La souffrance, c'est hilarant. En temps normal, c'est ce qu'il aurait dit. Mais rien était "normal" pour lui actuellement. Ces derniers jours, il avait presque réussi à oublier la faiblesse de son corps… Jusqu'à ce qu'un violent plaquage au mur le ramène à la réalité : les os, ça peut très facilement se briser.
Bill étouffa un gémissement en heurtant le mur, et leva la tête sur l'ombre menaçante qui était sur lui.
Un garçon, visiblement "plus âgé" que lui, le troissait d'un air suffisant, et dit en ricanant :
- Qu'avons nous là ? Hey ! Les potes ! Regardez c'que j'ai trouvé ! Un nouveau jouet !
Deux autres jeunes s'approchèrent de Bill et celui-ci déglutit, sentant encore une fois cette peur qu'il avait appris à éviter ramper dans son dos. Encerclé, il releva la tête et dit d'une voix qu'il voulait assurée :
- Qu-que me voulez vous?
- Qu'est ce qu'on veut… C't'une bonne question ! HEY ! Les gars ! Qu'est ce qu'on veut ?
- Hum… Ch'ais pas… Son argent ?
- C't'une bonne idée !
Le garçon se tourna vers Bill et dit, en souriant, ce qui mit Bill relativement mal à l'aise, ayant eu l'impression de se reconnaître une demie seconde dans l'oeil de l'autre… Enfin, son ancien lui. Il tendit le bras comme pour utiliser ses pouvoirs… Sauf que ça ne marchait pas.
- Alors, petit, tu vas bien gentiment nous donner ton fric, ou bien tu vas passer un sale quart d'heure…
- J-j'en ai pas.
- Ah bon ? Dommage. Pour toi.
Bill eu juste le temps de se tourner légèrement avant que sa joue rencontre brutalement le poing de celui devant lui. Il laissa échapper un autre gémissement et porta sa main à son visage. Une impression de craquement s'imposa à lui, suivit d'une douleur fulgurante. La violence de la douleur fut si forte qu'elle le porta au bord des larmes. Sa main se posa sur son nez, et lorsqu'il rouvrit les yeux il constata qu'un léger filet de sang s'était déposé dessus. Cela parut évident qu'il pouvait saigner, mais ce n'est qu'à ce moment là qu'il réalisa. Et il allait bientôt réaliser le second coup, qui arrivait aussi vite que le premier, peut être plus fort, plus violent, plus douloureux.
- Hey, vous ! Laissez le tranquille ! Cria une voix.
Les agresseurs se tournèrent vers cette dernière, et celui qui tenait Bill eu un rire narquois :
- Et qu'est-c'tu vas faire, petite?
Bill se tourna également vers cette voix et sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Il aurai reconnu partout ce pull rose, orné d'une étoile filante multicolore. C'était Shooting Star, ou Mabel, de son vrai nom, l'une de ceux par qui l'avait fait choir. Elle sortit de sa poche son fameux grappin et visa son tortionnaire. Celui ci fronça les sourcils et dit d'un ton légèrement inquiet qui n'échappa pas à Bill.
- Pose ce jouet, gamine, tu pourrais te faire mal.
- HYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
Mabel, qui avait poussé très littéralement un cri de guerre et tira avec son grappin sur le type en face d'elle. Ce dernier, surpris, le reçu en plein front, ce qui ne dut pas être très agréable. Il lâcha Bill, qui s'écroula littéralement par terre avant de reculer le plus possible contre un mur, totalement terrorisé par ce qui lui arrivait. Qu'est-ce qu'elle allait lui faire maintenant ?
Les garçons s'étaient enfuis, en criant "Sale tarée !". Mabel, d'un pas presque héroïque s'approcha de Bill, sans le reconnaître. Elle tendit la main vers ce dernier :
- Hey ! J'm'appelle Mabel ! T'es nouveau ? T'es blessé !
Mais Bill était bien trop tétanisé pour oser répondre quoi que ce soit, ni même pour la toucher. La peur le clouait littéralement au sol. En fait, il ne manquerait plus que Pine Tree n'apparaisse de nul par pour…
- Mabel ! Qu'est-ce qui c'est passé ? Y a eu ce type qui est passé en courant et… Attend une minute, c'est qui lui ?
Dipper. Il ne manquait plus que lui. Cette fois ci, Bill avait l'impression d'être pris au piège.
- Lui ? C'est mon nouvel ami !
- Ami ? Hm-hm. Il a l'air un brin nerveux.
- Nerveux ? Mais noooooooooooooon!
- Faudrait peut être l'emmener à l'infirmerie, non ?
Mabel acquiesça. Mais lorsqu'ils tentèrent de s'approcher, Bill aurait tout fait pour rentrer dans les murs à cet instant précis. Ce geste, ce regard de terreur… Ces yeux. Il y avait quelque chose qui avait fait tiquer Dipper.
- Mabel, t'es sûre qu'on le connais pas ?
- Naaaaaaaah, j'm'en serais souvenu !
- Ouais, p't'être. Eh écoute, calme toi, on va pas te mordre.
En somme, Bill n'eut pas trop le choix que de se laisser embarquer, un peu forcé, jusqu'à l'infirmerie, où il n'osa pas sortir le moindre mot.
L'infirmerie était divisée en plusieurs pièces : la salle d'attente, avec plusieurs chaises où s'asseyaient les élèves qui attendaient leur tour; la salle de repos, avec plusieurs lits, vides à cette heure ci. Ces lits étaient légèrement différents de celui de la maison, mais Bill n'y fit pas trop attention. Enfin, le bureau de l'infirmier.
Mabel toqua à la porte du bureau. Aucune réponse.
- Hmm...L'infirmier n'est pas encore arrivé.
- Dans ce cas, on a qu'à l'attendre! J'espère que ça te dérange pas?
Bill se contenta de secouer timidement la tête. Les jumeaux s'asseyèrent. Il en fit de même, mais en se posant sur une chaise à l'écart des deux adolescents. Ils le dévisagèrent, vraisemblablement préoccupés par le comportement étrange de ce nouveau venu. Son regard ne croisa jamais celui de Dipper ou de Mabel, et sans s'en rendre compte, il était en train de jouer nerveusement dans ses doigts. Parfois, son regard se tournait rapidement vers les différents coins de la pièce, avant de retomber sur ses pieds. Mabel décida d'intervenir, et s'approcha de lui. Il ne la remarqua même pas, jusqu'à ce qu'elle pose sa main sur son épaule, ce qui le fit sursauter.
- Hey! Est ce que tout va bien? T'as pas l'air dans ton assiette.
Elle souriait amicalement, cherchant vraisemblablement à le rassurer, mais Bill ne sentit pas sa peur s'en aller pour autant. Aucun son ne sortait de sa bouche. Avant même qu'il ait le temps de répondre, une personne rentra dans la pièce. C'était un homme d'assez grande taille, au teint mat, avec des cheveux courts bouclés et noirs. D'un air décontracté, ses yeux traversèrent la pièce entière, avant de se poser sur Bill. En un instant, il se mit au niveau de l'adolescent, qui eut un léger mouvement de recul, surpris.
- Hé là, du calme, que t'est-il arrivé?
- Des brutes l'ont battu, m'sieur! On est intervenu et on l'a emmené ici!
L'homme sortit une clé de sa poche, et ouvrit le bureau. Il se retourna vers Bill, et lui ordonna.
- Viens, suis moi, on t'arranger ça. Vous êtes avec lui, tous les deux?
- Oui.
- Très bien, alors attendez ici.
Sans hésiter, le jeune adolescent obéit, ne voulant pas rester plus longtemps avec les jumeaux. Refermant la porte derrière eux, l'infirmier sortit tout d'abord un tissu blanc, doux qu'il donna au jeune homme pour qu'il puisse nettoyer le filet de sang, puis se dirigea vers un coin de la pièce, tandis que Bill s'assit sur une chaise, ne sachant que faire d'autre.
- Brutalisé dès le premier jour, ce n'est pas de chance.
L'adolescent ne répondit pas, honteux. Il venait juste d'avoir été humilié par de simples humains, et pire encore, sauvé par deux de ses pires ennemis. Jamais il ne s'était sentit aussi bas. L'homme revint vers lui, tenant dans ses mains une poche en plastique contenant un gel bleu à l'intérieur. Il l'enroula dans du papier, avant de lui tendre.
- Tiens, mets ça sur ton nez.
Bill attrapa la poche enveloppée. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour réaliser que le gel bleu était en fait de la glace. Il se rappela alors qu'il avait déjà vu des humains appliquer de la glace sur eux même, lorsqu'ils avaient pris un coup. Il s'exécuta donc, ayant un léger frisson lorsque le liquide glacé vint en contact avec sa peau.
- Quel est ton nom? Demanda l'infirmier.
- Y..Yvan…
- Eh bien, Yvan, tu as eu de la chance que tu ais trouvé des amis sur qui compter.
Des amis. Ces mots le frappèrent. Lui, ami avec les deux enfants qu'il tenait à ce moment responsable de la perte de ses pouvoirs? Jamais il ne s'était senti aussi faible face à des créatures telle que des humains. Loin de lui était la pensée de lier une amitié avec eux. Cela lui paraissait particulièrement absurde. Son silence n'échappa pas à l'infirmier, qui arquant un sourcil, demanda:
-Tout va bien ?
- ...Euh, o-oui...Je...Je vais bien...je crois.
- Et ton nez ?
Bill réalisa alors que la douleur sur son nez s'était estompée. Elle était toujours présente, mais était bien moins douloureuse que l'instant précédent. Était-ce donc ça, l'effet de la glace sur le corps humain ?
- Je...J'ai moins mal maintenant...
- Eh bien, tant mieux. Si la douleur revient pendant la journée, n'hésite pas à revenir ici. Et si jamais tu as à nouveau des ennuis avec ces imbéciles qui se croient plus fort que tout le monde, parle en aux surveillants.
Il porta ensuite son regard vers son poignet, où était attaché une montre.
- Tu ferais mieux de dépêcher, ça ne va pas tarder à sonner.
- ...sonner...?
Bill se releva et quitta la pièce, légèrement confus. Il fut ramené en un rien de temps à la réalité par la voix aïgue de Mabel demandant :
Te revoilà ! ça va mieux ?!
Euh..Ouais…
Génial ! Et en plus tu parles ! Maintenant, il faut vite qu'on aille au rassemblement pour savoir dans quelle classe on sera !
Dipper acquiesça, et se releva à son tour. Ils commencèrent à quitter tous deux la pièce. Voyant que Bill hésitait, Dipper se tourna vers lui:
Tu vas rester planté là ?
Non….non, bien sûr...
Il le suivit donc, bien que gardant une légère distance entre lui et les jumeaux
