Malgré tous ses efforts, le gardien ne peut empêcher le pire d'arriver.
Bonne lecture ^^
Guren se figea. Mahiru se tenait là. Il repéra immédiatement ses yeux rouges. Alors c'était fait. Elle était devenue un vampire.
« Guren enfin ! Depuis le temps que j'espérais te revoir. » dit-elle gaiement.
Elle nota une silhouette derrière le brun, et fit la moue.
« Bonjour grand-frère. »
« Mahiru. Quel mauvais vent t'amène ? » répondit Kureto.
« Quoi, tu veux dire que tu n'aimes pas mon cadeau ? Le Kiju est enfin complet. Je pensais en faire cadeau à Guren. » dit-elle.
« Non merci Mahiru. De toute manière, apprends que la marque des Courtisans me protège désormais de ces cochonneries. »
Oh l'expression de Mahiru lorsque Guren traita le Kiju de cochonnerie ! Kureto en aurait ri si la situation n'était pas si grave.
« Es-tu donc devenu plus fort en était un Courtisan ? » questionna Mahiru.
« Bien sûr. Ton petit cadeau a vite été balayé, du reste. » fit Guren, le pouce par-dessus l'épaule.
« Voyons cela. »
Elle fut sur lui en un clin d'œil. Guren eut tout juste le temps de parer. Néanmoins il prit vite le dessus et para tous les coups de Mahiru. Cette dernière exulta. Elle passa derrière lui pour le frapper, mais se heurta au bouclier du brun.
« Vent Impérial. »
Une énorme bourrasque emporta Mahiru au loin. Kureto se plaqua au mur, mais il eut l'impression d'être déchiré par l'air. Plusieurs déchirures apparurent sur ses habits. Le vampire se releva. Avisant soudain son frère, elle décida de l'attaquer pour forcer Guren à sortir de son bouclier. Kureto se déplaça et se planta au milieu. Il la regarda courir à lui et lancer son sabre. Le fourmillement se manifesta sur son front, et Mahiru se figea.
« Mais … que … »
« Inutile, Mahiru. Je suis aussi bien protégé de toi que Guren avec son bouclier. » dit Kureto.
Dégainant son sabre, il désarma sa sœur sans qu'elle ne puisse bouger.
« Ne la tue pas ! » s'écria Guren.
Il s'élança et bloqua la lame du jeune homme. Mahiru en profita pour s'enfuir.
« Dégage de là Guren ! Elle va s'enfuir. » dit Kureto.
Il voulut le repousser avec son arme, mais le brun tint bon. C'est ainsi qu'ils engagèrent le combat. Kureto fronça les sourcils. Très bien, voilà l'occasion de lui rappeler qui était le plus fort. Cependant, il constata que depuis son évaluation il y a trois mois que le brun avait bien progressé. Devenir un Courtisan l'avait réellement rendu plus fort. Tout à coup, une lame triangulaire s'interposa entre leurs sabres.
« Voulez-vous bien me dire ce que vous foutez ? » s'exclama Shinya avec colère.
« Ton petit protégé vient de laisser Mahiru s'échapper. » répondit Kureto.
« Et ton frère a essayé de la tuer. » rétorqua Guren.
Shinya releva sa lance, écartant les sabres.
« Ça suffit ! Nous avons autre chose à faire que ces disputes aussi inutiles qu'idiotes ! Par où est partie Mahiru ? » demanda Shinya.
Guren pointa la direction.
« Merci. Guren tu me suis. Kureto, je te dis à la prochaine. »
Ce dernier ne put que le regarder partir avec le brun. Il aurait voulu pouvoir le suivre. Se battre à ses côtés, le protéger si besoin. Il se consola en se souvenant que son frère lui avait tout de même accordé une place d'importance. Il rangea son sabre. Il lui fallait à présent gérer tout ce bazar. Il croisa Seishirou à qui il donna des ordres.
« Me dis pas ce que j'ai à faire, je suis pas idiot ! »
« Alors t'attends quoi ? Ce que je viens de dire, tu devrais déjà être en train de le faire. » rétorqua Kureto.
Seishirou le fusilla du regard. Un jour, il aurait sa revanche. Il tourna le dos avec hargne.
De leur côté, Guren et Shinya talonnaient Mahiru. L'ado n'était plus en vue mais le gardien suivait sa piste.
« Attends … Shinya … faut que je te parle. » souffla Guren hors d'haleine.
« Je ne crois pas que ce soit le moment Guren. »
« C'est important. »
Shinya le fit monter sur son dos, et ils repartirent. Guren lui fit alors part de ce que Sudri lui avait dit au sujet de l'étape suivante le concernant. Shinya s'arrêta soudain, puis le déposa et le regarda.
« Guren … tu es sûr de toi ? Tu ne pourras plus faire marche arrière. Et si Mahiru refuse de devenir comme toi, que feras-tu ? » demanda Shinya.
Guren baissa les yeux. Il avait cru pouvoir la rattraper en étant Courtisan, mais cela n'avait pas suffi. Et puisqu'il garderait son humanité alors pourquoi pas. Il regarda Shinya avec un air déterminé.
« Ne la force pas. Autrement elle pourrait te détester. »
« Je sais. Mais c'est la seule solution. Elle non plus elle ne pourra pas revenir en arrière. »
Shinya soupira.
« Et qu'en pense ton père ? »
« Il accepte mon choix. Il a bien sûr été contre, et fait tout ce qu'il a pu pour m'en dissuader. Mais j'ai tenu bon. » répondit Guren.
« Tu sais que tu verras ceux que tu aimes partir avant toi ? Et que tu boiras le sang des gens ? » reprit Shinya.
Guren acquiesça. Il avait l'air d'avoir bien réfléchi à la question. L'argenté décida de le ramener chez lui. Là, il le fit s'allonger sur son lit. Shinya le regarda encore un moment.
« Vas-y. » dit Guren.
Shinya tendit alors un bras au-dessus de lui. Il était toujours en mode vampire, et s'entailla avec Yuugure. Le sang tomba, droit dans la bouche de Guren. Le liquide coula, entrant dans sa gorge. Guren inspira bruyamment. Cette chose s'insinuait en lui tel un serpent, causant une douleur intense. Il avait l'impression de mourir. Ses intestins se glacèrent, ses muscles se figèrent, et il eut même l'impression que son sang s'arrêtait. Son cœur battait à tout rompre, pourtant il stoppa soudain. Brutalement, comme on appuie sur le bouton off. Il sentit ensuite le sang atteindre son cerveau, pendant qu'une vague de froid envahissait son corps. Guren eut peur soudain. Il croyait vraiment mourir. Son cerveau s'engourdit, et ce fut le noir.
Lorsqu'il reprit connaissance plusieurs heures plus tard, la journée était bien entamée. Il se redressa. Lorsqu'il regarda autour de lui, il fut surpris. Tout était si intense ! Les couleurs, les sons, il percevait tout avec une acuité impressionnante. Par contre, il avait soif.
« Bienvenue chez les vampires. » entendit-il.
Shinya. Il était assis sur une chaise, un livre posé sur les cuisses.
« Comment te sens-tu ? » questionna-t-il en glissant un marque-page.
« Bien … je me sens léger. Et … »
« Et ? »
« Tout autour est si … si net. » reprit Guren.
« Attends de voir dehors, tu verras. Sur un sujet moins plaisant, je t'ai préparé à boire. » annonça Shinya.
Il désigna un verre à vin rempli d'un liquide vermeil, que Guren devina être du sang. Nous y voilà se dit-il. L'odeur du sang envahit ses narines, et il déglutit en même que la soif devenait plus intense. Guren tendit le bras et prit le verre. Il plongea le regard dans le contenu. Il savait qu'il devrait le faire désormais. Boire du sang humain. Mahiru aussi devait le faire, alors autant s'y mettre. Il porta le liquide à ses lèvres. Ce ne fut pas aussi dégoûtant qu'il l'avait imaginé. La soif s'apaisa. Le violet de ses yeux disparut pour faire place au rouge.
« Bien. À présent, nous devons reprendre notre traque. Il nous faut retrouver Mahiru au plus vite. » dit Shinya.
« Très bien. »
Guren se leva et suivit son maître. Shinya lui donna en passant une cape avec un motif protecteur, cadeau de Leslie. Guren leva la tête en sortant. Le ciel était si bleu … il avait l'impression d'avoir une vue en 8K. Quelle profondeur, quel contraste, quelle intensité ! Le brun se sentit profondément ému devant la vue qui s'offrait désormais à lui. Shinya lui tapa sur l'épaule pour le recentrer. Puis il se mit à courir. Cette fois, Guren pouvait tenir la cadence. Ou presque, en tout cas ses yeux suivaient le mouvement. Il fronça le nez en sentant les effluves de pots d'échappement. Mais quelle horreur ! Comment pouvait-on supporter ça ? C'était épouvantable, et Guren se demanda s'il n'allait pas vomir.
« Enfin, ça peut vomir un vampire ? »
Le brun nota soudain qu'il prenait la direction de Shinjuku. Et quand il huma l'air, Guren perçut l'odeur de Mahiru. Une senteur suave, féminine au milieu de cette puanteur. Et il en détecta une autre étroitement mêlée. Plus noire, avoisinant le pourri. Le démon sans doute. Ils filèrent dans les rues, ou plutôt sur la route au milieu des voitures. Soudain, il vit Shinya ralentir, puis obliquer. Où allait-il ? Puis la vibration lui parvint. De plus en plus puissante. Une troupe de démons. Il entendit des bruits de combat. Plus loin, des hommes combattaient des démons. Guren arriva aux côtés de Shinya. L'argenté repéra soudain comme une convergence des démons. Oui, ces derniers affluaient en un point précis.
« Merde ! » s'exclama-t-il.
Shinya fonça. Guren suivit, puis repéra celui qui attirait les démons. Kureto. Voilà qui l'étonna. Normalement, les démons possédaient déjà le sang nécessaire pour ouvrir la porte de leur monde. Seul Swen et parfois Leslie faisaient encore barrage. Alors qui pouvaient-ils bien vouloir attraper ?
Kureto bataillait ferme, et Aoi également. Hélas, leur sabre ne pouvait que ralentir les démons et non les tuer. Leurs talismans s'en chargeaient, toutefois ils seraient bientôt à court. Les créatures avaient attaqué quelque temps après le départ du gardien un labo des Hiiragi. Qu'y cherchaient-ils il l'ignorait. En tout cas, si avec ça son père voulait bien arrêter ces foutues recherches ce serait la meilleure nouvelle depuis des semaines. Kureto repéra soudain Aoi qui chutait au sol, les chevilles fauchées par son adversaire. Le démon leva son arme, un trident, avec l'intention de l'embrocher. Soudain, un rugissement se fit entendre qui pétrifia tout le monde. Kureto eut l'impression de reconnaître cette voix.
Deux attaques fusèrent, balayant le groupe de démons. Une rouge et une blanche. Aoi vit son adversaire partir en poussière, et quelqu'un atterrir devant elle la seconde d'après. Une autre attaque jaillit. Puis son sauveur se tourna vers elle, et la blonde arrondit les yeux. Guren Ichinose. Avec des yeux rouges.
« Le gardien ! » hurla un démon.
Trop tard. Kureto vit les démons être découpés en plusieurs morceaux, avec Shinya au milieu. Il tourna la tête vers lui, et l'aîné Hiiragi l'aperçut montrer les crocs. L'argenté disparut de son champ de vision, pour réapparaître devant lui Yuugure à un centimètre de son visage. Derrière, un démon avec la lame entre les deux yeux.
« Va-t-en, je les retiens ! Réfugie-toi au temple près de chez ton père. » dit Shinya.
« Quoi mais … »
« File ! Les démons savent que tu es ma Source, Mahiru a dû leur dire. S'ils te capturent ils t'utiliseront comme moyen de pression et je ne pourrais rien faire. Alors fais ce que je te dis ! » répliqua Shinya.
Guren escortait Aoi. Kureto entrouvrit la bouche quand il réalisa qu'il était désormais vampire. Le brun lança une autre attaque qui finit de détruire le groupe de démons. Il reporta le regard sur Shinya. Ses yeux lui adressaient une supplique. Il ne désirait pas être un poids pour l'ado. Ni qu'on puisse l'utiliser pour le blesser. Shinya lui avait signifié qu'il ne pourrait pas répliquer, ce qui indiquait qu'il tenait à lui pour ne pas risquer qu'il lui arrive malheur. Kureto rengaina.
« Très bien. Qu'allez-vous faire ? » demanda-t-il.
« Nous occuper de Mahiru. Maintenant, va. »
Kureto hocha la tête, et partit à regret. Shinya le regarda partir, puis soupira. Puis il fit un signe de tête à l'attention de Guren. Cette bataille n'était pas normale, se dit le gardien. Pourquoi diable attaquer les Hiiragi ? Ils n'avaient que faire d'eux. À part lui. Il y avait à parier que Mahiru leur avait dévoilé son identité. Peut-être était-ce une façon de l'occuper pendant qu'ils tentaient d'ouvrir la porte.
« Guren ! J'ai un mauvais pressentiment. Tiens, voilà de mon sang, tâche de convaincre Mahiru. Je file à la porte des démons. » dit-il en lui tendant une fiole.
« D'accord, ça marche. »
Les vampires se séparèrent. En chemin, Guren remarqua que les démons pullulaient. Mahiru avait dû en invoquer en masse. C'était pour eux la seule manière d'apparaître en ce monde tant que la porte était fermée. Il décida d'en décimer quelques-uns mais sans s'attarder. Il devait retrouver Mahiru. Enfin, son odeur se fit plus forte. Elle se trouvait dans le sous-sol d'un laboratoire. Il ralentit, puis continua à vitesse normale pour un humain. Il ouvrit deux portes. Là, un sordide spectacle l'attendait : une vingtaine de cadavres, très probablement le personnel du labo ainsi que des soldats Mikado No Oni, étaient étendus là. Mahiru buvait le sang de l'un d'eux.
« Ah Guren ! Mais tu es venu seul ? » fit Mahiru.
« En effet. »
« Et … tu es un vampire. » dit-elle, le visage sombre.
« Correct. Et vu ta tête tu ne t'y attendais pas. » fit Guren qui continuait d'approcher.
« Non en effet. L'as-tu donc fait pour m'arrêter ? Tu le pourrais certainement à présent. Un vampire Courtisan, nous devons être de force égale. Tu m'as enfin rattrapée. » sourit Mahiru.
« Je ne suis pas là pour t'arrêter, mais pour te faire une proposition. J'ai bu le sang de Shinya, ce qui m'a transformé en vampire. Mais ce sang mélangé à celui d'un humain m'a permis de garder mon humanité. »
Mahiru afficha un air sceptique.
« Impossible. »
« Possible. Le gardien est différent de tous les autres vampires, tu le sais très bien. Alors, je peux te donner ce sang. Tu retrouverais ton humanité et Shinya enlèverait ton démon. C'est pour ça qu'il t'a laissée devenir un vampire. Parce que oui, il avait deviné ton projet. Nous serons enfin ensemble pour toujours Mahiru. Les Hiiragi ne pourraient plus t'atteindre. »
Mahiru ouvrit la bouche. Si c'était possible, ce serait formidable. Mais elle était allée déjà si loin, trop loin, elle avait causé tant de morts. Elle le rappela à Guren. En un battement de cil il fut devant elle et la prit par les épaules.
« Mahiru ! Tu peux le faire ! Tu ne comprends pas ? Tu voulais être sauvée et c'est faisable maintenant ! Tu n'as qu'à boire ce sang et c'est tout ! Je t'en supplie, tu peux réaliser ton rêve ! » s'exclama-t-il.
Il la sentit trembler. Il vit l'hésitation sur son beau visage.
« Le gardien … veut me tuer. »
« Non ! Il t'aurait tuée avant que tu ne sois vampire sinon. Mais il ne l'a pas fait, parce que c'est la solution qui présente le moins de risques pour toi. Je ne te dis pas que ça ne sera pas douloureux, mais en tant qu'humaine les chances d'y rester étaient trop élevées. » reprit Guren.
« Il a raison Mahiru. Je ne te tuerais que si tu refuses sa proposition. C'est ta dernière chance. »
Shinya les avait rejoints. Il affichait des traces de combats. Mahiru le regarda, puis Guren tour à tour.
« Choisis Mahiru. Deviens une Courtisane et ton vœu le plus cher se réalisera, je te le promets. Refuse, et je te tuerais vraiment cette fois. » dit Shinya.
Guren la suppliait du regard. Mahiru pondérait la situation. Un autre chemin s'offrait à elle. Guren l'avait rattrapée, il était venu la sauver comme il l'avait promis. Shinya la pressa, car il avait besoin de retourner à Higashiizumo. Il était venu pour l'aider, pour lui offrir une seconde chance. Tout pouvait changer, il était encore temps. Le démon en elle rejetait la proposition, souhaitait la destruction du monde. Mais son cœur voulait être avec celui qu'elle aimait, pour qui elle avait tout perdu. Mahiru acquiesça muettement. Guren sourit. Shinya passa aussitôt à l'action pour éviter qu'elle ne change d'avis.
« Yuugure du soir aux milles étoiles, devient la flamme protectrice qui chasse l'obscurité. Chasse le démon de cette femme, pour qu'elle retrouve la sérénité. » dit-il.
La lance devint dorée. Il enfonça juste le bout dans la chair de Mahiru. Cette dernière rejeta la tête en arrière et poussa un hurlement perçant. Tout son corps sembla s'allonger, alors qu'elle se hissait simplement sur la pointe des pieds. Guren la rattrapa lorsqu'elle partit en avant.
« C'est bon. Fais-la sortir et boire mon sang dehors. » annonça Shinya.
Guren souleva Mahiru, et adressa un sourire reconnaissant à son maître.
Le gardien se sauva et retourna à Higashiizumo. La bataille là-bas faisait rage. Ses trois Courtisans l'avaient enjoint à aider le petit dernier, arguant que la porte du ciel risquait de s'ouvrir. Lorsque Shinya arriva, il aperçut dans la mêlée un démon jeter du sang sur la pierre.
« NOOOON ! » hurla-t-il.
La formule destinée à ouvrir la porte fut récitée. Un passage nuageux apparut à la place de la pierre. Une onde de choc projeta le gardien à terre, tandis d'une masse grouillante se déversait au-dehors. Les enfers étaient ouverts. Plus loin, Mahiru reprit connaissance. Elle se trouvait dans les bras de Guren, qui lui tendit une fiole de sang. L'adolescente la prit, la regarda. Elle se souvint. Elle se rappela avoir changé d'avis, avoir choisi une autre voie. Le démon en elle … elle ne le sentait plus. Shinya avait tenu parole, il lui avait offert la liberté. Mahiru engloutit alors le sang. Presque aussitôt, une foule de sentiments envahit son cœur qu'elle avait cru scellé.
« Ça marche … je ressens à nouveau. Comme quand j'étais petite avant le démon ! » s'exclama-t-elle.
Elle enlaça aussitôt Guren. Elle était enfin libre. Mais soudain, l'onde de la porte des enfers arriva jusqu'à eux. Pour le commun des mortels, cela ressemblait à une secousse sismique, mais pour les initiés il n'en était rien.
« Oh non ! Non non non ! » s'écria Mahiru, catastrophée.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Guren affolé.
« La porte des enfers est ouverte ! Tout est de ma faute, j'ai fait exprès d'être ici à ce moment, pour que le gardien vienne à moi. Les autres pourraient ainsi ouvrir leur monde. » avoua Mahiru.
Elle en eut les larmes aux yeux. Elle avait tout gâché elle le savait. Guren la détesterait, Shinya la tuerait. Mais le brun se releva, et lui tendit la main.
« On doit pouvoir arranger ça. Toi et moi. Main dans la main, allons sauver le monde. » dit-il en souriant avec tendresse.
Mahiru lui rendit son sourire, puis prit sa main. Les vampires filèrent. Main dans la main, ils coururent vers Higashiizumo. Pourvu qu'ils arrivent à temps. De son côté, Shinya massacrait tous les démons qu'il pouvait. Hélas, ils étaient de plus en plus nombreux, ne cessant d'affluer par la porte. Il épuisa les deux dernières fioles qu'il lui restait.
« SWEN ! » entendit-il.
Il vit son Courtisan se faire engloutir par les démons. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire. La porte devait être refermée à tout prix. Il posa sa lance face contre lui, yeux clos. Soudain, alors que les démons se jetaient vers lui, les flammes l'engloutirent. Avec un hurlement qui devait s'entendre à des kilomètres à la ronde, Shinya libéra toute l'énergie du gardien. Une énorme masse d'énergie, qui engloutit tous les démons alentour. La vague heurta de plein fouet la porte des enfers avec un son dantesque, telle la montagne qui s'effondre. Sudri et Leslie se jetèrent à terre, mais la force de l'impact faillit les emporter. Tout s'arrêta soudain, et un silence épouvantable suivit. Les vampires relevèrent la tête. Il ne restait plus rien autour. Plus de démon, la porte était redevenue pierre.
« Maître ! » s'exclamèrent Sudri et Leslie.
Shinya gisait au sol, la peau entièrement noire comme s'il avait brûlé. Guren et Mahiru arrivèrent peu de temps après.
« Shinya ! » dirent-ils ensemble.
Ils se précipitèrent. Les vêtements du gardien n'étaient plus que lambeaux, presque entièrement calcinés.
« Qu'est-ce qu'on peut faire ? » demanda Mahiru, inquiète.
« Amenons-le à Sanguinem, ils sauront le guérir. » préconisa Sudri.
Elle le prit dans ses bras, et le groupe de vampires fit route vers la capitale. Lorsqu'elle apprit ce qui s'était passé, Krul réagit aussitôt. Shinya fut amené dans une salle spéciale, déposé dans une espèce de gros cylindre de verre, perfusé et la capsule se referma. La reine leur fit savoir qu'ils devaient attendre désormais. Les Courtisans restèrent un moment à veiller sur leur maître, priant pour son réveil.
En surface hélas, un autre drame se préparait. Seishirou, dont l'unité avait été décimée par Mahiru, se trouvait dans le laboratoire souterrain. Au milieu des corps et des cercueils. Le Séraphin de la fin. Le projet sur lequel sa sœur avait travaillé. Elle avait laissé une arme sur le sol. Seishirou se mit à sourire, puis à rire comme un fou alors qu'il ramassait l'épée.
« Je vais absorber le séraphin, et je vais enfin être le plus fort ! »
Il disposa des corps au hasard, puis planta le sabre au milieu. Ils allaient voir tous. Lui aussi avait travaillé sur un projet secret. Comment acquérir davantage de force, comment l'absorber de ses ennemis. Il pourrait ainsi écraser son maudit frère, sa sœur si elle était toujours en vie, Shinya surtout, et même son père. Seishirou prendrait la tête du clan Hiiragi. La magie se répandit, et il en absorba une bonne partie toujours en riant. Sous terre, les vampires furent alertés de ce qui arrivait.
« Que se passe-t-il ? » questionna Guren, en apercevant Krul.
« Apparemment, le Séraphin de la fin a été activé. La fin du monde est arrivée. » dit-elle.
« Quoi ? Mais c'est impossible qui aurait pu ? » s'exclama Mahiru.
« Comment le saurais-je ? Mais je dois m'absenter. Si comme je le pense tous les adultes sont morts, nous devons recueillir les enfants. » annonça la souveraine.
Une fois qu'elle se fut éloignée, Mahiru tomba à genoux. Guren se pencha vers elle. La jeune vampire avait l'air épouvanté.
« Guren … c'est de ma faute. J'ai laissé les préparatifs derrière moi … il n'y avait plus qu'à lancer la machine. » souffla Mahiru.
« Mais ce n'est pas pour autant que quelqu'un aurait su comment s'y prendre. Tu n'as pas laissé de mode d'emploi si ? » répondit Guren.
« Mais j'ai provoqué la mort de milliards de gens ! » s'écria Mahiru, les mains autour de la tête.
Guren la regarda, puis s'agenouilla en face d'elle et lui prit le visage en coupe.
« Non. Tu ne l'as pas fait. Ce n'est pas parce que c'était là qu'il fallait s'en servir. C'est comme dans une cuisine, tu as des couteaux mais ce n'est pas pour autant que tu vas tuer tout le monde dans la maison. Seule la personne qui a sciemment décidé de l'activer est responsable. Parce que elle, elle savait ce qui allait se produire. Elle l'a voulu, toi non. » dit-il.
« Mais si j'avais tout détruit rien ne serait arrivé ! » protesta-t-elle.
« Tu n'étais pas en état souviens-toi. C'est plutôt moi qui aurait dû y penser. Quand bien même, qui a pu vouloir provoquer la fin du monde ? » répondit Guren.
Mahiru secoua la tête. Guren n'avait pas tort, n'empêche qu'elle s'en voulait. Le brun l'aida à se relever. Puis il lui annonça retourner en surface. Il voulait savoir si son père était encore en vie. Mahiru déglutit. Si jamais Sakae était mort, alors c'était sûr il la détesterait. Aussi préféra-t-elle rester dans la cité vampire. Elle craignait trop la réaction de celui qu'elle aimait tant. Elle n'avait pas le courage de l'affronter. Guren la laissa donc. Il se rua au-dehors, et s'arrêta un instant devant le désastre. La ville était méconnaissable. Des corps partout, des incendies, des accidents de circulation … un véritable enfer. Le Courtisan se reprit, et fit route vers la sortie de la ville. Son père était logé à la campagne, là où il avait peu de risque de croiser des Mikado no Tsuki.
En chemin, Guren croisa d'énormes monstres, exactement comme au zoo d'Ueno. Pourvu qu'il arrive à temps. Et ses gens à Aichi, avaient-ils survécu ? Le jeune vampire arriva en pleine nuit dans la demeure de Sudri. Guren en avait gardé une clé, et il entra.
« Père ? » appela-t-il.
Presque aussitôt, il entendit venir.
« Guren mon fils ! Tu es vivant ! » fit Sakae soulagé.
Il le serra aussitôt dans ses bras, et l'ado lui rendit son étreinte avec une force qui surpris son paternel.
« Ah ! Je vois. » dit-il en remarquant la nature vampirique de Guren.
Guren osa à peine croiser le regard de son père. Pensait-il que son fils avait égoïstement abandonné les siens ? Qu'il était devenu un monstre ?
« Que se passe-t-il là-dehors ? J'ai vu les gens au village tomber comme des mouches. » reprit Sakae.
Guren leva les yeux vers lui. Sakae ne paraissait pas dégoûté, juste inquiet des évènements. Son fils décida alors de tout lui expliquer. Comment il s'était résigné à être vampire, qu'il avait retrouvé Mahiru et convaincue d'arrêter ses projets pour qu'ils soient ensemble. La bataille de Shinya contre les démons, l'ouverture et la fermeture de la porte des enfers. Et enfin, l'activation du séraphin par ils ne savaient qui.
« Mais quelle pagaille. Pour ma part, je me rends à Aichi. Voir qui est encore en vie ou non. »
« Je ne sais si c'est une bonne idée père. » objecta Guren.
« Mais pourquoi donc ? » s'étonna Sakae.
« D'après Mahiru, si le séraphin est utilisé, tous les humains au-dessus de 13 ans mourront. Et j'avoue n'avoir croisé personne en arrivant ici. » expliqua Guren.
« Pourtant je suis vivant et en bonne santé, alors que j'aurais dû succomber comme les autres. Peut-être est-ce dû à la magie qui circule en nous. » répondit Sakae.
Il disait vrai. Le virus qui venait de réduire la population mondiale à 10% aurait aussi dû se charger de lui. Guren accepta donc d'accompagner son père sur leur terre.
Entre-temps, Kureto parcourait les rues avec Aoi. C'était épouvantable ce qui se passait. Mais le brun était surtout inquiet pour Shinya. Que s'était-il passé à Higashiizumo ? Avait-il péri au combat ? Pourtant il ne voyait nul démon ici. Tenri Hiiragi fit son apparition avec une troupe que Kureto trouva fort réduite. Ils portaient des armes contenant le Kiju, ce qui fit pester son fils. Mais enfin, que lui fallait-il ? Il alla néanmoins vers lui pour être tenu au courant. Tenri rassemblait son monde. Un abri devait être trouvé, tout comme des denrées. Tout était à organiser et il en confia une partie à son fils. Ce dernier traita mentalement son père de tous les noms. S'ils en étaient là, c'était à cause de ses maudites recherches.
Shinya avait eu raison : elles n'avaient mené qu'à la destruction. Il organisa une équipe de recherche, afin de retrouver des survivants, et surtout en profiter pour retrouver celui qu'il aimait. Il fit route vers Higashiizumo, l'endroit où il pensait le trouver. Naviguer parmi les décombres et de nuit fut difficile. Mais Kureto ne rentrerait pas avant d'avoir retrouvé Shinya. Le trajet n'aurait pas dû être long, mais ils arrivèrent à l'aube. Un silence de mort les attendait. Kureto se retint d'appeler son frère. Il progressa vers le sanctuaire avec une unité. Personne. En revanche le sol portait des traces de combat.
« Mais bon dieu où est-il ? »
Peut-être était-il rentré après sa victoire. Oui, c'était sûrement ça. Si ça se trouve, il le cherchait même. Kureto ordonna donc le retour. Ainsi, tout le monde fit demi-tour. Lorsqu'ils arrivèrent à Shinjuku il faisait bien jour. Ce fut des sons de bataille qui interpellèrent l'aîné Hiiragi. Il fit arrêter son véhicule. De la lumière était visible non loin. Shinya était-il là-bas ? Oubliant presque toute prudence, il descendit et se précipita. Kureto perçut soudain une voix qu'il lui semblait reconnaître. Il stoppa à un angle pour voir. A côté, Aoi émit un son à la fois choqué et apeuré. Dans la rue, une espèce de monstre se tenait là. Couleur chair, haut comme un immeuble de quatre étages, il présentait plusieurs pattes pourvues de pinces en guise de bras et un corps comme celui des monstres de l'Apocalypse, pourvue d'une longue queue terminée par un triangle pointu. Mais surtout, c'était sa tête qui surprit le plus.
C'était celle de Seishirou. Bien plus grande, mais pas de doutes c'était bien son visage juché sur un cou long comme celui d'une girafe. Un bruit de chute retentit. Kureto découvrit Guren aux côtés de Mahiru. Le brun et son père avait ramené le peu de monde qui avait survécu à la catastrophe, soit une douzaine de personnes.
« Alors, c'est tout ce vous avez ? Vous faites moins les malins hein ? Et où est donc l'autre tache ? » lança Seishirou.
« De qui tu parles ? » demanda froidement Guren.
« De mon très cher frère adoptif avec qui tu traînes sans arrêt. Ou alors est-ce que tu l'as vidé de son sang ? »
Kureto retint son souffle. Dans un instant, il allait enfin savoir.
« Il n'a pas survécu. » répondit Guren.
Non, pensa Kureto. Il mentait, il mentait forcément pour le protéger. Shinya était un puissant vampire, un des premiers il ne pouvait pas mourir comme ça. C'est alors qu'il aperçut une larme rouler sur la joue de Mahiru. Mais alors …
« Hmmm … c'est bien dommage. Moi qui voulait lui régler son compte. Il a dû crever avec tous ces démons qu'on a vu hier. Tant pis. »
Aoi regarda son maître. Il tremblait de tout son corps, pâle comme la mort. La jeune femme crut qu'il allait faire un malaise. Aussi passa-t-elle sous un bras et l'entraîna-t-elle au loin. Kureto rentra en mode zombie. Il fut ramené à la base où le clan s'était rassemblé. Aoi s'arrangea pour qu'ils passent discrètement. Elle le déposa sur un lit, et entreprit de le sortir de sa léthargie. En vain. Elle se mit en quête d'un verre d'eau. Tenri la héla au passage, lui demandant un rapport. La blonde raconta tout ce qu'elle avait vu, y compris le monstre qu'était devenu son second fils. Tenri fut stupéfait, lança des ordres pour une réunion extraordinaire, ce qui permit à Sanguu de repartir. Elle rapporta l'eau et la jeta au visage de Kureto. Ce dernier sursauta et reprit ses esprits.
« Qu'est-ce ! »
Il se rappela. L'horrible nouvelle. Shinya était mort. Il était mort, parti …
« Je suis navrée, Kureto-sama. »
« Où … »
« Dans une base souterraine. J'ai déjà parlé à votre père, vous n'aurez pas de rapport à lui faire. Il est actuellement en réunion avec les survivants. »
« Laisse-moi. »
« Oui monsieur. »
Aoi quitta la pièce. Kureto resta prostré à nouveau. Il avait perdu Shinya. Il ne le reverrait plus. Ni ses yeux bleus, ni son sourire, ni sa voix, ni son rire, son parfum, plus rien. Une larme roula, puis une autre, avant qu'il n'éclate en sanglots. Il pleura, comme jamais il n'aurait cru en être capable. Il se laissa glisser à genoux sur le sol. Pris d'un accès de désespoir incontrôlable, il hurla le prénom du gardien à plein poumons. Kureto crut bien qu'il allait devenir fou. Ses nerfs commençaient à le lâcher, et la crise d'hystérie pointait. Le jeune homme pleura longtemps et bruyamment. Son cœur lui faisait mal, si mal … il voulut se l'arracher. Finalement, vaincu par les émotions, il finit par s'endormir à même le sol.
