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Deux en un


« Un jour viendra où la paix cessera d'être un mirage.

Un enfant naîtra, et dans ses veines coulera le sang mêlé des deux ennemis éternels.

Un destin funeste emportera ses parents et il connaîtra la solitude, sans que son cœur ne faiblisse jamais.

Car la flamme de sa volonté sera plus vive qu'en aucun autre être humain, et il amènera de grands changements en ce monde. »

- La Grande Prophétie, archives du Mont Myôboku -


« Mais il ne sera pas seul.

Venu d'une contrée à la fois proche et lointaine,

Un étranger l'aidera à bannir le mal du monde avant que n'advienne

L'Ere du Renouveau. »

- La « Deuxième Prophétie », grotte de l'Ermite Jiraya, Tokyo -


« Certaines personnes possèdent des souvenirs de leur plus tendre enfance. Une partie d'entre elles prétendent même qu'il leur est possible de remonter jusqu'à leur premier anniversaire, ce qui est impossible, s'il faut en croire la communauté scientifique.

Je ne connaîtrai jamais le fin mot de l'histoire car mon premier souvenir date de cinq ans, j'avais alors quinze ans. Bien entendu, il ne s'agit pas vraiment du souvenir le plus ancien que j'aie conservé, mais il n'en existe pas de plus vieux que je souhaiterais revivre. Et quand bien même, j'ai l'impression qu'ils ne m'appartiennent plus. Ma vie a véritablement commencé le jour où j'ai reçu les pouvoirs d'Uchiha Itachi. Le jour où j'ai enfin pu donner un sens à mon existence.

Car jusqu'alors, j'avais l'impression de déambuler à l'aveuglette dans des couloirs qui se ressemblaient tous. Je vivais un jour sans fin et avais depuis longtemps cessé d'espérer un changement, l'irruption d'une flamme qui viendrait éclairer ma vie.

Pourquoi existons-nous ? Pourquoi quelque chose vaudrait-il mieux que rien du tout ? Toutes ces questions demeuraient sans réponse, et je me réfugiais souvent dans les mathématiques, qui elles offraient toujours une réponse, pour peu qu'on soit capable de la trouver.

Plus que tout, je haïssais cette idée d'une vie sans but, et étais tout simplement incapable de vivre au jour le jour.

Mais lorsque j'ai été investi par des pouvoirs qui me dépassaient, tout est subitement devenu clair. C'était comme si une étoile s'était mise à luire à travers le brouillard, et qu'elle m'indiquait la direction à suivre.

Cette direction, je l'ai suivie, et, en dépit de tous ce que cette décision m'a coûté, en dépit de tous les êtres chers que j'ai perdus au cours de ma quête, je ne l'ai jamais regretté.

Mais cette renaissance ne devait pas être la dernière. En effet, trois ans plus tard, après avoir créé ma propre organisation pour affronter la réincarnation de Madara, j'ai été tué, avant de revenir en tant qu'élu.

Cette nouvelle naissance m'a changé, puisque mes derniers doutes ont disparu et que ma volonté est devenue encore plus grande. Oui, plus que jamais, j'ai un but. Plus que jamais, je sais où aller. Mais l'ironie du sort a voulu que je perde la vue pour cela… »

Karasu resta longtemps immobile, le souffle court. A ce qu'il lui semblait, le voyage avait été presque instantané, à peine une seconde s'était écoulée depuis qu'il avait franchi le portail. Il sentait bien qu'il avait changé d'univers, mais quelque chose clochait.

Avec une lenteur exagérée, il se tourna vers l'homme qui l'avait accompagné. Karasu pensait la chose impossible, mais Axel, la réincarnation de Gaara, était parvenu à le suivre à travers le portail, vers cet autre monde qu'il ne connaissait que par les récits de Jiraya.

De toute évidence, l'ex Capitaine Silence paraissait aussi bouleversé que lui, sinon plus, et Karasu posa la question qui lui brûlait les lèvres.

- Je sens que quelque chose ne va pas, mais je ne sais pas quoi. Peux-tu me décrire ce que tu vois ?

L'élu ne reçut pas de réponse, et il faillit éclater de rire lorsqu'il comprit pourquoi. Gaara était muet, et ne pouvait s'exprimer que par écrit. Or, lui était aveugle. Le jinchuuriki de Shukaku serait donc incapable de communiquer avec lui.

De toute évidence, Gaara était arrivé à la même conclusion et Karasu le sentit se gratter la tête pensivement.

- Ne t'inquiète pas. Mes aptitudes d'ermite me permettent de voir le chakra. Etant donné que tu utilises ton chakra pour contrôler ton sable, je serai capable de lire les messages que tu écriras avec.

Rassuré, Gaara lui donna enfin sa réponse, et Karasu déchiffra sans peine les motifs de chakra qui brillaient comme un phare au milieu de l'obscurité qui était devenue son quotidien.

- Tout est noir, et il n'y a ni étoiles, ni Lune, ni aucune autre source de lumière. Et malgré tout cela, je vois comme en plein jour…

Karasu sentit l'anxiété du jinchuuriki, qui ajouta :

- De plus, je ne perçois pas le moindre grain de sable présent dans le sol. Ce qui est impossible. Je ne vois que des blocs de pierre à perte de vue, c'est vraiment étrange…

Karasu s'accroupit et posa la paume de sa main droite à côté de ses pieds. Il caressa la surface du bloc sur lequel il se tenait et constata que ce n'était pas vraiment de la pierre. Il s'agissait d'une matière qui lui était totalement inconnue.

- Je sais où nous sommes.

Gaara le regarda avec étonnement, et dressa l'oreille pour écouter l'explication de son aîné.

- Tout ce que tu as dit est vrai, mais le plus étonnant, c'est ce silence. Depuis que j'ai perdu la vue, mon ouïe a gagné en acuité. Et pourtant, je n'entend rien. Absolument rien. Non seulement il n'y a pas d'être vivants aux alentours, mais il n'y a même pas de vent. La seule possibilité, c'est que nous nous trouvons actuellement dans une autre dimension.

- Nous ne sommes pas dans le monde de Naruto ? s'insurgea Gaara.

- Je n'ai pas dit ça. Nous avons bel et bien changé d'univers, mais nous sommes dans une autre dimension, probablement créée par un habitant de ce monde. Et je pense savoir lequel.

Karasu fit une pause, le temps de rassembler ses souvenirs. Oui, il en était quasiment certain. Dans le manga de Kishimoto, la dimension où Madara avait momentanément envoyé Karin pour qu'elle puisse y soigner Sasuke ressemblait trait pour trait à la description de Gaara.

- C'est la dimension de Madara.

- De Tobi, non ?

- N'en déplaise à Kishi, Tobi est vraisemblablement Madara. Il est peut-être diminué et incomplet, mais ils sont sûrement une seule et même personne.

- Comment le sais-tu ? lui répondit un Gaara dubitatif.

- Miyamoto était la réincarnation de Madara, et il possédait le pouvoir de téléportation de Tobi. Je doute qu'un autre Uchiha soit parvenu à développer le Mangekyou Sharingan jusqu'à en perdre la vue, et qu'il ait survécu au massacre du clan par Itachi… En vertu du principe du rasoir d'Ockham, l'hypothèse la plus simple est probablement la meilleure : Tobi et Madara ne font qu'un.

Gaara ne le contredit pas, mais Karasu sentait qu'il n'était pas totalement convaincu.

- Quoiqu'il en soit, comment allons-nous sortir d'ici ?

Karasu se posait justement la même question. Son Mangekyou Sharingan était inutile, car il était impossible de se téléporter dans un endroit qu'on ne connaissait pas, et il n'avait encore jamais foulé le sol de l'autre monde. Ils étaient bloqués…

- Ne t'inquiète pas. Le Rikudô savait ce qu'il faisait… S'il nous a envoyés ici, c'est pour une bonne raison.

Karasu avait beau dire ça, il pédalait dans la semoule. Même si Tobi se téléportait ici, et c'était peu probable, ils auraient peu de chances de le trouver au vu de l'immensité de cette dimension.

Soudain, Karasu frissonna en pensant à quelque chose. Il y avait bien une raison pour que le Sage des Six Chemins les ait envoyés ici plutôt que dans le monde de Naruto, et elle n'allait pas plaire à son ami.

« Je pensais que je serais envoyé dans le passé, mais s'il n'en est rien, alors le plan Œil de Lune a sans doute déjà été amorcé… Et le Sage nous a envoyés dans cette dimension pour nous sauver, car il s'agit du seul endroit où nous sommes hors de portée du Tsukiyomi infini de Madara. »

Karasu secoua la tête comme pour chasser cette idée. C'était inenvisageable. Naruto et lui étaient les deux élus, et ils étaient censés vaincre Madara ensemble. Ils avaient forcément remonté dans le temps mais pour le moment, il leur était impossible de savoir à quel point.

Karasu s'assit en tailleur cette position l'avait toujours aidé à réfléchir.

- Itachi ? écrivit soudain son compagnon.

Karasu dodelina de la tête et lui répondit dans un murmure.

- Ne m'appelle pas comme ça. Nous sommes dans leur monde, à présent, et Uchiha Itachi est peut-être toujours vivant. Je suis Karasu… Et il en est de même pour toi. Je ne t'appellerai plus Gaara, désormais. Ces surnoms étaient pratiques du temps d'Amaterasu, mais ils n'ont plus de raison d'être.

- Dans ce cas, tu n'auras qu'à m'appeler Silence.

Karasu resta silencieux. Depuis qu'ils se connaissaient, le muet avait toujours refusé qu'on l'appelle par son prénom, Axel. Un tabou qui remontait sans doute au traumatisme qu'il avait vécu quelques années auparavant lorsque, sous l'emprise de Shukaku, il avait assassiné ses parents. Un traumatisme qui lui avait fait perdre le sourire et l'usage de la parole…

- Comme tu voudras.

Karasu fit à nouveau le calme en lui pour utiliser au mieux ses compétences d'ermite de la nature, et peut-être trouver un moyen de s'échapper d'ici…

Il parvint à se décorporer -c'est-à-dire séparer son esprit de son corps- en moins d'une minute, ce qui constituait un record personnel. Le Rikudô lui avait dit que ses pouvoirs seraient amoindris dans ce monde, mais fort heureusement, sa faculté de concentration ne semblait pas affectée.

L'élu se mit alors à vagabonder par la pensée à travers l'univers gigantesque qu'avait créé Madara, à la manière d'un fantôme. L'un des avantages de cette technique était qu'elle permettait de se déplacer à une vitesse incroyable, qu'il lui aurait été impossible d'atteindre en temps normal : celle de la pensée.

L'esprit de Karasu parcourut donc la dimension en long et en large pendant que Silence rongeait son frein à côté du corps de l'élu. Le jinchuuriki commençait probablement à se demander s'il n'avait pas fait une connerie en le suivant jusqu'ici…

Soudain, Karasu ressentit quelque chose d'étrange, un sentiment auquel il n'avait jamais été confronté jusqu'à présent. Et pourtant, il eut beau sonder l'endroit en question, il ne voyait rien, pas la moindre émanation de chakra. Quelque soit la chose qui avait attiré son attention, ce n'était pas vivant.

L'esprit de Karasu regagna son corps, et il se releva d'un bond.

- J'ai peut-être trouvé quelque chose, mais j'aurai besoin de tes yeux, Silence.

Son compagnon obtempéra sans hésiter, il avait besoin d'agir pour oublier la précarité de leur situation.

- C'est à trois kilomètres d'ici, je vais nous y téléporter.

Silence leva les yeux vers Karasu, stupéfait. Il n'imaginait pas l'élu posséder une champ de perception aussi large.

Il posa finalement sa main sur l'épaule de Karasu, et les deux voyageurs disparurent dans un nouveau vortex.

- C'est ici, déclara Karasu en époussetant ses vêtements. Tu vois quelque chose d'intéressant ?

Silence resta silencieux un long moment, et l'élu allait reposer sa question lorsque la réponse s'inscrivit finalement dans son esprit.

- C'est un cadavre.

Surpris malgré lui, Karasu se gratta la joue, pensif. S'il était logique qu'il n'ait pas pu voir le cadavre, le fait qu'il soit parvenu à le détecter était anormal. Quel était ce sentiment étrange qui l'avait amené jusqu'ici ?

- Karasu, la vérité c'est que… Ce n'est pas un simple cadavre. C'est le tien.

- Je te demande pardon ?

- Je sais que ça paraît incroyable, mais c'est ta copie conforme ! A ceci près qu'il est mort…

Karasu plissa les yeux. Il commençait à entrevoir la vérité désormais.

- Il y a aussi quelques différences comme ses cheveux, qui sont plus longs que les tiens, mais à part ça…

- Pourrais-tu examiner son épaule gauche ? Est-ce qu'il y a un tatouage ? demanda subitement Karasu.

Décontenancé par la demande, Silence s'exécuta néanmoins.

- Bingo. Et je connais ce tatouage !

- C'est celui de l'anbu de Konoha, compléta Karasu. Ce cadavre n'est pas le mien, c'est celui d'Uchiha Itachi. « Mais cela n'explique pas comment j'ai pu le sentir lors de ma décorporation…. » ajouta-t-il pour lui-même.

Silence se pencha à nouveau et entrouvrit légèrement les paupières du mort.

- Et il possède encore ses yeux apparemment…

- Vraiment ? Quoiqu'il en soit on ne peut rien en déduire… Le fait que Sasuke ait choisi de se greffer les yeux de son frère est une invention de Kishi. Peut-être aura-t-il refusé…

- En tout cas, je ne vois pas comment un mort va nous aider à sortir d'ici…

Karasu ne le contredit pas sur ce point, il était du même avis que l'ancien Capitaine d'Amaterasu.

- Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à me décorporer une nouvelle fois, en espérant trouver quelque chose d'utile, cette fois.

- Dis, Karasu, l'interrompit soudain Silence. Dans notre monde, les réincarnations d'Hidan et Bee sont des femmes, et Kakashi n'a pas les cheveux blancs.

- C'est un concours de lapalissades, Captain Obvious ? grogna Karasu. Je n'ai pas le temps pour ça, j'ai besoin de me concentrer.

- Non, ce que je veux dire, c'est que si j'ai confondu le corps d'Itachi avec le tien, il y avait une bonne raison. Ce n'est pas seulement qu'il te ressemble, Karasu. Vous êtes vraiment… la même personne. Trait pour trait.

Une ride barra le front de Karasu. Il était courant que la plupart des réincarnations ressemblent aux ninjas dont ils avaient hérité les pouvoirs, puisqu'il avait découvert que le sort de transmission des pouvoirs créé par le Sage des Six Chemins ciblait les personnes les plus aptes à recevoir cet héritage. Et leur degré d'aptitudes dépendait de nombreux facteurs, mentaux ou physiques, en vue d'une compatibilité optimale. Mais de là à être totalement identiques…

Perturbé par l'affirmation de son compagnon, Karasu posa la paume de sa main droite à terre et invoqua le sac à dos qu'il avait scellé avant de partir. Il en sortit une feuille de papier et un stylo plume qu'il envoya à Silence.

- Utilise l'encre du stylo pour obtenir l'empreinte digitale d'un de ses doigts, en l'appuyant sur la feuille. Je ferai de même et nous verrons si nous sommes vraiment pareils.

Silence hocha la tête et enduisit d'encre le pouce d'Itachi avant de l'appuyer sur un bout de la feuille de papier. Une fois la tâche accomplie, il la redonna à Karasu et croisa les bras pour observer la suite des évènements.

Lorsque Karasu rendit la feuille à Silence, il sentit aussitôt le trouble de ce dernier.

- Alors ? Ce sont les mêmes ?

- Exactement les mêmes.

Karasu se passa la main dans les cheveux la découverte de Silence ne pouvait signifier qu'une seule chose, et il lui en fit part aussitôt.

- Comment ?! Un univers parallèle ?! écrivit un Silence estomaqué. Mais comment une telle chose pourrait-elle être possible enfin ? Nos deux mondes sont bien trop différents !

- Selon Everett, un monde parallèle est créé pour chaque choix que nous faisons, il y en aurait donc une infinité… C'est un évènement précis qui a provoqué l'apparition du monde parallèle au nôtre qu'est celui de Naruto.

Karasu vit s'afficher de nouvelles lettres de chakra et leva la main pour couper Silence.

- Si notre monde est si différent du leur, c'est parce que cet évènement a dû intervenir il y a très longtemps, et les deux mondes ont par la suite évolué différemment… Je pense même que l'évènement en question est antérieur à la dérive des continents, tant la géographie du monde de Naruto semble différente.

Silence n'avait pas perdu le fil et le lui fit savoir.

- Je pense avoir compris le principe, mais… Si les deux mondes se sont séparés il y a si longtemps, comment se fait-il que tu sois né dans les deux mondes différents ? Cela me semble bien improbable…

- C'est ce que je ne m'explique pas. Il y a une chance sur des milliards de milliards que ma naissance se produise dans deux univers possédant un point divergent aussi ancien ! C'est un miracle, tout simplement, et ma raison refuse d'accepter une telle chose. Et pourtant… Je ne vois rien d'autre qui pourrait expliquer ça.

Après un long moment, Karasu ajouta dans un souffle :

- Jusqu'à présent, les mondes parallèles n'étaient qu'une théorie, Silence, nous n'avions aucune preuve de leur existence. C'est un grand jour pour la science et l'humanité.

- Je m'en tamponne de tout ça, râla Silence. Je veux juste sortir de ce merdier.

Karasu ne pouvait pas vraiment lui donner tort, tant la dimension créée par Madara était oppressante et inhospitalière.

Sans plus attendre, l'élu se concentra et enclencha le mode ermite de la nature afin de se décorporer et repartir en vadrouille.

Mais alors que son esprit était sur le point de se détacher de son corps, il ressentit à nouveau la sensation. Le corps d'Itachi l'attirait toujours pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, et maintenant qu'il s'en était rapproché, cette attirance était devenue une obsession. Quelque chose en lui le poussait à s'en approcher plus encore, jusqu'à le toucher.

Karasu se leva mécaniquement et marcha vers la dépouille d'Itachi. Il était désormais incapable de penser à autre chose, de faire autre chose. Il n'était plus maître de son corps et de ses pensées. S'il en avait été conscient, la chose l'aurait horrifié, mais il n'en était rien. L'élu était devenu une marionnette, conformément à ce que lui avait dit Miyamoto quelques heures auparavant.

Avant que Silence ait pu réagir, Karasu s'arrêta devant le défunt et s'accroupit. Puis saisit la main froide de son double.

Silence s'approchait d'eux lorsque Shukaku s'adressa à lui, pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés.

« Hé, p'tit gars… »

« Shukaku ? Qu'est-ce que qu'il t'arrive ? »

L'inquiétude avait progressivement fait son apparition dans la voix du jeune homme, tant l'état de son bijuu semblait critique. Outre sa taille qui avait diminué de moitié, le corps du démon était devenu à moitié transparent, comme s'il était sur le point de disparaître.

« J'en sais rien, mais c'est très désagréable... Mon chakra est en train de foutre le camp, et je peux rien y faire. »

Silence ne céda pas à l'affolement et posa une main rassurante sur une des pattes de Shukaku.

« Je ne te laisserai pas tomber, jamais. »

Le jinchuuriki réunit toute sa volonté et au bout d'un moment, le bijuu ouvrit une paire d'yeux surpris.

« Ça s'est arrêté ! On dirait que tu es capable d'enrayer le phénomène, p'tit gars, à condition de maintenir ce niveau de concentration. »

« Mais tu n'as pas retrouvé le chakra que tu avais perdu… » déplora Silence.

Le bijuu balaya l'argument d'un geste de la tête.

« C'est pas grave, Gaara. Mais si je t'ai appelé, c'est pas pour que tu m'aides, mais pour que tu l'aides lui. »

« Lui ? »

« Karasu. Je ne comprends pas ce qu'il se passe, mais il est en train de lui arriver la même chose que moi : son chakra est en train de disparaître ! »

Le jinchuuriki rompit le contact mental avec son bijuu et se précipita vers Karasu. Mais à son grand dam, il fut incapable de l'atteindre. Un des nombreux blocs que contenait la dimension de Madara s'interposa entre Silence et sa cible.

Le roux cilla. Il n'avais pas rêvé, le bloc avait glissé. Il courut sur le côté pour le contourner, mais le bloc suivait les moindres de ses déplacements.

Lassé, Silence fit sortir un nuage de sable de sa jarre, qui prit rapidement la forme d'un poing gigantesque.

Un petit sourire sadique sur le visage, Silence donna un coup de poing dans le vide dans la direction du bloc. Mais pour la première fois de toute son existence de ninja, le sable ne lui obéit pas. Le poing s'effrita et les grains de sable regagnèrent la jarre sans que Silence ne puisse les en empêcher.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! » rugit Silence en son for intérieur.

« Y a rien à faire, fiston, la nature est contre toi. Et contre un tel pouvoir, y a pas de victoire possible. »

« C'est le pouvoir de l'ermite de la nature ? Mais pourquoi Karasu m'empêcherait-il de l'approcher ? Je veux l'aider bon sang, il est en train de se faire siphonner son chakra ! »

« Non, c'est pas le pouvoir de Karasu à c'qui paraît. C'est la Nature elle-même qui s'oppose à notre intervention. Quelle chieuse, celle-la… »

« La Nature… elle-même ? Parce que tu veux me faire croire que la nature existe en temps qu'entité unique et qu'elle possède une volonté propre ? »

« Oui. »

Sidéré, Silence fit à nouveau sortir le sable de sa jarre et s'empressa de créer un coussin de sable sur lequel il pourrait léviter.

Une poignée de secondes plus tard, le jinchuuriki se trouvait à quatre mètres du sol, et toute son attention était accaparée par la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Karasu était en train de disparaître. La chose semblait physiquement impossible, et pourtant les yeux de Silence ne le trompaient pas. Comme son Bijuu, le corps de Karasu perdait peu à peu son opacité et devenait transparent à mesure qu'il perdait son chakra. Et Silence ne pouvait rien faire du tout pour l'aider.

« Il faut faire quelque chose Shukaku ! Tu connaîtrais pas une technique qui pourrait vaincre la nature ? »

« Vaincre la Nature ? Tous les éléments du Ninjutsu sont présents dans la nature, gamin. Quelque soit le type d'attaque que tu utilises, elle sera contrecarrée… »

« Et comment tu sais tout ça, d'abord ? »

Le démon resta longuement silencieux.

« Aucune idée. Une sorte d'instinct, j'suppose… Mais y a autre chose de bizarre à propos d'ton pote. Son chakra ne disparaît pas vraiment, il est aspiré par l'autre. »

« L'autre ? Quel autre ? » l'interrogea Silence, avant de comprendre subitement. Itachi. Le cadavre d'Itachi était en train d'absorber le chakra de Karasu.

« Je suppose que tout c'bordel vient du fait qu'ils sont en réalité la même personne, et qu'ils n'auraient pas dû pouvoir s'toucher, puisqu'ils n'appartiennent pas au même univers. C'est un paradoxe, Silence. C'est… contre-nature. Mais oui ! Voilà pourquoi… »

« Voilà pourquoi la nature nous empêche d'intervenir » le coupa Silence. « Ça nous fait une belle jambe d'avoir compris ça, Shukaku. »

« Et il m'arrive la même chose. » continua le démon sans tenir compte de son intervention. « Y a actuellement deux Shukaku dans ce monde, et ça devrait pas être possible. »

Silence ne répondit rien. Venir dans ce monde était une énorme erreur. Ils auraient dû attendre Madara dans leur monde et l'y combattre plutôt que franchir ce portail.

« Mais il y a aussi Hidan » se rappela-t-il soudain. « Je ne partirai pas d'ici avant d'avoir trouvé la plante qui peut la sauver. »

« C'est terminé, gamin. »

La voix grave de son bijuu ramena Silence à la réalité, et le jinchuuriki découvrit qu'il n'y avait plus la moindre trace de Karasu, mis à part ses vêtements qui reposaient à côté du cadavre d'Itachi.

« Ce n'est pas possible, il ne peut pas mourir, pas lui, pas comme ça ! »

Shukaku ne répondit rien mais n'en pensait pas moins. Le chakra de Karasu s'était déversé dans le corps d'Itachi jusqu'à la dernière goutte. Il ne pouvait pas avoir survécu.

Je me disais bien, aussi, que c'était trop beau. Mais se retrouver subitement plongé dans une obscurité complète après avoir été confronté à un océan de lumières et de couleurs chatoyantes, ça vous fait un choc.

Je ressens un peu d'appréhension, la perspective de passer l'éternité à ruminer dans le noir est tout sauf engageante… Du coup, afin d'oublier les ténèbres qui m'entourent, je me remémore les excellents moments que je viens de passer dans ce monde de lumière.

J'ignore s'il existe un lieu qui l'égale en splendeur, car, aussi loin que je me souvienne, je n'en ai jamais connu d'autre. Le doux murmure d'un vent caressant, le léger bruissement de l'eau claire des ruisseaux, la magnificence des plaines verdoyantes s'étalant à perte de vue…

Mais plus que la beauté de ce lieu enchanteur, ce sont les autres qui me manquent. Comme moi, ils étaient faits de lumière et ils émanait d'eux la même chaleur rassurante qui pulsait tout autour de nous. Lorsque nous nous rapprochions, nous étions capables d'écouter les pensées de l'autre, et c'est ce moment de partage qui me manque le plus. Je me souviens de Fugaku et Mikoto, les deux êtres avec qui je partageais le plus d'affinités. Nous avions tissé des liens presque instinctivement, comme si nous connaissions déjà avant notre première rencontre…

Mais ils ont disparu. La lumière a disparu. Seules demeurent les ténèbres, et celles-ci envahissent peu à peu mon esprit…

Lorsque je reviens à moi, tout n'est qu'obscurité. Je me rappelle pourtant cette lumière rassurante, et… Et bien, qu'y avait-il d'autre déjà ?

Rien sans doute, ma mémoire me joue des tours, c'est bien la première fois...

Je réussis finalement à mettre la main sur un souvenir, et beaucoup d'autres se mettent à me revenir, comme si j'avais provoqué une fuite dans la bouteille de ma mémoire et que son contenu se déversait dans mon esprit.

Mais il est un souvenir qui demeure plus net et plus marquant que tous les autres. L'image d'un homme que je sais être mon frère. Sasuke. Et cette image est la dernière que j'ai été capable de voir avant de mourir, finalement vaincu par la maladie.

Mais oui, je suis mort ! Loin de m'effrayer, ce fait que je viens de me remémorer m'apaise, car je comprends enfin qui je suis et d'où je viens. Je suis Uchiha Itachi, et je suis décédé à l'âge de vingt-et-un ans. Vingt-et-un ans, et que de crimes ai-je commis en si peu de temps ! J'avais espéré que la mort serait autre chose qu'une éternelle obscurité, mais ce n'est pas si mal, après tout. Ce sera mon châtiment.

Et sur cette ultime pensée mon esprit part à nouveau à la dérive, et je perds toute notion du temps.

Tous les souvenirs de mon existence me sont revenus, désormais, en même temps qu'une sensation que j'aurais souhaité ne plus jamais éprouver, celle de mon corps.

Je le ressens dans sa totalité et il me paraît lourd et incommodant. Mais le pire demeure la douleur. Une sensation que j'avais oubliée, et qu'il me faut hélas redécouvrir. La douleur vient de ma jambe, et je devine qu'elle provient de la blessure que m'a faite Sasuke avant... que je ne meure.

Une minute !

Bien que mort, j'ai à nouveau conscience de mon corps blessé, et je sens même mon cœur battre légèrement. Il n'y a qu'une explication possible : je ne suis plus… mort.

La formulation même de cette phrase me semble boiteuse, tant elle est contre nature pourtant, ce n'est pas une illusion, je suis… vivant.

Mes paupières tressautent légèrement alors que j'essaie de les ouvrir.

« Je vois ! »

L'exclamation mentale exprimait toute la surprise d'Itachi, une surprise qui s'accentua encore lorsqu'il fut à nouveau confronté à l'impossible. Une deuxième voix lui avait fait écho presque instantanément. Et dans cette dernière, il y avait bien plus de soulagement que de surprise, ainsi qu'une joie immense aisément perceptible.

Mais il y avait un problème.

La voix venait de son esprit, ce n'était qu'une pensée. Une pensée qui avait été formulée avant qu'il n'ait pu la concevoir. Une pensée qui n'était pas de lui.

« J'ai dû rêver » se dit Itachi pour se rassurer, les yeux à nouveau clos.

« Désolé, mais ce n'est pas un rêve… »

Itachi prit le temps de retrouver son calme et ses esprits avant de répondre d'une voix posée :

« Êtes-vous Orochimaru ? »

Il sembla à Itachi que son hôte hoquetait de stupeur. Et d'indignation.

« Orochimaru ? Vu la saloperie que c'est dans votre monde, je ne trouve pas la comparaison très gratifiante… »

« Désolé. Après réflexion, je me suis dit que ces deux éléments improbables que constituaient ma résurrection et votre intrusion étaient vraisemblablement liés, et portaient la marque d'Orochimaru : Edo Tensei et la possession du corps d'autrui. »

« Navré, mais ton brillant esprit de déduction a merdé, sur ce coup-là. Même si j'aurais pensé la même chose que toi, à ta place. » lui rétorqua son visiteur indésirable.

Itachi sentit quelque chose frôler son épaule gauche et son kunai jaillit par réflexe, alors qu'il rouvrait les yeux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque son arme fut happée par un manteau de sable. Il avait pourtant agi à une vitesse hallucinante, mais son vis-à-vis semblait posséder des réflexes hors du commun.

Itachi fronça les sourcils en découvrant les cheveux roux de Silence. Ces cheveux et ce sable… Ce ne pouvait être une coïncidence, et pourtant, ce n'était pas Gaara. Itachi avait eu tout le loisir d'observer le malheureux jinchuuriki lors qu'il avait participé à l'extraction d'Ichibi, et il savait leurs visages complètement différents.

« Cet homme s'appelle Silence, et il porte bien son nom puisqu'il est malheureusement muet. Dis-lui que Karasu lui passe le bonjour, qu'il a élu domicile dans ton corps et qu'il va avoir besoin de temps pour tout t'expliquer. »

Décontenancé et un peu méfiant après cette nouvelle intervention de l'être qui s'adressait à lui par la pensée, Itachi transmit néanmoins le message, qui parut plaire au muet. Tout sourire, le roux s'assit et forma des lettres avec son sable.

« Voilà une excellente nouvelle. Je vais vous laisser discuter, en ce cas. Réveillez-moi quand vous aurez terminé. »

Itachi peina quelque peu à lire le message, formé de Kanjis proches de ceux qu'ils connaissaient mais malgré tout légèrement différents. Un peu perdu, l'Uchiha finit par s'asseoir à son tour, et attendit que le dénommé Karasu se signale à nouveau.

« Bien, commençons. »

« Vous vous appelez Karasu, c'est ça ? »

« Oui. Et tu peux me vouvoyer, tu sais. »

Itachi savait qu'il aurait finit par le faire, tôt ou tard. Il y avait quelque chose de spécial en cet être avec qui il partageait son esprit. Une étrange sensation qui lui disait qu'il pouvait lui faire confiance. D'un naturel méfiant, Itachi luttait néanmoins contre ce sentiment, qui était peut-être une ruse de son hôte.

« J'aurais un certain nombre de questions à te poser, Karasu. Un sacré paquet même. » répondit finalement l'Uchiha.

« C'est plutôt compréhensible. Cela dit, j'ai mieux à te proposer. Plutôt que de répondre à tes questions, je compte tout te raconter sur moi, mon ami Silence, ce qui nous a amenés ici, la raison pour laquelle tu es revenu d'entre les morts, et bien sûr, la raison de ma présence ici, dans ton esprit. Je vais te demander de prendre ton mal en patience, Itachi, car c'est une longue histoire, complexe, et sans nul doute la plus incroyable que tu aies jamais entendue. »

Itachi mit un temps infini à réagir une fois le récit de Karasu achevé. Si les choses étaient désormais bien plus claires, elles n'en étaient pas moins difficiles à avaler.

« Alors comme ça, tu es mon double, et tu viens d'un autre monde ? Mais ça n'explique pas comment tu as pu perdre ton corps et te retrouver dans le mien, tout en me ressuscitant par la même occasion… »

« Moi-même je ne comprends pas tout, mais j'ai déjà quelques idées » lui confia Karasu.

En effet, l'élu était parvenu à la même conclusion que Silence. Le fait qu'Itachi et lui aient pu se toucher était contre-nature, et une quelconque entité garante de la stabilité de l'univers avait probablement réparé l'incohérence.

« Je pense que nous pouvons nous estimer heureux » ajouta Karasu après avoir exposé son point de vue. « Si tu avais été en vie lorsque je t'ai touché, les conséquences auraient sans doute été encore plus graves. Je pense que l'entité a fait face à deux paradoxes. Nous sommes la même personne au même endroit, et nous sommes à la fois mort et vivant. Il y avait deux manières de réparer le deuxième paradoxe : nous tuer tous les deux ou garder l'un de nous en vie. C'est ce qui s'est passé. »

« Et si j'avais été vivant ? » le questionna Itachi qui avait parfaitement suivi.

En temps que double, il était aussi intelligent que Karasu, mais n'avait pas eu la même éducation que lui. Il avait passé sa vie à étudier le Ninjutsu au détriment de la science… Mais en ce qui concernait la logique et sa vitesse de réflexion, il n'avait strictement rien à envier à son homologue.

« L'entité en question aurait été bien embêtée. En vertu du principe élémentaire de physique « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », l'entité aurait été obligée de conserver l'intégralité de notre chakra. Ce qui aurait soulevé deux possibilités : Conserver nos deux corps vivants, en dépit du premier paradoxe qu'est l'ubiquité, ou ne conserver qu'un seul corps et y placer la somme de nos énergies. Et puisque aucun de nous deux n'aurait été capable de conserver autant d'énergie en soi… »

« Le survivant serait mort de la surcharge de chakra. C'est ce que tu penses ? »

« Oui, c'est le plus probable. Ainsi, l'entité aurait aussi fini par mettre fin au premier paradoxe… »

Tout cela était assez complexe et Itachi, dont le cerveau se remettait à peine à fonctionner normalement après un arrêt prolongé, commença à sentir les premiers signes de la fatigue.

« C'est sans importance, puisque ce n'est pas arrivé. Concentrons-nous sur les faits, et ce que nous allons faire maintenant » déclara Itachi.

L'Uchiha sentit le consentement de Karasu, et rouvrit les yeux.

- On a terminé.

A ces mots, Silence se leva d'un bond. Il était temps, presque un heure s'était écoulée depuis que Karasu avait entamé le dialogue avec Itachi.

- Parfait. Karasu t'as dit où nous étions ?

Itachi balaya brièvement les environs de ses yeux perçants.

- Oui, il pense que c'est la dimension de Madara. Et à priori, le fait que mon cadavre s'y trouvait semble confirmer cette hypothèse….

- Tu as un plan pour sortir d'ici ?

- Non, et Karasu non plus, apparemment. Mais il y réfléchit.

Gaara se rembrunit. Ils n'étaient pas encore sortis de l'auberge apparemment.

Itachi se baissa et s'empara des vêtements de Karasu. Ce dernier lui avait demandé de prendre le rouleau de parchemin qui se trouvait dans une des poches, et ça paraissait important.

Une fois qu'il eut récupéré le précieux document, Itachi sentit Silence poser une main pressante sur son épaule.

- Shukaku a senti un chakra, il vient d'arriver.

Itachi se figea. Une personne venait d'arriver dans cette dimension, et il s'agissait sans nul doute de l'ennemi public numéro un, Uchiha Madara.

- Non, apparemment, ce n'est pas Madara, écrivit à nouveau Silence. Et il est mal en point. Presque à court de chakra.

Les deux ninjas s'empressèrent d'aller à la rencontre du nouvel arrivant, guidés par Shukaku, jusqu'à ce que Itachi pile en lâchant d'une voix surprise :

- C'est Sasuke.

Avant même qu'il ait pu esquisser un pas vers son frère, l'espace se distordit, laissant place à un nouvelle arrivant.

« Une nouvelle arrivante » corrigea Itachi en découvrant Karin.

Celle-ci s'élança immédiatement vers Sasuke et Itachi fit un pas en avant. La voix de Karasu l'arrêta.

« Attends. Elle va le soigner. »

« Tu en es sûr ? »

« Oui. Et désormais, je sais où et quand. La seule question qui subsiste, c'est pourquoi. »

« Que veux-tu dire ? »

« Dans le manga, Sasuke a combattu les cinq Kage, avant d'être secouru par Madara, qui l'a aspiré dans sa dimension. Nous pouvons désormais nous situer dans le temps. »

Itachi nota l'information, qui ne l'intéressait guère. La seule chose qui comptait, c'était Sasuke. Karasu continua néanmoins son laïus.

« Dans le manga, Madara va faire une petit discours devant les Kage et va entre autre proclamer le début de la quatrième Grande Guerre Ninja. »

Cette fois-ci, Itachi ne resta pas sans réaction et attendit la suite, tout en gardant un œil sur Karin, qui ne semblait pas avoir conscience de leur présence. Sans doute la précarité de l'état de Sasuke l'inquiétait tant qu'elle en avait oublié d'utiliser son pouvoir de perception.

« Et à la fin de son discours, Madara se téléporte à nouveau, peut-être dans sa dimension. Nous devrions nous préparer à sa venue imminente… »

Itachi serra les poings. Il ne laisserait pas son frère aux mains de ce psychopathe de Madara.

« Au fait, cette femme s'appelle Karin » lui précisa Karasu.

Lorsqu'elle entendit un bruit suspect à quelques pas d'elle, Karin activa son don par réflexe, et un frisson remonta son échine. Elle percevait deux chakras, et reconnaissait l'un d'entre eux. Un chakra qui ne devrait plus exister, et pourtant…

Karin leva les yeux et son cœur manqua un battement. Elle ne s'était pas trompée. Uchiha Itachi n'était pas mort. Cet homme était donc immortel ? La vengeance de Sasuke était donc vouée à demeurer insatisfaite ?

- Karin.

Ce simple mot décontenança la kunoichi. Itachi n'était pas censé connaître son nom, pourtant…

- Est-ce que Sasuke va bien ?

- Qu'est-ce ça peut te faire, tu veux finir le travail ? Si tu veux tuer Sasuke, il faudra me passer sur le corps.

Karin savait sa résistance dérisoire, elle était bien trop faible pour espérer ne serait-ce que ralentir Itachi.

- Ce n'est pas mon intention. L'as-tu soigné oui ou non ?

La colère commençait à monter en Itachi, et Karasu l'enjoint à se calmer.

- Oui, répondit Karin d'une voix faible. Mais je t'en prie, ne lui fais pas de mal…

- Ce n'est pas mon intention, répéta Itachi, tout en sachant que son interlocutrice ne le croirait pas. Karin, écarte-toi de Sasuke. Je vais m'en occuper à partir de maintenant.

Comme prévu, Karin ne lui obéit pas, et se plaça entre les deux frères.

Itachi poussa un léger soupir et fit un pas vers la jeune femme.

Il n'en fit pas d'autre. L'Uchiha se raidit, et pivota vers Silence. Un échange oculaire lui confirma que le muet avait senti la même chose que lui. Cette aura malfaisante qui venait d'envahir les lieux.

Silence pointa quelque chose du doigt, et Itachi regarda à son tour dans la direction indiquée. Sans surprise, il vit un vortex se former sous leurs yeux, et un homme au masque orange en émergea presque instantanément. Madara.

« On dirait que le maître des lieux nous fait l'honneur de sa présence… » murmura Itachi.

en jetant un regard sur celui qui était sans aucun doute l'homme le plus malfaisant du monde. Et le même sang coulait dans leurs veines, comme une malédiction.

De son côté, Karasu venait de remarquer quelque chose d'étrange. Grâce au sharingan d'Itachi, il pouvait voir le chakra de Madara… Et ce dernier ne ressemblait pas du tour à celui de sa réincarnation. Et pourtant, il lui était vaguement familier.

« J'ai déjà vu ce chakra, mais où ? »

L'homme qui se faisait appeler Tobi resta un long moment immobile. Itachi et Silence ne pouvaient pas voir son visage, mais sa surprise devait être sans borne.

Puis il articula d'une voix lente :

- Itachi… Sache que tu as réussi à me surprendre, et pourtant, peu de gens en sont capables… Tu m'as l'air en forme, pour un cadavre ! Et… à qui ai-je affaire ?

Silence tressaillit lorsque le sharingan se posa sur lui. Il avait combattu toutes sortes de ninjas dans son monde, rencontré toutes sortes de personnes plus ou moins malveillantes, mais rien ne l'avait préparé à ça. Madara était maléfique, il était la noirceur incarnée. A côté, sa réincarnation était un enfant de cœur.

Itachi répondit à sa place.

- Il s'appelle Silence, mais je doute que cela ne t'évoque quelque chose…

Madara finit par décrocher son regard du roux et reporta son attention sur l'homme qui était revenu d'entre les morts.

- Non, en effet. Et sans importance, puisque son cadavre sera bientôt étendu à mes pieds.

Le seul œil visible de Madara se plissa alors que la voix de l'Uchiha se faisait doucereuse.

- Je ne sais pas quelle technique tu as utilisée pour revenir d'entre les morts, mais elle m'intéresse, Itachi. Depuis que Nagato m'a trahi, je n'ai plus d'assurance-vie…

Itachi ne marqua aucune surprise à la mention de Nagato. Karasu avait brièvement évoqué la la destruction du village par celui qu'il avait longtemps considéré comme le chef de l'Akatsuki.

- Il ne s'agissait pas d'une technique, Madara. Et même si je le pouvais, je ne te l'enseignerais pas, tu dois bien t'en douter, non ? A moins que tu ne sois devenu encore plus naïf que par le passé ?

Le chakra de Madara gagna encore en intensité, et Silence frissonna devant son déchaînement de puissance. Il n'avait pas le niveau, c'était criant. Il était comme paralysé par la simple aura de cet homme.

Susanoo.

Madara avait été le premier à ouvrir les hostilités, et Itachi observa la créature translucide qui l'enveloppait de sa haute stature.

A son tour, Itachi activa sa pupille et un deuxième Susanoo s'éleva face au premier.

Madara recula d'un pas, tétanisé. Il savait qu'Itachi maîtrisait le Susanoo, mais rien ne l'avait préparé à ça.

- Qu'y a-t-il ? lui demanda doucement Itachi. On dirait que tu as vu un fantôme…

- Tes yeux… C'est impossible que tu puisses l'avoir… Le Mangekyou sharingan éternel !

Itachi fronça les sourcils, et se tourna vers Silence.

- C'est vrai ?

Le compagnon de Karasu examina les yeux d'Itachi et opina du chef.

D'habitude, s'il faut en croire le manga, ton Mangekyou Sharingan ressemble à un shuriken à trois branches. Or, celui-ci en possède six… Trois blanches et trois noires, alternées une fois sur deux.

« Nous maîtrisions tous les deux le Mangekyou Sharingan. Peut-être que notre fusion a provoqué ce phénomène… Nos yeux se sont superposés, en quelque sorte. » proposa Karasu.

« Et cela explique pourquoi ma vue se porte aussi bien. » poursuivit Itachi.

« Oui. En tout cas, j'ai désormais un plan pour sortir d'ici. Tu vas utiliser la technique de téléportation de Madara. Tu devrais pouvoir l'utiliser, maintenant… Je la maîtrise parfaitement, je vais essayer de t'en apprendre le fonctionnement. »

Le Susanoo de Madara abattit brusquement son épée sur le miroir de Yata d'Itachi, et il en résultat un bruit effroyable. Et lentement mais sûrement, la lame s'enfonça dans la protection d'Itachi. Rien de mieux qu'un Susanoo pour venir à bout d'un Susanoo…

- Et ça marche aussi pour moi, souffla Itachi en élevant l'épée de Totsuka.

- Je ne suis pas Orochimaru, siffla Madara. L'épée de Totsuka ne peut rien contre moi.

Itachi l'ignora et abattit l'arme sur le Susanoo adverse. L'épée spectrale traversa les défenses de Madara comme si elles n'existaient pas, mais passa au travers du chef de l'Akatsuki. Même l'épée de Totsuka était inefficace contre le Kagegensô de l'Uchiha.

« On n'arrivera pas à le vaincre, Itachi. Il faut se téléporter hors d'ici » intervint Karasu.

« Je ne partirai pas sans Sasuke. »

Alors que Madara se préparait à faire face à un nouvel assaut de l'épée de Totsuka, un mouvement retint son attention et le masque orange pivota à demi. Madara grogna en apercevant un clone d'Itachi s'emparer de Sasuke. Si les deux Uchiha joignaient leurs forces, ils pourraient devenir une menace dans un futur proche. Une menace pour lui et pour son plan.

L'homme au masque orange fondait sur le clone pour le pourfendre lorsqu'une nouvelle attaque faillit le prendre au dépourvu. Un mur de sable lui barra la route, et il dut utiliser le Kagegensô en catastrophe pour ne pas s'écraser contre la barrière.

Silence jura en le voyant traverser son mur de sable, et le jinchuuriki décida de faire appel à son bijuu.

Le chakra de Shukaku se mit à tourbillonner au tour de lui, et Madara s'arrêta net. Sans un regard pour Sasuke et le clone, il fit face à Silence.

- Shukaku. C'est le chakra de Shukaku, réalisa Madara, qui n'en croyait pas ses yeux.

Il désactiva puis réactiva son sharingan, mais il n'y avait pas d'erreur possible. Cet homme était un jinchuuriki. Il était l'hôte d'un démon qu'il avait déjà scellé dans la statue.

- Shukaku aurait été libéré… C'est ridicule ! tonna Madara.

Jusqu'à présent, tout s'était passé comme il l'avait prévu, et là, il allait de surprise en surprise. L'incompréhension et la colère avait remplacé son habituelle assurance.

- J'ai horreur que les évènements échappent à mon contrôle, confia Madara après s'être à peu près calmé. Mais dans cette dimension, je contrôle tout. Assez joué.

Sans prévenir, un bloc de pierre tomba du ciel et écrasa le clone qu'Itachi avait envoyé récupérer Sasuke. Mais étrangement, Silence et Itachi ne furent pas la cible de ce type d'attaque. Madara semblait les vouloir vivants…

Sans qu'aucun de ses deux adversaires n'ait pu réagir, Madara se téléporta aux côtés de Sasuke, et l'aspira en lui, l'envoyant vers une destination inconnue. Puis il fit de même avec Karin.

A la vue de son frère qui lui était à nouveau enlevé, Itachi poussa un cri de frustration et se rua sur Madara. Celui-ci ne lui accorda pas un regard et le reçut d'un coup de pied retourné.

Itachi s'écrasa sans bruit près de Silence, et le chef de l'Akatsuki ricana :

- Tu es encore plus faible qu'avant. On dirait que ton corps a besoin de repos après cette résurrection…

- Où as-tu emmené Sasuke ? lui demanda Itachi sans tenir compte de la remarque.

Madara laissa échappé un ricanement dédaigneux.

- Sasuke… Cet imbécile ne m'intéresse plus. C'est toi qu'il me faut, Itachi.

Le frère de Sasuke leva un sourcil. Qu'avait-il à offrir à Madara ?

Le ninja masqué leva un bras et de nouveaux blocs apparurent autour d'Itachi et Silence, jusqu'à former une enceinte haute de plus de dix mètres. Puis Madara se téléporta au sommet d'un des empilements de blocs et gratifia ses deux prisonniers d'un regard suffisant.

- Je viens de modifier la gravité de cette dimension. Vous ne pourrez jamais sauter par-dessus ces murs. Et ils sont à l'épreuve d'Amaterasu, précisa Madara.

L'Uchiha exhiba ensuite la jarre de Silence, devant les yeux effarés du jinchuuriki. Madara avait réussi à lui subtiliser son conteneur de sable sans qu'il s'en rende compte. Sa vitesse dépassait ses estimations les plus pessimistes…

- En conséquence, vous êtes bel et bien prisonniers. Soyez sages, je reviendrai bientôt vous chercher…

Itachi le foudroya du regard et s'apprêtait à répondre lorsque la voix de Karasu retentit à nouveau dans son esprit.

« Ne t'en fais pas, nous utiliserons la téléportation dès qu'il sera parti. »

« Et Sasuke ? »

Karasu se tut un moment.

« Pour l'instant, il n'y a rien que l'on puisse faire. Il nous est impossible de savoir où Madara l'a envoyé. Mais on le retrouvera. Fais-moi confiance. »

Il fallut à Itachi de longues minutes pour apprendre les rudiments de la technique de téléportation, mais sans Karasu comme professeur, la tâche aurait été autrement plus ardue.

« Maintenant, tu dois penser à l'endroit où tu souhaites te rendre » lui dit Karasu.

Itachi acquiesça et commença à gamberger sur la destination souhaitée. Konoha était hors de question, il était encore considéré comme un nukenin après tout. Un nukenin mort, mais un nukenin quand même.

Lorsque Itachi eut fait son choix, lui et Silence disparurent dans le même vortex qui avait vu disparaître Madara en son sein.

- Est-ce que c'est ce que je pense ? écrivit un Silence ébahi.

Itachi et lui se trouvaient sur la berge d'une rivière comme Silence n'en avait jamais vue. Il avait beau faire nuit, le paysage qui s'offrait à lui était saisissant. Le reflet des étoiles sur la surface de l'eau augmentait même la magie des lieux.

L'eau était d'une transparence irréelle et son chant aurait sans doute été merveilleux s'il n'avait été couvert par le bruit de la cascade. Il s'agissait d'une immense chute d'eau, qui fendait la rivière dans un tonnerre assourdissant. Mais plus incroyable encore que ce miracle de la nature étaient les deux statues qui l'encadraient. Les géants de pierre, qui immortalisaient les deux fondateurs de Konoha, surplombaient la vallée toute entière et il se dégageait d'eux une majesté qui donna des frissons à Silence.

- C'est la vallée de la fin.

Le jinchuuriki de Shukaku était incapable de détacher son regard de la scène irréelle qui s'étalait devant eux, et Itachi dut le secouer pour le ramener à la réalité.

- Ce genre de panorama n'existe pas dans ton monde ? se moqua gentiment l'Uchiha.

- C'est plutôt rare. Tous les paysages naturels ont tendance à disparaître… Des forêts entières sons rasées au nom du profit et de l'industrialisation.

Itachi ne comprit pas. Dans son monde, l'homme était aussi attiré par le profit, et avait également besoin de bois. Mais de là à raser des forêts…

- Votre monde doit être plus peuplé que le nôtre, supposa Itachi.

- S'il n'y avait que ça…

La phrase resta en suspens et Itachi ne chercha pas à en savoir plus. Il n'avait pas le temps de s'intéresser au monde de Silence, la situation du sien le préoccupait déjà bien assez.

- Nous allons camper ici. Le lieu a beau être célèbre, il n'est pas surveillé et rarement visité. Nous devrions être tranquilles.

- Camper ? Sans tente ?

- Tu n'as jamais dormi à la belle étoile ?

- Ça ne me fait pas peur, s'offusqua Silence. C'est une simple question de confort…

Itachi haussa les épaules.

- Le confort passe après la sécurité. Nous dormirons dans un arbre pour être à l'abri des regards.

Silence se renfrogna légèrement. Dans un arbre ? De mieux en mieux… La nuit serait longue.