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L'heritage des Namikaze
L'histoire des clans Uzumaki et Namikaze oscille entre attraction et répulsion.
Alors que leurs ancêtres s'opposaient en tout point et s'affrontaient pour la conquête du monde, ces deux clans ont par la suite échangé des serments d'amitié et d'alliance, et ces liens n'ont eu de cesse de se consolider au fil des siècles.
Cette histoire est source d'espoir. Un jour peut-être, la haine et le refus de différences disparaîtront. Un jour peut-être les ninjas n'auront plus de raison d'être.
- Jiraya -
Madara posa vivement la main sur son masque en entendant des pas derrière lui, puis le reposa en reconnaissant le chakra de Zetsu.
- Zetsu… Je n'ai pas l'habitude de te voir marcher…
La fusion du Hyûga et de la Nature jeta un bref regard vers Sasuke, allongé dans un coin de la grotte, puis rejoignit l'Uchiha près du bureau de ce dernier, surchargé de livres et de parchemins.
- Cette grotte est située sur une plaque de fer, et se déplacer dans ce métal est assez peu commode… Je préfère le sol argileux.
Madara haussa les épaules et passa une main dans les cheveux coupés courts auxquels il avait mis un certain temps à s'habituer. Certes, cette grotte n'était pas l'idéal, mais il n'était pas encore assez confiant pour s'exposer et sortir au grand jour. De plus, il en était presque venu à s'attacher à cette caverne dans laquelle il habitait depuis près de soixante-dix ans. Depuis qu'Hashirama l'avait vaincu dans la vallée de la fin.
Madara porta sa main à la poitrine en se remémorant ce combat de titans et la terrible blessure que lui avait infligée le Shodaime Hokage. Il aurait dû mourir, ce jour-là, mais son ultime atout l'avait sauvé. Par la suite, il avait donc vécu de longues années dans cette grotte, vivant mais meurtri et affaibli. Il l'avait ensuite quittée pour un voyage long de vingt ans qui l'avait conduit à une contrée que lui seul était parvenu à atteindre. L'Empire de l'Ouest. Un immense continent trois fois plus vaste que les cinq grandes nations réunies.
- Contrairement à toi, je préfère les grottes aux forêts, répondit enfin Madara. Elles offrent plus de sécurité et de confort, Zetsu. A part cela, des nouvelles à m'annoncer ?
- Oui. Mais avant cela, j'ai vu que Kisame était rentré...
- Oui, tôt ce matin. Je le pensais de taille à battre Hachibi, mais il a échoué et a bien failli y laisser sa peau. Apparemment, le Raikage est arrivé à la rescousse et ses fameux poings sont à la hauteur de leur réputation.
- Kisame s'en remettra ?reprit le côté blanc de Zetsu.
- Oui, mais pas avant une dizaine de jours. Je n'avais pas besoin de ça, grogna Madara en refermant brusquement le livre qu'il était en train de lire.
Ses pupilles rouges se posèrent enfin sur Zetsu, et il lâcha, impatient :
- Alors, cette nouvelle ?
- C'est à propos du plan Œil de Lune… Comme vous me l'avez demandé, j'ai vérifié vos calculs du coût en chakra qu'il nécessiterait. Et malheureusement, il s'est avéré qu'ils étaient faux.
Madara se mordit les lèvres. C'était ce qu'il redoutait. Il n'avait jamais été très bon en mathématiques et en physique, deux notions qu'il fallait maîtriser à un haut niveau pour effectuer ces calculs. Par chance, Zetsu avait reçu une excellente formation dans ces deux domaines.
Les mains moites, Madara attendit que Zetsu lui livre le verdict. Si le plan Œil de Lune s'avérait finalement irréalisable, c'était tout son rêve qui s'effondrait, toute sa vie qui perdait son sens.
- D'après mes propres calculs, et compte tenu de la distance qui nous sépare de la Lune, l'énergie de Juubi ne suffira pas à appliquer le Tsukiyomi éternel sur la surface de l'astre lunaire. Il en faudrait presque deux fois plus.
- Non ! hurla Madara en donnant un grand coup sur le bureau, qui se fendit en deux.
Deux fois plus… Rien au monde ne saurait lui fournir autant de chakra.
Haletant, les yeux exorbités, le leader d'Akatsuki essayait déjà de trouver des solutions mais il n'en voyait aucune. Zetsu, pour sa part, était surpris de le voir ainsi. D'ordinaire, Madara était la figure même de la maîtrise de soi.
- Madara-sama, tout n'est peut-être pas perdu, révéla alors Zetsu, conscient qu'il allait sans doute se faire allumer pour ne pas l'avoir dit immédiatement.
Mais Madara se contenta de répondre d'une voix sèche et brisée, où perçait l'espoir :
- Parle.
- J'ai étudié les documents que vous avez ramenés du temple de Nakano la dernière fois que vous êtes allé à Konoha, et certains d'entre eux sont très vieux. Et ils parlent de légendes…
- Des légendes ? Pense-tu vraiment que l'on peut se fier à pareilles choses ?
- La légende qui nous intéresse apparaît dans trois livres différents, et est à la fois réaliste, précise et logique. C'est pourquoi je pense que les évènements dont elle fait part sont véridiques.
Madara agita la main pour l'inciter à continuer. Il n'avait jamais eu le temps de lire tous ces bouquins, et il le regrettait, maintenant.
- Selon elle, seule la moitié du chakra de Juubi aurait été scellée dans le Rikudô Sennin pour ensuite donner les Bijuus, et il s'agissait du chakra pur, du chakra Yang de Juubi.
Madara eut une grimace de mépris et de dégoût en repensant à la statue du Gedô Mazô. Du chakra Yang… Il l'avait toujours trouvée bien trop chaleureuse à son goût. Et effectivement, Kyuubi, Sanbi et Shukaku étaient eux aussi bien gentillets avant qu'il ne s'occupe d'eux…
- Ce n'est pas tout. Vous savez déjà que le Rikudô Sennin a créé la Lune pour y cacher le corps de Juubi, mais ces légendes en disent plus : le Rikudô Sennin aurait scellé le reste du chakra de Juubi, le chakra maléfique, dans le corps du monstre.
Madara opina lentement du chef. Il aurait du se douter que le corps de Juubi contenait encore du chakra. Après tout, à quoi bon dépenser autant d'énergie pour dissimuler un simple cadavre ?
- C'est quand même trop beau pour être vrai, tu es vraiment sûr de la véracité de cette information ?
- On ne peut jamais être sûr à cent pourcents, mais comme je vous l'ai dit, les trois auteurs disent la même chose, et ils ont l'air assez sérieux…
- Leurs noms ?
- Le premier est un Uzumaki, et je n'ai que son initiale, un S. Le deuxième est un certain D. Teru, et le dernier est un auteur de l'Ouest, Méphétéor. Vous les connaissez ?
- Méphétéor, ça me dit quelque chose, j'ai dû lire un de ses textes lors de mon voyage là-bas. Par contre, Teru, jamais entendu parler.
Le regard de Madara se détacha de Zetsu et se perdit dans la contemplation de la paroi de la grotte, alors qu'il revivait les souvenirs de son long séjour à l'Ouest. Il y avait passé plus de vingt ans avant de revenir pour fonder Akatsuki, vingt longues années pendant lesquelles il avait peu à peu gagné les faveurs des habitants. Vingt longues années qui l'avaient vu concevoir le plan Œil de Lune.
- Bon ! Nous allons devoir trouver un moyen d'extirper le corps de Juubi de la Lune, résuma Madara. Mais avant de mettre la main sur la deuxième moitié de Juubi, il faudrait d'abord compléter la première, ajouta-t-il en regardant Gedô Mazô. Il va vraiment falloir que je m'occupe sérieusement des cas Kyuubi et même Hachibi, puisque Kisame s'est révélé incapable d'en venir à bout.
Sur cette phrase, ses yeux flamboyèrent et il remit son masque en place, plus résolu que jamais à en finir avec ce monde pour en créer un nouveau, le sien, où tous ses désirs deviendraient réalité.
- Silence !
Le jeune homme aux cheveux roux reconnut la voix de Karasu et, sans se retourner, leva la main pour se signaler. Il n'aimait pas être dérangé pendant son déjeuner. Ou pendant son dîner. En fait, il n'aimait jamais qu'on le dérange quoi de plus normal en somme ?
Karasu s'assit sur le tabouret voisin et, après avoir jeté un coup d'œil au restaurant que son ami avait choisi pour se sustenter, lorgna sur le bol de Silence. Des ramens. Cela faisait une paye qu'il n'en avait pas mangés.
- C'est Ichiraku ? Le Ichiraku ?
- La version bêta… Il restait pas grand-chose de son gourbi après le passage de Pain… finit par écrire Silence.
Au même moment, Teuchi se signala en apparaissant derrière le bar du restaurant.
- Et oui, Ichiraku ! Je suis ravi de voir que mon modeste restaurant est aussi célèbre.
« En fait, il l'est sûrement plus dans mon monde que dans le sien » pensa un Karasu amusé.
- Vous prendrez bien quelque chose ? s'enquit le cuisinier en lui tendant un bol de nouilles. Ce sera une bonne publicité pour mon restaurant si le nouveau chef de la Racine déjeune ici !
- Euh non, je ne suis pas Itachi, le corrigea Karasu. Je suis son… double, vous savez. Celui qui vient euh… de l'autre monde.
Teuchi le gratifia d'un regard curieux.
- C'était donc vrai, cette histoire. Hokage-sama a bien parlé d'un truc de ce genre mais c'est vraiment dur à croire. Il y a eu tellement d'évènements incroyables ces derniers temps que j'ai tendance à en oublier. Enfin, revenons-en au plus important : Avez-vous faim oui ou non ? Chef de la racine ou pas, tout ventre qui gargouille doit être rassasié.
- C'est très poétique… se moqua Silence en camouflant son message derrière le bar de telle sorte que Teuchi ne puisse pas le voir.
- Très faim, mais le devoir m'appelle. Nous appelle, en fait, dit Karasu en dardant un regard insistant sur Silence. Nous avons tous les deux rendez-vous avec le Nanadaime Hokage.
- Encore ? se plaignit Silence. Mais on l'a déjà vu ce matin ! Une heure de rapport détaillé qu'on a dû se coltiner !
- Apparemment, ça concerne surtout Naruto mais je vais devoir l'entraîner, donc…
- Je ne vois toujours pas le rapport avec moi, rétorqua Silence, buté.
Karasu soupira longuement.
- Finis tes pâtes et viens. Konoha est en guerre, Silence, et chaque minute compte. A part ça, tu n'aurais pas vu Dolce par hasard ?
Silence fronça les sourcils en pensant à ce dernier. Leur nouveau compagnon avait le don de l'irriter et moins il le verrait, mieux il se porterait.
- Non. Après le rapport qu'on a fait à Kakashi, il est parti pour « visiter les alentours ». Le connaissant, il va sans doute faire des conneries…
- Et Itachi ?
Cette fois-ci, Silence eut un sourire narquois.
- On se baladait tous les deux, jusqu'à ce qu'on croise Ino… Elle lui aussitôt proposé de passer un peu temps avec elle, et ce cher Itachi a sorti une excuse bidon à propos d'un rendez-vous avec ses sous-fifres de l'ANBU racine. J'espère pour lui qu'il n'est pas toujours aussi mauvais menteur…
Karasu gloussa en s'imaginant la scène. Une scène qui aurait tout aussi bien pu lui arriver à lui d'ailleurs, il y a quelques années. Avant qu'il ne rencontre Tamara, la réincarnation de Sakura et la fille qu'il aimait à en mourir depuis trois ans.
- Et toi, tu faisais quoi pendant ce temps-là ?
- Je suis resté avec Kakashi et on a pas mal parlé. De mon monde, mais aussi du sien à travers les connaissances que j'en ai grâce au manga. Ah oui, Kakashi a aussi reçu une bonne nouvelle de Kumo : Killer Bee est sorti vainqueur de son combat contre Kisame, même si celui-ci a réussi à s'enfuir.
Afin de signifier son désintérêt total, Silence le fixa avec des yeux de poisson mort tout en mâchant exagérément les ramens qu'il venait d'enfourner dans sa bouche.
Karasu leva les yeux au ciel et sauta de son tabouret.
- Dépêche-toi, Kakashi n'aime pas qu'on le fasse attendre.
- Lui, le retardataire en chef ? Si c'est pas honteux ça…
- Silence…
- Lui-même… écrivit le jinchuuriki en se jetant sur un siège.
Kakashi ne lui reprocha pas son manque de politesse car après tout, lui et Karasu n'avaient de compte à rendre à personne. Ils n'étaient affiliés à aucun village et le Kage ne savait pas trop comment gérer cette situation inédite.
- Votre nouvel ami ne vient pas ?
Karasu haussa les épaules.
- Dolce est… difficile à gérer. Il va et vient où bon lui semble… Je pense qu'il se montrera de lui-même lorsque nous aurons besoin de lui.
- Espérons-le… Enfin, allons à l'essentiel, proposa Kakashi en joignant ses mains. C'est-à-dire Naruto.
Le principal concerné leva ses yeux azurs vers son ancien mentor. Il n'avait toujours pas parlé ou rouspété, fait impensable quelques années auparavant.
- En temps que jinchuuriki, lui et Bee devront être protégés lors de cette guerre car ils représentent l'objectif principal de Madara. C'est pourquoi je préfère éviter d'envoyer Naruto sur le front lorsque la guerre aura commencé pour de bon.
Cette fois-ci, Naruto se manifesta bruyamment.
- Quoi ?! Comment ça 'tebayo ?! Je veux me battre avec les autres !
- Naruto. Tu dois comprendre que si Madara parvient à mettre la main sur les derniers jinchuurikis et s'il réussit à amorcer son fameux plan, tu n'auras plus personne à protéger et tous rêves prendront fin. Y compris celui de devenir Hokage.
Naruto le regarda sans comprendre.
- Oui mais ça n'arrivera pas ! Je vais exploser Madara et tout sera réglé !
Karasu échangea un regard de connivence avec Silence. Naruto était vraiment étrange, il faisait tour à tour preuve d'une certaine clairvoyance et d'une grande naïveté.
- Tu n'es pas assez fort pour ça, Naruto, crois-moi, intervint Karasu. J'ai rencontré Madara, et j'ai découvert à quel point il nous surpassait. Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons en venir à bout, et pour ça, tu vas devoir t'entraîner. Le Rikudô Sennin m'a laissé un carnet contenant de nombreuses techniques que tu es censé apprendre, et je vais tout faire pour que tu y parviennes.
- Merci, répondit Naruto avec sincérité. Le problème, c'est que le temps presse…
- J'ai une solution pour ça, lui assura Karasu. Une méthode d'entraînement qui devrait nous permettre de finir ta formation beaucoup plus vite que prévu.
Kakashi toussota pour se rappeler à leur bon souvenir.
- Je n'ai aucun problème avec ça du moment que ça ne mette pas Naruto en danger. Mais il y a autre chose que je dois te dire, Naruto. Quelque chose qui concerne tes parents.
Naruto se raidit à ces personnes et Karasu sentit qu'il n'avait jamais été aussi attentif qu'en cet instant.
- Je vais commencer par des excuses, dit le ninja copieur. J'aurais dû être beaucoup plus présent pour toi, le fils de mon sensei. Nul doute que si Minato était là, il m'en aurait collé une pour tout ce que j'ai fait, ou plutôt tout ce que je n'ai pas fait pour toi. Tu as eu une enfance difficile et j'aurais pu l'éviter.
Kakashi soupira longuement.
- Seulement voilà, comme beaucoup d'habitants de Konoha, j'ai longtemps vu à travers toi le démon qui avait ravagé le village, et surtout qui avait provoqué la mort de Kushina et Minato, une perte que j'ai mis du temps à accepter. De plus, j'ai moi-même reçu une éducation assez ferme, et je pensais que souffrir un peu t'endurcirait et te rendrait plus fort… Mais j'ai eu tort sur toute la ligne, j'ai été un sale con et seul Iruka a permis d'éviter le désastre. J'espère que tu me pardonneras un jour.
Naruto lui répondit par un des larges sourires dont il avait le secret.
- Le passé est le passé. Tout le monde en a souffert, mais quand on y pense, le vrai responsable de tout ça c'est Madara. Bien sûr que je te pardonne Kakashi-sensei !
Une petite larme coula du seul œil visible de Kakashi.
- Naruto… Nous ne te méritons pas, vraiment…
- Quand vous aurez fini de vous épancher, vous pourrez peut-être continuer votre speech ? J'ai pas toute la journée, moi.
Kakashi retrouva sur le champ son flegme habituel.
- Bien. Naruto, ton père souhaitait que tu n'hérites de son nom et de ses possessions qu'à ta majorité, et c'était, par bien des aspects, une décision assez dure. Mais Minato ne voulait pas que tu grandisses dans l'aisance et que tu te reposes sur son nom. Il voulait que tu forges par toi-même et au-delà de tout ce que tu as enduré, je pense que ça a plutôt bien marché.
- Yeah !
- Naruto, désires-tu changer de nom et prendre celui des Namikaze ?
Le jinchuuriki de Kyuubi ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes.
- Hein ? Changer de nom ? Pourquoi, je peux pas prendre les deux ?
- Non. En temps qu'héritier des deux clans, tu dois choisir.
Naruto eut vite fait de prendre sa décision.
- Je garde mon nom. Je suis Naruto Uzumaki, futur Hokage de Konoha, et personne d'autre !
Kakashi sourit. Il savait que son ancien élève ferait ce choix-là.
- Ensuite, en ce qui concerne ton héritage matériel, il y a euh… Un certain nombre de problèmes. En premier lieu, tu avais hérité de la maison de ton père, mais il n'en reste rien puisque Pain l'a rasée en même temps que les autres. Je suis désolé pour ça Naruto.
Ce dernier haussa les épaules.
- Bah ! Ce qu'on n'a jamais connu ne peut pas nous manquer.
- En plus de la maison, tes parents t'avaient laissé de nombreux rouleaux de techniques ainsi qu'une certaine somme d'argent. Mais…
- Ils ont disparu dans la destruction du village.
Kakashi eut l'air gêné.
- En fait non. Cela date de bien avant ça… Naruto, avant toute chose, tu dois savoir que tu as encore de la famille.
Naruto cilla.
- Quoi ?
- Minato… avait un frère. Un frère jumeau, du nom d'Azarai. Il a quitté le village deux ans avant ta naissance.
Naruto mit du temps à réaliser la portée de cette révélation. Il n'était plus seul. Il n'était pas le dernier des Namikaze et des Uzumaki. Il avait un…
- Le frère de mon père… C'est quoi pour moi du coup ?
- Ah ah ah ah ! écrivit Silence pour montrer son hilarité.
- Un oncle, répondit Karasu.
- Un oncle… Donc j'ai un oncle. Et c'est un Nukenin, résuma Naruto. Je ne sais pas trop si je dois m'en réjouir en fait…
- Ce n'est pas un Nukenin, Naruto, intervint Kakashi.
- Mais vous avez dit…
- Azarai a effectivement quitté le village, mais ton oncle n'étant pas un ninja, il ne fut pas considéré comme étant un Nukenin et par conséquent, il fut libre d'aller et venir dans le Pays du Feu.
Naruto acquiesça.
- Et quel est le rapport avec mon héritage ?
Kakashi se gratta la tête. Il paraissait très embêté.
- Azarai est en quelque sorte le mouton noir de la famille… Tout le contraire de Minato. Déjà à l'époque, il était obsédé par l'argent et malhonnête au possible, bref un personnage tout sauf recommandable. Il est tout de même revenu à Konoha pour l'enterrement de Minato et Kushina, mais il a ensuite profité d'une erreur administrative pour mettre la main sur ton héritage et partir avec. On ne l'a jamais revu.
- Ça c'est du curriculum, railla Silence.
- Et… Vous savez où il est ?
- Vaguement. D'après les renseignements que j'ai, Azarai est un marchand itinérant qui opère dans le nord du Pays du Feu. Je n'ai pas de localisation exacte, malheureusement.
Naruto baissa la tête, déçu.
- Au-delà de mon héritage, j'aimerais beaucoup le rencontrer… C'est le frère de mon père… Il peut pas être si mauvais que ça !
En cet instant, Karasu, prit conscience des similitudes existant entre Naruto et lui-même. Tous les deux étaient orphelins, mais il leur restait un oncle. En revanche, celui de Karasu l'avait élevé, celui de Naruto l'avait ignoré ou abandonné. Karasu avait détesté son enfance mais il ne réalisait que maintenant combien celle de Naruto avait dû être pire. Lui avait grandi seul ou presque, et avait été haï par les villageois jusqu'à ce qu'il fasse ses preuves en temps que ninja et les ramène à la vie…
- On va le trouver.
Kakashi et Naruto se tournèrent vers lui, surpris.
- Naruto et moi allons nous mettre à la recherche de cet Azarai. Ce voyage sera par ailleurs une excellente occasion d'entraîner Naruto.
Kakashi parut un peu réticent à cette idée, mais l'enthousiasme que montra Naruto finit par le faire plier.
- C'est d'accord, mais je veux que vous soyez très prudents. Karasu, je prends de gros risques en laissant Naruto sous ta seule protection, et je ne suis pas sûr que le Conseil approuve cela…
- Nous serons toujours en mouvement, et donc difficilement repérables. Et sans vouloir me vanter, Naruto sera sûrement plus en sécurité avec moi qu'ici à Konoha. Madara mis à part, je doute qu'un seul ninja de ce monde me soit supérieur, rétorqua Karasu.
Kakashi le jaugea un moment, et réalisa que ce n'était ni de la vantardise, ni de l'excès de confiance. Il s'agissait d'un simple constat objectif de la part de l'alter-ego d'Itachi.
- Mais rassurez-vous, sourit Karasu, vous et Itachi-san n'êtes pas loin de mon niveau.
- Une dernière chose, ajouta cependant Kakashi. J'ai reçu une missive du Kazekage…
- Gaara ! s'exclama Naruto.
- Une missive du Kazekage me disant que Madara a rencontré Gaara hier soir.
Naruto bondit de son siège.
- Quoi ?! Gaara va bien 'tebayo ?!
- Oui, oui, aucun problème de ce côté-là, le rassura Kakashi. Madara est juste venu faire un peu de provocation, comme au conseil des Kage. Et il a annoncé qu'il lancerait le premier assaut dans une semaine. Il a fixé le rendez-vous aux Plaines du centre du monde.
- Peut-être qu'il ment… releva Karasu.
- Ce serait bien le genre de la maison…
- Je le sais bien, mais Madara est si sûr de vaincre et imbu de lui-même que Gaara le pense sincère sur ce coup-là. C'est pourquoi nous avons l'intention de préparer nos forces et de nous donner rendez-vous à cet endroit un jour avant la date fixée. Et comme nous ne sommes jamais à l'abri d'une trahison de la part de Madara, nous laisserons des troupes dans chaque village, au cas où.
- Ça me paraît raisonnable, jugea Karasu.
- Bref, le conflit étant prévu pour dans une semaine, je voudrais que votre voyage se termine avant, afin de minimiser les risques.
- Entendu. Nous allons faire vite. Itachi…
- Ne pourra pas vous accompagner, le coupa Kakashi. Au-delà de ses nouvelles fonctions, Itachi est un des ninjas les plus puissants de Konoha, et j'aurai besoin de lui à mes côtés sur le champ de bataille.
Le visage de Naruto s'assombrit. Malgré la perspective alléchante de rencontrer un membre de sa famille, il aurait tout donné pour se battre à leurs côtés.
- En l'absence du Hokage et du chef de la Racine, le village sera dirigé par Hiashi, le chef du clan Hyûga et il s'occupera de la défense si nécessaire. Dans cette guerre qui s'annonce, j'aurais besoin de tous les ninjas de Konoha et c'est pourquoi je ne peux pas laisser Itachi ou un autre partir avec vous. Cependant, Silence ou Dolce sont tout à fait libres de vous suivre…
Karasu se tourna vers Silence.
- Silence ? Tu pars avec nous ?
Le muet s'affala sur sa chaise.
- La flemme. J'en ai ma claque de bouger, de me battre, de tout ça, je veux juste rentrer chez moi. Rentrer chez nous, Karasu. On a le Passeur, on pourrait…
- On ne peut pas l'utiliser, il faut le Rinnegan pour ça, lui rappela Karasu. Et quand bien même je le pourrais, je ne partirais pas. J'ai pour mission de sauver ce monde et ses habitants, Silence. Et d'après Dolce, tu as aussi un rôle à jouer dans cette histoire.
Silence grogna à la mention de leur guide mais ne répondit rien.
- Fais ce que tu veux, Silence, mais n'oublie pas qu'il y a une probabilité pour que Madara attaque Konoha…
Silence plissa les yeux. Il se sentait piégé. Quelque soit sa décision, il serait exposé au danger.
- D'accord, d'accord, je veux bien être la nounou de Naruto.
Le comportement de son compagnon commençait à exaspérer l'élu, aussi répondit-il sèchement :
- On part tout de suite.
Il agrippa la main de Silence et celle de Naruto, et tous les trois disparurent dans un vortex.
Karasu décida de se téléporter à l'extérieur du village, non loin du portail en bois massif qui avait remplacé l'ancien.
- Cette technique est vraiment géniale ! s'extasia Naruto. Tu pourras me l'apprendre ?
- Il faut avoir le sharingan pour ça, p'tit génie, écrivit Silence au quart de tour.
Le message n'échappa pas à Karasu, qui se retourna vers son ami.
- Silence, il faut qu'on parle. Tu veux bien nous laisser quelques instants, Naruto ?
Bien que le tact ne soit pas la spécialité du blondinet, il comprit le message et s'éloigna un peu.
- Silence, je ne te reconnais plus. Depuis qu'on t'a enlevé cette saloperie d'Aerkala, tu es insupportable. Tu avoueras que c'est un peu paradoxal…
Le jinchuuriki n'écrivit pas un mot, aussi Karasu ajouta-t-il :
- Si tu as des problèmes, tu peux m'en parler. Les amis sont faits pour ça.
- De quoi tu parles au juste ?
- De ton humeur de chien. Du fait que ton cynisme est en mode automatique et que tu blesses tout le monde autour de toi. Parfois, on croirait voir un ado pré-pubère et je sais qu'il n'en est rien. Donc quel est le problème au juste ?
- Lorsque tu as des problèmes, tu as aussi tendance à les garder pour toi… Rappelle-toi ta maladie…
- Peut-être, mais moi j'étais capable de garder le sourire et de faire comme si de rien était. Comme Naruto. Apparemment, tu n'en es pas capable alors dis-moi ce qui ne va pas.
Devant l'insistance de l'élu, Silence finit par lâcher le morceau.
- Je manque de sommeil.
- De sommeil ?
- C'est Shukaku. C'est de pire en pire. Il perd un peu plus de chakra chaque jour, et si je me laissais aller à dormir, il disparaîtrait complètement.
- Je croyais qu'il te fournissait de l'énergie pour te permettre de tenir…
- C'est un cercle vicieux. Plus il s'affaiblit, moins il peut le faire. Je vais finir par craquer.
Silence vit le visage troublé de Karasu, et ajouta :
- Voilà, tu es au courant. Et rien ne va changer car tu ne peux rien faire pour moi. Personne ne le peut, c'est mon fardeau.
- Allons allons, ne sois pas si catégorique mon cher Silence !
Le jinchuuriki ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Cette voix…
- Dolce…
Effectivement, c'était bel et bien leur guide qui venait d'apparaître à quelques pas de Karasu, qui ne comprenait pas comment Dolce avait pu déjouer sa vigilance. Ce dernier n'étant pas un ninja, il aurait dû le repérer bien avant…
- Pour vous servir, les amis. J'ai cru comprendre que vous vous mettiez en route ?
- Ouaip, et tu n'es pas invité, rétorqua Silence. Tu n'es pas un ninja, tu n'arriveras pas à suivre notre rythme.
Dolce sourit, et se retourna pour saluer Naruto qui était revenu vers eux. Comme prévu, les deux hyperactifs s'entendaient très bien, pour le meilleur ou pour le pire.
- En fait si. Le corps que m'a fabriqué Saishi est très spécial, et le fait que je ne possède pas de chakra ne m'empêche pas d'être exceptionnellement endurant. Surtout au lit mais c'est une autre histoire…
- Donc tu veux bien nous accompagner ? le questionna Karasu. Est-ce que ce voyage est important pour la prophétie ?
- Non, mais l'entraînement de Naruto, si. Je tiens donc à être présent !
Dolce se gratta le menton d'un air pensif.
- J'ai comme l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important…
- Tu as laissé entendre que tu étais capable d'aider Silence pour Shukaku.
- Ah oui ! Attendez.
Dolce ferma les yeux comme pour se concentrer puis marqua jusqu'à Silence.
- Bon, pour augmenter ton immersion avec la nature il va falloir que tu fasses le poirier.
- Le poirier ? J'y crois pas…
Bon gré mal gré, Silence s'exécuta.
- Maintenant, il faut que tu remues des pieds comme si tu voulais applaudir avec.
De plus en plus interloqué, Karasu regarda quelques instants le jinchuuriki de Shukaku exécuter la figure que lui avait demandée Dolce, puis décida d'intervenir.
- Dolce ? Ce cirque est vraiment censé aider Silence pour Shukaku ?
- Ça ? Ah non, ça sert à rien, mais c'est drôle, non ? sourit Dolce en regardant Silence faire le pitre.
Silence retomba aussitôt sur son pied et se dirigea vers Dolce en retroussant ses manches, un air menaçant sur le visage.
Karasu se glissa entre les deux et les sépara pour éviter toute effusion de sang.
- Silence, on se calme. Ce n'était qu'une plaisanterie. Dolce…
- D'accord, d'accord, revenons-en à ce cher Silence et à son problème. Je vais essayer de me souvenir des paroles…
- Des paroles ? Dolce, la magie ça n'existe pas. On n'est pas dans Harry Potter. Seuls le Fuuinjutsu et le Ninjutsu pourraient nous aider…
Les yeux de Dolce s'illuminèrent.
- Harry Potter ! Vous l'avez lu vous aussi ? J'ai a-do-ré ! Cela dit, enchaîna-t-il sans leur laisser le temps de réagir, pourquoi n'y aurait-il rien d'autre que le Fuuinjutsu et le Ninjutsu, Karasu ? Il y a mille ans de cela, le Fuuinjutsu existait déjà et personne n'aurait imaginé qu'il puisse y avoir quelque chose d'autre. Et Saishi a inventé le Ninjutsu…
- Donc la magie existe ? Des incantations peuvent vraiment agir sur la matière ?
- Je n'ai jamais dit ça. Laissez-moi m'occuper de Silence et je vous expliquerai de quoi il retourne.
Silence leva les yeux au ciel. Il était sûr et certain que cet abruti ne serait d'aucun secours à Shukaku.
Dolce souleva le tee-shirt du muet et avant que ce dernier n'ait pu s'y opposer, posa sa main sur le sceau de Shukaku.
- Sheza-sai, vatash ran fukaonai. Yamarai. Anotreni saka Kenaakon dran harimaz.
- C'est vachement bizarre, j'ai jamais rien entendu de pareil, dit Naruto.
Mais sa surprise était loin d'égaler celle de Silence.
- C'est pas possible… Je ne sais pas comment il a fait, mais ce bouffon a réussi ! La disparition de Shukaku s'est arrêtée !
Contre toute attente, Dolce bomba le torse, comme si le terme « bouffon » sonnait pour lui comme le plus beau des compliments.
- Comment est-ce possible ? Quelle était cette langue Dolce ?
- Du Deltanati. J'en ai bavé pour l'apprendre, mais ça s'est avéré utile finalement !
- Deltanati ?
- Bon, je vais vous la faire courte alors écoutez-bien.
Les trois ninjas s'approchèrent de Dolce qui sembla apprécier être la cible d'autant d'attention.
- Les Deltanati sont un peuple très ancien. C'est à eux qu'on doit l'invention du Fuuinjutsu, mais c'est également eux qui ont trouvé les Aerkalas et réveillé Jashin. Voilà.
- C'est… concis. Et comment cela se fait-il que le simple fait de parler cette langue ait pu stopper la disparition du Shukaku ?
- Okay. Vous êtes complètement à la masse et ça se comprend, il faudrait réformer le système scolaire pour qu'on vous enseigne enfin des trucs importants et intéressants, sourit Dolce. Allons-y par étapes. Vous savez qui ou quoi est à l'origine du phénomène qui a affecté Karasu et Shukaku ?
- La Nature, répondirent en cœur Karasu et Naruto, qui avait été mis au parfum entre temps.
- Et vous-êtes vous déjà demandés ce qu'était la Nature exactement ? Quelle était cette entité, comment elle fonctionnait, et qui l'avait créée ?
Silence marqua sa désapprobation d'un long et puissant soupir. Ça devenait trop technique, et donc chiant.
- Dieu, proposa Karasu bien qu'il fut athée.
- Raté. Cette entité immatérielle et omniprésente que nous nommons Nature est en fait l'œuvre de l'homme. Des Deltanati pour être précis. Ils l'ont créée après la libération du premier Aerkala, afin que le monde soit protégé de tout ce qui pourrait menacer son équilibre. Et comme les Deltanati étaient prévoyants, ils n'ont donné à cette entité qu'une relative autonomie. Il suffit de quelques instructions dans leur langue pour la plier à votre volonté.
- Waouh. J'ai rien compris, fit Naruto en souriant bêtement.
- Tope m'en une, l'ami, je me sens moins seul…
- Pourtant, la Nature existe aussi dans mon monde… releva Karasu. Cela signifie qu'en plus d'être partout à la fois, elle transcende les dimensions et les mondes parallèles ? Comment un être humain a-t-il pu créer une chose pareille ? Même le Rikudô Sennin en aurait été incapable.
- C'est pas si sûr. Plus j'en apprends sur ce taré, plus il ressemble à Chuck Norris.
- On raconte qu'ils s'y sont mis à cent pour créer cette entité, et qu'ils y ont tous laissé leur peau, expliqua Dolce.
Karasu hocha la tête. Ses lacunes concernant le monde Naruto étaient grandes, et difficiles à combler car l'histoire de ce monde-ci avait été beaucoup moins conservée et transmise que dans son propre monde. Il n'y avait sans doute personne à Konoha pour se souvenir des Deltanati ou des Aerkalas…
- Merci pour le cours d'histoire. Et merci pour Shukaku, ajouta Silence sans ironie, cette fois.
- Ce fut un plaisir. A présent, mettons-nous en route. Azarai habite loin d'ici.
Karasu se demanda comment Dolce était au courant du but de leur mission, mais lui comme Silence ne le questionnèrent pas à ce sujet. Dolce et le Rikudô Sennin semblaient toujours au courant de tout à l'avance, sûrement grâce au fameux Ogama Sennin, le crapaud voyant.
- Il a donc une maison ? Kakashi-sensei a dit qu'il allait et venait dans le Nord du pays.
- Mais il a quand même son chez lui, comme tout le monde. Il habite à Seriki, un petit village à quelques centaines de kilomètres au nord d'ici.
Cette fois-ci, Silence ne se plaignit pas de la durée du trajet. Savoir Shukaku hors de danger l'avait gonflé à bloc et il voyait la vie en rose. Ce changement radical ravit Karasu. Il retrouvait enfin le vrai Silence.
Le groupe se lança donc dans une course éperdue à travers la forêt qui jouxtait Konoha et qui s'étendait sur de longs kilomètres encore vers le Nord. L'élu ne perdit pas de temps et s'empressa de rejoindre Naruto pour lui parler de son programme d'entraînement. Il leur fallait absolument mettre à contribution le temps qu'ils prendraient pour arriver jusqu'au village d'Azarai, et chaque seconde était précieuse.
- Naruto ! le héla-t-il sans même s'arrêter de courir.
- Oui ?
- Avant de te faire apprendre les techniques du carnet, j'ai décidé de t'enseigner le mode ermite de la Nature.
- Génial ! Mais en quoi est-ce différent de mon Senjutsu des crapeaux ?
- Beaucoup plus puissant et plus pratique puisqu'à terme, tu n'auras plus besoin de rester immobile pour générer ce type de chakra.
Silence accéléra pour arriver à leur niveau.
- Est-ce que tu pourrais me l'apprendre à moi aussi ? C'est pas comme si y avait autre chose à faire de toute façon…
- Je croyais que tu ne voulais plus te battre ? A quoi bon vouloir de venir plus fort ?
- J'ai changé d'avis. J'ai décidé de devenir assez fort pour battre Jashin.
- Rien que ça ?
Karasu se tourna vers Dolce. Il s'attendait à une remarque de sa part, mais celui-ci resta muet comme une carpe. Nul sourire moqueur, nuls yeux facétieux. Seulement un regard un peu plus triste que d'habitude.
Karasu s'arrêta brusquement et à côte de lui, Dolce fit de même. Comme il l'avait annoncé, leur guide n'avait aucune difficulté à les suivre et son endurance stupéfiait Karasu.
Karasu créa ensuite un clone, qui agrippa l'épaule de son invocateur. Naruto et Silence comprirent le message et l'imitèrent pour que l'élu les aspire tous les trois.
Le clone de Karasu, Silence et Naruto apparurent dans une dimension étrange. Visiblement créée par Karasu, elle ne contenait qu'une unique pièce d'environ dix kilomètres carrés. Tous les murs, le sol et le plafond étaient d'un blanc laiteux. Silence nota aussi la présence incongrue de nombreuses caisses pleines de nourriture en tout genre. Assez pour soutenir un siège.
- Cet endroit n'est pas le plus accueillant qui soit, mais il n'y a pas mieux pour s'entraîner, expliqua le clone de Karasu. J'ai modifié la variable du temps de cette dimension, et il s'écoule beaucoup plus lentement que dans la réalité. C'était l'astuce dont je t'avais parlé, Naruto.
- Donc c'est un peu comme dans Dragon Ball. Si on s'entraîne ici un mois, ça équivaut à une heure dans la réalité, un truc de ce genre ? Effectivement, c'est l'idéal pour s'entraîner sans perdre de temps.
Naruto mit un peu plus de temps à comprendre, mais il n'en finit pas de manifester son enthousiasme lorsqu'il eut saisi.
- Sachez que la Nature est aussi présente dans cette dimension puisque selon Dolce, elle les transcende. C'est heureux car sinon, nous n'aurions pas pu l'utiliser pour apprendre ce Senjutsu.
Voyant que Naruto se grattait le nez avec application et que Silence semblait plongé dans la contemplation du sol pourtant blanc uni, Karasu décida d'entrer dans le vif du sujet.
- Passons maintenant à l'entraînement. La première étape consiste…
- Bravo, c'est très ingénieux ! le félicita Dolce lorsque Karasu lui eut expliqué sa méthode.
- Oui, et si en plus Naruto utilise ses clones de l'ombre pour apprendre plus vite, il aura vite fait de maîtriser cette technique, et toutes les autres…
- Oui mais le plus gros avantage de sa technique, c'est qu'on n'a plus à courir, tu les transporte, en quelque sorte ! Tu peux m'aspirer moi aussi, pour que je me la coule douce ?
- Non, rétorqua Karasu avec un léger sourire. Ça te fait du bien de courir, et j'aime bien avoir quelqu'un avec qui parler. Ça rend le voyage moins ennuyeux.
Dolce prit un air faussement attristé, puis ses yeux se firent plus sérieux.
- Oui, Naruto va continuer à progresser… Et il va vite te dépasser Karasu, je suppose que tu en as conscience…
- Oui. Mais le sera-t-il assez pour vaincre Madara ?
- Non. Car lorsque Naruto aura atteint sa pleine puissance, il en sera de même pour Madara, révéla Dolce. Il aura besoin de toi à ses côtés jusqu'à la toute fin. Et de Silence.
- Silence. Quel est son rôle exactement ?
Dolce retrouva son sourire et ne répondit pas.
- Je vois. Cela fait partie des réponses que tu ne peux pas me donner, sous peine de modifier l'avenir, c'est ça ?
- Tu réfléchis vite et bien, c'est quelque chose que j'apprécie chez toi !
Les deux hommes coururent de longues heures, jusqu'à ce que Dolce ralentisse fortement.
Voyant cela, Karasu l'imita et se rapprocha de lui.
- Alors, tu commences à fatiguer, Dolce ? Ne t'inquiète pas, c'est n…
- Ce n'est pas ça, Karasu.
Effectivement, Dolce semblait en meilleure forme encore que Karasu, et contrairement à lui, il ne suait absolument pas.
- Fais-les sortir.
Une dizaine de secondes plus tard, Naruto et Silence retrouvèrent le monde réel, et Karasu sourit en voyant que de la barbe avait poussé sur les mentons de ses deux amis. D'après ses calculs, ils avaient passé une semaine à l'intérieur. Itachi se figea en recevant les informations fournies par le clone qu'il venait de révoquer.
- Naruto… Tu as déjà terminé l'entraînement ?
- Ouais ! J'ai quand même mis deux jours, hein ! Et Silence a bientôt terminé, lui aussi. Son Bijuu lui permet de faire pas mal de clones !
Karasu s'était attendu à un truc de ce genre, mais moins d'une semaine… Lui-même avait mis une année entière pour le maîtriser à la perfection.
- Et on disait de moi que j'étais un génie, sourit Karasu en ébouriffant les cheveux de Naruto.
Il se tourna ensuite vers Dolce.
- Dolce, pourquoi est-ce tu voulais que je les fasse sortir ?
- Il arrive.
- Il arrive ? Qui donc ?
Le dernier son avait à peine franchi ses lèvres que Karasu comprit. Il percevait déjà le chakra malsain qui était en train d'apparaître tout près d'eux.
- Zetsu a dû nous repérer…
- Exactement, dit Madara en s'approchant du petit groupe. Kyuubi, cela fait trop de temps que tu m'échappes. Il est temps que tu je te récupère…
Ses yeux écarlates s'arrêtèrent sur Dolce et il recula d'un pas, le souffle coupé.
- Qu'est-ce que c'est que… ça ?!
- Je m'appelle Dolce ! Ravi de vous rencontrer ! Ça fait toujours quelque chose de rencontrer un génie du mal, je me souviens d'Hitler… C'était quelque chose !
Madara ne prêta aucune attention à ces paroles incompréhensibles, mais il examina longtemps ce corps fait de chakra. Le plus étrange chez ce Dolce était que malgré cette immense concentration de chakra, ce dernier ne semblait pas être un ninja puisque sa réserve de chakra était ridiculement faible, et ce n'est pas une illusion.
- Je ne sais pas ce que vous êtes, mais ça ne change rien, cracha Madara.
Il surgit sur eux à une vitesse irréelle et tendit le bras vers Naruto pour l'aspirer dans sa dimension. Grâce au sharingan, Itachi était capable de le suivre, mais il n'était pas assez rapide pour l'intercepter. Ce Madara-ci dépassait décidément sa réincarnation sur tous les plans.
Naruto eut le même sentiment d'impuissant, il avait beau maîtriser le Senjutsu, cela ne lui était d'aucune aide en cet instant. Il avait l'impression d'être un moineau voyant fondre sur lui un aigle royal. Pour la première fois, l'ombre d'un doute plana dans le cœur de Naruto. Il ne pensait pas pouvoir vaincre Madara, même en s'entraînant pendant mille ans.
Lorsque se doigts ne furent qu'à quelques millimètres du visage de Naruto, un sourire se dessina sur les lèvres de Madara. Maintenant, il ne restait plus qu'Hachibi, et il aurait reconstitué le chakra Yang de Juubi.
Mais Madara ne parvint pas à toucher Naruto. Il ne parvint jamais à combler les sept derniers millimètres qui le séparaient du jinchuuriki de Kyuubi. On l'avait arrêté, lui.
Madara se retourna et vit cet homme étrange, Dolce. Celui qui n'était pas un ninja avait été capable d'attraper son poignet alors qu'il se trouvait plus loin de Naruto que lui.
« Il a été plus rapide que moi » songea Madara. « Comment une telle chose est-elle possible ? »
La prise de Dolce sur sa main était à la fois délicate et écrasante, et Madara sentit qu'il aurait du mal à se dégager.
- Impressionnant. Mais tu as commis une erreur, imbécile.
Madara utilisa alors son Mangekyô Sharingan pour aspirer Dolce. Mais deux secondes après l'activation du Kagegenzô, Dolce était toujours là. Ça n'avait pas marché.
Avec la force du désespoir, Madara parvint à se dégager, et il recula de deux pas en fixant Dolce.
Notant que Karasu, Silence et Naruto s'avançaient vers lui avec un air menaçant, Madara jugea plus judicieux de remettre cette confrontation à plus tard, et il disparut dans son vortex.
Le vieil Uchiha réapparut dans sa caverne, et, dans sa fureur poussa un long cri qui aurait pu réveiller un mort. Sasuke, toujours adossé contre le mur, ne bougea pourtant pas d'un pouce.
- Zetsu… Tu as vu ça ? murmura Madara après s'être un peu calmé.
- Oui. Et… Je n'ai pas de réponse à vous donner.
Sous son masque, Madara écarquilla les yeux de surprise.
- Tu ne sais pas ? Toi qui partage les pensées de la Nature ? Tu veux dire que l'existence de cet homme dépasse la Nature elle-même ?
- Je suis désolé, Madara-sama. Je ne peux pas l'expliquer. Peut-être devrions-nous simplement l'ignorer…
Madara se laissa tomber sur la chaise de son bureau, encore bouleversé par sa rencontre avec Dolce. Au cours de la quelle il avait non seulement ressenti de la surprise, mais aussi de la peur…
- Zetsu… Je ne me souviens même pas de la dernière fois où j'ai eu peur. Cette personne n'est pas normale.
- Mais cette rencontre aura au moins eu pour avantage de vous ouvrir les yeux. Madara-sama, vous ne devez plus agir de façon aussi téméraire. L'intervention de ce Dolce prouve que vous n'êtes pas à l'abri d'éventuelles mauvaises surprises. Vous devez faire attention à votre vie, vous devez survivre pour que le plan Œil de Lune puisse se réaliser. Et je ne laisserai personne entraver le succès de ce plan, conclut le côté blanc de Zetsu.
- C'est vrai. Je ne suis pas invincible, surtout avec ce corps pitoyablement faible. J'éviterai désormais les missions en solo et je vais rejoindre mon armée pour la mener contre celle de l'alliance, déclara Madara en se levant de sa chaise. Une fois que tous mes ennemis seront à terre, je n'aurai plus qu'à me baisser pour ramasser les jinchuurikis.
- C'est la bonne stratégie, affirma Zetsu.
Madara eut une dernière pensée pour Dolce avant de le refouler définitivement de son esprit :
Lorsqu'il s'était dégagé de la poigne du mystérieux personnage, il avait eu l'impression que celui-ci n'avait même pas essayé de le retenir. Comme si il l'avait laissé s'enfuir. Ce qui ne laissait que deux possibilités : ou bien Dolce était en fait son allié, ce qui était fort improbable puisqu'il l'avait empêché de capturer Naruto, ou bien Dolce estimait que Madara n'était pas une menace.
Être ainsi sous-estimé plongea Madara dans une nouvelle colère, et il sortit de la grotte pour se défouler sur tous les êtes vivants qu'il croiserait.
