Les choses sérieuses commencent, pourtant Shinya conserve son côté rebelle.

Bonne lecture


Trois ans de plus passèrent. Shinya était âgé de seize ans à présent. Une année charnière pour lui, qui l'ignorait encore. En attendant, il avait revêtu son uniforme pour l'école Shibuya, et s'examinait d'un air perplexe dans le miroir. C'était lui ça ? Il se rappelait encore des tenues du camp où on l'avait entraîné. C'est sûr, voilà qui était nettement plus classe. Plutôt noir, mais classe. Il se sentait à l'étroit là-dedans, mine de rien. Un toc toc à la porte le tira de sa réflexion.

« J'arrive. »

L'adolescent traversa le salon du loft loué pour lui. La fratrie Hiiragi logeait dans le même immeuble, chacun dans son appartement. Ils avaient cependant tout un étage pour eux. Question de sécurité paraissait-il. Ce qui ne lassait pas d'amuser Shinya : lui, pour le surprendre il fallait se lever de bonne heure. Voire ne pas se coucher du tout. Il retrouva les autres dans l'ascenseur. Kureto arrondit un instant les yeux en le découvrant. Il se tenait appuyé contre le fond de la cabine. Durant la descente, personne ne pipa mot.

« Mais pourquoi tu tires sur ta veste ainsi ? » interrogea Mahiru.

« Raah ça m'entrave de partout j'aime pas ! » gémit Shinya.

« Tsss ! Même pas fichu de porter un uniforme. » railla Seishirou derrière.

Shinya tourna la tête et darda un regard affreusement noir sur lui. Un sourire étira les lèvres de Kureto quand il entendit Seishirou déglutir.

« Allons, tu t'y feras. » reprit Mahiru en réajustant le col de son fiancé.

Shinya nota qu'elle portait un nouveau parfum. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. La fratrie en sortit et se rendit dans l'institution. D'autres élèves qu'ils croisèrent les saluèrent avec déférence, voire crainte. L'entrée du bâtiment apparut bientôt. Shinya plissa les yeux. Alors, c'est ici qu'il était censé approfondir ses connaissances. Éole manifesta sa curiosité et espérait bien une visite. Shinya fit la moue : tant qu'elle ne l'affichait pas comme lors de son arrivée chez les Hiiragi … Une fois dans la cour, chacun se dispersa. Les pétales des cerisiers en fleurs chutaient doucement. Shinya en attrapa un vol.

« Bon et maintenant ? » pensa-t-il.

Kureto gagnait son bureau de président, pendant que Seishirou retrouvait les seuls fans qu'il avait. Mahiru entra dans le bâtiment. Elle avait son discours à répéter avant la cérémonie d'ouverture de l'année scolaire. Shinya poussa un soupir puis alla s'adosser contre un mur. Il lâcha son sac qui tomba dans un bruit mat. Une douce brise souffla, il ferma les yeux.

« Est-ce une bonne chose pour moi d'être ici ? Je risque d'avoir encore moins de temps pour combattre les démons. Or il y en a d'un sacré calibre qui se baladent depuis quelque temps. Les Courtisans parviennent à en éliminer certains, mais les grosses pointures restent pour moi. »

Shinya rouvrit les yeux. Cependant, quelle excuse aurait-il pu trouver pour être dispensé d'école ? De plus, il se sentait assez excité à l'idée d'avoir des camarades de son âge. Des amis même, peut-être. Il faudrait juste voir à ce qu'ils ne soient pas attirés que par son nom. Alors qu'il parcourait la cour des yeux, il repéra un trio qui paraissait focaliser l'attention. Shinya passa en mode vampire en prenant soin de fermer les yeux pour qu'on ne remarque pas les prunelles vermeilles. Il entendit ainsi les commentaires de ses condisciples sans difficulté malgré la distance. Et surtout un nom. Ichinose.

« Ah. »

Le voilà donc, ce fameux Guren. Shinya le regarda avancer. Hmmmoui, question physique ça allait. Il y avait de quoi plaire en effet. Hiiragi ne bougea pas, se contentant de le regarder progresser. Leur regard se croisèrent, et Shinya lui adressa un sourire espiègle. Guren haussa un sourcil en réponse.

« Bon, maintenant que tu as enfin vu son visage, on peut visiter ? Jamais vu d'école moderne moi. » interpella Éole.

« Voilà voilà, on y va. Mais tiens-toi tranquille et ne me fais pas faire de trucs bizarres. »

« Allons, c'est pas mon genre. »

« À peine. »

Shinya entra donc après Guren, mais partit à l'opposé. Les couloirs étaient encore déserts. Ce qui incita Éole à pousser les portes des classes.

« Hé ! Je t'ai dit de te tenir tranquille ! » rappela Shinya à voix, haute, pendant que le contrôle de son corps lui échappait.

Éole inspecta un pupitre, puis découvrit le tableau. Shinya expliqua son utilité. Naturellement, la vampire lui fit s'emparer d'une craie et griffonner sur le tableau. L'ado attrapa aussitôt son poignet droit.

« Éole ! » dit-il d'un ton de reproche.

En réponse, elle lâcha la craie mais s'empara de l'éponge. Elle essuya le tableau avant de poudrer Shinya.

« Eurf beurk ! » s'exclama celui-là.

Son visage comportait des traces blanches rectangulaires. Toujours aux commandes, Éole quitta la salle pour gambader dans le couloir. Et avec Shinya qui tâchait de la retenir, cela donnait une démarche totalement bizarre. Presque toutes les portes furent ouvertes. Shinya parvint à la retenir de pénétrer dans une salle d'entraînement. Le vampire l'entraîna à l'autre bout du bâtiment. Éole le fit rebondir contre un mur.

« Bon t'as fini tes conneries ?! » s'exclama Shinya excédé.

La porte d'un bureau s'ouvrit, dévoilant Kureto.

« Mais qu'est-ce que tu fais là toi ? Et qu'as-tu sur le visage ? » demanda-t-il.

« Mon locataire qui fait des siennes. » répondit Shinya, en se touchant le visage.

Plein de craie bien sûr.

« Non mais elle m'a pris pour une geisha ou quoi ? » fit l'argenté en se frottant.

Kureto retint un rire.

« Tu risques surtout d'être en retard. »

La sonnerie retentit à cet instant. Shinya se figea, les mains remontant les joues.

« Mer … ça va j'ai plus de craie ? » questionna-t-il.

« Non c'est b… »

Shinya disparut à vitesse de vampire.

« Ce gosse décidément. » soupira Kureto.


Malgré sa rapidité, Shinya fut effectivement en retard. Fort heureusement, son nom lui assura la clémence de l'enseignante. Remarquant soudain une place vide à côté de Guren, il eut alors l'idée de s'y poser.

« Salut, tu es Guren Ichinose non ? » lança-t-il un rien après.

Le concerné le regard avec une expression de lassitude.

« Est-ce bien à moi que tu t'adresses ? » questionna-t-il.

« Oui, je doute d'avoir une conversation de qualité avec ton pupitre. Enchanté, moi c'est Shinya.»

Pas de réaction.

« J'ai entendu parler de toi par le biais de Mahiru. Vois-tu, je suis censé être son fiancé. » reprit l'argenté.

Ah une réaction enfin. Un feu ardent qui embrasa les prunelles améthyste.

« Hmph ! Voilà donc ta vraie nature. Relax, elle et moi ne sommes pas proches. Elle ne m'intéresse pas et je ne l'intéresse pas non plus. Donc nous pourrions être amis qu'en dis-tu ? » proposa Shinya.

Pourquoi le choisir lui, issu d'une famille si décriée ? Par curiosité certainement. Shinya connaissait l'histoire qui avait valu pareille disgrâce à ce clan, et trouvait cela aussi absurde qu'injuste. Guren de son côté, ne semblait pas comprendre l'intérêt qu'il lui portait.

« Bon, alors raisonnons d'un point de vue pratique. Je ne suis peut-être qu'un fils adoptif, mais cela ne saurait te nuire d'avoir un Hiiragi de ton côté. Parce que m'est avis que tu vas disons, en chier grave ici, si tu me passes l'expression. » reprit Shinya.

« Sans doute, mais je doute que les autres Hiiragi apprécient. Toute ta fratrie est présente dans cette école non ? » rappela Guren.

« Oh ! T'inquiètes pas pour eux ! » répondit Shinya avec un sourire souverain.

Mahiru ne lui tiendrait pas rigueur de son amitié avec Guren, surtout s'il le défendait face aux autres. Seishirou savait qu'il ne fallait pas le provoquer, et Kureto aussi mais en sachant pourquoi. L'expression de Shinya interpella Guren. On aurait dit qu'il avait le contrôle de la famille. Il se dégagea de lui une aura de puissance qui stupéfia Ichinose. Un simple fils adoptif pouvait-il réellement posséder la force qu'il pressentait ? Même s'il tâcha de ne pas le montrer, ce Shinya l'intrigua.

« Bien, je te laisse y réfléchir. En attendant, il nous faut nous rendre à l'oraison de notre point commun. » conclut Shinya, le visage serein.

Dans la salle bondée, Shinya décida de s'asseoir à côté de Guren. Les regards étonnés qu'on lui lança lui passèrent au-dessus de la tête. Il s'installa tranquillement puis croisa bras et jambes. Le principal commença son discours. Derrière Guren, une jeune fille rousse l'interpella à une voix si basse qu'il faillit ne pas l'entendre. Elle entreprit de s'entretenir avec lui.

« Excuse-moi jeune fille, mais ai-je bien entendu comment tu as qualifié sa famille ? » fit soudain Shinya en se retournant.

La rouquine derrière devint presque aussi rouge que ses cheveux.

« Tâche de surveiller ton langage à l'avenir. Je porte un certain intérêt à mon camarade là, et je ne tolèrerais aucune insulte à son égard. Ai-je été clair ? »

Les mots avaient été dit d'un ton calme, mais néanmoins ferme. En revanche, Shinya darda un regard polaire. Mito Jujo ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt et se cala contre son dossier. Shinya reporta son attention sur la scène où Mahiru fit son entrée. Il ne prêta guère attention au speech, son regard se promenant plutôt alentour. Tiens, Kureto était présent lui aussi. À peine arrivé et déjà président du conseil des étudiants. Vive la réussite par le mérite. Kureto sentit son regard, et lui en retourna un curieux. Shinya lui fit juste un petit salut de la main. Ce à quoi son frère répondit par une moue ennuyée, puis avec un signe de tête l'enjoignit à être attentif. Shinya tira la langue avec dégoût, ce qui amusa son aîné. Enfin, la cérémonie prit fin. Pas trop tôt selon Shinya.


Les jours passèrent. L'ado trouva finalement l'enseignement intéressant. Une rumeur commençait à circuler sur le fait que Shinya s'intéressait à Guren de manière amicale, contrairement à ce que l'on aurait pu attendre. Guren tentait de l'en dissuader, mais en vain. En sortant de classe, Guren retrouva ses deux servantes dont Sayuri qui attira l'attention sur eux en agitant la main.

« Il a deux femmes gardes du corps ? Sérieusement ils sont … » commença Mito.

« Silence. » lança Shinya en se retournant brusquement.

Personne ne broncha. Mito baissa le regard. Nul ne comprenait pourquoi un Hiiragi prenait la défense d'un Ichinose. Shinya tâcha de rattraper ensuite Guren qui s'éloignait avec ses gardes. Il vit arriver Seishirou en face, et sut que cela ne présageait rien de bon. Du reste, il vit juste : son frère lança un coup de pied retourné direction la tête de Guren. Shinya l'intercepta au niveau de la cheville. Seishirou afficha une mine outragée.

« Allons allons frangin, on n'est pas censé se battre en plein couloir. » dit-il avec son sourire coutumier.

« Toi ! Comment oses-tu … OUCH ! »

Shinya serrait si fort la cheville de Seishirou qu'il crut qu'il allait la lui briser.

« S'en prendre à un faible, c'est indigne de la famille. » reprit-il.

Le silence autour d'eux était impressionnant.

« Tu oses défendre un sale Ichinose ? T'as perdu la tête ? » grimaça Seishirou.

« Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire Seishirou. Je croyais avoir été très clair à ce sujet. Ou bien dois-je démontrer à tous ce que tu vaux vraiment en combat ? Sans doute cela rentrerait-il une fois pour toutes dans le seul neurone que tu possèdes. » rétorqua Shinya d'une voix suave.

Seishirou pâlit. Il savait parfaitement bien que Shinya était bien plus fort que lui. Il avait toujours essayé d'avoir le dessus sur lui, et chaque fois son cadet l'écrasait d'une manière ou d'une autre. Quelques fois en combat, Shinya donnait l'impression qu'il allait le tuer. Les partisans de Seishirou n'osaient intervenir.

« C'est la dernière fois que je te le dirais. T'occupes pas de ce que je fais. » conclut Shinya.

Il le repoussa vivement et lâcha sa cheville. Seishirou bascula, déséquilibré, et chuta. L'argenté le toisa. Son frère se releva, et s'éloigna en boitant. Shinya se retourna tout sourire vers Guren.

« Là ! Un de moins qui te causera du souci. Bien, je te laisse à présent. »

Et de s'en aller une fleur à la bouche cui-cui les p'tits zoziaux. En réalité, Shinya ne quitta pas tout de suite l'institution. Il se dirigea vers le bureau du président du conseil des élèves, alias Grand Frère Si Joyeux. Shinya toqua, puis entra sur l'invitation de son frère.

« 'Soir ! » claironna-t-il.

« Eh bien quelle ambiance ce bureau. Ça donne envie. A quelle heure est l'enterrement déjà ? » commenta Éole.

Shinya retint un sourire.

« Bonsoir Shinya. Assis-toi. » continua Kureto, le nez sur une feuille.

Il leva les yeux au moment où son frère s'écroulait sur un divan, tête en arrière. Kureto afficha des yeux en billes. Il lui avait dit de s'asseoir, pas de tomber comme un sac à patates. Toujours indiscipliné ce gamin. Aoi Sanguu servit un thé au jeune homme.

« Alors, comment se passent tes journées ? » commença Kureto, classant sa feuille et en prenant une autre.

« Gentiment. » fit simplement Shinya.

« Il parait que tu t'intéresses à un Ichinose. Tu prendrais sa défense. » continua Kureto, le regardant cette fois.

Pile au moment où Shinya, toujours tête en arrière et tenant sa soucoupe avec sa tasse, défaisait les boutons de sa veste. Kureto leva la tête.

« … »

Il promena son regard sur le torse caché par le fin tissu de la chemise blanche. Il devenait de plus en plus séduisant ce gamin, ne put-il s'empêcher de songer. (Ndla : pavé lancé, ça c'est fait.)

« Tu es censé garder une tenue correcte entre ces murs. » rappela-t-il.

Shinya afficha une mine blasée. Il avait presque ôté sa veste, ne restait plus qu'une main prisonnière.

« Frangin, tu deviens racorni avec l'âge. » lança-t-il.

« QUOI ?! »

« Et sourd, aussi. » continua Shinya, ôtant tout à fait son vêtement.

« Non mais … tu vas te décider à me montrer du respect oui ?! »

Shinya lui adressa son expression malicieuse, montrant qu'encore une fois il le faisait marcher comme il voulait. Kureto roula des yeux.

« Pour répondre à ta question, la rumeur est vraie. » reprit Shinya en prenant une gorgée.

« Et pour quelle raison ? Tu sais pourtant bien ce que nous pensons d'eux. Si cela sort de cette école … »

« Alors ça, tu sais parfaitement bien ce que j'en pense. » fit Shinya en fronçant les sourcils.

Oui, Kureto savait. Tout comme il savait parfaitement qu'il avait les moyens de s'imposer, pour rester dans les tons courtois. Aoi afficha une mine surprise. Que son maître ne dise rien et que ce fils adoptif se permette ainsi de défier les Hiiragi tout-puissants … quelque chose lui échappait.

« Tu ne devrais peut-être pas être si démonstratif. » conseilla Kureto.

« Trop tard. » répondit Shinya en plongeant un biscuit dans son thé.

Kureto soupira doucement. Shinya n'en ferait qu'à sa tête, il le savait pertinemment. Mine de rien, il avait conservé cet esprit libre et rebelle.

« Tu ne m'as pas dit pourquoi lui, au fait. »

« Pourquoi pas lui, justement. »

« Ce n'est pas une réponse. » répliqua Kureto en levant un sourcil.

« Las, c'est la seule que j'ai. » soupira Shinya en tendant les jambes et basculant la tête en arrière.

Un petit silence suivit. Kureto songea qu'il y avait parfois de quoi se taper la tête contre les murs avec son frère. On ne pouvait pas dire qu'il réagissait comme on s'y attendrait. Il se comportait comme bon lui semblait, tout en restant simple, sans trop en faire.

« Et toi comment ça se passe môssieur le président ? » reprit Shinya.

« Bien, plongé dans la paperasse comme tu vois. Des cours aussi. » répondit Kureto en signant une feuille.

« Bref, rien que de très passionnant. Bon, ben moi j'y vais. Merci pour le thé. » conclut Shinya.

Il déposa sa tasse sur la table basse, prit sa veste qu'il porta sur l'épaule et quitta le bureau.


La semaine suivante eut lieu l'examen visant à évaluer le potentiel des élèves au combat. Shinya rit intérieurement. S'il devait montrer ses vraies capacités, tout le monde s'enfuirait en hurlant leur mère. Mais il se contenta de simplement pervertir le sort de son adversaire, faisant en sorte qu'il ne puisse être lancé. Déloyal certainement, mais qu'importe. Shinya observa ensuite le duel de Guren. Même si ce dernier obtint la victoire, tous trouvèrent matière à le critiquer.

« C'est moi ou vous n'êtes jamais contents ? » lança soudain Shinya bien fort.

Le silence vint.

« Mais enfin maître Shinya, il n'a pas de pouvoir. Il est faible et … » fit Saia Aiuchi, l'enseignante.

Le regard de Shinya devint noir.

« Comme vous l'avez demandé, il a remporté son duel. Point. »

« Bien sûr. » capitula-t-elle.

Shinya croisa le regard perçant de Guren. L'ado s'éloigna. Le brun hésita un instant, puis décida de le rejoindre. Shinya faisait un petit détour par les autres arènes.

« Pourquoi fais-tu ça ? » interrogea Guren.

« Quoi donc ? » feignit de ne pas savoir son interlocuteur.

« Prendre ma défense ainsi. Tu sais pourtant très bien que nos familles sont en mauvais termes. » précisa Guren.

« Évidemment. Mais d'une, je ne suis qu'un fils adoptif, de deux je déteste l'injustice. Et je trouve que ce que tu subis ainsi que ton clan est profondément injuste. » répondit simplement Shinya.

Guren le fixa. Il ne pouvait qu'être d'accord avec lui, seulement c'était tellement étrange de voir un membre de cette famille honnie lui tendre la main. Guren se demanda comment agir. Le fait est que les gens commençaient à ne plus trop le harceler, ce qui s'il était honnête ne pouvait lui nuire, bien au contraire. Surtout s'il devait rester trois ans ici. Levant soudain les yeux, il aperçut Mahiru qui se battait. Il jeta un regard en coin à son condisciple. Shinya avait un visage neutre, impassible. Aucune étincelle dans les yeux, pas de visage qui s'éclaire. Rien qui n'indique un quelconque sentiment d'affection pour elle. Tout à coup, un cri les interpella.

Plus loin, Sayuri affrontait Seishirou. Et la pauvre était dans un sale état.

Autour, les élèves réclamaient la mort de la malheureuse. Certains même clamaient qu'il devait lui arracher les vêtements. Le sang de Shinya fit trois tours dans le mauvais sens. Il sentit ses crocs pousser. Sa main gauche où apparaissait Yuugure picota.

« Oh, calme ! » lança Éole.

Shinya inspira profondément pour se calmer. Il ne pouvait décemment pas se dévoiler ici. Mais il allait tout de même intervenir. Pendant que Guren avançait vers le centre du duel, Shinya se rendit auprès de l'arbitre.

« Vous attendez quoi au juste ? » claqua-t-il.

« Mais euh … le duel n'est pas terminé … » eut le malheur de réponde l'arbitre.

Shinya crut qu'il allait le massacrer. A la place, il contourna le duel et se mit dans le champ de vision de son frère qui s'apprêtait à frapper Sayuri au ventre. La jeune fille était à terre, et il avait levé le pied. Seishirou aperçut Shinya, qui agita négativement l'index. L'ado hésita. Il sentait qu'il était préférable ne pas provoquer l'argenté. Mais il valait mieux que lui, lui il était un vrai Hiiragi. Il n'avait pas à lui obéir ! Seishirou frappa donc Sayuri du pied. Shinya bondit. Seishirou n'eut que le temps de le voir venir. Son cadet le frappa si fort au visage qu'il l'assomma. Un silence de mort tomba. Shinya délaissa Seishirou et vint s'agenouiller près de Sayuri. Guren le rejoignit et lui souleva la tête.

« Sayuri, comment te sens-tu ? » demanda le brun.

« Guren-sama ! » gémit-elle.

« Il faut la conduire immédiatement à l'infirmerie. » préconisa Shinya.

Guren acquiesça, puis souleva sa domestique dans les bras. En se relevant, le fils adoptif des Hiiragi adressa un regard mortuaire à l'arbitre.


Plus tard dans la soirée, il fut convoqué par Kureto. Ce dernier prit la précaution d'éloigner Aoi pour éviter des situations embarrassantes. Shinya ouvrit la porte, et entra avec un air déjà agacé. Kureto lui fit un geste de la main pour qu'il s'asseye.

« On m'a rapporté qu'il y avait eu un incident tout à l'heure. » commença-t-il.

Shinya soupira doucement.

« Tu es intervenu durant un duel. Celui de Seishirou en l'occurrence, ce qui fait que tu as compromis le résultat et donc l'évaluation. Non seulement ça, mais tu as bafoué l'autorité de l'arbitre et tu as aussi cassé la mâchoire de Seishirou pendant que tu y étais. » continua Kureto.

Il croisa les mains et observa son frère. Shinya ferma les yeux avec un froncement de sourcils.

« Bon, annonce ton verdict. » dit-il.

« J'aimerais avant tout que tu me dises quelle mouche t'as piqué. » demanda Kureto.

« Celle à qui j'ai brisé les dents. »

« Shinya. Es-tu seulement conscient des conséquences que cela peut avoir ? » reprit son aîné d'une voix sévère.

« Ouais, ça peut arriver aux oreilles du paternel je sais. Seulement cet abruti n'avait qu'à se tenir aussi. Il avait la victoire et il s'est comporté de façon indigne ! S'acharner sur un adversaire à terre, et une fille en plus ! » s'exclama Shinya.

Kureto plissa les yeux.

« Remballe tes crocs veux-tu. »

Shinya s'aperçut qu'en effet, ses dents vampiriques faisaient un petit coucou. Heureusement que son grand-frère avait congédié son assistante.

« Désolé. Alors, je dois faire quoi ? »

Kureto soupira.

« Je ne peux pas laisser passer ça. Le duel est malheureusement à refaire, dès que tous deux auront récupéré bien sûr. Quant à toi … »

Shinya serra le rebord du canapé. Savoir que Sayuri affronterait une nouvelle fois ce crétin de Seishirou … à cause de lui en plus. Mais il n'avait pas pu s'empêcher d'intervenir. Maintenant qu'il possédait suffisamment de force pour se faire entendre, il n'allait plus se taire.

« Tu m'écoutes ou pas ? » lança Kureto.

Shinya releva la tête, surpris.

« Je disais que j'allais étouffer l'affaire. Fort heureusement, cela s'est passé entre deux Hiiragi, ce qui facilite la tâche. Mais toi, tu es suspendu pour trois jours, et tu as une baisse de ta note de combat. » répéta Kureto.

Mouais, pour lui une punition bien légère. Il allait occuper ces trois jours par une chasse au démon, et les notes il s'en fichait pas mal.

« Tu devrais aussi présenter tes excuses à ton frère. » poursuivit Kureto.

« Jamais de la vie. » siffla Shinya.

Cette fois les yeux saphir virèrent au carmin.

« Tu n'avais pas à le frapper. »

« Je sais, mais les excuses il va s'asseoir dessus et bien profond. » insista Shinya.

Kureto roula des yeux : ce gamin n'en ferait jamais qu'à sa tête. Pourtant il lui enviait cette possibilité. Pouvoir agir selon son gré, sans craindre les conséquences. L'ado en face déclara avoir pris bonne note de sa punition, s'enquit s'il y avait autre chose puis quitta les lieux. Kureto se cala contre son dossier. En toute honnêteté, il savait que son frère Seishirou se comportait comme un sale petit crétin pourri-gâté. Il était le moins doué de la famille pourtant il se pavanait comme un coq. Il n'était pas mécontent que Shinya lui ai cassé la mâchoire. Ils auraient la paix pendant un moment.


La suspension ayant lieu dès le soir même, Shinya fila hors de son appartement dès la nuit tombée, sautant par la fenêtre. Kureto le vit filer depuis la fenêtre de sa chambre. Il soupira doucement. Son frère partait sans doute à la chasse au démon. Il se demanda combien de temps ce genre d'activité allait durer. Sa vie entière ? Le jeune homme resta un moment à regarder dans le vide, avant de tirer les rideaux.

Shinya fut rejoint par les trois Courtisans vampires. Swen l'informa qu'ils avaient repéré une importante activité démoniaque dans les environs. Ils iraient donc y jeter un œil.

Le jour suivant à l'école, les duels se poursuivaient. Guren apprit en tendant l'oreille la punition de Shinya. Il plissa les yeux. Dommage. Il relégua cet incident dans un coin de sa tête pour se concentrer sur les matchs. Encore une journée infernale pour lui. Hélas, il n'imaginait pas à quel point. Guren sentit soudain un intense sentiment de mal-être. Il remarqua soudain une lumière rouge filant droit sur … Mito et Goshi. Ils étaient sur le point d'être touchés par ce truc. Guren réagit et poussa la rouquine.

Mais ce ne fut pas la seule attaque qui survint. Une dizaine de rayons rouges furent lancés sur les élèves. Ce fut la panique totale. Beaucoup furent blessés voire même tués. Une épaisse fumée envahit les lieux. Heureusement, Kureto fut prompt à réagir et envoya immédiatement des troupes de Mikado no Oni repousser l'ennemi. Il intervint également en personne. Mais ce qu'il découvrit le désarçonna. Il se trouva face à un homme dont les yeux n'étaient que deux trous noirs, comme des orbites vides.

« Ce type … n'est pas humain. » songea-t-il.

L'autre en face sourit, dévoilant une série de dents composées uniquement de canines. Il se tenait également comme une marionnette à qui on a coupé les fils, et qui peine à tenir debout. Cela suffit à Kureto pour qu'il comprenne à quoi il avait affaire. Un démon. Les démons attaquaient l'école. Le jeune homme entendit des ronflements autour de lui. Ils l'encerclaient. Son sabre suffirait-il face à des démons ? Il n'eut pas le temps d'y penser. Un sifflement déchira l'air, et le démon en face de lui se retrouva avec une lance plantée dans la poitrine. Il partit rapidement en cendres.

« Yuugure ! Mais alors … » pensa Kureto en se retournant.

Shinya passa trop vite pour qu'il le voie. Il le découvrit devant lui, récupérant Yuugure et filant vers les démons autour de lui. Une série de grognements surpris s'ensuivit.

« Eh bien ! Je m'absente cinq minutes et c'est le foutoir. » commenta Shinya, de nouveau à côté de Kureto.

« Que fais-tu là ? Je te croyais suspendu. » répondit son frère.

« Ta reconnaissance me touche. Je viens de visiter une tanière de démons avec mes Courtisans. Nous avons éliminé ceux restés derrière, et remonté la piste jusqu'ici. Ils s'occupent des non-humains. Je te laisse les humains, car oui, il y en a. » expliqua Shinya.

Il sentit une présence un peu plus loin, différente de celle des démons mais néanmoins familière. Il fronça les sourcils, puis fonça dans la fumée. Plus avant, Saitou dialoguait avec Guren. Enfin, si l'envoi d'une chaîne peut être considéré comme de la conversation. Shinya jaillit à cet instant, dévia la chaine avec sa lance puis la planta dans l'épaule de Saitou qu'il emporta plus loin avec lui. L'action avait été si rapide que ni Guren ni Saitou ne purent saisir ce qui se passait. La lame de Yuugure ressortit de l'épaule et se ficha dans le sol.

« Ugh ! Mais ça brûle qu'est-ce qui … » fit Saitou.

Il rouvrit les yeux pour découvrir Shinya qui le maintenait au sol avec un genou sur la poitrine, une main tenant Yuugure.

« Toi … tu m'es familier… » dit-il en fronçant les sourcils.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? Un humain à moitié vampire ? Oh ! Serais-tu le fameux gardien par hasard ? » demanda Saitou.

Il voulut mettre ses mains sur le manche de la lance, mais ce dernier les brûla.

« Ah ça y est, je te remets. Tu es un 2nd géniteur. Mais t'as bien changé dis-moi. » reprit Shinya.

« Pas autant que vous, Éole je crois. Mais je ne m'attendais absolument pas à ce que vous choisissiez un Hiiragi pour vous incarner cette fois. » reprit Saitou.

« Trève de bla-bla. Dis-moi plutôt ce que tu trafiques avec des démons, et la raison de cette attaque. » répliqua le gardien.

« Ahahah ! Pourquoi ne pas le demander à votre condisciple là derrière ? »

Shinya tourna alors légèrement Yuugure. Saitou grimaça de douleur. Les vampires ne ressentaient presque pas la souffrance, cependant cette lance détenait le pouvoir du soleil. Et la douleur qu'elle infligeait pouvait être terrible pour un vampire.

« De deux choses l'une : ou tu me réponds bien gentiment ou je rentre dans ta tête pour voir ce qui s'y passe. » avertit Shinya.

Saitou décida de contre-attaquer avec ses chaînes. Hélas, elles se heurtèrent à une barrière créée par un talisman. Le gardien remua encore sa lance. Le corps du vampire s'arqua sous la souffrance. Finalement, il se décida à cracher le morceau. Il était ici pour des recherches. L'ado lui demanda ensuite qui lui avait permis d'entrer ici. Mais avant que Saitou ne puisse répondre, le gardien releva une odeur. Il tourna la tête vers la source. Puis délaissant le vampire avec sa lance dans la couenne, il avança.

« Mahiru. »

Un sifflement retentit, en même temps que la jeune fille se retournait pour porter un coup d'épée. Shinya la bloqua avec les doigts.

« Alors c'était toi. C'était toi le démon que j'ai senti il y a trois ans. » dit-il d'une voix froide.

« Shinya … si je m'attendais. Mais il n'y a pas que moi qui ai des secrets on dirait. Tu es quoi au juste ? » répondit Mahiru.

Elle tenta de dégager la lame de son sabre, en vain.

« Depuis combien de temps tu es comme ça ? » reprit Shinya.

« Aaaah, depuis ma naissance. Mais le démon ne s'est pleinement manifesté qu'à mes douze ans, soit à la puberté. Maintenant si tu veux bien me lâcher, je dois vois Guren. »

Shinya entrouvrit la bouche. Une nouvelle pièce s'imbriquait dans le puzzle.

« C'est toi qui a ouvert la brèche dans les barrières … il y a six ans. »

« Oui. Il m'a appelé, mais je n'étais pas consciente de ce je faisais. Lâche ce sabre à présent, je n'ai pas l'intention de te blesser. » reprit Mahiru.

« Comme si tu pouvais. Navré mais tu n'iras nulle part très chère. »

Le visage de Mahiru perdit de sa bienveillance. Il devint froid. Elle tira plus fort pour dégager son sabre, mais le gardien ne bougea pas d'un iota. La fumée autour d'eux commençait à se dissiper. Elle n'avait plus le temps. D'autant qu'elle ne pouvait utiliser son épée trop longtemps. Mais elle ne pouvait abandonner cette arme.

« Lâche-moi ! » s'écria-t-elle d'une voix désespérée.

Mahiru utilisa alors des talismans. Shinya préféra lâcher la lame. Sans Yuugure, mieux valait ne pas présumer de ses forces. Il balaya les talismans d'un geste acéré qui les dispersa. Saitou se décida à appeler sa complice en renfort. Mahiru arriva près de lui de mauvaise grâce : elle n'avait toujours pas pu parler avec Guren.

« Ne touchez pas cette chose avec les mains, ça peut vous brûler. » avertit Saitou.

Mahiru déglutit. La vue de cette lance lui faisait peur. Il fallut que le vampire la presse en avertissant que Shinya arrivait pour qu'elle réagisse. Saisissant le manche avec les pans de sa jupe, Mahiru libéra Saitou. Pile quand le gardien fut près d'eux. Glissant le pied sous sa lance, il la fit sauter dans sa main. Saitou entraîna Mahiru.