Le secret de Shinya s'évente, mais peut-être pour le meilleur : un allié se fait jour.
Bonne lecture ^^
La nuit était tombée depuis un moment sur le domaine Hiiragi, quand soudain une silhouette bondit haut dans les airs. Shinya Hiiragi retomba de l'autre côté du mur, assez loin. Trois ans avaient passés depuis son arrivée au domaine. Âgé de 13 ans à présent, l'adolescent continuait sa tâche de gardien. Comme l'avait prédit Éole, les démons refaisaient surface à Shibuya. Il s'éloigna en un éclair du domaine Hiiragi. Il fut rapidement en ville. D'après un démon interrogé deux jours plus tôt, quelque chose se préparait pour le festival du printemps. Une fête à laquelle serait présente la famille, qui se devait d'assister à certains évènements. Mais le gardien prenait les devants, tentant de court-circuiter ce qui se préparait.
« Je ne sais même pas ce que je cherche. Le seul démon que je combats qui décide de se suicider, non mais je te jure. » dit-il.
« Oui, d'ordinaire ils refusent la défaite. Mais celui-ci ne voulait pas te donner d'informations. Ils doivent préparer un gros coup. » répondit Éole.
« Ouais. Pourvu que je trouve ce que c'est à temps. »
Shinya gagna le parc où les préparatifs pour le festival avaient lieu. Les stands étaient tous montés, les guirlandes destinées à illuminer l'endroit également. Il ne restait plus que la marchandise à installer dans leurs stands respectifs. Shinya avança au milieu d'une allée. Ses sens de vampires lui permettaient d'y voir comme en plein jour. Il mit la main dans sa poche et en retira un prospectus parlant du festival. Il le retourna, parcourant le programme des yeux.
« Qu'est-ce qui là-dedans pourrait bien intéresser des démons ? » se demanda-t-il.
Des stands de pêche au canard, de divination, de nourriture, de jeux d'adresse … non il ne voyait pas.
« Merde. » souffla-t-il.
Il replia le papier, puis décida d'inspecter les lieux. Il humait l'air, cherchant une senteur de démon. Durant un bon moment, il ne perçut rien. Shinya s'approcha du temple. Techniquement, les démons ne pouvaient y pénétrer. Il ne releva aucune odeur suspecte, ce qui confirma la règle. Mais il avait fait le tour du festival sans rien trouver. De nouveau.
« C'est pas vrai ! Je vais être obligé d'attendre le jour J. Avec le risque que ça me passe sous le nez cette histoire. » songea-t-il dépité.
« Hélas. A moins que nous n'ayons une vision de ce qui se prépare. » compatit Éole.
Shinya soupira. Tant pis, il n'avait plus qu'à rentrer. De retour dans sa chambre, il retrouva ses deux serviteurs.
« Vous avez trouvé ce que vous cherchiez, maître ? » demanda Sasori à voix basse.
« Hélas non. Je vais devoir attendre le festival pour savoir. »
Il entreprit de se déshabiller pendant que son majordome pliait ses habits et les rangeait. Ils quittèrent ensuite silencieusement la chambre. Shinya de son côté, se mit à genoux sur son lit. Il ferma les yeux. Il devait tenter de soulever les voiles de l'avenir. Ce qui ne marchait pas toujours. L'ado inspira profondément. Il focalisa ses pensées sur le festival, imaginant comment il serait. Une façon d'approcher du futur, comme Éole lui avait appris. L'avenir pouvait se montrer s'il le sollicitait pour cela. Shinya reconnut bientôt la sensation de chute qui annonçait une vision. Le festival qu'il imaginait prit forme sous ses yeux. La musique envahit bientôt ses oreilles, de même que le joyeux brouhaha de la foule. Shinya marchait entouré des Hiiragi. Il se demanda un instant s'ils allaient s'arrêter à un stand particulier. Ces gens-là savaient-ils au moins se détendre ?
Tu parles Charles. On avançait et c'était tout. Un instant après, Shinya se retrouva assis sur un tapis. Devant une estrade, où se déroulait une pièce.
« Où est- elle ? » entendit-il.
Mahiru. Elle cherchait quelque chose. Ou quelqu'un. L'image changea encore. Shinya se retrouva dans une ruelle. Il découvrit alors la petite Shinoa âgée de cinq ans qui suivait un drôle de papillon lumineux. Shinya n'eut que le temps de se dire que l'insecte était anormal. Une camionnette déboula à fonds de train droit sur l'enfant qu'elle percuta. Shinya sursauta en voyant le petit corps être projeté dans les airs tel une canette aplatie. Un homme sortit du côté passager, ramassa Shinoa qu'il emporta. La vision s'arrêta là.
Shinya rouvrit les yeux. Ainsi donc, la petite serait kidnappée le jour du festival. Soudain, il tourna la tête vers sa porte-fenêtre, en alerte. Il bondit, ouvrit et sauta.
« Yuugure du soir aux milles étoiles, réponds à mon ordre. » incanta-t-il tout en courant.
La lance de métal apparut dans sa main droite. Il fila vers le fonds du jardin, à l'arrière du domaine. Quelque chose se tenait là. Shinya franchit le mur et retomba en pointant sa lance sous le cou de … d'un truc brillant. Cela avait une silhouette humaine mais ce n'était clairement pas humain.
« C'est quoi ce machin ? »
« Un shikigami, un messager. »
La silhouette se tourna vers lui. Il annonça que la prêtresse du temple où aurait lieu le festival souhaitait une rencontre. Shinya garda ses yeux rouges dardés sur le phénomène. Éole lui fit savoir qu'il pouvait y aller. Elle avait souvent eu recours à des moines ou prêtresses dans sa mission. Shinya ôta donc son arme, et annonça qu'il acceptait l'audience. Le shikigami devint alors une feuille de papier qui flotta en direction du temple. Sur le seuil, deux femmes l'attendaient, un poing dans la paume de l'autre main, inclinées en salut.
« Bienvenue gardien. La prêtresse vous attend. » dit l'une d'elles.
Shinya leur rendit leur salut puis les suivit dans le temple. Ils traversèrent une cour de pierre, puis elles ouvrirent une porte coulissante dans un bâtiment du fond. Une femme attendait, à genoux sur un coussin. Elle arborait de très longs cheveux noirs, attachés en queue de cheval retenus par un ruban blanc. Sa tenue se composait d'un pantalon ample et rouge, ainsi que d'une veste blanche. Shinya ôta ses chaussures, puis entra. Le parquet sous ses pieds était lisse et impeccable. Derrière la prêtresse se trouvait un étendoir empli de bougies allumées. Deux baguettes d'encens avaient été disposées autour d'elle.
« Salutation gardien. Prenez place je vous prie. Je nomme Aya, prêtresse du temple.» annonça la femme en tendant la main vers un coussin devant elle.
« Shinya, vampire gardien. » dit-il simplement.
Il s'assit et déposa Yuugure devant lui. Il affichait toujours ses attributs de vampire.
« Enchantée. Pardonnez-moi de vous convoquer à une heure si tardive, mais je devais vous parler d'urgence. » reprit Aya.
« Ça ira, les vampires sont nocturnes et dorment très peu. Mais dites-moi avant tout comment avez-vous eu connaissance de mon existence ? » questionna Shinya.
« Nous avons perçu l'aura de votre arme. L'histoire du vampire gardien qui empêche les démons d'envahir notre monde est une vieille légende. Certains moines ou prêtresses l'ont déjà croisé, que ce soit en humain ou vampire. » expliqua Aya.
Shinya acquiesça. Aya l'informa ensuite qu'elle avait également perçu la présence de démons dans le secteur. Shinya précisa qu'il les cherchait justement. D'après la prêtresse, ils tentaient probablement d'ouvrir la porte des enfers pour permettre à leur peuple de revenir dans le monde des vivants. Ils dévoreraient les humains et prendraient possession de leur corps. Mais pour cela, il leur fallait un sacrifice, un puissant médium. Shinya écarquilla les yeux. Shinoa ! C'était pour ça qu'il l'avait vue se faire enlever.
« Nous menons toujours nos recherches, et je pense savoir où ils ont prévu leur sacrifice. Non loin d'ici se situe l'ancien emplacement de ce temple. Avec notamment une crypte souterraine. Ils se cachent bien, mais je suis pratiquement certaine qu'ils opèreront là-bas. » révéla la prêtresse.
« Je vois. Je vous remercie de vos informations, elles me seront précieuses. » dit-il.
« Je vous en prie. C'est aussi notre rôle de nous occuper des démons. Prenez cet arc et ces flèches. Ils contiennent le pouvoir du temple. Même si je me doute que votre lance est puissante. » reprit Aya.
Elle lui tendit un carquois plein avec un arc. Shinya en ressentit la force lorsqu'il les prit. Des armes de distance étaient toujours utiles. Le jeune remercia la prêtresse et se leva. L'entretien était clos. Sur le chemin du retour, il se demanda s'il ne devait pas aller jeter un œil à cet endroit.
« Tu n'en auras pas le temps. Le soleil se lève. » informa Éole.
Shinya remarqua en effet le changement de couleur du ciel. Il n'avait que le temps de rentrer. Le festival était prévu pour le soir même. Tant pis, il n'aurait qu'à être sur ses gardes. Dans sa chambre, il dissimula l'arc et le carquois sous son lit. Il se changea ensuite et alla prendre le petit-déjeuner. La journée se passa normalement, entre entraînement et études. Seishirou se fit battre par toute sa fratrie. Kureto s'en sortait bien, mais Mahiru et Shinya lui donnèrent du fil à retordre. Enfin, Shinya veilla à ce que son aîné le batte. Kureto le regarda quitter la salle d'entraînement. Il avait l'impression que l'argenté retenait ses coups. Qu'est-ce qui pouvait bien l'y pousser ? Et que se passerait-il s'il ne le faisait pas ? L'aîné Hiiragi sentait que ce mioche cachait quelque chose. Il ferait sans doute bien de découvrir quoi.
« J'ai fait selon vos ordres, maître Shinya. » annonça Kuma.
« Parfait. »
Il alla se consacrer à l'enchantement des armes. Il maitrisait mieux Yuugure à présent, mais des armes d'appoint ne seraient pas un luxe. Kureto approcha de la salle où il se trouvait. Par la porte entrouverte, il l'aperçut en train d'enchanter un poignard.
« On t'as déjà dit que tu étais pénible ? » lança Shinya.
« Merde. »
Shinya se tourna vers la porte, avec un sourire moqueur. Kureto ouvrit.
« Comment se fait-il que tu saches toujours que je suis là ? » s'enquit-il.
« Au hasard, parce qu'il y a que toi qui m'espionne de la sorte ? »
Kureto afficha des yeux en bille. Forcément. Il entra et avança jusqu'à son frère.
« Que fais-tu ? » interrogea Kureto.
« Une petite pédicure. Faut savoir prendre soin de soi. » répondit Shinya en posant sa lame.
« Je te demande pourquoi tu fais ça. » rectifia son aîné avec un soupir.
« Eh ben dis-le clairement la prochaine fois. » rétorqua l'ado.
Kureto leva la tête au ciel. Il était impossible celui-là.
« Et sinon, tu en es où dans ton jeu vidéo ? » reprit Shinya en se tournant.
Shinya avait en effet initié Kureto aux consoles de jeux. Portables bien sûr. Si au début le jeune avait paru dédaigneux, il avait rapidement fini par s'y intéresser. Et pas qu'un peu, ce qui lui avait valu une taquinerie de la part de Shinya.
« J'ai presque fini, mais change pas de sujet. »
« Écoute Kureto, ce que je fais de mon temps libre ne regarde que moi. Si j'ai envie d'apprendre un sujet en particulier, je le fais et puis c'est tout d'accord ? » répondit Shinya en se levant.
Il se planta devant son aîné tout en parlant et le regarda droit dans les yeux. Kureto ne put s'empêcher de se demander comment il faisait. Shinya n'avait pas l'air entravé comme eux. Il avait l'air libre, sûr de sa force. Une partie de Kureto trouvait cela indigne de la famille, mais de l'autre … il enviait cela. Il en admirait même un peu son jeune frère, qui il l'avait vu semblait aussi défier leur père. Jamais il n'avait baissé les yeux face à lui, ni même reculé. Kureto se souvint de la première fois où il avait été témoin de la rébellion de Shinya. C'était lorsqu'il avait perdu la mémoire après son fameux combat.
Devant la lenteur des progrès il avait pris l'affaire en main. L'homme avait menacé de battre son fils adoptif s'il ne se rappelait pas plus vite de ce qui s'était passé. Shinya avait répondu par une expression de mépris. Offensé, le patriarche avait alors brandi sa canne pour l'asséner sur l'épaule du jeune. Il était le plus rapide, plus fort. Shinya n'avait aucune chance. Pourtant, il avait stoppé la canne à une main, aussi aisément que s'il attrapait une plume. Il avait ensuite tiré si fort qu'il en avait déséquilibré Tenri, déjà surpris par sa résistance, et l'avait fait chuter. Pointant ensuite la canne à ras de son nez, Shinya lui avait froidement annoncé qu'il n'était pas un paillasson. L'aura qui avait jailli du gamin à cet instant avait fait frissonner tout le monde. Tenri en était furieux, pourtant il était resté à terre.
« Tu me dois le respect, sale gamin. Surtout si tu ne veux pas retourner de là d'où tu viens. »
« Le respect se mérite. Et je ne crains pas de quitter cet endroit. »
Shinya lui avait alors tourné le dos dans un geste de mépris total, en plus de balancer sa canne par-dessus son épaule. Kureto avait été à la fois choqué et impressionné. Shinya se moquait bien de l'approbation de leur père. Il se fichait qu'on le félicite ou qu'on le critique. A part cela, il était également le seul qui lui témoignait de la gentillesse. Trois ans plus tard et Kureto ne savait toujours pas que penser de lui. Pour l'heure, il soupira.
« Tu devrais essayer d'être un peu moins rebelle, tu sais. Certains pensent que tu ternis l'image de la famille. » conseilla Kureto.
Shinya haussa un sourcil dédaigneux.
« Que m'importe. Maintenant si tu n'as rien de mieux à faire, je te prierais de me laisser. » reprit le jeune.
« Tu ferais au contraire d'en prendre bonne note, sinon on ne tolèrera pas ce comportement bien longtemps. » insista l'aîné.
« HA ! » ne put s'empêcher de rire Shinya.
Il lui serait si facile de tous les soumettre. De les mettre à ses pieds, d'en faire ses esclaves. De tous les tuer aussi, si naguère l'envie lui en prenait. S'ils savaient … s'ils pouvaient mesurer à quel point leur vie ne tenait qu'à son bon vouloir. Kureto était aussi abasourdi qu'indigné.
« Tu devrais nous être reconnaissant de t'avoir accepté parmi nous. Notre nom et la place qui t'attends te fait entrer dans l'élite de notre monde. Au premier rang. »
« Tu me prends pour un idiot ? La seule place qui m'attend ici c'est celle d'un géniteur, rien de plus. Maintenant pour la seconde et dernière fois, laisse-moi. » répliqua Shinya.
Kureto fulminait. Sans doute devait-il lui faire comprendre par la manière forte. Il décida d'avancer vers lui, et tendit la main pour saisir son col. Mais Shinya, qui examinait son poignard, intercepta son poignet sans le regarder. Il tourna brutalement sur lui-même, faisant décoller son aîné. Il le lança ensuite hors de sa chambre. Kureto s'encastra dans le mur. Shinya referma la porte d'un claquement. Son frère se releva, puis se jeta sur la porte en le sommant d'ouvrir.
« Ce n'est pas parce que tu tempêtes que je vais ouvrir. » répondit la voix calme de Shinya.
Kureto s'acharna un moment avant de stopper, bouillonnant de colère. Il lui paierait ça.
Le soir venu, chacun se prépara pour se rendre au festival. Shinya mit un t-shirt et un short sous son kimono. Il lui faudrait se battre ce soir, autant être à l'aise. Il rejoignit le reste de la famille encadré par ses serviteurs, ignorant au passage le regard noir que lui adressait Kureto. La famille Hiiragi se mit en route. Des voitures noires les attendaient dehors. Les enfants montèrent tous ensemble, pour la plus grande joie de Kureto et Seishirou. Shinya, assis côté fenêtre s'y vissa. Un silence peu engageant régna dans le véhicule. Mahiru, qui se tenait à côté de son pseudo-fiancé remarqua la tension qui émanait de son aîné, et les regards brûlants de colère qu'il adressait à Shinya.
Cela ne la surprit guère. Son fiancé ne rentrait décidément pas dans le moule qu'on lui destinait. Il s'y refusait même catégoriquement, ce qui la laissait aussi perplexe qu'impressionnée. Mais la famille ne pouvant plus faire marche arrière, Shinya occupait donc toujours le statut qui était le sien. Finalement, ils arrivèrent au festival. Là encore, ils marchèrent selon la hiérarchie de chacun : Kureto devant, Shinya et Mahiru juste derrière suivis par Seishirou et Shinoa. Mahiru espérait bien se détendre un peu ce soir. Elle invita ainsi Shinoa à pêcher au canard. Kureto inspira, ennuyé. Il se tourna légèrement. Ses yeux noisette tombèrent sur Shinya.
« On dirait qu'il est sur ses gardes. » remarqua-t-il.
Le jeune, bras croisés dans ses larges manches, observait en effet la foule autour d'eux avec attention. Éole lui fit remarquer que selon leur vision, il ne se passerait rien avant la pièce de théâtre. Les cris de ravissement des sœurs le tirèrent de sa vigilance. Shinoa avait attrapé un petit canard rose, et Mahiru applaudissait.
« C'est vrai, je dois surveiller Shinoa. » se rappela Shinya.
C'était elle la cible. Les sœurs pêchèrent encore quelques canards, avant de repartir avec une peluche chacune. Shinya adressa un compliment à la petite, avant de repartir. La famille avança un moment. Sur le chemin, des membres de la famille Sanguu apparurent. Parmi eux, une petite blonde serrée dans un kimono orange aux lotus verts vint saluer Kureto avec déférence. Elle fut ensuite autorisée à marcher avec lui. Shinya ne lui prêta aucune attention et elle non plus. Soudain, l'adolescent se tendit. Ils venaient d'arriver vers cette grande estrade de bois où serait jouée la pièce. Il chercha immédiatement Shinoa du regard. Elle avait déjà disparu.
« Merde ! » s'exclama-t-il.
« Qu'y a-t-il ? » s'étonna Mahiru.
« Shinoa n'est plus là. »
« Quoi ? »
Mahiru regarda aussitôt autour d'elle. Shinya en profita pour s'esquiver. Il ôta son kimono qu'il lança sur la tête de Sasori, comme si elle était un porte-manteau. Shinya passa en mode vampire, et huma l'air à la recherche de l'odeur de l'enfant. Il devait la trouver vite avant qu'elle ne se fasse kidnapper. Ah ! Là ! Vite, il se précipita sur la piste odorante. L'ado s'éloigna du festival, comme dans sa vision. Si seulement il avait pu voir le nom de la rue. Tant pis. Sa vitesse devrait pouvoir compenser. Son ouïe fine perçut bientôt un bruit de moteur. Finalement, il aperçut la silhouette de la fillette qui suivait son papillon de lumière. Et la camionnette qui se rapprochait.
Shinoa se figea, ayant remarqué le véhicule lui fonçant dessus. Les phares s'allumèrent d'un coup, l'éblouissant. Shinoa ferma les yeux. Pile quand son frère adoptif se jeta sur elle, tournant ainsi le dos au camion. Il plaqua son visage contre son épaule et tendit une main contre laquelle s'écrasa la camionnette.
Le moteur ronfla. Ils essayaient de forcer le passage. Shinya se leva et souleva l'engin d'un geste brusque. Si bien qu'il tomba sur le toit. Shinya emporta aussitôt l'enfant. Le papillon était très probablement une illusion destinée à l'attirer. Le jeune garçon revint dans le festival. Mais alors qu'il retrouvait le reste de sa famille, et qu'il déposa Shinoa devant Mahiru, une obscurité intense tomba. Les gens émirent des sons surpris et inquiets. Heureusement, Shinya y voyait parfaitement bien. C'est ainsi qu'il vit un groupe de personnes fondre sur eux.
Il sortit deux poignards ensorcelés de son dos. Puis en silence et très vite, il entreprit d'éliminer chacun des assaillants. Les enfants Hiiragi furent chacun victime d'une tentative d'enlèvement. Mais le vampire gardien intervenait à chaque fois, juste avant qu'ils n'essaient de se libérer ou que l'un des kidnappeurs n'approche. Cependant …
« C'est moi ou il y en a de plus en plus ? »
« Non. Ton action a dû les inquiéter. Il doit leur falloir agir ce soir impérativement. Si ça continue tu vas devoir utiliser Yuugure. » répondit Éole.
« Trop voyant. Raaaah merdouille ils viennent vraiment en masse ! » continua Shinya.
Il craignait d'être contraint à matérialiser sa lance. Mais son secret serait immanquablement dévoilé. Les serviteurs avaient réalisé la situation, mais l'obscurité les handicapait fortement. Pour le moment, Shinya constituait une barrière défensive efficace. Malgré cela il n'avait jamais que deux yeux. Et puis soudain, tout cessa. Telle le reflux d'une vague les assaillants disparurent. Shinya en resta pétrifié. La lumière revint, et il n'eut que le temps de faire disparaître ses yeux rouges. Il vérifia aussitôt que tout le monde était bien là.
« J'en doute, ils sont partis trop vite. Il doit en manquer un. » fit Éole.
« Kureto-sama ? » appela Aoi Sanguu.
« Oh nan ! » répondit mentalement Shinya.
« Oh si. Allez file. »
Il vérifia que tous étaient occupés, puis disparut. Ses serviteurs firent mine de chercher. Lorsqu'il fut hors du festival, Shinya bondit vers le feuillage d'un arbre. Il revint à terre avec l'arc et les flèches offerts par Aya. Il les enfila en courant, puis arrivant près du temple il bondit sur le mur.
« AAAALEEERTE ! À L'AIDE DU GARDIEN ! » hurla-t-il aussi fort qu'il put.
Quand il vit une des filles du temple venir aux nouvelles, il repartit. En chemin, il invoqua Yuugure.
Dans une crypte souterraine, Kureto se débattait de toutes ses forces, cherchant à se dégager pour combattre. Mais ses kidnappeurs avaient une poigne de fer, et ceux qu'ils avaient frappés n'avaient même pas parus sentir ses coups. La façon dont il avait été amené ici, à la vitesse surtout, il sentit que quelque chose n'était pas normal. Et en arrivant dans une vaste salle, il comprit. Une cinquantaine de créatures y était rassemblée. Certaines avec une forme de singe aux crocs proéminents et des billes rouges en guise d'yeux, d'autres ressemblants à des chiens, des lézards … aucun humain.
« Est-ce que ce sont … des démons ? » songea-t-il, les yeux écarquillés.
Il fut emmené tout au fond, et attaché à une croix. Un démon plus grand les autres, en forme de rat, haut de quatre mètres, se pencha vers lui.
« Héhéhé ! Le voilà, notre médium sacrificiel. Il a l'air d'avoir un peu plus de pouvoir que la cible prévue. Tant mieux. » dit-il en prenant son visage entre des doigts aux longues griffes.
Et en lui offrant un échantillon d'Haleine de Chiottes n°5. Kureto eut un haut-le-cœur. Mais de quoi parlait-il ? Le rat géant s'adressa au reste des démons.
« Ce soir pour la nouvelle lune, nous allons ouvrir la porte des enfers et permettre à tous les nôtres de revenir dans ce monde. Nous reprendrons ces terres aux hommes, et irons conquérir le reste ! » clama-t-il en levant le bras.
Les démons approuvèrent d'un cri. Le rat se tourna, puis tendit la patte vers un coussin porté par deux autres rats à taille humaine. Il prit un poignard à la lame ondulée, un atame. Il jeta un regard sadique à l'adolescent prisonnier. Ce dernier tordit ses poignets pour se libérer. En vain. Le rat prit de l'élan avec le bras tenant le poignard.
« Adieu petit médium. Avec notre reconnaissance. » dit-il en guise d'adieu.
Kureto sentit pour la première fois la peur. La peur primaire face à la mort, née de l'instinct de survie. Il n'aurait jamais imaginé une fin pareille. Il avait connaissance des démons à cause de ses sœurs, mais de là à imaginer pareil scénario … tout à coup, des cris aigus retentirent dans la crypte. Le rat suspendit son geste. Kureto distingua des flammes rouges consumer les démons.
« Qu'est-ce qui se … » fit le rat.
WHACK ! Il fut soudain projeté droit contre le mur du fond par … un coup de genou en pleine tête de Shinya. Ce dernier retomba souplement sur le sol, fit tournoyer une lance de métal rougeoyante dont il transperça les deux autres rats. Puis il trancha net les liens de Kureto.
« Shinya ? » s'étonna ce dernier en retombant.
Le rat géant se releva avec un rugissement. Shinya attrapa Kureto par la taille avec un bras et l'emporta à l'autre bout de l'estrade de pierre.
« Toi ! J'en étais sûr ! C'est toi qui a empêché l'enlèvement de la première cible ! Je savais qu'on te croiserait, vampire gardien ! » gronda-t-il.
Vampire gardien ? Kureto tourna la tête vers son frère. Et il aperçut ses yeux rouge sang.
« Je vais t'écraser une bonne fois pour toutes maudit gardien ! » menaça le rat.
Shinya ne lui laissa pas le temps de réagir : empoignant son frère qu'il chargea sur une épaule, il fonça en courant sur un mur. Le rat géant tonna qu'on les attrape. Kureto vit les singes grimper jusqu'à eux. Mais Shinya les écartait d'un coup de lance net et précis. Alors qu'il atteignait la sortie, un mur se dressa devant eux. Shinya pila : de la pierre. S'il avait été seul il serait passé au travers. Il reposa donc Kureto, auquel il tendit l'arc et le carquois.
« Cadeaux des prêtresses du temple. Tu sauras quoi en faire je suppose. » dit-il.
Kureto prit les affaires en le dévisageant, notant au passage les crocs dans la bouche. Shinya pour sa part, prit sa lance à deux mains. Les démons grondèrent. Yuugure les maintenait en respect. Puis soudain, il disparut de la vue de son frère. Il le redécouvrit au milieu de la harde de démons, fracassant et embrochant tout sur son passage. Ses coups de pieds étaient suffisamment puissants pour trancher un démon en deux. Mais ceux-ci devenaient alors deux démons. Ils se jetèrent tous sur lui. Shinya tournoya sur ses mains. Yuugure lança des arcs de flammes rouges. Il fléchit ensuite les jambes. Le sol craqua sous ses pieds. Ensuite, il fonça si vite à travers les démons que ces derniers volèrent comme des quilles.
Kureto observa, interdit. Voici donc son véritable pouvoir … celui d'un vampire. Shinya tournoyait si vite que l'air commençait à suivre son mouvement et à être visible. Tout à coup, Kureto entendit un cri près de lui. Dégainant une flèche, il abattit un démon qui se consuma. Il tâcha ensuite d'aider son frère. Même si ce dernier n'en avait pas vraiment besoin. Courant toujours, il entama une incantation.
« Yuugure du soir aux milles étoiles, que ton cœur devienne plus ardent que le soleil ! Accorde-moi la force du soleil rougeoyant et que ta colère s'abatte sur une centaine de démons ! » s'exclama Shinya.
Une boule rouge se forma à la pointe de la lance. Elle enfla pour devenir grosse comme un pneu. Shinya leva sa lance et envoya l'attaque dans un arc de cercle. La sphère écarlate gonfla encore, et engouffra tous les démons présents. Le vampire retomba au milieu.
« Tu es aussi fort que le dit la légende. Mais tu n'as combattu que des sous-fifres. » dit le rat géant.
« Faut bien s'échauffer un peu. » répliqua Shinya.
Soudain, le mur derrière lui s'effondra. Les prêtresses du temple déboulèrent, arc en main.
« Emmenez mon frère, je me charge du menu fretin. » annonça Shinya.
« DU QUOI ?! » tonna le rat.
« Vous êtes sûr, gardien ? » demanda Aya.
Shinya répondit par un geste de la lance. Aya plaça une main sur l'épaule de Kureto, et l'entraîna.
« Bas les pattes, je ne fuirais pas. » protesta-t-il en chassant sa main.
« Kureto. » appela Shinya.
Le concerné le regarda.
« Tu sors avec elles, ou c'est moi qui t'éjecte. » avertit Shinya, sans tourner la tête.
Aya l'entraîna. Kureto regarda Shinya mais suivit sans discuter. Le rat en face du jeune agita la queue. Il leva les pattes avant puis frappa d'une patte arrière le sol, qui gronda. Il se fissura ensuite. Shinya fronça les sourcils en découvrant des mains squelettiques sortir. Des squelettes de rat émergèrent.
« Voyons si ta lance peut quelque chose contre eux. » lança son adversaire.
« Il a raison. Yuugure ne fonctionne que sur ce qui est fait de chair. » intervint Éole.
Shinya fit alors disparaître son arme et se mit en garde. Les rats osseux se jetèrent aussitôt sur lui. Il sauta, puis passa sur leur crâne en tâchant de le briser. Atterrissant ensuite, il brisa la colonne vertébrale d'un autre, récupéra sa tête et la lança avec une telle force qu'il en faucha trois autres. Un des squelettes le saisit par derrière. Shinya lança son poing qui cassa la face de son assaillant, un coup de pied pour celui qui venait devant. Puis il en attrapa un qui fit office de massue pour le reste.
Dehors, Kureto réfléchissait. Il avait été enlevé par des démons désirant le sacrifier. Shinya s'était porté à la rescousse, et il avait appris la vérité sur lui. Enfin, le début de la vérité. Il leva les yeux vers les prêtresses. L'une d'elle l'avait appelé gardien.
« Dites. » appela-t-il.
Aya tourna la tête vers lui.
« Pourriez-vous m'en dire plus sur cette histoire de vampire gardien ? » demanda-t-il en désignant l'entrée de la grotte.
« Je ne peux vous en raconter que ce que je sais. Le vampire gardien est une légende connue dans le milieu de la prêtrise. Cette créature plusieurs fois centenaire est chargée d'éliminer les démons et veiller à ce que la porte des enfers reste close. Parfois, il se mesure aussi aux anges mais c'est plus rare. Ce vampire est très puissant, son rang est … ah je ne me souviens plus. Tout ce que je me rappelle, c'est que c'est une femme prénommée Éole qui a la capacité de s'incarner dans les humains. Et qui semble aussi posséder des pouvoirs spirituels. » raconta Aya.
Un vampire pouvant habiter le corps des hommes ? Kureto n'en avait jamais entendu parler. Mais pourtant, tout était vrai. Comment Shinya en était venu à devenir le réceptacle de cette créature ? En attendant, il savait maintenant pourquoi il se retenait en entraînement. Pourquoi il pouvait défier Tenri Hiiragi. Parce qu'il pouvait se le permettre. Sa force devait être impressionnante. Soudain, il entendit un bruit sourd. Il se tourna brusquement vers la grotte. Son frère devait être en difficulté. Il ignorait depuis combien de temps il exerçait en tant que gardien, mais peut-être n'avait-il pas la puissance requise pour vaincre ce démon. Kureto serra les poings. Il devait y aller. C'était son devoir. Il fit un pas, quand Aaya l'arrêta.
« Lâchez-moi. J'ai une dette envers lui. » dit-il en chassant sa main.
Aya le relâcha. Puis elle le rattrapa.
« Il est de mon devoir d'abattre les démons. » dit-elle à sa hauteur.
Dedans, Shinya avait heurté une paroi. Le rat utilisait sa queue qui lui fournissait une arme à distance. L'adolescent était éreinté. Le démon se tourna vers lui et ouvrit la gueule. Il en sortit un nuage jaunâtre très corrosif. Shinya ramassa Yuugure et la pointa contre la fumée. Il aperçut soudain une lame venir vers lui. Un projectile stoppa sa lancée. Une flèche.
« Qu'est-ce que tu fous là Kureto ? Je t'ai dit de te mettre à l'abri ! » s'exclama Shinya.
Les prêtresses envoyèrent une volée de flèches.
« Je suis l'aîné de la famille. Je ne vais pas fuir et me cacher lâchement. » répondit le concerné.
« T'es pas de taille bordel ! » reprit Shinya en se relevant.
Il se cramponnait à la pierre, le souffle court. Kureto plissa les yeux. Son frère avait l'air à bout de souffle. Le rat en face lâcha à nouveau son gaz mortel. Shinya s'interposa avec sa lance. Mais son bras tremblait. Kureto approcha de son frère.
« Prend mon sang. Tu m'as l'air d'avoir soif et à bout de forces. » dit-il en écartant les pans de son kimono, dévoilant une épaule.
Shinya écarquilla les yeux et déglutit. Le vampire en lui commençait à prendre le dessus.
« Je ne peux pas faire ça. »
« Tu crois vraiment que c'est le moment de chipoter ? » lança Kureto en levant un sourcil.
Les prêtresses contre-attaquèrent, faisant reculer le rat et permettant à Shinya de récupérer.
« C'est pas ça. Mais ma morsure possède un effet asservissant. Si je te mords, tu deviendras mon serviteur à vie. » révéla Shinya.
Ah, sembla penser Kureto. Voilà qui méritait réflexion. Pourtant, il lui fallait de l'énergie. Alors … puisqu'il ne pouvait mordre … Kureto sortit une flèche qu'il fit tournoyer habilement, et s'égratigna avec. Puis il tendit son avant-bras à Shinya. L'odeur du sang l'envahit. Il n'avait pas autant besoin de sang qu'un vrai vampire, mais lorsqu'il était épuisé c'était une autre histoire. Comme hypnotisé, il avança et prit le bras de son aîné.
« Ne mord pas. » rappela Éole alors qu'il ouvrait la bouche.
Shinya posa simplement les lèvres et aspira. Le liquide rouge le revigora aussitôt. La vampire lui conseilla d'en verser sur Yuugure. Il souffla ensuite un merci à Kureto qui hocha la tête.
« Demande leur force aux prêtresses. D'ordinaire, c'est aux Courtisans de t'en prêter mais là … » conseilla Éole.
Shinya passa le message. Elles se concentrèrent, pendant que le jeune fournirait une distraction. Shinya s'élança. Il se mit à tourner si vite autour du rat qu'il en devenait invisible. Et brusquement, il fusa vers lui d'un coup de pied sauté et lui passa au travers créant un trou béant. Il glissa ensuite jusqu'au groupe, puis brandit Yuugure. L'énergie des prêtresses et celle de Kureto fit rougeoyer l'arme lorsqu'ils la touchèrent.
« Yuugure du soir aux milles étoiles, que ton cœur devienne plus ardent que le soleil ! Accorde-moi la force du soleil rougeoyant et que ta colère s'abatte sur une centaine de démons ! »
Une énorme sphère rouge se forma au bout de la lance, puis fila sur le rat. Ce dernier fut engouffré dans les flammes.
« Maudit sois-tu gardien ! » hurla le rat avant de partir en cendres.
Shinya retomba à genoux, hors d'haleine. Il avait utilisé beaucoup d'énergie ce soir. Yuugure disparut. Kureto avança, puis prit Shinya sur son dos. Trop épuisé, celui-ci ne protesta pas.
