Titre : Les Liens du Temps - Chapitre 2 : De siècle en siècle
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur : Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.
Note :
Bonjour à tous et à toutes !
Nous revoici pour le second chapitre de notre aventure. Les choses avancent gentiment, le mystère s'épaissit... Nos deux chevaliers trouveront-ils alliés ou ennemis après une arrivée aussi explosive ? Les deux ? trouveront-ils des indices ? Tant de questions que vous m'avez posés ! Je vous laisse à votre lecture pour juger des réponses :)
J'en profite pour vous remercier pour tous vos commentaire sur le précédent chapitre, cela fait toujours énormément plaisir !
Très bonne lecture à vous et à bientôt pour la suite de nos aventures !
CHAPITRE DEUX
Débarquement
Le Sanctuaire s'étendait aux pieds du chevalier du Verseau. Imposant et grandiose, comme il l'avait toujours été. Tellement similaire à celui qu'il connaissait.
Si différent.
Le flegme avait remplacé la panique sur son visage, ultime défense qui s'était élevée pour maintenir les murs vacillants de son esprit, les empêcher de s'effondrer face à la puissance du mugissement de peur qui lui remuait douloureusement les tripes, s'enracinant dans chacun de ses muscles. Derrière lui, des cris de protestation émanaient encore du bureau du Pope. Il se força à les ignorer, concentrant son attention sur les battements de son cœur qu'il entendait résonner dans ses oreilles, tambour infernal au rythme effréné. Il respira profondément, ses yeux balayant les douze maisons une à une. Il essaya de ne pas s'attarder sur le onzième temple. Mais ses yeux ne pouvaient que s'accrocher aux détails coutumiers et anodins, aux formes familières, aux changements si dérangeants.
D'un geste tremblant, il essuya le filet de sang qui coulait de son front jusqu'à son œil. Ils avaient eu une chance hors du commun. Quand ils avaient débarqué ici, quel que soit le ici en question, les neuf chevaliers présents avaient bien failli les mettre en pièces. L'un d'eux, celui avec les cheveux parme et qui revêtait l'armure du Bélier, était intervenu assez rapidement pour empêcher un massacre. Et depuis, les débats allaient bon train. Beaucoup pensaient qu'il s'agissait d'un piège d'Hadès, d'autres de simples intrus. Kardia s'était battu pince et ongle pour essayer de leur faire comprendre que non, lui et Dégel n'étaient absolument pas une menace, que non, ils ne savaient pas comment ils s'étaient retrouvés ici et que même ce ici en question n'était pour lui qu'incompréhension. Avec peu de succès.
Au grand soulagement de Dégel, il avait également tenu sa langue sur leur identité. Le fait que leurs propres armures les aient abandonnés et qu'ils se trouvaient visiblement devant la représentation de l'ordre n'étaient que des indices flagrants d'inutilités. Plus que tout, Dégel était incapable de faire appel à son cosmos. Un vide colossal s'était engouffré là où une amie de toujours avait disparu. Une révélation qui aurait pu lui coûter la vie si son ami n'était pas intervenu et qui le terrifiait considérablement plus que de se trouver quelque part dans un espace-temps séparé du sien pour une raison obscure. Si Kardia n'avait pas été là, les choses n'auraient pas aussi bien tournées. Incapable de communiquer à l'abri des regards avec son compagnon, le chevalier était dans l'incapacité de savoir si ce dernier se trouvait dans la même situation.
Un frisson désagréable parcourut vicieusement l'échine du chevalier. Le soleil de fin de journée ne suffisait pas à réchauffer sa peau glacée d'horreur et de désespoir. Il la savait présente autour de lui. Il la sentait s'éparpiller entre ses doigts, capricieuse et versatile, le fuyant un peu plus à chacun de ses appels.
« Hey, vous deux ! » Héla une voix forte derrière eux.
Dégel sursauta. Il pivota sur ses pieds avec lenteur pour constater que Kardia se tenait à ses côtés. À la mine sombre et réprobatrice qu'il lui lançait, il avait dû essayer de lui parler. En vain. Il voulut lui sourire, mais ses muscles restèrent figés dans un rictus austère et sans vie. Déglutissant difficilement, le Verseau s'efforça de mettre de côté le sentiment de culpabilité qui vint s'ajouter au pot-pourri de ses pensées et leva les yeux vers celui qui les avait interpellés. Le regard grenat posé sur eux brillait d'une sévérité franche et froide qui lui rappelait, quelques années auparavant, le regard effrayant que son maître portait parfois sur le monde.
Pourtant, c'était à cet homme qu'ils devaient d'avoir recouvré l'air libre plutôt que de se faire enfermer dans les dédales austères du Sanctuaire. Tous s'étaient déchirés pour savoir que faire d'eux. Les tuer immédiatement, les emprisonner, les torturer ? Seul lui avait plaidé en leur faveur, calme au milieu de la tempête, pour les emmener dans son temple et pouvoir garder un œil plus facilement le temps qu'on se décide sur leur sort. Avec un tel détachement que personne n'avait osé contester une décision qui s'imposait d'elle-même.
Il faut dire qu'il n'avait pas la stature de l'homme qu'on contredisait. Posté en haut des marches tel un Seigneur devant son peuple, de longues mèches rousses dansaient autour de son visage avec une sobriété éclatante, accentuant l'énergie altière, presque royale, qu'il dégageait. Dégel le fixa avec un sentiment étrange alors qu'il leur faisait un signe de tête en direction des marches en contrebas. Ses yeux glissèrent sur les formes dorées de l'armure qui recouvrait de l'homme leur faisant face. Il aurait pu en dessiner chaque courbe, chaque repli. Il s'agissait de son armure. Qu'il avait acquis après des années d'entraînement, de peine. Celle qui lui revenait de plein droit. La voir ainsi portée par un autre que lui... C'était comme renier ce qu'il avait toujours été. Pourtant... l'armure du Verseau avait quelque chose de différent.
Kardia mit fin à ses réflexions en lui attrapant le bras pour le tirer de force vers les marches et commencer à descendre l'escalier interminable menant aux temples. Les muscles de Dégel émirent une protestation douloureuse au mouvement rapide et inattendu qui défit la crispation extrême dont ils étaient atteints. Le chevalier grimaça en sentant en plus des ongles aiguisés entrer dans la peau de son bras.
« On peut savoir ce qui te prend ? » Cracha Kardia à voix basse en jetant un œil à l'homme qui les escortait. « Il est seul, on a l'occasion de se tailler d'ici vite fait bien fait et toi, tu restes à contempler le paysage ? Tu m'écoutes au moins? »
« Je ne peux pas me battre, Kardia » Répondit Dégel sur le même ton agressif en lui lançant un regard noir. Tout ce dont il n'avait pas besoin à cet instant précis, c'était de s'entendre faire la morale. Il s'enfonçait bien assez tout seul.
« Quoi ? »
« Je... » Il hésita un faible instant. Assez pour être pris au sérieux. Son masque de maîtrise impassible se fissura dans une ondulation tremblante. « Je ne peux pas utiliser mon cosmos. »
« Tu ne... Quoi ? Mais... » Kardia réfléchit quelques secondes, le fixant d'un air pensif. Il secoua la tête, sa main resserrant sa prise sur le bras qu'elle tenait, mais de manière plus douce. « On s'en fout. » Fut sa simple conclusion. « Je peux très bien... »
« Non, Kardia. Si l'on fait le moindre geste, ils nous tombent tous dessus. On est coincé. »
La réponse ne fut qu'un grognement étouffé mais réaliste sur la véracité des propos. Il s'apprêtait à faire une proposition quand un cri retentit derrière eux et lui coupa la parole.
« Camus ! » Hurla la voix en question. Dire qu'un soupçon de contrariété et de colère vibrait dans ce simple appel aurait été un euphémisme.
Dégel et Kardia se retournèrent pour observer un autre chevalier descendre les marches quatre à quatre et rattraper celui qui les accompagnait. Plus grand que son confrère, ses cheveux blonds volaient derrière lui dans un éclat d'or malgré le casque reconnaissable de l'armure du Scorpion qui lui ceignait la tête.
« Continuez. » Ordonna calmement le dénommé Camus sans prendre la peine de se retourner.
Les deux intrus obéirent à contrecœur mais reprirent leur marche, entrant dans le douzième temple. Silencieux, ils tendirent l'oreille pour écouter le dialogue qui se jouait derrière eux avec un curieux air de déjà-vu.
« On peut savoir c'que tu fous, Camus ? » Éclata le chevalier blond en essayant vainement de garder une voix assez basse pour être inaudible des deux hommes qui marchaient devant eux. « Pourquoi tu ne les as pas simplement laissés aux mains du Pope ? »
Le débit de voix était rapide, presque erratique, et le reproche qui y palpitait était tout sauf dissimulé. Une réponse intéressait tout autant les deux captifs. Dégel ralentit imperceptiblement son pas alors que la sortie du douzième temple se dessinait dans un rectangle lumineux, s'offrant une chance d'en apprendre un peu plus et retardant par là même le fatidique moment où il mettrait le pied en dehors de la demeure des poissons.
« On en parlera plus tard, Milo. » Murmura l'actuel Verseau d'un ton sec et qui n'aurait, en temps normal, admis aucun refus.
« Alors ça, en rêve ! » Railla ledit Milo avec un rire acerbe. Pour le bonheur des deux captifs, il vint se placer devant Camus pour lui barrer la route. « Si c'était des Spectres ? Tu me dois une explication ! »
Le soleil les aveugla quelques secondes à la sortie du temple alors qu'un coup de vent balayait le soupir inaudible du bouc émissaire. Les pieds de Dégel se stoppèrent d'eux-mêmes sur place, se substituant à sa volonté. A quelques marches seulement devant lui se dressaient les arcades de pierre supportant le onzième temple. Son temple. Massif et imposant, fidèle à celui qu'il avait quitté le matin même. Sous le dôme que formait le toit, il distinguait l'entrée en haut des quelques marches. Il laissa ses yeux courir sur les parois fissurées alors qu'il se dégageait de l'étreinte de Kardia, se laissant conduire par ses pas jusqu'au pied du plus proche pilier. Hypnotisé, cherchant une chose tangible à laquelle amarrer son esprit, Dégel vint lentement y poser les doigts d'un geste solennel.
« Je ne sais pas. » Murmura Camus, qui n'avait pas vu l'arrêt soudain de l'un de ses captifs. « Une intuition. »
« Une intuition ? ! »
Un fin courant d'air froid, presque imperceptible, monta du pied de la colonne. Avec lenteur, il vint caresser la main qui y était posée, glissant sur sa peau tel un vieux chat retrouvant son compagnon de toujours. Il remonta le long des épaules du chevalier, couvrant ses bras d'une chair de poule agréable avant de s'enfuir dans une brise glacée, emmenant avec lui quelques mèches sarcelles qui flottèrent dans les airs plusieurs secondes avant de retomber avec lenteur sur les épaules de leur propriétaire.
La posture de ce dernier s'affaissa légèrement. Quand il rouvrit les yeux et que l'indigo de ses iris se posa à nouveau sur son ami de toujours, l'ombre nuageuse qui voilait son regard s'était dissipée, n'y laissant que la froide détermination qui illuminait constamment ses prunelles.
Dégel passa devant Kardia, la démarche bien plus assurée, et s'engagea dans le temple. S'il n'avait plus accès à son cosmos, il venait d'avoir la preuve que ce n'était que temporaire. Il était toujours là, tout autour de lui. Pourquoi il ne pouvait y accéder, le chevalier l'ignorait, mais le simple fait de sentir cette énergie autour de lui avait balayé ses craintes.
L'intérieur du temple du Verseau était semblable à tout ce que Dégel avait toujours connu, jusqu'aux fissures qui serpentaient le long des murs - quoique, ces dernières semblaient légèrement plus nombreuses. Il fit mine de ne pas remarquer le petit espace dérobé dissimulé dans un renfoncement et qui permettait l'accès aux quelques pièces de vie quotidienne dont était doté chacun des temples et s'arrêta au centre de la pièce principale.
Il attrapa discrètement Kardia par le bras pour l'inciter à faire de même alors qu'il passait à sa hauteur. Ce dernier lui lança un regard surpris, presque exaspéré. Il voulut continuer sur sa lancée, se libérer de l'étreinte de Dégel, mais le chevalier resserra sa prise, l'empêchant de continuer.
« Qu'est-ce que t'as maintenant ? » Le questionna-t-il, acerbe. Dégel ne pouvait lui en vouloir.
« Bon et on fait quoi maintenant, monsieur intuition ? » Résonna la voix de Milo au même instant, l'intonation chargée d'une pernicieuse ironie.
Le rouquin, qui le précédait de quelques pas, lui lança un regard plus tranchant que toute réponse aurait pu être. A l'ambiance déjà pesante s'ajouta un silence oppressant. Le faible écho du questionnement prenait racine dans les esprits des quatre chevaliers qui s'entre-regardèrent dans une expectative muette, unis dans leur absence d'une quelconque réponse en mesure de tous les convaincre.
Ce fut le soupir morne de Camus qui brisa cette immobilité. Ses yeux grenat se posèrent sur la personne à l'origine de ce malaise avec un calme exemplaire. Dégel réussit malgré tout à déceler derrière cette attitude désemparée la pointe de lassitude, qui vibra dans le fond de sa voix.
« On attend. »
Sans ajouter quoi que ce soit, il fit demi-tour et s'engagea sous les arcades rocailleuses. Aucun n'y trouva à y redire et, cédant à cette seule alternative qui semblait se proposer à eux, chacun put y trouver son compte, d'une manière ou d'une autre. Même Kardia, pour qui patience n'avait jamais rimé avec solution, y voyait un avantage non négligeable : il avait deux ou trois choses à mettre au clair avec son ami à grand coup d'engueulade et d'éclats de voix.
OoOoOoOoOoO
Elysion. Un Paradis parmi les paradis pour les habitants du Royaume souterrain. Un jardin idyllique, auquel seuls ont accès les Dieux, ainsi que leurs favoris ou favorites. Loin des problématiques du monde des hommes, deux de ces êtres divins étaient confortablement installés à une terrasse, profitant du ciel artificiellement bleu et de la douce musique jouée une nymphe au milieu des fleurs multicolores. Entre eux, un jeu d'échec parsemé de pièces éparpillées sur les cases recouvrait la petite table blanche. Les manches s'écoulaient comme le temps en ce monde : avec une infinie lenteur et dans un perpétuel recommencement.
« Ils sont partis. » Déclara l'un des deux joueurs sur le ton de la conversation banalement quotidienne. Il déplaça un pion sans réellement observer le plateau sous ses doigts, les yeux rivés sur un point perdu dans l'immensité du paysage.
« C'est que tout se déroule comme prévu. » Lui répondit son confrère.
Il fit signe à l'attention de l'une de ses servantes. Celle-ci, se voyant sollicitée, se dépêcha d'attraper une théière à portée de main pour venir remplir les deux tasses vides que les divinités avaient laissées à côté de leur plateau. Une fois sa tâche accomplie, elle retourna dans l'ombre de l'immense bâtisse qui surplombait la vallée.
« Pour l'instant ! » La remarque était ironique, emplie d'un criticisme réprobateur.
« Ne fais pas ton sceptique, Thanatos. » Rétorqua le Dieu du sommeil dans un soupir contrarié. « Il s'agissait de ton idée. »
« Tu ne l'as pas trouvée si mauvaise. »
Hypnos secoua négligemment la tête et se contenta d'un haussement d'épaules pour toute réponse. Il était toujours autant surpris du comportement pathétique de son jumeau sur certains plans.
« J'aurais préféré les tenir à l'œil. » Expliqua-t-il calmement en bougeant à son tour une pièce sur l'échiquier. Deux cavaliers se faisaient face dans une guerre d'immobilité.
« À quoi bon ? Ils ne reviendront pas. » L'assurance et l'arrogance avaient repris leurs places habituelles dans son discours. Il avait suffi de lui rappeler l'origine de leur dessein pour que sa fierté reprenne le dessus. Si simple, si prévisible...
« Qui sait. C'est à lui de décider. » Hypnos fit un faible signe de tête en direction du hall de la demeure derrière lui.
En haut d'un escalier massif qui menait à une porte bien trop grande pour son usage limité se tenait une petite console en bois massif, ornementée de motifs taillés dans un bois plus sombre et qui couraient tout le long des quatre pieds du petit meuble. Posée sur le plateau plus lisse que du verre, une petite boite d'un rouge sombre trônait religieusement en son centre. Étrangement, tous les domestiques qui passaient à côté prenaient soin d'éviter ne serait-ce qu'un effleurement avec l'objet et son reposoir.
« À lui ? Pfft. Et à ton avis, qui le contrôle ? » Railla le Dieu de la mort, un éclat de défi brillant dans ses prunelles métalliques.
Le regard que lui lança Hypnos aurait foudroyé un paratonnerre sur place. À condition bien sûr que celui-ci eut pris la peine de le regarder, ce que son frère s'obstinait de faire avec un acharnement divin.
« Une infime partie. Qui plus est, affaiblie par le transfert... » Trancha la divinité d'une voix aussi froide que la glace. « Tu devrais pourtant être bien placé pour le savoir. Te crois-tu si faible ? »
Le reproche glissa telle une plume sur un lac de montagne. La noire colombe qu'était Thanatos eut un rictus morbide. Le rire qui l'accompagna aurait pu être celui d'une pierre tombale en plein enterrement.
« Faible... Ce sont ces êtres pitoyables qui le sont. Ils ne reviendront pas. Et si jamais, dans une folie, ils y parviennent, ce ne sera que pour semer plus de chaos. »
Il voyait déjà le spectacle se dérouler devant ses yeux. Le Sanctuaire mis à feu et à sang, les cris et les pleurs. Et la mort, omniprésente, qui recouvrirait de son voile obscur la vie de ces piètres chevaliers et de leur déesse autolâtre.
« Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons agir pour le moment. » Intervint Hypnos en buvant une gorgée de thé. Il en savoura le doux fumet quelques instants, profitant de la musique paisible. « Laissons le destin avancer et gardons un œil sur lui. » Conclut la divinité du Sommeil. « Nous avons fort à faire avec Sa Majesté. »
Le ricanement qui s'échappa des lèvres de Thanatos se répercuta longuement dans le silence d'Elysion.
