Chapitre 34

Bella se sentit partir en reculant de la porte de la chambre d'Edward. Une vague de nausée la traversa et elle pensa qu'elle allait vomir. Elle avait besoin de courir, de s'éloigner d'ici. Mais ses pieds étaient ancrés au sol. Soupirs et gémissements, mâle et femelle, s'infiltraient à travers le bois de la porte, se glissant dans les petites fissures du cadre de la porte, que du poison pour les oreilles de Bella. Elle en entendit assez pour savoir exactement ce qu'il se passait de l'autre côté du mur.

La sensation de nausée passa finalement. Ou se transforma plutôt en chagrin d'amour brûlant à l'intérieur de la poitrine de Bella. Elle sentit des larmes lui piquer les yeux et secoua la tête en une faible tentative pour les faire disparaître. Elle ne voulait pas pleurer, pas ici, pas sur le lieu du crime. Retrouvant l'usage de ses pieds, elle s'éloigna loin de la porte et se dirigea vers sa chambre. Elle courut à l'aveuglette dans les couloirs, les larmes assombrissant ses yeux, et les mots une fois sages de Rosalie résonnant dans sa tête, leurs bords tranchant la faisant souffrir cruellement : « Tous les mecs qui sont hétéros et célibataires prendraient cette offre sur un plateau. » Il ne faisait aucun doute dans son esprit de ce que Tanya avait offert à Edward. Mais Edward était-il « n'importe quel mec » ? Bella n'y avait pas pensé. Elle avait pensé qu'il était différent. Différent de Mike. Différent de Jacob. Différent de ces autres gars qui avaient été si rapide à essayer de la baiser sans arrière-pensée. Pourtant, Tanya était tout de même dans sa chambre.

Je le mérite, pensa-t-elle. J'ai été si aveugle. Si seulement ça ne m'avait pas pris si longtemps pour voir à quel point Edward est un mec bien, d'admettre mes sentiments pour lui. J'ai mis trop de temps. Trop de temps. Les beaux visages des mannequins du Calendrier d'Hommes apparurent à son esprit. Emmett, Riley, Carlisle, Paul, Liam, Garrett, Jacob. Si elle n'avait pas passé autant de temps sur le défi stupide de Rosalie et avait juste ouvert les yeux sur la beauté d'Edward, elle pourrait être avec quelqu'un qu'elle – osait-elle dire – aime vraiment. La prise de conscience lui envoya un nouveau coup de poignard dans le cœur.

Un énorme sanglot s'échappa de la poitrine de Bella quand elle atteint finalement sa chambre. Elle ne pouvait pas tenir plus longtemps. Elle ouvrit la porte, enleva ses chaussures et grimpa directement dans le lit massif, ne prenant pas la peine de se déshabiller. S'installant en position fœtale, Bella tira les couvertures sur sa tête et pleura jusqu'à ce que la fatigue l'emporte. Elle dériva dans le sommeil agité et cauchemardesque du cœur brisé.

~X~

- Putain mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé hier soir, Bella ? Tu as vraiment une sale gueule.

- Bonjour à toi aussi, Rosalie, dit Bella, voûtée comme un zombie devant une tasse de café fort. Malgré son mauvais sommeil, elle s'était levée tôt, désespérée de sortir de la maison avant d'avoir à faire face à Edward et Tanya au petit-déjeuner. Elle ne voulait pas vomir dans ses cornflakes.

- Sérieusement, on s'est inquiétés pour toi. Tu as tout simplement disparu. A un moment, j'ai pensé que vous vous étiez éclipsés avec Edward mais je l'ai vu une nouvelle fois avec la sangsue accrochée à lui, dit Rose, sa voix s'adoucissant. J'ai essayé de t'appeler mais ça tombait directement sur ta boîte vocale. Où étais-tu ?

Bella soupira.

- Un drame de Renée. Suivi par un drame encore plus gros d'Edward, ajouta-t-elle mentalement. Elle ne se sentait pas prête à entrer dans les détails à ce sujet. C'était encore trop tôt. Elle s'était réveillée avec une sensation d'engourdissement et voulait garder ce sentiment le plus longtemps possible. C'était le moindre des deux maux. J'étais au téléphone avec elle pendant près de trois heures puis mon téléphone est mort. Avec une pointe de frustration, Bella se rendit compte qu'elle ne l'avait toujours pas rechargé.

Rosalie roula des yeux en se versant une tasse de café.

- Bon sang, quand est-ce que cette femme décidera-t-elle de grandir ? Désolé Bella, je sais que c'est ta mère, mais il est temps qu'elle apprenne à se débrouiller d'elle-même.

- Pas besoin de t'excuser. Tu as tout à fait raison. Quoi qu'il en soit… Ecoute Rose, ça te dérange si nous partons d'ici, genre, maintenant ? Je, euh, j'ai des trucs à faire à la maison.

- Bien sûr, dit Rosalie, perplexe. Em est en train de prendre une douche, puis nous pourrons partir. Tu ne veux pas attendre pour dire au revoir à Alice ? Ou Edward ? Elle prononça le dernier nom avec un frétillement ludique de sourcils.

- Non, répondit Bella, un peu trop durement. Je veux dire - je peux les appeler plus tard.

- D'accord, grincheuse en pyjama. Je vais voir si Emmett est bientôt prêt. Rose sortit de la cuisine, laissant Bella seule avec son café. Ou c'est ce qu'elle pensait.

- Uh, salut Bella. Edward. Bella résista à l'envie de lui jeter les restes de son café au visage. A la place, elle lui fit un salut de tête et une salutation marmonnée. Oh, je vois quelqu'un souffrir ce matin, dit Edward, joueur. Ne t'inquiète pas, je parlerai doucement.

Bella fronça les sourcils. Comment peut-il être si gai ? Elle se frappa mentalement pour avoir posé la question quand elle réalisa la réponse. Une bonne partie de jambes en l'air la nuit précédente donnerait le sourire à n'importe qui la matinée suivante. Bella se leva pour partir. Elle ne pouvait faire face à cela maintenant.

- Et comment va ta mère ?

- Oh, elle va bien maintenant, répondit Bella, laconiquement, se retournant le cerveau pour essayer de trouver un moyen d'échapper à cette conversation.

- Ecoute Bella, pour hier soir… Vraiment ? pensa-t-elle. Il va vraiment faire ça maintenant ?

Elle garda les yeux fermés et se frotta la tête.

- Edward, je-

- Bonjour ! explosa une voix animée. Sauvée par Emmett ! Bella poussa un soupir de soulagement. Bella, tu es prête à y aller dans une minute ?

- Vous partez déjà ? demanda Edward, semblant déçu. J'allais préparer le petit-déjeuner. Enfin, par « cuisiner » je veux dire utiliser des pancakes déjà faits, mais ils sont toujours assez bons. Il sourit à Bella, une étincelle dorée dans ses yeux magnifiques. Elle pensa que toute la pièce pouvait entendre le son de son cœur se briser en deux.

- Mmmm, pancakes, bava Emmett avec sa meilleure imitation de la voix de Homer Simpson.

- Pas le temps, mon grand, dit Rosalie, lui claquant gentiment les fesses. Bella a besoin d'y aller. Je te ferai un petit-déjeuner au lit quand nous serons à la maison. Il fit la moue jusqu'à ce que Rose l'entraîne dans un baiser passionné.

Edward regarda une nouvelle fois Bella, interrogateur. Il avait un regard étrange qu'elle ne pouvait totalement placer. Probablement la culpabilité, pensa-t-elle, se détournant brusquement pour éviter son regard.

- Edward, s'il te plait, remercie ta tante Esmée pour nous avoir laissé utiliser la maison. On se voit à la prochaine séance photo.

- Euh, ouais, bien sûr. Il hocha la tête. A plus, Bella. Il eut l'air de vouloir dire autre chose mais Bella vola hors de la pièce avant que ses mots ne puissent briser davantage son cœur.