redevenant visible, nettement plus fatigué qu'auparavant.

- Je dois admettre que tu es plutôt doué pour parvenir à esquiver mes attaques à l'aveuglette.

- Je te retourne le compliment. Quelle est cette technique ?

Le prêtre arbora un sourire moqueur.

- Oh rien, juste une technique Fuuton…

Le premier des Namikaze fronça les sourcils si fort qu'ils en étaient presque perpendiculaires à ses yeux.

- Impossible. Le vent n'a aucun secret pour moi.

- Il faut croire que si. Ce jutsu se nomme Yami no Beiru (voile des ténèbres). Le principe est simple : Je fait tourbillonner le vent extrêmement vite de façon à me dissimuler aux regards de mes ennemis. Cela paraît simple dit comme ça, mais il m'a fallu des mois de pratique pour parvenir à le maîtriser.

- Plutôt impressionnant, je dois l'avouer. Mais je demeure le maître du vent. Le fait que tu connaisses une technique Fuuton que j'ignore ne signifie rien !

Sakumo haussa les épaules. Il n'avait que faire d'un titre aussi pompeux et était conscient de ne pas le mériter. Naruto, Minato et cet homme restaient bien plus forts que lui dans ce domaine, c'était une évidence que la paranoïa et l'obsession de Taikai semblaient lui dissimuler.

- Si ça te fait plaisir… Quoiqu'il en soit, il ne me reste que peu de chakra, je vais donc accélérer la cadence, mon fils !

Sakumo composa une série de mudras assez étrange, du point de vue de Taikai. Les signes lui étaient connus, bien entendu, mais il ne pouvait la rattacher à aucun élément de sa connaissance.

« C'est sans doute un Kekkai Genkai » réalisa-t-il en redoublant de prudence.

- Jinton (Art de manipuler la vitesse) : Shokuzai no Kiba. (Croc de l'expiation)

En l'espace d'un battement de cils, Sakumo avait rejoint son adversaire, dont la rétine imprimait à peine le changement de position. Le prêtre enfonça son sabre court dans la poitrine du Namikaze avant de réapparaître un peu plus loin, comme indifférent à la suite des évènements.

Taikai cracha une gerbe de sang, puis examina sa blessure avec attention. Cette dernière était étrangement peu profonde. Sakumo aurait-il raté son coup ?

Il cessa de cogiter lorsqu'il réalisa que Sakumo était à nouveau de lui, et qu'il tenait à la main un parchemin sur lequel était écrit une unique phrase :

Je ne compte pas te tuer, ma religion me l'interdit et quand bien même, je n'en ai aucune envie.

Le sens de la phrase ne pénétra pas toute de suite l'esprit de Taikai, trop occupé à se demander pourquoi son adversaire s'exprimait soudainement par écrit. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Ne trouvant pas de réponses, il retourna à l'étude du document et fut très vite gagné par l'énervement.

- Tu veux me faire croire que tu m'as épargné ? Le vrai combat ne fait que commencer, ton cadavre sera très bientôt étendu à mes pieds !

Réfrénant sa colère, Taikai ajouta :

- Quant à ce Jinton que tu as utilisé, je pensais qu'il n'était qu'une légende… Je suppose que c'est ce Kekkai qui t'a permis de suivre ma vitesse depuis le début de ce combat.

Sakumo n'eut aucune réaction, ce qui irrita Taikai au plus au point. Il se jeta sur le prêtre au maximum de sa vitesse mais ne brassa que de l'air. Le garde du corps de Madara se retourna brusquement, et constata que Sakumo se tenait immobile derrière lui. Le bras tendu vers Taikai, il brandissait un autre parchemin, pourvu d'un message plus long que le précédent.

Je suis désolé, j'ai bien peur de ne pas avoir compris ce que tu as dit à l'instant. Vois-tu, je n'ai pas fait que te poignarder toute à l'heure, la technique du croc de l'expiation n'est pas aussi simple que cela… J'ai introduit du chakra Jinton dans ton corps et depuis ce moment, tu agis au ralenti. Tu as l'impression que j'ai fait preuve d'une vitesse extraordinaire en esquivant ta dernière attaque ? Il n'en est rien, tu as mis une minute pour m'atteindre, et je t'ai évité en marchant. Le seul inconvénient de cette technique, c'est que le mouvement de ta langue est tout aussi ralenti, aussi n'ai-je rien compris de ce que tu as bavé. De même, mes paroles te seraient incompréhensibles tant elles te paraîtraient accélérées. »

Les mots de Sakumo firent à Taikai à l'effet d'une massue. La vitesse dont il était si fier avait été réduite à néant. Quel affront ! Sa colère grandissante se mua en fureur froide. La mort du prêtre serait lente et douloureuse.

Le prêtre s'approchait du garde du corps pour l'assommer lorsqu'il le vit bondir en arrière à une vitesse qu'il n'aurait pas dû pouvoir atteindre.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? dit-il entre ses dents.

- Tu n'es pas le seul à être la puissance de mon Ninjutsu qui a tapé dans l'œil de l'Empereur, mais mes capacités de ninja sensoriel. Mon pouvoir de détection, fondé sur le vent, n'a rien à envier à celui de Karin.

- J'en ai rien à foutre de tout ça, abrège, grogna Sakumo après avoir jeté un coup d'œil vers sa montre.

- J'ai utilisé mes capacités de détection à l'intérieur de mon propre corps pour pister le chakra Jinton et l'éliminer. Etant donné que je possède un contrôle parfait sur mon chakra, je n'ai eu aucun mal à repérer le corps étranger et je l'ai pulvérisé avec du chakra Fuuton.

- Un peu de modestie te siérait assez, mon fils.

- Je ne suis pas ton fils ! s'emporta Taikai, qui ne parvenait décidément pas à supporter le prêtre.

- Ce n'est qu'une façon parler, c'est encore une des conneries de traditions qui vont avec l'habit monacal, et ne me demande pas de quoi ça vient, je n'en ai pas la moindre idée ! répondit Sakumo en haussant les épaules.

Il avait à peine fini son laïus qu'il vit Taikai voler vers lui. Sakumo utilisa une technique Jinton pour égaler la vitesse irréelle de Taikai et l'évita sans difficultés.

Il exécuta ensuite une nouvelle série de mudras infiniment plus complexe que la précédente.

Fuuton Raiton : Juujikazou. (le crucifix)

A peine avait-il entendu le nom de la technique que le Namikaze se sentit happé et se mit à léviter contre sa volonté à plusieurs mètres du sol. La ressemblance avec la technique Fuuton qu'il avait utilisée un peu plus tôt dans le combat était frappante.

Il blêmit en se souvenant que la technique de Sakumo comportait un autre élément, qui n'annonçait rien de bon puisqu'il était considéré comme le plus dévastateur : la foudre.

Taikai hurla de douleur en sentant quatre kunais perforer ses mains et ses pieds. Chaque arme était chargée en électricité, et le corps du Namikaze s'agita en soubresauts. La décharge de courant était terriblement douloureuse, et ne paraissait pas devoir s'arrêter. En plus de le faire souffrir, l'électricité l'avait totalement paralysé, et seuls ses yeux continuaient à s'agiter en tout sens.

Pris de pitié, Sakumo se détourna de la scène et attendit que Taikai sombre dans l'inconscience, ce qui ne devrait pas tarder.

Son esprit divagua quelque peu, s'efforçant d'ignorer les cris de souffrance de son adversaire, ou plutôt de sa victime.

La douleur le rappela à l'ordre et il sauta comme un cabri pour s'éloigner du danger.

Il sentait un liquide chaud couler le long de son dos, et espéra que la colonne vertébrale n'avait pas été touchée.

Méticuleusement, Sakumo ôta le kunai fiché dans son dos et le jeta au loin.

Ce n'est qu'ensuite qu'il se tourna vers Taikai, qui le fixait sans aménité.

- Et bien dis donc, tu es insaisissable, mon fils.

Cette fois-ci, Taikai résista à la provocation et eut même un petit sourire.

- Tu as encore sous-estimé le vent, ça devient une habitude. Une bien mauvaise habitude…

Pour m'en sortir, j'ai utilisé la technique de Minato, qui consiste à transformer son corps en vent. C'est fatigant, mais ça m'a sauvé la vie. Et t'a coûté la tienne.

Diminué par sa nouvelle blessure, Sakumo ne réagit pas assez vite et ne put empêcher le coup de poing de Taikai d'exploser son épaule gauche. La douleur lui fit lâcher son sabre blanc, au grand plaisir du Namikaze.

- Le loup a perdu ses crocs, c'est terminé pour toi Sakumo ! se réjouit-il en approchant son kunai de la nuque du Croc Blanc, qui était tombé par terre.

Le seul bras qui restait à Sakumo enserra la jambe de Taikai, qui frissonna en sentant le chakra Jinton pénétrer par les pores de sa peau, et constata qu'il ne pouvait plus bouger les bras et les jambes. Une variante moins puissante du croc de l'expiation, puisqu'il était encore capable de s'exprimer et était conscient de la lenteur de son corps. Confiant, Taikai se concentra pour éliminer le chakra Jinton avant de se rendre compte que ce ne serait pas aussi simple.

En effet, Sakumo n'avait pas lâché la jambe de Taikai et continuait à introduire son chakra dans la jambe de son ennemi. Chaque particule de chakra que le Namikaze détruisait était aussitôt remplacée par une nouvelle.

- Tu m'as peut-être paralysé Sakumo, mais ça ne rime rien. Tu n'as plus qu'un bras, tu ne peux donc pas profiter de ma paralysie pour m'attaquer ! Tôt ou tard tu seras à court de chakra, et avant moi de ce fait, tu ne parviendras pas à m'immobiliser éternellement. Tu n'as fait que retarder l'échéance, le loup blanc que tu es n'en a plus pour longtemps.

Le prêtre se releva à demi et lui adressa un regard ennuyé.

- Je ne sais pas pourquoi tu persistes à me comparer au loup mais j'aime bien. Cependant, tu as oublié un détail : Les loups chassent en meute.

Partagé entre l'étonnement et l'incompréhension, les yeux de Taikai descendirent pour s'arrêter sur une main, qui n'était visiblement pas à sa place puisqu'elle sortait de la plaie béante de son thorax.

Le froid l'envahit et il balbutia d'une voix craintive.

- Est-ce que je vais… mourir ?

Derrière lui, Ino fut un instant envahie par la compassion puis lui répondit d'une voix qu'elle voulut ferme.

- Oui.

Rassemblant ses dernières forces, la kunoichi avait accouru dès qu'elle avait vu Sakumo en difficulté, et, comme s'ils se connaissaient depuis toujours, avait anticipé la manœuvre de Sakumo. Embusquée, son bras recouvert de chakra vent, Ino avait alors attendu le moment propice pour se jeter sur Taikai. Ce moment, Sakumo le lui avait offert en paralysant leur adversaire un court instant.

Taikai examina sa blessure et eut un petit rire en voyant le chakra Fuuton qui enveloppait la main d'Ino.

- Abattu par le vent, quelle ironie…

Il ferma les yeux, et Ino retira son bras avant de vomir par terre un repas qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir ingurgité.

La réincarnation de la Yamanaka en avait vu des vertes et des pas mûres, mais elle n'avait jamais empalé un être humain à main nue, elle n'avait jamais senti les organes éclater au contact de son bras et le sang y couler à flot.

A travers le rideau de ses larmes, elle vit Sakumo s'approcher d'elle et commencer à frotter son bras pour le purger du sang qui le maculait jusqu'au coude.

Ils demeurèrent longtemps silencieux, jusqu'à ce qu'Ino sanglote :

- J'ai tué quelqu'un, encore une fois. Mais cette fois-ci, c'était différent… Je suis damnée, Sakumo, maintenant et à jamais ! Je suis une meurtrière !

- Tu m'as sauvé la vie.

Le prêtre se releva une fois que le bras de la kunoichi eut plus ou moins retrouvé son aspect initial.

- Ma fille, sache que tuer est un acte irréparable, alors cesse de te tourmenter en ressassant les atrocités que tu as pu commettre. Le seigneur n'a cure de ton passé, seul lui importe ton présent. Si tu cherches la rédemption, ne penses pas aux vies que tu as ôtées, mais plutôt à celle que tu as sauvée. Sauve en d'autres et ton âme retrouveras la lumière.

- Ça va vous deux ?

Sakumo leva le pouce, et Ino s'efforça de sourire à Konan.

- Tout va pour le mieux, on a gagné.

Pas tout à fait convaincue, Konan lui adressa un regard inquisiteur qu'Ino fit mine de ne pas voir.

Finalement, la spécialiste des origamis reporta son attention sur le champ de bataille.

- On dirait que tous les combats sont terminés, sauf celui de Sasuke et Bee. J'espère qu'ils vont s'en sortir, car personne ici n'est en état de les aider…

« Excalibur… Tu m'avais dit que celui qui te maniait était invincible dans un duel de sabre, et ça fait deux fois que je mords la poussière ! »

L'épée prit son temps pour répondre à Sasuke.

« Ce n'est qu'une légende, mais inspirée de faits réels : Tous ceux qui m'ont maniée jusqu'à présent n'ont jamais connu la défaite. »

« Alors comment tu expliques ça ? Je suis moins bon que tes anciens maîtres ? »

« Non… C'est juste qu'ils n'ont jamais combattu un tel adversaire. Et moi non plus, par extension. Et pour la première fois, Sasuke, j'ai peur de perdre. Cet homme-là est peut-être plus fort que moi. »

Sasuke avait communiqué avec Excalibur dans l'espoir d'y trouver une source de réconfort. C'était raté.

- J'en ai plus que marre de ce Kenjutsu de merdre ! s'emporta-t-il en effleurant de ses doigts fins la cicatrice qui ornait sa joue depuis peu.

Indifférent à ses déboires, Ichigoku continuait à s'amuser. Il projeta Bee à terre d'un coup d'estoc surpuissant puis glissa vers Rai.

Le marteau passa à quelques millimètres de son oreille gauche mais le cœur d'Ichigoku ne rata même pas un battement. Tout se passait comme il l'avait prévu, comme toujours.

Il changea son épée de main et son bras, vif comme l'éclair, fouetta l'air à la vitesse du son, laissant une zébrure écarlate sur le dos de Rai.

- Jolis muscles, mais ils ne te seront pas d'une grande aide ici ! claironna le bretteur de l'Empire.

En réponse, Rai projeta son marteau de toutes ses forces vers Ichigoku, au grand dam de ce dernier.

- Encore cette manie de se débarrasser de son arme… C'est une sale habitude qui ne vous vaudra que des ennuis !

Il se contenta d'incliner la tête pour éviter le marteau, souriant de toutes ses dents.

- Vous voyez bien que…

Il ouvrit de grands yeux et fit volte-face à temps pour parer le marteau avec son épée, qui se brisa en mille morceaux.

Le bras droit endolori et désormais désarmé, Ichigoku fit un pas en arrière et observa le marteau voler jusqu'à son maître.

- Quelle est cette technique ? Le Ninjutsu ne devrait pas fonctionner ici !

- Ce n'est pas du Ninjutsu, expliqua Rai de sa voix rauque, apparemment ravi d'avoir enfin l'occasion d'en boucher un coin à son adversaire du jour. Ceci est le marteau de Thor, il s'agit d'une arme vivante, dotée, comme tu as pu le voir, d'une capacité fort utile.

Ichigoku eut un sourire enfantin.

- Des armes vivantes… Extraordinaire !

Son exaltation dut prendre fin lorsque ce fut au tour de Sasuke de foncer sur lui. L'Uchiha n'avait visiblement pas aimé le souvenir qu'il lui avait laissé.

- Oh mille excuses messire Uchiha ! Vous l'auriez peut-être préféré une cicatrice en forme d'éclair, comme ça Madara aurait eu deux élus sur les bras !

Eclatant d'un rire tonitruant, Ichigoku s'arquebouta pour éviter Excalibur et se mordit le pouce pour invoquer un nouveau sabre, visiblement de meilleure facture que le précédent. L'arme était noire comme le charbon, et Ichigoku le regardait avec autant d'affection qu'une mère l'aurait fait avec son nouveau né.

- Chers amis, je dois vous féliciter pour avoir survécu jusqu'ici ! Peu de gens ont eu la chance de voir mon sabre fétiche en action, Yamiyo (Nuit sans Lune). Cette arme n'a pas la renommée des armes des épéistes de Kiri, mais elle me va comme un gant et il n'y rien de plus important !

Soudain, Bee leva la main en signe de trêve, puis sortit de son autre main un petit carnet que Sasuke reconnut aussitôt.

- Franchement je vous jure… A un moment pareil…

Avec application, la jinchuuriki nota la rime d'Ichigoku en chantonnant de sa voix de soprano, puis referma le livre dans un claquement sec.

- On peut continuer, j'ai tout noté.

Ichigoku haussa un sourcil.

- C'est-à-dire ?

- Elle fait de la poésie, expliqua brièvement Sasuke en levant les yeux au ciel.

L'épéiste se remit à sourire.

- Elle est donc une artiste à double titre, c'est vraiment remarquable ! Cependant…

Le sourire disparut comme s'il n'avait jamais existé, et les yeux gris d'Ichigoku scintillèrent comme jamais.

- Le Kenjutsu est un art jaloux, et lui faire des infidélités est une bien mauvaise idée, Killer Bee. Tout le temps que vous avez consacré à votre poésie plutôt qu'à arpenter la voie du sabre vous coûtera la vie.

- La danse du sabre et la poésie sont unies, elles sont les deux facettes de la même mélodie.

Ichigoku retrouva le sourire, il semblait apprécier les paroles de Bee bien plus que Rai et Sasuke, qui s'en moquaient éperdument et commençaient à s'ennuyer. Ce fut Rai qui craqua le premier.

L'épéiste le vit arriver du coin de l'œil et son sabre s'agita trop vite pour que le sharingan de Sasuke puisse le suivre.

Marchant d'un pas tranquille, Ichigoku se dirigea ensuite vers Sasuke, sans un regard pour sa proie abattue. Rai baignait dans son sang, il ne bougeait plus. Sasuke n'avait pas eu besoin de son sharingan pour savoir que son ami était mort avant d'avoir touché le sol.

L'Uchiha poussa un cri de rage et se précipita vers Ichigoku.

Celui-ci n'avait visiblement pas l'intention de rester sur la défensive, et fit tournoyer son sabre devant lu.

- Chitsuki. (Lune sanglante)

Il bondit à une vitesse vertigineuse vers Sasuke, son sabre zébrant l'air à une vitesse défiant l'imagination. Il ne zébra pas que l'air, et l'Uchiha s'écroula, entaillé en de multiples endroits. Ichigoku avait de toute évidence eut le temps de lui porter un nombre incalculable de coups.

Mais Ichigoku n'avait pas la tête du vainqueur, et ne comprenait toujours pas comme Sasuke s'en était sorti vivant. Son sabre avait dévié chacun de ses coups alors que l'Uchiha n'aurait pas dû pouvoir le suivre. Ce genre de réflexes ne s'acquéraient qu'au prix d'un entraînement acharné et Ichigoku était certain que Sasuke était beaucoup moins habitué à manier le sabre que lui. D'où tenait-il une telle dextérité ?

Ichigoku se tourna pour affronter Bee, qui était arrivée à temps pour l'empêcher d'achever l'Uchiha.

Le sabre d'Ichigoku décrivit à nouveau une spirale puis il se lança à la rencontre de Bee qui virevoltait comme jamais, ses sept sabres tournant en tous sens.

- Chitsuki ! (Lune sanglante) s'écria Ichigoku, bien décidé à en finir une fois pour toute.

Les deux meilleurs bretteurs du monde se heurtèrent dans une giclée d'étincelles, puis se séparèrent comme à regret. Ils avaient échangé leurs positions, constata Ichigoku.

- Mes félicitations, tu es la première à parer Chitsuki si facilement.

Ichigoku serra les dents en ressentant une douleur aiguë à la jambe droite. Il baissa les yeux vers l'endroit en question et découvrit que Bee y avait laissé sa marque. Elle avait donc fait mieux que résisté à sa technique…

Un frisson d'excitation parcourut le corps d'Ichigoku. Pour la première fois de sa vie, un sabre avait mordu sa chair.

- Tu es vraiment incroyable, et je vais te faire l'honneur de te montrer mon dernier mouvement, celui que je réserve aux épéistes d'exception.

L'homme se plaça de profil, et Bee le vit poser son épée négligemment sur son épaule gauche.

Ses cheveux se dressèrent sur sa tête. Cette technique était dangereuse, elle le sentait. Elle pourrait même y laisser, si elle ne faisait pas attention.

- Mugendai no Orochi. (le serpent de l'infini)

Allongée par terre, Bee ouvrit les yeux et se releva en titubant. Elle était couverte de sang, les plaies étaient si nombreuses qu'elle ne pouvait pas les compter.

Bee n'en revenait toujours pas… Elle avait été vaincue, et avec une telle facilité.

- Tu as survécu… Ça alors… Tu es la première, tu sais ?

La jinchuuriki ramassa chacun de ses sabres méthodiquement et se mit en garde.

- Tu es courageuse, reconnut Ichigoku. Et tu as beaucoup de talent. Tu aurais été la meilleure, si je n'avais pas existé. Quel dommage, vraiment…

- Bee !

Surprise, la kunoichi tourna la tête vers Sasuke et leva la main pour attraper ce que l'Uchiha venait de lui lancer. C'était Excalibur.

« Salut à toi Killer Bee. En temps normal, je devrais te faire passer une épreuve, mais on manque de temps, donc on va faire comme si tu avais réussi. »

Cette intrusion mentale de l'épée ne perturba pas la jinchuuriki, qui y était plutôt habituée, avec Hachibi.

Elle rangea un de ses sept sabres et sa main droite empoigna Excalibur.

Ichigoku, pour sa part, ne chercha même pas à dissimuler sa surprise.

- Tu te débarrasses d'un sabre bien équilibré au profit de cette chose ?

- Cette chose est la plus puissante épée du monde, monsieur le prétendu spécialiste. Et c'est aussi la plus célèbre, on la nomme Excalibur.

Suite à l'intervention de Sasuke, Ichigoku passa par toute une palette d'émotions, incluant l'étonnement, la joie, la curiosité et la jalousie.

- Cette épée sera mienne, prophétisa-t-il. Qui pourra nous résister lorsque la reine des épées sera entre mes mains ?

- Tu ne vivras pas assez longtemps pour voir ce moment, rétorqua Bee.

Les deux ninjas coururent à nouveau vers l'autre et Ichigoku amorça son serpent de l'infini une toute dernière fois.

Il y eut un sifflement, et le silence retomba sur le champ de bataille.

Sasuke se releva et s'approcha des deux bretteurs, étonné de les voir immobiles et enlacés comme dans une étreinte amoureuse.

Ichigoku sourit en baissant les yeux vers la garde de son sabre noir, enfoncée jusqu'à la garde dans le ventre de Killer Bee.

- Je t'ai eue.

- Alors nous sommes quittes…

Sans laisser transparaître la moindre émotion, Ichigoku regarda Excalibur. Même plantée dans son corps, il ne pouvait pas s'empêcher d'admirer la beauté et l'équilibre de la lame qui l'avait assassiné.

Un sourire rêveur se peint sur ses lèvres.

- Dieux, quelle splendeur…

Lorsque Sasuke, les rejoignit, les yeux d'Ichigoku étaient vitreux, mais ceux de Bee brillaient encore faiblement.

- Bee, ne t'en fais pas, tu vas t'en sortir.

La jinchuuriki secoua la tête. Elle n'était que trop consciente de la gravité de ses blessures.

- Non, c'est fini pour moi. J'aurai eu une chance si Hachibi avait pu me soigner, mais il ne peut rien à cause des kunais. Sasuke…

L'Uchiha devait se retenir pour ne pas pleurer. Rai et maintenant elle, tous ceux qu'il côtoyait et aimait étaient-ils condamnés à mourir ?

- Vous devez sauver Hachibi. Vous ne pouvez plus rien pour moi, mais vous pouvez encore l'extraire de mon corps et le sceller en quelqu'un d'autre. Jiraya, tu peux le faire, n'est-ce pas ?

Sasuke se retourna et constata qu'effectivement, Jiraya était arrivé sur les lieux, non sans avoir auparavant désactivé les kunais qui l'auraient privé du Ninjutsu. Et il n'était pas le seul à être venu. Tous les autres semblaient les avoir rejoints pour assister aux derniers moments de la jinchuuriki. Sasuke nota cependant l'absence de Nagato et Kushina et, comprenant aussitôt ce qu'il en était, dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas se laisser envahir par le chakra Yin.

- Je suis désolé, Bee, mais c'est trop tard. Nous manquons de temps pour cela car c'est un rituel coûteux en énergie et je dois avouer que nous sommes à plat, tous autant que nous sommes…

Pour la première fois, une larme coula sur la joue de Bee.

« Je suis désolé, papa, on dirait que tu vas devoir me suivre... »

« Ne dis pas de bêtises, Bee. Tu n'y es pour rien. Qui plus est, je ne mourrai pas vraiment… Je ne suis qu'un écho de l'Hachibi du monde de Naruto. Ne t'inquiète pas pour moi Bee. »

Bee sembla retrouver la sérénité, et demeura silencieuse jusqu'au dernier moment, au grand ébahissement de Tsunade.

- Le foie et le poumon gauche avaient été réduits en bouillie. Elle aurait dû se tordre de douleur…

Les ninjas de Fuki restèrent cois, submergés par le chakra. Nagato, Kushina, Rai, Bee et Sasori. Quatre de leurs frères étaient tombés en ce jour, sans compter Kiba, Karin et Suigetsu.

- Si l'élu ne l'a pas tué avant, je me charge de Madara, rugit Tsunade en se relevant.

A la mention de l'élu, certains des ninjas présents se tournèrent vers Jiraya, comme s'ils attendaient de lui qu'il décide de ce qu'il leur fallait faire à présent

- Enterrons ceux que nous avons perdu, ainsi que ceux qui nous les ont pris, dit finalement l'ermite. Ensuite, et seulement ensuite, nous nous rendrons au château pour voir ce qu'il en est.


Quinze minutes auparavant

Lorsque l'élu pénétra dans la pièce, sa résolution était à son apogée. Même s'il avait pu voir, son regard ne se serait pas promené sur les murs alentours, et il ne se serait pas laissé aller à contempler la vue splendide qui s'étalait derrière la baie vitrée au fond de ce qui était devenu les appartements privés de l'Empereur.

Pour Karasu, en cet instant, le fauteuil qui lui faisait face était la seule chose qui existait.

Ce dernier finit par pivoter, et les prunelles écarlates de l'Empereur se posèrent sur le visiteur indésirable.

- Alors comme ça, mes soi-disant gardes du corps n'ont même pas réussi ne serait-ce qu'à te retarder… Je m'en doutais un peu, mais je serais curieux de savoir comment tu as fait pour traverser la barrière Ninjutsu.

L'Empereur n'obtint aucune réponse, ce qui l'agaça considérablement.

Mais Karasu finit par sortir de sa léthargie, et posa ses deux mains sur le sommet de son capuchon pour l'abaisser. Il dissipa ensuite tous les genjutsus qu'il portait. S'il y avait bien quelqu'un qui ne se ferait pas de mouron pour lui lorsqu'il serait parti, c'était bien Madara... Il pouvait donc jeter son masque sans arrière-pensée.

Madara poussa une exclamation en découvrant le visage de l'élu. En dépit de la présence du bandeau qui dissimulait les yeux de son vis-à-vis, il l'avait immédiatement reconnu.

- Cela ne se peut… murmura-t-il en s'enfonçant plus profondément dans son fauteuil, les yeux écarquillés. Je t'ai vu mourir !

Karasu eut un sourire sans joie.

- C'est vrai, j'ai été tué. Mais je reviens en ces temps sombres pour t'arrêter, en temps qu'élu.

Madara secoua la tête.

- Même si tu étais parvenu à ressusciter, ce que je ne m'explique pas, tu ne peux pas être l'élu ! Tu avais échoué il y a cinq ans, lorsque je t'ai testé !

- A l'époque, je n'étais pas l'élu, expliqua Karasu. On ne naît pas ainsi, on le devient. Et mourir était une étape nécessaire…

Madara plissa les yeux.

- Je commence à comprendre. C'est le Rikudô qui est derrière tout ça, n'est-ce pas ? La nuit qui a suivi ta mort, je l'ai surpris à rôder dans le cimetière, non loin de ta tombe…

- Et ça ne t'a pas mis la puce à l'oreille ? railla légèrement Karasu. C'est le Sage qui m'a tué puis ressuscité pour que je puisse te vaincre aujourd'hui.

L'Empereur renifla de mépris.

- Quand bien même, ça ne tient pas debout. Ne me sous-estime pas Itachi ! Après avoir abattu le vieillard, j'ai exhumé ton corps moi-même, pour vérifier qu'il s'y trouvait encore. Et il s'y trouvait !

Un sourire en coin apparut sur les lèvres de Karasu.

- Le Rikudô Sennin était meilleur en Genjutsu que nous ne le serions jamais, le cadavre que tu as vu était sûrement une illusion… Il nous avait déjà abusés, il y a trois ans, en nous faisant croire à la mort de Shisui.

Madara en tomba des nues. Comme beaucoup, il pensait Shisui mort et incinéré et s'en accommodait très bien.

Son étonnement disparut progressivement, alors que ses sourcils se fronçaient.

- Je vois… Cette grande gueule habillée en noir, c'était lui. J'aurais dû m'en douter.

Il ne dit rien de plus pendant un moment, se contentant d'examiner Karasu sous toutes les coutures.

- Quel dommage que tu n'aies pas partagé mes idéaux… Nous nous ressemblons bien plus que tu l'imagines, Itachi. Toi et moi sommes les seuls à attacher de l'importance à l'avenir de l'humanité, tandis que les autres ne se préoccupent que de leur bien-être personnel. Ils sont tous égoïstes, tellement égoïstes… Et même si ça me peine de le dire, ce sont eux qui sont dans la « normalité ». L'homme est égoïste par nature, et nous sommes l'exception qui confirme la règle. Ensemble, nous aurions été invincibles, Itachi… Si seulement tu avais été moins naïf…

- S'opposer au plan Œil de Lune n'est pas de la naïveté, c'est du courage, corrigea Karasu.

Madara secoua lentement la tête. De toute évidence, les convictions d'Itachi n'avait pas changé. Deux ans avaient passé et il était toujours aussi immature, toujours aussi détaché de la réalité. C'était à se demander si l'élu ne vivait pas dans le monde enchanté de Walt Disney…

- Quoiqu'il en soit, reprit Madara après un long moment, je suis plutôt rassuré. Si ce n'est que toi, l'élu, je te battrai comme je l'ai toujours fait ! Sans compter que tu es toujours aveugle… Tu ne pourras rien contre la pupille ultime des Uchiha !

Il défia l'élu du regard, ce dernier le fixant longuement en retour. Il ne pouvait pas voir son vieil ennemi, mais il le ressentait. Ses pouvoirs d'ermite mettaient l'âme de Madara à nu, et l'élu prit soudain conscience du changement qui avait été opéré chez son vieil ennemi.

- Ainsi tu as ouvert les yeux… dit enfin Karasu. Si tu sais que ce que tu fais est mal, pourquoi continuer ?

- C'est un mal nécessaire au bon déroulement de mon plan. Tout comme les hommes, le monde doit souffrir pour être beau. Le purger de ses impuretés est certes douloureux pour ses habitants, mais les générations suivantes vivront dans le bonheur le plus total.

- Illusion…

- Oh je t'en prie, arrête un peu avec tes illusions… Le bonheur lui-même en est une, c'est donc le seul moyen de l'atteindre !

Madara soupira avant d'ajouter :

- Je ne sais pas pourquoi je m'entête à parler avec toi…Il y a quelques instants, tu as semblé lire en moi, et discerner ma nature profonde. Mais moi aussi j'en suis capable, et pas besoin de pouvoirs pour ça ! Tu es devenu lisse Itachi. Lorsque je te vois, je ne vois qu'une statue de cire sur laquelle plus rien n'a prise. Tu n'es que la marionnette d'une prophétie et d'un vieux sénile, tu ne fais qu'obéir aveuglement à des entités qui te dépassent. Tu es un pantin, tu n'as pas de rêves !

Le ton de sa voix était allé croissant, si bien qu'il criait presque en prononçant les derniers mots de sa phrase, mots qui parurent perturber Karasu.

- Je cherche à réaliser la prophétie, mais personne ne me force à le faire. Je le fais car je crois dur comme fer que ce que je fais est juste, se défendit-il.

- Tu as peut-être encore ton libre-arbitre, mais tu t'en sers si peu…

- Venant de quelqu'un qui cherche à le supprimer, je trouve ça quelque peu hypocrite.

- Mais justement ! A quoi bon garder le libre-arbitre, si vous ne vous en servez pas, si ce n'est pour faire le mal ? Itachi, tout élu que tu sois, je te le dis : tu n'es qu'un gosse, un gosse ignorant. Avec toi, toujours les grands mots, les belles paroles emplies d'une pseudo philosophie ! Mais retiens au moins ceci : « La critique est aisée, mais l'art est difficile. » Oui mon plan est imparfait, mais je te défie de faire mieux ! Tu me mets les bâtons dans les roues alors que tu ne sais pas où tu vas… Me vaincre, vaincre l'autre Madara, la belle affaire ! Et après ? Et après ?!

Karasu resta silencieux.

- Si tu as une meilleure idée qu'œil de Lune pour apporter le bonheur en ce monde souillé, je me rends volontiers ! Mais bien sûr, tu n'en as pas…

Madara se leva et commença à faire les cent pas dans la pièce.

- J'ai subi beaucoup de moqueries et de reproches, de la part d'un tas de gens. Et le seul point commun entre toutes ces personnes, c'est qu'elles ne faisaient rien. Elles désapprouvaient mon attitude, me faisaient la morale, mais sans aucune connaissance de cause ! Pourquoi, Itachi ?! Pourquoi veux-tu m'arrêter ? Parce que tu es la marionnette de la prophétie ? Parce que tu penses que ce que je fais est mal ? Un peu des deux je suppose… Mais dans un cas comme dans l'autre, tu es dans l'erreur ! Un homme qui refuse de voir le mal en face ne sera jamais un authentique être humain. Le mal fait partie de nous tous, et d'un mal peut naître un grand bien… Tu rejettes le mal parce que la société te l'a inculqué. Depuis le jour de ta naissance tu ne fais que faire ce que les autres t'ont enseigné, tu n'as jamais pensé par toi-même.

Madara fit une pause, et Karasu, attentif, se contenta d'attendre la suite.

- Et tu n'es pas le seul, c'est aussi le cas de la quasi-totalité de ces moutons que sont les humains. Mais pas moi. J'ai un temps été plongé dans la même torpeur que toi, jusqu'à ce qu'un jour, j'en sois libéré. Ce jour fut sans doute le pire de toute ma vie, mais ce fut également le meilleur. J'ouvrais les yeux pour la première fois, et je ne les ai plus jamais refermés.

Madara leva les yeux vers le plafond et sembla revivre de lointains souvenirs.

- Les années qui ont suivi m'ont rendu amer. Au pays des aveugles, le borgne est roi, mais il est seul… Oui, je suis seul, Itachi. J'ai fini par comprendre que je suis le seul à pouvoir changer le monde, car je suis le seul qui ait le courage d'aller jusqu'au bout. Tu es l'élu d'une prophétie, Itachi. Mais la vérité c'est que moi aussi, je suis l'élu, et contrairement à toi, mon destin n'est pas écrit, et je suis mon seul maître. Je ne suis pas un simple pion sur un échiquier, je suis l'élu de l'humanité.

- Je vois… Tu penses être investi d'une mission divine, où quelque chose dans ce genre-là ? Quelle vanité ! Cependant, je te comprends, Miyamoto, et je suis rassuré car tes motivations sont bonnes. Mais tu te trompes de méthode.

L'énervement gagna Madara. Les paroles de l'élu lui semblaient être un écho des derniers mots de son père.

- Non je ne me trompe pas ! J'ai tout essayé, et j'ai fini par comprendre que l'illusion était la seule chance pour les êtres humains de vivre en paix !

- En es-tu sûr ?

- J'ai cherché, Itachi. Tu tétais encore le sein de ta mère que je cherchais déjà… Je n'ai pas pris cette décision à la légère !

- Bien sûr que si. Bon sang, quelle vanité, Miyamoto ! répéta Karasu. Depuis tout ce temps, tu es dans l'erreur, et tu ne sais pas pourquoi.

La bouche de Madara s'étira en une grimace horrible.

- Une erreur ? Dis-moi laquelle !

Karasu sourit.

- Je te l'ai déjà dit, et deux fois : Parce que tu es vaniteux. Tu es si imbu de ta personne que tu penses que ton esprit est le plus brillant qui soit. Tu considères que ta raison est sans failles, et c'est là où tu as tort. Tu l'as dit, l'homme est imparfait. Et cette imperfection est aussi valable pour toi et ton esprit. Ce n'est pas parce que tu n'as pas trouvé de réponse qu'il n'y en a pas ! Tu n'es pas incapable d'échouer ! Et par-dessus tout, tu n'as pas le droit de prendre une telle décision pour les autres ! Tu n'es pas un dieu !

Karasu avait progressivement haussé le ton, jusqu'à montrer de la colère. C'était la première fois depuis deux ans que Madara voyait sur son visage une trace d'émotion.

- Alors c'est là ce que tu penses… Que comme tout un chacun je suis confronté aux limites de l'esprit humain, et que je dois attendre et espérer ? Espérer que quelqu'un d'autre de plus intelligent que moi trouve un jour la solution ? Ce n'est rien d'autre que le choix d'un lâche. Toi qui aimes tant les illusions, sache que l'espoir en est une également ! Tu te mens à toi-même lorsque tu espères. Le moment où tu caresses l'espoir est celui où tu admets l'échec de ta raison.

- Mais ce n'est pas forcément un mal, lui répondit Karasu. Ce que je pense, c'est qu'il y a des batailles qui ne peuvent être gagnées. La mort en est une, et elle va de pair avec la souffrance. Nous ne pouvons pas créer un monde de bonheur éternel, et nous ne le devons pas car le bonheur est éphémère, et c'est ce qui le rend si précieux.

Les dernières paroles de Karasu furent la goutte d'eau qui fit déborder le vase, et Madara tapa du poing sur son bureau, le cassant en deux. Itachi était si borné que ça en devenait pathétique.

- Trêve de paroles, rugit l'Empereur en dégainant son sabre. Si tu veux la victoire morale, je te l'offre.

Le sabre de Madara s'écrasa contre le bâton blanc de Karasu, qui semblait parcouru par un flux de chakra élémentaire. Il aurait été coupé en rondelles dans le cas contraire…

Plus véloce que jamais, l'Empereur se fendait en de multiples attaques toutes différentes les unes de les autres. Néanmoins, il ne parvenait toujours pas à surprendre Karasu, qui bloquait chacun de ses coups avec son bâton.

- Et dire que tu es censé être aveugle… Quelle sorte d'entraînement as-tu suivi pour en arriver là ?

Karasu ne répondit pas, bien décidé à rester concentré, et bien lui en prit. Il perçut le chakra de l'autre Madara juste à temps. Madara était parvenu à passer outre sa vigilance pour générer un clone.

- Créer un clone en plein combat, on dirait que tu t'inspires de mes techniques de combat, ricana légèrement l'élu en se baissant pour éviter le coup de taille du clone.

Il se redressa ensuite et percuta du coude la trachée du clone, le faisant disparaître dans une nappe de fumée blanche.

Au bout de plusieurs minutes d'attaque défense, Madara rangea son sabre dans son fourreau, ulcéré. Le Taijutsu était visiblement une impasse, Karasu ne se livrait toujours pas et se contentait de parer tous ses coups, le tout sans lui céder un millimètre de terrain.

- Amaterasu…

Karasu se mordit la lèvre inférieure. Depuis qu'il avait perdu l'usage de la vue, il n'était plus capable d'utiliser les trois pouvoirs divins du Mangekyou Sharingan. Impossible donc d'utiliser le Susanoo pour se protéger.

L'élu leva la main droite et Madara vit qu'un sceau étrange y était dessiné.

Les flammes noires semblèrent attirées par le sceau et se précipitèrent à sa rencontre, avant d'être absorbées et de disparaître à son contact.

Madara fronça les sourcils. Karasu semblait avoir fait des progrès en Fuuinjutsu. Qu'importe, cet art ne le sauverait pas de sa prochaine technique. Il allait écraser l'élu en se servant des arcanes Uchiha.

- Susanoo.

L'élu était aveugle mais son mode ermite lui permettait de ressentir le chakra, aussi l'invocation de Madara lui apparut très clairement. Le Susanoo ne possédait pas l'épée de Totsuka, qui demeurait l'apanage d'Uchiha Itachi, mais était armé d'une longue faux.

Karasu vit l'arme s'élever dans les air avant de s'abattre sur lui pour l'anéantir.

La main gauche de l'élu se porta à la rencontre de la faux, qui s'arrêta net lorsqu'elle la toucha.

La situation était absolument illisible pour Madara. Le Susanoo et ses attaques étaient immatérielles, il était impossible de les stopper de la sorte !

Son sharingan examina la scène avec plus d'attention, et il découvrit que ce n'était pas la main de Karasu qui avait arrêté la faux, mais du chakra à l'état pur qui pulsait de ladite main.

L'élu lui avait donné la forme d'un bouclier, et ne paraissait ressentir aucune gêne en résistant à la force physique titanesque du Susanoo.

Madara grimaça en s'apercevant que Karasu ne faisait pas que se défendre. En effet, le sol à aux pieds de l'Empereur s'était comme liquéfié, à tel point qu'il se serait cru dans un sable mouvant. Lentement mais sûrement, Madara s'enfonçait dans le sol, en dépit de la prétendue défense ultime que représentait le Susanoo.

Jurant et pestant, l'Empereur révoqua le Susanoo et disparut en décrivant la spirale que Karasu connaissait si bien.

- Quelle technique embêtante…

- Je te retourne le compliment, dit Madara en réapparaissant aussitôt. Etait-ce du Doton ?

- Pas vraiment… Il s'agit des arts de la Nature. Un de tes sous-fifres, le nommé Zetsu, possédait des capacités assez similaires à ceci près qu'il se laissait dominer par elles, à défaut de les contrôler.

Madara haussa les épaules. Les capacités de ses subordonnés ne l'avaient jamais intéressé, la seule chose qui lui importait étaient les services qu'ils pouvaient lui rendre.

- Katon : Zetsumetsu no Honoo ! (flammes de l'extinction)

Karasu réagit au quart de tour.

- Yôton : Vulcain no Tate. (bouclier de Vulcain).

Le bouclier de lave parvint à contenir les flammes quelques secondes avant de voler en éclat.

Karasu fut dès lors englouti sous l'enfer de flammes invoqué par l'empereur.

- Tu as survécu… Je m'en doutais un peu, reconnut Madara en voyant Karasu réapparaître un peu plus loin, comme s'il avait utilisé une technique de téléportation. Cette hypothèse était d'autant plus probable que l'élu n'avait reçu aucune blessure de sa dernière attaque.

- Oui… Cependant, je dois avouer que tu m'as dominé sur ce dernier duel. Je n'avais jamais vu de technique Katon aussi puissante… Penser qu'elle ait pu se défaire d'une de mes meilleures défenses aussi facilement… Tu m'es définitivement supérieur en Ninjutsu, Miyamoto.

- La flatterie n'aura pas prise sur moi, le prévint l'Empereur.

- Ce n'est aucunement de la flatterie, ce n'est qu'une observation tout à fait objective. Il ne me reste plus qu'à retourner au Taijutsu…

A peine l'élu avait-il achevé sa phrase que Miyamoto devait lever son sabre pour parer le coup de bâton de l'élu.

Les passes d'armes qui suivirent auraient eu raison de n'importe quel autre adversaire, tant leur vitesse d'exécution était sans égale. Les deux ninjas semblaient évoluer dans une autre dimension tant ils outrepassaient les lois de la physique à commencer par celle de la gravité.

Madara passa une main dans sa chevelure baignée de sueur. Il perdait peu à peu du terrain. L'élu l'avait déjà touché trois fois, lui brisant le poignet gauche d'un revers ravageur, et, dans le même temps, demeurait intouchable.

« Je ne peux pas perdre » explosa Madara en son for intérieur. « Je dois vaincre pour le plan Œil de Lune. Le sort de l'humanité dépend de ma survie ! »

La vitesse de l'Empereur augmenta encore, mais Karasu le suivait toujours. Madara se rendit bientôt compte avec horreur qu'ils ne jouaient pas dans la même cour. Il était voué à perdre.

Le bâton de l'élu mordit la chair de sa main droite, et il lâcha son sabre dans un cri de souffrance.

- C'est terminé.

Karasu posa l'extrémité de son bâton contre la gorge sans protection de Madara.

Un bâton, entre les mains d'un ninja aussi puissant, était aussi dangereux qu'une épée. L'élu n'aurait besoin que d'une simple pression pour faire exploser l'artère, et cela, Madara le savait très bien.

- Arrête. Tu ne peux pas faire ça, balbutia-t-il.

- Je n'ai pas le choix, Miyamoto. Tu…

- Tu ne m'as pas bien compris, le coupa l'Empereur. Tu n'a pas vraiment envie de le faire, mais tu ne le sais pas encore.

Karasu haussa un sourcil, décontenancé. Les propos de son vis-à-vis demeuraient obscurs pour lui, et il se demanda un instant s'il n'avait pas perdu ce qui lui restait de raison.

- Tu veux savoir où se trouve ton cher ami Naruto, n'est-ce pas ?

Karasu se tendit. Alors c'était ça. Madara cherchait à négocier sa survie : il ne lui donnerait l'information que si l'élu lui laissait la vie sauve.

- J'ai utilisé mes capacités d'ermite pour sonder chaque centimètre carré de cette planète, et je n'ai pu trouver la moindre trace de son chakra. M'indiquer où trouver le cadavre de mon meilleur ami ne sera pas suffisant, Miyamoto.

- L'ennui, Itachi, c'est que tu n'as sondé que cette planète.

Madara eut un horrible sourire.

- Il y a deux ans, après avoir apposé le sceau sur Minato et Naruto, je me suis rendu dans une autre dimension en utilisant ma technique de téléportation et je les y ai cachés. Ils sont mon assurance-vie, Itachi ! Si je meurs, tu seras le bourreau de ton ami, prisonnier pour l'éternité dans la dimension que j'ai crée !

Karasu chancela. Il avait été joué par Madara, une fois encore.

- Tu dois donc faire un choix, reprit l'Empereur tout sourire. Me tuer et sacrifier son ami pour réaliser la prophétie, ou mourir et prouver que tu es libre de tes choix.

- C'est tout réfléchi, répondit aussitôt Karasu, et le cœur de Miyamoto battit la chamade. Son destin dépendrait des paroles qui allaient suivre.

- J'ai perdu la vie pour que Naruto vive, et je suis prêt à renouveler l'expérience.

Rassuré, Madara explosa de rire.

- J'aurais dû m'en douter ! Elu ou pas, tu possèdes toujours autant de faiblesses, Itachi ! La prophétie s'est bien trompée sur ce coup-là. Au final, c'est encore moi qui gagne.

Repoussant le bâton de Karasu d'une main ferme, l'Empereur saisit le poignet du jeune homme et l'aspira en utilisant le Kagegensô.

Une fois que l'élu eut disparu, Madara s'adossa au mur, un sourire béat imprimé sur le visage. En dépit de tous ses doutes, il en était encore sorti vainqueur.

- Il faut vraiment que j'arrête de douter de moi, je m'en sors à chaque fois ! s'écria-t-il en exécutant un pas de danse.

Il se dirigea vers la sortie du bureau, puis pila soudainement. Karasu se tenait immobile dans l'embrasure de la porte, et il tenait les corps de Naruto et Minato sur ses épaules.

Madara eut même le temps de noter que les sceaux sur leurs fronts avaient disparu.

- J'ai pensé à faire des copies du sceau de Kushina et Jiraya avant de partir, expliqua l'élu en déposant ses deux amis avec précaution.

- J'en n'ai rien foutre de ça ! Comment as-tu fait pour quitter cette dimension ?

- C'est assez simple, en fait, lui répondit Karasu sur un ton mesuré. Je possède le même pouvoir de téléportation que toi, le Kagegensô.

- Ridicule. Tu es aveugle et tu n'as pas le Mangekyou éternel. Tu ne peux pas…

Madara s'arrêta net, comme s'il venait de réaliser quelque chose.

- Ça y est, tu as compris ? La condition d'éveil de cette technique n'est pas l'obtention du Mangekyou éternel, il faut devenir aveugle pour la maîtriser. Ce n'est qu'en utilisant le Kaléidoscope à outrance, jusqu'à perdre la vue, que l'on devient capable de maîtriser cette ultime technique. Vous autres Madara avez arraché les yeux de vos frères trop vite pour le réaliser, et vous avez cru que vous teniez cette technique de la greffe.

Madara fut gagné par la fureur. Depuis toujours, cette technique était le symbole de sa suprématie sur ses pairs, et il ne comptait plus le nombre d'adversaires qu'il avait vaincus en l'utilisant. Et voilà que l'élu comblait le dernier fossé qui les séparait.

Hurlant comme un possédé, Madara se jeta derechef sur l'élu et l'aspira à nouveau. A ceci près que cette fois-ci, Madara l'accompagna dans sa dimension.

Une fois sur place, l'Empereur osa un sourire satisfait.

- Même si tu maîtrises ma technique, je demeure le créateur de cette dimension : en ces lieux, je suis seigneur et maître !

Il se concentra, et Karasu réalisa vite qu'il ne pouvait plus se téléporter. Madara projetait de l'emprisonner dans cette dimension.

Mais Karasu fit le vide dans son esprit et alla jusqu'à utiliser son mode Sennin de pair avec son Mangekyou pour sonner la révolte. Si sa cécité l'empêchait de servir des trois premiers pouvoirs du Mangekyou, il demeurait un possesseur de cette pupille. Son pouvoir grandit, et petit à petit, il prit l'ascendant sur Madara.

Le teint rouge brique, l'Empereur sentait qu'ont lui ôtait son contrôle sur sa propre dimension, et il ne pouvait rien y faire.

- Je te l'avais bien dit, ta faiblesse est ta vanité. Tu as sous-estimé les autres, et n'a jamais vraiment envisagé l'échec, lui dit Karasu.

L'élu traça une sorte de sceau invisible dans l'air avec son Mangekyou, et parut remodeler la dimension à sa guise. Madara sentit l'air se distordre autour de lui.

Finalement, l'emprise de Madara se brisa définitivement, et quelque chose se brisa en lui. Il sut alors qu'il avait perdu le contrôle de la dimension qu'il avait créée : Il ne pourrait plus jamais se téléporter.

- Alors tu comptes m'enfermer ici, et me laisser crever à petit feu ? Quelle cruauté Itachi !

Karasu lui répondit sur un ton indifférent.

- Je ne suis pas aussi cruel que cela. Ta détention ici n'est que temporaire, même si tu mériterais probablement de finir tes jours ici. Je n'ai pas le temps de décider de ton sort, le temps presse et je devrai bientôt emprunter le portail spatio-temporel de l'autel. Sache cependant que je compte modifier l'écoulement du temps : une fois que je serai parti, une journée dans cette dimension équivaudra à un an dans le monde réel. Je ne devrais pas m'absenter trop longtemps, aussi tu ne mourras pas de faim…

- Si tu reviens ! lui objecta Madara.

- Qu'importe, je ne te dois rien. Au revoir, Miyamoto…

En désespoir de cause, il fonça sur Karasu, qui se téléporta in extremis.

Madara, piégé dans le monde qu'il avait créé, hurla de désespoir en voyant le vortex bien connu disparaître complètement. Il était désormais prisonnier d'une simple création de son esprit. Comble de l'ironie, il savait son esprit brillant et de fait il l'était tant que cette dimension, qui s'était muée en prison, n'avait aucune faille.

A peine Karasu était-il revenu dans le bureau de l'Empereur qu'il dut faire face à une nouvelle attaque. Il attrapa les poignets de son agresseur, dont les yeux bleus s'ouvrirent largement.

- Ita… chi ?

- Salut Benji. Ça faisait un bail.

Les deux amis s'observèrent longuement sans bouger, jusqu'à ce que Naruto enlace Karasu. Son étreinte était plus forte qu'à l'accoutumée, comme s'il craignait de le perdre à nouveau.

Crainte justifiée, songea Karasu en pensant à ce qui l'attendait.

- Et oui, je suis de retour. Je sais qu'on a beaucoup de choses à se dire, toi et moi, mais j'ai bien peu de temps pour le faire…

Naruto se décolla enfin de son meilleur ami et fin un pas en arrière pour l'examiner.

- Tu as beaucoup changé… Et tu es toujours aveugle. Combien de temps ai-je été inconscient ?

L'attention de Karasu glissa vers Minato, qu'il sentait tout aussi attentif à sa réponse.

- Pas loin de deux ans.

Naruto eut un hoquet de stupeur, mais récupéra assez vite de sa surprise.

- Je vois. Je suppose que j'ai dû rater pas mal de choses en ce cas…

- C'est vrai, admit Karasu. Il y a d'ailleurs une chose que je dois te dire. C'est assez difficile, mais je ne te le dirais pas si je te pensais incapable d'encaisser la nouvelle. Et tu l'aurais appris tôt ou tard de toute façon, et dans des circonstances bien plus délicates : Hinata est tombée amoureuse de quelqu'un d'autre, apparemment, il s'agit de Deidara. Ils sont ensemble depuis plus d'un an.

Naruto eut un geste de recul, puis éclata d'un rire forcé.

- C'est tout ? Et moi qui m'attendait à la mort d'un de mes proches. Tu m'as fait peur !

- Tu mens toujours aussi mal, Benji… Tu as toujours barricader tes sentiments derrière cet immense sourire, mais c'est inutile désormais. Mes nouvelles capacités me permettent de ressentir tes émotions, alors si tu taisais ta souffrance pour me protéger, c'est raté.

Naruto recula à nouveau comme si on l'avait frappé, puis son masque se déchira un instant.

- J'ai l'impression de l'avoir quittée il y a deux jours, et mon amour pour elle n'a rien perdu de son intensité. C'est si dur, Itachi…

- Je sais. Je suis avec toi.

Minato brisa le silence en se levant et inclinant la tête vers Karasu.

- Merci de m'avoir sauvé, Itachi-san. Je ne sais pas si je le méritais.

- Ne dis pas de bêtises, tu…

Karasu n'ajouta rien d'autre. Ses sent exacerbés par le mode Sennin venait de l'avertir de l'arrivée imminente de ses amis. Ils avaient vraisemblablement réussi à s'en sortir, même si certains manquaient à l'appel. Rai, Nagato, Kushina et celle parmi les quatre qui comptait le plus pour lui, Bee.

- Ils arrivent… Naruto, Minato, pour certaines raisons dont je n'ai pas le temps de vous faire part, je tiens à garder mon identité secrète. Appelez-moi John à partir de maintenant, c'est compris ?

Les deux ninjas opinèrent du chef, et tous les deux arboraient un sourire moqueur en entendant le pseudonyme que s'était choisi Karasu.

- Je t'ai connu plus imaginatif…

- Ce n'est pas moi qui ai choisi… rétorqua l'élu en se tournant vers la porte.

Tous les ninjas qui s'étaient battus contre l'Empire pénétrèrent dans le bureau un par un, et restèrent longtemps bouche bée en voyant Naruto et Minato aux côtés de l'élu, et Madara aux abonnés absents.

La joie succéda à l'étonnement, et le bureau fut le théâtre de scènes de liesse pendant de longues minutes. Tout le monde venait tour à tour étreindre Naruto ou féliciter l'élu, tandis que les plus fatigués d'entre eux s'adossaient contre un mur en souriant béatement.

Ils n'arrivaient toujours pas à le réaliser, mais tout était fini. Ils n'auraient plus jamais à verser le sang sur l'autel de la liberté.

Beaucoup riaient et d'autres pleuraient, mais tous offraient le même sourire. Seules trois personnes faisaient exception à la règle, il s'agissait de Naruto, Deidara et Hinata. Tous les trois étaient sortis du bureau et s'étaient réunis au centre du couloir.

- Alors, c'est toi qu'Hinata a choisi…

- Ecoute, Naruto, je suis vraiment désolé mais je n'y peux rien.

Le jinchuuriki ignora royalement l'intervention du blond et reporta son attention sur Hinata.

- Tu ne m'as pas attendue, hein ? Même pas six mois, s'il faut en croire John… Moi je l'aurai fait. Je t'aurai attendu toute ma vie s'il l'avait fallu.

Sur ce, Naruto fit volte-face et retourna vers le bureau.

- Je suis tellement désolée Naruto, je croyais que tu étais mort… murmura une Hinata agitée de sanglots.

- J'aurai préféré l'être.

Un long silence succéda à ses paroles, puis il tourna la tête à demi vers Hinata.

- Quoiqu'il en soit, je suis de retour, maintenant. Qui choisiras-tu ?

Hinata baissa la tête, terriblement mal à l'aise.

- Naruto… Pour toi c'était hier, mais cela fait plus de deux ans que je ne t'ai pas vu. Je ne peux pas…

- Laisse tomber, j'ai compris, répondit Naruto d'une voix terriblement sèche.

Il poussa la porte du bureau sans un regard en arrière.

A son retour, le cœur de Karasu se serra lorsqu'il perçut la colère et la rancœur de son ami. Il sentait qu'il était trop tôt pour le réconforter, il avait besoin d'être seul.

Alors qu'il amorçait tout de même un pas vers lui, une personne s'interposa. Karasu cilla et reconnut Gaara.

- Gaara, c'est ça ? Je peux faire quelque chose pour toi ?

Tout à fait. J'ai cru comprendre que vous allez dans le monde de Naruto. Vous comptez revenir ?

Karasu s'humecta la gorge en constatant que le silence s'était fait dans la pièce. Tout le monde attendait la réponse à la question que Gaara avait écrite avec son sable.

- Il y a une chance pour que je revienne, mais je dois avouer qu'elle est assez faible. Car en plus de vaincre Madara, ce qui s'annonce plus que compliqué, il me faudra trouver un moyen de générer un portail interdimensionnel pour rentrer puisque celui-ci de l'autel disparaîtra aussitôt que je serai parti.

Je vois. Quoiqu'il en soit, vous avez une petite chance de revenir, et il y a donc encore un espoir pour Hidan puisque c'est dans le monde de Naruto que se trouve l'herbe capable de la soigner. Si vous trouvez le remède et mettez moins d'une journée pour revenir, nous pourrons lui sauver la vie.

- Je suis désolé, Gaara, mais je ne peux rien te promettre. Tu dois comprendre que cette plante n'est pas priorité. Je dois empêcher Madara de nuire, et je ne suis pas sûr d'avoir l'occasion de me mettre à la recherche de ce remède… De plus, revenir aussi rapidement me semble hautement improbable.

Karasu était désolé pour Hidan, mais il n'était pas tout-puissant, et il devait privilégier la survie du plus grand nombre. S'il devait choisir entre la liberté de tous les êtres humains et la vie d'Hidan, il n'hésiterait pas une seconde.

Un éclair de contrariété traversa le visage du jinchuuriki, mais il retrouva rapidement son masque d'impassibilité.

Je comprends. Mais j'aimerais que vous preniez ceci.

Karasu ramassa avec délicatesse le petit crapaud que Gaara lui tendait.

J'ai appris à invoquer les crapauds peu avant la chute d'Amaterasu, expliqua-t-il.

Grâce à Gamaraku, nous pourrons communiquer par crapaud interposé.

- Sauf que je ne sais pas invoquer les crapauds, répondit Karasu. Je ne pourrais donc vous transmettre qu'un seul message.

C'est mieux que rien. Révoquez-le dès que vous serez arrivé là-bas, de cette façon nous saurons si vous êtes arrivé à bon port. N'oubliez pas que nous sommes directement concernés par la réussite de votre mission, John. Si vous échouez, nous serons emprisonnez dans un monde d'illusion.

Karasu mit le crapaud dans sa poche, et sourit en renouant avec cette sensation qu'il avait oubliée depuis la mort de Gamataki.

- Très bien, je n'y manquerai pas. Merci.

Gaara hocha la tête et s'éloigna d'un pas lent.

- Je crois que nous avons un problème, dit soudain Han, et tout le monde se tourna vers lui.

Le jinchuuriki tenait dans ses mains un petit appareil que Sasuke reconnut aussitôt. Il se souvenait l'avoir vu dans les mains d'Hector Vivis, un des deux compagnons d'Hannibal.

- Que se passe-t-il ?

- J'ai enfin réussi à casser tous les mots de passes de ce machin, et je viens de découvrir quelque chose d'assez embêtant. Ces enfoirés du Triangle avaient programmé un envoi automatique de fichiers sur le web : toutes les données de Fuki y sont désormais en libre accès.

- On s'en fiche, non ? répondit Neji après un temps de surprise. Nous n'avons plus rien à cacher, maintenant…

- Parmi ces données, il y a tout le programme d'entraînement du shinobi, et un paquet de techniques et leur mode d'emploi.

Deidara jura. Nagato avait tout fait pour empêcher la propagation de ce savoir, et en définitive, ils avaient échoué.

- Alors c'est ainsi… Le Ninjutsu se répandra bientôt dans ce monde, comme dans l'autre… Je suis désolé, Rikudô Sennin, j'ai échoué comme vous, dit Karasu à mi-voix, avant d'ajouter plus haut :

- Quoiqu'il en soit, je dois y aller.

Si personne ne s'opposa à son départ, tous insistèrent pour le suivre à la grotte, curieux d'assister au départ de l'élu à travers le vortex.

- Et voilà, vous touchez au but, ricana Orochimaru en pointant du doigt l'autel toujours protégé par le halo lumineux mis en place par le Rikudô Sennin.

- Et bien… Je suppose que c'est un au revoir, commença Han. J'espère que…

Il se tut en voyant que Karasu avait un haut-le-corps.

- Ce n'est pas vrai, pas maintenant… murmura l'élu.

- Qu'y a-t-il, vous avez mal ?

L'Uchiha secoua la tête pour rassurer Sakura.

- Non, mais je préfèrerais. Regardez.

Les autres regardèrent dans la direction qu'il indiquait, et froncèrent les sourcils en voyant le petit vortex qui était apparu à côté de l'autel de l'élu.

- Un autre vortex ? Qu'est-ce que c'est au juste ? s'enquit Jiraya en l'étudiant avec circonspection.

- C'est lui. C'est Uchiha Madara. Il arrive.

La révélation glaça les personnes présentes. Madara arrivait avec Juubi, tout était perdu.

- Non, tout n'est pas perdu. Je ne vous ai pas tout dit, reconnut Itachi. La dernière fois qu'une personne du monde de Naruto est venue ici…

- Mais c'est bien sûr ! s'écria une Shika pleine de vie, pour une fois. Jiraya a voyagé dans l'espace mais aussi dans le temps, et il en sera peut-être de même pour vous ! Ce qui veut dire…

- Que j'arriverai dans le monde de Naruto avant que Madara ait jeté son sort sur la Lune. Je vais remonter le temps. Je l'espère car sinon tout est perdu, mais j'ai foi car j'ai confiance en le Rikudô Sennin et en la prophétie... conclut Karasu.

- On a plus qu'à prier pour que vous soyez dans le vrai, murmura Deidara en observant le vortex grossir petit à petit. Si jamais vous détruisez Madara dans le passé, ce vortex n'aurait jamais existé, n'est-ce pas ?

- Tout à fait. S'il échoue, en revanche, Madara envahira le monde et je ne serai pas là pour le protéger. C'est un pari osé, je l'admets.

- C'est trop dangereux ! s'emporta Hashirama. Si le plan Œil de Lune est déjà amorcé dans l'autre monde, vous serez plongé dans le Genjutsu aussitôt arrivé, et tout sera perdu ! En restant ici, vous pouvez sauver le monde. Ensemble, nous vaincrons Madara, c'est certain !

- C'est tout à fait possible, reconnut Karasu, mais nous ne sommes pas seuls. Je ne sacrifierai pas le monde de Naruto, c'est hors de question. Je vais sauver les deux mondes, ou je mourrai en essayant.

- Même si les chances de réussite sont de loin inférieures ?

- Exactement.

- Il est buté, hein, ce petit John ? Moi je te fais confiance. Défonce Madara, sauve le monde de Naruto et rapporte-nous des souvenirs ! lui lança Shisui en levant le pouce.

Naruto et Shisui exhibaient le même sourire, mais aucun des deux n'était sincère, Karasu le voyait bien. Tous savaient que leur ami avait très peu de chances de revenir, et cela les peinait énormément. Sans compter qu'ils ne pouvaient pas lui faire leurs adieux sans risquer de mettre la puce à l'oreille aux autres.

- Merci pour tout, John, et bonne chance.

Karasu se tourna vers Sakura et, après un instant d'hésitation, prit la main qu'elle lui tendait.

Les secondes passèrent, et leur poignée de mains s'éternisait. Karasu toussota, et il sentit les yeux vairons de Sakura remonter vers son visage masqué.

- Karasu… C'est toi ?

L'élu eut l'impression qu'on lui versait un seau d'eau glacée sur la nuque. Comment Sakura avait-elle pu le reconnaître ? Il n'avait plus la même apparence, plus la même voix, et même son odeur était différente ! Il n'y avait rien, absolument rien qui aurait pu lui permettre de faire le lien entre Karasu et l'élu. Du bluff, c'était sûrement du bluff, mais Karasu ne parvint pas articuler le moindre mot en réponse.

- C'est vrai que tout est différent, mais c'est toi, j'en suis sûre. Je le ressens de toute mon âme… Cette aura que tu dégages, cette chaleur… Cette façon que tu as de bouger, tout ça, c'est toi.

Karasu recula d'un pas, mais Sakura avança d'autant et approcha sa main droite de la tête de l'élu.

Comme paralysé, Karasu ne put qu'être témoin impuissant de l'approche de la main, et frissonna lorsqu'elle caressa sa joue. Une vague de chaleur envahit son corps alors que son cœur se gonflait comme un ballon de baudruche. Toutes les illusions qu'il avait tissé avec application se dissipèrent en un instant, et Karasu recouvra l'apparence qu'il avait cachée à tous exceptés Naruto, Minato et Shisui.

- C'est pas vrai… souffla Jiraya, bouche bée.

- Oh le con, fit un Kakashi tout sourire.

Sasuke, lui, semblait hésiter entre toute une palette d'émotions contradictoires, et alternait grimace contrite et sourire lumineux. Les larmes coulaient sur son visage mais il ne s'en était pas rendu compte.

- Je ne reviendrai peut-être jamais, Sakura. Tu dois m'oublier. Je t'en prie, fais-le pour moi.

Sakura posa son index sur ses lèvres pour le faire taire, puis se jeta dans ses bras en pleurant à chaudes larmes.

- Tu es un imbécile. Un imbécile ! Tu n'as jamais compris aux sentiments des gens. Tu as toujours cru qu'une minute de bonheur ne valait pas deux ans de chagrin, et tu trompais !

L'espoir de te voir revenir vivant vaut plus à mes yeux que tout l'or du monde, et tu as osés m'enlever cet espoir !

Karasu caressa ses cheveux, la gorge trop sèche pour répondre.

Au terme de deux minutes qui leur parurent éphémères, ils se séparèrent à regret.

- Je dois y aller. Ne m'attendez pas, Sakura, Sasuke, les amis. Débarrassez-vous de vos armes et commencez une nouvelle vie.

Sasuke, puis Naruto et Shisui vinrent tour à tour l'étreindre pour ce qui risquait d'être la dernière fois, et le blond répéta les dernières paroles de son ami.

- Débarrassez-vous de vos armes et commencez une nouvelle vie, hein ? Je ne suis pas sûr de devoir t'obéir, du moins dans l'immédiat. Maintenant que n'importe qui peut s'il le veut apprendre le Ninjutsu, le chaos risque de gagner le monde entier. Je ne serais pas de trop pour remettre de l'ordre.

- Tu n'es pas obligé…

- Hey ! Je ne vois pas pourquoi tu serais le seul à jouer les héros pendant que je m'ennuierai ferme dans cette ville de merde dans ce monde de merde à mener une existence mortellement ennuyeuse !

La boutade de Naruto faisait écho avec la dernière phrase qu'il lui avait adressée avant son départ de l'internat, lorsqu'il avait éveillé ses pouvoirs, et Karasu lui adressa le plus beau de ses sourires.

- Tu me manqueras, Naruto. Lorsque je reviendrai, je viendrai te filerai un coup de main.

- Tu prends jamais de vacances, toi, hein ?

Karasu haussa les épaules, embrassa Sasuke et Sakura, et marcha vers l'autel sans se retourner.

Il traversa la protection du Sage des Six Chemins comme si elle n'existait pas, mais constata que cette dernière restait en place, comme prévu. Le halo ne disparaîtrait qu'une fois qu'il serait parti. Plus personne ne pourrait le rejoindre, désormais.

Soudain, il vit sa poche se gonfler et haussa un sourcil. Pourquoi diable le crapaud faisait-il de l'apnée ?

Il le sortit en vitesse de son pantalon, et sursauta à peine en voyant une main sortir de la bouche du crapaud. La main devint bras, et ce fut bientôt Gaara dans son entier qui acheva de s'extirper de l'amphibien.

- La technique que Jiraya a utilisée pour s'infiltrer dans le village d'Âme, constata Karasu. Tu es plus obstiné que je ne le pensais, Gaara. Tu comptes partir avec moi pour dénicher le remède d'Hidan par toi-même, c'est bien ça ?

On ne peut rien te cacher, Itachi-san.

Karasu sourit.

- Tu peux toujours essayer, mais je ne suis pas sûr que nous puissions passer le portail tous les deux…

Sans attendre, Karasu traversa le portail d'un pas sûr, et Gaara plongea à sa suite. Le portail disparut moins d'une seconde après. Gaara l'avait semble-t-il échappé belle…

Pendant ce temps-là, les proches de Karasu étaient à la fois jaloux -ils auraient tout donné pour être à la place de Gaara- et heureux que l'élu ait quelqu'un sur lequel il puisse compter pour l'accompagner dans l'autre monde.

- Personne ne devrait jamais être seul, conclut Sasuke non sans avoir versé une larme pour son frère, qui une fois de plus, était parti en le laissant derrière lui.