Shinya débarque dans sa famille adoptive, et ne laisse personne indifférent.
Bonne lecture ^^
L'y voici enfin, face à ce futur qu'il tentait de rejeter. Il commençait par cette famille, les Hiiragi. Une ancienne famille vieille d'un bon millénaire. Shinya savait grâce à Éole quelle vie froide et solitaire l'attendait ici. Mais il ne se laisserait pas faire. Il refusait d'être un pion, un objet dont on dispose à sa guise. Il avait assez donné pendant cinq ans. Et puis, Éole surpassait en force ne serait-ce que physique tous les gens d'ici. Mahiru se retrouva elle ne sut comment à marcher derrière lui, deux pas plus loin. Shinya observa les lieux. Une maison de luxe, immense, plantée dans un vaste jardin. On l'escorta à l'intérieur. Shinya se sentit tout à coup impressionné, et sentit sa belle assurance fondre.
« Ne t'inquiète pas, je suis avec toi. Je te protègerais. » entendit-il.
Il sentit une main sur son épaule. Éole marchait à côté de lui, transparente. Personne ne la remarquait. Shinya sourit. La vampire se coula en lui, le haut dépassant seulement du garçon. Shinya sentit sa force. Il pourrait raser la maison entière s'il le souhaitait. Dedans, dans un couloir se tenait deux autres garçons, l'un plus jeune et l'autre plus âgé. Le plus jeune durcit son regard pendant que l'autre lui en adressait un curieux.
« Voici vos frères : Kureto-sama et Seishirou-sama. » dit un homme.
Respectivement le curieux et le méprisant. Shinya les observa, le visage lisse. Alors, comment devait-il la jouer ici ? Joyeux ou bien sérieux ? Il ne sentit pas l'aura d'Éole s'étendre tout autour de lui. La vampire érigeait un mur de protection. Les autres le remarquèrent, et l'étonnement se peignit sur leur visage. Le visage de Mahiru afficha l'inquiétude.
« Je me suis toujours efforcé de sourire jusqu'ici. Ça déstabilise les gens. Ils ne savent pas comment réagir. »
« Bonjour ! » claironna-t-il gaiement.
Touché. Ses nouveaux frères parurent surpris. Shinya se comportait comme s'il n'y avait rien de mieux que d'être ici. Éole afficha un sourire sarcastique. Son réceptacle était intelligent. Joue au débile, tu verras le vrai visage des autres. En attendant, elle rétracta son aura. La visite se poursuivit. Mahiru rejoignit ses frères. Tous trois échangèrent un regard. Ce qui venait d'entrer dans leur famille … était étrange. Shinya fut ensuite conduit devant le patriarche en personne. Dont l'attitude était franchement tombale.
« Hou ! Jouasse le paternel. » nota Shinya.
« Alors le voilà. Notre futur gendre. » dit Tenri.
Il baissa les yeux vers lui. Shinya faillit reculer d'un pas, quand soudain l'image d'Éole se plaça devant lui. La puissante présence du vampire jaillit. Tenri haussa les sourcils.
« Ose faire du mal à ce gamin et je te pilonne. »
Shinya esquissa un sourire presque invisible. Mine de rien, la présence d'Éole le rassurait. Tenri parut suspicieux. On lui avait annoncé le meilleur des candidats, mais à ce point ? Cette force qui transparaissait … pour un jeune âge … d'où venait-il ce gosse ? Tenri eut l'impression qu'un mur se pressait contre lui.
« Montrez-lui sa chambre, et ses serviteurs. » dit-il enfin.
« Immédiatement, maître. »
Un homme entraîna Shinya en lui plaçant une main sur l'épaule. Éole suivait derrière, éloignant doucement son aura.
Une vaste chambre fut donnée au nouveau venu. Shinya fit quelques pas dedans. La décoration était dans un ton de mauve, clair. Pas mal après ce qu'il avait connu. Il déposa son sac à dos près du grand lit, et s'assit dessus. Ensuite, un homme et une femme en kimonos lui furent présentés. Ils étaient là pour le servir.
« Croyez pas si bien dire. »
Shinya croisa les jambes, dans une attitude souveraine. L'heure du dîner lui fut indiquée, puis un planning d'entraînement fut remis. Quand cela allait-il cesser franchement ?
« Souhaitez-vous que nous déballions vos affaires, Shinya-sama ? » proposa la femme.
« Inutile, Sasori c'est ça ? »
« Oui jeune maître. »
« Bref. Je m'en charge, laissez-moi pour l'instant. »
« Bien maître. » répondit Kuma, le serviteur.
Shinya les regarda partir. Puis il se leva et se rendit à la porte-fenêtre. Il avait vue sur le jardin.
« Hé Éole. »
« Oui ? »
« Tu crois que je devrais mordre le paternel ? »
« Cela se remarquerait. Cet homme est glacial. Il aurait pour toi une attitude bien trop déférente, probablement jugée anormale. Contente-toi de tes deux serviteurs. Et pour ceux de la base au fait ? »
« Ça ira. Je leur ai confié la mission d'éduquer encore un peu les autres, puis de leur trouver un foyer. » répondit-il mentalement cette fois.
« Et tes serviteurs ? »
Un silence.
« Seule la vendeuse de glaces aura de mes nouvelles. »
Éole baissa les yeux vers Shinya. Elle avait perçu la froideur et la nature implacable de son propos. Eh bien soit.
Les jours passèrent. Shinya avait rapidement mis ses serviteurs sous sa coupe définitive. Il suivait l'entraînement des Hiiragi sans broncher, donnant pleine satisfaction au chef de famille. Et s'attirant la jalousie de Seishirou. Kureto pour sa part, était la distance et le silence incarnés. Pourtant Shinya savait qu'il l'observait. Il sentait son regard lorsque le garçon se promenait pieds nus dans l'herbe verte -une lubie d'Éole- et savourait la caresse du soleil. Mahiru de son côté, était tout aussi circonspecte à son égard. Comme on s'y attendait de leur part, ils faisaient mine de se rapprocher.
« Que veux-tu cette fois Mahiru ? » demanda Shinya, déversant des graines à des oiseaux.
« Tu sembles toujours savoir que c'est moi. » constata-t-elle.
« Oui. » dit-il simplement.
Shinya referma son paquet de graines. Mahiru le fixait.
« Qui es-tu vraiment ? » demanda-t-elle.
Shinya tourna le regard sur le côté, sans pour autant se retourner.
« Je suis moi voyons, qui veux-tu que je sois ? Le père Noël ? »
« Je vais reformuler : qu'est-ce que tu es ? »
« Un petit lutin ? » répondit Shinya en se retournant, arborant son grand sourire.
Mahiru plissa les yeux.
« J'ai appris à sourire comme ça tu sais. »
« Hm ? »
« Comme tu le fais. Sourire pour cacher ce que je pense. Pour tromper les autres. » révéla Mahiru.
Le sourire de Shinya se modifia, pendant qu'il plantait le regard dans celui noisette de sa fiancée.
« J'en suis content pour toi. Mais je t'ai dit mon avis à ton sujet : je n'en ai pas changé. » fit Shinya.
Mahiru entrouvrit la bouche. Qu'elle ne l'intéresse pas l'avait arrangée au début, pourtant maintenant elle pressentait que cela n'augurait rien de bon. Ce Shinya cachait quelque chose de gros. En attendant il passa près d'elle. Mahiru le regarda s'éloigner, pensive. Quel drôle de fiancé lui avait-on choisi là. Shinya alla se positionner ailleurs. Il sortir un baladeur de sa poche, plaça les écouteurs et appuya sur lecture. Il ferma les yeux, savourant la cascade de notes qui se déversa dans ses oreilles.
« C'est quoi ce vacarme ? »
Il sursauta, puis soupira.
« De la musique moderne, Éole. Écoute un peu. »
Silence vampirique. Puis au bout d'un instant, Shinya eut une désagréable impression. Ça remuait en lui, comme si son ventre se ré-agençait en boîte de nuit. Et les intestins qui dansent, c'est pas spécialement bien.
« Eurk. »
« Oh pardon. Mais j'aime bien. Je peux danser autrement si tu veux. » fit Éole.
Le bras gauche de Shinya se leva soudain, décrivant une vague.
« Arrête ça bon sang ! Je vais passer pour quoi moi ? » protesta l'enfant.
« Pour un gosse ordinaire je suppose. Ah oui, c'est vrai qu'on n'est pas chez les gens normaux. Dire que je croyais que seuls les vampires s'ennuyaient ferme. » reprit Éole.
Les bras du garçon se levèrent, balançant de gauche à droite en rythme.
« Stopeuh ! »
Au passage, pour ce qui était de l'ennui Shinya songeait qu'il aimerait bien y goûter. Ou plutôt, que sa locataire y goûte. Savez-vous ce que ça fait d'avoir une petite voix dans la tête qui pose des questions sur tout ? Ou qui comme présentement, teste des choses sans vous demander votre avis ? Exactement. Ça vous fait passer pour un demeuré profond. En arrivant ici, Éole avait découvert l'eau courante et un jour qu'il voulait se laver le visage après un entraînement, il s'était retrouvé à jouer avec le robinet devant tous les autres. Qui avaient échangé un regard : oh mon dieu, on nous a ramené un débile. Et que dire de la lumière. Nuit, jour, vous connaissez ? Voilà.
« Qu'est-ce que tu fabriques, la pièce rapportée ? » entendit Shinya.
Et merde. Seishirou. Il le toisait, debout derrière lui.
« Non mais on lui en pose des questions ? Il m'a pourri ma danse ! »
Shinya se sentit embarrassé.
« Rien rien, j'écoute de la musique. » répondit-il, se fendant de son smile.
Seishirou haussa un sourcil.
« De la musique ? Non mais tu te crois où ? Tu penses ptêt qu'on a du temps à perdre ici ? Ou qu'on s'occupe de feignants dans ton genre ? »
Shinya sentit une vague de froid en lui. Éole. Elle commençait à s'énerver. Le garçon reconnaissait maintenant les émotions du vampire, en particulier celle-ci. Du fait de partager le corps de mortels, la vampire avait de nouveau accès aux sentiments. Et en général, celui-là n'amenait rien de bon. Shinya ôta lentement ses écouteurs. Ses yeux saphir prirent une teinte froide. Voilà des jours que ce mioche saisissait la moindre occasion de le rabaisser.
« En quoi ça te regarde ? Il ne me semble pas que cela gêne qui que ce soit ici. »
Seishirou se raidit, manifestement offensé.
« N'oublie pas à qui tu t'adresses, l'orphelin ! Tu n'es qu'un fils adoptif, tandis que moi je suis un héritier Hiiragi. Tu me dois obéissance sinon ! »
Shinya bondit alors sur son frère, à une vitesse étonnante. Il le saisit au cou durant la chute. L'enfant serra fort, vraiment fort. Il pourrait sans nul doute l'étrangler d'une main. Shinya se pencha, très près du visage de Seishirou.
« Écoute-moi bien merdeux. On m'a choisi pour une raison très simple. J'étais le meilleur. Et si tu continues à m'emmerder, je te montrerais ce que ça signifie. Ne l'oublie pas, parce que moi je n'oublierais pas. » lui dit-il.
Seishirou parut apeuré par ce regard si noir. Par la force qui se dégageait de son adversaire. Sa vision s'obscurcit. Il n'allait quand même pas le tuer ? Le noir autour de lui gagnait le centre de sa vision. Finalement, l'étau disparut. Seishirou inspira une grande goulée d'air, toussa, et roula sur le côté.
« Disparais. » lança Shinya qui le dominait de toute sa hauteur.
Seishirou rampa plus qu'il ne marcha et s'enfuit à l'intérieur.
« Ça t'a plu comme spectacle ? » fit soudain Shinya en apparaissant dans l'encadrement.
Kureto sursauta. Il n'avait rien perdu de l'échange. Néanmoins, son visage ne trahissait rien. Ses yeux en revanche, cherchait à déterminer qui ou quoi il avait en face de lui.
« Comment as-tu que j'étais là ? » demanda-t-il.
« Facile, t'es toujours en train de m'espionner. » fit Shinya en haussant les épaules.
« Pas du tout ! Je … » protesta Kureto, les joues roses de gêne.
Shinya haussa les sourcils.
« J'essaie juste de … de te cerner. »
« Dans ce cas, essaie la conversation. Ça fait vraiment des merveilles parait-il. » reprit Shinya en lui tournant le dos.
Six mois passèrent depuis son arrivée. Seishirou avait bien pris note de la supériorité de Shinya, d'autant que ce dernier le surpassait également dans l'apprentissage des sorts et le combat. Kureto de son côté, observait toujours le jeune garçon. Il avait visiblement droit à quelques extras : des glaces, des parts de gâteaux, des sodas … mais comment se faisait-il que leur père ne dise rien ? Ils étaient pourtant tenus de suivre un régime strict. Shinya se trouvait justement dehors, sur l'estrade en bois surplombant le jardin. Il pleuvait à verse ce jour-là.
« Si t'as quelque chose à me dire, fais-le. » lança soudain Shinya.
Kureto sursauta. Décidément il avait les sens aiguisés. L'ado se montra. Son frère adoptif sirotait une canette. Il tourna ses prunelles d'un bleu profond vers son aîné, puis lança une canette. Kureto rattrapa par réflexe. Il adressa un regard perplexe à Shinya.
« Goûte, tu verras bien. » répondit-il comme s'il lisait ses pensées.
Kureto décapsula sa boisson. Le goût sucré le surprit. Mais c'était bon. Levant les yeux vers son frère, il décida d'approcher et s'assit à côté de lui.
« D'où tu sors ça ? » demanda-t-il.
« D'un magasin. » fit simplement Shinya.
Kureto afficha des yeux en billes. Il précisa qu'il ne devrait pas y avoir droit. Ce à quoi le jeune aux cheveux d'argent lui répondit que si ça ne lui plaisait pas, il n'avait qu'à pas en boire.
« C'est pas ça. Je me demande juste ce qu'en dirait père s'il nous voyait. » reprit Kureto en lui jetant un regard en coin.
Il découvrit alors Shinya esquisser un sourire carnassier. Kureto fronça les sourcils. Pensait-il à défier leur père ?
« Alors, ça fait six mois que tu es ici. Comment trouve-tu ta nouvelle famille ? » questionna Kureto, portant de nouveau la canette à ses lèvres.
« Vous êtes fous. » répondit Shinya sans hésitation.
Son aîné suspendit son geste, et lui jeta un regard en coin.
« Mais bon, je n'ai connu que la folie depuis mes cinq ans. » reprit Shinya, désabusé.
Il termina sa canette et l'écrasa d'une main. Oui, la folie des hommes avait été son quotidien depuis cinq longues années. Bientôt six. La pluie cessa de tomber. Shinya ramena ses genoux contre lui. Heureusement qu'Éole était venue à lui. Le vampire était son meilleur soutien, et sans doute sa seule amie. Grâce à elle, tous percevaient ici qu'il possédait une force avec laquelle il fallait compter. Kureto lui jeta un regard en coin. Shinya lui parut vulnérable, ainsi recroquevillé sur lui. Étonnant, jusqu'à présent il lui paraissait solide. Il vit soudain redresser la tête, en alerte.
« Qu'y a-t-il ? » questionna Kureto.
« Je sens un drôle de truc. »
Shinya se laissa tomber de l'estrade. Il avança vers la sensation qu'il percevait, l'analysant en cours de route. C'était … comme une intrusion. Le domaine contenait des barrières magiques, et il avait la nette impression qu'une brèche avait été ouverte. Kureto avait décidé de le suivre. Ils s'enfoncèrent dans le jardin, et contournèrent un sapin. Un homme se tenait là, les habits dégoulinant d'eau et le regard fou.
« Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ici ? » lança Kureto.
Oui. Normalement il n'aurait pas pu pénétrer le domaine Hiiragi. L'étranger ne répondit pas. Il entrouvrit la bouche d'où une fumée noire s'échappa.
« Shinya c'est un démon ! » s'exclama Éole.
Le concerné écarquilla les yeux. Il se tourna vers son frère qu'il poussa des deux mains.
« Va chercher de l'aide vite ! » cria-t-il.
L'homme derrière se mit à rire.
« Mais … » protesta Kureto.
« GROUILLE ! »
Kureto se sauva. Il jeta un œil en arrière, pour voir Shinya bondir sur le côté, esquivant une attaque de l'intrus dont la main s'enfonça dans le sol. Pliant les jambes, Shinya jaillit et asséna un violent coup de genou à l'épaule de son adversaire. Ce dernier vola et roula le sol. L'homme-démon se redressa.
« Un humain vampire ? » dit-il.
Shinya affichait en effet ses rubis, et une canine dépassait. Sans lui laisser le temps de répondre, il lui fonça dessus à la vitesse de l'éclair. Le démon esquiva de justesse, mais les ongles du petit déchirèrent ses habits. Shinya se rétablit presque aussitôt et poursuivit son attaque. Un coup de pied sauté atteignit l'homme à la tête. Un craquement sinistre retentit. Le démon rejoignit à nouveau le sol. Il releva, et repositionna sa tête.
« Je vois … tu es le vampire gardien. » devina-t-il.
« Exact. Et toi démon, tu n'as rien à faire là. »
« Héhéhé ! Au contraire. »
Ils se jetèrent l'un sur l'autre à une vitesse telle qu'ils en étaient flous. Shinya bloqua chacun des coups de son opposants, lui lacérait la peau et brisait ses os. Il se prit aussi des griffures qui guérirent aussitôt. Soudain, son bras droit vola dans les airs, sectionné net au niveau du coude. Une vague de peur le submergea.
« Du calme. Ce n'est pas irréparable. » fit Éole.
Le vampire avait le contrôle partiel de son corps. Elle le fit rattraper le bras en vol, et le rattacha aussi sec. En quelques secondes il était comme neuf. Shinya n'eut pas le temps de s'émerveiller. Le démon revenait à la charge. Le jeune se baissa, et flanqua un magistral coup de tête en plein dans l'estomac.
« On n'arrivera à rien comme ça ! Il me faut une arme ou des talismans ! » se dit-il.
« Tu dis vrai, mais tu es encore trop jeune pour Yuugure ! » répondit Éole.
« Yuugure ? »
« Ma lance. Elle contient une grande force spirituelle, que j'ai accumulée au fil des combats. Tu ne pourras pas la supporter. »
« Tant pis on n'a pas le choix ! Donne-la-moi ou on va y passer ! »
« C'est trop dangereux ! »
« Magne-toi ! » s'exclama Shinya à haute voix.
Il venait de pirouetter par-dessus le démon, saisit sa tête et brisa la nuque. Une fois sur le sol, il lui défonça la colonne. Mais le démon se régénérait encore et encore, sans fin. Le combat paraissait sans issue. Shinya supplia encore Éole de lui donner sa lance. Le démon décida se passer aux attaques spirituelles. Le garçon bondit haut, trop pour un humain, pour échapper à l'onde de choc noire qui venait à lui.
« Ça vient cette lance ? » reprit Shinya.
« Merdouille ! D'accord ! Appelle-la ! Yuugure du soir aux milles étoiles, réponds à mon ordre. »
Shinya répéta l'incantation. Une lumière apparut dans sa main droite et s'allongea, dessinant la silhouette d'une lance. Tout en métal, avec une pointe triangulaire, longue comme l'avant-bras et acérée.
« Moi le vampire gardien du monde en appelle à ta force. Accorde-moi la puissance du soleil rougeoyant, afin que je puisse abattre une centaine de démons ! » continua Shinya en s'élançant vers le démon.
La lame s'auréola de rouge. Son adversaire prit peur. Il lança de nouveau une vague d'attaques. Shinya la brisa avec sa lance, tourna sur lui-même pour en briser une de plus. La lance présentait maintenant une crête de flammes écarlates. Shinya fusa dans les airs, décrivit une boucle puis retomba sur le démon la pointe de la lance pointée vers l'ennemi. Yuugure s'enfonça pile entre ses deux yeux. La lance libéra son énergie. Hélas, cela affecta Shinya qui eut l'impression de brûler. Le démon se retrouva entouré de flammes rouges qui le consumèrent. Shinya tint bon, mais dut finalement lâcher son arme. Il bascula en arrière. Yuugure consuma le démon qui disparut. La lance fit de même.
« Là ! Il est là ! » s'exclama Kureto.
Shinya était inconscient. L'ado se pencha, et s'assura qu'il vivait. Des traces évidentes de bataille maculaient le sol. L'affrontement avait été très rapide et par conséquent court. Les serviteurs de Shinya le soulevèrent. Aucune trace du démon si ce n'était un cercle noir sur le sol. Tenri fronça les sourcils, puis rengaina son sabre et examina le sol. Ce qui avait pénétré sur ses terres n'était peut-être pas humain.
Shinya reprit connaissance cinq jours plus tard. Il découvrit les visages de Mahiru et Kureto penchés sur lui.
« Où suis-je ? » dit-il d'une voix faible.
« Dans ta chambre. Tu es inconscient depuis cinq jours. » annonça Mahiru.
Shinya se redressa, l'air perdu. Il dévisagea chacun des jeunes présents autour de lui.
« Qui êtes-vous ? »
Mahiru et Kureto échangèrent un regard.
« Comment ça ? C'est moi Mahiru, et ton frère adoptif Kureto. »
« Mon frère ? Et ma sœur ? » reprit Shinya.
« Non, moi je suis ta fiancée. Tu … tu ne te souviens pas ? Tu t'es évanoui dans notre jardin après l'intrusion d'un homme. » reprit Mahiru, déconcertée.
« Tu sais qui tu es au moins ? » enchaîna Kureto.
Shinya baissa les yeux. Il tenta de rassembler ses souvenirs.
« Mon prénom oui. Je me rappelle de rien à part … que j'étais dans une sorte de base. »
Mahiru afficha une mine choquée. Il avait perdu la mémoire. La porte de la chambre s'ouvrit, dévoilant Tenri. Il avança jusqu'au chevet.
« Te voilà réveillé. Maintenant tu vas pouvoir me dire ce qu'il s'est réellement passé dans ce jardin. » dit-il.
« Où ? » répondit Shinya.
Kureto se leva et barra presque la route à son père.
« Père, il semblerait que Shinya soit amnésique. »
« Comment ? »
Tenri regarda son fils adoptif. Shinya le dévisageait. Le patriarche remarqua que son regard n'était pas le même que d'habitude. Moins assuré, plus clair. Il demanda s'il savait qui il était. Shinya secoua la tête. Il ne manquait plus que ça. Ses gens avaient relevé une brèche dans une des barrières protégeant le domaine, et seul ce gamin savait ce qui s'était produit. Or, il ne se souvenait plus de rien. Il ordonna une série d'examens, et que l'on fasse au mieux pour qu'il retrouve ses souvenirs.
« Hein ? Non mais attendez, vous pourriez au moins me dire où je suis ! » protesta Shinya tandis qu'on le prenait par le bras.
Mahiru décida de le suivre. Par vraiment par compassion. C'était ce qu'on attendait d'elle après tout. Kureto sortit en dernier, fermant la porte. Il regarda dans la direction où l'on emmenait un Shinya perdu. Le combat qu'il avait mené avait été féroce, à en juger par les impacts au sol. S'il avait été là, il aurait pu être gravement blessé. Shinya lui avait sans doute sauvé la vie en l'écartant de l'affrontement. Kureto sentit naître des sentiments partagés. Il était censé être plus fort que ce gosse, il aurait dû se battre à sa place. Son orgueil en prit un coup.
Mais il avait fui, le laissant en danger, le laissant face à la mort. Honte. Et ce jeunot avait remporté une victoire. Admiration. Cependant, il y avait laissé sa mémoire. Et les tentatives pour la lui faire retrouver n'allait pas être tendres. Compassion. Kureto serra sa chemise. Voilà bien d'étranges émotions. Il retourna dans sa chambre, pensif. Il se laissa tomber sur son lit. Décidément, ce Shinya était une source d'étonnement. Les heures défilèrent. Au labo, Shinya commençait à fatiguer. On avait essayé l'hypnose, les odeurs, les sons, rien n'avait fonctionné. Tenri suggéra la peur. En vain. Shinya se tenait sur une table, les genoux ramenés vers lui.
« Alors ? » demanda Kureto.
Il s'approcha de Mahiru, qui observait derrière une vitre qui donnait sur la salle d'examens. Elle secoua la tête. Kureto regarda. Il vit une larme rouler sur la joue de Shinya. Kureto plissa les yeux. Il ne pouvait donc pas endurer tout ça, alors qu'il avait déjà tant subi ? Tsssk. Shinya fut enfin autorisé à gagner sa chambre. Le médecin préconisait le repos. Le temps pourrait sans doute arranger tout ça. Tenri jeta un regard à Shinya. Un regard de mépris. Shinya retrouva sa chambre avec l'impression de retrouver une cellule. Il se roula en boule sous la couette, fermant les yeux et attendant le sommeil avec impatience.
Il vint ce sommeil. Shinya se retrouva dans un grand espace vide. Une femme vint à sa rencontre. Elle était habillée d'une longue robe blanche à plis, qui lui évoqua une toge romaine. Par contre, elle avait des yeux rouges et des oreilles en pointes, et Shinya distingua même une canine qui tenait plus du croc que de la simple dent. Il aurait dû avoir peur, pourtant elle lui paraissait familière.
« Bonsoir Shinya. » dit-elle en s'arrêta à un mètre de lui.
« Qui êtes-vous ? Comment me connaissez-vous ? » demanda l'enfant.
« Je suis Éole, le vampire avec qui tu as pactisé il y a de ça six mois, et qui habite désormais ton corps. Je peux répondre à tes questions sur ton amnésie. »
« Un ! »
Shinya fut estomaqué. Lui, il avait passé un pacte avec un vampire qui résidait dans son corps ? Impossible !
« Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? »
« Parce que je vois l'avenir, et que je t'ai montré le tien. Tu as rejeté ce futur pour accepter celui que je te proposais : être le gardien du monde. C'est d'ailleurs en accomplissant cette tâche que tu as perdu la mémoire des six derniers mois. » révéla Éole.
Shinya fronça les sourcils. Si ce vampire était là, devant lui ce devait être vrai. Ce rêve ne ressemblait à aucun autre qu'il ait jamais fait. Et elle lui paraissait si familière. Il lui demanda des précisions sur son amnésie.
« Tu l'as perdue en combattant un démon entré dans votre jardin. Tu m'as réclamé une arme, et malgré ma désapprobation je te l'ai procurée. Yuugure a brûlé le démon mais aussi tes souvenirs. Heureusement tu l'as lâchée juste à temps. Yuugure aurait pu brûler tous tes souvenirs jusqu'à ta naissance, et ton esprit avec. Tu aurais pu finir en légume. » raconta Éole.
« Yuugure … le crépuscule. » fit Shinya pensif.
« Oui, le crépuscule du soir rougeoyant. La meilleure arme pour combattre les démons. Efficace aussi sur des vampires et crainte des anges. Tu n'es pas encore assez aguerri pour t'en servir. » continua Éole.
« Et comment je pourrais l'être ? » reprit Shinya.
« En apprenant à enchanter des armes, et par le combat ensuite. »
« Et pour mes souvenirs ? Est-ce que je vais les retrouver ? »
Éole secoua la tête. Cependant, elle pouvait les remplacer. Comme elle vivait en lui elle avait vécu les mêmes choses. Elle lui cèderait donc ces souvenirs. Shinya eut soudain l'impression que ses yeux rouges devenaient immenses. Il se sentit aspiré dedans. Une foultitude d'images se succédèrent. Il revit le moment du pacte, les personnes qu'il avait mordues, sa rencontre avec Mahiru, son arrivée chez les Hiiragi, et enfin le combat. La brûlure de la lance rouge. Shinya cligna des yeux.
« Ah ! »
« Voilà. Maintenant tu sais. Je te conseille de jouer à l'amnésique encore un moment. Une guérison trop rapide serait suspecte. Ils pressentent déjà un potentiel peu commun en toi. » avertit Éole.
« Pas de problème. Merci en tout cas, ça va mieux avec des souvenirs bien en place. » sourit Shinya.
« De rien. Je te laisse à ton sommeil ordinaire. »
L'image d'Éole s'effaça. Lorsque Shinya rouvrit les yeux bien après, il faisait jour. La porte de sa chambre s'ouvrit, dévoilant Mahiru.
« Ah tu es déjà réveillé. Je t'apporte le petit-déjeuner. » annonça-t-elle d'une voix guillerette.
Elle approcha, porteuse d'un plateau remplit d'un bol de lait, un de riz, une assiette avec une omelette et du bacon. Mahiru déposa le tout à côté de Shinya, et lui passa des baguettes puis le bol de riz.
« Merci, Mahiru c'est ça ? » s'enquit Shinya.
« C'est bien ça. »
« Tu as dit qu'on était fiancés il me semble. Donc on s'aime ? » reprit le convalescent.
« On l'est depuis peu, mais ça viendra. » assura Mahiru.
Shinya la fixa, baguettes en bouche. La fillette lui retourna un regard interrogateur.
« Tu ne le penses pas, pas vrai ? » dit-il doucement.
« Hm ? »
« Tu n'es pas sincère, je le vois dans tes yeux. Ils sont froids quand tu parles de nous deux. Laisse-moi deviner : mariage arrangé ? » exposa Shinya.
Une ombre passa sur le visage de Mahiru. Il était peut-être amnésique, mais pas idiot. Seulement, elle ne pouvait en parler ici, sous ce toit. S'ils apprenaient son secret … du mal avait déjà été commis. Cela l'avait traumatisée. Shinya hocha la tête. Il continua son petit-déjeuner en silence. Il reposa ses baguettes et la remercia. Mahiru débarrassa sans un mot. Il ne protestait pas contre la situation, pas plus qu'il ne demandait d'explication. Tant qu'il fermait son clapet, cela lui convenait. Shinya continua à jouer la comédie pendant une bonne semaine. La deuxième, il fit mine de se rappeler certaines choses. Le combat lui revenait, mais il ne parvenait pas à voir le visage de l'intrus, ainsi qu'il le rapporta à Tenri. De son côté, la famille avait colmaté la brèche et renforcé les barrières.
Shinya poursuivait son apprentissage aux côtés des autres enfants de la famille. Il se consacra à l'étude des enchantements d'objets, afin de maîtriser Yuugure. Éole pensait que le réveil de l'arme avait dû être ressenti par le camp adverse. D'autres démons tenteraient sûrement de l'abattre. La lance les tiendrait en respect un moment après cette première défaite, mais ils reviendraient. Shinya lui demanda de quelle manière ils arrivaient dans le monde des vivants. Par invocation, soit par les mortels soit par les démons s'y trouvant déjà. Combien étaient-ils il n'en savait rien, mais il en verrait de plus en plus.
