Un petit contretemps qui va révéler quelque chose ...

Bonne lecture ^^


Au fur et à mesure que la boussole magique les guidait, Shinya craignait de comprendre. Ils prenaient la direction de Kyoto. Là où se trouvait Sanguinem, juste en dessous. Qu'est-ce que Mahiru fichait là-bas ? Pourvu que … Mais ils y allaient, la boussole était formelle. Si jamais Krul avait quelque chose qu'il ne fallait pas elle entendrait parler du pays. Pour l'heure, il préféra taire ses craintes. Durant un moment, il ne se passa rien de notable. Soudain, Shinya se redressa d'un bond, et Guren fit de même un instant après.

« Je sens un truc bizarre. » dit le brun.

« Une présence démoniaque. Goshi arrête-toi sur la bande d'arrêt d'urgence. » répondit Shinya.

Le blond obtempéra. Shinya fut le premier à descendre. Il se pencha par-dessus la glissière de sécurité. Là en bas, s'étendait une forêt où il percevait une présence démoniaque. Soudain, quelque chose vola vers eux. Un sapin, entier. Les jeunes esquivèrent. Le sapin écrasa leur véhicule.

« Merde ! » fit Shinya.

Il passa aussitôt en mode vampire. Juste à temps pour que ses oreilles perçoivent un bourdonnement, accompagné d'un bruit sourd. Les arbres en bas tremblaient, comme bousculés par un énorme poids.

« La sensation s'intensifie. Shinya qu'est-ce que c'est ? » demanda Guren en se rapprochant de lui.

Le gardien ferma alors les yeux, se concentrant sur son ouïe.

« C'est … tout un troupeau de démons. » annonça-t-il.

« Ils viennent vers nous ? » s'inquiéta le brun.

« Possible. Ou alors tout comme nous, ils ont senti notre présence et passent à l'attaque. »

« Tu comptes y aller j'imagine. » reprit Guren en le regardant.

« Je devrais, mais ça pourrait être un piège de Mahiru. Une façon de nous retarder ou de tenter de nous tuer. Seulement, si je ne fais rien ils s'en prendront aux civils. » analysa Shinya.

« On doit pourtant pouvoir faire quelque chose ! Nous sommes six, nous devrions pouvoir les ralentir. » suggéra Mito.

« Trop risqué. D'après le bruit ils sont très nombreux, dont un très grand. Non, il nous faut une autre stratégie. » objecta Shinya.

« Alors éloignons-les. Si on parvient à séparer le groupe on doit pouvoir en venir à bout.» proposa Guren.

« Je savais que j'avais bien fait de te choisir. Nous allons donner dans le panneau si tel est le but, mais nous ne pouvons passer outre. Très bien tout le monde, voilà le deal. Je les attire, vous attaquez ceux qui passeront à votre portée. Je m'arrangerais pour occasionner quelques coupes claires dans le troupeau. » annonça Shinya.

Guren acquiesça. Les autres obtempérèrent une seconde plus tard. Shinya sortit sa lance, puis bondit par-dessus la glissière en s'appuyant sur une main. Le reste du groupe suivit. Guren prit la tête pendant que Shinya partait à l'opposé. Il bondit dans un arbre pour avoir un aperçu de l'ennemi. Plus loin, un énorme bœuf qui atteignait aisément les six mètres avançait, au milieu d'un troupeau d'une bonne cinquantaine des siens de taille humaine. Il arborait des cornes longues comme un homme, plusieurs boucles d'oreilles à une oreille, et un pagne de cuir (pour un bœuf c'est original) enserrait sa taille. Sa robe marron clair s'ornait de spirales brunes ici et là.

« Ah quand même. Bon, en piste. » fit Shinya.

Il descendit. Puis il se mit en garde. Le sol sous ses pieds cassa lorsqu'il s'élança. Le gardien fonça au milieu du troupeau, pris par surprise. Un bon nombre de démons volèrent comme des quilles. Mortellement touchés par son arme ils se consumèrent avant de toucher le sol.

« Coucou je suis là ! » lança Shinya, à une dizaine de mètres sur leur droite.

Comme prévu, énervé le chef envoya sa troupe sur le gardien. Shinya les laissa s'approcher avant de ficher le camp. Il courut vers l'endroit où se tenaient ses camarades en embuscade. Guren lança une première attaque avec son sabre qui abattit une première rangée de démons.

Il changea ensuite de position. Shigure prit le relais quand les bêtes coursèrent Guren. Shinya fit une seconde coupe juste après elle. Il se montra ensuite, défiant les créatures d'approcher. Mito chargea à ce moment-là avec des talismans. Les démons commençaient à ne plus savoir où donner de la tête. Ils décidèrent donc de se séparer. Shinya étant le plus rapide, il veillerait à ce que personne ne soit en danger.


Entretemps, Kureto avait obtenu une audience avec son père. Ce dernier, assis sur une chaise dans la salle où se réunissaient les têtes des familles les plus importantes, observa son fils venir à lui d'un air peu amène. Kureto s'arrêta au bout de la table, les bras le long du corps.

« Alors, que me vaut cette demande d'entretien urgente ? » questionna Tenri.

« Père, je suis venu discuter d'un sujet qui ne vous plaira guère, mais dont notre survie dépend malgré tout. » introduisit Kureto.

Tenri haussa un sourcil, attendant la suite.

« C'est au sujet de nos recherches sur le Kiju. La menace angélique pèse toujours sur nous. »

Tenri plissa les yeux. Oui, il avait reçu la plume rapportée par son aîné, et avait paru considérer la menace.

« Aurais-tu eu leur visite à nouveau ? » questionna-t-il.

« Un émissaire oui. Il nous a de nouveau menacé de nous détruire si nous persistions. »

« Hmm. Nous sommes en pleine guerre. Si nous déposons les armes les Hyakuya nous détruirons. Et eux, ont-ils reçu des menaces de ce type ? » reprit Tenri.

« Des endroits de recherches et d'expérimentation ont été rasés, tout comme chez nous. Il me parait évident que les instances supérieures nous ont à l'œil. » fit Kureto.

Il ne mentait pas réellement. Il y avait bien un émissaire en la personne de Shinya, et les vampires avaient vraiment attaqué leur ennemi. Les deux organisations se retrouvaient confrontées à quelque chose qu'elles n'avaient pas prévu. Kureto savait qu'il lui fallait convaincre son père, sans quoi tout le monde courrait à la mort. Tenri était orgueilleux comme tout membre de la famille, mais pas idiot. Leur troisième adversaire si l'on peut dire, était éminemment puissant.

« Personnellement, je pense qu'un accord avec les Hyakuya serait préférable. Que chacun renonce à ses recherches, avant que nous n'irritions davantage les cieux et que tout le monde meure. » proposa Kureto.

Mais qui oserait faire le premier pas ? Qui risquerait de passer pour un faible en amenant pareille demande ? Là était le bât qui blesse. Kureto observa son père, cherchant un début de réponse sur son visage. Mais le faciès du patriarche était de marbre.

« Tu peux disposer. »

« Alors allez-vous … »

« J'ai dit … tu peux disposer. »

Kureto fut contraint d'obéir. Il s'inclina légèrement, et quitta la pièce.

« Désolé Shinya. J'ai fait ce que j'ai pu. » pensa-t-il.

Il se rendit auprès de leur service de renseignement afin de savoir où l'affaire en était. Alors qu'il lisait un premier dossier, son téléphone vibra dans sa poche. Kureto le prit avec l'espoir qu'il s'agissait de Shinya. Mais le nom du contact refroidit cet espoir. Mahiru. Que lui voulait-elle à la fin ? Il sortit.

« Quoi ? »

« Grand-frère est mal poli. »

« Tu veux quoi Mahiru ? »

« Simplement t'avertir que la fin du monde est proche. Nous avons ce que nous voulons, et les démons viendront pour vous. Maintenant que le gardien n'est plus là … »

Kureto sentit son cœur s'arrêter.

« Comment ça ? » fit-il glacial.

« C'est pourtant très simple. Mes amis l'attendaient sur le trajet et se sont occupés de lui. Pour de bon cette fois. »

Kureto mit un moment à répondre. Il avait trop peur de comprendre. Du calme, elle dit ça pour que tu panique. Ne l'écoute pas, c'est un démon. Elle ment forcément. Pourtant, il ne put empêcher la peur de s'immiscer en lui. Mahiru avait forcément appris que Kureto avait failli servir de sacrifice et donc, que son aîné était au courant. Elle espérait sans doute l'obliger à se montrer, à commettre une erreur.

« Je doute qu'un simple démon puisse avoir le dessus sur un vampire de son calibre. » répliqua Kureto.

« Hahaaaa ! Tu apprendras pourtant que c'est un démon de ce type qui a causé la mort du précédent gardien humain. Après tout, leur corps reste celui d'un mortel. » rappela Mahiru.

Kureto déglutit. En effet, Shinya était parfois revenu dans un sale état. Le côté vampire devait guérir les menues blessures, mais jusqu'où allait cette régénération ?

« Peux-tu me dire pourquoi tu m'informes de ça ? » exigea Kureto.

« C'est vrai. C'est pas comme si tu pouvais comprendre les sentiments d'affection, n'est-ce pas Kureto-nii ? » fit Mahiru, mordante.

Le concerné décida de lui rendre la pareille.

« Et toi, sais-tu que Guren est devenu un Courtisan de Shinya ? Il devait donc logiquement être avec lui, et ça m'étonnerait beaucoup que les démons laissent les suivants du gardien en vie. » dit-il, avec cette fois un sourire sarcastique.

Sa sœur devint silencieuse. Il sut qu'il avait marqué un point. Mahiru le savait. Elle argua qu'elle l'avait mentionné au démon, et qu'il avait ordre de ne pas le tuer.

« Et tu crois vraiment qu'il va t'obéir ? Tu te prends pour leur chef ? Guren a sûrement aidé Shinya dans son combat. Ton démon n'aura qu'à plaider le feu de l'action et hop. Après tout, un accident est si vite arrivé. » continua Kureto.

À l'autre bout, Mahiru serra les dents. Elle n'avait pas d'autorité sur son espèce, contrairement aux humains qu'elle manipulait à sa guise. L'adolescente l'avait constaté en entrant en contact avec eux. Ils étaient plus forts qu'elle. Seule son intelligence lui permettait d'avoir le dessus, ne fut-ce que temporairement.

« Guren s'en est certainement sorti. Il est très fort. Je le sais. » dit-elle.

« Le gardien aussi. Plus que Guren. Donc si Shinya y est passé, ton cher Guren aussi. »

« … »

L'un comme l'autre se retrouvèrent soudain à prier pour que le brun et l'argenté s'en soient tirés. Kureto préféra mettre fin à cette conversation qui le torturait. Il voulait contacter Shinya pour s'assurer qu'il allait bien.

« Maintenant, si tu n'as plus rien à me dire je te prierais de raccrocher. »

« Si froid Kureto-nii. Comment arrives-tu à tenir debout sans amour, je ne comprendrais jamais ça. Tu ne sais vraiment pas ce que tu perds. Parfois je te plains de ne pas connaître pareille lumière. » fit Mahiru, avec une pointe de pitié.

« Oh si, je sais ce que c'est. » pensa soudain Kureto.

Mahiru raccrocha à l'instant où son frère réalisa ce qu'il venait de penser. Il regarda son portable avec un air ahuri. La lumière, il en avait une. Une personne parvenait à faire battre son cœur, à adoucir son humeur et amener un sourire sur son visage. Quelqu'un avec qui il se sentait bien, pour qu'il s'inquiétait comme en ce moment. Kureto mit la main devant la bouche, les joues rouges. Il était tombé amoureux de Shinya.


Parlant de celui-ci, il tenait Mito avec un bras passé autour de sa taille et un de la jeune fille sur les épaules.

« Shinya-sama ! Laissez-moi y aller, mon ancêtre a scellé un puissant démon autrefois ! » protesta la rouquine.

« Un oui, mais pas cinquante à la fois ! Tu te débrouilles très bien, on les a presque tous tués mais ne prends pas de risques inutiles ! » répliqua Shinya.

Mito ne trouva rien à redire. Pour le moment, leur plan fonctionnait : diviser pour éradiquer. De la cinquantaine de démons il n'en restait plus qu'une dizaine. Hélas, les humains étaient à bout de souffle, y compris Guren. Et le plus gros des démons restait encore à vaincre. Shinya l'observait. Il n'avait pas bougé. Sans doute attendait-il que son troupeau ait bien fatigué ses ennemis.

« C'est bizarre … plus je le regarde plus il m'a l'air familier. » se dit-il.

« Cela n'a rien d'étonnant. C'est le même genre de démon qui a tué ton prédécesseur il y a 223 ans. » informa Éole.

Oh. Selon Éole, il s'agissait plutôt d'un descendant. Un démon d'un type particulier. Sentant qu'il lui fallait des informations, Shinya envoya Mito rassembler les autres. Le reste des démons pensa passer à l'attaque.

« Yuugure du soir aux milles étoiles, que ton cœur devienne plus ardent que le soleil ! Accorde-moi la force du soleil rougeoyant et que ta colère s'abatte sur une centaine de démons ! »

Un mur de flammes consuma le reste des démons. Malheureusement, cela incita le tout dernier à bouger. Le sol trembla lorsqu'il se rua vers le gardien. Il était très rapide malgré sa corpulence. Il bondit par-dessus les flammes écarlates et abattit son poing à l'endroit où se trouvait le vampire.

« Esquive ! Ne bloque surtout pas ! » s'exclama Éole.

Surpris, Shinya lui obéit et opéra un saut périlleux arrière. Le poing du bœuf géant défonça le sol. Il le retira avec un gros tas de terre qu'il lança sur le gardien. Ce dernier bougea pour éviter ce qui n'aurait pas manqué de l'ensevelir. Guren en profita pour arriver derrière dans l'optique de cisailler les pattes arrière du démon. Mais la bête agita la queue et le brun la prit en plein ventre. Il en eut le souffle coupé. Shinya fonça, et le rattrapa avant qu'il ne touche le sol. Puis il le chargea sur une épaule.

« COUREZ ! » hurla-t-il aux autres.

Le groupe d'ados décampa. Le démon bœuf eut tôt fait de combler la distance qui les séparait. Shinya grinça : il devait impérativement trouver comment le ralentir. Il s'arrêta soudain, fit volte-face puis planta sa lance dans le sol en récitant une formule. Des rayons rouges jaillirent de la terre qui se fissura. Le sol céda sous le poids du démon qui s'enfonça. Shinya en profita pour s'enfuir. Le groupe était hors d'haleine, et le gardien craignait qu'ils ne s'effondrent.

« Je vais vous porter rapprochez-vous ! » dit-il.

« Quoi ? » fit Goshi.

« Mito sur mon dos, Sayuri, Shigure, accrochez-vous à mon cou ! Maintenant ! » ordonna-t-il en écartant les bras.

« Allez-y … » articula Guren.

Les jeunes filles obéirent, et s'accrochèrent comme elles purent, veillant à ne pas lui entraver les jambes. Elles les replièrent donc vers l'arrière, tenant par la force des bras. Goshi passa sur l'autre épaule comme Guren, mais de face cette fois. Juste quand le démon mugissait. Shinya demanda à ses amis de se cramponner de toutes leurs forces et de fermer les yeux. Il tint les aides de Guren à la taille … puis fléchit les genoux et s'élança.

« UWAAAAH ! »

« Merci de ne pas me hurler dans les oreilles ! » cria Shinya pour couvrir le son du vent.

Le vampire s'éloigna à toute vitesse. Il slaloma entre les arbres, les rochers, passa par-dessus les troncs d'arbres morts et les buissons. Leur opposant était peut-être rapide, mais il l'était bien davantage. Shinya courut longtemps dans la forêt, et ne s'arrêta que lorsqu'il jugea la distance assez grande. Il ralentit avant de stopper. Puis il invita ses camarades à descendre, ce qu'ils firent avec hésitation.

« Oh mon ventre ! » gémit Goshi.

« C'est à moi de dire ça. » lança Guren, toujours plié en deux.

« Pourquoi le monde continue d'avancer ? » demanda Mito, les yeux en spirale.

« Hein ? » fit Sayuri, quant à elle assourdie par le bruit de l'air.

« On est arrivé ? » ajouta Shigure.

Une goutte glissa le long de la tête de Shinya. Il les laissa se remettre. Découvrant un tronc d'arbre couvert de mousse, il s'assit dessus. L'ado sortit son téléphone, pour constater qu'il était en miettes. Et mayrde. Au moins ses fioles de sang étaient intactes. Il n'en avait pas besoin pour le moment, aussi referma-t-il sa trousse.

« Bon Éole, dis-m 'en plus sur ce démon. » interrogea-t-il en passant une cheville sur un genou.

« Cette race-là est spéciale, particulièrement résistante. Aucune lance ni épée ne parvenait à entailler leur peau. Pas mal de vampires ont été décimés par ces bœufs. Et je ne parle pas des humains. Toutefois, elle a été maudite au 13ème siècle par un chevalier des Croisades. Il a placé sur le corps de leur ancêtre des marques qui constituent une faiblesse dans leur cuir. Il y en a quatre, que tu dois transpercer pour tuer ton ennemi. » raconta Éole.

« Et où sont ces marques ? Il y a plein de spirales sur son corps. » releva Shinya.

« Les autres gardiens ont trouvé comment les localiser. Leur emplacement varie d'un démon à l'autre, mais elles ont toutes un point commun. »

Shinya se mit à réfléchir. Il pensa à leur forme, mais Éole répondit par la négative. Ce devait donc être autre chose. La couleur ? Non plus. Ces marques avaient été apposées par un homme possédant des pouvoirs spirituels, selon sa locataire. Donc … elles devaient laisser des traces de magie.

« Bravo ! C'est bien ça en effet. Cependant, il te sera difficile de les approcher. Tu es rapide, mais il sent tes attaques comme un vampire. Je voulais te parler de tout ça avant que tu ne l'affronte pour de bon. Il te faudra aussi une incantation plus puissante que celles que tu connais pour le tuer. » continua Éole.

Tiens. Elle la lui transmit, ajoutant que cela lui coûterait pas mal d'énergie. Maintenant qu'il en savait assez, Shinya devait déterminer d'un plan pour vaincre ce démon. Ses amis le rejoignirent enfin, pour s'écrouler sur des rochers ou sur le tronc.

« Bon : on fait quoi maintenant ? » demanda Goshi.

« Personnellement, j'aimerais aller délivrer mon père de sa cellule. » répondit Guren.

« Je sais, mais tu penses bien que si on y retourne maintenant les Mikado no Oni vont nous tomber dessus. » objecta Shinya.

« Et risquer de l'exécuter avant l'heure, oui. De plus, je doute que Charal King Size nous laisse partir bien tranquillement. »

Shinya leur fit alors part de ce que Éole lui avait enseigné. Ils devraient être vigilants. Le gardien était réticent à leur faire affronter pareil danger à nouveau. C'était son travail. Goshi répliqua que puisqu'ils étaient amis et dans la même galère, ils pouvaient bien s'entraider. Tout à coup, le portable de Guren vibra.

« Il veut quoi, lui encore ? » râla-t-il.


Il décrocha.

« Oui ? »

« Alors, où en êtes-vous ? » demanda Kureto.

Pour une fois, il fut content de l'entendre. Si lui était vivant, alors Shinya aussi.

« Comment ça où on en est ? On vient juste de partir où tu veux qu'on en soit ? Au dessert ? » rétorqua Guren.

Shinya comprit immédiatement à qui il parlait, et esquissa un sourire. Sans doute avait-il essayé d'appeler son frère adoptif, mais vu que son mobile tenait plus de la crêpe électronique qu'autre chose …

« Surveille ton langage. Tu n'es peut-être plus mon subordonné mais tu me dois toujours le respect. Passe-moi Shinya maintenant. »

Guren tendit le téléphone, en demandant à son maître d'apprendre les bonnes manières à son frère.

« Mais que crois-tu que j'aie fait pendant six ans ? » sourit Shinya.

Même si Kureto l'entendit, il fut si soulagé qu'il ne broncha pas.

« Bonjour Shinya. Comment ça se passe ? »

« Salut vieille branche. Eh bien ma foi, c'est une charmante balade forestière que nous faisons là. On découvre la faune locale, curieusement fermière. » résuma l'argenté.

La description entraîna des sourires malgré la peur qu'ils avaient eue.

« Et vous avez vaincue cette faune ? » questionna Kureto.

« Pas encore, mais nous savons comment faire. Puisque je te tiens, étais-tu au courant que le père de Guren risquait la peine capitale ? »

Le fils de l'intéressé redressa la tête. Kureto répondit qu'il n'était pas au courant. Shinya regarda sur le côté, là où il tenait le téléphone. Pouvait-il le croire ?

« J'ai l'impression que tu ne me crois pas. Mais Shinya, quand est-ce que je t'ai menti ? Je t'ai caché des choses certes, comme tout le monde, mais pas de mensonges. » reprit Kureto.

« Non en effet. Tu ne m'as jamais menti. Très bien je te crois. » décida Shinya.

Il demanda ensuite ce qu'il y avait de neuf de son côté. Son frère lui annonça alors son entretien avec son père, dont il doutait de l'issue. Shinya n'en fut pas surpris. Les Hiiragi étaient tellement bouffis d'orgueil qu'ils devaient se croire capables de vaincre Dieu en personne. Toutefois, l'ado le remercia de ses efforts. Soudain, Shinya se redressa aux aguets.

« Merde. » souffla-t-il entre ses dents.

« Qu'est-ce qui se passe ? » s'alarma Kureto.

« Il revient, je l'entends. Faut que je te laisse ! »

Shinya raccrocha. Kureto regarda son portable, le cœur compressé par l'inquiétude. Il soupira, puis repensa à ses sentiments. Comment cela avait-il pu se produire ? Bon, Shinya avait un physique avantageux, c'était sûr, cependant jamais Kureto n'aurait imaginé qu'il puisse en tomber amoureux. Mais … Le jeune homme ouvrit la fenêtre de son bureau et s'y accouda. Des souvenirs remontèrent. Shinya lui avait toujours paru hors de leur monde. Davantage libre et insouciant. On avait tracé son chemin pour lui, on l'avait prédestiné et il avait rejeté ces contraintes. Il avait décidé de choisir sa route, acquérant pour cela la force nécessaire pour briser ses chaînes. Le prix à payer était élevé, cependant cela ne paraissait pas lui peser. Grâce à cette liberté, l'argenté pouvait se permettre des choses interdites à sa fratrie. Kureto se rappela cette fois où il l'avait conduit à un magasin de jeux vidéo pour la première fois.

Il s'était demandé ce qu'il faisait là. Comment avait-il pu accepter de venir ? Ouais, enfin ça Shinya l'avait tiré par le poignet une bonne partie du chemin. Provoqué aussi, disant qu'il avait la trouille de sortir. Kureto était resté planté au milieu de la boutique, se sentant déplacé. Shinya au contraire, était parfaitement à son aise comme tout adolescent normal. Il avait dû houspiller son frère pour qu'il choisisse ensuite un jeu. Kureto avait décidé au hasard pour se débarrasser de la corvée, et résultat il avait choisi un jeu éducatif pour enfants. Et pour ordinateur au lieu de console. Le jeune homme sourit à ce souvenir. Shinya avait pris un jeu de combat, et ils étaient repartis. En chemin, il avait offert un cornet de glace à Kureto. Dire qu'il n'en avait jamais mangé avant.

Toutefois, cela lui plut. Pour une fois, il se promena simplement, non par obligation sociale, juste pour le plaisir. C'était déroutant et agréable à la fois. Kureto s'était sentit détendu, et non pas sur le qui-vive constant. Depuis, cela avait toujours été comme ça. Ils s'éclipsaient de temps à autre de la maison, et une fois ils avaient même été au cinéma. Souvent ils grignotaient quelque chose en chemin. Une vie normale quoi. Grâce à Shinya, Kureto avait enfin profité de sa jeunesse. C'était sans doute tout cela, plus la gentillesse qu'il lui témoignait, le fait qu'il ne se souciait pas de l'étiquette qui avait certainement conquis son cœur.

« Mais bon sang, pourquoi a-t-il fallut que ce soit mon frère adoptif ? » songea Kureto.

Bon, ils n'avaient aucun lien de sang donc ça devrait aller. Il ne l'aurait pas connu sans ça. Mais, cela pouvait poser problème dans le sens où justement, Shinya ne devait le considérer que comme un frère. Kureto soupira à nouveau. Pourvu qu'il s'en sorte là-bas.

D'ailleurs, le combat faisait rage dans la forêt. Le démon avait rejoint le groupe d'ados qui l'attaquait de toute part. Shinya leur avait conseillé de viser les pattes. Le gardien faisait son maximum pour protéger tout le monde. Fort heureusement, les illusions de Goshi remplissaient fort bien leur office. Guren avait déjà sectionné deux nerfs dans les pattes qui handicapait la bête, grâce à un talisman explosif. La créature tenta de l'aplatir avec la queue, mais cette fois Guren bénéficia d'une aide : Shinya lui hurla de se servir de sa marque de Courtisan. Sans trop savoir comment procéder, Guren décida de lever le bras tatoué. Un bouclier apparut soudain, parant l'imposante queue du bœuf.

« Shigure, tu peux sentir de la magie sur sa peau ? » questionna Shinya.

« Si je me concentre … »

La brunette ferma les yeux un instant. Elle se concentra sur l'aura démoniaque, et y détecta une anomalie.

« Oui, je les perçois. Quatre points sur lui. »

« Excellent. Le seul moyen de le tuer est de toucher ces quatre marques en même temps, Yuugure portera le coup final. Étant donné que tu es une spécialiste des armes cachées, tu vas pouvoir t'en occuper, d'accord ? » répondit Shinya.

« Très bien. » acquiesça Shigure en sortant ses kunais.

« Je te porterais si tu veux. »

« Oui, car la dernière est sur le devant, au niveau de sa tête. Je dirais dans sa gueule. »

« Ah ! Ben heureusement que c'est un mâle alors. » fit Shinya.

Elle grimpa sur le dos de l'ado, qui l'amena au plus près du bœuf géant. Shigure lança un premier kunaï dans le milieu du dos, un autre sur chaque épaule et enfin la dernière se situait sur sa langue. Shinya saisit un gros caillou, qu'il lança avec force dans l'entrejambe du démon. Ce dernier poussa un mugissement aigu. Shigure repéra la marque violette sur la langue. Le gardien attendit son ordre et bondit pour la mettre à hauteur. Le dernier kunai se ficha dans la chair. L'animal se raidit. Shinya déposa Shigure et hurla que tout le monde se planque dans le bouclier de Guren. Ce dernier leva son poignet, et un dôme encercla le groupe.

« Yuugure du soir aux milles étoiles ! Que la force de l'étoile rouge emplisse ton cœur afin de détruire tout obstacle sur mon chemin ! »

La lance devint entièrement rouge si bien que l'on distingua plus la couleur du métal. Shinya arma durant son incantation et lança Yuugure à la fin de sa phrase. La lance se planta en plein torse du démon. Des flammes lumineuses l'entourèrent et montèrent haut dans le ciel, dépassant les arbres. Au sol, le cercle de feu s'étendit au-delà de la créature. Il s'arrêta juste devant le nez du gardien qui se tenait pourtant à une vingtaine de mètres. Tout disparut ensuite, laissant un sol entièrement noir.


Shinya observa la scène. Éole lui avait recommandé de ne pas mettre trop de force dans sa formule, pour limiter les dégâts. Donc, il pouvait faire pire que ça. Bon à savoir. Les adolescents se regroupèrent. Ils paraissaient impressionnés par la performance de leur ami. Shinya de son côté, sortit une fiole de sang.

« Venez, tâchons de sortir de cette forêt. » dit-il.

« Nous devrions retourner à la voiture, voire si on ne peut pas récupérer quelque chose. » ajouta Guren.

« Si elle est encore là. » lança Goshi.

« Ne trainons pas. » préconisa Shinya.

Le gardien se servit de son odorat pour repérer leurs odeurs et revenir en sens inverse. Finalement, il leur fallut deux heures pour remonter jusqu'au véhicule. Qui … n'était plus là. Bien sûr. Quelqu'un avait dû appeler une dépanneuse.

« Formidable ! Et comment fait-on maintenant ? » demanda Goshi.

« Shinya-sama, est-ce que par hasard Kureto-sama ne pourrait pas nous allouer un hélicoptère ? » questionna Mito.

« J'y pensais. Guren, ton téléphone s'il te plaît. »

Le brun lui donna. Shinya remarqua qu'il n'avait pas enregistré le contact. Heureusement qu'il connaissait le numéro par cœur. Kureto ferma les yeux avec soulagement en entendant à nouveau la voix de son frère. Celui-ci leur expliqua leur galère. Ils devaient toujours aller à Kyoto, où Shinya craignait que Mahiru ne soit transformée en vampire. Guren arrondit les yeux en l'entendant.

« Non Shinya, attends ! » intervint Éole.

L'argenté mit son frère en attente.

« Si cette Mahiru veut devenir un vampire, alors laisse-la faire. Il sera plus simple pour nous de l'exorciser ensuite. » reprit Éole.

« Comment ? » s'étonna Shinya.

« Oui. Plus un humain garde un démon, plus est difficile à exorciser. Dans un cas comme celui-là, la mortalité est élevée. Alors qu'un vampire ne risque pratiquement rien. »

Shinya considéra la chose. C'était certainement là la solution. Ils pourraient également se concentrer sur la manière de libérer Sakae Ichinose. Il reprit donc Kureto en ligne, et lui demanda d'envoyer un hélico les ramener. Le brun obtempéra.

« Shinya. » appela Guren.

L'argenté se tourna vers lui.

« Aurais-tu l'intention de laisser Mahiru devenir un vampire ? » s'enquit-il.

« Oui. Éole m'a dit qu'ainsi, on pourrait l'exorciser avec très peu de risques. Également, nous avons quelqu'un d'autre à sauver. »

Guren garda le silence. Alors, qu'il en soit ainsi. Ils attendirent donc de l'autre côté de la glissière de sécurité qu'un hélico vienne les hélitreuiller. Mais lorsque celui-ci arriva, Shinya resta sans bouger.

« J'ai une autre tâche à effectuer avec Guren. » dit-il.

« Alors nous aussi nous restons. » fit Sayuri.

« Non. Vous rentrez. » contredit Guren.

« Mais lord Guren … » protesta Shigure.

« J'ai dit. »

« Une dernière chose : Yuugure du soir aux milles étoiles. Deviens la nuée ardente qui annihile tout sur son passage, et efface la mémoire de notre discussion sur Sakae Ichinose.»

Le rayon rouge d'amnésie toucha la tête des ados, effaçant le projet d'évasion de leur mémoire. Ils montèrent ensuite dans l'hélicoptère, qui s'éloigna. Guren se tourna vers son maître, lui demandant s'il ne faisait pas confiance à leurs condisciples.

« Si, mais je me méfie de leur parenté. Ils ne pourront pas leur mentir. »

Guren hocha la tête. En effet, mieux valait être prudent.