Le weekend sembla s'écouler trop rapidement. Avant même qu'il puisse le réaliser, il était déjà à nouveau temps de retourner au collège.
Après sa soirée chez les Pines, dès qu'il était rentré, Bill n'avait pas beaucoup parlé avec John et Harley, en dehors du temps qu'ils prirent pour acheter les différentes fournitures dont Bill aurait besoin.
Son sac était bien plus lourd que la semaine passée, maintenant qu'il avait tout ce dont il aurait l'utilité. Mais souvent, quand il rentrait du collège, l'adolescent avait mal au dos, bien que peu à peu, ses épaules semblèrent s'adapter, pour finalement s'habituer à la présence de tout ce poids sur le dos. Moralement, l'impact fut différent. Bill se retrouva encore une fois confronté à cette horrible impression d'être prisonnier, enfermé, avec le poids du sac lui rappelant des chaînes lourdes et serrées.
Mais il entendit plusieurs fois ses camarades en faire de même, et se plaindre de courbature au dos. Au fond, il se sentit rassuré de voir que des humains partageaient son avis.
Au niveau de son « groupe », Léa semblait de moins en moins timide, et parlant un peu plus qu'auparavant, se montrait bien plus ouverte avec ses amis, et son plus grand trait se mit à ressortir : Elle était très curieuse. La jeune fille cherchait constamment à voir et comprendre tout ce qui l'intéressait, ou qui éveillait sa curiosité.
Il ne fallut pas longtemps à Bill pour deviner qu'il faisait partie de ces choses là. Léa, par diverses questions variées, tentait d'apprendre à mieux connaître l'adolescent. Elle n'insistait jamais, mais trouvait toujours le moyen de reposer la question sous différentes formes. Bien qu'il ne le laissait pas paraître, Bill n'aimait pas particulièrement ces « interrogatoires », car il ne pouvait répondre qu'à la moitié des questions, laissant souvent Léa mal à l'aise de ne pas avoir de réponses. Il ne cherchait pas à la blesser, mais que pouvait-il faire ? Il n'allait tout de même pas s'inventer une vie ? La question lui trottait en tête, et il songea à prendre le temps d'une soirée, éventuellement avec l'aide de John et d'Harley, pour s'inventer une « histoire » humaine, plus ou moins cohérente.
Bien que cette pensée le préoccupait, une annonce faite par la professeur de sport qui lui fit partiellement oublier ses inquiétudes, pour la remplacer par une autre, le mardi matin.
- En raison de travaux ayant lieu sur nos terrains où nous donnons habituellement cours, nous sommes obligés d'inverser plusieurs activités de notre programme. Je vous informe donc, et vous demande de faire passer le message à vos parents, que nous irons désormais le Jeudi à la piscine pour faire de la natation.
Plusieurs personnes se mirent à crier de joie dans la classe, Mabel la première. Dipper semblait lui aussi s'en réjouir, bien qu'il n'était pas aussi enthousiaste que sa sœur jumelle. Léa semblait aux anges. A en juger par son expression, on aurait pu presque croire qu'on venait de lui donner une nouvelle qui allait à jamais la rendre heureuse. Bill eut définitivement l'effet inverse. N'étant auparavant pas soumis à la moindre gravité, la natation lui était complètement étrangère. Qu'allait-il faire ? Il n'osa même pas avouer aux autres qu'il ne savait pas nager.
Durant le restant de la journée, ses craintes ne passèrent pas inaperçues, lorsque le groupe discuta de la piscine :
- J'ai…J'ai vraiment hâte d'être jeudi ! Pas vous ?
- Oh que oui, on va pouvoir savoir qui de nous deux nage, le mieux, hein, Mabel ? fit Dipper sur un ton défiant.
- Compte sur moi pour te noyer dans tes larmes tant ta défaite sera écrasante ! lui rétorqua Mabel.
- Haha ! C'est ce qu'on verra, sœurette !
- Ouais…Ce…Ce sera bien…j'imagine. Finit par lâcher Bill, sur un ton moins confiant.
Léa le dévisagea, et légèrement inquiète, lui demanda :
- Quelque chose ne va pas ?
- N-non ! Tout va très bien !
- …Tu es sûr ?
- …à vrai dire, je ne suis pas particulièrement… « fan » de natation…contrairement à vous trois.
- Bah ! Franchement, Yvan ! Y a pas de raison ! Qu'est ce qui pourrait aller de travers ? s'écria Mabel.
C'était justement la question qui inquiétait Bill.
- …Après…ce n'est pas grave, si tu n'aimes pas nager. Personne ne va te forcer à y apprécier, Yvan.
Tout en disant cela, Léa lui adressa un sourire amical, auquel Bill répondit en souriant à son tour, bien que ce sourire là fût forcé.
Le jour fatidique arriva. Ce fut en bus que les élèves se rendirent à la piscine. Sur place, on leur expliqua qu'ils allaient se changer dans des cabines séparés.
Bill fut rassuré à cette idée, Harley et John avaient fourni à ce dernier un maillot de bain intégral, couvrant son dos et ses épaules. De ce fait, personne ne verrait son tatouage dans le dos.
Il rejoignit rapidement les autres dans cet ensemble intégralement noir, ce qui, à son malheur, attirait les regards.
L'odeur qui régnait dans la piscine était extrêmement désagréable, l'odeur du chlore était quelque chose de particulièrement dérangeant. Déjà qu'il se sentait particulièrement mal à l'aise dans ce maillot de bain une pièce. Au moins, ce dernier couvrait le tatouage dans son dos.
Le pire était de se dire qu'il allait devoir montrer ce qu'il savait faire… Sachant qu'il ne savait pas du tout nager. A quoi tout ceci servait ? En quoi savoir nager allait lui être utile ? Il n'en avait pas le moindre idée.
Tout le monde s'était rassemblé au bord du grand bassin, dont l'eau était d'une limpidité impressionnante. Il se sentait observé, il faut dire, cette tenue était très différente des autres. Son regard fuyait celui de ses camarades, avant de se poser sur Dipper, Mabel et Léa. Si Dipper et Léa semblaient être mal à l'aise, dos à un mur, Mabel, elle, était totalement euphorique.
Le professeur leur expliqua qu'aujourd'hui, ils passeraient un à un pour faire une longueur, voir les capacités de tous, pour former plusieurs groupes qui seraient répartis dans divers ateliers. Mais très vite, son attention fut absorbée pour des chuchotements provenant de derrière. Il eut l'impression qu'on parlait de lui. Il se retourna, lorsqu'il entendit un rire mesquin.
Soudainement, alors qu'il se retournait pour demander si c'est de lui dont on parlait, tout sembla se figer un instant. Bill se sentit partir, tombant en arrière. Une fille, celle qui avait eu ce rire perfide, venait de le pousser. Il n'avait pas le temps de réagir, chacun de ses muscles s'était paralysé. Il savait ce qui allait se passer : il allait tomber, et qui plus est dans l'eau. Lorsqu'il heurta de plein fouet la surface plane de l'eau il eu une grande douleur dans le dos, expulsant tout l'air dans ses poumons.
Une fois dans l'eau, tout s'enchaîna extrêmement vite : il se mit aussitôt à paniquer. Ses pieds ne touchaient pas le fond, il tentait en vain de marcher sur quelque chose, de s'agripper à tout et n'importe quoi. Mais plus il tentait, plus il coulait. De plus, il n'arrivait pas à reprendre son souffle, étant sans cesse en train de retomber au fond.
Il eut bien cru que cette fois, c'était la fin. Pourtant, il entendit un cri, un appel… Mabel ? Dipper ?
- Mabel fais quelque chose !
- J'y vais !
Bill eu juste le temps de voir Mabel plonger près de lui, encouragée par son frère, mais il ne put rien faire. Cette dernière l'attrapa, et, plus grande que lui, se mis dans son dos pour le ramener près du bord, où le professeur le tira hors de l'eau.
Dégageant la foule qui s'était agglutiné, le professeur fixa Bill d'un air soucieux. Ce dernier cracha un peu d'eau, en se laissant tomber sur le côté. Il resta pétrifié au sol, jusqu'à ce que Mabel et Dipper viennent déposer une serviette de bain sur lui. C'est alors qu'il réalisa que les jumeaux venaient de le sauver. Pour la première fois, il ne fut pas en colère contre eux, mais reconnaissant. Il se surprit même à sourire à Mabel lorsque cette dernière lui demanda si ça allait, tandis que la professeur incendiait la fille au rire mesquin.
Tout le restant de l'après-midi, Dipper avait insisté pour que son ami voit un médecin "On ne sait jamais !" répétait-il. Et autant de fois qu'il le fallut, Bill répéta à Dipper que tout allait très bien. Les moqueries ne l'atteignaient même plus, depuis que Mabel, Dipper et Léa intervenaient dans chacun de ses problèmes. D'ailleurs, pourquoi? Était-ce ça, ce que les humains chérissaient tant au travers de "l'amitié" ? Ce sentiment unique, celui d'être protégé de tous les dangers de ce dangereux monde ?
Bill y songeait, allongé dans son lit, tandis que la nuit s'épaississait dehors. Une dernière question lui traversa l'esprit : "Pourquoi je ne les hais plus alors que eux haïssent celui que j'étais avant…?"
