Une main se posa sur l'épaule de Bill, qui sursauta, faisant volte-face pour voir son interlocuteur.
Il s'agissait d'une fille de son âge, bien que légèrement plus grande que lui. Elle possédait une chevelure brune, légèrement ondulée, descendant jusqu'au milieu du dos. L'adolescente était vêtue d'un t-shirt rouge et d'un pantalon noir. Elle dévisageait Bill de ses yeux gris, l'air préoccupée :

- Hé, est-ce que… est-ce que tout va bien?

- Euh...Je...Oui?

- Tu...es sûr? Tu n'avais pas trop l'air à l'aise tout à l'heure...

Bill la reconnut alors. C'était une des filles de sa classe.

- O-Oui….J'étais juste...pensif.

- Et... qu'est ce qui t'es arrivé au visage? Tu as des traces de lutte...

Il hésita un instant. Devait-il lui raconter? Et puis, au fond, qu'y avait-il de mal à ça?

- J'ai...Disons juste que j'ai eu...la malchance de rencontrer des brutes.

- … Oh… je… je vois… je te comprends… désolée de remuer le couteau dans la plaie...

- ...Ce n'est rien. Ça ne va pas me tuer d'en parler alors…

- ...S-si tu le dis...

Aussi surprenant que ça pouvait lui paraître, Bill trouvait cette fille sympathique. Elle paraissait aussi gênée que lui, bien que ce n'était vraisemblablement pas pour les mêmes raisons. Cette compagnie lui fit étrangement du bien.
Leur conversation fut interrompue lorsque la sonnerie se mit à retentir à nouveau.
Avant qu'ils rejoignent les autres, la jeune fille demanda:

- Eh... moi c'est Léa. Et… et toi?

- Je...Je suis... Yvan.

- Yvan? D'accord… On… on se voit en cours !

Puis les deux élèves se perdirent de vue lorsqu'ils repassèrent dans la foule. Bill ne se perdit pas pour autant, grâce aux cris occasionnels poussés par Mabel, l'aidant étrangement à se repérer dans cet enfer.

Au cours suivant, les collégiens rencontrèrent le professeur d'histoire géographie, qui désigna lui-même la place des élèves. Bill se retrouva placé entre Mabel et Léa. Il était déjà plus à l'aise qu'entre les jumeaux. Comme ses précédents collègues, le professeur d'histoire-géo demanda quelques cahiers en guise de fourniture, ainsi que des crayons de couleurs.

- J'en ai déjà pleins! lui murmura Mabel à l'oreille, le faisant sursauter.

Se tournant vers elle, il put effectivement voir que la jeune fille avait étalés plusieurs boîtes de crayons de couleurs sur sa table, dépassant même un peu sur les bords, et était en train de dessiner sur une feuille sur laquelle elle représentait les fournitures demandées par le professeur.
Bill ne sut quoi lui répondre, confus. Il entendit Léa rire doucement derrière lui, vraisemblablement amusée par le comportement de Mabel.
L'heure s'écoula, lentement. Le professeur leur annonça le programme qu'ils allaient suivre en géographie et en histoire au cours de l'année. Bill connaissait déjà l'intégralité du programme. Il n'allait donc rien apprendre de nouveau, si ce n'est que le point de vue des humains sur leur propre histoire.

Dès que la sonnerie retentit, la classe se dirigea vers son prochain cours : technologie. La professeur laissa les élèves se placer eux même, et leur donna elle aussi la liste des fournitures nécessaires pour son cours. Elle leur expliqua ce que les élèves allaient apprendre au cours de l'année. Cette matière éveilla la curiosité de l'adolescent : il allait pouvoir observer comment les humains raisonnaient pour la construction, ou pour se fatiguer à préserver les énergies de leur planète, qui finiraient, quoi qu'il arrive, par s'épuiser.
Les élèves furent ordonnés de former des groupes de quatre, qui seraient définitif jusqu'à la fin de l'année. Donnant une légère tape à l'épaule pour l'interpeller, Léa demanda à Bill:

- Hé...Ça te dérange pas si….si on se met en groupe?

- ...Non, ça ne me dérange pas.

Elle lui adressa un sourire, vraisemblablement satisfaite de sa réponse. Hésitant quelques instants, Bill finit par répondre lui aussi par un sourire. Il ne savait pas si c'était sincère ou forcé, mais il avait juste envie de lui répondre.
La voix de Dipper se fit alors entendre, juste derrière eux.

- Dîtes, on peut se mettre en groupe avec vous?

Avant que le blondinet ai eut le temps de répondre, Léa répondit:

- O-Oui! Bien sûr !

- Merci, c'est sympa de nous laisser.

Bill crut qu'il allait se frapper contre le mur. Était-il donc condamné à se coltiner les jumeaux Pines toute la journée?
S'enchaîna ensuite une avalanche de question de Mabel à Léa:
"Comment tu t'appelles ?"
"T'as quel âge ?"
"Tu habites où ?"
"Tu aimes les animaux?"
"C'est quoi ta couleur préférée?"
"Tu aime faire quoi?"
"Pourquoi t'as une lune sur la main?"

Dipper l'interrompit:

- Mabel laisse lui le temps de répondre à au moins une question!

- Oups...Désolée, j'me suis un peu emportée.

- …"Un peu"... chuchota sarcastiquement Bill.

Léa adressa un sourire gênée à l'adolescente, et lui répondit:

- Eh...Eh bien Je m'appelle Léa... j'ai 13 ans...J...J'habite un peu à côté de Piedmont…O-oui...J'aime bien les animaux.

C'EST VRAI?! J'adoooooore les animaux moi aussi! J'ai un cochon à la maison! Il s'appelle Waddles! Tu le verrais! Il est trop choupi! Ch'uis sûre qu'il te plairait beaucoup !

- ...Euh….Ouais….sûrement….Je suppose?

- Et pour les autres questions?

- H...hé bien, ma couleur préférée...est le rouge...J'aime bien...nager. Et euh...C...C'est juste une marque de naissance. Rien de bien...génial.

- Je la trouve super jolie! Et dis pas ça! Si ça peut t'aider, mon frère en a une lui aussi! Regarde!

Avant même que Dipper ait put réagir, Mabel avait soulevé la frange de son frère, révélant une marque de naissance à la forme particulière : celle de la grande ours. Dipper, très gêné, s'empressa de chasser la main de sa soeur et de cacher cette marque:

- Mabel ! Ne refais jamais ça ! Tu sais pourtant que j'aime pas la montrer !

- Allez, frérot! Y a pas de honte à avoir !

- Fiche moi la paix.

- Le groupe du fond! Veuillez vous taire, s'il vous plaît. ordonna la professeur.

- Oui madame, désolé.

Le restant du cours passa assez vite. La présence de Dipper et Mabel gênait encore Bill, mais moins que le matin même. La présence de Léa aidait à la rendre plus supportable, et il commençait à s'y habituer, bien qu'il s'efforçait de ne plus écrire en cipher. Dix minutes avant que la sonnerie ne se fasse entendre, le jeune homme eut à nouveau droit à la sensation d'avoir un trou dans le ventre. Il comprit qu'il avait à nouveau faim.

- Il ne manquait plus que ça… grommela-t-il.

Cette faim le dérangea tout le restant du cours, rendant chaque minutes pénibles et plus longue. Dès que le cours fut fini, il commença à entendre des gargouillements, émis par son ventre.

- Enfin, on a fini...je commençais vraiment à avoir faim… soupira Dipper.

Au moins, Bill n'était pas le seul à vouloir manger.

- Allons de ce pas rassasier nos estomacs, cher frère! Mais où trouver ce réfectoire?

- Nous n'avons qu'à suivre la foule, Mabel, c'est plus simple.

- Tu as raison. En avant, l'équipe!

Sur ces mots, Mabel se précipita dans la foule en courant.

- Hé! Mabel! Attends nous! cria Dipper, se lançant à sa poursuite.

Léa s'apprêta à les suivre, mais voyant que Bill ne bougeait pas, elle se tourna vers lui:

- Tu...tu ne viens pas, Yvan?

- ...Si, si….j'arrive...

Lui adressant un sourire amical, Léa se remit ensuite à la poursuite des jumeaux, Bill sur ses talons.
Trouver le réfectoire ne fut pas difficile. Il fallait dire, comme l'avait prédit Dipper, que beaucoup d'élèves s'y rendaient le midi. Le petit groupe se fraya un chemin jusqu'à une file d'attente. Les jumeaux et Léa sortirent leur cartes de cantines. Bill les imita.
Ils patientèrent dans la file une bonne dizaine de minutes avant de pouvoir enfin passer.

Dans la cantine, chaque élève prenait un plateau sur lesquels ils déposaient les différents plats qu'ils prenaient. Le plat principal était donné directement sur des assiettes par les cuisiniers du collèges. Les collégiens pouvaient donc choisir quelle entrée ou quel dessert ils allaient prendre. La nourriture semblait appétissante, et l'odeur des différents plats ne faisaient qu'accroître la faim de Bill, qui prit alors chaque plats proposés.

Les quatres adolescents prirent place sur un bout de table, et commencèrent à manger. Durant le repas, Dipper et Mabel discutèrent beaucoup entre eux ou avec Léa, bien que celle ci se montrait plus réservée. Bill ne pouvait s'empêcher de regarder dehors et se perdre dans les nuages. Il fut plusieurs fois ramené à la réalité par Léa, cherchant à l'intégrer dans les conversations, bien que le jeune homme se montrait toujours un peu réticent à l'idée de discuter vivement avec les jumeaux. Il écoutait parfois l'espace d'une minute, ou deux, sans pour autant intervenir, avant de se retourner.
Le repas passa assez rapidement, et une fois sortis, ils allèrent s'installer dans un coin de la cour. Pendant quelques instants, ils restèrent silencieux. Bill remarqua alors que le calme régnait dans la cour, bien qu'il pouvait toujours entendre quelques conversations.

Cela paraissait bizarre de voir des humains si...posés. À Gravity Falls, les habitants semblaient toujours agités. Même la nuit, il y avait toujours un peu d'activité.

Rien que le comportement des jumeaux dérangeait beaucoup Bill.
Durant l'été, Dipper passait son temps à chercher le paranormal, à se lancer dans d'interminables, et parfois inutiles aventures, qui n'aboutissaient à rien. Mabel avait passé l'été à chercher milles raisons de rester heureuse, d'être heureuse et de rendre les gens autour d'elle heureux.
Mais à l'instant même? Ils étaient calmes, paisible, silencieux. Mabel dessinait calmement sur un cahier. Dipper avait lui sortit un carnet de notes dans lequel il était actuellement en train d'écrire.
Léa semblait dans la lune, regardant dans le vide. Elle tournait portait parfois son regard sur chacune des personnes autour d'elle, adressait un léger sourire à Bill, puis revenait à sa position initiale.
Il ne se passa rien. Tout était calme. Trop calme. Bill n'aimait pas ça. Il jouait nerveusement avec un stylo, attendant impatiemment que quelque chose bouge. Ça en devenait presque stressant pour lui.
Heureusement, la sonnerie ne tarda pas. Se relevant, les jumeaux rangèrent leurs affaires, et firent:

- Bon bah…encore deux heures à tenir.

- En ensuite, RETOUR À L'ÉTAT SAUVAGE! PLUS D'ÉCOLE ET RETOUR À LA MAISON! J'ARRIVE WADDLES !

Beaucoup d'élèves s'étaient tournés vers Mabel, alertés par son cri. Léa et Bill, gênés d'être devenus les centres d'attention, s'éclipsèrent rapidement, sans faire de bruit, tandis que Dipper couvra son visage avec sa main, embarrassé par ce que venait de faire sa soeur.
Une fois qu'ils furent un peu écartés de toute la foule, Léa et Bill échangèrent un regard, avant de se mettre à rire. C'était la première fois de la journée qu'il avait réellement envie de rire. Et il ne savait même pas pourquoi, il fallait juste que ça sorte. Les deux adolescents se calmèrent rapidement.

- A-...Allons y... avant d'être en retard. fit Léa.

Bill hocha la tête, et ils se mirent en chemin pour rattraper leur classe.