Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Voilà un chapitre assez long, mais qui prépare bien je dirais. Je pensais enchaîner rapidement mais finalement, j'ai pris plus de temps pour poser quelques scènes, c'est mon petit défaut d'écriture. Enfin bref, j'espère que vous apprécierez quand même. Bonne lecture et n'hésitez pas à me dire ce qui vous à plu ou pas en review ~

[ Sweet Pool OST - Scene (Warp02) ]


Comme à son habitude, en sortant de chez lui ce matin, Midorima avait ses écouteurs dans les oreilles tandis que son vélo était tranquillement tiré par Takao. Cependant, contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre de la part d'un adolescent de son âge, ce n'était pas de la musique que le jeune homme vert écoutait, mais bel et bien l'horoscope du jour d'Oha-Asa. Il se montra très attentif devant les prédictions pour chaque cas, n'étant pas seulement intéressé par le sien, mais également celui d'autres de ses camarades, certains en particulier. Depuis un certain temps déjà, il sentait quelques signes qui ne trompaient pas, et plus il approfondissait les prédictions, plus ses doutes se voyaient confirmés; ce n'était plus qu'une question de temps.

Sa discussion la veille avec Kuroko lui avait confirmé certaines choses, mais également fait peser quelques mystères de plus sur ce qu'il soupçonnait.

Décidé à ne pas laisser des idées noires gâcher sa journée, il remonta son regard vers le paysage filant, profitant plutôt de cette balade quotidienne dont il ne se lasserait jamais, bien plus agréable que la voiture ou les transports en commun. Les maisons défilaient ainsi que les gens, et il se surprit de sentir un sentiment de supériorité monter en lui, comme un roi paradant au milieu du peuple. Beaucoup de personnes le détestaient pour ce trait de caractère arrogant, mais le lycéen vert s'en fichait et assumait publiquement son comportement orgueilleux. Enfin... il y en avait un au moins qui le supportait entièrement, un mystère que ni astrologie, ni voyance n'avaient encore réussi à percer.

Il en était à réfléchir sur les origines de l'altruisme de son camarade de classe lorsqu'il se sentit violemment projeté en avant.

Takao eut à peine le temps de freiner pour éviter le ballon de basket qui s'était mis sur sa route, et manqua in extremis un poteau. Midorima s'accrocha fortement pour ne pas passer au-dessus de lui et, après avoir repris ses esprits, se redressa vivement dans le but d'incendier le petit malin qui s'amusait à provoquer un accident de la route quand toute sa colère fut réduite à néant en voyant la personne concernée. S'il y avait bien quelqu'un dans cette ville qu'il aurait aimé ne pas croiser aujourd'hui, c'était bien lui. Mais force est d'admettre que le destin ne lui était pas particulièrement favorable en ce moment. Comme pour accentuer cette ironie, ses écouteurs lui envoyèrent la prévision de son signe:

"Cancer: cette journée vous sera bénéfique ou non en fonction de votre première rencontre, en dehors de vos fréquentations habituelles. Faites donc bien attention lorsque vous sortez de chez vous. En ce qui concerne le porte-bonheur du jour..."

Une fois le monologue de la voix féminine finie, il éteignit son appareil pour faire face à l'adolescent mâte qui le toisait depuis tout à l'heure d'un air arrogant, visiblement fier de sa petite plaisanterie qui aurait pu pourtant coûter très cher aux deux cyclistes. Rien ne surprenait pourtant Shintarô de sa part, le sachant imprévisible et inconscient du moment qu'il pouvait se distraire un peu.

"Dire que cette journée avait si bien commencé, il a fallu que tu viennes tout gâcher, Aomine."

Le concerné se pencha pour récupérer le ballon orange qu'il avait délibérément laissé rouler sur la route pour stopper les deux lycéens puis se redressa pour les regarder avec ce même sourire insolent qui donnait envie de lui donner une paire de claques.

"Épargne moi tes sarcasmes, Midorima." Fit-il sans pour autant laisser transparaître d'agacement dans sa voix

Le concerné fit signe à Takao de ne rien dire, voyant bien que ce dernier devait sûrement se retenir d'intervenir pour dire ses quatre vérités au grand jeune homme. Ce n'était pourtant pas son genre d'être énervé contre quelqu'un, lui qui sympathisait avec tout le monde, mais le comportement de l'adolescent aux cheveux bleus l'agaçait au plus haut point. Pas tant pour son attitude insupportable, que le fait qu'il s'amuse à titiller Shin-Chan sur des sujets qu'il savait épineux, et se délectait d'avance de voir la réaction de son homologue. Celui-ci fronça les sourcils mais le regarda avec insistance, l'air de dire qu'il allait régler cette affaire lui-même.

Takao savait bien que de toute façon, il n'était pas en position d'exprimer quoi que ce soit...

"Qu'est-ce que tu es venu faire ici? Je ne suis pas sûr que tu empruntes cette route pour aller de chez toi jusqu'au lycée."

Si ses souvenirs étaient bons, Aomine habitait même à l'opposé de chez lui, ce qui supposait qu'il du faire un détour exprès pour le voir. Il le savait très bien, c'est pourquoi il ne chercha même pas à s'en cacher et préféra plutôt aller directement au coeur du sujet.

"Tu as parlé à Tetsu hier, pas vrai?"

Shintarô soupira en remontant ses lunettes. Il ne savait pas comment cet idiot de Daiki avait eut vent de sa petite conversation avec Kuroko, mais c'était mauvais pour lui. Bien qu'ils n'aient jamais été dans la même classe, les deux garçons bleutés se voyaient de temps à autre en dehors des cours pour jouer au basket depuis le début de l'année dernière, bien que le plus petit des deux n'ait jamais vraiment voulu donner suite à leur relation à l'intérieur du cadre scolaire. Cependant, le plus grand avait continué à l'observer de loin sans qu'il s'en rende compte et, voyant que Midorima également s'intéressait à lui, les avait un peu plus surveillé tous les deux. Bien qu'il eut peur au début de ce que donnerait leur fréquentation, rien de grave n'en avait mystérieusement découlé.

Le superstitieux soutint son regard dur et suspicieux.

"Je ne sais pas de quoi vous avez parler, mais j'espère sincèrement que ce n'est pas ce que je pense." Avertit le bronzé d'un ton menaçant.

"Il n'a pas l'air d'être au courant, alors en quoi ça te dérange? De toute façon je préfère te rassurer, je n'ai absolument aucune vue sur lui."

"Je n'en doute pas, si tu avais voulu tenter quelque chose, tu l'aurais fait depuis longtemps."

"Surtout que tu étais là pour veiller au grain, pas vrai?"

Celui qui assistait depuis le début à cet échange verbal sentait que l'atmosphère devenait de plus en plus lourde, d'autant plus qu'il connaissait très bien le réel sujet de leur conversation. Cela avait toujours été ainsi entre les deux grands adolescents; trois ans qu'ils partageaient la même classe au lycée, et trois ans qu'ils n'arrivaient pas à se supporter. Personne ne pouvait vraiment expliquer pourquoi. Midorima invoquait l'incompatibilité de leur groupe sanguin, Aomine prétendait que c'était tout simplement dans leur nature de ne pas s'entendre. Toujours est-il que le garçon au teint mate ne semblait pas vouloir les laisser tranquille tant qu'il n'aura pas eu sa réponse.

Le jeune homme vert s'installa de nouveau et fit signe à Takao de reprendre les pédales. Cela n'empêcha pas bien sûr le plus grand de les suivre, mais au moins ils n'arriveraient pas en retard.

"Je n'ai rien dit de compromettant sur nous ou sur lui." Déclara Shintarô d'un ton assuré. "Je voulais simplement vérifier son état pour voir l'évolution des choses."

"En quoi cela t'avancerait-il? Je croyais qu'ils te répugnaient..." Questionna Daiki au pas de course.

"Ils me répugnent. Cela me sert à savoir justement jusqu'à quel point je dois rester éloigné d'eux... et comme je le soupçonnais, il n'arrivera plus à se contenir très longtemps."

"Tu veux dire que..."

"Oui, ça a probablement déjà commencé."

Il voulut rajouter quelque chose, mais à peine eut-il le temps de tourner la tête qu'il vit qu'Aomine avait pris la prochaine intersection pour continuer son chemin ailleurs, sans même prendre le temps de le remercier, ou au moins le saluer de son renseignement. L'adolescent aux lunettes avait un mauvais pressentiment quant à cette réaction, et se prit tout d'un coup à regretter d'avoir informé le sportif sans réfléchir aux conséquences qui en découleraient. Il tenta en vain de se réconforter en se disant que de toute façon, ça se serait su d'une manière ou d'une autre, mais les faits étaient là, et il savait que les choses allaient vite s'enchaîner désormais.

Diantre, avec une telle rencontre, s'il suivait les conseils de son horoscope; il devait s'attendre au pire pour la suite.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Cette journée aurait dû être tout ce qu'il y a de plus normal pour les deux jeunes hommes, mais comme l'avait prévu l'horoscope de Midorima pour eux aussi, tout était destiné à aller de travers.

Ce matin-là, ils avaient cours de chimie spécial, car c'était un atelier d'expérience comme ils en avaient un toutes les deux semaines ce jour précis. La plupart du temps, il se faisait en groupe, c'est pourquoi Kuroko et Kise prêtaient attention à se retrouver ensemble avant que le plus populaire des deux ne soit assailli par des camarades. Ce n'est pas comme s'il était vraiment doué pour faire chauffer une éprouvette au bec busen, mais il fallait croire qu'aux yeux de ses fans, tout ce qu'il entreprenait devenait immédiatement formidable, au point qu'il faille en faire tout un spectacle. Si au départ c'était plutôt flatteur, l'harcelé trouvait cela lassant et même plutôt agaçant à la longue.

Pourtant, ce n'était pas tant cela qui donnait si peu de motivation à Kise et, surtout, Kuroko pour se rendre en cours, mais plutôt de savoir qui était responsable d'eux. Ce professeur était plutôt connu au sein du lycée, car ses méthodes, bien que radicales, donnaient des résultats étonnants sur n'importe lequel de ses élèves. Bien qu'il ne s'occupât que de lycéens, il en profitait également pour faire des recherches à côté, qui, paraît-il, firent récompenser plus d'une fois pour leur brillant scientifique. Déjà jeune, et pourtant son parcours si prometteur ne faisait que commencer, attisant la jalousie de beaucoup de ses collègues. Néanmoins, s'il demeurait irréprochable pour son travail, on ne pouvait pas dire la même chose de sa personnalité, encore moins de sa pédagogie.

Akashi Seijurô, leur professeur de Physique-Chimie, et également de biologie.

Personne ne pouvait vraiment dire ce qu'il avait derrière la tête, tant son visage était parfois effrayant. Beaucoup d'élèves se seraient plaints de son comportement parfois à la limite de la légalité, mais faute de preuves et surtout, à cause de sa renommée, aucune affaire n'eut de suite. Kuroko et Kise n'échappaient pas à la règle et trouvaient leur professeur particulièrement désagréable lorsqu'ils se trouvaient dans la même pièce que lui. Tout le monde s'entendait unanimement sur le fait qu'il était quasi impossible de se détendre quand il était dans les parages, rendant ses cours particulièrement éprouvants pour ceux qui avaient des difficultés ou qui n'étaient tout simplement pas concentrés.

Cependant, le cours commençait bientôt, et la mort dans l'âme, ils durent se résigner à s'y rendre, la salle étant située au deuxième étage.

Malheureusement pour eux, ce qu'ils redoutèrent arriva en sachant que cet étage abritait également les salles de classe des troisièmes années, en voyant au loin des élèves de la classe de Midorima et Aomine. Ils se crispèrent en même temps, n'ayant aucune envie de tomber sur l'un ou sur l'autre alors qu'ils s'apprêtaient à rentrer dans "l'antre du démon" -salle de science n°3 affectueusement surnommé par l'intégralité du lycée, officiellement attribuée à Akashi-sensei. Une boule au ventre, ils passèrent le dos droit, le regard au loin, se faisant le plus discret qu'ils puissent puis précipitèrent le pas en s'apercevant qu'aucun des deux aînés qu'ils redoutaient tant n'était dans le coin.

Ce ne fut qu'une fois devant la pièce visée qu'ils relâchèrent la tension dans un bruyant soupir.

"Décidément, les senpais ne nous facilitent pas la vie." Plaisanta Kise en essayant de détendre l'atmosphère.

"Tu en aurais fait partie si tu n'avais pas redoublé, Kise-kun."

"Méchant!"

Tandis que le blondinet partit sur une crise de larmes en maugréant que ce n'était pas de sa faute s'il était malade, Kuroko sentit soudain son attention attirée ailleurs.

En effet, plus loin à quelques mètres d'eux, debout dans le couloir les bras croisés et le dos appuyé contre le mur dans une position décontractée se tenait Kagami, sans doute dans l'attente du cours. Sûrement était-il venu ici pour ne pas subir le bruit des bavardages à l'intérieur de la salle de chimie. Comme à son habitude, ses pupilles carmins envoyaient des éclairs, à croire que son pire ennemi se tenait toujours dans son champ de vision. Beaucoup passaient leur chemin sans demander leur reste, le trouvant beaucoup trop effrayant, ce fut d'ailleurs le cas de Kise qui avait déjà son lot en ce qui concernait les types rancuniers laissant toujours croire à leur prochain qu'il venait d'insulter leur génitrice.

Kuroko ne se défila pas.

En vérité, il trouvait cette intensité dans son regard assez envoutante. Lui même se faisait souvent reprocher d'être mou, sans caractère et transparent, alors se retrouver en face de quelqu'un qui s'imposait autant par sa présence lui faisait quelque chose sans qu'il arrive à l'expliquer. Il était encore assez loin du grand adolescent pour que ce dernier le remarque, c'est pourquoi il ne se gêna pas pour le scruter de haut en bas sans inhibition. Comme le bleuté s'y attendait, sa carrure était assez forte, sa musculature bien au-delà de la moyenne, au point qu'il se demanda si Kagami pratiquait un sport en dehors de l'école. Vu sa grande taille, ses mollets puissants et ses bras développés, il penchait pour un sport en particulier, mais il ne voulait pas se donner de faux espoirs...

Enfin Taïga semblait avoir remarqué son petit manège, et sursauta littéralement en se rendant compte qu'il était fixé d'un oeil aussi calculateur:

"Depuis quand tu es là, enfoiré!" Rugit-il sans se soucier de se faire remarquer par un surveillant.

"Je suis là depuis le début." Répondit simplement Tetsuya comme si c'était l'évidence même.

Il sentit soudain un poids sur sa tête qui l'écrasait, se rendant compte par la suite que le jeune homme rouge était sur le point de lui fracasser le crâne pour se moquer aussi ouvertement de lui. Cependant, malgré l'aura meurtrière qui dégageait de lui, Kagami ne commit pas l'irréparable et relâcha simplement Kuroko, non sans le traiter de divers noms d'oiseaux. Le frêle garçon était cependant assez loin de se formaliser de cette démonstration de violence, plutôt occupé à calmer les battements de son coeur qui s'affolaient pour une raison qu'il ignorait. Il n'avait fait que le toucher, et pourtant, il se sentait comme si on venait de lui faire bien plus. Il n'arrivait pas à comprendre cette sensation...

Avant de ne pas perdre totalement la raison, il préféra prendre congé pour rejoindre Kise qui enfilait déjà sa blouse blanche, s'attirant au passage de nouvels éloges sur son style de la part de ses fans.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Malgré ce petit incident qui l'avait précédé, le cours se déroula étonnement sans entrave. Le professeur Akashi devait s'être levé du bon pied car personne n'eut, pour le moment, à se plaindre de harcèlement de sa part, chose quasi exceptionnelle. Le seul point peut-être négatif d'un certain point de vue était la mise en place des groupes, à trois ou à quatre, l'enseignant décidant arbitrairement de répartir ses élèves sans évidemment accepter une seule remarque quant à ses placements. La bonne nouvelle, c'est que Kise et Kuroko étaient ensemble. La mauvaise, c'est que Kagami faisait également partie de leur groupe de travail, et ils s'étaient vite rendu compte que le rouquin se comportait comme un loup solitaire pour tout et n'importe quoi.

Qui plus est, il n'avait pas peur, contrairement aux autres, de s'opposer au professeur par son agressivité naturelle.

Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été prévenu, et ce dés sa première marque d'insolence; Taïga faillit se faire éborgner par des ciseaux tenus de la main de son professeur. Bien que beaucoup de jeunes furent témoins de la scène, dont Kuroko, personne n'osa rapporter les faits plus haut, et cet incident resta un des nombreux cas qui pèseraient lourd dans le dossier d'Akashi si cela se savait. Cependant, rien ne saura su, c'est pourquoi il était fréquent de voir régulièrement les deux hommes rouges se toiser comme s'ils allaient se tuer l'un l'autre. C'était également une des raisons de stress intense des élèves de seconde année de cette classe lorsqu'ils avaient ce cours, ne sachant jamais si ça se finirait en bain de sang.

Ils furent heureux de constater qu'aucun des deux n'avait envie pour le moment de chercher des poux sur la tête de l'autre. Kuroko remarqua en effet que son camarade semblait assez distrait pour une raison qui lui échappait; Kise du le reprendre à deux fois avant qu'il ne se trompe de fiole et ne déclenche une catastrophe dans la salle. Le blondinet, malgré tous ses efforts pour se montrer aimable, ne se sentait pas très à l'aise avec ce concentré de sauvagerie, qui lui rappelait désagréablement quelqu'un d'autre. Malgré tout, le trio réussit à faire une bonne partie de l'expérience sans encombre, et s'assurer par là une bonne note pour leur examen.

C'était sans compter sur leur malchance du jour dont les étoiles avaient décidé de leur faire cadeau.

En l'occurrence, Kagami ne se sentait en effet pas très bien depuis le début du cours, et même avant le commencement de ce dernier. Dès qu'il avait adressé la parole à Kuroko pour être exacte. Après avoir incendié son camarade sur sa manie d'apparaître et disparaître sans prévenir, sa colère avait rapidement laissée place à un étrange coton dont il peinait à se défaire. La sensation s'était renforcée quand il intégra son groupe, sans pouvoir y faire grand-chose. A mi-chemin entre la fatigue et l'euphorie, il perdit toute férocité pour sombrer dans une espèce de somnolence qui lui donnait de la peine à garder contact avec le monde réel. Et ce qui devait arriver arriva: il fit un faux mouvement et se renversa une partie de leur expérience sur la main.

Entre deux cris de panique, l'adolescent baraqué se rinça rapidement la main au robinet sous l'oeil critique de l'enseignant qui devait sans doute mourir d'envie de lui verser le reste du récipient histoire de lui apprendre à avoir la tête dans les nuages pendant une expérience. Néanmoins il n'en fit étrangement rien, et lui ordonna plutôt d'aller à l'infirmerie chercher de quoi panser la brûlure -car oui, le produit était corrosif- et se faire un pensement. Cela aurait pu s'arrêter là, et ça aurait sans doute été parfait, si l'homme aux yeux vairons n'avait pas décidé qu'étant donné l'état semi-conscient de son élève, il valait mieux qu'il soit accompagné par un de ses camarades histoire de s'assurer qu'il arrive sain et sauf.

Pourquoi, parmi la trentaine d'étudiants remplissant cette salle, Kuroko fut le seul à se porter volontaire?

Il ne put malheureusement y couper, voyant l'impatience de son professeur -il était téméraire, pas suicidaire, d'autant plus que la brûlure le faisait atrocement souffrir maintenant qu'il n'avait plus son bras sous l'eau froide. Kagami abandonna pour cette fois et quitta la salle de chimie avec Kuroko sous l'oeil inquiet de Kise et de ses autres camarades qui se demandaient ce qui était passé par la tête du bleuté, et s'il n'avait pas peur de se retrouver tout seul face à cette brute épaisse. Akashi décida de couper court à toute discussion et polémique sur le courage de l'homme-fantôme, et leur ordonna plutôt de reprendre leur travail, assignant au passage Ryouta à un autre groupe étant donné qu'il était désormais tout seul.

Pendant ce temps, Kuroko et Kagami avaient réussi à gagner l'infirmerie dans le calme le plus complet.

Située au rez de chaussée dans un coin isolé du bâtiment, ils peinèrent à la retrouver et durent demander leur chemin à un surveillant. Fort heureusement pour eux, l'infirmière était encore de service à ce moment, et pu s'occuper de l'adolescent rouge sans problème. La pommade appliquée et le bandage fait, elle les rassura sur la gravité minime de la blessure mais leur conseilla de faire plus attention à l'avenir. Les étudiants acquiescèrent sans réelle conviction, agaçant la femme de soin face à une telle négligence sans savoir que le désintérêt flagrant des deux jeunes hommes n'était pas tant une marque d'insolence mais de malaise qu'il y avait entre eux.

Une fois ses services finirent, la femme en blanc les congédia, laissant le duo livré à lui-même.

La logique voulu qu'ils retournent le plus rapidement en classe pour ne pas manquer le reste du cours, mais sans savoir la raison, ils furent incapables l'un comme l'autre de se dépêcher. Leurs pas extrêmement lents bougeaient de manière synchrone sans qu'ils s'en aperçoivent. Ils étaient tous deux plongés dans une torpeur, ne calculant même pas la présence de l'autre, comme un mécanisme inconscient qui les poussait à avancer ensemble. Taïga n'arrivait pas à protester le fait que Tetsuya restait à ses côtés alors qu'il aurait préféré qu'il reparte dès qu'ils furent arrivés à l'infirmerie. Mais il n'avait rien dit. Le plus petit non plus, se contentant de le suivre silencieusement sans pour autant cacher sa présence comme il avait l'habitude de le faire.

À travers la brume qui paralysait ses sens, le rouquin réussit à s'interroger sur les raisons d'un comportement aussi passif de sa part. Ce n'est pas comme s'il appréciait la compagnie de Kuroko; il le connaissait à peine. Enfin... il le connaissait en tant que camarade de classe et savait quelques petites choses sur lui, sans plus. Il était sûr que l'inverse était vrai, et que le bleuté ne lui prêtait aucune attention. À part peut-être ces quelques fois où il le surprit à côté de lui pour d'obscures raisons. À chaque fois, le frêle adolescent ne s'expliquait pas et s'éloignait sans demander son reste, mais le plus grand avait l'impression que ces apparitions n'étaient pas toutes dues au hasard.

Ils atteignirent bientôt les escaliers, non sans un certains soulagement de la part de Kagami qui n'aimait pas l'idée qu'on le surprenne avec Kuroko. Qui sait après si les gens ne s'imagineraient pas qu'ils sont amis...

Son pied allait se poser sur la première marche sans se soucier de savoir s'il était suivi quand il sentit une paire de bras minces enlacer son ventre par-derrière, partageant sa chaleur corporelle. Surpris, il se figea sur place, n'étant pas sûr de savoir qui venait de le prendre comme cela, ou plutôt ayant peur de deviner puisqu'une seule personne était assez proche physiquement de lui pour accomplir cet exploit. Quelques secondes passèrent durant lesquelles aucun des deux adolescents ne firent ou dirent quoi que ce soit, leur respiration seule témoin de leur présence dans cet endroit à la fois isolé, mais aussi à portée de vue du premier venu.

Finalement, après avoir retrouvé ses esprits, Taïga se saisit des deux poignets pour forcer leur propriétaire à le relâcher -chose facile étant donné la faiblesse de ce dernier.

"Je peux savoir à quoi tu joues?" Demande-il d'une voix peu rassurante.

"Tu devrais faire attention à toi."

"Ah? Qu'est-ce que tu me chantes tout d'un coup?"

"Kagami-kun, tu te comportes étrangement aujourd'hui..." Répondit simplement le plus fragile d'une voix indéfinissable

"Tu te fiches de moi!"

Clairement, c'était l'hôpital qui se moquait de la charité en disant cela, car celui qui se comportait le plus bizarrement ici, c'était bien Kuroko. D'abord il le regardait étrangement sans qu'il s'en rende compte, ensuite il insistait pour l'accompagner à l'infirmerie -pour faire plaisir à monsieur Akashi - et pour finir, il le coinçait dans les escaliers pour l'enlacer par-derrière sans prévenir. Taïga ne savait pas ce que ce gars avait comme problème dans sa tête, mais il avait besoin au plus vite de se faire soigner auprès d'un spécialiste. Cependant, Tetsuya ne semblait pas s'en formaliser, continuant de supporter ses éclairs rouges de ses billes azur sans broncher, faisant preuve d'un stoïcisme à toute épreuve.

Voilà bien une chose qu'on pouvait lui reconnaître: son stoïcisme face à la colère de Kagami.

"Qu'est-ce qui te prend?" Reprit ce dernier avec plus de calme.

"Tu n'as pas l'air bien..." Expliqua sagement Kuroko. "Tu es très absent en ce moment."

"..."

L'adolescent aux cheveux bleus venait de mettre le doigt au beau milieu du problème de son camarade de classe qui, sur le coup, ne put rien répliquer. Il n'aurait en effet jamais imaginé que ce soit le plus effacé de ses camarades de classe qui remarque cela. Sûrement était-il bien plus observateur qu'il ne laissait le croire, surtout avec sa terrible discrétion et le fait que Dame hasard aimait faire se croiser et s'entrecroiser leur chemin. Mais même avec cela, le plus grand des deux sentit une étrange boule se former dans son ventre, comme si ce n'était pas si inattendu de sa part, et s'étonna d'en être presque content. Il voulait être irrité que quelqu'un lise si facilement en lui, se sentir persécuté dans sa propre intimité, mais n'arrivait pas à attiser ce feu, pourtant si facile à faire jaillir en lui.

Comme si Kuroko avait un effet calmant sur lui...

"Je suis juste un peu fatigué... ça passera vite." Se contenta de servir Kagami en guise de réponse.

Comprenant qu'il n'aura rien de plus comme explication, l'adolescent aux yeux ronds accepta cette simple phrase qui était déjà en soi véritable exploit de la part d'une personne aussi asociale que lui.

Après ce court échange, ils reprirent le chemin de la salle de chimie sans échanger plus de mots ou de regard. L'enseignant aux cheveux carmin se tenait déjà prêt pour les accueillir, et ce furent des regards mi-inquiets, mi-intrigués qu'ils reçurent de la part de leurs camarades quant au temps qu'ils prirent pour revenir ainsi que la blessure de Taïga. Ryouta se précipita sur Tetsuya pour l'assommer de questions, auxquelles il ne répondit que vaguement ou pas du tout, jetant de temps à autre des regards en coin sur le roux qui préféra l'ignorer, maintenant qu'il se savait épié dans ses faits et gestes.

Ce n'était pourtant pas comme s'il trouvait cela réellement désagréable.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Comme d'habitude à la fin des cours, deux élèves furent désignés pour nettoyer une salle de classe, incluant le coup de balais au sol, le réaménagement des pupitres, la vidange des poubelles et le nettoyage du tableau. Ce système était loin d'être rare au sein des établissements scolaires au Japon, permettait soi-disant d'intégrer les étudiants dans la vie du lycée et épargnait au budget de devoir souffrir d'une perte en matière d'employé public quotidien. Personne ne songeait plus vraiment à contester, car les lycéens étaient assez nombreux pour que le labeur ne dure pas trop de temps.

Chaque semaine, le duo changeait pour permettre à tous les jeunes de donner leur participation, le tout étant organisé sur un carnet à charge du président du conseil des élèves. On laissait aux élèves l'initiative de venir s'inscrire d'eux-mêmes sur le registre la première semaine de l'année puis ensuite, les délégués se chargeaient de nommer arbitrairement la paire, indépendamment de sa classe, son sexe ou son nom de famille. Seul la liste des élèves entiers du lycée était leur seul guide. Ainsi il arrivait parfois que, leur tour venue, certains étudiants fussent surpris, et parfois mécontent, de voir leur partenaire, mais n'avaient d'autres choix que de se plier à cette tâche ingrate. Après tout, il ne s'agissait que de faire le ménage ensemble pendant une semaine, ils pouvaient donc bien se faire une raison.

Malheureusement, ce ne fut pas vraiment le cas pour Kise Ryouta.

Le grand blond ne savait pas si quelqu'un à l'intérieur de ce lycée le haïssait, ou peut-être quelqu'un à l'extérieur - qui sait- mais il avait l'impression que l'on agissait contre lui. Il se prit d'une certaine ironie à vouloir demander à Midorimacchi qu'elles furent les prévisions de l'horoscope pour son signe aujourd'hui, histoire de voir à quel point sa malchance était écrite depuis le début. Il ne savait sûrement pas à quel point il avait raison, étant donné que son ancien voisin de table avait sans doute passé une journée aussi mauvaise que la sienne, si ce n'est pire, justement à cause de ses prédictions néfastes, d'autant plus qu'il avait finit par arriver en retard malgré tout.

Ce serait logique, en sachant que son partenaire de cette semaine était Aomine Daiki.

Le grand adolescent musclé était venu le voir en fin d'après-midi pendant l'interclasse pour le prévenir avec son amabilité habituelle. Bien lui en pris, étant donné que Kise n'était même pas informé, ni que son tour était venu, ni évidemment qu'Aomine était son binôme, auquel cas il serait allé dès le début de l'année rectifier cela. Il comprit immédiatement qu'il était bien trop tard pour changer quoi que ce soit, et se résigna à devoir passer une heure, deux maxis, en compagnie du troisième année et de son humeur aussi lumineuse que le teint de sa peau. Même Kuroko ne pouvait pas faire grand-chose pour lui, se contentant de lui souhaiter bon courage avant de repartir chez lui une fois l'heure arrivée.

"Je m'occupe des tables et du sol, et toi de la poubelle et du tableau, ça te va?" Demanda Ryouta une fois seul avec le fauve.

"Peu importe."

Prenant cette réponse comme affirmative, le blondinet sortit ce qu'il lui fallait pour mettre un petit coup de propre dans la pièce pendant que son homologue sortit le sachet plastique de la corbeille pour la nouer. Cela permis à Kise de se détendre un peu, le temps qu'il aille la mettre avec celle des autres élèves chargés de la même tâche. Profitant du moment de répit, il ne s'en montra pas moins productif et en moins de temps qu'il lui fallait pour le dire, l'ensemble de la salle de classe était à peu près épurée. Son coup de balais fut superficiel; entre les pupitres et à ras les meubles sans jamais les déplacer pour couvrir plus d'espace, mais il ne se sentait pas l'énergie de pousser une armoire juste pour récupérer quelques centimètres de de poussière en plus. D'autres maniaques s'en chargeraient pour lui.

Une fois sa tâche accomplie, il entreprit de réarranger la disposition des tables de travail que certains avaient déplacées, peut-être pour un atelier dans le cadre d'un cours quelconque. Il ne pouvait le dire, étant donné que les classes assignées aux élèves chargés de nettoyage relevaient du hasard, celle-ci n'était pas la sienne. Il entendit les bruits de pas se rapprocher, signalant que son moment de tranquillité et sérénité allait bientôt arriver à son terme. Fort heureusement pour lui, à son retour, Aomine ne le harcela pas avec son agressivité, mais entreprit de ramasser le seau et quitter une nouvelle fois la salle. Il revint après quelques minutes, le récipient rempli d'eau savonneuse dans lequel trempait une éponge.

Les bruits humides firent comprendre au garçon aux yeux ambre qu'il nettoyait le tableau.

Satisfait, il ne délaissa pas son propre travail et s'attela à remettre l'espace dans un cadre un peu plus harmonieux, ayant presque l'impression qu'il allait peut-être finir cette journée sans accroc (si on ne comptait pas l'inquiétante scène en chimie avec Kagami et Kuroko). Alors qu'il transportait une chaise, son attention fut attirée par un objet qui venait visiblement d'atterrir par terre pour aller rouler plus loin. Curieux, il s'accroupit pour ramasser le fuyard qui s'avérait être une vis, sans doute échappé du matériel bien âgé. N'ayant ni les outils, ni l'envie de faire du bricolage à un moment pareil, il décida qu'il irait la poser sur le bureau du professeur qui déciderait mieux que lui quoi en faire.

Alors qu'il allait se redresser dans le but de finir sa tâche, il sentit soudain une présence imposante dans son dos.

Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'Aomine était sans doute juste derrière lui, et préfera de ce fait l'ignorer tant qu'il ne l'eut pas interpellé clairement.

Cependant, autre chose le fit s'arrêter dans toutes ses décisions.

Une sensation.

Humide.

Dans sa nuque.

Il se figea sur place, soudain paniqué de savoir d'où pouvait bien provenir l'eau qui allait bientôt couler le long de sa colonne vertébrale. Puis il se rappela que le jeune homme aux cheveux bleus était en possession d'une éponge mouillée, et il se sentit d'autant plus paniqué d'imaginer que ce fut Daiki qui lui jouait une mauvaise blague. Surtout qu'au fond, il ne l'imaginait pas capable de faire une chose pareille.

Sa confusion atteignit son paroxysme quand le bout de ce qui était sûrement des doigts frôlèrent l'arrière de son cou, déclenchant involontairement des frissons dans tout son corps. Qu'est-ce qu'Aomine était en train de lui faire? Il ne le savait pas, et pour être honnête, il se sentait de moins en moins apte à y réfléchir. Son esprit se brouillait, ses sens étaient exacerbés; il peinait même à tenir sur ses deux jambes, toujours pliées du fait de sa position de moins en moins confortable. Il tenta en vain de calmer sa respiration érotique, qui aurait sans doute paru étrange pour n'importe qui dans cette situation. Et puis il y avait cette odeur, plus forte que jamais...

N'y tenant plus, et au diable les réflexions, ses réflexes étant bien trop puissants, il se retourna vivement tout en posant sa main sur sa nuque pour inciter son camarade à s'en éloigner.

"Qu'est-ce que..."

Ce fut moins l'expression qu'il ne pouvait définir, entre sérieuse et concernée, d'Aomine que la réalisation que ses doigts comme ceux de son vis-à-vis étaient parfaitement secs. Plus encore, l'eau qu'il avait pourtant senti couler sur sa peau venait de disparaître, comme si elle s'était évaporée en l'espace que quelques secondes. Kise était complètement perdu: il ne l'avait pourtant pas imaginé, sa nuque fut mouillée, quand bien même il fallut qu'il la touche pour que ça disparaisse. Était-il en train de perdre tout sens commun, ou bien la présence d'Aomine le stressait tellement qu'il se laissait aller à des troubles physiques?

"Rien..." Déclara Daiki avant de s'éloigner .

Ce ne fut que lorsqu'il soit sorti de la pièce pour aller vider le seau dans les toilettes que Ryouta se permit de reprendre sa respiration.

Il ne savait pas ce qui venait de se passer, mais très clairement, il n'allait pas pouvoir tenir très longtemps s'il devait subir ce genre de phénomène à chaque fois que le basané était à une telle proximité. Heureusement, la fin de leur collaboration journalière se passa sans entrave; Kise termina de remettre en place le mobilier en prenant soin de surveiller ses arrières vis-à-vis d'Aomine, au cas où l'envie lui reviendrait de lui refaire un mauvais coup. Mais ce dernier ne tenta rien de plus, gardant ses distances plus que nécessaire, ne se manifestant que pour saluer son camarade avant de quitter la pièce une fois son labeur terminé.

Le blondinet put donc repartir chez lui, soulagé de rentrer en un seul morceau