Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Voilà le chapitre 2, assez banale aussi, mais déjà quelques petits signes pour la suite, on se met surtout dans l'ambiance général ~ Oui je garde énormément de suspens mais vous verrez, ça va vite se débloquer avec des petits indices ici et là. Merci aussi pour vos petites review, ça m'a fait très plaisir! Je vais garder un rythme régulier. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture o/

[ Sweet pool OST - Scene 2 ]


La fin de l'après-midi fut particulièrement éprouvante pour les deux garçons.

Tant à cause de leurs cours, composés de leçon de langue et de littérature, que de ce qu'ils avaient vécu pendant leur pause-déjeuner. Les premières chaleurs de l'été arrivaient, accompagnées des rayons du soleil; cela suffisait pour augmenter radicalement le taux de somnolence de la classe. Certains élèves avaient finit par s'endormir sur leur bureau, avant de se faire rappeler douloureusement à l'ordre par leur professeur. L'anglais n'était pas la matière préférée de beaucoup d'étudiants, mais l'autoritarisme de leur instructeur achevait de leur faire détester ça. Il n'y avait guère qu'une petite poignée, dont faisait partie Kagami, pour avoir le niveau suffisant leur permettant de suivre du début à la fin le cours sans bailler toutes les cinq secondes.

Kuroko, pour sa part, avait l'esprit totalement ailleurs, repensant à la conversation étrange avec Midorima et Takao qu'il eut entre midi et deux. Il lui paraissait clair que ces deux types étaient louches, mais en même temps, ils ne semblaient pas aussi fous que le prétendaient les rumeurs. Un peu excentriques, certes, mais définitivement, ils avaient la tête sur les épaules et savaient consciemment de quoi ils parlaient. Cependant, cela n'enlevait rien le malaise qu'il ressentait lorsque les mots du lycéen vert tournèrent en boucle dans son cerveau. Affirmer des faits étranges face à Kuroko en toute connaissance de cause ne voulait que dire qu'il devait mijoter quelque chose, et il semblait vouloir les inclure, lui et Kise, dans ses entourloupes.

Il jeta un oeil à son camarade qui semblait ne plus pouvoir tenir sa tête droite tant elle lui semblait lourde sur ses épaules.

La maladie de Ryouta n'était un secret pour personne, même les étudiants des autres classes étaient plus ou moins informés, à cause de la crise d'hypoglycémie qu'avait fait le jeune homme en plein cours de sport, l'an dernier, faisant s'inquiéter inutilement l'infirmière de l'école. Malgré cela, il réussissait toujours à garder la face et ne pas alarmer son entourage sur sa condition physique. Cependant, il semblait à Kuroko qu'il en faisait justement un peu trop; son attitude était agréable, ses sourires fréquents, mais tout cela semblait factice, comme un masque de sympathie que le blondinet se forçait à porter pour ne pas laisser les autres deviner ce qui se cachait en dessous. Même le lycéen aux cheveux bleus pouvait finalement peu se vanter de connaître le vrai Kise qui devait être beaucoup moins heureux qu'il ne le prétendait.

Cependant, si l'adolescent aux yeux miel était venu vers lui, c'est bien parce qu'il savait justement que Kuroko n'était pas dupe. Quand bien même il ne le connaissait qu'au lycée et, de rares fois, pendant leurs petites sorties après les cours, il sentait qu'en creusant un peu, il trouverait quelque chose. Lui-même ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait vraiment une vie de famille parfaite, mais elle restait tolérable pour son équilibre mental. Son père travaillait assez dur pour subvenir à leurs besoins, souvent fatigué et absent du foyer, et sa mère, sans être aigrie et négligente, portait peu d'intérêt à son fils si ce n'est sa bonne conduite en société et ses résultats scolaires. Du moment que Kuroko avait une attitude acceptable et des notes passables, il avait le minimum qu'un adolescent de son âge pouvait espérer: un téléphone portable, un peu d'argent de poche, un ordinateur et le droit aux sorties le week-end.

Il était maintenant question était de savoir si Kise aussi avait le droit à ce strict minimum.

La sonnerie de la fin de la dernière heure de cours de la journée l'interrompit dans ses pensées, et résonna pour tous les élèves comme le glas de la libération. Le professeur réussit à prendre quelques secondes supplémentaires pour donner les devoirs qu'il exigeait pour la prochaine fois et enfin, ils purent se lever pour se précipiter vers la sortie. Seuls restaient encore les élèves de corvée de nettoyage pour la classe ainsi que ceux qui organisaient leur petite sortie d'après cours pour aller se détendre. Certains prévoyaient un karaoké, d'autres des emplettes dans des magasins. Quelques-uns refusaient poliment, prétextant un moment avec leur copain ou copine. Le printemps arrivant, la saison des amours ne tardait pas à faire naître les premiers couples, au grand désarrois des éternels célibataires.

Pour ce qui était de Kuroko et Kise, leurs projets étaient déjà planifiés depuis le début.

"On y va?" Demanda le blondinet en se penchant vers son camarade qui terminait de ranger ses affaires.

"Oui, je te suis."

Une fois son sac bouclé, il se leva et emboîta le pas à son semblable, toujours aussi silencieux et discret.

Au début, Kise eut parfois du mal à se souvenir qu'il avait prévu de sortir avec Kuroko, et devait fréquemment se retourner pour vérifier que le garçon le suivait bien, car il eut vite fait de l'oublier. Au fur et à mesure du temps, il avait apprit à ne plus être surpris par ce manque d'absence et s'était habitué à cette transparence de la part du jeune homme invisible. Il ne sursautait plus lorsqu'il lui adressait la parole, semblant sortir de nulle part et ne se posait plus sans cesse la question de savoir s'il était accompagné ou non par son ami. Désormais, il était même capable de sentir Kuroko arriver derrière lui en se concentrant un peu, surprenant plus d'une fois ses camarades qui le croyaient seul.

Ils arrivèrent tous les deux devant un grand fast-food qu'ils connaissaient bien. C'était en effet l'endroit dans lequel ils venaient toujours ensemble après les cours lorsque le besoin de se restaurer ou simplement de passer un moment hors du lycée avant de rentrer se faisait sentir. Kise n'était pas vraiment un grand habitué à leur nourriture trop grasse et salée pour lui, mais il acceptait d'y venir uniquement parce que Kuroko était un grand fan de leur milk shake; la seule chose qu'il n'ait jamais commandée chez eux. Aujourd'hui n'était pas une exception, il commanda un grand verre saveur vanille et le blondinet se contenta d'un jus de fruit concentré, plus pour ne pas paraître grossier que par réelle envie d'étancher une quelconque soif.

Une fois leur plateau prêt, ils s'installèrent à leur table habituelle; celle qui était située juste en face de la baie vitrée du restaurant, donnant sur la rue et le reste de la ville.

Ils savourèrent tous deux leur boisson à la paille, profitant simplement de ce moment de complicité à la lueur rougeâtre du soleil qui se couchait derrière les grands buildings caractérisant la cité. Les lumières, qu'elles soient internes ou externes, n'étaient pas encore allumées, leur laissant ainsi profiter de la lueur naturelle qui semblait donner un peu plus de couleurs à leur visage. Ils n'avaient pas besoin de parler pour savoir qu'ils étaient satisfaits d'être simplement là, à partager un instant sans que personne au lycée ne vienne les déranger ou les interroger. Il y avait ici une liberté dont ils ne jouissaient, ni à l'école, ni chez eux.

Kise fut le premier à brise le silence ambiant.

"Dis-moi Kurokocchi, ta pause-déjeuner s'est bien passée?"

Un peu surpris par cette question, le concerné lâcha à regret sa paille pour répondre.

"Oui très bien, pourquoi?"

"Eh bien, tu es sortis de la classe, et j'ai vu par la fenêtre que Midorimacchi était dans le jardin alors je me disais..."

"Ne t'inquiète pas pour ça." Le rassura Tetsuya en essayant de paraître calme.

Il ne jugea pas utile de parler de sa petite discussion avec le lycéen à lunettes, d'autant plus qu'il n'était pas sûr lui-même de ce qui en ressortait. Shintarô semblait vouloir le prévenir de quelque chose, mais cela ressemblait plus à des menaces qu'autre chose aux yeux de Tetsuya. Il n'avait pas envie d'alerter Ryouta, qui était concerné, pour rien, alors qu'il ne pouvait s'agir que de simplement un délire de la part du binoclard. Ce ne serait pas la première fois qu'il s'amuserait à faire peur à quelqu'un en lui conférant des avertissements suspects sans s'expliquer plus. Cela devait même faire partie de son petit jeu morbide.

"Midorimacchi est un peu étrange." S'enquit le blondinet en se grattant le crâne. "Il était dans ma classe les deux années précédentes, et il ne m'appréciait pas vraiment alors que j'essayais de me montrer gentil avec lui."

"Vraiment?"

"Oui, dés que je venais le voir, il faisait tout pour m'éviter ou ne pas me parler. J'en étais venu à me demander s'il n'était pas hypocondriaque. Vu que je suis souvent malade, il avait peut-être peur que je le contamine avec ma maladie -même si elle n'est pas contagieuse. Mais quand un autre élève qui avait un rhume s'est assis à côté de lui et qu'il n'a rien dit, j'ai dû me rendre à l'évidence que ce n'était pas ça."

Kuroko se tut. Il avait une désagréable impression de déjà-vu en écoutant Kise lui raconter sa peine à sympathiser avec Midorima pendant sa première et sa deuxième année de lycée. Cette sensation d'être détesté, rejeté, sans savoir pourquoi, comme un pestiféré alors qu'il n'avait rien fait de mal. Bien que le bel adolescent semble le prendre plutôt bien, le garçon pâle ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine colère face à un tel comportement de mépris alors qu'il n'avait aucune raison apparente.

"Bah, Midorimacchi a toujours été comme ça. Il ne s'entend pratiquement avec personne, sauf ce type... Takao. Il cède à tous ses caprices, je me demande bien pourquoi. Il paraît qu'il l'emmène même chaque matin en vélo jusqu'au lycée, et qu'il accepte de faire des détours pour acheter le porte-bonheur du jour!"

"Je vois."

"Mais surtout..."

Kise regarda autour de lui, comme s'il avait peur d'être espionné, bien que personne n'était vraiment susceptible d'épier leur conversation dans un tel endroit, surtout à cette heure de la journée. Cependant, plus par jeu que par réelle discrétion, il se pencha un peu plus de Kuroko pour parler moins fort:

"Tu sais qu'il y a beaucoup de rumeurs qui circulent sur lui... Une en particulier, que personne n'a jamais vraiment essayé de démentir ou prouver et elle continue de courir depuis la première année de Midorimacchi." Il prit une gorgée de son jus histoire de reprendre un peu de salive et enchaîna: "Tu connais la grande horloge qui est juste derrière le lycée?"

"Celle qui sonne tous les jours à 6 heures de l'après-midi sans faute?"

"Oui, la plupart des élèves ne l'ont jamais entendue car les cours se terminent souvent à 4 heures ou 5 heures, mais d'autres, qui restent en étude, ont eu la chance d'en profiter."

"Je l'ai entendu quelques fois." Se remémora Kuroko. "Ce n'est pas une sonnerie d'horloge classique, c'est une très belle mélodie."

"En effet, je ne sais pas trop pourquoi ils ont mis ça, ou même qui en est responsable mais là où ça devient intéressant, c'est ce qui se produit quand elle se met à résonner dans tout le lycée..."

L'adolescent bleuté n'avait jamais encore entendu une histoire à ce sujet, c'est pourquoi sa curiosité fut piquée à vif, et il se sentit soudain très impatient de connaître la suite.

"Midorimacchi reste souvent très tard à l'intérieur du lycée... pourtant, dès que cette horloge se met à sonner, on ne sait pas comment, ni pourquoi, mais il disparaît comme par magie, et personne ne sait où il peut se trouver. D'une seconde à l'autre comme ça, pouf. Plus aucune trace. Personne ne le voit sortir du bâtiment, et pourtant, tout le monde le voit le lendemain y revenir, sans savoir par où il aurait pu passer la veille. Ce n'est arrivé que quelques fois en deux ans, mais tout le monde s'en souvient parce que c'était assez... troublant."

Kuroko se sentit soudain très mal à l'aise en connaissant tous les détails.

Cette histoire ne semblait pas vraiment tenir debout; pourquoi le son, certes étrangement mélodieux, de l'horloge ferait-il cet effet, surtout à Midorima. Par quel miracle pourrait-il disparaître d'un couloir à l'autre sans laisser de trace, puis réapparaître le lendemain comme si de rien n'était. Il avait peut-être la chance de ne croiser personne sur son chemin, mais l'adolescent aux yeux ronds refusait de croire qu'il posséderait un pouvoir magique comme traverser les murs ou se rendre invisible - et Tetsuya s'y connaissait en la matière. Mais plus que ce phénomène, déjà bizarre en soi, la question de savoir en quoi c'était lié avec cette sonnerie, et pourquoi à cette heure précise? Peut-être que cela venait de là, les étranges prophéties que le jeune homme aux cheveux verts aimait servir à tort et à travers sans se soucier de passer pour un fou.

Il ne se rendit pas compte qu'il s'était profondément plongé dans ses pensées, et du relever la tête pour voir que Kise le fixait d'un air à la fois inquiet et contrit.

Sûrement était-il en train de s'imaginer des choses.

"Ce ne sont que des rumeurs tu sais!" Rassura Ryouta avec un tendre sourire. "Je ne pense même pas que Midorimacchi soit au courant de celle-ci tu vois."

"Celle-ci?"

"Eh bien... j'ai passé deux ans avec lui, tu le sais. Et à force, j'ai finit par comprendre des trucs intéressants. En fait il n'est pas si... peu fréquentable que les gens veulent bien le dire. La plupart des rumeurs qu'on dit sur lui, c'est lui-même qui en est à l'origine. Il fait courir des bruits sur lui comme quoi il est étrange, maniaque des histoires de fantômes et ce genre de chose alors qu'en fait, c'est loin d'être le cas."

"Pourquoi ferait-il une chose pareille?" S'enquit Tetsuya qui décidément, plus en apprenait sur le troisième année, moins arrivait à le comprendre.

"Je ne sais pas, mais je peux t'affirmer qu'il est plus terre à terre qu'ont le croit. Évidemment, il y a aussi des choses qui sont vraies dans ce qu'on raconte; son obsession pour l'horoscope et sa froideur envers tout le monde sauf Takao entre autres."

Cette nouvelle ne le soulagea pas de sa perplexité naissante.

Kuroko avait l'intime conviction désormais que Midorima possédait toute sa tête, et que tout ce qu'il lui avait dit avait été préparé bien à l'avance. Il pouvait donc aisément arriver à la conclusion qu'il avait bel et bien à faire à une menace implicite de la part du superstitieux, et non de simples paroles provoquées par une démence incontrôlable. Il regarda de nouveau le blondinet, anxieux quant à savoir s'il devait le mettre au courant que son camarade à lunettes s'intéressait à lui de manière étrange ou bien se taire pour ne pas l'inquiéter inutilement. Il opta finalement pour la seconde option; Ryouta connaissait bien Shintaro malgré tout, et vu la manière dont il prenait ces rumeurs, Tetsuya savait qu'il ne le croirait peut-être qu'à moitié.

Ils finirent le reste de leur repas en glissant vers un autre sujet malgré le malaise qui persistait entre eux.

Bien qu'ils fissent mine de ne pas être extrêmement proches au lycée, tout du moins du côté de Kuroko, les deux adolescents se sentaient bien plus complices qu'ils n'y paraissaient. Ils savaient lorsque l'atmosphère entre eux ne se prêtait plus vraiment aux discussions légères, sentant alors rapidement le besoin de se séparer et de se revoir plus tard. Ce moment était arrivé, c'est pourquoi ils se levèrent d'un accord visuel commun pour aller débarrasser leur plateau sans un bruit, l'un après l'autre. Il était de toute façon temps pour eux de rentrer chez eux, au risque de se faire réprimander. Kuroko en particulier, ne voulait pas entendre sa mère geindre sur le fait qu'il rentrait de plus en plus tard chez lui, soupçonnant, à tort, la présence d'une petite amie.

Ils firent un bout de chemin ensemble avant d'arriver à la station de tramway, lieu habituel de leur séparation.

"On se voit demain ~ " Salua Kise, éternellement souriant.

"Oui, à demain." Répondit Kuroko d'un ton neutre.

Le blondinet monta dans le transport public, ayant juste eu le temps de faire un dernier signe de main avant que son moyen de locomotion ne quitte le quai puis sortie ses écouteurs pour passer le temps.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Son logement n'était pas très loin du lycée, à peine vingt minutes d'une bonne marche à pied, et situé juste à côté du centre-ville. C'était un appartement de quatre étages, assez vieux, mais dont l'état quasi intact dû à l'entretien offrait un confort de vie non négligeable pour ses habitants. Les parents de Kuroko s'y étaient installés pour la tranquillité et la sureté des lieux, d'autant plus que le loyer était tout à fait raisonnable. Assez grand pour offrir l'intimité suffisante à chacun, aucun des trois locataires n'avait à se plaindre de leur habitât, y compris leur fils unique. Ce dernier passait finalement peu de temps chez lui entre le lycée la semaine et sa préférence pour jouer au basket le week-end, mais il devait avouer qu'il ne s'y sentait pas forcément mal.

Après s'être un peu pressé, il passa enfin le pallier de la porte d'entrée et, connaissant la rapidité de l'ascenseur, emprunta la cage d'escalier jusqu'au deuxième étage. Il n'eut pas besoin de sortir ses clefs, sachant qu'il y avait forcément quelqu'un à la maison -sa mère, car son père ne rentrait pas avant vingt heures-. Le son de la télé branchée sur une quelconque chaîne nationale et l'odeur de la cuisine lui indiquant que la femme mature s'attelait déjà au repas du soir vinrent l'accueillirent. Il se déchaussa discrètement puis passa devant cette dernière qui, à force de l'habitude, le vit arriver et ne fut donc nullement surprise.

"Bonsoir Tetsu. Tu rentres de plus en plus tard dis-moi." Fit-elle en guise de Bienvenue.

"Désolé, je suis resté un peu plus longtemps au lycée pour faire mes devoirs."

"Je vois... Il est vrai que tes notes ont un peu descendu ces derniers temps. Je devrais peut-être te trouver des cours du soir..."

"Ce n'est pas la peine, le trimestre est déjà bien avancé, et puis je pense que ça ira mieux après les examens blancs."

"Vraiment? Si jamais tu as trop de difficulté, repense-y."

"Je n'y manquerais pas."

Il se retira poliment, préférant ne pas rallonger la conversation avec sa génitrice. Celle-ci soupçonnait son fils de passer du temps en dehors du lycée avec quelqu'un après les cours, mais si Kuroko lui avouait qu'il ne s'agissait que d'un simple ami, elle ne le croirait pas, s'imaginant d'office une petite amie. Et qui disait petite amie, disait forcément plus de risques pour l'adolescent de s'écarter du droit chemin. Ses parents avaient été très clairs sur le sujet: pas d'amoureuse avant la fac minimum. Encore aujourd'hui, le jeune homme aux yeux bleus ne comprenait pas pourquoi ils étaient aussi stricts là-dessus, mais sans doute une grande part de l'explication venait que sa famille était encore assez traditionnelle sur certains points; la vie sentimentale et le statut social en faisaient partie.

Ils pouvaient s'estimer heureux d'avoir la chance de posséder un garçon calme et peu problématique comme enfant.

Kuroko s'isola dans sa chambre, sachant que sa mère ne viendrait pas la déranger désormais, étant donné qu'ils avaient fait le tour de ce qui l'intéressait, elle.

La pièce était simple, sans poster, ni dessin accrochés au mur, simplement un grand atlas et une ou deux photos souvenir pour ne pas la déposséder du peu de chaleur que l'adolescent put expérimenter dans sa courte vie. Allongé sur son lit simple, la couverture bleu ciel et l'oreiller blanc lui servirent de support, il fixa le plafond tout aussi immaculé en lâchant un soupire. Le reste de l'espace se retrouvait occupé par un bureau un peu en désordre, une penderie et quelques commodes pour les affaires personnelles du jeune homme. Il y avait également un ballon de basket et un uniforme pour le même sport à l'effigie de son équipe préférée qui reposait dans un endroit protégé, témoignant de l'égard que leur apportait leur propriétaire.

Le basket était en effet la seule chose qui passionnait un tant soit peu Kuroko, assez pour lui donner une raison de vivre en vue de sa situation actuelle. Il n'avait pas particulièrement d'ambition dans la vie, si ce n'est d'atteindre un niveau d'étude suffisant pour trouver un travail décent et devenir indépendant de cette pression familiale. Il espérait entre-temps trouver peut-être une petite amie qui plairait à ses parents, et non à lui, en priorité. Sans doute se marier plus tard et avoir un ou deux enfants pour compléter sa réussite sociale et satisfaire l'orgueil de ses géniteurs. Si son but ne se résumait qu'à cela, il aurait finit par déprimer, mais heureusement, il restait ce sport assez magique pour redonner un peu de couleur et de saveur à sa vie.

Bien qu'il n'ai que peu, si ce n'est aucun talent, Kuroko aimait le basket de tout son coeur et ne se lassait jamais de jouer des parties, quand bien même il perdait tout le temps. Il ne put intégrer de club de basket dans l'espoir de se perfectionner, que ce soit au collège ou au lycée, car ses parents y voyaient là un frein à ses études et un passe-temps inutile. Alors il se contentait de jouer dans la rue le soir et les week-ends quand le travail l'autorisait, se faisant de temps à autre des amis sans vraiment s'attacher. Quelquefois, il regrettait de s'être soumis à cette énième décision parentale, se surprenant à imaginer que s'il s'était un peu plus investi dans sa passion, peut-être qu'à l'heure actuelle, sa vie aurait été différente...

"Ça ne sert à rien de penser à des si, ce qui est fait est fait." Murmura-t-il pour lui-même.

Dans un ultime soupire, il se tourna sur le côté, regardant son téléphone portable quasi vide de tout contact, si ce n'est Kise et quelques personnes dont il ne se souvenait même plus le visage qu'il avait accepté de rentrer plus par charité qu'autre chose. Il se surprit à chercher le nom de Kagami dans son répertoire, sachant pourtant qu'il n'eut jamais une véritable conversation avec ce dernier, et que donc les chances d'avoir son numéro étaient de zéro. Ce fut un simple réflexe, mais cela le perturba un peu, n'étant pas sûr d'imaginer ce que cela représentait pour lui. Ce n'est pas comme s'il voulait parler avec ce rouquin alors qu'ils ne se connaissaient même pas. Il n'avait même pas un seul sujet de conversation pour commencer. En supposant bien sûr qu'il veuille lui répondre, ce qui était hautement improbable.

Il referma le clapet de son téléphone, aussi déçu que confus.

OoOoOoOoOoOoOoO

Comme prévu, les lieux étaient noirs et froids dès son arrivée.

Pas étonnant, étant donné qu'il avait baissé les volets et ouvert la fenêtre toute la journée histoire d'aérer sans risquer les mauvaises surprises à son retour. L'espace étant plutôt petit et confiné, son habitant devait faire attention à bien recycler l'air, surtout avec sa maladie, qui n'aimait pas beaucoup la poussière et les acariens. Il referma la porte derrière lui à clef avant de poser cette dernière sur le petit meuble à l'entrée ainsi que son sac de cours par terre pour aller fermer la pièce et mettre le chauffage en marche. Il remonta quelque peu les volets histoire de profiter des dernières lueurs de la journée puis alluma la lumière de la pièce de séjour qui faisait également office de chambre pour lui.

Le studio loué ne comportait que cette unique salle en plus de la cuisine, des W. C et de la salle de bain, dans lesquelles il ne passait pas beaucoup de temps. Meublé au plus simple, son lit était également le canapé, une télévision qui restait la majorité du temps éteinte, l'aquarium remplissant largement la fonction d'animation de la maison et quelques armoires pour les vêtements et autres objets de la vie quotidienne. Son frigo était quasiment vide et sa penderie tout aussi remplie. En outre, le silence pesant ne fut coupé que par le son oppressant de la ventilation de l'aquarium, donnant une impression presque morbide à cet appartement pourtant neuf et très bien placé dans la ville, bien qu'un peu en retrait.

Kise y était pourtant habitué, puisque cela faisait presque trois ans qu'il habitait désormais seul dans cet endroit, aux frais d'un lointain oncle qui, en la mémoire de sa pauvre soeur décédée -la mère de Ryouta- accepta de prendre en charge les frais de logement et de scolarité du jeune homme jusqu'à sa majorité. Le blondinet ne le rencontrait que quelques fois pendant les vacances car il habitait loin de la capitale. Récemment, il s'était déplacé lorsque l'adolescent fut hospitalisé, puis resta encore une petite semaine pour s'assurer que tout allait bien avant de repartir chez lui, non sans une certaine anxiété. Kise lui était reconnaissant d'autant de solicitude, sachant que cet homme était lui-même marié et avait une petite fille en bas âge, bien qu'il se doutât qu'il faisait aussi cela par obligation, étant devenu son tuteur légal par défaut.

Il n'avait pas de parents; son père avait abandonné sa mère avant la naissance et cette dernière, dévastée, n'avait pu supporter l'accouchement. Ses grands-parents l'avaient renié, le voyant comme la cause de la mort de leur fille et il n'y avait finalement que cet homme qui accepta de prendre en charge le bébé dans sa région natale, située bien plus au nord du pays. Kise ayant ensuite exprimé le besoin d'étudier dans un milieu un peu plus urbain, ils avaient déménagé dans la capitale jusqu'à ce que sa tante tombe enceinte et qu'ils ne décident de retourner dans leur village. Depuis, le jeune homme était devenu relativement autonome et s'appliquait à ne pas causer trop de problèmes à son oncle, en particulier à cause de sa santé.

Depuis, la solitude était un peu devenue monnaie courante de son quotidien.

"Qu'est-ce que je vais me faire à manger aujourd'hui?" Se demanda-t-il sans réelle conviction.

Il avait bien sûr quelques plats à réchauffer au micro-onde, ou des nouilles instantanées qui rempliraient son estomac le temps d'une soirée, mais rien ne lui faisait vraiment envie. D'autant plus qu'il devait économiser le plus d'argent possible, étant donné que son budget du mois restait limité aux envois de fonds de son oncle, certes réguliers, mais de plus en plus mince à cause de la conjoncture actuelle. Cela le faisait réfléchir à l'éventualité de chercher un petit boulot à côté de ses études si jamais il ne pouvait plus subsister à ses besoins, qui plus est avec les frais médicaux exorbitants qu'il se retrouvait à payer malgré lui. Ce n'était pas en plus comme si ces médicaments avaient un réel effet sur sa santé...

Le lycéen se déshabilla lentement pour passer une tenue plus confortable puis choisit au hasard un plat pré-cuisiné qu'il mis à chauffer dix minutes. Il se restaura dans un silence le plus complet, appréciant le calme intérieur de son appartement sans rien pour le troubler, tout étant hermétiquement clos aux agressions extérieures. C'était comme une bulle repliée sur elle-même dans laquelle rien, ni personne n'avait le droit d'entrer. C'était son monde à lui. Celui qu'aucun de ses camarades, même pas Kuroko, ne pourrait imaginer une seconde en voyant le comportement sociable du jeune homme. Peut-être était-ce à cause de ce semi-hermitage qu'il ressentait le besoin de multiplier les contacts, ou peut-être était-ce simplement pour qu'aucun doute ne soit mis sur lui et sa situation familiale.

Kise ne voulait pas que l'on découvre quel genre de vie il menait, car il s'attirerait à coup sûr, la pitié de certains, l'opportunisme des autres.

Le seul auquel il aurait été susceptible d'avouer une partie de sa vraie nature serait Tetsuya mais il attendait encore un peu, non pas par manque de confiance, mais par appréhension de la réaction du garçon aux yeux bleus. Après tout, c'était toute une image qui se brisait, quand bien même il ne cachait pas vraiment de sombre secret. Mais aux yeux de Ryouta, c'en était un, très précieux même. Peut-être un jour, parviendra-t-il à ouvrir un tant soit peu son coeur, et risquer par conséquent de se faire blesser par les émotions humaines. Pour le moment en tout cas, il se complaisait dans cette double vie à cheval entre la société et l'isolement.

"Je fais mes devoirs, et je vais me coucher." Se résolu-t-il en terminant son plat sans gourmandise.

Il jeta un vague coup d'oeil à son téléphone portable, remplis, il le savait, de SMS et de message vocaux de filles et garçons l'invitant à diverses sorties. Ryouta se promit d'y répondre plus tard dans la soirée, se sachant obligé s'il ne voulait pas perdre ses liens sociaux artificiels qui lui permettaient de survivre en dehors de chez lui. Pour être honnête, ses pensées étaient tout ailleurs; tout à l'heure, encore une fois, il avait subi les contrecoups de sa maladie. Mais ce n'est pas tant ce phénomène, qui finalement faisait partie de son quotidien, qui le troublait, mais plutôt ce qui se passa ensuite...

XxXxXxXxXxXx

Le trajet ne durait pas si longtemps que ça, une demi-heure, peut-être moins, mais il pouvait devenir une véritable torture si les conditions devenaient trop désagréables; trop de personnes à l'intérieur comme aux heures de pointe, rendant impossible le moindre mouvement interne au wagon lui était particulièrement insupportable. Il supportait mal la foule, encore moins les espaces trop clos car la plupart du temps, cela finissait généralement plutôt mal pour lui. C'est la raison pour laquelle il veillait à ne pas se retrouver dans une telle situation, quitte à être chez lui un peu plus tard ou devoir se lever tôt pour ne pas se retrouver en même temps que tous les étudiants et employés qui partent travailler à la même heure.

Heureusement pour Kise, cette fois-là, le train était plutôt vide.

Bien que plusieurs sièges soient libres, l'adolescent préféra rester debout, appuyé contre la porte vitrée du côté où elle n'ouvrait pas, il regarda le paysage urbain défiler sous ses yeux ambre tandis que ses deux écouteurs noirs envoyaient à haute fréquence une des chansons de son groupe de musique japonais préféré. Peut-être parce que c'était une musique plutôt mélancolique, il trouvait qu'elle allait plutôt bien aux tons sanguins qui peignaient les maisons et les routes extérieures à son monde. Quelque part, c'était aussi sans doute son état d'esprit actuel, alliant nostalgie et solitude, qu'il ne pouvait stopper à la pensée d'être bientôt de retour chez lui.

Le train s'arrêta quelques fois, laissant au garçon blond le soin de calculer qu'il n'était bientôt plus qu'à un seul arrêt de sa station. Le temps était passé étrangement vite, ce qui n'était pas pour lui déplaire, lui qui trouvait les choses toujours mornes et sans attraction. C'était sûrement la présence de Kuroko qui lui ramenait ce brin de fraîcheur qui manquait tant dans sa pâle vie. Il ne savait pas encore combien de temps il allait bien pouvoir tenir son masque au grand public, mais tant que son cadet restait à ses côtés, il sentait qu'il serait possible pour lui de garder la tête haute encore un petit moment. En espérant juste qu'il ne se brise pas entre-temps.

Il en était à réfléchir sur son quotidien et les misères qu'il lui apportait quand le train s'arrêta une ultime fois.

Au moment où les portes s'ouvrirent, Kise sentit comme un étrange courant d'air le traverser, précédé immédiatement d'un vertige qu'il n'arriva pas à contrôler tant son intensité le percuta de plein fouet. Il enleva ses écouteurs par réflexe alors que le train repartait, ajoutant la sensation de vitesse et de mouvement à son univers qui était désormais en train de tourner et de s'obscurcir. Appuyé désespérément contre la vitre, il tenta tant bien que mal de ne pas attirer l'attention des passagers sur son état, alors qu'il se savait sûrement blanc et transpirant, courbé sur lui-même. Ce n'était pas la première fois qu'il souffrait de perte de conscience, mais jusqu'à présent, il s'était toujours débrouillé pour les retenir jusqu'à ce qu'il soit seul ou bien entouré.

Le blondinet tangua de plus en plus. La nausée venait petit à petit tirailler son estomac, à tel point qu'il du s'agripper le ventre pour ne pas rejeter son repas de midi. Sa respiration se fit de plus en plus saccadée, les sons ambiants qui lui parvenaient raisonnaient d'un écho étouffé et lointain, comme s'ils étaient perçus de l'autre côté d'un tunnel. Même sa vision s'assombrissait. Il le pressentait, il allait sûrement s'effondrer par terre, devant la sortie du wagon alors qu'il n'était plus qu'à quelques minutes de chez lui. Ce serait vraiment trop idiot que quelqu'un appelle une ambulance qui allait l'amener dans un hôpital à l'autre bout de la ville alors qu'il avait juste besoin de s'allonger et se couper du monde.

Ryouta fut sur le point de tourner de l'oeil et allait tomber en avant quand quelque chose attrapa son bras, le rattrapant in extremis de sa chute physique et psychique.

Ayant d'instinct fermé les yeux en attendant le choc, il ne comprit pas tout de suite ce qui s'était passé. Une chaleur. Etrange. Douce. Elle l'enveloppa alors, l'empêchant de tomber sous l'impact. Une étreinte protectrice. Et un son apaisant. Des battements de coeur. Lents. Réguliers. Profonds. En l'espace d'un instant, tout son malaise disparut pour être aspiré dans cette sensation agréable d'être enfermé dans une bulle bienveillante. Instinctivement, il se nicha contre cette masse. Une main, grande, frotta son dos comme pour le réconforter.

Tout de suite après, le train freina, signe qu'il arrivait au prochain arrêt -le sien-, et donc que son calvaire était terminé. Toute sensation de bien être s'enleva, de même que les bras qui le tenaient. Il sortit sans même regarder, sans même réfléchir à ce qui venait de se passer, l'air extérieur lui faisant un bien fou et lui redonnant la force nécessaire pour terminer son périple jusqu'à son appartement. Cependant avant de se mettre en route, il jeta un oeil sur le wagon du transport public dont les portes étaient déjà fermées avec un certain regret. Il était pratiquement certain que quelqu'un, qui avait sans doute remarqué son malaise, l'avait tenu pour l'empêcher de s'évanouir et donc l'avait indirectement sauvé.

Voyant l'énorme machine de fer s'éloigner jusqu'au terminus, il détourna les talons, persuadé qu'il ne le saura sans doute jamais

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Sur le coup, il fut tellement pressé et mal qu'il ne pensa pas à vérifier, mais désormais, ses pensées étant claires et son état physique calmé, il regrettait de ne pas avoir pris un peu plus en considération cette personne. Dans un soupire à fendre l'âme, il s'allongea dans son lit, sur le dos, les yeux rivés sur son plafond blanc obscurci par l'absence de lumière. Seul la veilleuse mise en place pour les poissons reflétait ses lueurs bleutées sur les murs, donnant la sensation apaisante à Kise d'être immergé dans les fonds marins. À l'heure actuelle, cette simple expérience lui apportait bien plus de quiétude que tous les médicaments qu'il put expérimenter jusque-là.

Une béatitude qu'il n'a expérimenté qu'une seule fois à l'extérieur, il y a de cela quelques heures, quand il sentit la main de cet inconnu le tirer des futurs abysses dans lesquels il plongeait. Et l'emporter dans un monde d'euphorie et de douceur qu'il n'aurait jamais cru exister un jour.

Sur un dernier sentiment de frustration, il s'endormit, bercé par l'espoir que peut être un jour, les choses iront un peu mieux pour lui.