Un après-midi, après que le petit groupe ai parlé chacun de leurs familles respectives, Léa remarqua que Bill était resté particulièrement silencieux à ce sujet. Cette dernière, toujours par des moyens détournés essaya d'en apprendre plus. Bill se contenta de partir, serrant les poings.
Léa, cette fois ci ne pouvait pas résister, prise par la curiosité mais aussi par l'inquiétude. Elle le retrouva dans un couloir, seul, adossé à un mur et tête basse. Elle se mit à côté de lui, gardant un instant le silence, avant de lui dire calmement :

- …Si tu ne tiens vraiment pas à en parler…alors je ne te forcerai pas, Yvan…mais…

Il la regarda droit dans les yeux pendant quelques secondes, tandis que le silence s'installait entre eux. Après un moment, il poussa un profond soupir. Après tout, qu'avait-il à perdre, du moment qu'il faisait attention à ne pas trop en dire ? Il prit donc la décision de retourner loin dans ce passé, et de ramener à lui des souvenirs qu'il aurait préféré oublier, enfouies au plus profond de son âme.

- …Je n'ai jamais eu d'« enfance » heureuse...Là d'où je viens, j'étais…différent. Personne n'arrivait jamais à me comprendre, et tous m'ont traité comme si j'étais quelque chose qui n'aurait jamais dû exister.

Bill sentit son cœur se serrer. Il ne regardait même plus Léa, mais il savait qu'il avait son attention. Elle l'écoutait attentivement, sans dire un mot. Il continua :

- Mes parents…faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour que je « m'intègre » parmi les autres. Que je sois quelqu'un de « normal ». Plus ils essayaient, plus je haïssais ces mots. Je ne comprenais pas ce que ce qu'ils reprochaient à ce qui me rendaient unique. J'ai commencé à détester tout ce qui était… « simple », « normal » « dans les règles »… J'ai fini par haïr tout ce qui était autour de moi, et à haïr ma famille.

Bill marqua une pause, le temps de laisser passer l'émotion qui le saisissait.

- Je-j'ai fais pas mal de… de chose, et je-je le… re-grette...

La voix de Bill tremblait. Il ne pouvait plus supporter ça. L'émotion qui le submergeait, les souvenirs qui flashaient un à un devant ses yeux… Si bien qu'il craqua, il se mit à sangloter, serrant les dents, parlant de manière saccadée :

- J-je voulais pas ! Moi je-je voulais juste… V-vivre comme tout le monde ! Juste qu'on arrête de-de me juger...

Léa regarda Bill, avec un air… attristé, bien qu'elle ne comprenait pas très bien, elle sentait la douleur qu'il ressentait. Le voyant qu'il était à présent incapable d'aligner deux mots corrects, cette dernière l'enlaça. A ce geste, Bill se bloqua, bien que les larmes silencieuses coulaient le long de ses joues, il ne su comment réagir à cet instant même.

Léa, se voulant rassurante, garda Bill dans ses bras presque une longue minute.

- Eh bien… Moi, je te comprends...

Bien que ces mots l'avait apaisé, il garda une douleur profonde : celle de ne pas pouvoir lui dire toute la vérité. Il avait l'agréable sensation que seul elle le comprenait, ce qui le soulageait, et l'horrible impression qu'est de devoir cacher la vérité à la seule personne en qui il pourrait donner une parfaite confiance.

- Tu sais, la vie au ranch, ça a jamais été facile. Ma mère me faisait monter, elle a toujours super exigeante avec moi. "Tiens ton dos bien droit, relève la tête." me disait-elle. Et, elle m'oblige à porter un corset pour ça… J'ai pas le droit de manger comme je veux à la maison, parce que je dois être très légère pour les concours équestre. Moi ce que je veux, c'est nager, mais ma mère ne veux pas…

- P-pourquoi tu demandes pas à ton père ?

- Parce qu'il essaie même plus de négocier avec ma mère. Depuis que le ranch a brûlé, il a tout laissé tomber pour s'occuper des deux derniers de nos chevaux.

Bill se mit à réfléchir.

- Tu sais... si tu venais de temps en temps… Le week end, chez moi, eh ben… On pourrait aller à la piscine ensemble ?

Les yeux de Léa s'illuminèrent d'un coup. Cette idée lui plaisait beaucoup.

- Et moi je pourrais t'apprendre à nager !

- Euh… Oui ! Oui bien sûr ! Très bonne idée !

Bill souriait niaisement à son amie, en sa présence, toute la souffrance et les mauvaises choses semblaient s'effacer.
Ensemble ils retournèrent auprès des jumeaux.

- Eh bah alors, les amoureux, vous en avez mis du temps. ricana Dipper.

Bill s'arrêta de marcher en entendant ça. Il n'avait absolument pas pensé à cette possibilité avec Léa. En fait, il n'avais aucune idée de ce que ressentait concrètement un humain amoureux. Il jeta un coup d'oeil à Léa, qui semblait particulièrement gênée par cette remarque.

- C'est absolument pas ce que tu crois…! s'offusqua Bill.

- Maaaaanhw c'est trop mignon ils rougissent ! s'écria Mabel.

Il est vrai que Bill et Léa s'étaient mis à rougir. Une pensée qu'il essaya de chasser immédiatement de son esprit s'était imposé : et si c'était vraiment le cas ? Tout ce qu'il savait jusqu'à présent de ce sentiment, c'est qu'il agissait comme la plus puissante des drogues, aussi bien sur le corps que sur l'esprit. De toute manière, comment oserait-il essayer de le savoir ? Pour cela il aurait dû lui demander, et il se voyait très mal demander ça à Léa.

Bien que le duo était embarrassé, les discussions reprirent leur cours, même si Bill et Léa semblait mutuellement se fuir du regard. Les jumeaux échangeaient alors un regard avant de chacun en prendre un à part : Bill se retrouva seul avec Mabel.

- Alooooors c'est quand que tu lui dis ?!

- P-pardon ?

- Arrête fait pas genre "Je vois pas de quoi tu parles" ! Ça ce voit que tu en pinces pour elle !

- Tu crois…?

- Sérieusement y'a qu'à voir le sourire que tu lui donnes, sinon tu fais la tronche toute la journée! Puis à chaque fois qu'elle chante t'es hypnotisé! Faut pas rester comme ça, mon vieux : va la voir !

- Je suis même pas sûre de ce que je ressens, Mabel.

- Comment tu peux avoir encore des doutes ?! Toute façon elle est pas rancunière : si tu te plantes elle t'en voudras pas !

Bill soupira avant d'adresser un sourire à Mabel :

- Écoute, c'est très gentil de m'aider. J'essayerais de lui parler, genre… ce week-end.