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En route vers le Pays du Fer


J'ai rencontré un samouraï, une fois. Son esprit était aussi affûté que son sabre et sa force mentale n'avait d'égale que son absence totale de sens de l'humour. J'ai passé une journée entière à essayer de le dérider. Ce fut là ma première défaite. La première et la seule.

- Uzumaki Saishi -


- Je n'aurais pas fait mieux, dit Itachi en voyant Silence émerger de la forêt.

Derrière le jinchuuriki, volait un tapis de sable sur lequel était avachie la silhouette imposante d'un sanglier. Silence apprécia le compliment mais se contenta de hocher la tête.

- Tu l'as tué avec ton sable ?

- Oui. Madara m'a piqué ma jarre, mais j'ai utilisé le sable contenu dans le sol pour en recréer une. Car oui, la jarre elle-même est constituée de sable. Ensuite, je me suis mis en chasse…

Une fois le sanglier déposé sur la berge de la rivière, Silence commença à exécuter des signes avec ses mains, mais Itachi lui attrapa les poignets sans brusquerie. Il avait reconnu le signe du tigre.

- Pas de feu, Silence. C'est trop dangereux. Je sais que j'ai dit que le lieu était peu visité, mais il est inutile de prendre des risques.

Silence comprit que c'était l'ancien anbu qui parlait. La mort elle-même n'avait pas effacé les réflexes issus de la formation la plus dure qui soit.

- Vous mangez la viande crue, dans votre monde ?

Itachi lui répondit par un sourire, et s'avança jusqu'à la dépouille de l'animal. Il entreprit alors de dessiner plusieurs cercles concentriques autour d'elle de façon lente et méthodique, agrémentant de temps à autre la figure de quelques caractères étranges propres aux sceaux.

La tâche nécessita cinq bonnes minutes. Itachi se redressa pour admirer le travail tout en essuyant son doigt enduit de sang de sanglier. Le corps de l'animal commença alors à fumer et à grésiller, sans que la moindre flamme ne vienne le lécher. Silence remarqua également un phénomène étrange : la fumée qui se dégageait du grill version ninja s'évanouissait purement et simplement dès lors qu'elle prenait un peu d'altitude.

Le sceau était bien pensé, personne ne pourrait les repérer.

- C'est bien plus rapide lorsque l'on utilise un parchemin sur lequel ce sceau est dessiné, mais j'ai épuisé tout mon stock, précisa Itachi en détachant des lambeaux de chair grillée à l'aide de son kunai. Il lança une portion à Silence, et s'assit sur les galets pour déguster le sanglier rôti. La viande était plus forte que le porc, mais elle restait très savoureuse.

« Karasu ? Tu es là ? » formula Itachi en pensée.

« Pas vraiment le choix… » le railla ce dernier.

« Dans ton manga, qu'arrive-t-il à Sasuke après qu'il ait attaqué les Kage ? »

La réponse de Karasu fut presque immédiate.

« Sasuke tue Danzô. Mais rien ne prouve qu'il en sera de même, car c'est une invention de l'auteur. Le récit original de Jiraya s'arrête avant ça. Lors du combat entre Bee et Kisame, pour être exact. »

« Bee ? »

« Le jinchuuriki d'Hachibi et le petit frère du Raikage. »

« Ça c'est du curriculum… » répondit Itachi tout en assimilant l'information.

« Cela dit, je pense que Kishimoto Masashi est dans le vrai. Sasuke va sûrement affronter Danzô, qu'il considère comme l'un des trois commanditaires de l'assassinat du clan Uchiha. Mais en ce qui concerne l'issue du combat, je n'en ai pas la moindre idée… Sans compter que je ne sais pas où le combat se déroule, nous ne pourrons donc pas intervenir… »

Un très long moment s'écoula avant qu'Itachi ne reprenne le dialogue avec Karasu.

« Je suis désolé, Karasu. »

Itachi saisit son kunai et l'approcha dangereusement de sa gorge.

« Je suis désolé de t'emporter avec moi. »

« Itachi ! Qu'est-ce que tu fous, bon sang ?! » s'exclama Karasu, impuissant face à ce danger imprévu.

La lame du couteau mordit légèrement la chair de l'Uchiha, mais s'arrêta. Karasu méritait de savoir.

« Je n'ai jamais voulu vivre, Karasu. Toute ma vie, j'ai porté la mort de mon clan sur ma conscience. Mes parents, la fille que j'aimais, mes amis, tous sont morts par ma lame. Et ce jour là, pour moi, le temps s'est arrêté. Ma vie était en suspens, et je n'attendais plus qu'une seule chose. La mort. Cette maladie qui m'a frappé était une bénédiction, la réponse d'une puissance supérieure à ma prière muette. Oui, tout ce que tu as dit est vrai, Karasu. Tous ces assassinats ont été commis sur l'ordre de Konoha. Mais cela n'efface pas mon crime. Il est impossible de vivre avec ça. J'ai eu la mort que je désirais, je n'ai jamais souhaité revenir ! »

Karasu passa rapidement de la peine à la révolte, et sa réponse fut cinglante.

« Tu agis comme un lâche. Tu as certes anéanti ton clan, et je ne peux qu'imaginer la souffrance que cela a pu être. Mais ce n'est pas en mourant que tu pourras réparer les choses. »

« C'est irréparable, Karasu. »

« C'est faux ! Tu ne peux peut-être pas les faire revivre, mais tu peux les remplacer dans le cœur de Sasuke ! Donne-lui autant d'amour que lui en auraient donné ses parents ! »

Karasu fit une courte pause le temps que sa colère s'estompe.

« C'est justement parce que tu portes ce fardeau que tu n'as pas le droit de fuir. Tu dois assumer ton crime jusqu'au bout. Continuer à veiller sur Sasuke, le protéger et l'aimer. »

Ces mots ne tombèrent pas dans l'oreille d'un sourd, et Karasu comprit qu'il avait visé juste. Après tout, il connaissait Itachi presque autant qu'il se connaissait lui-même, et connaissait donc ses faiblesses et sa façon de penser.

« Tu as peut-être raison, mais c'est si difficile… Il ne se passe pas une nuit sans que je ne les voie dans mes rêves. J'ai évité une guerre, mais j'y ai perdu mon âme. »

« Alors sauve ce qu'il en reste. Recolle-en les morceaux. Si tu ne peux pas le faire pour toi et moi, alors fais-le pour Sasuke. »

« Je ne sais pas si j'en aurai la force. »

« Bien sûr que si. Tu es fort. »

« Mais je ne l'ai jamais souhaité ! » s'écria Itachi. « Depuis toujours, on dit de moi que je suis un génie, on me craint, on me respecte, mais rien de toute cela ne m'intéresse ! Les deux seules choses qui comptaient pour moi étaient la paix et ma famille. Et j'ai détruit la seconde ! »

« Pas totalement, il reste Sasuke. » lui fit remarquer Karasu. « De plus, si tu meurs, tu trouveras enfin la paix, mais tu laisseras le monde shinobi se battre seul contre Madara. Sacrifier la paix du monde pour trouver la paix intérieure. C'est très noble de ta part… Sans compter que par la suite, le monde tombera entre les mains de Madara, et basculera dans une illusion éternelle. Illusion dans laquelle Sasuke sera également emprisonné. A moins qu'il n'ait été tué avant… »

« Mais je ne suis rien ! » se révolta Itachi. « Le fait que je me batte ou pas importe peu. Je suis incapable de changer le cours d'une guerre à moi tout seul ! »

« Mais moi si. Je suis l'élu. En mourant, tu m'emportes avec toi, et ce faisant, tu condamnes le monde entier. Tu as déjà un clan sur la conscience, ça ne tu suffit pas ?! »

Il y eut un nouveau silence, que Karasu brisa le premier.

« Pardonne-moi, je ne voulais pas dire ça. Mais je ne supporte pas de te voir baisser ainsi les bras. Nous sommes les mêmes, au fond, et ta faiblesse est la mienne. »

Itachi garda le silence, et Karasu continua sans s'en offusquer.

« Tu sais, j'ai failli mourir une fois. »

« Je croyais que tu avais vraiment été tué, avant que la réincarnation du Rikudô ne te ressuscite… »

« C'est vrai, mais bien avant ça, je suis tombé dans le coma. Et un choix s'est imposé à moi : rester ou continuer. Tout m'incitait à continuer, pour enfin retrouver mes parents et les amis qui m'avaient été enlevés. Mais j'ai préféré rester pour mes amis, et pour mon frère. Et si tu l'aimes vraiment, alors ton choix sera le même que le mien. »

Les yeux d'Itachi se posèrent sur la Lune, et il baissa enfin son arme. Au même moment, Silence se détendit imperceptiblement. S'il n'avait pu entendre le dialogue intérieur qui venait d'avoir lieu, il avait bel et bien vu le kunai piquer la gorge d'Itachi.

« Je vais essayer. » dit Itachi, bien qu'il lui en coûta.

Il savait que chaque jour apporterait son lot de souffrance et de regret, mais Karasu avait raison. Il devait porter ce fardeau jusqu'à la fin et remettre Sasuke sur le droit chemin, car il se savait l'unique responsable de ce qui était arrivé à son frère.

Lorsque les deux shinobis eurent terminé leur repas, ils se mirent à la recherche des arbres les plus confortables qu'ils pourraient trouver. Itachi souhaitait éviter les pins et autres arbres résineux afin de ne pas se retrouver tout collants le lendemain matin.

Ils jetèrent finalement leur dévolu sur deux châtaigniers assez hauts pour les protéger d'éventuelles attaques d'animaux sauvages.

Si Itachi s'endormit presque immédiatement, Silence eut besoin de plus de temps. Depuis que Karasu avait libéré Shukaku de l'emprise néfaste de Madara, il y a plusieurs années de cela, le bijuu ne l'empêchait plus de dormir. Mais malgré ça, le jinchuuriki avait toujours beaucoup de mal à se jeter dans les bras de Morphée.

Itachi se réveilla lorsque les premiers rayons de soleil percèrent le feuillage des arbres de la forêt, et il sauta aux pieds de son arbre. Silence s'empressa de faire de même.

- Bonjour Silence.

- Bonjour ! Vous vous êtes mis d'accord quant à notre destination ?

- Oui. Ce sera le Pays du Fer.

Silence ne cacha pas son étonnement.

- Le Pays du Fer ? On ne va pas à Konoha ?

- Non, j'ai bien peur qu'ils me réservent un accueil assez peu chaleureux, sourit Itachi. Le Pays du Fer est la destination la plus logique : Naruto et Kakashi y sont en ce moment même, ainsi que Danzô. Les deux premiers sont les seuls à être au courant de la vérité sur l'assassinat du clan Uchiha, et Danzô nous mènera sûrement à Sasuke…

- Mais Tsunade est à Konoha… regretta Gaara.

- Tu parles de la Sannin ? Pourquoi veux-tu la rencontrer ?

- Une de mes amies est très malade, et a besoin d'un médicament qui n'existe pas dans mon monde. A vrai dire, elle est la raison de ma venue ici…

Itachi lui fit un clin d'œil.

- Pour que tu fasses tout ça, elle doit t'être très chère. Est-elle une amie, ou plus que ça ?

- Je ne sais pas trop, mais je tiens beaucoup à elle… Je ne sais pas quels sont ses sentiments envers moi, mais je mourrais pour elle.

- Je n'ai jamais éprouvé de sentiments d'une telle intensité. Tu as beaucoup de chance.

Silence acquiesça, puis écrivit une nouvelle phrase avec son sable.

- Mais mon amie a très peu de temps devant elle. Il lui reste moins d'une journée à vivre ! Nous devons nous téléporter à Konoha pour parler à Tsunade, trouver la plante, et revenir dans notre monde avant qu'il ne soit trop tard !

« Prêt à jouer les messagers ? » intervint Karasu.

« J'écoute. »

« Dis-lui que son plan est irréaliste. Se rendre à Konoha est trop dangereux pour le moment, sans compter que Tsunade se trouve actuellement dans le coma, et que rien indique qu'elle en sortira un jour. Le dieu de la mort ne sera peut-être pas aussi bienveillant que Kishi… »

Itachi passa le message à Silence, qui parut sortir de ses gonds.

- Qu'importe voyons ! La vie d'Hidan est prioritaire, la prophétie peut attendre, non ?! Nous devons au moins essayer !

- Et comment comptes-tu revenir dans notre monde ?

Silence écarquilla les yeux en réalisant qu'il n'y avait jamais pensé.

- Il n'y a pas… d'autre portail ?

Itachi continua a jouer les intermédiaires.

- Je ne sais pas. Je ne pense pas. Le portail par lequel nous sommes arrivés s'est fermé à notre arrivée. Tu sais, je suis ici pour sauver ce monde, et le nôtre par la même occasion. Mais je ne pense pas revenir, Silence. Je ne savais pas comment te le dire, mais… tu as fait une grave erreur en me suivant.

- Tu es parti en sachant cela ? Et Sakura ? Et ton frère ?

La question demeura en suspens, et Itachi réalisa que Karasu, son double de l'autre monde, était encore bien plus courageux que lui. Il se demanda quelles épreuves il avait subi pour en arriver à ce degré d'abnégation.

- Quoiqu'il en soit, je suis sûr que Jiraya a prévu quelque chose pour le retour. Voire le Rikudô Sennin.

- Je n'en serais pas aussi sûr que cela à ta place, objecta Itachi, alors que Karasu redevenait silencieux. Le Rikudô Sennin n'est guère plus qu'un mythe, et il a quitté ce monde il y a bien longtemps. Quant à Jiraya… Tout aussi bienveillant qu'il ait été, je pense qu'il se préoccupait avant tout de la survie des deux mondes, et en particulier du sien. Je suis convaincu qu'il aurait été prêt à sacrifier nos vies pour atteindre cet objectif, et j'aurais fait la même chose à sa place. Non, j'ai bien peur que vous ne soyez coincés ici…

Bien que profondément perturbé par cet amer constat, Silence prit sur lui et baissa la tête.

Lorsqu'il la releva, toute trace d'émotion avait quitté son visage et une unique phrase s'inscrivit sur son sable.

- Non. Tu dois trouver le Passeur.

Itachi haussa un sourcil en lisant ces mots, qui s'effacèrent aussitôt après.

- Je te demande pardon ?

- Quoi ? Je n'ai rien dit…

Itachi interrogea mentalement Karasu, qui lui confirma avoir vu la même chose que lui. L'Uchiha pouvait se rassurer, il ne perdait pas la tête. Silence, en revanche…

- Tu as écrit quelque chose de bizarre, à propos d'un passeur que l'on devait trouver.

Le jinchuuriki de Shukaku ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes.

- Un passeur ? Pourquoi j'aurais écrit un truc pareil ?

Itachi savait reconnaître les mensonges quand il les entendait, et celui-ci n'en était pas un. Silence disait la vérité. Ou du moins, il en était intimement convaincu.

« On dirait que tu n'es pas le seul à être schizo… » lui fit remarquer Karasu.

- Bon, écrivit Silence pour rompre la glace. C'est par où, le pays du Fer ?

- C'est à l'extrême ouest du monde connu.

- Monde connu ?

- Et bien… Pour le moment, nous n'avons pas de cartographie complète du monde. ce qui se trouve à l'ouest du pays du Fer et à l'est du pays de l'Eau nous est plus ou moins inconnu. Nous savons juste qu'à l'Ouest se trouve d'immenses marais puis un désert sans fin, et personne n'est jamais parvenu à en voir le bout. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé…

- Et à l'Est ?

- Un vaste et périlleux océan. Tous les navires qui s'y sont aventurés ont disparu.

- Comme c'est mystérieux, railla Gaara. Chez moi, c'est bien différent, chaque parcelle de mon monde est connue et soumise à la surveillance permanente des satellites. Des sortes d'engins volants qui gravitent autour de la Terre, précisa-t-il en réalisant qu'Itachi ne connaissait pas le terme. Mais j'y pense, vous savez que la Terre est ronde ?

- Notre monde accuse certes un retard technologique par rapport au vôtre, mais nous ne sommes pas idiots, rétorqua Itachi. Chaque pays possède son lot de scientifiques, et l'un d'entre eux a fait cette découverte en observant les étoiles.

Silence assimila l'information, et se remémora ensuite le système de communication visuelle qu'utilisaient les Daimyos. La technologie de ce monde avait beau être différente, elle ne devait pas être sous-estimée.

- Et pourquoi personne n'arrive à traverser ce désert et cet océan ? En prenant beaucoup d'hommes et de provisions…

- Ce n'est pas les vivres qui posent problème, lui expliqua Itachi. Les rares survivants ont rapporté que chaque expédition avait été passée au fil de l'épée. Il y a une civilisation de l'autre côté du désert, et il vaut mieux ne pas s'y frotter. Des shinobis de grande valeur ont perdu la vie en tentant l'aventure. Quant à l'océan, les rumeurs parlent de navires plus solides et plus rapides que les nôtres, remplis de guerriers tatoués aux cheveux d'or.

Itachi haussa les épaules.

- A vrai dire je ne m'intéresse guerre à ces ragots, il y a bien assez à faire dans la partie du monde que nous connaissons.

- Merci pour cette leçon de géographie, Itachi-san.

- De rien. Allons-y, maintenant. Si les évènements se déroulent comme dans votre livre, nous devons nous dépêcher de trouver Sasuke avant qu'il ne tue l'Hokage.

- Ce ne serait pas une grosse perte, pourtant… C'est plutôt une raclure dans son genre, le Danzô !

- Il n'en est pas moins l'Hokage de Konoha tant que le Daimyo ne lui a pas retiré ses pouvoirs. De plus, Danzô ferait n'importe quoi pour le village, même si ses méthodes sont un peu… spéciales.

- Tu as l'air de bien le connaître.

- C'est le cas. Il a été mon supérieur dans l'ANBU pendant quelques temps.

- Tu as fait partie de la Racine ?

- Oui, pendant un an. On m'a ensuite assigné à la Cime, et je suis devenu leur chef en moins d'un an.

- La Cime ?

- Pour un muet tu es très loquace, sourit l'Uchiha. L'ANBU est constituée de deux sections. La Racine, créée par Danzô, est à son image : sombre et peu reluisante, mais nécessaire. Pour elle, la fin justifie toujours les moyens.

Cette section se trouve dans l'ombre de la première, la Cime, qui est en quelque sorte la branche officielle de l'ANBU. Les gardes du corps de l'Hokage en font d'ailleurs partie. Du moins c'était le cas avant que Danzô ne devienne Kage.

- Tu es devenu le chef de l'ANBU à treize ans, c'est ça ?

- De la Cime, oui. Danzô dirigeait toujours la Racine, et il possédait bien plus de pouvoir que moi, du fait de son expérience.

- Et il a fait pression sur le conseil pour que tu assassines le clan Uchiha.

Le visage du frère de Sasuke se ferma et il pointa une direction du doigt.

- L'Ouest est par là. Malheureusement, je ne suis jamais allé au pays du Fer, je ne pourrai donc pas utiliser la technique que Karasu m'a apprise pour nous y rendre directement. Je vais devoir nous téléporter à l'endroit le plus à l'Ouest que je connaisse.

- C'est à dire ?

- Le village d'Âme. Maintenant que Pain est mort, nous ne courons plus le risque d'être détectés par sa pluie. Une alternative aurait pu être le pays de l'Herbe, mais je le connais un peu moins bien. Après Âme, nous continuerons vers l'Ouest pour arriver au Pays des Oiseaux, puis enfin au Pays du Fer. En route.

La ton d'Itachi s'était fait péremptoire, et le sable de Silence regagna sa jarre. Sans attendre, l'Uchiha posa une main ferme sur l'épaule du jinchuuriki et ils disparurent dans une spirale que Silence voyait pour la troisième fois. Et sont petit doigt lui disait que ce ne serait pas la dernière…

Les deux shinobis firent irruption sur la berge d'une autre rivière, nettement moins enchanteresse que la précédente. Outre l'absence de cascade et de colosses de pierre, la pluie qui s'abattait déjà sur leurs épaules y était pour quelque chose.

- Pays de merde… Je pensais qu'il arrêterait de flotter maintenant que Pain est mort…

- Le Pays de la Pluie portait son nom bien avant la naissance de Nagato… rétorqua Itachi.

Ce dernier ne resta pas plus longtemps immobile, et s'élança vers l'Ouest, talonné par Silence.

Les deux ninjas se mouvaient à une vitesse extraordinaire, à tel point que Silence était incapable de distinguer le paysage avec précision. Toute son attention était focalisée sur le dos d'Itachi, qui bondissait avec la légèreté d'un oiseau. Le jinchuuriki aurait bien aimé arpenter ce nouveau monde à pas feutrés afin de profiter de ces paysages nouveaux, mais l'heure n'était pas au tourisme. Un jour peut-être… Cette perspective fut promptement chassée de son esprit par l'image d'Hidan.

Itachi décida d'une courte halte lorsqu'un corbeau vint à leur rencontre et posa ses serres sur l'épaule droite de l'Uchiha.

Le volatile sembla lui murmurer quelque chose à l'oreille, puis s'envola promptement.

- Le corbeau… t'a parlé ?

- Tu as bien rencontré un crapaud qui parle, en quoi un corbeau parlant serait plus étonnant ?

Mouché, Silence n'ajouta rien de plus, et Itachi se gratta le menton pensivement.

- Le corbeau m'a fait part d'une mauvaise nouvelle. Apparemment, la disparition de Pain n'a pas été bénéfique au Pays de la Pluie, qui a sombré dans l'anarchie la plus totale. Du coup, nous ne passerons pas par les villages, afin d'éviter tout contact avec la population locale.

- Et dire que je n'ai encore croisé personne depuis mon arrivée… maugréa Silence.

- Si : Madara, Karin et moi.

Silence leva les yeux au ciel.

- Ça, ça ne compte pas. J'aimerais rencontrer le bouseux de base, juste par curiosité, pour voir à quoi ressemblent les citoyens de ce monde-ci…

- Ça attendra, lui rétorqua Itachi. Nous ne devons pas compromettre notre sécurité pour des raisons aussi futiles.

Et tous deux se remirent à courir.

Silence perdit bientôt la notion du temps. Son visage était usé par les gouttes qui y ruisselaient depuis le début de sa chevauchée. Bientôt, son souffle se fit haletant et ses jambes s'alourdirent. Tout ninja qu'il était, il avait sa limite…

Mais visiblement, Itachi était encore loin de l'atteindre. Le rythme de sa respiration comme de ses foulées n'avait pas changé d'un iota.

Lorsqu'Itachi pila juste devant lui, une vague de soulagement submergea Silence. Il n'aurait pas pu faire un pas de plus.

Itachi sourit en regardant son compagnon se laisser tomber sur l'herbe mouillée pour reposer ses jambes endolories. Lui-même était sûrement aussi fatigué que Silence, mais il ne l'aurait montré pour rien au monde c'était dans sa nature de dissimuler tout signe de faiblesse.

- Tu m'impressionnes, Silence, haleta l'Uchiha. Pour avoir tenu ce rythme, tu dois être un shinobi de grande valeur.

- J'ai eu un bon professeur : celui qui squatte ton cerveau, écrivit Silence, les yeux mi-clos. On est encore loin du Pays des Oiseaux ?

- Pas vraiment, sourit Itachi en s'adossant contre un arbre. Nous y sommes déjà, Silence. Nous avons passé la frontière il y a dix minutes.

Silence leva des yeux étonnés.

- Vraiment ? Et comment le sais-tu ?

- C'est à ce moment-là que la pluie s'est arrêtée.

Le jinchuuriki fut pris d'une étrange envie de rire, mais comme à chaque fois depuis trois ans, le rire s'étrangla dans sa gorge.

- C'est de la sorcellerie ce truc ! Cette pluie ne s'arrête donc jamais ?

L'expression de l'Uchiha se fit grave et son ton rêveur.

- Jamais. J'ai rencontré un vieillard de ce pays, il y a quelques années. Il m'a confié n'avoir jamais vu le moindre rayon de soleil de son vivant…

Silence frissonna devant cette aberration, Et Itachi se fit plus mystérieux.

- Tous s'accordent pour dire que le phénomène a commencé il y a trois cent ans, mais personne n'en connaît la cause. Mais il existe une légende…

Le jinchuuriki se fit tout ouïe, passionné malgré lui.

- Il y a longtemps, vivaient deux Dieux, Senkun et Nidori. Ils étaient frère et sœur, et ils étaient inséparables. Jusqu'au jour où Nidori fut pervertie par un maléfice et se transforma en démon. Senkun fit tout ce qui était en son pouvoir pour inverser le processus, mais il échoua. Devenue démon, Nidori n'avait plus rien d'une humaine, et elle ne vivait plus que pour détruire. Elle s'enfuit vers l'Ouest, détruisant tout sur son passage, poursuivie par son frère impuissant… Lorsque Senkun rattrapa sa sœur, elle était en train de dévaster l'actuel Pays de la Pluie, et il se résigna à l'affronter. Et à la tuer.

Itachi leva les yeux vers le ciel désormais vide de tout nuage.

- La légende dit que, fou de chagrin, Senkun a regagné les cieux avec le corps de sa sœur, et que depuis tout ce temps, ses larmes continuent de tomber sur le pays de la Pluie.

L'Uchiha toussa.

- Mais ce n'est qu'une légende, Silence. Aucun Dieu n'a jamais marché sur la Terre.

- Dans mon monde, nombreux sont ceux à être persuadés du contraire… répondit le muet.

« Rikudô Sennin. »

Itachi sursauta en entendant la voix de Karasu, qui ne s'était pas manifesté depuis un moment.

« Pardon ? »

« Senkun et Nidori… Ces deux noms forment l'anagramme de Rikudô Sennin. »

Il ne fallut que peu de temps à Itachi pour confirmer, et il partagea la découverte de Karasu avec Silence.

- Dans notre monde, le Rikudô Sennin est à l'origine de nombreuses légendes, il a même créé des religions… Ce qui signifie…

- Que cette légende pourrait reposer sur des faits réels, elle aussi.

Le silence se fit, Itachi lui-même n'en revenant pas d'avoir dit ça. Comment une histoire aussi farfelue pourrait elle avoir un fond de vérité ? Et surtout quel était le lien avec le Sage des Six Chemins ?

« Je pense que ces questions n'en soulèveront que davantage, Itachi. Laissons ça de côté et concentrons-nous sur ce qui importe. »

- Sasuke… souffla l'Uchiha. Silence, j'espère que tu t'es bien reposé, car la deuxième partie de notre périple va commencer…

Silence se leva d'un bond, et effaça lui aussi le Rikudô Sennin de ses pensées.

- Halte.

Silence se délecta de ce mot délicieux qu'il n'espérait plus.

Cette fois-ci, ils avaient couru un peu moins vite mais un tel voyage restait épuisant. Au cours de leur course effrénée, il avait pu avoir un aperçu de ce qu'était le Pays des Oiseaux : des montagnes, des montagnes, et encore des montagnes. Mais après les marécages boueux du Pays de la Pluie, c'était le paradis.

- Pourquoi est-ce qu'on s'arrête ? Non pas que ça me dérange, mais bon…

En effet, l'endroit où ils se trouvaient, un sentier sinueux qui serpentait entre deux falaises, n'avait strictement rien de particulier.

- Les corbeaux sont des invocations spéciales, le renseigna Itachi. Je suis capable de communiquer avec eux par télépathie.

- Ah, répondit Silence qui ne voyait pas où son guide voulait en venir.

- Le corbeau qui m'a renseigné tout à l'heure a été tué. Par ça.

Itachi pointa du doigt un aigle qui volait à haute altitude. Pour être visible d'aussi loin, l'animal devait être gigantesque.

- Ce pays porte bien son nom… Je ne pourrai plus utiliser mes informateurs, Silence. Il y a trop de rapaces dans cette région. Je n'aime pas marcher à l'aveuglette mais nous n'avons pas le choix…

Silence opina du chef et posa sa sempiternelle question.

- On est où là ?

- Nous avons fait la moitié du chemin. Encore six heures de course et nous aurons atteint le Pays du Fer. Et fort heureusement, le village Samouraï est tout près de la frontière. Mais nous ne courrons pas plus aujourd'hui, Silence. La nuit tombe déjà, et je pense que tu ne serais pas contre dormir dans un vrai lit ce soir.

- Une auberge ?

- Tout à fait. Avant de mourir, mon corbeau a eu le temps de me signaler la présence d'un relais pour les voyageurs de la région, à moins d'un kilomètres d'ici.

Rasséréné par cette perspective, Silence retrouva toute sa joie et sa bonne humeur et s'apprêtait à repartir lorsque Itachi l'interpella.

- Attends. Quelques précautions s'imposent avant.

Itachi s'empressa de dissimuler la jarre du jinchuuriki à l'aide d'un Genjutsu, et il utilisa un Henge pour modifier sa propre apparence.

Un instant plus tard, Silence avait devant lui un homme d'à peu près trente ans, aux cheveux bruns coupés courts.

- C'est parti. Ah, et une dernière chose : ne te sers pas de ton sable, Silence. Gaara du désert est très connu de par le monde, et ton pouvoir et ton apparence sont trop semblables aux siens. Je suis désolé, mais tu ne dois pas écrire. Je parlerai à ta place.

- Bonsoir, voyageurs. Pourrais-je savoir d'où vous v'nez, si c'est pas trop indiscret ?

- Si, ça l'est. Je voudrais une chambre pour deux. Pour une nuit, lits séparés.

L'aubergiste se gratta le front, gêné.

- Pardonnez-moi, monsieur, je n'avais pas l'intention de vous manquer de respect ou quoique ce soit… Vous voulez manger je suppose ?

- Oui. Donnez quelque chose de nourrissant, nous avons du chemin à faire, demain…

L'aubergiste sourit, et la demi-douzaine de dents qui lui restait étincelèrent malgré la pénombre des lieux.

- Le nourrissant, ça me connait. Vous voulez boire un ptit queq'chose avec ça ?

Alors qu'Itachi faisait un geste de dénégation, Silence lui donna un léger coup de coude.

L'Uchiha soupira, et se força à sourire.

- Finalement, je vais prendre un verre de saké.

- C'est parti, chantonna l'aubergiste d'un air guilleret. Il cause pas votre ami ?

- Non, il est muet.

L'homme se répandit en excuses, puis quitta le comptoir pour la cuisine.

Silence tourna la tête en tout sens pour examiner l'état des lieux. Il s'attendait à une auberge d'un style médiéval, et s'était trompé dans les grandes largeurs. Le rez-de-chaussée de l'auberge ressemblait plus à l'intérieur d'un restaurant asiatique. Des tableaux et autres ornements recouvraient tous les murs, et un cache rouge diminuait l'intensité des lampes, plongeant la pièce dans une atmosphère intime, presque oppressante.

Les deux ninjas furent la cible de quelques regards méfiants et inquisiteurs de la part des rares clients de l'auberge. Les nouvelles allaient vite, et celle du début de la quatrième grande guerre ninja était visiblement déjà parvenue jusqu'ici.

Itachi tira une chaise dans un coin encore plus sombre que les autres et s'assit dos au mur pour garder un œil sur les autres clients de l'auberge. Les guerres ninjas allaient toujours de pair avec l'essor des brigands, qui profitaient du départ des troupes vers le front pour attaquer les citoyens désormais privés de la protection des shinobis.

Silence s'assit à côté de lui, et posa ses coudes sur la table en bois grossièrement taillée. Devoir garder le silence lui était particulièrement pesant, surtout dans ce nouveau monde qui apportait chaque secondes son lot de questions.

- Je ne pense pas qu'ils vont nous attaquer, dit Itachi sur le ton de la conversation en regardant un barbu à l'œil farouche. Leur air menaçant n'est qu'une façade pour dissuader un éventuel agresseur.

« Dommage. » songea Silence, qui avait envie de se défouler. Depuis qu'on lui avait enlevé le sceau du Yondaime, il ressentait constamment le besoin d'agir pour rattraper le temps perdu.

Itachi faillit sursauter lorsque Karasu refit surface. Il ne s'y habituerait jamais…

« Pourrais-tu ouvrir mon sac s'il te plaît ? »

La surprise passée, l'Uchiha se saisit des effets personnels de Karasu, que Silence avait ramassé après la disparition de son ami.

Il ouvrit le sac à dos et interrogea Karasu.

« Et ensuite ? »

« Tu devrais trouver une liasse de parchemins. Prends le premier, et appuie la paume de ta main sur le sceau qui est en son centre.

Itachi trouva les parchemins sous une cape noire que Silence reconnut avec un brin de nostalgie. La cape du chef d'Amaterasu.

Itachi déroula le parchemin et le cacha sous la table avant de suivre les instructions de Karasu. Mieux valait cacher aux autres clients de l'auberge qu'ils maîtrisaient le Ninjutsu, sous peine de passer pour des déserteurs.

Les doigts d'Itachi effleurèrent la couverture en cuir du carnet qui était apparu dans ses mains.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Un cadeau du Rikudô Sennin. » lui révéla Karasu. Je pense qu'il contient des renseignements susceptibles de nous aider, Naruto et moi. L'Ancien du temple m'a dit que je ne pourrai l'ouvrir qu'une fois de l'autre côté.

« Et tu penses que je suis capable de l'ouvrir ? Je ne suis pas l'élu… »

« Mais nous sommes la même personne, au fond. Essaie. »

Itachi dissimula le carnet lorsque le tenancier vint leur apporter une quantité impressionnante de nourriture. Et comme promis, il leur avait concocté un repas tout sauf léger.

- Merci, lui glissa Itachi alors que l'homme repartait en cuisine.

Silence se lécha les babines en contemplant le poulet baignant dans l'huile que l'aubergiste leur avait cuisiné. Il n'avait encore jamais vu de poulet de la taille d'un cochon, mais il y avait un début à tout…

D'un accord tacite, les deux ninjas décidèrent de manger avant de s'attaquer au fameux carnet. Ils seraient bien plus à leur aise en le lisant dans leur chambre, à l'abris des regards et des oreilles indiscrètes.

La lutte fut longue et acharnée, mais Itachi vint finalement à bout du mastodonte qui trônait dans son assiette.

Jugeant que les deux plats de volaille supplémentaires étaient de trop, Itachi et Silence se levèrent et se dirigèrent vers le bar où le tenancier les attendait l'œil humide.

- Vous n'avez pas tout mangé, le poulet n'était pas bon ?

Itachi l'assura qu'au contraire, le plat était savoureux, mais qu'il n'était pas dans leurs habitudes de manger leur poids en nourriture.

Les deux compagnons grimpèrent les escaliers, entrèrent dans la chambre que le maître des lieux leur avait indiquée, et Itachi verrouilla derrière eux. Il ne tenait pas à être dérangé.

Sans perdre de temps, l'Uchiha s'assit sur un des deux lits et retourna au carnet de Karasu. Son doigt en toucha le coin supérieur droit, le crocheta, et avec une lenteur infinie, tourna la page. Silence se rapprocha pour pouvoir lire en même temps que lui.

- Bonjour Karasu, Itachi et Silence, déchiffra Itachi.

Ce dernier releva lentement la tête et croisa le regard d'un Silence aussi bluffé que lui, sinon plus.

- Je déteste ce mec, on dirait qu'il sait toujours tout, écrivit le roux en s'empressant de lire la suite.

Comme vous vous en doutez, je suis le Rikudô Sennin.

Je vous suis infiniment reconnaissant pour tout ce que vous avez fait -ou ferez- pour le bien des deux mondes, mais je suis également désolé de vous avoir impliqués là-dedans, car je sais qu'il vous en a beaucoup coûté.

Mais j'ai moi-même mes limites et c'est pourquoi j'ai dû mettre en place ce système de réincarnations pour pouvoir sauver les mondes une fois que je ne serai plus.

Avant tout, je pense que je vous dois avant tout quelques explications, notamment concernant ma connaissance de l'avenir.

Peu après avoir vaincu Juubi, j'ai découvert une nouvelle facette du Ninjutsu qui m'était inaccessible auparavant.

Dès lors, j'ai été capable d'accomplir certaines choses que mes contemporains voyaient comme des miracles. Insuffler la vie dans des objets, voyager dans l'espace et le temps, ou encore accorder l'intelligence et la parole aux animaux.

En ce qui concerne ce dernier point, les crapauds étaient mes favoris, et je leur ai également appris une variante de mon Senjutsu.

Mais alors que « j'éduquais » un nouveau crapaud, il y a eu un accident. J'ai perdu le contrôle et une très grande quantité de mon chakra a déferlé à l'intérieur de ce crapaud. Alors que je m'attendais à le voir mourir, il est arrivé une chose à laquelle je ne m'attendais pas. En plus d'une grande intelligence et de la parole, ce crapaud a reçu une faculté qui le rendait unique. Celle de voir l'avenir. Je pense que vous connaissez ce crapaud sous le nom de « Ogama Sennin ».

J'ai longuement interrogé l'Ogama Sennin pour étudier le futur et prendre des dispositions.

J'ai donné une mission à Jiraya par l'intermédiaire des ermites crapauds : celle de gagner l'autre monde et d'y installer un portail interdimensionnel de ma conception. Vous connaissez la suite…

Mais ne croyez pas que je vous manipule comme des pièces d'échecs. L'avenir que voit l'Ogama Sennin est le plus probable, mais pas le seul. En fin de compte, vous trois, Karasu, Naruto et Silence, possédez le pouvoir de changer le destin de l'humanité.

Mes derniers mots s'adressent à Karasu.

A l'intérieur de ce carnet, tu trouveras une technique que seul un Uchiha peut utiliser. Tu la connais déjà mais tu ne la maîtrises pas encore, et tu en auras besoin avant la fin…

Le reste du carnet contient de nombreuses techniques de ma conception qui ne servent pas à détruire mais à guérir, changer, créer. Je voudrais que tu donnes le carnet à Naruto lorsque le temps sera venu, car ces techniques lui sont destinées, elles sont une partie de son héritage.

Pour finir, sache que je ne suis pas assez sadique pour te laisser prisonnier du corps d'un autre. C'est pourquoi je te guiderai une dernière fois, Karasu. Bientôt, tu cesseras d'être la marionnette de la Prophétie, comme le disait Miyamoto. Je couperai tes fils et tu seras libre. Mais en attendant ce moment, voici mes ultimes directives :

En premier lieu, tu devras te rendre au Temple de Makwoo et parler à Tekaya, il te donnera certains renseignements qui pourront t'être utiles.

Tu auras également besoin du Passeur. Tu le trouveras dans une grotte au sommet du septième col des Terayama, où je résidai un certain temps.

Bonne chance et merci.

Silence cligna des yeux en levant la tête du carnet.

- Et ben… Tu connais ces lieux dont il parle, Itachi ?

L'Uchiha se prit le visage dans ses mains pour réfléchir. Makwoo… Pourquoi diable ce nom lui paraissait-il familier alors qu'il était persuadé de ne l'avoir jamais rencontré auparavant ?

- Je ne connais que les Terayama, il s'agit d'une grande chaîne de montagnes, qui se trouve au Pays de la Terre. Sinon, Makwoo me dit quelque chose, mais je ne sais pas pourquoi… Qu'importe. Karasu et moi avons décidé de trouver ce Temple après avoir sauvé Sasuke. Nous ferions bien de dormir, maintenant, une dure journée nous attend demain.

- Avant ça, je vais écrire un message pour nos amis de l'autre côté. Le crapaud leur fera parvenir…

- Il est inutile de leur envoyer un message, Silence, intervint alors Karasu via Itachi. Si jamais je trouve un moyen de revenir dans notre monde, nous reviendrons au moment exact où nous sommes partis. De cette manière, nous serions de retour avant que ton crapaud ne leur donne de nos nouvelles et…

- … Nous pourrions sauver Hidan ! s'exclama Silence.

- Tu as compris. Inutile de te presser, même s'il te faut trente ans pour trouver ce remède, tu pourras le lui donner à temps. A condition bien sûr de trouver un moyen de rentrer.

Silence se sentit transporté par la joie. Il avait oublié que le voyage vers une autre dimension pouvait aussi être un voyage temporel. Hidan n'était pas perdue !

Itachi et Silence partirent à l'aube, au grand dam de l'aubergiste qui voyait deux de ses rares clients mettre les voiles. Si cette guerre durait trop longtemps, il devrait mettre la clé sous la porte…

Lors de cette dernière étape de leur voyage, les deux ninas parlèrent peu, même si de temps à autre Itachi éclairait la lanterne de Silence sur le Pays du Fer.

- Contrairement à Konoha et aux autres pays Shinobis, les samouraïs ne séparent pas les pouvoirs économique et militaire. Plutôt que de n'avoir qu'un seul village de ninjas voué à protéger les civils du reste du pays, qui eux représentent la force économique, le village samouraï possède ses propres entreprises commerciales. On trouve également des samouraïs un peu partout dans le pays, même dans les plus petits villages. En fait, tous les citoyens de ce pays ont reçu une formation aux armes. Je plains le chef de guerre qui tenterait d'annexer ce pays…

- Et qu'en est-il de leur culture ?

- Et bien… Le pays est dirigé d'une main de fer par Mifune, qui est à la fois le chef d'état et le général de l'armée samouraï. C'est un Etat très martial, mais ce n'est pas une dictature. Mifune n'a pas les pleins pouvoirs, et doit composer avec un conseil de douze ministres. Quant au mode de vie des citoyens, il est assez spécial, et je dois avouer que je ne l'aime pas trop. Il s'agit d'une société très stricte, pour qui la rigueur et le sérieux sont un credo. Les habitants sont globalement peu bavards, et ont un sens de l'honneur extrêmement prononcé, à tel point que la moindre erreur de leur part les pousse souvent au suicide…

Itachi fit la moue en ajoutant :

- C'est un pays de traditions, qui refuse le progrès. Le modèle social est archaïque, et les femmes n'ont que peu de droits et de liberté puisqu'elles sont considérées comme inférieures aux hommes et que leur place est à la maison.

- Super… grinça Silence.

- Pour finir, ils sont globalement très rancuniers et relativement méfiants. On raconte d'ailleurs que lorsque le Rikudô Sennin est venu leur enseigner le Ninjutsu, ils l'ont envoyé balader…

Plus Silence en apprenait sur ce pays, et plus son enthousiasme allait descendant. Il n'était plus très sûr de vouloir entrer dans ce village, maintenant…

Le Soleil était haut dans le ciel lorsque les remparts du pierre qui entouraient le village Samouraï apparurent à l'horizon.

Aussitôt qu'ils les virent, les deux voyageurs stoppèrent leur course pour reprendre leur souffle.

- Et voilà… Le village Samouraï du Pays du Fer… Nous y sommes, Silence.

Itachi mit alors en application le plan qu'ils avaient préparé en début de matinée. Ils invoqua deux bandeaux et en envoya un à Silence, qui s'empressa d'examiner le symbole qui y était gravé.

- C'est celui de Suna, c'est ça ?

Itachi acquiesça, puis utilisa un Henge pour prendre la même apparence que la dernière fois, un trentenaire aux cheveux bruns coupés courts.

- On y va.

Itachi marcha d'un pas assuré vers les portes du village, talonné par un Silence légèrement moins à son aise.

Les deux samouraïs qui gardaient le portail se levèrent en les voyant arriver.

- Déclinez votre identité et le motif de votre visite, fit l'un d'eux d'une voix mécanique.

- Je suis Sakatoshi Kisaku, et mon compagnon ici présent se nomme Furake Seijaku. Nous sommes tous les deux des ninjas de Suna.

- Suna ? Si vous cherchez le Kazekage, il est déjà parti. Le Sommet des Kage est terminé, au cas où vous l'ignoreriez…

Le casque du samouraï se tourna vers Silence.

- D'ailleurs, vous ne seriez pas de la famille du Kazekage ? C'est pas courant d'avoir les cheveux roux…

- Tout à fait, Seijaku est le cousin de Gaara-sama. Et il porte bien son nom, puisqu'il est malheureusement muet.

Le samouraï ne montra pas le moindre signe de compassion et attendit la suite.

- En fait, c'est le Kazekage qui nous envoie, reprit Itachi. Il a oublié de dire quelque chose à la délégation de Konoha, et il m'a envoyé leur porter un message. Ils ne sont pas partis j'espère ?

Le samouraï se tourna vers son collègue, qui secoua la tête en signe de dénégation.

- Non, ils sont encore là. Mais ils vont sûrement bientôt partir, vous feriez bien de vous dépêcher.

Itachi les remercia, et les gardes poussèrent les lourdes portes en bois de l'entrée du village.

Itachi et Silence n'avaient pas fait trois pas qu'une voix leur intima de s'arrêter. Avec un peu d'appréhension, Silence vit un autre samouraï marcher vers eux. Contrairement à ses deux homologues, l'homme ne portait pas de casque et des cheveux noirs noués en un chignon serré surmontait un visage buriné et garni de cicatrices. Itachi sut d'instinct que cet homme ne devait pas être pris à la légère, et ce n'était pas tant à cause de son visage balafré ou du regard respectueux que les deux portiers posaient sur lui que de ses yeux.

Les yeux gris du samouraï brillaient d'un feu glacé qu'Itachi n'avait rencontré que rarement. Cet homme avait sans doute vu la mort et l'avait apportée un nombre incalculable de fois…

- Ookami-sama, que nous vaut l'honneur de votre présence ici ? balbutia un des feux gardes en se mettant au garde à vous.

- Repos. J'avais un créneau de libre et je suis venu vérifier que tout allait bien de votre côté, voilà tout. En ces temps troublés, protéger la porte principale est d'une importance capitale. Veillez donc à bien vous acquitter de cette mission.

- A vos ordres ! s'exclamèrent de concert les deux hommes en armure.

Les yeux froids du dénommé Ookami se reposèrent sur les deux voyageurs qu'il avait alpagué. Quelque chose ne lui plaisait pas chez eux, et il voulait en avoir le cœur net…

L'examen du samouraï ne dura que qu'une dizaine de secondes, mais il avait porté ses fruits.

- Vous, le brun. Pourquoi dissimuler votre véritable apparence ?

Itachi fronça les sourcils. Le Henge était une technique extrêmement facile à maîtriser mais presque impossible à détecter sans Dôjutsu. Cet homme devait posséder un instinct hors norme pour l'avoir démasqué aussi vite.

Résigné, Itachi fit cesser son Henge, et Ookami vit ses cheveux se colorer en blond et son visage se faire plus raffiné.

- Voilà qui est mieux. Mais nous savons tous les deux que ce n'est pas suffisant, n'est-ce pas ?

Itachi se figea. Il avait sous-estimé cet homme.

Le samouraï se concentra et brisa le genjutsu en un instant, révélant au grand jour la véritable apparence d'Itachi.

Heureusement pour lui, l'Uchiha ne s'était jamais rendu dans ce pays et son visage leur était donc inconnu.

Ookami croisa les bras et regarda Itachi avec sévérité.

- Je suis le bras droit de Mifune. Vous pensiez vraiment que je me ferais abuser par un tel stratagème ?

Le samouraï passa ensuite à Silence.

- Quand à vous, montrez-nous ce que vous avez sur le dos…

Itachi comprit que toute résistance ne ferait qu'empirer les choses, et il annula le Genjutsu qui recouvrait la jarre du jinchuuriki.

- Comme je l'ai dit à vos hommes, Seijaku est le cousin du Kazekage, et il possède également le pouvoir de manipuler le sable. Dissimuler sa jarre est un excellent moyen de surprendre l'ennemi…

- Je vois, répondit Ookami. Pour aller jusqu'à modifier votre apparence et dissimuler vos armes en territoire allié, vous devez être très méfiants… C'est une qualité appréciée, ici, mais j'ai bien peur qu'elle vous desserve au vu des circonstances… Ninjas de Suna, vous allez devoir me suivre. Vous avez pris trop de précautions pour être honnêtes.

Itachi et Silence échangent un regard. Les choses prenaient une bien mauvaise tournure, et tout cela à cause de cet Ookami qui avait cru bon de prendre l'air au moment de leur arrivée. Itachi aurait pu utiliser des illusions plus puissantes que le samouraï n'aurait pas détecté, mais il ignorait que les samouraïs comptaient des éléments aussi compétents dans leurs rangs…

Entourés par quatre nouveaux samouraïs qui venaient de surgir de nulle part et menés par Ookami, Itachi et Silence se dirigèrent vers une des plus hautes tours du village, probablement pour répondre à quelques questions… L'Uchiha espérait juste que le samouraï responsable de l'interrogatoire n'était pas aussi talentueux -et sadique- qu'Ibiki.

Perdu dans ses pensées, Itachi ne remarqua pas immédiatement l'irruption d'un groupe de jeunes ninjas au détour d'une ruelle. Un groupe de ninjas portant l'emblème de Konoha sur leur bandeau frontal, mené par une kunoichi aux cheveux roses bonbon.

Sakura croisa le regard d'Itachi, et ouvrit de grands yeux en le reconnaissant.

- Uchiha Itachi !

Ookami tourna brusquement la tête vers Sakura.

- Vous connaissez cet homme ?

- Bien sûr ! C'est un nukenin de rang S, un psychopathe qui a assassiné le clan Uchiha en son entier. C'est Uchiha Itachi !

Le nom n'était pas inconnu au samouraï, qui pivota vers Itachi…

- Voyez-vous ça… Je ne pensais pas avoir attrapé un aussi gros poisson !

Itachi garda le silence et affronta le regard d'Ookami sans montrer la moindre crainte. Il se savait capable de se débarrasser de tous ses samouraïs relativement vite, mais le voulait-il vraiment ? Sa couverture était fichue puisque Tobi et Zetsu savaient qu'il était un agent double. S'il était venu, c'était pour parler à Naruto et Kakashi, qui étaient les seuls à connaître le fin mot de l'histoire. Il avait donc le choix : S'enfuir pour essayer de les trouver, ou se laisser capturer par les samouraïs et arranger une rencontre avec les deux ninjas de Konoha.

« Tu en penses quoi, Karasu ? »

« Laisse-toi faire. Au pire, tu pourras te téléporter… »

Itachi suivit son conseil et leva les bras pour se constituer prisonnier. Silence l'imita, bien qu'il n'ait commis aucun crime. Les samouraïs ne pouvaient pas laisser partir aussi facilement un homme qui marchait aux côtés d'un nukenin.

Un des quatre samouraïs en armure leur passa de lourdes menottes en acier. Itachi tendit ses poignets dans l'indifférence la plus totale, et ses yeux noirs accrochèrent ceux de celle qui l'avait démasquée.

- Sakura.

La kunoichi haussa les sourcils, surprise de voir Itachi s'adresser à elle.

- Je voudrais que tu préviennes Kakashi et Naruto de ma présence au village. J'ai d'importants renseignements à leur communiquer.

Pour la première fois, de l'étonnement et de l'incompréhension se mêlèrent à la haine sur le visage de la jeune femme.

- Je le ferai. Mais tout cela n'explique pas que vous soyez toujours vivant. Je croyais que Sasuke vous avait tué.

- Vous saurez tout en temps voulu, éluda Itachi.