Himchan abaisse la poignée, elle se coince, encore. Il recommence, il tape sur le clavier : 0 puis 1, puis 7, puis 6. Il abaisse la poignée, elle se coince. Il recommence, il tape sur le clavier : 0, puis 1, puis 7, puis 7. Il abaisse la poignée, elle se coince. Ce que Himchan déteste, c'est que cette tâche débile ne suffit pas à occuper son esprit. Elle lui laisse tout loisir d'angoisser. Il a déjà essayé cent soixante-dix-sept combinaisons possibles sur le clavier.

La porte de la chambre aux peluches à cette particularité : elle n'est pas à clé, elle est à code. Alors Himchan essaye toutes les combinaisons, une à une. Il est accroupi et enchaine les tac, tac, tac, tac sur le boitier, puis le clic de la poignée qui coince. Il enchaine les échecs. Son angoisse monte, amplifiée par l'agitation de Yongguk, qui fait les cents pas derrière lui, dans l'espace salon de leur lieu de confinement.

- Ça fait dix milles combinaisons possibles ! se plaint le leader.

- Je sais !

Himchan n'a pas besoin qu'on le lui rappelle. Il a fait le calcul. Depuis, qu'il s'est réveillé, il rentre des combinaisons, du moins, il a commencé dès que les souris à l'intérieur de son crâne ont cessé de ronger son cerveau. Il est resté inconscient longtemps. A son réveil, Yongguk était là. Il lui tenait la main. Il lui a affirmé qu'il n'était lui-même éveillé que depuis deux minutes.

Puis Himchan a découvert la chambre qui leur est réservé. Il a remarqué le code et depuis, il n'arrête pas. L'activité est automatique. Il a fait le calcul lui-aussi. Il y a bien dix milles possibilités. Il sait même qu'à raison de cinq secondes par tentative…

- Ça va prendre des heures !

- Je sais !

Himchan essaie de ne pas perdre son compte tout en répondant à Yongguk.

- Je sais, ça fait entre treize heures et quatorze heures.

- Merde.

Yongguk ne cesse de se ronger l'ongle du pouce. Cette inaction va le rendre dingue. Il ne s'était pas attendu à ce que Sunhee s'éclipse après son coup de teaser. L'expérience a été douloureuse, mais courte. Yongguk s'était attendu à ce qu'elle recommence, qu'elle invente de nouveau jeu, avec lui, d'autres manières de faire souffrir son corps. Elle a été bien clémente ! Il trouve cela louche. Il sait surtout qu'elle n'est pas là, ni elle, ni aucun de ses hommes ne se trouvent là. Et les autres absents sont précieux à ses yeux. Il repense sans cesse à la tête décapitée. Il imagine que la porte va se rouvrir d'une seconde à l'autre, entrera alors cet assassin, les mains dégoulinantes de sang frais et au bout une tête … de qui ?

- C'est trop long, dit-il en souffrance.

Un nouveau clic. Yongguk ferme le poing. Il voudrait frapper quelque chose. Il marche encore. Il s'arrête devant un mur. Il pose son front sur la peinture. Ses yeux se ferment. Il tremble.

- C'est trop long, répète-t-il. Ils ont peut-être besoin d'aide.

- Je sais ! Yongguk ! Je sais !

Himchan répond assez sèchement. Les mots de Yongguk ne servent à rien. L'homme qui entre les chiffres n'a pas besoin qu'on vienne ajouter à sa propre angoisse. Il a vraiment la trouille pour les autres. Franchement, il trouverait ça très bien de ne pas avoir les ravisseurs sur le dos, s'il n'y avait pas une menace aussi claire sur ses amis. Yongguk est nerveux, pourtant lui, n'a pas surpris le regard pervers de l'assassin sur leur maknae, Himchan si. Et ça l'empoisonne.

- Elle les aura tués avant, rage son compagnon de galère à côté de lui.

- Merde, Yongguk ! Arrête ! Ça suffit !

Mais Yongguk ne l'écoute pas. Il continu de ruminer ses noires pensées.

- Elle a pas le droit ! Elle a pas le droit !

Himchan baisse la poignée.

- Je veux pas qu'elle leur fasse du mal.

La voix de Yongguk n'est plus qu'un petit filet fragile. Himchan a de plus en plus envie de l'insulter. Qu'est-ce qu'il croit ? Que lui ça lui fait plaisir peut-être ? Plaisir d'actionner la poignée pour les cent quatre-vingt douzièmes fois ?

Clic, nouvel échec.

Toutefois, les plaintes de Yongguk cessent, des pas se font entendre. On approche.

Himchan se relève et recule un peu, rapidement rejoint par Yongguk. Ils fixent la porte. Allait-on entrer. Le leader veut que quelqu'un entre, même si ça le terrifie, il n'y a rien de pire que l'attente avant la mise à mort. Qu'on en finisse ! Quelle terrible nouvelle vient-on leur apporter ?

Mais on n'ouvre pas la porte. Un papier est simplement glissé sous la porte et on repart. C'est une démarche que Yongguk croit reconnaître.

- Attends ! hurle-t-il. Attends ! Sunhee c'est toi ?

Il court vers la porte et frappe.

- Attends ! Je veux… je veux négocier…

Mais il n'y a plus personne derrière la porte.

- Je veux négocier, répète Yongguk pour lui-même en sachant pertinemment qu'il ne peut plus être entendu.

Il est persuadé que c'était elle. Himchan met une main sur son épaule. Il le presse.

- Je veux négocier…

- Yongguk, pousse-toi, demande Himchan gentiment.

Alors Yongguk repense au message à ses pieds. Il sent une vague de panique. Il n'y a peut-être plus rien à négocier. Il se pousse et c'est Himchan qui se baisse pour ramasser le papier. C'est une enveloppe. Yongguk frissonne d'angoisse. Il n'est pas le seul à être effrayé, Himchan demande :

- Tu crois que c'est une bonne idée de l'ouvrir ?

- Ouvre ou je le fais.

- Je le fais, dit Himchan en joignant le geste à la parole.

Il vide le colis, il contient deux papiers. Yongguk sent son cœur battre de plus en plus fort dans sa poitrine. Il se croit même capable de tomber dans les pommes. C'est un mode opératoire qu'il reconnaît. Il sait trop bien ce que ça peut entraîner. Ces deux papiers, il n'a même pas besoin de les regarder pour savoir qu'il y a un mot et une deuxième enveloppe plus petite.

Himchan saisit le papier et lit à haute voix :

- « Le temps presse. Les petits cœurs souffrent. Les portes sont closes.

Un coup de pouce, au nom du bon vieux temps : fouille, une aide est cachée. »

Et le lecteur lève les yeux.

- Une aide ? Elle va vraiment nous aider à sortir ? Tu crois que c'est possible ? C'est un piège non ?

- Je ne sais pas. L'enveloppe ! La deuxième, ouvre-là s'il te plait.

Le message n'est pas ce qui inquiète le plus Yongguk, c'est bien la deuxième enveloppe. Himchan fait ce qu'on lui demande. Il découvre le deuxième message. Ce n'est pas un écrit, c'est un cliché. Yongguk se décompose. Il savait, il savait que ce serait une photo. Et il ne peut pas voir ce qu'il y a dessus. Il observe la réaction d'Himchan. Il n'aime pas. Son ami fait une grimace. Yongguk essaie de juger de la gravité de la photographie à l'intensité de l'horreur sur le visage d'Himchan. Un jeu qui ne lui plait pas et auquel il n'est pas doué. Il préfère donc arracher le carré de papier des mains de son ami et observer lui-même.

Il découvre Daehyun. Il est à terre. Il fixe le photographe avec rage. Le sang de son dongsaeng a coulé. Son nez surtout saigne. Il a un angle préoccupant, probablement cassé. Yongguk serre les dents : lèvre fendue, nez cassé. Ils ont battu Daehyun.

- Il n'y a pas d'autres photos ? demande-t-il.

- Non aucune, l'informe Himchan.

- Continue à tester des combinaisons, je vais fouiller la pièce.

Yongguk a la rage, mais il s'était attendu à bien pire. Qu'on ait frappé Daehyun le révolte mais le cliché prouve que son ami est toujours en vie.

Himchan hoche la tête. Il retourne vers la porte. Il doit se concentrer maintenant pour taper les combinaisons. Ses doigts, Parkinsoniens, ne lui facilitent pas la tâche.

Et pendant ce temps, Yongguk se dirige directement vers les peluches. Il regarde d'abord celles sur le canapé. Aucune ne lui rappelle quelque chose. Il va ensuite voir celles qui sont sur l'armoire. Il les observe une à une. Aucune ne l'interpelle. Il cherche les couleurs rouge et noire de Tigger. Sunhee aura probablement choisi une cachette en rapport avec lui. Yongguk monte les marches pour aller fouiller l'espace chambre. Son œil est attrapé par une petite peluche déposée sur la table de nuit. Comment avait-il pu ne pas remarquer ? Le jouet est un petit carapuce. Yongguk sait qu'il a mis le doigt sur l'aide dont parle Sunhee. Il prend le Pokémon. Il le tourne pour l'observer sur toutes les coutures. Et effectivement, c'est des coutures qu'il remarque. Le ventre de la peluche a été cousue.

- J'ai trouvé ! Je crois que j'ai trouvé !

- Quoi ?

- Je ne sais pas encore.

Yongguk éventre la peluche par le ventre. Dans la mousse, il dégage un téléphone, un vieux téléphone. L'objet a un grand écran, mais n'est pas tactile. Le clavier est en partie arraché. Le pavé numérique a été retiré, ce qui rend impossible la composition d'un numéro.

- C'est quoi ? demande Himchan.

- Un téléphone…

- Quoi ? Vraiment ? Qu'est-ce que t'attends pour appeler la police ?

- Je ne peux pas ! Il n'y a pas les numéros.

Yongguk cherche comment utiliser l'appareil. Si Sunhee le lui a donné, c'est qu'il y a probablement une façon quelconque de l'utiliser. Il peut toujours appuyer sur les touches directionnelles : haut, bas, gauche et droite. Il peut donc se déplacer sur l'écran. Il peut aussi sélectionner. Il va donc dans la rubrique contacts. Une liste de cinq numéros préenregistrés apparaît.

Yongguk se demande où ça le mène. Quel intérêt d'appeler ces numéros inconnus ? Quel est le plan de Sunhee ? En quoi cela va-t-il l'aider à trouver plus vite le code de la porte d'entrée ? En quoi ça l'aide pour venir au secours de Daehyun ?

Putain ! Si ça se trouve, Daehyun se prend encore des coups et lui il reste bêtement à fixer l'écran de ce téléphone. Peu importe quelles sont les mauvaises intentions de Sunhee. Evidemment, c'est forcément un piège. Il sait qu'elle ne veut pas qu'il s'en sorte. Mais peut-être que s'il se bat suffisamment bien, peut-être que la jeune femme prévoit de lui fournir quelques victoires. Il doit tout tenter pour sauver ses amis. Il n'a pas le choix.

- Yongguk, tu m'expliques un peu ! s'impatiente Himchan.

- Je… j'ai une liste de cinq numéros dans les contacts. Je peux les appeler. Mais je ne sais pas à quoi ça correspond.

- …

Himchan a du mal à se concentrer sur sa tâche. Beaucoup de mal. Il se retourne sans arrêt pour observer Yongguk, qui est resté à l'autre bout de la pièce à côté du lit. Il a laissé choir le carapuce éventré à ses pieds.

- Je suis de moins en moins sûre que c'est une bonne idée, dit Himchan. Si c'est une idée de cette pute. C'est toi qui a dit qu'il fallait pas qu'on lui obéisse.

- On a rien à perdre à essayer ! Je suis obligé de jouer à son jeu. Toi, continues les combinaisons. Je vais essayer d'appeler.

- En plus, même si on sort, on n'est même pas armé ni rien … marmonne Himchan.

Pourtant, il continue effectivement. Sortir, pour sortir. Téléphoner pour téléphoner.
Yongguk appuie sur le premier numéro de la liste. Il met le combiné à son oreille. Le numéro se compose, Yongguk n'entend pas de sonnerie. Il tombe directement sur le message préenregistré d'une boite vocale. Il reconnaît la voix de Natasha qui explique qu'elle n'est pas disponible pour le moment et demande à ce qu'on lui laisse un message.

Le temps vient de s'arrêter. La voix familière met le cerveau du petit frère Bang en pause. C'est comme si la réalité s'invitait dans un cauchemar. Dans le monde dingue dans lequel on l'a enfermé, sa famille n'existait plus. Le bip le réveille… Le silence qui suit, c'est à lui de le remplir de laisser un message.

- … Natasha ? … C'est Yongguk…

Himchan espionne la conversation. De longs, trop longs silences séparent chacun des mots du rappeur. Malgré lui sa gorge s'est dangereusement nouée. Il doit lutter pour ne pas pleurer. Il ne sait même pas quoi laisser comme message. Il est complétement pris au dépourvu. Qu'aurait-il dit à Natasha s'il l'avait eu en direct ? Pour qu'elle l'aide à se sortir de là ? Quoi ? Quel rapport avec l'ouverture de la porte ?

- … Je vais bien…

C'est un bon début se dit-il. Elle doit être au courant maintenant. Elle doit être inquiète. « Je vais bien ». C'est en partie un mensonge mais il ne tient pas à lui faire peur et après tout, il est toujours en un seul morceau. Une pensée pour Jongup… Non, il ne dira rien au sujet de Jongup, ça serait trop dur. Il doit songer à fuir. Comment fuir ?

- … Je sais pas où je suis.

Yongguk met son poing contre sa bouche. Il souffle un peu pour ne pas craquer.

- Je … je sais que nous sommes dans un hôtel, une sorte de love-hôtel kitch. Très kitch si tu savais ! C'est laid… C'est à plus de quarante minutes environ de Chuncheon et pas à plus de 1h30, en voiture. Oui, c'est ça entre quarante minutes et une heure. C'est tout ce que je peux dire… Malheureusement, j'en sais pas plus … Je sais pas si on pourra localiser l'appel.

Que pouvait-il ajouter ? Himchan est suspendu à ses lèvres aussi. Il ne fait plus sa part du travail depuis que son leader a commencé son message et que ça lui a visiblement fait perdre des couleurs. Yongguk réfléchit et les secondes de blanc s'enregistre. Il frotte l'arrête de son nez à présent. La probabilité pour que tout cela se finisse mal est très élevée. Il ne veut pas inquiéter sa sœur, mais il sait qu'elle est très élevée. Il est dans une situation désespérée.

- … si jamais …

Il s'interrompt incapable de formuler à haute voix l'éventualité qu'il ne retourne jamais à la maison.

- … Je suis désolé… pour toutes les fois où je t'ai inquiété noona ... J'aurais voulu être, être un meilleur frère… T'as toujours été super… Toujours … Pour moi tu es parfaite… Ne change jamais… En fait… ce que j'essaie de dire … Je t'aime… c'est tout…

Et Yongguk raccroche. Il relève la tête. Il remarque enfin que Himchan a arrêté de faire des combinaisons. Son ami le regarde avec tristesse, les yeux humides même. Yongguk se laisse tomber, assis, au bout du lit. Il se sent affreusement lourd, atrocement nul. Il a envie de pleurer comme jamais. Il a honte. Le message qu'il vient de laisser est effrayant.

Himchan le rejoint et s'assied à côté de lui. Yongguk repense à l'absence de sonnerie. Le portable était éteint. Est-ce qu'il n'avait plus de batterie ? A moins que Natasha en ait eu marre d'être harcelée par un déluge de messages inquiets ? Il ne se rend même pas compte qu'il hoquète et tremble d'émotion. Himchan passe un bras au-dessus de son épaule.

- Ça va aller ?

- Oui, oui… c'est rien ! C'est que j'sais pas. J'sais pas dire adieu.

- C'était très touchant et puis… on n'est pas encore mort. Tu la reverras pour lui expliquer qu'en réalité, tu pensais rien de tout ça, que c'est une chieuse, tout ça…

L'ironie d'Himchan ne fonctionne pas, alors il secoue un peu Yongguk dans ses bras et répète.

- C'était pas des adieux. On n'est pas encore mort.

- Je sais, s'excuse Yongguk. Mais … t'aurais fait quoi à ma place ?

Himchan réfléchit réellement à la question. S'il avait la possibilité de laisser un message à sa propre grande sœur qu'aurait-il dit ? Il sourit.

- Je lui aurais dit que je vais tout défoncer pour m'en sortir, pour pouvoir la revoir. Parce qu'ils seraient pas se débrouiller dans ma famille sans moi, tu sais ?

Yongguk hoquète une nouvelle fois, toujours pas enclin à rire. Mais il a compris le message. Ils étaient obligés de voir le verre à moitié plein. Ils en avaient besoin.

- Oui … excuse-moi.

- Arrête de t'excuser. Ça ira ?

- Oui.

- Je peux retourner faire des combinaisons ?

- Oui.

Himchan lâche à regret Yongguk et retourne faire des combinaisons. Même s'il ne montre rien, lui-aussi est bouleversé. Bien obligé de réaliser qu'il ne va peut-être plus jamais pouvoir revoir ses proches. C'est avec plus de combativité qu'il reprend le craquage de la combinaison. Il doit s'en sortir.

- Je ne comprends pas pourquoi il y a le numéro de Natasha dans cette liste, remarque Himchan à haute voix. Je vois pas en quoi ça peut nous aider à ouvrir la porte ? En quoi c'est un indice ?

- Moi non plus…

Yongguk ne sait pas, et il ne veut pas vraiment creuser la question. Il rassemble ses esprits pour composer le numéro suivant, encore un portable. Il est terrifié. Il préfère rester assis. Il porte le téléphone à son oreille comme on porte un pistolet à sa tempe. Son cœur bat vite, trop vite.

Là encore, une voix se fait entendre sans qu'aucune sonnerie ne l'ait précédée. Cette fois, c'est la boite vocale de son père. Elle est professionnelle, posée. Elle ressemble à la sienne. Plus les années passent et plus il ressemble à son père. Cette évidence lui saute aux oreilles. La respiration de Yongguk se bloque dans son thorax.

Bip

Yongguk est incapable de parler, encore moins de laisser un message. Il panique. Il préfère raccrocher avant que les secondes de silences n'encombrent la messagerie. Yongguk pose le téléphone sur le coussin et plonge son visage dans ses mains.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Himchan est obligé de revenir vers son ami alors qu'il vient juste de le quitter.

- Yongguk qu'est-ce qu'il se passe ?

Himchan craint le pire. Il attire son leader contre lui, cherche à croiser son regard mais celui-ci reste camouflé dans ses grandes mains.

- C'est la boite de mon père, dit Yongguk.

Himchan ne comprend pas.

- Et ?

- Et ça n'a pas sonné… pas du tout.

Himchan ouvre de grands yeux.

- Comme avec Natasha, poursuit Yongguk. C'est pas normal qu'ils répondent pas. C'est pas normal !

- Yongguk, sermonne Himchan entre empathie et pédagogie, arrête de paniquer ! C'est pas la peine de tirer des telles conclusions. C'est pas parce que t'es tombé sur deux boites vocales que … qu'il y a un problème. Ça arrive tous les jours. Ils doivent être saturés en ce moment. Tu te rends compte ? Et puis… Ils sont loin. Ils sont chez eux, loin d'ici, loin de toute cette merde. Ils sont en sécurité. Il y a pas de raison…

Mais Yongguk fait non de la tête. Les paroles réconfortantes d'Himchan, son raisonnement plein de bon sens, se heurtent à la folie de ce présent. Ça ne parvient pas à le rassurer. Cette peur-là est beaucoup trop forte pour être mise de côté et relativisée. Elle obscurcit son jugement et elle trouble sa vision. On vient de le plonger tout entier dans de l'eau glacée. Pire qu'un mauvais pressentiment, il a une certitude. Les deux autres numéros resteront eux-aussi sans réponse. Et il sait très bien de quels numéros il s'agit. Il sait très bien ! Il jurerait sur la vie de ceux qu'ils lui restent. Les prochains numéros : sa propre mère et puis, bien sûr, Yongnam.