Le lendemain, comme le restant de la semaine, fut à la fois une découverte, puis un recommencement perpétuel. Bill fut introduit aux principes des "devoirs", et put découvrir le reste des matières qu'il allait "étudier". Tout ce qui était mathématique était un jeu d'enfant pour lui. Il connaissait déjà tout ce qu'il y avait à savoir, et ses notions mathématiques, bien qu'il feignait le contraire face à ses "camarades" de classe, dépassaient de loin celles de leur professeur.
En revanche, l'EPS lui fut une découverte totale. Il fallait prendre en compte plusieurs paramètres du corps pour cette matière là. En particulier, la gestion des efforts et de la fatigue. Trouver le juste milieu fut un peu difficile au début, mais Bill s'y habitua.
La Physique lui fut détestable. Lui qui autrefois s'amusaient à changer éternellement chaque parcelle de molécules, à briser chaque lois matérielles, se retrouvait à les étudier. La mention de la matière l'agaçait beaucoup.
L'informatique aussi, fut une découverte. Il connaissait déjà les ordinateurs, mais ne s'en était servi que dans de rares occasions.
L'Art, en revanche, fut la matière qui fut la plus amusante pour lui. Pour le premier cours, le professeur demanda quelque chose de simple à chaque élèves : de dessiner ce qui leur passait par la tête.
Bill dessina alors sa vision d'un monde "meilleur". Sa vision du monde, sa façon à lui de faire de cette triste et basse dimension quelque chose de meilleur, quelque chose de plus "amusant", à son avis. Cette vision à laquelle il s'était tant accroché autrefois, et qu'il avait été contraint d'abandonner. Le professeur vint voir chaque dessins, ajoutant quelques commentaires à chaque fois. Celui de Mabel intrigua beaucoup l'adulte, qui s'arrêta plusieurs instants pour essayer de déchiffrer son oeuvre. Cela ne surprit absolument pas Bill. Il savait très bien que l'imagination de la jeune fille n'avait pas de limite, pour l'avoir lui même enfermé dedans.
Mais la réaction la plus mémorable du professeur fut lorsqu'il vit le dessin de Bill. D'abord regardant par dessus l'épaule, le professeur se figea, abasourdi. Il prit le dessin en mains, et son visage sembla se décomposer. Il resta planté là, sans rien dire, levant parfois un regard effrayé vers l'adolescent.
Ce regard plaisait beaucoup à Bill. Du moins pendant quelques instants, puisqu'il fut convoqué en fin de cours.
Il eut droit à une série de question de la part du professeur, qui, choqué par le dessin, était persuadé que ces représentations qu'avait Bill provenaient d'autre chose. Il lui demanda s'il allait bien, s'il n'avait pas eu le moindre problème avec sa "famille" -mot qui ne plut pas beaucoup au jeune homme-. L'adulte avoua même n'avoir jamais vu quelque chose d'aussi dérangé.
Bill fut retenu ainsi pendant 10 longues minutes, avant de pouvoir enfin en finir avec cette journée.
Heureusement, la présence des jumeaux était devenue plus supportable, bien que Bill ne leur adressait que très peu la parole,et devenant presque divertissante, et rendant la vie de collège bien plus agréable. Il ne se passait pas une journée sans qu'il se passe rien autour d'eux.
La compagnie de Léa aidait aussi beaucoup. Dès qu'il se retrouvait seul avec elle, les deux adolescents discutaient, bien qu'ils n'avaient pas grand chose à se dire. Léa était très curieuse vis à vis de son nouvel ami, et lui posait souvent des questions, mais celui ci ne pouvait répondre qu'à la moitié d'entre elles.
Bill se montrait très prudent lorsqu'il répondait aux questions.
Dès que l'école était fini, il prenait un peu de temps pour faire ses devoirs, surveillé par John et Harley, puis passait le restant de la soirée à s'occuper de Tac. Il ne parlait pas beaucoup avec ses "gardiens", en dehors des heures de repas. Il eut aussi l'occasion de goûter les différentes boissons humaines, comme le jus d'orange, le jus de pomme ou l'eau pétillante.
Ce fut le vendredi matin qu'alors qu'il venait juste d'arriver, il fut accueillit par Dipper et Mabel qui virent discuter:
- Salut Yvan!
- ...S-Salut….
- Léa n'est pas avec toi?
- Non...Elle n'est pas arrivée?
- Pas encore en tout cas. On voudrait vous inviter tous les deux chez nous ce soir.
- ...Inviter…?
- Ouais! On pourra faire nos devoirs ensemble! Et tu pourras rencontrer Waddles! Et on pourra tous dessiner ensemble!
- Et on pourras vous montrer pleins de photos! Et-
- Mabel, je crois qu'il a comprit. On a demandé à nos parents et ils seraient d'accord. Qu'est ce que tu en dis?
- Je….euh...je…
Que devait il leur répondre? Il ne savait pas quoi, et comment leur répondre. Ce n'était pas tellement dans ses habitudes d'accepter les invitations de ses ex-ennemis.
- Tiens, voilà Léa, fit Dipper, on va pouvoir lui demander elle aussi.
La jeune fille venait tout juste d'arriver. Elle se dirigea vers ses amis, souriante.
- B-Bonjour !
- Hey! Ça te dirais de venir passer la soirée chez nous tous les quatre?! Pour qu'on puisse faire pleins pleins de trucs ensemble!
- ...Je...Oui...Pourquoi pas? ...Mais… il faut que je demande à mes parents, avant… répondit la jeune fille.
- Cool ! Et bien sûr, on attendra la réponse de tes parents.
Les trois se tournèrent ensuite vers Bill.
- Tu...Tu viens aussi, Yvan? demanda Léa.
- ...Eh bien…Je...Oui!
Cette réponse était sortie toute seule, sans qu'il eu le temps de réfléchir. Il pu clairement voir la satisfaction sur le visage de son amie. Les jumeaux aussi semblaient se réjouir.
- Génial. J'vous donne notre adresse, et le numéro de téléphone, puisque j'assume que vos parents préféraient les avoir. Et comme ça, vous nous tenez au courant s'ils sont d'accord ou pas, hein?
Tout en disant cela, Dipper sortit de sa poche un papier où les informations qu'il avait donné étaient inscrites. Bill et Léa hochèrent ensuite la tête avant de ranger le papier.
Quelques minutes plus tard, la sonnerie retentit et le groupe se dirigea vers le reste de la classe.
Le premier cours fut un cours de langue vivante. Ce n'était pas particulièrement dur pour Bill, qui avait vu les civilisations se former, et les langues se développer. Beaucoup de langues humaines se ressemblaient. En revanche, voir les difficultés que rencontraient certains élèves pour parler les langues inventés par leur ancêtres l'amusait presque. Mais il était pensif. Qu'allait-il faire une fois chez les Pines? Il l'ignorait complètement, et cette question le turlupinait. Cette fois, son expression ne mentait pas, et n'échappa pas à l'attention de Léa, qui chuchota:
- Yvan? Est….Est ce que tout va bien?
- Oui….enfin...je crois...je suis juste un peu...perdu dans mes pensées.
- Tu...es sûr? Tu n'as pas l'air...détendu…
- Oui...Ce n'est rien, Léa...ne t'en fais pas pour moi...ça va passer.
- ...Très bien...Mais n'hésite pas à m'en parler si...Si tu as le moindre problème...J-je...Je peux peut être aider?
Bill ne lui répondit pas. Que pouvait-il ajouter? Léa n'était certainement pas en mesure de l'aider, et il ne pouvait encore moins lui dire ce qui le tracassait. Surtout qu'elle ne le croirait pas. Il préféra garder le silence pour le restant du cours.
Ensuite vint le cours de Géométrie. Là encore, Bill maîtrisait parfaitement cette matière. Dès qu'il fut familiarisé avec les différents outils de géométrie utilisés par les humains, il n'eut aucun mal à faire les exercices donnés et eut même le temps de s'avancer. Une fois qu'il eut fini, il regarda un peu où en étaient les autres:
Dipper avançait rapidement dans les problèmes, il avait presque fini. Mabel, elle, avait recouvert sa page de petits dessins, tout en continuant les exercices. Bill vint même à se demander comment elle avait pu faire les deux en même temps. Léa rencontrait quelques difficultés pour un des exercices. Voyant qu'elle n'y arrivait vraisemblablement pas, Bill lui offrit son aide.
C'était la première fois qu'il voulait sincèrement aider un humain à sortir d'une situation quelconque. Mais un sentiment au fond de lui refusait de ne rien faire.
Léa lui fut très reconnaissante et lui fit savoir que si la situation inverse se produisait, elle serait là pour l'aider.
Ils eurent ensuite un cours de musique. Le prof distribua une chanson qu'ils allaient étudier, et chanter en groupe lors d'évaluation. Mais en attendant, toute la classe chanterait. Ce qui déplut à Bill, puisque plusieurs personnes chantaient faux, où faisaient exprès de chanter faux. Très désagréable pour les oreilles. Mabel chantait plus fort que la moyenne, sa voix étant portante. Celle de Dipper était plus discrète, voire étouffée. Léa, elle, avait une voix mélodieuse, très douce et parfaitement juste. L'entendre chanter faisait oublier à Bill la cacophonie provoqués par les autres. C'était plaisant à écouter.
Il se retrouva un instant à la regarder sans plus rien dire. Lorsque la chanson s'arrêta, elle tourna légèrement la tête vers son ami, et se rendant compte qu'il la fixait depuis un moment, elle regarda nerveusement devant elle, légèrement gênée, ce qui fit sourire l'adolescent.
L'heure sembla s'écouler plus rapidement, et avant qu'il ne le réalise, la sonnerie se mit à retentir. Et l'heure d'après aussi. Le professeur ne fit que parler sans jamais rien écrire, et les élèves chahutaient, l'empêchant de se concentrer correctement. Il ne se passa rien de bien intéressant pour Bill, et le cours devenait presque lassant.
Le son de la sonnerie retentissant fut une véritable libération, tant le cours devenait lourd à supporter. Dipper et Mabel partirent en avance vers le réfectoire. Léa et Bill s'y donnèrent rendez vous, la jeune fille ayant quelque chose à régler en premier.
Bill se retrouva, donc seul à attendre patiemment dans les couloirs que la foule soit moins dense pour suivre sans prendre le risque d'être bousculé.
Le couloir s'était presque vidé de la foule, les dernières classes des années supérieur venant de passer. Du moins, c'est ce qu'il crut jusqu'au moment où il vit un garçon, bien plus grand que lui, s'approcher. Il avait une bosse sur le front. Son regard était inquiétant. C'est alors qu'il le reconnut : Le garçon qui l'avait frappé plus tôt dans la semaine. Ce dernier le plaqua au mur :
- Alors le morveux, tu vas faire comment sans ta petite copine ? dit-il en ricanant.
- E-eh ! Ce...C'est pas mon amie ! L-laissez moi ! Qu'est-ce que vous me voulez ?!
- Juste prendre ma vengeance !
Bill ferma les yeux, serrant les dents, s'attendant à recevoir un coup.
Bill sentit le choc dans son dos : il venait de heurter quelque chose. Il entendit ensuite un grand bruit, celui d'une porte qui claque. Encore quelque seconde il garda les yeux clôts, de peur de voir ce qui pouvait potentiellement lui arriver dessus. Le silence était revenu, du moins un silence relatif. À cette heure là, tout le monde était partit manger. Tous, sauf lui, évidemment.
Doucement, il ouvrit les yeux, ayant l'impression que le danger était éloigné. Sur le coup, il ne comprit pas ce qui lui arrivait : Il était plongé dans le noir, comme si ses yeux était encore fermé. Pour s'en assurer, il glissa sa main près de ses yeux, touchant du bout des doigts ses longs cils. Un sentiment de crainte l'avait envahi, compressant sa cage thoracique. Rapidement, il délimita l'endroit où il était avec ses mains. C'était une toute petite pièce. Vraiment toute petite.
Bill se sentait à nouveau pris au piège. Mal à l'aise. Le blondinet chercha un moyen de sortir, d'abord en essayant d'ouvrir la porte face à lui. Son cœur se serra lorsqu'il se rendit compte qu'elle était bloquée.
Dos au mur, Bill essaya de réfléchir. Mais plus les secondes passaient, plus il avait du mal à penser. Un mal de crâne s'imposa rapidement. Ce phénomène, il ne le comprenait pas. Cette douleur qui lentement s'immisçait dans son crâne, lui paraissait incompréhensible. Il donna un grand coup d'épaule sur la porte, une fois, deux fois, trois fois, mais celle-ci ne bougea pas. S'appuyant au mur, il se laissa glisser pour être au sol. Il fixa le néant devant lui, et tenta d'appeler à l'aide à de nombreuse reprise. Mais à cette heure-ci, personne ne l'entendrait.
Les minutes lui semblait paraître une éternité, il avait l'impression que l'air le fuyait. Ses poumons le brûlaient. Manquait-il réellement d'oxygène ? Il en avait bel et bien l'impression. Il tendit la tête en arrière, la bouche ouverte, il essayait de capter le moindre souffle d'air. Lorsqu'il voulut se relever, il se mit à paniquer, en ayant l'impression que les murs s'étaient rapprochés. Maintenant, il suffoquait. Le fait de ne plus pouvoir voir son corps commençait à le faire paniquer, comme si l'ombre autour de lui s'enroulait pour le briser en mille éclats de verre.
Il perdait l'équilibre, même en étant au sol. Il voulait crier, appeler à l'aide encore une fois, mais il avait perdu toutes ses forces dans cette crise de panique. Devant ses yeux défilaient des images, tant la panique le saisissait, comme une proie encore vivante tenue entre les mâchoires d'un loup. Il vit le désagréable souvenir de ses parents, le visage de cette fille qu'il appréciait, Léa, il vit Dipper, Mabel, John, Harley, la femme qui l'avait ramené lorsqu'il s'était perdu. Ce fut la dernière image qu'il vit, avant de laisser tomber le reste de son corps au sol, prit par une pression insupportable sur sa poitrine et dans sa tête. Il eu la sensation de partir, ne pouvait plus lutter contre rien, il tomba dans un sommeil qu'il ne voulait pas atteindre.
