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Le dernier des Uzumaki
« La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve, Et vous aurez vécu, si vous avez aimé. »
- Alfred De Musset -
Avec hésitation, le Soleil effleure la chevelure soyeuse d'une femme. Avec tendresse, ses rayons épousent son visage et deviennent caresses. Auréolée de cet éclat matinal, la femme sourit. Chaque seconde qui passe me fait appréhender la fin de ce moment de grâce, l'irruption de l'imprévu dans ce tableau intime, mais rien ne vient. Sa beauté reste immaculée, figée, comme capturée par l'œil jaune du divin.
Il ne fait aucun doute que je suis né pour voir cet instant, pour le vivre, et que le sens de ma vie, que j'ai si longtemps cherché en vain, se trouve devant moi.
Enfin, elle esquisse un mouvement. Son sourire s'agrandit et ses deux grands yeux noirs se mettent à pétiller. Une fois encore, la vision de cette femme me comprime la poitrine. J'ai mal. C'est beau. Je n'ai d'autre choix que de contempler ce chef d'œuvre qui se redéfinit constamment et repousse à chaque fois les limites de la perfection.
Je sens en mon cœur comme une tempête, où mille émotions tourbillonnent, embrassent et mordent. Mais paradoxalement, le silence est d'or, comme si la nature elle-même s'était tue pour contempler une beauté qui la dépassait, et retenait son souffle, de peur de voir le mirage s'estomper…
Je sais que j'imagine ce silence. Je devrais entendre le souffle du vent sur les feuilles et le chant des oiseaux, je devrais sentir l'odeur de fraîcheur de la rosée. Mais la vue, témoin d'un miracle sans précédent, a occulté tous mes autres sens.
Oui, ce tableau est immortel. Gravé en moi jusqu'à mon dernier souffle et peut-être même au-delà.
Le lac, saphir poli parfaitement lisse, reflète la lueur bienveillante de l'astre solaire. Le sable fin de la rive est d'une blancheur telle qu'on croirait à de la neige, et pourtant, paraît presque sombre à côté de la robe qui danse sur lui au rythme du vent.
Mais même de pareils joyaux ne peuvent capter mon regard et je lève les yeux vers son visage.
Ses lèvres rouges.
Ses yeux.
Elle.
Rien ne manque à l'image que je me fais du Paradis, et dont j'entrevois peut-être en ce moment le reflet.
Un coup de tonnerre et tout prend fin. Le sourire a disparu et la peur habite ses yeux.
Elle ouvre la bouche et me dit quelque chose que je n'entend pas. Le silence est toujours là.
J'essaie de me précipiter vers elle, mais je suis comme paralysé, impuissant.
Elle dit encore quelques mots. Puis tousse, beaucoup, longtemps. Un mince filet de sang coule de ses lèvres et ses yeux se ferment lentement.
Elle tombe.
Dolce se réveilla en sursaut, les yeux grands ouverts. C'était la première fois qu'il dormait depuis que Karasu l'avait sorti de son état de stase, et après réflexion, il aurait préféré s'abstenir. Pour ne pas revivre le rêve qui le poursuivait depuis tant d'années, ce songe merveilleux qui se muait invariablement en un cauchemar d'autant plus terrible qu'il n'était pas le tissu de son imagination.
Incapable de se rendormir, Dolce fixa le plafond sans le voir. Tout son esprit était dirigé vers la femme qu'il venait de revoir. La femme qu'il avait aimée, puis perdue.
- Comment s'appelle-t-elle ?
De surprise, le cœur de Dolce rata un battement. Sans attendre de réponse, la voix de Karasu ajouta quelques mots.
- J'ai moi aussi du mal à dormir, et je pense que c'est pour la même raison que toi, n'est-ce pas ? Ce sentiment que tu dégages… Je le connais bien.
Les lèvres de Dolce s'étirèrent dans un mince sourire, que l'élu ne perçut pas à cause de l'obscurité des lieux.
La tête de l'homme artificiel pivota sur son oreiller pour se tourner vers Karasu. Ou plutôt vers l'endroit où devait se trouver le lit de ce dernier, mais il n'était sûr de rien tant il faisait sombre dans leur chambre.
- D'habitude, c'est moi qui lis dans la tête des gens… plaisanta-t-il.
Il sentit l'amusement de Karasu, mais il comprit également que celui-ci attendait une réponse à sa question.
- Astrid.
- Astrid ? répéta Karasu, interloqué. Mais n'est-ce pas un nom de…
- Ton monde, oui. Je l'ai rencontrée en Allemagne, lors d'un de mes voyages avec Saishi. Nous sommes tombés amoureux, et elle m'a suivi jusqu'ici.
- C'est amusant, je n'arrive pas à t'imaginer amoureux, Dolce. Tu parais toujours tellement… Comment dire… On dirait que tu es au-dessus de tout, comme une sorte de saint.
Le guide de Karasu rit doucement.
- Un saint ? Non, sous certains aspects, je suis loin d'en être un. Mais quand bien même, penses-tu que la sainteté et l'amour sont si incompatibles ?
- Peut-être pas, concéda Karasu. Et où-t-elle maintenant, cette Astrid ?
A peine la question avait-elle franchi ses lèvres qu'il maudit sa stupidité. Dolce avait traversé les siècles au moyen d'une technique d'hibernation que seul son corps spécial pouvait maîtriser. Astrid n'ayant pas pu en faire autant, elle était sûrement morte depuis longtemps.
- Oublie cette question. C'était stupide et irréfléchi. Je suis désolé, Dolce.
- Tu n'as pas à l'être. C'est la vie, mon garçon.
Les mots qu'ils venaient d'échanger changèrent la perception que Karasu avait de Dolce. Jusqu'à présent, il l'avait considéré et traité comme un jeune homme car il en avait l'apparence, mais en y réfléchissant, Dolce était certainement très vieux. Sa période d'hibernation mise à part, il avait sûrement vécu bien plus longtemps que son apparence physique ne le laissait supposer, et Karasu, Naruto et Silence étaient sûrement des enfants à ses yeux.
- Et Saishi ? Je ne sais pas grand-chose de lui, mais étant donné qu'il a eu deux enfants, il a du rencontrer quelqu'un…
- Ah… Euh oui, effectivement. Comme moi, c'est dans ton monde qu'il a trouvé l'amour ! Et comme moi, sa femme est morte avant lui…
- Et comment s'appelait-elle ?
Karasu avait rarement été aussi bavard qu'en cet instant. Il ne savait pas si c'était à cause de l'heure tardive, du fait que son interlocuteur soit Dolce, ou de la pleine lune, mais quelque chose le poussait à briser le silence.
- Son nom ? Hmm… Ma mémoire a quelques ratés depuis que tu m'as sorti de ma stase, mais je vais m'en souvenir… Attends…
L'attente ne fut pas si longue, et la réponse tomba environ dix secondes plus tard.
- Elle s'appelait Priscilla. Saishi était très amoureux d'elle, et c'était réciproque. Oui, vraiment, nous avons eu tous les trois la chance de connaître le grand truc.
Karasu sentait bien que Dolce n'aimait parler de lui, et encore moins de son amour. Sans doute préférait-il être celui qui pose les questions, et cette impression se confirma lorsque son guide passa à l'attaque.
- Tu as donc, toi aussi, un trésor qui hante tes nuits… murmura-t-il, soucieux de ne pas réveiller Silence, Naruto et Azarai en parlant trop fort. Tamara ?
- Oui, bien sûr. Je l'aime, mais alors tellement… Peut-être aussi fort que vous avez aimé Astrid, Dolce. Et pourtant, je n'ai fait que la blesser. Constamment, et chaque nuit, sa souffrance m'apparaît en rêve. Ou plutôt, en cauchemar.
- C'est le destin d'un homme que de blesser les êtres qui lui sont chers, répondit Dolce avec philosophie.
- Peut-être, mais les souffrances que je lui ai infligées vont bien au-delà de ça. Je l'ai quittée lorsque j'ai su que j'allais mourir, je lui ai caché ma résurrection pendant des années, et voilà que je l'abandonne à nouveau. Tout cela, j'aurais pu l'éviter, mais j'ai préféré penser aux autres, au monde dans son ensemble. Mon cerveau me dit que j'ai eu raison, mais pour mon cœur, c'est une toute autre histoire… Mon cœur saigne de la savoir ainsi blessée, Dolce.
- En fin de compte, tout s'arrangera, Karasu. Elle guérira. Je pense que tu dois relativiser. Tu as fait souffrir Tamara ? Astrid, elle, est morte à cause de moi. Et tous mes actes et toutes mes paroles ne pourront rien y changer.
Bien que les propos de Dolce éveillèrent sa curiosité, Karasu n'ajouta rien. Il ne le pouvait pas. La douleur et la tristesse qui émanait de Dolce le bouleversaient au plus haut point, et il se surprit même à pleurer pour Dolce et pour Astrid, cette femme qu'il ne connaissait pas.
Bien que la nuit fut avancée, l'aube était encore loin de poindre et Karasu essaya de s'endormir pour recouvrer des forces. Sans succès. En dépit du confort exceptionnel qu'offrait le lit, dont le matelas était particulièrement chaud et doux, son cauchemar et la discussion qu'il avait eue avec Dolce le maintenaient éveillés, et il changea de position un nombre incalculable de fois, se couchant tour à tour sur le dos, sur le ventre puis sur le côté.
Comprenant qu'il ne reverrait pas Morphée cette nuit-là, il décida de passer le temps en se repassant sa longue journée dans sa tête.
Lors du voyage qui devait les emmener vers Uzushio, le village des tourbillons, Karasu avait été peu réceptif aux choses qui l'entouraient, aux nouveaux paysages qu'il découvrait pendant son périple. Non pas qu'il fut déjà blasé du monde de Naruto, mais les étendues boisées se ressemblaient toutes, et tout son esprit avait été accaparé par l'entraînement de Naruto et le sien.
Karasu était certes parvenu à acquérir une meilleure maîtrise de la Nature grâce aux quelques rudiments de Deltanati que Dolce lui avait enseignés, mais il n'avait pas fait de progrès significatifs dans les autres domaines, contrairement à Silence, et surtout à Naruto qui n'en finissait plus de le surprendre. Mais bien que Dolce ait confié au brun qu'il avait quasiment atteint ses limites et qu'il ne pourrait plus vraiment s'améliorer, Karasu refusait d'abdiquer. Il y avait encore quelques techniques qu'il désirait apprendre, et il était certain d'y arriver. La première d'entre elles avait d'ailleurs été maîtrisée par Miyamoto, la réincarnation de Madara dans son monde, et représentait l'aboutissement du Mangekyô Sharingan. Créer un démon. La perspective de créer une telle chose l'aurait rebuté quelques années auparavant, mais il avait changé. Il savait que les soi-disant « démons » comme Kyuubi étaient en réalité bien meilleurs que les humains, et que par conséquent, il serait peut-être capable de créer des êtres dont la puissance n'aurait d'égale que la bonté.
Cependant, la tâche s'était avérée plus ardue qu'il ne l'avait supposé. Si créer un démon était assez aisé, il éprouvait bien plus de difficultés à lui ôter son vice pour le rendre doux comme un agneau.
« Sans entrer dans les détails, le sharingan est l'héritage de l'Aerkala Sharin, et une trace infime de son vice est à jamais inscrite dans l'ADN des Uchiha, et donc, par extension, le tien. N'oublie jamais que si Kyuubi et les Bijuus sont bons, le sharingan, lui, est maléfique.» lui avait dit Dolce.
Pour cette raison, il était infiniment plus simple de générer des démons à l'aide de chakra Yin, et Karasu n'était toujours pas parvenu à aboutir à un résultat parfait, créant ça et là des démons hybrides partiellement maléfiques, qu'il finissait toujours pas détruire.
Pendant ce temps-là, Silence avait progressé dans tous les domaines, et Naruto et lui apprenaient mutuellement de l'autre. Mais ses progrès étaient insignifiants comparés à ceux du jinchuuriki de Kyuubi, dont la technique d'entraînement à base de clones et d'écoulement du temps ralenti avait encore fait merveille.
A présent, Silence n'était plus le seul à arborer de splendides yeux violets, les saphirs de Naruto ayant laissé la place à deux splendides améthystes, conséquence directe de la transformation qui s'était opérée en lui. Comme Silence ou Killer Bee, il ne faisait plus qu'un avec son Bijuu.
Mais Naruto ne s'était pas arrêté là, puisqu'il s'était ensuite jeté sur les parchemins de son père comme un mort de faim. Il avait harcelé Azarai des heures durant pour que ce dernier l'aide à maîtriser la fameuse technique de téléportation de l'éclair jaune de Konoha, le seul jutsu que le marchand avait pris la peine d'apprendre.
Si les relations entre Dolce, Karasu, Naruto et même Silence étaient au beau fixe et continuaient de s'améliorer, on ne pouvait en dire autant d'Azarai. Malgré toutes les tentatives de Naruto pour se rapprocher de son oncle, ce dernier refusait de mettre de l'eau dans son vin. A chaque sourire de son neveu, il répondait par une phrase sèche et cassante signifiant son désir d'abréger l'embryon de conversation que Naruto s'était échiné à mettre en œuvre.
Mais fidèle à sa réputation, Naruto ne se décourageait pas, et son sourire ne disparaissait pas non plus. Le comportement de son oncle n'était rien comparé à la solitude et la haine à laquelle il avait été confronté dans son enfance.
Etrangement, Karasu avait pu noter qu'Azarai n'était pas aussi désagréable avec les trois autres membres de la compagnie. Sans se montrer excessivement aimable et courtois, ce qui, venant de lui aurait été surprenant, voire suspect, il ne les avait pas systématiquement envoyé bouler lorsqu'ils étaient venus lui parler. Karasu interprétait son animosité envers son neveu comme une preuve de son humanité. Naruto lui rappelait sans doute son feu frère, et cela réveillait des sentiments douloureux qu'il avait enfouis profondément en lui…
En fin de compte, Dolce avait été le seul à rester relativement oisif lors de ce voyage. Leur guide leur avait occasionnellement décris certains endroits, leur avait conté quelques légendes, et avait baragouiné de temps en autres quelques phrases sans queues ni têtes à propos de calamars, d'orchidées et de gastronomie italienne. Mais la plupart du temps, il était resté muet, un sourire béat sur le visage, ce qui n'avait pas manqué de ravir Silence et Azarai, qui s'échauffaient vite lorsque Dolce se lançait dans des tirades.
Fourbus, ils avaient atteint la côte dans la soirée, et Naruto avait sautillé comme un petit fou en reconnaissant le pont qui portait son nom, lieu de ses premières armes. C'était aussi le lieu où Sasuke avait mis sa vie en jeu pour le protéger, et le sourire du blond l'avait quitté à cette pensée. Il regrettait cette époque où l'équipe 7 était unie, et il avait juré une nouvelle fois de retrouver Sasuke et de le ramener à la raison.
Au grand soulagement de Karasu, Azarai n'avait fait aucun commentaire désobligeant, et ils avaient repris leur marche sur le gigantesque pont, qui était tout sauf désert. Malgré l'heure tardive, une centaine de personne se pressait sur l'édifice, et l'oncle de Naruto salua quelques unes de ses connaissances, qui se trouvaient être des marchands rivaux.
Le grand pont Naruto, qui en passant était le plus long du monde connu, reliait l'île du Pays des Vagues au Pays du Feu. Sa construction avait permis de multiplier par dix les échanges entre les deux nations et avait fait le bonheur de commerçants comme Azarai.
La fatigue avait poussé le groupe à presser le pas, et ils avaient laissé le pont derrière eux.
Ils avaient ensuite dû diminuer drastiquement leur vitesse, afin de ne pas attirer l'attention les ninjas étaient rares dans cette région, et ils n'étaient généralement pas les bienvenus. Le fait que le clan Uzumaki ait été éradiqué lors d'une guerre shinobi y était sans doute pour quelque chose…
Pour cette raison, ils avaient dû marcher plus d'une heure avant d'apercevoir les lueurs d'Uzushio.
C'était un village unique, en premier lieu du fait de l'absence totale de soldats ou autre force militaire pour le protéger. L'ancien pays des tourbillons était une des seules contrées à ne pas posséder d'armée, toute sa puissance reposant sur son économie et ses scientifiques de renom. Cependant, les habitants du pays des Vagues n'étaient pas suicidaires et avaient donc des accords avec le Pays du Feu et le Pays de la Pluie, qui, en échange de ressources ou d'argent, devaient garantir leur protection en cas d'attaque de bandits ou d'une puissance étrangère.
Néanmoins, lorsque le danger était moins évident, comme avec Gatô, le Pays des Vagues était obligé de faire directement appel aux ninjas de Konoha.
En plus de cette singularité, Karasu avait pu noter qu'Uzushio n'avait absolument rien en commun avec Konoha. En premier lieu, le village était beaucoup plus grand et plus peuplé que le village caché de la feuille, puisque plus de deux tiers de la population de l'île y habitait.
Il y avait également bien plus de magasins et de restaurants, et la culture était aussi à l'honneur avec des bibliothèques et même des musées. Au fond, Uzushio ressemblait un peu aux villes de son propre monde.
D'un commun accord, les cinq voyageurs avaient décidé qu'une bonne nuit de sommeil s'imposait avant de visiter la bourgade, et c'est ainsi qu'Azarai leur avait décidé cette excellente -et bon marché- auberge.
Les pensées de Karasu se firent moins claires au fur et à mesure que Morphée daignait enfin l'approcher et il se sentit partir…
- DEBOUT TOUT LE MONDE !
Karasu se leva d'un bond, la bouche pâteuse et l'œil hagard.
- Kézezékésipass ?
- C'est l'aube ! s'époumona Naruto, dépêchez-vous de vous lever, c'est l'heure de visiter ce super village !
Le malheureux blond se retrouva alors pris sous un feu croisé d'injures alimenté par Azarai, Silence et même Karasu, qui était enfin parvenu à trouver le sommeil et était donc particulièrement mécontent.
Seul Dolce le prit avec le sourire, et se leva d'un bond pour rejoindre Naruto.
- Allons-y Naruto, nous allons commencer sans eux. De toute façon, je doute que ça les intéresse autant que toi !
- Okay ! A plus tard, je vous laisse dormir les gars !
- Et bah ferme-la, dans ce cas… rétorqua Silence.
Lorsque Karasu se réveilla pour la deuxième fois, de manière naturelle cette fois, il ne vit personne de la chambre, et il s'empressa donc de se lever pour rejoindre les autres. Il les localisa en un instant au moyen de la Nature, qui ne l'agressait plus depuis qu'il était capable de la contrôler au moyen de simples mots.
Il salua l'aubergiste avant de partir, et le vieil homme lui apprit qu'il était déjà quatre heures de l'après-midi, ce qui expliquait les rugissements de l'estomac de Karasu depuis qu'il s'était levé.
Il partit en coup de vent, et marcha d'un pas vif à travers les rues de la ville, jetant de temps à autre un coup d'œil aux bâtiments et aux passants. Karasu n'avait jamais aimé les musées, sites archéologiques et autres choses à visiter, car il trouvait ça ennuyeux. Et une ville, c'était encore plus rasoir.
- Salut les gars… Vous avez trouvé quelque chose d'intéressant ? Et où est Azarai ?
Le guide et les deux jinchuurikis se tournèrent vers lui comme un seul homme.
- Ne me dis pas que tu viens de te réveiller... Même les marmottes sont plus matinales.
- Azarai nous a faussé compagnie, prétextant que « le business n'attendait pas ». Mais il devait nous rejoindre ici il y a presque une heure. Il sera sûrement bientôt là, ajouta néanmoins Naruto avec son optimisme habituel.
Dolce, lui, resta silencieux. Karasu percevait chez lui un nouveau sentiment qu'il identifia comme une profonde nostalgie.
- Tu arrives pile au bon moment, Karasu. Cet endroit… C'était ici que moi et Saishi habitions.
Karasu avait pourtant sous les yeux un grand parc, et il haussa un sourcil. Silence se chargea de répondre. A sa manière.
- Quoi, tu habitais dans un parc ? Tu dormais sur un banc ? Vous étiez des clodos les gars ?
- A l'époque, il y avait une maison à cet endroit, mais elle a été détruite pendant la dernière grande guerre. En même temps que le clan Uzumaki, expliqua patiemment Dolce.
Le fils du Rikudô Sennin leva alors sa chambre droite, et avança d'un pas. Puis un autre. Il était visiblement en train de mesurer quelque chose.
Au bout d'un moment, il tourna à angle droit et fit quelque pas de plus avant de s'arrêter.
- Hum… Je crois que c'est ici. Karasu ?
L'élu avait déjà compris, et il s'approcha à son tour. Il se concentra pour utiliser la Nature, et la terre devant Dolce se souleva d'elle-même. Karasu creusa ainsi un trou d'un mètre de profondeur, et sans aucun effort.
- Merci Karasu, je crois que c'est bon.
Dolce se baissa et s'allongea sur le sol pour plonger la totalité de son bras gauche à l'intérieur de la cavité. Il en ressortit un petit carnet qui, une fois débarrassé des traces de terre et de poussière, s'avéra en parfait été. Dolce l'avait sans doute protégé des outrages du temps…
- Et oui, sourit Dolce en lisant dans ses pensées. Ce carnet est comme moi, le temps n'a pas de prise sur lui.
- Tu veux dire que tu ne vieillis pas ? l'interrogea un Naruto stupéfait.
- Et oui !
Karasu fronça les sourcils. Il s'en était douté lorsqu'il avait vu Dolce se soigner en changeant la structure de son chakra. De cette manière, son corps était indestructible et inaltérable. Mais quelque chose ne collait pas…
- Si tu es immortel et que tu ne peux pas vieillir… Pourquoi t'être ainsi plongé dans un sommeil artificiel ? Tu aurais pu te contenter de vivre normalement, et nous rejoindre lorsque le temps serait venu…
Dolce sembla mal à l'aise, et esquiva la question.
- Bah, qui sait ? Je fais parfois des trucs stupides et bizarres, vous avez dû vous en rendre compte, non ?
Il reporta ensuite son attention sur le carnet, et le feuilleta pendant quelques minutes. Il s'arrêta finalement sur une double page, et sourit de toutes ses dents.
- Voilà, c'est exactement ce que je cherchais ! Ce truc devrait m'aider à y arriver…
- Arriver à quoi, Dolce ? j'ai l'impression que tu nous caches de plus en plus de choses, et ne dis pas que nous le dire risquerait de modifier l'avenir…
- Désolé, mais vous le dire risquerait de modifier l'avenir, répondit Dolce en souriant de toutes ses dents.
Il éclata de rire en voyant le regard noir de Karasu.
- Allons, allons, je plaisantais ! Ce carnet est une copie d'Ibutsuzu, un journal appartenant au chef du clan Uzumaki, qui le transmettait à son successeur lorsqu'il venait à mourir.
- Et comment vous avez fait cette copie ? Vous l'avez piqué ?
- Ce ne fut pas nécessaire, parce que Saishi a longtemps été le chef du clan Uzumaki. Je ne vous l'avez pas dit ?
- Non, comme bien d'autres choses… répondit Karasu, blasé.
- Bref, cette copie contient beaucoup d'informations sur les Aerkalas, en particulier sur leurs faiblesses et la façon de les combattre. Je pense qu'elles vont m'aider à mettre au point une technique permettant de couper le lien existant entre Shinin et Madara.
Karasu hocha lentement la tête.
- Je vois. Au fond, c'était la vraie raison de notre venue ici, pas vrai ? Ça n'avait rien avoir avec Naruto et ses ancêtres.
Dolce détourna brièvement les yeux, puis accrocha le regard ébène de Karasu.
- De toute façon, ils sont tous morts. Naruto est tout ce qui reste des Uzumaki. Il n'y a rien d'autre. Tout leur savoir a été réduit en cendres pas des clans jaloux et effrayés par le potentiel sans limite des héritiers des Deltanati.
Une lueur de fierté brillait dans les yeux de Dolce tout au long de ce monologue, et l'irruption d'Azarai sembla le sortir d'une transe.
- Désolé pour le retard. Je suppose que je n'ai rien raté…
- Rien qui puisse t'intéresser en tout cas… répondit Silence au quart de tour.
Azarai sourit. Il aimait bien le roux, même s'il ne l'aurait jamais avoué, pas même sous la torture. Silence lui ressemblait dans sa façon d'être. Naruto, lui, ressemblait à Minato. Beaucoup trop.
- Ce n'est pas grave, Karasu, dit alors doucement Naruto. Que Dolce nous ait manipulés ou pas, je lui suis reconnaissant de m'avoir amené jusqu'ici. Je suis content d'avoir vu le village de mes ancêtres.
- Oh… C'est trop mignon… J'ai vraiment rien loupé, moi, lâcha Azarai. Bon on y va ou vous préférez vous faire un câlin ?
Karasu repensa alors à la conversation qu'il avait eue avec Dolce, et il décida de ramener le sujet sur le tapis.
- Au fait Dolce, c'est quand même bizarre que Saishi et toi avez tous les deux trouvé l'amour dans mon monde et pas dans le vôtre.
La révélation surprit les autres, puis les fit sourire.
- Les femmes d'ici valent pas le coup ou quoi ? Elles sont moins bien roulées ? l'interrogea Silence.
- Hé ben en fait, tu n'as pas tout à fait tort. Comme vous le savez sans doute, ce monde-ci est moins avancé technologiquement, mais son retard est encore plus conséquent au niveau de l'éducation et de l'alphabétisation.
- Je le savais. On est les meilleurs.
- Pour cette raison, reprit Dolce, les femmes et les hommes de ce monde n'ont globalement pas les mêmes capacités de raisonnement, de conversation ou d' intelligence que les habitants de votre monde. Il y a des exceptions bien sûr, et beaucoup, mais c'est une moyenne… Or, Saishi et moi aimons les femmes intelligentes, et nous avions donc plus de chances de trouver l'amour chez vous…
- Je vois. Mais perso, moi je m'en fous. Elle peut être cruche, du moment qu'elle a un beau cul…
- Parfaitement d'accord, renchérit Azarai. Sans compter qu'une femme trop intelligente trouvera à tous les coups des astuces pour vous piquer du fric ! Et toi, Naruto ?
Pour la première fois, Naruto ne fut ravi de voir son oncle lui adresser la parole, et il rougit sans rien dire.
Il entendit alors Silence répondre à sa place :
- Hé bien il me semble qu'il a un faible pour les ninjas médecins aux cheveux roses dont le prénom commence par « Sak » et se termine par « ura », mais je peux me tromper…
Naruto se jeta aussitôt sur lui pour lui mettre une taloche, et Karasu rit à gorge déployé devant ce spectacle. Oui vraiment, ces deux-la s'entendaient de mieux en mieux.
Dolce amorça lui aussi un éclat de rire, mais celui-ci s'étrangla dans sa gorge.
- C'est l'heure…
- L'heure de quoi ?
- Regardez…
Karasu suivit l'index de Dolce et vit que tous les villageois autour d'eux s'étaient figés, comme pétrifiés. Tous étaient tournés dans la même direction.
Dolce les imita, et dit dans un murmure :
- C'est une coutume très ancienne, qui est née en même temps que le clan Uzumaki. A quatre heures quarante quatre de l'après-midi, tous les habitants de l'île se tournent vers l'Est.
- A l'Est ? Pourquoi à l'Est ? demanda Karasu en l'imitant.
Silence et Naruto firent de même, et même Azarai accepta de se plier au rituel.
- Car c'est à l'Est que se trouve notre passé. Le passé du clan Uzumaki. Le rêve et le cauchemar, le paradis et l'Enfer, l'Alpha et l'Omega.
Karasu retroussa ses lèvres en un petit sourire.
- On dit souvent que je parle par énigmes, mais alors toi… On peut dire que tu mérites la palme.
Dolce soupira.
- Bien, je pense que le temps est venu pour vous d'en apprendre un peu plus sur les Deltanati. C'est à l'Est de cette île, à quelques kilomètres d'ici, que se trouvait la grande île de Deltamar, capitale du royaume Deltanati qui comprenait un grand archipel et de nombreuses colonies. Des colonies qui portent à présent le nom de Pays du Feu, Pays de la Foudre, Pays de la Terre, Pays du Vent, et j'en passe…
- D'accord… Donc en gros, les Deltanati régnaient sur le monde…
- Pas tout à fait, mais sur une grande partie. Deltamar était le centre névralgique de ce royaume, et tous les récits s'accordent pour dire que sa beauté n'avait pas d'égale, et n'en a toujours pas, même dans ton monde, Karasu.
Dolce fit une longue pause avant de reprendre.
- Le royaume dura presque mille ans, mais il fut jeté à bas en une nuit. Par un seul être.
- Un Aerkala…
- Oui, par le plus fort de tous. Jashin le Rouge. Ryuuketsu le destructeur. On dit qu'une centaine de Deltanati unit ses forces pour le sceller à l'aide de la Nature. Ils y parvinrent, mais lourd fut le prix à payer. Brisée par la fureur de l'Aerkala, l'île de Deltamar s'enfonça dans la mer, et tout l'archipel fut ravagé par une série de tsunamis. Les rescapés du désastre sont ensuite revenus sur cette île et ont fondé le clan Uzumaki.
Silence lui-même resta sans voix devant cet exposé, que Dolce s'empressa de conclure.
- Deltamar était l'âme du royaume Deltanati, et après la disparition de l'île, tout le royaume se disloqua. Les colonies revendiquèrent leur indépendance, et toute la culture Deltanati aurait sombré dans l'oubli sans le clan Uzumaki, leurs descendants. Mais comme vous le savez, le destin continua de s'acharner sur eux, et le clan fut anéanti bien des siècles plus tard.
Oui, voilà la triste histoire des Deltanati et des Uzumaki.
Personne ne pipa mot, et Karasu proposa de les ramener à Konoha. L'ambiance se faisait morose, et continuerait à l'être tant qu'ils resteraient dans ce village qui avait tant souffert.
De plus, le temps passait vite et la guerre était sur eux. Dès le lendemain matin, Kakashi et bon nombre de shinobis de Konoha partirait du village pour se rendre sur le champ de bataille et y attendre leurs alliés pour un conflit qui s'annonçait titanesque.
L'état d'esprit de Karasu n'en était pas moins sombre lorsqu'il quitta le bureau de Kakashi où il était venu faire son rapport. Il réagit à peine lorsque Naruto l'accosta à la sortie.
- Alors c'est bien ça ? Ils partent demain ?
- Oui. Et toi comme moi ne pouvons pas y aller. Je suis désolé, Naruto.
Même s'il s'en était douté, Naruto était quand même déçu, et il détourna les yeux pour cacher sa frustration.
- Qu'est-ce qu'on va faire, alors ?
Le regard perdu dans le vide, Karasu haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Nous entraîner… Encore et encore. Pour être certains de vaincre Madara le moment venu…
- Ouais… répondit Naruto sans grand enthousiasme.
Soudain, ses yeux violets retrouvèrent de son éclat et il s'exclama :
- Au fait, j'ai donné rendez-vous à mes amis sur un des terrains d'entraînement, à l'extérieur du village. J'ai pensé que vous pourriez faire connaissance, discuter un peu, et tout ça…
- Silence vient aussi ?
- Oui, je pense d'ailleurs qu'il doit déjà être là-bas, on est à la bourre…
Naruto guida Karasu à travers le village qui se reconstruisait petit à petit, et ils franchirent le portail de Konoha en saluant brièvement les deux gardes de faction à la porte.
Puis ils se mirent à courir jusqu'au terrain d'entraînement, en faisant la course comme des gamins. Au grand dam de Naruto, Karasu gagna d'un cheveu.
- Prems… dit ce dernier en souriant.
- Beuh -euh !
Ils remarquèrent ensuite le groupe de jeunes assis à l'autre extrémité du terrain, qu'ils rejoignirent en deux temps trois mouvements.
- Naruto ! T'es à la bourre ! vitupéra Ino. Mais vu que t'as amené Itachi, je te pardonne.
Karasu et le blond échangèrent un regard amusé.
- Ino, ce n'est pas Itachi, c'est Karasu. Il vient du même monde que Silence, fit la voix morne de Shikamaru. Si tu comptes sortir avec Itachi, tu ferais bien d'apprendre à les différencier…
La blonde rougit jusqu'aux oreilles et s'excusa immédiatement.
- Désolé, mais vous vous ressemblez tellement…
- Karasu a les cheveux plus courts et il a l'air un peu moins… euh… triste, expliqua Shikamaru. Enfin en tout cas c'est comme ça que je fais la différence…
- Itachi n'est pas triste ! s'emporta Ino.
- Exterminer son clan et passer plusieurs années avec des psychopathes notoires, ça laisse des traces, écrivit alors Silence, qui s'était allongé sur l'herbe à côté de Shikamaru.
- Bon bah… Salut Karasu, moi c'est Shikamaru, dit le brun en levant la main sans même se lever.
Karasu serra la main tendue en souriant. Il avait hâte de voir qui d'Anne-Cécile -sa réincarnation dans son monde- et lui était la plus grosse feignasse.
- Enchanté. Et je présume que tu es Ino.
- Salut !
Karasu salua aussi Lee, Kiba et Sakura, qu'il avait déjà rencontrés au Pays du Fer.
Une petite voix lui signala alors la présence d'Hinata, qui parvint à lui dire bonjour sans rougir. En revanche, le sourire de Naruto la fit fondre sur place comme à l'accoutumée, et elle se rassit à côté d'Ino, tout en jetant de brefs regards vers Naruto de temps à temps, le blond étant le seul de l'assemblée à ne pas s'en rendre compte.
Voyant que les présentations, étaient achevées, Karasu leur demanda à brûle-pourpoint :
- Vous restez au village, ou vous partez en guerre ?
Ce fut Chôji qui lui répondit.
- Hokage-sama aimerait éviter d'envoyer trop de jeunes au front. De notre génération, seuls Neji, Tenten, Sai et Shino ont été choisis pour faire partie de l'armée. Apparemment, Hokage-sama est confiant, et pense que l'alliance écrasera l'ennemi sans nous.
- D'accord. Donc en gros, ceux qui partent sont ceux qui ne sont pas là…
Alors que Shikamaru hochait la tête, Silence écrivit une phrase avec son sable.
- Pas tout à fait. Moi aussi, je pars.
Karasu était étonné. Kakashi le lui avait proposé, mais Silence ne semblait pas emballé par cette idée…
- Tu es sûr de toi ? tu n'es pas obligé, tu sais…
- J'ai pris ma décision. Je vais me battre, et je vais exploser Madara. Comme ça toi et Naruto n'auront plus rien à faire.
- Entendu, sourit Karasu. Je te fais confiance, alors.
- C'est une bonne nouvelle. Nous aurons besoin d'un ninja aussi fort que toi, Silence.
Karasu fit volte-face et se retrouva nez-à-nez avec le nouvel arrivant, qui venait de parler avec une voix en tout point identique à la sienne.
- Salut Itachi !
Le chef de la Racine lui rendit son salut, et Karasu put constater qu'effectivement, les cheveux d'Itachi étaient sensiblement plus longs que les siens. Heureusement car sans cela, il aurait été difficile de faire la différence.
- Tu es venu ? Ino n'y croyait plus… sourit Sakura.
- Une promesse est une promesse… Kakashi-san a pensé que j'avais mérité un peu de repos avant le départ, demain.
- T'es vraiment obligé de partir ? s'enquit Ino sans cacher son inquiétude.
Un peu déstabilisé par la sollicitude de la jeune fille, Itachi n'en répondit pas moins d'une voix sûre.
- Oui. En temps que chef de la Racine et bras droit du Kage, c'est mon devoir. Et je vais tout faire pour le protéger, lui et le village.
- Ah cet Itachi et ses grandes phrases solennelles qui vous donnent les larmes aux yeux, y a pas à dire, Karasu et lui se ressemblent à plus d'un titre…
Kiba éclata de rire et gratifia Silence d'une bourrade amicale.
Même Itachi se dérida, et Naruto pensa qu'il était temps d'intervenir. Après tout, le bavard qu'il était n'avait toujours pas dit un mot, et sa réputation de pipelette était en jeu !
- Les amis ! La vraie raison pour laquelle je vous ai tous réunis ici, c'est pour faire un tournoi ! Des matchs d'entraînement.
Shikamaru poussa un long soupir, tandis que Sakura et Ino se plaquaient une main sur le front en secouant la tête.
- J'en étais sûr. Naruto ne pense vraiment qu'à ça.
- Quoi ? Vous êtes pas partants ? Vous avez peur de perdre ?
Shikamaru ricana.
- Comme si quelqu'un allait répondre à cette provo…
- Non, je n'ai pas peur ! Le grand fauve de jade ne refuse jamais un défi ! s'écria soudain Lee en faisant une pirouette.
Naruto insista tant que pas moins de sept ninjas acceptèrent de prendre part au tournoi amical, la plus grosse surprise étant la participation de Shikamaru, qui semblait presque motivé. Presque.
- Par contre vu qu'on est sept, je ferai un combat de moins que vous, expliqua Shikamaru. Disons que je suis directement qualifié pour les demi-finales…
- C'est dégueulasse ! s'insurgea Kiba.
- Ok ! sourit Naruto. De toute façon, je vais gagner.
En tout, les sept participants étaient Naruto, Karasu, Hinata, Kiba, Lee, Shikamaru et Itachi.
Silence semblait avoir hérité de la flemme de Shikamaru, Chôji était bien trop occupé à piocher dans ses paquets de chips et Ino préférait assister au spectacle, surtout lorsqu'elle avait la chance de voir deux beaux gosses comme Karasu et Itachi en pleine action. Quant à Sakura, elle n'avait jamais aimé les combats entre amis. Après tout, elle avait failli mourir la dernière fois qu'elle était intervenue dans l'un d'entre eux pour séparer Sasuke et Naruto…
Les premiers combats furent particulièrement expéditifs. Naruto, bien qu'il ne parut pas être à fond, ridiculisa Kiba en quelques minutes. Ce dernier put alors constater à quel point Naruto avait progressé depuis leur premier duel, lors duquel Naruto l'avait vaincu par un… pet.
Itachi fut tout aussi rapide pour se défaire d'Hinata, sa vitesse ne laissant aucune chance à une Hyûga dépassée. La kunoichi avait beau voir arriver son adversaire, son corps n'avait tout simplement pas le temps de réagir.
Le combat opposant Karasu et Lee fut plus intéressant. Dès le début du duel, Karasu fut pris de cours par la rapidité du disciple de Gai, qui l'envoya valser d'un coup au thorax.
Cependant, Karasu ne toucha plus jamais le sol. Décidant de prendre son adversaire au sérieux, il activa son sharingan et augmenta sa vitesse jusqu'à dépasser celle de Lee. Dès lors, le combat fut à sens unique, et Lee finit par mordre la poussière. Il fut contraint à l'abandon lorsque Karasu lui fit une clef de bras. Simple, mais efficace.
Les demi-finales, pour leur part, seraient sûrement nettement plus disputées. Naruto grimaça lorsque Itachi fut tiré au sort pour l'affronter, et Ino se frotta les mains à l'idée de voir Itachi et Karasu en finale. Mais Naruto n'était pas à prendre à la légère, Itachi le savait très bien.
- Fais attention, Itachi. Je te conseille de le prendre au sérieux, il a énormément progressé en trois jours. Bien plus que tu ne pourrais l'imaginer, le prévint Karasu.
- Je m'en doute, rétorqua son vis-à-vis. Ses yeux n'ont pas changé de couleur par l'opération du saint esprit, il y a du Kyuubi là-dessous.
- Et n'oublie pas, pas de Genjutsu dans ce tournoi, lui rappela Silence en faisant un sourire sadique.
Itachi opina du chef, et les deux ninjas prirent place sur l'arène improvisée, longue de trente mètres et d'une largeur sensiblement égale. De plus, Karasu nota que quelques arbres se trouvaient de part et d'autre autour du terrain. Autant de sources d'ombre qu'il devrait éviter lorsqu'il combattrait Shikamaru…
Le duel commença sur les chapeaux de roue. Naruto créa une dizaine de clones, et Itachi vit déferler sur lui une horde de blonds le Rasengan à la main. Mais Itachi fut surtout effaré par leur vitesse. Karasu ne lui avait pas menti, Naruto avait fait des progrès considérables. Les clones se jetèrent sur Itachi, qui ne fit qu'un petit sourire avant… d'exploser.
Le clone explosif d'Itachi annihila la dizaine de clones de Naruto en un instant, et l'original, resté en retrait, tourna la tête dans tous les sens pour trouver le chef de la Racine.
Celui-ci surgit dans son dos, mais Naruto s'y attendait un peu, et il esquiva l'attaque sans mal.
Naruto fit une pirouette pour s'éloigner, et fit un nouveau mudra qu'Itachi commençait à connaître.
Mais cette fois-ci, ce fut pas moins d'une centaine de clones que Naruto fit apparaître.
- Quel chakra ahurissant… Les jinchuurikis sont vraiment impressionnants, reconnut Itachi.
Les clones bandèrent les muscles de leurs jambes et bondirent. Vifs comme l'éclair. Itachi fut plus rapide. A une vitesse qui dépassait l'entendement, il s'empara de ses shurikens et les lança vers ses assaillants.
Cinq secondes plus tard, Itachi s'extrayait du nuage de fumée issu de la destruction des cent clones. Tous ses shurikens avaient fait mouche, pas un n'avait raté sa cible.
- On m'a dit que t'étais un génie, mais tu es encore plus fort que je ne le pensais…
- Roh, c'est fini l'échange d'amabilités, oui ? Rentrez-vous dans le lard, et qu'on en finisse ! beugla Kiba.
Silence et lui firent un check avec leur poing, puis reportèrent leur attention sur la suite du combat.
Elle fut explosive. Le sol éclata sous les pieds d'Itachi alors qu'un clone en surgissait pour l'attaquer.
- Et oui, sur les cent clones que j'avais invoqué, j'en avais caché un dans le sol ! s'écria Naruto.
Itachi sourit à nouveau, et répondit dans un murmure :
- Je sais, je les ai comptés. Et il explosa à nouveau. Projetant Naruto à quelques mètres de là et détruisant instantanément son clone.
- Chier, encore un clone ? C'est moi le boss des clones ! s'exclama le blond en se remettant sur ses pieds.
Le jinchuuriki décida alors de mettre à profit ses nouvelles compétences, et il utilisa le mode ermite de la Nature. Sa capacité lui permit de repérer immédiatement Itachi, caché dans les fourrés.
Itachi nota le changement qui s'était opéré en lui, et il sortit de sa cachette.
- Le Senjutsu de la Nature, alors Karasu t'a appris, ça, hein…
Itachi savait que le Senjutsu augmentait la vitesse et la force de son utilisateur, et que le Taijutsu devenait bien trop risqué.
C'est pourquoi sa réponse fut une bonne boule de feu bien rouge et bien dodue, que Naruto eut toutes les peines à éviter tante elle était grande et rapide.
Il utilisa ensuite un jutsu Fuuton à base de dioxyde de carbone pour éteindre le feu qui se propageait déjà sur un arbre.
- Tu ne m'auras pas avec le Ninjutsu, Itachi ! le prévint Naruto. Le jinchuuriki amorça alors une transformation partielle en Bijuu comme le faisait Killer Bee, puis prépara une bombe Bijuu miniature. La sphère de chakra noir n'en grossissait pas moins à une vitesse stupéfiante, et Itachi comprit que cette technique possédait un potentiel de destruction sans équivalent.
« Je n'ai pas le choix, il faut que je l'évite » pensa Itachi.
Mais Naruto le surprit encore par sa vitesse, et il projeta sa bombe Bijuu à une vitesse extraordinaire, qu'Itachi aurait crue impossible étant donné la densité du chakra qu'il manipulait.
Voyant la sphère de chakra fondre vers lui, Itachi blêmit et Karasu se prépara à intervenir, son corps commençant déjà à tourner sur lui-même pour se téléporter vers Itachi et le tirer de ce pépin. Naruto était allé trop loin, il n'aurait pas dû utiliser une telle technique dans un tournoi entre amis.
Karasu interrompit le Kagegenzô en voyant la paroi translucide du Susanoo apparaître autour d'Itachi.
La bombe Bijuu miniature s'écrasa contre le Susanoo, et le souffle de l'explosion éjecta les spectateurs à quelques mètres.
Lorsque ces derniers se furent levés -non sans grogner cela va sans dire-, ils découvrirent qu'Itachi n'avait rien. Son Susanoo était intact, et Itachi semblait en être le premier étonné.
- C'est incroyable… Mon Susanoo est bien plus puissant qu'avant… Et c'est indolore en plus !
Karasu ouvrit de grands yeux. C'était sans doute grâce au Mangekyô Sharingan Eternel. Non seulement il ne pouvait plus perdre la vue, mais utiliser le Susanoo ne le faisait plus souffrir.
Enchanté par cette révélation, Karasu s'empressa d'invoquer Susanoo à son tour, et fit le même constat qu'Itachi.
- Décidément, cette technique n'a plus aucun point faible, c'est génial ! s'enthousiasma Karasu.
Naruto, lui, était loin d'être aussi enthousiaste. Traverser une telle protection lui était certainement impossible…
Le blond baissa les yeux vers le sol, comme résigné, et Itachi s'avança lentement vers lui, le Susanoo se déplaçant en même temps que lui.
Le fils de Minato releva soudainement la tête, et Itachi vit qu'il souriait.
- Je t'ai eu !
Interdit, Itachi le vit disparaître dans un éclair jaune, puis il sentit la lame froide d'un kunai contre sa nuque.
Tout cela s'était déroulé en moins d'une seconde.
- Comment as-tu fait ça ? Comment as-tu traversé mon Susanoo, Naruto ?
Naruto ressortit son sourire Colgate.
- Tu te souviens du clone que j'avais caché sous terre ? Et bien il y a caché quelque chose avant de sortir. Un kunai.
- Un des balises du Yondaime, comprit Itachi. Tu as attendu que le trou par lequel était sorti ton clone se trouve à l'intérieur de mon Susanoo pour te téléporter à l'intérieur. Ma protection est devenue ma prison… C'est très finement joué.
Itachi félicita Naruto et reconnut sa défaite. Karasu, lui, était incapable de cacher sa surprise. Non seulement Naruto avait déjà maîtrisé la technique de son père, mais il avait aussi faisait preuve d'un génie technique qui n'avait rien à envier à celui d'Itachi ou Minato. Bien que parfois un peu benêt dans la vie de tous les jours, Naruto faisait parfois preuve d'une intelligence incroyable lorsqu'il se battait.
- C'est ce que l'on appelle une intelligence sélective… sourit Silence.
Karasu félicita Naruto alors qu'Itachi venait s'asseoir entre Ino et Sakura.
Ino lui tapota l'épaule pour le consoler, mais Itachi n'en avait pas besoin. Se vexer pour un combat perdu, en particulier lorsqu'il s'agissait d'un entraînement amical, n'était pas dans son caractère.
- Et voici maintenant la deuxième demi-finale ! s'époumona Naruto, qui s'était autoproclamé speaker et qui, dieu merci, n'avait pas trouvé de micro, pour peu que cette technologie existe dans son monde.
Shikamaru trouva la force de se lever et rejoignit Karasu sur le terrain.
Les deux ninjas étaient immobiles face à l'autre, espacés de près d'une vingtaine de mètres.
Le premier réflexe de Karasu fut d'observer la position du Soleil. Il était presque six heures du soir, mais le soleil était encore haut dans le ciel.
« Vive l'été » songea sombrement Karasu.
Shikamaru fit alors choir le livre qu'il avait feuilleté pendant que ses amis se battaient et mit ses mains dans ses poches. Sa façon très personnelle de se mettre en garde.
Il n'en fut pas moins le premier à attaquer, et son ombre s'étendit vers Karasu, qui esquiva l'assaut aisément. Il s'y attendait, et il se savait amplement assez rapide pour réagir à ce type d'attaque.
Voyant que la première attaque n'avait pas eu l'effet escompté, Shikamaru resta sur la défensive, et Karasu comprit que c'était son tour d'attaquer. Il lança une série de cinq kunais vers Shikamaru, disposés de telle sorte que son adversaire ne pourrait pas tous les esquiver, les armes volant vers lui à haute vitesse.
L'ombre de Shikamaru décolla alors du sol, et se sépara en cinq pointes donc chacune se glissa dans les trous des poignées pour les attraper, puis les lui relancer avec une force étonnante.
A l'aide de son sharingan, Karasu les évita très facilement, et les cinq kunais se fichèrent sur un tronc d'arbre derrière lui. Il avait anticipé la réaction de Shikamaru car il savait que cette capacité, vue dans les mangas contre Sai, était la seule capable de le tirer ce guêpier. Shikamaru était peut-être un génie capable de prévoir l'issue d'un combat avec plusieurs coups d'avance, mais il en était lui aussi capable.
Karasu se concentra pour utiliser la Nature, et un immense nuage se forma au-dessus de leurs tête pour cacher le Soleil. Shikamaru le regarda faire bouche bée, et tous ses amis partageaient cet état de stupéfaction. Même Silence ou Naruto n'étaient pas encore capables d'une telle chose.
- Et merde… ronchonna Shikamaru. Ce sera donc le plan C-5. Ça pouvait pas être simple, évidemment…
Le Nara promena son regard aux alentours, et ne trouva pas une seule ombre exploitable. L'obscurité était quasi-totale, désormais, et on se serait cru en pleine nuit. Sans Lune.
- Merci beaucoup, Karasu, c'est tellement plus pratique pour regarder ! ricana Kiba, qui lui transmettait sans doute un message de Silence qu'il n'aurait pas pu voir à cause de l'obscurité.
Shikamaru grimaça, puis s'élança vers son adversaire pour l'engager dans un duel de Taijutsu.
« Comme prévu » songea Karasu. « Shikamaru est plus prévisible que je ne le pensais. »
Les deux échangèrent une série de coups tout en se déplaçant latéralement de telle sorte que leurs pieds dessinaient un cercle centré entre eux.
Puis Karasu augmenta la cadence. Il frappa Shikamaru au plexus, et le Nara fut forcé de se replier.
C'est alors que Karasu réalisa qu'ils avaient inversé leur positions. L'arbre dans lequel ses kunais étaient plantés n'étaient plus derrière lui mais derrière Shikamaru. Celui-ci l'aurait-il fait à dessein ?
Il sonda le visage de Shikamaru, à peine visible dans cette obscurité, mais ce dernier était indéchiffrable.
- Plan C-51… murmura le Nara avant de souffler une bourrasque de vent.
Karasu réagit au quart de tour, dans un réflexe acquis au cours de longues années de guerre entre Amaterasu et Akatsuki. Il cracha une boule de feu qui, au contact du vent, prit en plus d'ampleur avant de charger Shikamaru. Plein de sang-froid, celui-ci sauta sur le côté au dernier moment, et la boule de feu explosa derrière lui, en plein sur un arbre.
Sans même un regard pour le pin enflammé, Shikamaru déclara :
- Plan C-511. Kage Mane réussi.
Karasu hoqueta de stupeur. La lumière dégagée par le feu avait fait réapparaitre l'ombre de Shikamaru, et le Nara en avait aussitôt profité pour prendre au piège son adversaire. Pris de court, Karasu n'avait pas eu le temps de réagir. Ce qui était certain, c'était que Shikamaru avait tout planifié depuis le début, sans quoi il n'aurait pas pu réagir aussi vite.
« Il savait que je répondrais au Fuuton par le Katon, et qu'il aurait ainsi l'opportunité de me prendre au piège… »
- Mais j'ai moi aussi plus d'un tour dans mon sac ! s'écria Karasu. Il utilisa à nouveau le Senjutsu, et la terre trembla, puis explosa à ses pieds. Très concentré, Shikamaru parvint à le garder sous l'emprise de son ombre, du moins pendant un certain temps.
En effet, la terre n'était pas le seul élément de la Nature que Karasu était capable de contrôler, et Shikamaru fut bientôt expulsé par une véritable tempête de vent, qui lui fit perdre le contrôle. Karasu était à nouveau libre.
Mais Shikamaru ne s'affola pas le moins du monde.
- Comme je le pensais, le Senjutsu te permet d'utiliser le vent. J'ai au moins pu confirmer ça, même si j'espérais mieux… dit-il dans un murmure, avant d'ajouter : Plan C-5112.
- C'est quoi cette histoire de plans à numéros ? lui demanda alors Karasu.
Shikamaru haussa les épaules.
- Comme au Shôgi, un combat comporte plusieurs coups, et il ya de nombreux mouvements possibles… J'avais envisagé trente-neuf possibilités pour ton premier mouvement, en les classant de la plus forte à la plus faible probabilité. Le lancer de kunais était la troisième possibilité, ce qui nous donne la lettre C. Ta deuxième action fut de masquer le Soleil, une possibilité que je pensais assez improbable, mais tout de même possible et qui arrivait en cinquième position. Ce qui nous donne C-5. Et ainsi de suite.
Karasu se mordit les lèvres. Il était intelligent. Il était brillant. Peut-être même était-il un génie. Mais dans le domaine de l'intelligence et de la tactique, il ne pourrait jamais rivaliser avec Shikamaru, qui parvenait à prévoir et contrecarrer tous ses coups.
Shikamaru se lança donc de nouveau à l'attaque en allongeant son ombre. Karasu était étonné de voir Shikamaru tenter une offensive ayant aussi peu de chances d'aboutir, mais il ne se posa pas de questions et bondit en arrière pour esquiver l'ombre. C'est alors qu'il sentit quelque chose derrière lui.
Son cou se contorsionna pour regarder derrière lui, et il vit que Shikamaru s'y trouvait. En lieu et place du bouquin qui s'y trouvait quelques instants auparavant.
« L'enfoiré » songea Karasu en souriant. Depuis le début, il se battait contre un clone. L'original, lui, avait pris l'apparence d'un livre au moyen d'un Henge.
Shikamaru lui rendit son sourire et s'apprêtait à le mettre hors de combat en lui frappant la nuque lorsque Karasu s'évanouit dans un nuage de fumée.
Shikamaru ouvrit de grands yeux. Quand ce clone s'était-il substitué à Itachi ?
Il n'eut pas à attendre bien longtemps pour avoir la réponse.
Un des cinq kunais fichés derrière l'arbre disparut pour laisser la place à Karasu, qui bondit dans le dos du clone de Shikamaru pour le pulvériser.
Les deux combattants échangèrent un regard amusé.
- On pense vraiment pareil. On devrait faire une partie de Shôgi, un de ces quatre…
- Tu plaisantes ? Je ne serai pas à la hauteur… Contrairement à moi, tu avais tout prévu depuis le début, en laissant ton livre à côté de toi avant d'échanger nos positions pour que je me trouve à côté du bouquin. Moi, je suis juste prévoyant. Bref, tu vas faire quoi maintenant ?
Grâce à son sharingan, Karasu voyait bien que le Nara était à court de chakra et de solutions. Son ombre était inutile contre son Senjutsu, qui ne nécessitait aucun mudra pour être activé, et Karasu décida donc de faire disparaître son nuage, car il était très dur de garder le contrôle sur une surface aussi grande.
Cette initiative fut bien accueillie par les spectateurs, qui commençaient à s'user la rétine pour observer ce combat passionnant.
Karasu s'approcha donc pour en finir, mais un sourire apparut sur les lèvres de Shikamaru.
- Plan C-51126. Dieu sait que de tous les scenarii, c'était le moins probable…
Sans attendre, Shikamaru lança un fumigène, et Karasu le vit disparaître au milieu du gaz blanc opaque.
- C'est inutile, Shikamaru. Tu oublies que je peux voir ton chakra grâce à mon sharingan et…
Karasu ne dit pas un mot de plus. Il baissa les yeux vers son ombre, et constata que Shikamaru avait une fois de plus utilisé le Kage Mane. Sachant qu'il pouvait à tout moment s'en sortir en utilisant la Nature, Karasu décida d'attendre la suite des évènements pour voir ce que Shikamaru avait l'intention de faire.
Karasu commença alors à courir sans le vouloir vers le nuage de gaz. C'était là le pouvoir du Kage Mane… Comme prévu, il vit Shikamaru courir vers lui en sens inverse, et les deux ninjas se croisèrent.
Karasu réalisa alors qu'ils avaient de nouveau échangé leurs places, et qu'il se trouvait maintenant à l'intérieur du fumigène, tandis que Shikamaru en était sorti. Qu'essayait-il de faire, au juste ?
Karasu voulait utiliser le Senjutsu pour faire souffler le vent sur le gaz et le disperser, mais il en fut incapable. Shikamaru semblait savoir qu'il avait besoin d'être immobile pour ça, et il continuait de marcher à un rythme plus lent, forçant comme toujours Karasu à agir de même par effet miroir. Karasu sentit sa main droite fouiller dans sa poche et n'en ressortir rien. Normal, elle était vide. Cependant, Shikamaru venait sûrement de sortir quelque chose de sa poche, et il ne savait pas quoi…
- C'est fini, Karasu. J'ai gagné.
Karasu s'arrêta de marcher et il comprit que Shikamaru avait fait de même.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Il me suffit de faire souffler le v…
- Non, tu ne veux pas faire ça, le coupa Shikamaru. Le gaz dans lequel tu te trouves… N'est pas un simple fumigène. C'est un gaz hautement inflammable. Sur ce, je te laisse deviner ce que j'ai sorti de ma poche…
- Un briquet ?
- Exactement. Si tu fais mine de disperser le gaz, je lance le briquet. Et je suis sûr d'être plus rapide que toi.
- Impressionnant, reconnut Karasu. Pourquoi tu n'as pas utilisé ça plus tôt ?
- Il faisait un peu trop chaud. Au-delà de vingt-cinq degrés, ce gaz se disperse. Entre-temps, le Soleil est un peu descendu et la température a baissé en dessous du seuil critique…
- Brillant. Vraiment.
Sûr de sa victoire, Shikamaru sortit une cigarette, et la brandit devant lui.
- Voilà ce qu'on va faire. Je vais lancer une cigarette -éteinte, bien sûr- à l'intérieur du gaz. Si tu es encore dedans à ce moment-là, j'aurais officiellement gagné.
- C'est parti.
Shikamaru s'apprêta à lancer la cigarette dans le nuage de gaz. Il leva le bras… et arrêta soudain son geste. Il ne sentait plus Karasu dans son ombre. Il s'en était libéré, sans même disperser le nuage ou même agir sur son ombre.
Karasu apparut alors devant lui dans une spirale.
- Désolé, mais la Nature n'est pas la seule technique qui ne nécessite aucun mudra…
Il posa sa main droite sur l'épaule d'un Shikamaru interdit.
- Je t'aspire ou tu as ton compte ?
- Ça ira, merci, sourit Shikamaru.
Ses amis applaudirent Shikamaru pour sa prestation remarquable, puis se turent pour assister au dernier affrontement de la journée. Naruto contre Karasu.
- Elu contre élu, ça promet ! écrivit Silence tout en s'installant un peu mieux sur le gazon.
- Tu as besoin de te reposer, Karasu ? lui demanda Naruto.
- Dans tes rêves, gamin, lui répondit l'autre élu en souriant.
Et le dernier combat débuta. Karasu réunit toute sa concentration, et la terre s'effrita devant lui, avant de léviter devant lui. Quelques secondes plus tard, presque une tonne de terre et de roche gravitait entre lui et Naruto.
- Moi aussi je sais faire ! s'écria Naruto.
Désireux de battre Karasu sur son propre terrain, il fit lui aussi appel à la Nature, et de nouveaux morceaux de roche quittèrent le sol pour voleter autour de lui.
Et puis, sans signe avant coureur, la vague de roche qu'avait formée Karasu fondit sur Naruto, qui riposta avec la sienne. Les deux déferlantes se heurtèrent dans un fracas épouvantable, et pendant de longues minutes, le terrain d'entraînement fut le théâtre d'une violence inouïe. Les pierres se percutaient avec une force insoupçonnable et le bruit était tout simplement assourdissant.
Puis Karasu rétracta ses roches, et Naruto fit de même. Les deux jeunes shinobis se regardèrent longtemps, puis un large sourire se dessina sur les lèvres de Karasu. C'est parti pour le deuxième round.
Naruto raffermit son contrôle sur sa vague et attendit le choc, mais Karasu le prit au dépourvu lorsqu'il se mit à réciter d'étranges paroles. L'Uzumaki comprit trop tard qu'il s'agissait de Deltanati, et il sentit avec horreur ses propres roches échapper à son contrôle, puis se précipiter vers lui.
Naruto fut littéralement enseveli sous la roche en quelques secondes, mais il avait de la ressource. Il utilisa le chakra de Kyuubi pour s'extraire en force de la nasse de roche, et ce fut chose faite en quelques instants.
Cependant, Karasu l'attendait à la sortie. Sachant que Naruto était aveugle tant qu'il se trouvait à l'intérieur de la prison rocheuse, il s'était approché de lui et l'avait contourné pour se trouver dans son dos.
Le jinchuuriki blêmit en sentant l'acier froid effleurer sa jugulaire.
- J'ai gagné.
Bien qu'il lui en coûtât, Naruto fut contraint à l'abandon, et le tournoi s'arrêta là.
- J'ai beau m'entraîner dur, tu es encore plus fort que moi…
- Non je ne pense pas, lui répondit Karasu. Pas plus que l'on peut dire que tu es plus fort qu'Itachi car il aurait très bien pu utiliser l'épée de Totsuka toute à l'heure… Tout ça pour dire que la vraie valeur d'un ninja ne se révèle que dans un vrai combat, contre un adversaire prêt à tuer.
Karasu ménagea son effet avant de conclure :
- Le seul avantage que j'ai sur toi, c'est l'expérience. Et crois-moi, tu finiras pas le rattraper, alors ne désespère-pas !
Le petit groupe se sépara quelques minutes plus tard. Ino aurait bien voulu rester un peu plus longtemps avec Itachi, mais elle voulait également passer du temps avec son père qui, lui, se rendait sur le front. La plupart des amis de Naruto étaient dans le même cas, et Itachi, Karasu, Silence et Naruto se retrouvèrent bientôt seuls.
- Bon et bien, je te souhaite bonne chance pour demain, Itachi, déclara Karasu en donnant l'accolade à son double. Et si tu pouvais veiller sur Silence…
- Ne t'inquiète pas.
Le muet n'avait pas entendu, sans quoi il n'aurait pas manqué de réagir, bien entendu… Quoiqu'il en soit le trio prit congé d'Itachi, qui les regarda partir avec un léger sourire qu'il n'arborait que trop rarement. Puis il s'entraîna pendant quelques minutes au lancer de shurikens, bien qu'il n'en eut absolument pas besoin. C'était sa façon de décompresser avant la guerre.
- Je déteste la guerre… marmonna l'Uchiha en propulsant une étoile métallique vers le cœur de sa cible en bois.
- Moi de même !
Itachi fit volte-face, et se détendit en voyant Dolce. Cet homme avait le don de le surprendre, ce qui était étrange quand on considérait qu'il brillait comme un phare pour un détenteur du sharingan et qu'il n'était pas un ninja. Du moins pas complètement.
- Dolce Teru, c'est ça ? On ne s'est pas beaucoup vus jusqu'à présent.
- C'est vrai, et c'est bien dommage ! En d'autre temps, je vous aurais bien invité chez moi pour partager une tarte maison, mais les temps sont durs… Pensez, l'appartement que l'Hokage m'a gentiment prêté n'a même pas de cuisine ! Je suis obligé d'aller au restaurant tous les soirs, un comble !
- Euh, oui, si vous le dites…
Itachi repensa alors à la question qu'il s'était promis de poser à Dolce la prochaine fois qu'il le verrait.
- Dolce, la dernière fois vous avez dit quelque chose… Je ne me souviens pas quoi exactement, mais vous avez insinué que vous saviez ce que j'avais fait. Pour Naruto.
- Le corbeau que tu lui a fait avaler, tu veux dire ?
Itachi se figea.
- Comment êtes-vous au courant ?
- Qu'importe… Je pourrais te dire qu'un crapaud obèse me l'a dit, mais pour ce que ça changerait… Si tu me poses cette question, c'est parce que tu veux savoir si ça va marcher, pas vrai ?
Itachi sourit en secouant la tête. Ce type était omniscient, ce n'était pas possible autrement.
- C'est vrai. Je sais que Madara a donné son sharingan à Nagato, qui était un Uzumaki. Et qu'en les lui greffant, ces sharingans ont évolué en rinnegans. Je ne me l'explique pas, mais c'est un fait… Et je pensais pouvoir faire la même chose avec Naruto. Néanmoins…
- Naruto n'est qu'à moitié un Uzumaki. Et lui implanter un Sharingan ne le transformerait pas en Rinnegan. Je suppose donc que lorsque tu es venu ici avec Kisame, tu es allé faire un tour à l'hôpital de Konoha, et que tu t'es emparé d'un échantillon de sang d'une certaine Kushina Uzumaki, je me trompe ?
Itachi garda le silence.
- Vous êtes bluffant.
- On me le dit souvent, sourit Dolce. En tout cas, tu as raison sur toute la ligne. Comme tous les clans majeurs, les membres du clan Uzumaki se mariaient entre eux, de façon à garder leur sang intact. Kushina, comme Nagato, étaient cent pourcents Uzumaki, comme l'atteste la couleur de leurs cheveux.
- Et Saishi aussi, évidemment… sourit Itachi.
- Exactement. Un jour, si tu es sage, je te dirais pourquoi le Sharingan devient Rinnegan lorsqu'on le donne à un Uzumaki, mais l'heure n'est pas encore arrivée.
Itachi haussa les épaules. Il n'avait pas particulièrement envie de le savoir de toute façon.
- Du moment que ça marche, je m'en moque. Mais je pense que donner le Rinnegan à Naruto pourrait faire la différence contre Madara.
- Et tu as raison, encore une fois ! Mais pourrais-tu m'expliquer comment tu as procédé avec ton corbeau ?
- Comme avec mon frère, expliqua Itachi. J'ai mis au point un nouveau type de technique, une sorte de Fuuinjutsu permettant de transférer certains attributs génétiques en utilisant le sang d'une personne. C'est grâce à ça que j'ai donné les pouvoirs de mes yeux à mon petit frère.
- Incroyable. Même Saishi n'y avait pas pensé, c'est admirable ! Et donc tu as fait la même chose avec Naruto. Le corbeau contenait ton sang, et donc ton sharingan, et le sang de Kushina pour permettre la transformation de la pupille en Rinnegan. Mais il y a un hic.
Itachi redressa la tête. Dolce avait même compris ça ?
- Kyuubi. Le Bijuu fait partie de son organisme et agit comme un système immunitaire. Il bloquera la transformation, je suppose que tu en es conscient…
- Je le sais bien. Tant que Kyuubi est en lui, cette transformation n'aboutira pas. C'est pour ça que je lui ai dit que j'espérais qu'il n'aurait pas à se servir de ce « cadeau ». C'est un Uzumaki, et il survivrait à une éventuelle extraction, mais il en sortirait affaibli. Ce Rinnegan pourrait faire la différence.
- Et il la fera, prophétisa Dolce. Je t'ai dit que tu avais joué un rôle dans la prophétie, et c'était celui-là.
