Titre : Les Liens du Temps - Chapitre 3 : Premiers jours
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur : Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.
RaR :
Guest : Merci ! La voila la voila :)
Note :
Bonjour à tous et à toutes !
Troisième chapitre des Liens du Temps. On pose le décor, on pose les questions... Parce que vous n'êtes pas les seuls à en avoir ! Dur dur la cohabitation entre passé et présent. Du coup, ça cogite fort du cibolo dans ce chapitre, alors accrochez-vous à vos neuronnes !
Très bonne lecture à vous et à bientôt pour la suite de nos aventures !
CHAPITRE TROIS
Premiers jours
Des bruits de pas incessants résonnaient dans le silence paisible de la demeure du Verseau. Derrière les pages jaunies d'un livre ayant bien vécu, le propriétaire du lieu considérait d'un œil distrait les allers et retours de l'un des hôtes qui écumait le dallage de son habitation depuis déjà deux bonnes heures d'un rythme de métronome trop rapide à son goût. À force de l'entendre ainsi faire les cent pas; il finissait par se demander si cela n'allait pas laisser un sillon usé et immuable sur son sol. Cela faisait déjà trois jours que durait ce petit manège et chaque seconde semblait se répéter dans une boucle éternelle.
Le regard de Camus s'enfuit de lui-même de la source de mouvement continue qu'était Kardia pour venir se poser sur son second invité. Calmement assis sur une chaise, il était plongé dans la lecture d'un des livres qu'il avait emprunté dans la bibliothèque du petit salon - sur son autorisation, bien sûr. Au détachement qu'exprimait son visage, il ne semblait nullement perturbé par l'agitation de son ami. Il se contentait simplement de relever les yeux de temps à autre pour l'observer tout en profitant de l'occasion pour parcourir rapidement la pièce du regard, une lueur étrange dissimulée dans ses prunelles indigo, comme s'il était à la recherche de quelque chose. Parfois, ses yeux croisaient ceux du prince des Glaces et s'y attardaient quelques secondes avant de replonger dans l'ouvrage entre ses mains. À ses prunelles immobiles, le chevalier du Verseau pouvait dire que son hôte ne reprenait jamais vraiment sa lecture dans ces instants-ci.
Jour après jour, Camus ne pouvait s'empêcher de l'observer. Mais plus le temps passait, moins il réussissait à mettre des mots sur cette étrange intuition qui s'était emparée de lui lorsqu'il s'était proposé comme geôlier provisoire. Pourtant, encore aujourd'hui, et quoi que puisse en dire Milo, il ne doutait pas de son acte et serait prêt à le réaffirmer si la situation se représentait. Le chevalier se souvenait très distinctement ces premières secondes où il avait posé les yeux sur lui. Camus avait tout de suite senti quelque chose. Dans son attitude, dans l'énergie qu'il dégageait. Peut-être même dans la force de l'immensité parme de son regard. Mais lorsqu'il l'avait croisé, il avait su.
Quelque chose était passé entre les deux hommes, il en était persuadé. Il ignorait de quoi il s'agissait, mais, pour la même raison qu'il ne les pensait pas dangereux pour le Sanctuaire, il était certain que Dégel, lui, en connaissait l'origine. Une sensation qui ne faisait que croître et qui éveillait en lui une curiosité qui poussait sans cesse ses yeux à se poser sur cet homme lui inspirant une confiance anormalement innée. Parfois, il surprenait le regard de son hôte particulier posé sur lui avec insistance, l'observant avec un air mêlant intérêt et curiosité qui lui donnait l'impression de se voir dans un miroir. Mais cela ne durait jamais longtemps et ce sentiment fugace se trouvait balayé d'un simple courant d'air.
Néanmoins, en dépit de ses certitudes, le chevalier des Glaces se demandait parfois si tout cela n'était pas juste un effet de son imagination limitée. Il se surprenait lui-même de suivre ainsi de simples impressions d'émotions dont il ne faisait habituellement que pâle figure. La balance instable de son hésitation tanguait perpétuellement, ébranlant ou renforçant ses convictions au gré de ses fluctuations. Il se sentait fatigué d'une telle incertitude mais ils avaient beau avoir essayé de leur tirer les vers du nez, les résultats étaient loin d'être concluant. Ainsi que d'amener encore plus de nouveaux questionnements que de réponses.
Camus soupira. S'il réussit à forcer ses yeux à retourner sur ses pages, son esprit n'était pas à la lecture et le lui faisait rudement sentir. Une aube de migraine commençait à poindre et il n'avait pas le courage nécessaire à une lutte contre lui-même. Cédant à la tentation d'une tasse de caféine fumante, il se leva en abandonnant son ouvrage au moment où Milo franchissait les portes du petit salon.
Il s'arrêta dans sa quête d'une boisson chaude pour l'accueillir, mais la furie qu'était Kardia se précipita sur le nouvel arrivant dans une tornade de cheveux océan.
« Hey, toi ! » Clama-t-il avec force en venant à sa rencontre, s'arrêtant face à lui.
Sa voix trancha avec la force d'un éclair le silence paisible qui avait régné jusqu'ici. Le jeune homme qui était encore plongé dans sa lecture releva les yeux pour contempler la scène d'un œil sceptique. Du coin de sa vision, Camus le vit esquisser un geste pour intervenir et se retenir au dernier moment. Mais quelque chose dans sa posture, dans la tension de ses muscles, donnait l'impression qu'il était prêt à réagir au moindre problème.
« Quoi ? » Aboya Milo sur le même ton arrogant, les bras croisés sur sa poitrine en une attitude de défi. Si Kardia remarqua le regard dédaigneux que le chevalier posait sur lui, il n'en montra pas le moindre signe.
« Vous avez pas un truc pour tabasser dans le coin ? »
La mine éberluée du nouvel arrivant résumait à elle seule la pensée des trois individus présents dans la pièce.
« Quoi ? » Répéta-t-il, les sourcils haussés et la voix ayant perdu en hargne.
« Aller, quoi ! » S'impatienta le chevalier en venant appuyer un doigt accusateur sur la poitrine de son interlocuteur, complètement perdu. Un sourire narquois illuminait le visage de Kardia. « Frapper sur des renégats, assommer quelques déserteurs... Tu vois le genre ! »
« Emmène-le au terrain d'entraînement. » Intervint calmement Camus avant que tout ne dégénère.
Son ami lui jeta un regard interloqué auquel le chevalier des Glaces répondit par une indifférence calculée. À vrai dire, on venait de lui offrir une occasion inespérée d'obtenir un peu de réel calme chez lui plutôt que de devoir supporter un animal tournant en rond dans sa cage. Ce qu'il n'avait pas eu depuis trop longtemps à son goût. Un combat muet s'engageait entre les deux hommes tandis que Dégel fixait avec insistance le gamin qu'était son compagnon et qui souriait de toutes ses dents, sans doute persuadé qu'il obtiendrait le jouet qu'il avait demandé pour Noël. En voyant le regard désapprobateur qu'on lui jetait, il y répondit par un simple clin d'œil enjôleur. Loin d'être rassurant, cela assurait à minima au Verseau que Kardia savait ce qu'il faisait et que, dans les prochaines heures et avec un peu de chance, il ne se passerait rien de mortel.
« Et puis, ça te défoulera, toi aussi. » Lâcha Camus en tournant les talons pour aller se faire le café qui l'attendait avec autant d'impatience que lui, mettant ainsi fin à la lutte acharnée des volontés de la meilleure des façons.
Milo resta pantois quelques instants avant de grommeler quelques insanités contre cet argument illégal hautement véridique. Il se retourna du geste nerveux de l'aiguille ayant perdu le Nord et s'éloigna à grands pas en direction de la porte de l'air de celui qui vient de se faire attraper la main dans le sac mais qui ne compte pas s'arrêter là.
« Bon tu fous quoi, tu viens ? » Hurla-t-il à Kardia alors qu'il disparaissait dans la lumière du jour.
Ce dernier jubila une seconde et lança un sourire éclatant de vie à Dégel qui eut juste le temps d'entendre un vague« ça va être amusant » avant que son ami ne disparaisse à son tour de son champ de vision. Le vague nuage d'inquiétude qui planait dans ses pensées se gonfla légèrement. Il espérait seulement que ça le calmerait un peu, et qu'il ne déclencherait pas de catastrophes...
Mais tel qu'il connaissait Kardia, rien n'était jamais gagné d'avance.
OoOoOoOoOoO
Le ciel bleu éclatant avait depuis bien longtemps cédé la place aux étoiles, l'éclat du soleil se fondant dans l'obscurité dans un amalgame de couleurs et d'ombres mouvantes qui s'empressaient d'envahir les terres pour célébrer les heures qui leur appartenaient de plein droit. Loin de ces querelles se répétant inlassablement chaque jour et chaque nuit, le Sanctuaire était plongé dans la quiétude du repos et du sommeil, accompagné par l'orchestre naturel de sauterelles et oiseaux nocturnes entamant leur soirée.
Écoutant ces sons familiers dans l'abri familier d'un lit douillet, l'habitant du onzième temple ne dormait que d'une oreille, l'autre bien trop aux aguets pour s'arracher à la sonorité de la réalité. Perdu dans un sommeil bercé par les ténèbres fraîches de la nuit, il écoutait l'ambiance familière de sa demeure. Un courant d'air frais bruissait en parcourant les couloirs, se faufilant entre les fissures des pierres alors que dehors, la petite famille de rongeurs qui avait élu domicile dans les fondations finissait de s'activer en entendant les chasseurs nocturnes sortir en quête d'un bon repas.
Le frémissement d'une ombre entre les piliers éveilla l'attention de son ouïe. Sans prendre la peine d'ouvrir un œil, il en retraça le chemin alors qu'elle s'acheminait sur les dalles en pierre, glissant sur le sol dans un silence rêveur. Elle passa la porte, sans que celle-ci ne réalise que ses gonds venaient de tourner à deux reprises, et s'aventura plus avant. Coulant entre les rayons de lune que laissaient passer quelques ouvertures, elle s'immisça jusqu'à la chambre où elle demeura immobile, à l'affût.
Un sourire s'étira sur le visage du Verseau quand il sentit le matelas s'affaisser. Malgré la chaleur du début de printemps, il se rapprocha du corps qui venait de le rejoindre et passa un bras possessif autour de sa taille, tel l'enfant qui retrouve son ours en peluche après de longues nuits d'hiver. Il ouvrit un œil embrumé par le sommeil, le rouge habituellement flamboyant de ses iris se fondant dans une teinte violine foncé, seul signe visible de son manque de repos.
« Tu en as mis du temps. » Marmonna-t-il en venant glisser une main douce sur le dos de son compagnon. Tel le chat tournant sur les coussins de son panier avant de s'y installer, le jeune homme bougea légèrement pour venir se caler de manière confortable contre son matelas personnel.
« Je croyais que tu dormais. »
Camus étouffa un léger rire et Milo sentit son cœur se gonfler d'une grande fierté, comme à chaque fois que ce son atteignait ses tympans. Ces doux instants entre éveil et sommeil, ceux où les défenses tombent et que l'esprit se laisse vaquer... Ces moments lui appartenaient. Il en était le seul et unique spectateur. Avec tendresse, il vint déposer un baiser sur la masse de cheveux roux.
« Tu fais toujours un bruit monumental. » Se moqua gentiment le Verseau. « Allez, raconte-moi. » Continua-t-il, anticipant le grognement vexé qui arriva quelques secondes plus tard. « Tu as appris quelque chose ? »
Milo s'agita légèrement pour s'asseoir contre le mur et laissa son compagnon venir poser sa tête sur sa cuisse. Il vint glisser une main douce dans le labyrinthe de ses cheveux alors qu'il cherchait les mots capables de décrire son sentiment. La caresse tira un soupir de bien-être au chevalier somnolent, ce qui n'empêchait pas son oreille indiscrète d'être attentive à la réponse qu'il allait lui fournir.
« Je comprends ton intuition. » Exprima lentement Milo avec une hésitation qui ne lui était pas familière. Un signe, Camus l'avait vite compris, d'une hésitation ou d'une incompréhension dont il mesurait l'impact, trop important pour foncer sans réfléchir dans un piège sans issues. C'était un fait assez rare chez lui pour être noté.
« Il a... quelque chose. Et il se bat bien, le con. » Ajouta-t-il en se frottant la mâchoire dans un humour à demi artificiel. Ce genre d'hésitation lui donnait toujours l'impression de libérer une ambiance malsaine qu'il avait du mal à supporter.
Camus se contenta de hocher la tête et s'ajusta légèrement pour venir poser une main sur le visage de son ami. Sous ses doigts, la peau fine était granuleuse de poussière et, à certains endroits où il pouvait sentir les bords de plaies peu profondes, se muait en un mélange poisseux de terre et de sang. Sans parler de cosmos, rares étaient déjà les hommes à pouvoir ainsi se battre contre eux et garder un jeu égal. Cela aurait dû le surprendre. Étonnement, il s'en sentait presque rassuré.
« Le temple a changé depuis qu'ils sont là. » Murmura Camus en caressant avec précaution les quelques plaies qu'il sentait sous ses doigts. Avec application, il commença à essayer de les soigner.
« Changé ? »
« Subtilement. C'est... Tu ne dois pas pouvoir le sentir, mais... » Il ignora le grognement indigné. « L'air, l'énergie. Ils sont différents. Plus chargés, comme s'ils réagissaient à quelque chose. Mais pas de manière hostile. Au contraire. »
La fin de sa phrase mourut dans un soupir. Lui non plus n'était pas certain de ce qu'il exprimait et il avait du mal à faire ressentir ce changement subtil dans son quotidien. Qu'il soit capable de sentir tout ce qui se passait dans sa demeure était dû à cette énergie qui circulait sans cesse dans le temple. Un mélange de son propre cosmos et de l'énergie propre que l'édifice avait accumulé à travers les siècles, à travers les vies de ses prédécesseurs. Chaque temple était particulier à sa manière.
Quand l'équilibre de ces forces avait été perturbé, le chevalier des Glaces avait mis un long temps avant de mettre le doigt sur cette singularité qui le faisait se sentir en décalage avec lui-même. Une variation infime, mais dont le sentiment de contentement et de nostalgie s'immisçait jusque dans les vibrations des murs.
Il avait sottement cru que chaque chevalier entretenait cette relation particulière avec sa demeure. Cela lui paraissait tellement naturel. Mais d'en parler à voix haute, de devoir expliquer ce qu'il ressentait avec autant d'aisance, Camus réalisait que ce n'était peut-être pas le cas et qu'il allait juste passer pour un idiot ou un fou. Un soupir franchit ses lèvres et il referma les yeux. Il délirait sans doute. Mais le sommeil s'acharnait à fuir son esprit trop plein d'interrogations sans réponses.
« Tu leur fais toujours confiance ? » Questionna Milo.
Camus eut un sourire amusé en constatant le ton inhabituel de sa question. Jusqu'ici, son compagnon n'avait cessé de remettre en cause son intuition, l'attaquant bassement avec force de reproches non dits. Il aurait pu s'en offusquer, mais cela faisait longtemps qu'il avait compris que ce n'était qu'un signe d'inquiétude parmi d'autres. Alors il laissait de côté les piques blessantes, persuadé qu'il finirait bien par comprendre son point de vue. En y repensant, il se disait qu'il aurait dû les envoyer se battre bien plus tôt. En ce qui concernait Milo, un bon affrontement était, la plupart du temps, bien plus parlant que de simples mots.
« Oui. Je ne les crois pas dangereux. » Une hésitation infime dans le trémolo de sa voix. « Pas pour nous. » Précisa-t-il avec lenteur.
Milo haussa un sourcil. Sa main, qui se promenait dans le carmin de la chevelure de l'endormi, se perdit sur son visage en une douce caresse, venant en redessiner chacun des traits.
« Ils connaissent le Sanctuaire. Plutôt bien, vu comment il a cherché à le cacher. » Affirma Milo, retraçant dans son esprit la descente jusqu'au terrain d'entraînement qu'il avait effectué avec Kardia. Ce dernier n'avait pas arrêté de courir dans tous les sens, observant les moindres recoins des chemins qu'ils avaient parcourus sous la couverture du gars perdu. « Et en même temps... Il avait l'air de chercher quelque chose. »
« S'il s'agissait d'espions, ils ne resteraient pas immobiles ici à attendre. »
« Ils n'ont pas vraiment le choix. »
Camus rouvrit les yeux pour observer son compagnon avec sérieux, un sourire dubitatif, légèrement provocant étirait le coin de ses lèvres.
« Milo. Tu prétends qu'ils connaissent le Sanctuaire. L'un d'eux, et à mon avis, les deux, sont capables de nous tenir face en combat rapproché. S'ils voulaient partir, ils seraient loin d'ici. »
Milo maugréa un chapelet de paroles inaudibles, ne serait-ce que pour lui-même. Sur son visage se lisait la bataille qu'il devait livrer contre lui-même, se refusant d'admettre une quelconque égalité avec de simples humains.
« Ils ne traverseraient jamais tous les temples. » Se défendit-il en dernier recours, les lèvres légèrement retroussées. L'animal acculé qu'était sa fierté de chevalier n'aimait décidément pas l'endroit où le menait cette discussion.
« Je ne sais pas. » Fut la réponse laconique que lui offrit le français. Elle ne le rassurait guère.
Le tumulte nocturne reprit ses droits alors qu'un nouveau silence s'installait entre eux. Les rayons de lune s'étendaient paresseusement sur le tapis au sol, grignotant les pieds du lit comme s'ils espéraient pouvoir se glisser, lui aussi, sous les couvertures accueillantes. Camus observait cette lumière d'un œil absent, l'esprit trop alerte pour espérer retourner dans la contrée des rêves pour cette nuit. Ses pupilles suivaient le mouvement des ombres sur le mur que dessinaient les caresses de Milo. Aux mouvements parfois désordonnés des doigts dans ses cheveux, il devinait que ce dernier n'avait pas complètement vidé son esprit des questions et remarques qui s'y bousculaient.
Une chouette hulula dans la nuit alors qu'il sondait rapidement l'intérieur de sa demeure, profitant de l'accalmie de la discussion. Son deuxième hôte était de retour - sans doute en même temps que Milo. De faibles échos de chuchotements lui parvenaient en brises légères, péniblement audibles. Peut-être que ce n'était pas lui que le repos fuyait, finalement, mais son temple tout entier.
« Il ferait un bon chevalier. »
Quelque part dans l'esprit du Verseau, une étincelle s'alluma dans l'enchevêtrement de neurones de son inconscient. Elle dévala le réseau électrique qu'était son esprit comme un lapin détalant face à un prédateur, si rapide que lorsqu'il voulut la saisir, elle ne lui laissa qu'une impression de vide incertain et une sensation désagréable de déjà-vu. Sonné par la soudaineté de ce signal d'alarme, il se démena pour fouiller en lui-même ce qui avait bien pu le déclencher ainsi. Il avait déjà ressenti ce malaise. Le jour où il avait pris la défense de ses hôtes dans le bureau du Pope.
« Quoi ? » Finit-il par lâcher dans sa confusion, incapable de répondre quoi que ce soit d'autre.
« Sa façon de se battre. » Explicita Milo, mettant le ton éberlué de son compagnon sur sa déclaration soudaine.
« Je...Pourquoi ? » Demanda Camus, insistant pour obtenir une explication à cette soudaine perte de contrôle qui s'était emparée de lui.
Perdu dans le labyrinthe affolé qui s'était tissé dans son inconscient, il cherchait désespérément chez son compagnon la corde salvatrice pour lui servir de fil d'Ariane et le remettre sur pied. Un prodrome vertigineux lui fit fermer douloureusement les yeux alors qu'il portait la main à son front, se débattant contre la sensation intrinsèque d'avoir oublié quelque chose de capital à sa survie.
« Il a... tous les réflexes d'un chevalier. Son style, sa façon de bouger... Et il s'est retenu sur presque toute la durée. »
« Tu penses à un spectre ? »
Le jeune Verseau s'accrocha à Milo, à ses paroles, essayant de se coller à un raisonnement tandis que le sien continuait à s'emballer sans raison. Il avait du mal à aligner deux pensées cohérentes.
« Non. Tu l'as dit toi-même, ils n'agiraient pas de cette manière. C'est comme si... si je me battais contre moi-même, tu vois ? »
« Un apprenti ? » Essaya-t-il encore, les sourcils froncés sous l'effort que lui demandait cette concentration.
Mais cela semblait payer. Lentement, l'impression de danger commençait à refluer alors que le raisonnement de Milo lui apparaissait plus clair. Il inspira profondément, essayant de calmer les battements affolés de son cœur dont l'écho se répercutait douloureusement jusqu'à ses temps. Avec une fermeté surprenante, une main vint agripper l'habit du Scorpion qui ne sembla pas s'en formaliser.
« Trop expérimentés. »
« Je ne sais pas, Milo. » Trancha le français d'un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu.
Peut-être était-ce le tremblement d'urgence qui vibrait dans sa voix, où le côté acéré de sa réponse qui mit la puce à l'oreille de Milo. Ce dernier baissa les yeux sur le chevalier toujours étendu sur le lit. Ce n'est qu'alors qu'il remarqua son visage crispé, le pli de douleur sur son front et ses muscles crispés dans une attitude défensive, presque apeurée.
« Camus ? »
« Je... » Le français soupira et son visage se détendit imperceptiblement. « Ce n'est rien. »
Camus se résigna à se laisser s'éteindre les derniers signaux d'alerte, persuadé que s'il n'avait pas réussi à attraper l'information cruciale qui lui avait échappé, il n'y arriverait pas mieux avec un temps de retard. Se redressant sur le lit, il se passa une main dans les cheveux dans un geste nerveux et laissa sa tête appuyée contre sa paume. Après un mince temps d'hésitation face à son comportement, son ami vint simplement passer un bras autour de ses épaules.
« Tu es sûr?»
Le français hocha simplement la tête et Milo n'insista pas. À travers ses cheveux, le jeune homme lui offrit un mince sourire, reconnaissant qu'il n'insiste pas. Il ne s'en sentait ni la force ni l'envie. À la place, il laissa mollement tomber la tête sur l'épaule accueillante qu'on lui proposait. L'étreinte familière le rassura quelque peu et il laissa échapper un léger soupir.
« Nous finirons bien par savoir. » Souffla-t-il en ultime réponse
