Après la fin du monde, le gardien découvre l'état du monde.
Bonne lecture ^^.
Sanguinem, capitale des vampires.
Dans la salle réservée au traitement des blessures par démon, le gardien ouvrit les yeux. Après une inspiration, il posa une main sur le couvercle de verre. Shinya poussa, et l'ouvrit. Par contre, il s'aperçut en se redressant qu'il ne portait absolument aucun vêtement. Il sortit de la capsule, un peu désorienté. Apercevant soudain un rideau de tissu blanc recouvrant en partie un canapé, il s'en saisit et le noua à la taille.
« Hm ? Oh, mes cheveux ont l'air d'avoir bien poussé. » remarqua Shinya.
Il découvrit sur un guéridon près du canapé un verre de sang. Il le prit et l'avala sans hésiter. Puis Shinya sortit de la salle. Où était-il ? Il progressa dans un long couloir, sortit d'un bâtiment pour découvrir une vaste cité.
« Sanguinem. Mais comment ai-je atterri ici ? » se demanda-t-il.
Le gardien marcha pieds nus dans les rues. Il découvrit que des enfants y résidaient désormais. Ceux-ci le regardaient passer avec un air étonné. Shinya ne l'était pas moins : que faisaient donc des humains parmi les vampires ? Que s'était-il passé dehors ? Soudain, ses yeux accrochèrent une silhouette connue en discussion avec un vampire commun. Une jeune fille de seize ans avec de très longs cheveux violets, des oreilles en pointes et des yeux rouges. Elle était vêtue d'une robe blanche à manches courtes. Elle s'aperçut de sa présence, et son visage afficha la surprise, puis le ravissement.
« Shinya ! » s'exclama-t-elle en se précipitant vers lui.
Mahiru Hiiragi le serra dans ses bras.
« Tu es enfin réveillé ! On s'est fait tellement de souci pour toi ! » dit-elle en le regardant.
« Tu … tu es Mahiru c'est ça ? » demanda Shinya, incertain.
« Oui … mais pourquoi tu me demandes ça, tu ne te rappelles plus ? » s'inquiéta le vampire en s'écartant un peu.
« Eh bien … c'est surtout que ce n'est pas Shinya qui est aux commandes là. Mais Éole. Son esprit à lui ne s'est pas encore réveillé. » informa le gardien.
« Ah. D'accord je … je suis désolée. Je pensais que c'était lui. » fit Mahiru, confuse.
« Ce n'est pas grave. Mais dis-moi, depuis combien de temps suis-je endormie ? » demanda Éole.
« Quatre ans. Vous êtes restée quatre ans dans le coma après avoir fermé la porte des enfers. » informa Mahiru.
« Quatre ans ?! Eh bien ! Mais elle est bien fermée n'est-ce pas ? » s'exclama Éole.
Mahiru acquiesça. Le gardien lui demanda ensuite pourquoi des enfants évoluaient ici. Mahiru répondit qu'ils feraient mieux d'en discuter chez elle. Elle le conduisit dans les rues de la capitale. En chemin, elle s'expliqua qu'après avoir ramené Shinya ici, et elle et les autres s'y étaient installés en attendant son réveil. Ils vivaient pour l'heure dans une vaste maison que le rang de Leslie leur avait obtenue. C'était en effet la plus âgée, et une quatrième génitrice. Mahiru appela aussitôt tout le monde.
« Éole-sama ! » s'exclama Sudri en accourant.
Leslie suivit après avoir relayé l'information à Guren qui se trouvait à l'étage.
« Wow ! T'as poussé dis donc. » dit-il en arrivant.
« Toi par contre, tu n'as pas changé. Contente de vous revoir. Mais … il en manque un, où est Swen ? »
Guren releva l'emploi féminin du mot content. Ce qui l'étonna.
« Il … hélas, il a péri durant la bataille. » informa tristement Sudri.
« Oh non. » fit Éole.
La nouvelle avait affecté tout le monde. Guren avait beaucoup appris du Courtisan. Swen avait été son mentor. Mahiru détendit l'atmosphère en rappelant que leur maître devait se vêtir convenablement. Leslie apporta des habits blancs à la taille du gardien, dont ils avaient pris les mesures durant son coma. Guren le conduisit dans sa chambre pour qu'il se vêtisse. En se découvrant dans une glace, il eut du mal à se reconnaître. Il avait grandi durant ces quatre ans, pour atteindre sa taille et sa forme adulte. Ses cheveux balayaient ses épaules à présent. Éole songea que Shinya risquait d'avoir un choc.
« Au fait, tu as dit que tu étais contente tout à l'heure. Pourquoi ce mot au féminin ? » demanda Guren.
« Parce qu'il s'agit de moi, Éole. Shinya n'est pas encore réveillé. » répondit le vampire en dénouant le drap blanc.
Guren préféra se détourner pendant qu'il, enfin elle, s'habillait. Ainsi, son ami et maître n'était pas encore de retour.
« Mais il va bien se réveiller, rassures-moi ? » s'enquit Guren.
« Oui bien sûr. C'est simplement plus rapide pour moi. En tout cas, c'est une chance qu'il ait survécu. Quelques gardiens sont morts en libérant toute cette énergie. » répondit Éole.
Elle portait un pantalon et un haut blanc avec des bottes noires. Éole saisit une mèche de cheveux argentée, se demandant si elle devait les couper. Peut-être était-ce préférable, en dehors de la taille Shinya n'avait pas changé. Elle rejeta cette mèche en arrière. Cela pouvait attendre.
Revenue au salon avec Guren, Éole écouta le récit des évènements des quatre dernières années. Elle apprit ainsi que Seishirou, rongé par la jalousie, avait activé le séraphin de la fin détruisant ainsi le monde. Qu'il avait absorbé les pouvoirs de l'ange, et sa métamorphose. Depuis il hantait la surface, fusionnant avec les monstres nés de l'Apocalypse, des vampires parfois aussi. Le reste de l'humanité et les vampires étaient en guerre contre lui, sans toutefois s'être alliés. Car les deux camps se combattaient également. Le visage d'Éole s'assombrit. En voilà un beau foutoir ! Rien à envier à la situation qu'elle avait connue avant son coma.
« Bien. Je vous remercie de votre dévouement à tous. Il va me falloir réfléchir sur la marche à suivre. » déclara Éole.
« Nous attendons vos ordres, Éole-sama. » fit Leslie.
Les Courtisans et le gardien se séparèrent sur ces bonnes paroles, chacun vaquant à ses occupations. Un peu plus tard, Mahiru découvrit le gardien sur la terrasse, contemplant la cité. Elle approcha.
« Guren m'a dit que Shinya s'éveillerait bientôt. » commença-t-elle.
« En effet. Tu sembles attendre son réveil avec impatience. » nota Éole.
« Je lui dois tant ! C'est grâce à lui que Guren et moi sommes enfin ensemble. Parce qu'il en a fait son Courtisan, humain puis vampire, et qu'il m'a épargnée et sauvée. Je n'ai plus de démon non plus, et je me sens enfin ordinaire. Enfin, je me comprends. Alors, j'aimerais vraiment le remercier. » répondit Mahiru.
« Je vois. Cependant il a seulement fait la moitié du travail. L'autre moitié a été faite par tes choix. » dit Éole.
« C'est vrai, mais ces choix il me les as offerts. Sans lui, et sans vous aussi, rien n'aurait été possible. Alors merci du fonds du cœur. » reprit Mahiru.
« Je t'en prie, je suis heureuse pour vous. Et Shinya le sera certainement aussi. »
De son côté, Guren revenait du palais où il avait informé la souveraine du réveil du gardien. Il passa près d'une ruelle d'où il entendit des éclats de voix. Curieux, il découvrit alors un groupe d'adolescents face à trois gamins de douze ans. Une fillette à terre terrorisée, et deux garçons qui tentaient visiblement de la défendre. Ils avaient déjà pris des coups au visage. Un des ados leur rappela qu'ils étaient les plus âgés ici, et que personne ne viendrait les défendre.
« Combien tu paries ? » lança Guren.
Les ados se pétrifièrent de peur en le découvrant. Le vampire fut sur eux en une fraction de seconde. Il saisit le bras de celui qui maintenait un garçon blond par le cou, et serra si fort qu'il le fit presque pleurer de douleur.
« Écoute-moi bien sale rat d'égout : la prochaine fois que tu as ce genre d'impulsion, tu as intérêt à te servir de ta main. Sans quoi je t'arracherais les membres un par un, c'est bien compris ? » fit le brun glacial.
L'ado ne répondit pas, couinant de douleur.
« J'ai dit c'est bien compris ?! » s'exclama Guren plus fort.
« Oui ! »
« Maintenant déguerpissez avant que je ne m'énerve. »
Les ados s'enfuirent à toute vitesse. Guren se tourna vers les enfants, puis se pencha vers le blond.
« Ouh là. Vous commencez à ressembler à deux pandas. Venez, il faut soigner ça. » dit-il.
Mais les petits ne bougèrent pas. Le petit brun le regardait même avec un air de défi.
« Allons, je ne vais pas vous faire de mal. Je ne serais pas intervenu sinon. »
Guren se pencha vers la fillette, qui plaça ses bras autour de sa tête. Le brun se contenta de la remettre sur pied, et d'arranger ses habits. Le garçon blond le regarda faire avec stupeur.
« Viens Mika, on s'en va. » le brun en prenant son camarade par le bras.
Mais ledit Mika était réticent à partir. Il fixait Guren l'air songeur. Ce vampire … il n'avait pas l'air aussi froid que les autres. Et pourquoi les avait-il aidés et leur proposait-il de les soigner ? D'habitude, les vampires se fichaient de leur sort. Un de leurs agresseurs avait raison : personne ici ne prenait leur défense. Il n'y avait aucun adulte pour les protéger. Mais ce vampire-là les avait bel et bien sauvés.
« Vous … » fit Mika.
Guren attendit.
« Vous pouvez nous soigner ? »
« Mika ! » protesta le brun.
« Bien sûr. Sans contrepartie si c'est ce qui t'inquiètes. » sourit Guren.
Mika eut l'air sceptique. Mais sans qu'il ne comprenne pourquoi, le vampire lui inspirait confiance. Pas comme Ferid à qui il donnait son sang, non c'était différent.
« D'accord. »
« EEH ! » s'exclama son camarade.
« Alors venez. Toi aussi si tu veux. » proposa le brun à la fillette.
Mais elle préféra s'enfuir. Guren haussa les épaules, et précéda les garçons. En chemin, le petit brun protestait à voix basse, rappelant que les vampires étaient leurs ennemis et qu'il ne fallait surtout pas leur faire confiance. Mika tentait de rassurer son ami.
« Je t'entends tu sais. » lança soudain Guren les faisant sursauter.
Le blond se répandit aussitôt en excuses, pendant que l'autre détournait la tête l'air boudeur.
« Ce n'est rien, je comprends votre position. Mais personnellement, je suis différent des vampires de Sanguinem. » répondit Guren, l'air gentil.
« Ah bon ? » fit Mika étonné.
« Oui. Parce que contrairement à eux, j'ai conservé mon humanité. Voyez-vous, je suis ce qu'on appelle un Courtisan, un vampire au service du gardien des quatre mondes nommé Éole. Ce vampire-là peut s'incarner dans le corps d'un humain de son choix. Et comme son sang est mélangé à un mortel, lorsqu'il transforme quelqu'un celui-ci conserve ses sentiments. » expliqua Guren.
« Ça alors ! »
« Me dis pas que tu y crois ? » demanda le brun, tout bas.
« Si. Parce ça expliquerait pourquoi il nous a aidé tout à l'heure. Les vampires se moquent de ce qui nous arrive, tant qu'on leur donne notre sang. Et je ne sais pas, mais … il m'inspire confiance. » répondit Mika.
Ils arrivèrent dans une villa. Une autre vampire qui semblait du même âge que le brun se trouvait dans le hall.
« Oh ? Tu nous ramène des petits invités mon chéri ? » dit-elle.
Son visage était bienveillant, comme celui du brun.
« Oui. Comme tu le vois, ils ont besoin de soins. Tu veux bien t'en charger avec moi ? »
« Bien sûr. Suivez-nous les enfants. »
Les petits furent conduits à la salle de bain et assis sur des tabourets. Puis les deux vampires procédèrent aux soins : des produits pour désenfler, pour calmer la douleur.
« Quels sont vos noms ? » demanda Mahiru.
« Je suis Mikaela, et voilà Yuuichiro. »
« Enchantée, moi c'est Mahiru et vous avez fait connaissance avec Guren. Bien c'est fini. Vous avez faim ? »
Mika hocha la tête. Mahiru les emmena à la cuisine, où elle leur proposa des petits gâteaux. Comme elle et son petit ami ne pouvaient en consommer mais qu'elle avait toujours voulu en faire, Mahiru en confectionnait donc pour les enfants de temps à autre. Elle les pria d'en prendre autant qu'ils le souhaitaient, y compris pour leur famille. Lorsqu'ils eurent fini, Guren les ramena chez eux.
« Si vous avez besoin d'aide, vous n'aurez qu'à venir nous trouver. » salua-t-il.
Mika hocha la tête avec un sourire. Il avait eu raison de croire en ce vampire.
Le petit blond ne savait pas encore à quel point il avait bien fait. Quelque temps plus tard, il décida d'une tentative d'évasion avec sa famille. Mika avait dérobé une carte de la cité ainsi qu'une arme à feu. Les enfants furent réveillés, et ils sortirent de chez eux. Le trajet se passa bien jusqu'au moment où ils arrivèrent près de la sortie. Ferid arriva à ce moment-là. Les deux aînés de la fratrie furent tétanisés. Ils venaient de comprendre qu'en réalité ils étaient allés droit à leur mort.
« Qu'êtes-vous en train de faire ? » s'exclama une voix.
Ferid tourna la tête. Éole se tenait en équilibre sur la tête d'une statue. Ferid plissa les yeux. La présence du gardien n'était pas prévue. Éole descendit puis se rapprocha.
« Éole-sama. Rassurez-vous. Ces petits agneaux étaient simplement en train de prendre la fuite. J'essaie simplement de l'éviter. » sourit Bathory.
« Et on ne vous a jamais appris à ne pas jouer avec la nourriture ? » rétorqua Éole.
Le vampire se tenait à présent entre les enfants et Ferid. Ce dernier sut que son plan venait de capoter. Il était impuissant face au gardien. Ce dernier se tourna vers les petits.
« Rentrez chez vous. Maintenant. » dit Éole.
Mika déglutit, puis entraîna les autres. Le gardien les raccompagna par sécurité. En chemin, il demanda à Mika de lui montrer sa carte. Le blond hésita, puis décida de ne pas contrarier le vampire. Il vit ensuite ce dernier examiner la carte avec une expression critique. Ensuite, il la mit carrément contre son nez.
« Cette carte est récente. Elle sent encore l'encre. Elle a dû être dessinée de ces jours-ci. » dit-il en lui redonnant.
« Comment ? » s'étonna Mika.
« Franchement, qu'un vampire laisse à ta portée de quoi t'enfuir ça ne t'a pas paru suspect une seule seconde ? » s'étonna Éole.
Mika baissa les yeux. Yuu avait dit qu'ils avaient atteint la sortie trop facilement.
« Je … non. »
« Tu penses que les vampires vous prennent pour des idiots, et dans un sens tu n'as pas tort. Mais eux ne sont pas stupides. Ils savent fort bien qu'ils peuvent vous rattraper un clin d'œil en cas de fuite. Déjà, ils vous repèreraient très facilement grâce à leurs sens surdéveloppés. Et avec ça, vous êtes partis comme des fleurs, sans nourriture ni rien ? » reprit le gardien.
Mika ne répondit rien. Il avait trop honte. Honte de s'être fait piégé, honte d'avoir mené sa famille à la mort. Si Éole n'était pas intervenue, ils auraient été exterminés. Arrivés devant leur maison, Mika trouva le courage de demander pourquoi elle les avait sauvés.
« Je suis le vampire gardien. Guren m'a parlé de vous deux. Mika et Yuuichiro, c'est ça ? Je vous ai reconnus. » répondit Éole.
Elle les laissa ici, les enfants rentrèrent. De retour dans sa villa, le gardien informa Guren et Mahiru de ce qui venait de se passer.
« Shin … pardon Éole-sama, allons-nous bientôt revenir en surface ? » questionna Mahiru.
« Oui. Peu importe l'endroit où se réveillera Shinya. »
« Dans ce cas, j'ai une faveur. Je sais bien que je ne la mérite pas mais … »
« Tu es restée à mon chevet pendant 4 ans Mahiru, c'est bien assez pour m'en demander une. » répondit Éole.
« Merci. Je voulais savoir si nous ne pourrions pas emmener ces petits avec nous. Visiblement, un vampire a tenté de les assassiner par jeu, si nous partons il les tuera c'est certain. Je connais un endroit où ils pourront se réfugier. » reprit Mahiru.
« Et où donc ? » interrogea Éole.
« Le temple près de l'ancien domaine des Hiiragi. Les apprenties prêtresses ont survécu à la fin du monde et sont adultes. Elles sauront s'en charger. Nous avons érigé des barrières spirituelles pour les protéger de Seishirou. Heureusement, il ne s'intéresse pas à elles.»
« Alors va les voir. Nous irons dès que nous aurons leur réponse. »
Mahiru sourit largement pendant que Guren la regardait avec amour et fierté. La jeune vampire se sauva. De son côté, Éole demanda au brun si son père avait succombé à l'Apocalypse. Guren secoua la tête, précisant qu'il vivait dans une partie du temple avec quelques survivants de son ordre. Une bonne chose, lui aussi pourrait s'occuper des petits. Mahiru fut de retour le lendemain, avec une réponse positive. Aussitôt, Éole se rendit au palais de Krul l'informer de son départ, et demander quelques têtes de bétail pour le voyage. La reine accéda à cette demande. Le gardien annonça qu'il choisirait lui-même. Guren fut chargé avec Leslie d'aller quérir les orphelins Hyakuya.
« Dépêchez-vous, avant qu'ils ne se rendent compte de notre choix. » fit Guren.
Leslie avait apporté des manteaux à capuche récoltés par Mahiru au passage. Les enfants furent assez excités et inquiets en même temps. Les Courtisans pressèrent ensuite les enfants qui accélérèrent leurs foulées. Mahiru et Sudri patientaient à la porte. La jeune vampire aux cheveux violets fut soulagée de les avoir arriver. Éole arriva en même temps, seule. Elle avait convaincu la souveraine qu'elle pouvait se passer d'escorte. Le groupe quitta donc la capitale. Lorsqu'Éole découvrit l'état du monde extérieur, elle eut un son choqué. Les enfants qui avaient ôté leur capuche devinrent silencieux. Sudri s'était chargée de trouver un bus dont elle avait changé la batterie la veille. Elle s'installa au volant, et ils s'éloignèrent direction Shibuya. Mika renversa sa tête en arrière, avec un soupir de soulagement. Ils avaient enfin pu quitter cet enfer souterrain. Tous, et entiers.
« Tu vois Yuu-chan, qu'on pouvait leur faire confiance. » dit-il à Yuuichiro, assis à côté de lui.
« Mais où est-ce qu'ils nous emmènent ? » demanda Akane derrière.
« Dans un temple. Les prêtresses et mon père vont s'occuper de vous. » informa Guren.
Le trajet dura la journée. Une des prêtresses les attendaient sur le seuil. Elle accueillit tout ce beau monde, et escorta les enfants à l'intérieur. Au passage, elle indiqua aux vampires qu'une ration de sang avait été mise à disposition. Mahiru la remercia.
« Éole ? » appela Guren.
« Allez-y. Je vais tâcher de voir l'étendue de la gangrène. » répondit le gardien.
Il bondit sur le toit d'un immeuble. Guren entra saluer son père ainsi que Shigure et Sayuri. Ces dernières furent heureuses de revoir leur ancien maître. Le brun venait régulièrement leur rendre visite avec Mahiru. Ces dernières offrirent leur sang au couple. Sayuri disposa un verre devant les vampires. Sakae demanda si son fils avait des nouvelles intéressantes.
« Vous le gardez pour vous, mais Shinya, enfin Éole, s'est réveillé il y a une semaine. »
« Vraiment ? C'est une bonne nouvelle ! » sourit le patriarche.
« Oui, mais c'est le vampire qui est aux commandes. L'esprit de Shinya est encore dans les vapes. » ajouta Guren.
« Je vois, le réveil n'est donc pas total. De notre côté, nous continuons notre combat avec l'Armée Impériale Japonaise Démoniaque. Je me demande si nous arriverons un jour à abattre cette saleté. » reprit Sakae.
« Maintenant que le gardien est de retour, nous avons de l'espoir d'y parvenir, intervint Mahiru. Il a l'énergie la plus puissante. »
« Peut-être, mais la dernière fois ça lui a coûté quatre ans de sommeil. Pas sûr qu'elle veuille retenter l'expérience. D'autant que cela peut être mortel pour l'hôte. » contredit Guren.
« Mais il nous aidera, n'est-ce pas ? » s'enquit Sayuri.
« Oh sûrement. » fit Guren en terminant son verre.
Il soupira en se tournant vers la porte menant à la cour où ils étaient installés.
Les vampires quittèrent le temple deux heures plus tard. Ils iraient habiter dans la maison que possédait toujours Sudri. Trois jours plus tard, les gens du temple eurent une autre visite. Les enfants qui jouaient au ballon dans la cour avec une des prêtresses s'arrêtèrent en le voyant débarquer.
« Sakura-san, qui est-ce ? » demanda Akane.
« Ah ! Il s'agit du chef de l'armée japonaise. Hiiragi Kureto. Il vient souvent ici récolter des informations auprès de Sakae-san. » répondit Sakura.
Kureto tourna la tête vers eux, plutôt intrigué de découvrir des enfants. Sakura vint l'accueillir, et avertir de son arrivée. À présent âgé de 21 ans, Kureto possédait une bonne carrure ainsi qu'une présence imposante, mais surtout un visage froid. La jeune prêtresse l'informa que le père de Guren l'attendait.
« Que font ces enfants ici ? » demanda-t-il en passant.
« Ils ont été déposés là par Mahiru et Guren. »
« Je vois. »
Kureto ayant croisé plusieurs fois sa sœur et Guren, ne fut pas étonné de leur passage. Elle le regarda partir, puis revint auprès des enfants.
« Brrr ! Il me fait froid dans le dos. » reprit Akane qui se rapprocha de Mika.
« Rassure-toi, il n'est pas méchant. Juste un peu effrayant. Parfois il vient là pour se détendre, toujours seul. » sourit Sakura.
« Ah bon. Ben moi il me fait peur. » insista Akane.
« C'est juste une façade. Moi je trouve qu'il a des yeux tristes. Je crois qu'il a perdu quelqu'un qu'il aimait vraiment beaucoup. » fit Sakura en regardant par là où était parti Kureto.
« Oui, comme tout le monde. » lança Yuuichiro, une main dans une poche.
« Mais lui, il en souffre encore. Je crois qu'il a le cœur brisé.» reprit Sakura.
Kureto salua Sakae d'un signe de tête, auquel ce dernier répondit. Ils avaient beau collaborer ensemble désormais, le patriarche des Ichinose gardait toujours ses distances. Il avait toutefois été fort content d'apprendre que Tenri Hiiragi avait été tué par le monstre qu'était devenu son second fils. Le fort avait péri pendant que le soi-disant faible était encore là. Kureto avait appris par Guren que son père vivait toujours. Il avait ainsi découvert que Shinya avait été à l'origine de son évasion et surtout, que personne ne s'en était rendu compte grâce à une petite amnésie. Kureto de son côté, avait passé un pacte avec les anges qui leur avait fourni des armes spécifiques. Il avait pour cela utilisé une plume de Ludoren pour les invoquer et requérir leur aide.
Ce qui n'avait pas été chose aisée, les anges ayant été offensés par l'utilisation du séraphin de la fin. Par conséquent, ils tendaient plutôt à laisser les hommes se débrouiller. Ce à quoi Kureto avait rétorqué que très bien, ils reprendraient les recherches sur le Kiju à la place. Finalement, les anges avaient accepté. Le brun avait préféré se tourner vers eux, pour respecter la promesse faite à Shinya de ne plus approcher les démons. Son entretien avec Sakae s'acheva. Kureto alla s'installer à son coin habituel : une table sous un cerisier. Là, il passa une jambe sur un genou, ôta la veste de son uniforme et déboutonna sa chemise, qu'il laissa largement ouverte dévoilant les muscles saillants. Ses yeux noisette se posèrent sur les enfants. Leur présence apportait de l'animation.
Il observa notamment les interactions entre un brun et un blond qui semblaient les plus âgés. Une image se superposa : il se revit avec Shinya, quand le jeune le taquinait lors de leur sortie. Kureto ferma les yeux, l'index et le pouce sur l'arête du nez.
« Quatre ans plus tard, et ça me fait toujours mal de penser à lui. »
Le bruit d'un ballon rebondissant près de lui le tira de sa pensée. Akane qui courait après, s'arrêta net. Kureto se pencha, ramassa la balle à ses pieds et la tendit à l'enfant. Avec crainte, elle la prit.
« Merci. » dit-elle timidement.
« De rien. » répondit Kureto, sans chaleur.
Akane lui fit un petit sourire, auquel il ne répondit pas. Sourire il ne pouvait plus. Plus depuis ce terrible jour où il avait été séparé de Shinya à jamais. Rien ne méritait qu'il sourie.
« Je … »
Kureto la regarda.
« Je m'appelle Akane. » dit-elle en faisant tourner son ballon.
« Kureto. »
« Bonjour. Vous … Sakura a dit que vous veniez souvent ici. » reprit l'enfant.
Akane ignorait pourquoi elle lui parlait alors qu'il l'effrayait. Sans doute le fait qu'elle ait mentionné son cœur brisé. C'est vrai que son regard était chagrin.
« En effet. Ça me détend. »
« Je comprends. C'est très beau par ici. Moi je viens de Sanguinem. La … la capitale des vampires. » reprit Akane.
« J'ai entendu ça oui. »
« Akane tu viens ? » appela soudain une fillette.
« J'arrive ! »
Elle s'inclina pour saluer le soldat, et rejoignit les autres auxquels elle jeta le ballon. Kureto resta une heure de plus avant de quitter le temple. Il retourna à la base de Shibuya, dernier bastion de l'humanité au Japon. Le soldat savait par où passer pour éviter les monstres, et il n'avait rien à craindre des vampires. Avec le temps, il avait appris que sa marque l'avertissait d'une présence vampirique en le chatouillant. Souvent il y portait les doigts. La seule chose que Shinya lui avait laissée. Tiens d'ailleurs, la marque se fit sentir. Une présence lui parvint. Kureto s'arrêta tranquillement, et se retourna. Un vampire commun lui fonça dessus. L'homme n'esquissa pas un geste, laissant son symbole agir. Comme d'habitude, le prédateur se pétrifia, incapable de l'atteindre.
Kureto en revanche, dégaina son sabre emplit de la force des anges, et le sectionna par le milieu. Le vampire partit en cendres, pendant que le soldat reprit sa marche. Il parvint bientôt au QG en fin de journée. Kureto soupira. Il devait reprendre la comédie, feindre de ne rien ressentir, cacher son cœur brisé. Les portes s'ouvrirent quand il parut et il entra sans ralentir.
« Bienvenue Kureto-sama. » salua Aoi.
Elle marcha à ses côtés par la suite. Kureto prit comme toujours une inspiration avant d'entrer à l'intérieur. Seule la jeune femme savait par quels tourments il passait. Elle avait compris durant son adolescence que son maître était tombé sous le charme de son frère adoptif, ainsi que la peine qu'il avait ressenti à sa disparition. Sans parler de l'ennui de devoir le cacher. Dire que son père n'avait jamais rien soupçonné, ni personne d'autre. Aoi quant à elle, avait eu des sentiments partagés : peinée pour lui, et en même temps un rival en moins. Pourtant, il n'avait pas pour elle les sentiments qu'il avait eus pour Shinya. Aoi avait tenté discrètement de se rapprocher de Kureto, de dépasser les contraintes sociales.
Par des petites attentions, une friandise notamment, un remplacement pour une tâche, des mots d'encouragement. Hélas, il avait à peine parut les remarquer quand elles ne lui rappelaient pas ce qu'il avait perdu.
« Vous avez une réunion avec le département des scientifiques sur la question de la nouvelle arme. » rappela Sanguu.
« Mais quand vont-ils comprendre que nous risquons de tout perdre avec cette saleté ? » soupira Kureto.
« Nombreux sont ceux qui pensent que c'est notre seule chance, face à Seishirou et les vampires. » reprit Aoi.
« Oui, et on a vu le résultat. Cela ne fonctionnera pas étant donné qu'il absorbe la magie. Il nous faut autre chose. » rappela Kureto.
Manque de chance, c'était cette autre chose qu'il n'avait pas à proposer. Or si cela continuait il allait droit au complot. Kureto refusait que les hommes recourent au séraphin de la fin, en partie en mémoire de Shinya, en partie parce que cela risquait d'offenser les anges sans parler de la dangerosité de la chose. L'offense aux alliés constituait la meilleure parade jusque-là. Mais l'homme sentait bien que cet argument perdait de sa force. Et si lui ne prenait pas de décision d'autres risquaient de le faire. Il avait déjà essayé d'obtenir davantage de pouvoir via Ludoren, en vain. L'ange commençait à les trouver avides. La tête du clan Hiiragi sentait qu'il était temps d'avancer. Le vampire gardien n'était plus là, il avait désormais la responsabilité du futur des hommes entre ses mains. Kureto poussa la porte du laboratoire.
« Ah, Kureto-sama. Nous vous attendions pour vous montrer les données que nous avons reconstituées. Nous pourrons ainsi reprendre le projet Owari no seraph et avancer rapidement. » déclara le chef du département.
Il tendit un dossier à Kureto, qui le regarda un moment. Il le prit ensuite avec hésitation, et examina quelques pages. Il lui fallait se décider maintenant. Il avait tout essayé : un nouveau type d'arme, tout le savoir de sa famille, laissé les derniers utilisateurs du Kiju tenter leur chance, rien n'avait fonctionné. Le séraphin de la fin était leur dernière chance. Seishirou n'allait pas tarder à venir à bout des protections magiques du bastion. Lorsque cela serait fait, alors ils seraient tous condamnés. Kureto ferma les yeux.
« Pardonne-moi, mon amour. »
Il rouvrit les yeux.
« Très bien. Vous avez mon feu vert. Faites ce qui est nécessaire. »
Les scientifiques ne cachèrent ni leur joie ni leur soulagement. Ils le remercièrent, mais il n'écouta pas. Le remords le compressait, et Kureto s'empressa de quitter ce laboratoire qui le dégoûtait. Aoi suivit en silence. Elle avait remarqué la tension de son maître qui d'ailleurs marchait rapidement.
« Vous avez fait ce qu'il fallait monsieur. La guerre sera bientôt finie et les humains en sécurité.» dit-elle.
« Alors pourquoi ai-je l'impression d'avoir commis une trahison ? » répondit Kureto.
Aoi se garda bien de mentionner ou de parler de Shinya. Kureto avait formellement interdit qu'on l'évoque devant lui. Trop douloureux. Il retrouva son bureau sans parvenir à chasser le goût d'amertume qu'il ressentait. Kureto se laissa tomber sur son fauteuil pendant qu'Aoi refermait la porte sur elle. Le brun se frotta le visage. Il avait l'impression de sentir le regard accusateur de Shinya.
« Je suis désolé, mais je n'avais pas le choix. Si seulement tu étais encore là mon Shinya. Tu me manques tellement … pourquoi m'as-tu laissé ? » songea-t-il les yeux clos.
Une larme roula. Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne pense à son frère adoptif, sans qu'il ne se demande pourquoi lui il avait survécu alors que le monde avait davantage besoin du gardien que de lui. À quoi servait sa vie maintenant ?
