Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Attention, c'est vraiment à partir d'ici qu'on tombe dans l'ambiance creepy-glauque de cette histoire, et ça n'ira pas en s'arrangeant. (relisez bien tous les genres que j'ai mis). Sinon, je souhaite au passage bon courage aux gens dans leurs révisions et leurs examens, moi même je suis pas mal occupé. Mais en attendant, bonne lecture ~

[ Instinct - OST Sweet Pool ]


Il faisait déjà nuit lorsque son train repartit de sa station, le laissant désormais seul face au sombre chemin qui le menait chez lui. Cette fois, il n'avait pas pris de détours pour rentrer, empruntant immédiatement le prochain train sans attendre, autant par peur de laisser le temps passer jusqu'à une nuit noire qui amplifierait sa phobie qu'une envie pressante d'être au calme. Cette fois-ci, le voyage en train se passa presque normalement et Ryouta s'était senti comme à la fin du parcours du combattant en franchissant les derniers mètres qui le séparaient de son prochain arrêt.

N'aimant pas cette ambiance sordide, Kise s'était dépêché de presser le pas sur la route peu éclairée de son quartier, regrettant le nombre limité de lampadaires publics. Il s'appliqua à garder une marche régulière, préférant regarder droit devant lui plutôt que sur les côtés ou pire, derrière lui. En effet, le blondinet avait la désagréable sensation d'être suivi, malgré l'absence évidente de présence humaine autour de lui ou de bruits de pas autres que les siens. Personne n'aurait vraiment d'intérêt à le stalker jusqu'au chemin de sa demeure, malgré sa popularité; ses camarades étaient respectueux et savaient garder leurs distances suffisantes. Qui plus est, Kise ne rentrait jamais à horaire régulier.

Cette constatation ne le rassurait pourtant pas, bien au contraire. Car en effet, il avait plus l'impression que son guetteur n'était pas tant une personne qu'un de ces monstres cachés sous le lit qui hantaient le fantasme de tout souvenir d'enfance. Il rampait, grouillait dans des endroits sombres, comme s'il n'aimait pas la lumière dans laquelle Ryouta s'appliquait à avancer. Ce dernier se sentait de moins en moins rassuré et préféra accélérer le rythme sans jamais s'arrêter, ayant l'intime conviction qu'une seule hésitation de sa part laisserait une opportunité à son suiveur de l'attaquer et l'entraîner avec lui dans son antre cachée sous terre. Ne pas regarder ailleurs, surtout pas en retrait, et ne pas s'arrêter.

"Si tu ne les vois pas, ils ne te voient pas" disait un dicton très célèbre sur les peurs et fantasmes cauchemardesques.

Son rythme cardiaque accélérait au fur et à mesure que la distance du chemin jusqu'à ce qui représentait pour lui un abri diminuait. Il était tellement stressé qu'il ne prit pas la peine entre temps de reprendre son souffle, rendant sa course d'autant plus pénible. C'est pourquoi ce ne fut que lorsqu'il atteignit les escaliers de son immeuble qu'il s'autorisa à respirer, le temps de trouver ses clefs tout en s'assurant qu'il n'y avait en effet rien à ses trousses. Cependant, loin d'être rassuré -il pouvait très bien se cacher- il continua son ascension, par peur de se faire rattraper par le monstre imaginaire.

Lorsque la porte de son appartement claqua, le bruit sourd resonna comme le son de la libération.

Kise se laissa aller contre le mur après avoir verrouillé l'entrée; enfin cette dure journée était enfin terminée!

Il expira profondément pour retrouver son calme avant de réfléchir à ce qu'il allait faire maintenant qu'il était rentré.

Posant ses affaires sur la table du salon, le blondinet jeta un coup d'oeil à l'horloge après avoir allumé la grande lumière. Sept heures et demie. L'heure était déjà bien avancée; il décida de remettre ses devoirs à plus tard et de directement se faire à manger étant donné que son estomac criait famine. Ses ramens furent terminées en dix minutes, sans réel effort ou dégustation, plus par la nécessité de ne pas gargouiller à trois heures du matin. Il jeta le pot vide et les baguettes dans sa poubelle, heureux de ne pas avoir de vaisselle, dont il savait qu'il n'allait pas s'en occuper avant le week-end. Il préféra ne pas regarde son téléphone portable tout de suite, redoutant les messages et appels manqués de la part de personnes dont il n'avait que faire.

Il était tard, mais Kise décida quand même de prendre un bain avant d'aller se coucher, histoire de se détendre dans l'espoir de passer une nuit un tant soi peu agréable. Il savait qu'il apprécierait d'autant plus son bain qu'il n'aura rien à faire après, si ce n'est s'allonger dans son lit et laisser ses couvertures perpétuer la sensation du chaud cocon qu'il appréciait tant lorsqu'il se retrouvait dans l'eau. Alléché par cette perspective, il se hâta de ranger toutes ses affaires pour préparer le lendemain puis se dirigea vers la salle de bain en déboutonnant déjà sa chemise pour ne perdre aucune seconde de son futur moment de relaxation. Il ouvrit en grand le robinet d'eau chaude, accompagné de l'eau froide pour ne pas s'ébouillanter, enlevant le reste de ses habits pendant que la baignoire se remplissait.

La buée envahit peu à peu la salle de bain, rendant bientôt le reflet de Ryouta impossible à distinguer dans le miroir. Il se lava rapidement le corps avec son pommeau de douche et du savon gras avant de se rincer puis rentra enfin dans le bain tant attendu.

L'immersion dans l'eau tiède absorba l'intégralité de son stress de la journée pour ne laisser en lui que des muscles désormais souples et détendus. Une sensation de bien-être le pris, le laissant s'enfoncer entièrement dans le flot pour ne laisser dépasser que sa tête, déjà rosi par la vapeur se dégageant de l'humidité ambiante. A moitier allongé mais les jambes plier à cause de sa longueur, il fit le vide dans son esprit, repensant désormais à tête posée aux derniers événements de la semaine; les rumeurs sur Midorimacchi, l'étrange relation entre Kagamicchi et Kurokocchi, le professeur de chimie dérangé et puis surtout, Aomine...

L'adolescent au teint mat restait pour lui une énigme sur laquelle il avait beau se pencher, aucune solution ne se dessinait. Un casse-tête chinois de relation sociale qu'il pouvait retourner dans tous les sens sans jamais trouver un moyen de le résoudre, combien même il mettait toute la bonne volonté du monde. Jusqu'à présent, aucune personne n'avait été aussi insensible à ses charmes et à ses sourires, même Midorima s'était senti, au bout d'un moment, obligé de lui répondre, ne serait-ce que pour avoir la paix en mettant les points sur les i. Mais Aomine ne lui répondait jamais, que ce soit positivement ou négativement, comme s'il faisait exprès de laisser planer un voile de mystère sur ses véritables pensées.

Kise ne pouvait même pas être sûr en affirmant qu'Aomine le détestait. Mais la façon dont il se comporta plus tôt laissait un énorme doute sur ses véritables intentions; être en binôme avec le jeune homme aux yeux ambre ne semblait pas l'avoir dérangé, prouvant qu'il le supportait un minimum sinon il serait allé changer. Mais en même temps, pourquoi persistait-il à garder le silence? Tout à l'heure, il avait semblé chercher un contact physique par le biais d'une mauvaise blague; peut-être était-il tout simplement maladroit avec les relations humaines. Cette explication semblait logique, mais ne correspondait absolument pas à l'image de Daiki; il n'émanait de lui aucune hésitation, aucune timidité et aucune introversion.

Plus Ryouta y réfléchissait, et plus il s'embrouillait dans ses idées.

La vapeur semblait s'être incrustée dans sa tête, rendant son cerveau plus lent à réagir, ses cinq sens brouillés par ce nuage humide et artificiel. La tête posée contre le mur froid de la pièce ne suffisait pas à lui permettre de reprendre un peu de contenance, tant la chaleur qui se dégageait de la pièce était élevée. Un peu trop même. Il ne se souvenait pas avoir réglé le chauffage de la salle de bain à un si haut degré, et l'eau de sa baignoire, qui aurait dû normalement baisser avec le temps, ne cessait de grimper, au point que Kise finissait par avoir l'impression de bouillir dans une casserole. Mais ses muscles étaient beaucoup trop ramollis pour lui permettre de réagir immédiatement, et il se laissa aller plus profondément dans l'eau, ses yeux ambres toujours fixés sur le plafond.

D'un réflexe, il posa sa main sur sa nuque puis l'enleva immédiatement, sentant quelque chose de fluide couler le long de ses vertèbres.

"Mmh?"

Bien sûr, cela aurait dû être normal étant donné qu'il s'était mouillé de la tête aux pieds. Mais étrangement, sa peau était déjà sèche, imprégnée du liquide, chose qui poussa le blond à lever ses doigts devant son visage pour vérifier. Son teint pêche était recouvert d'une nuance carmin. Du sang. Cela expliquait donc pourquoi Aomine avait voulu le toucher tantôt mais... alors il l'avait vu? Pourquoi ne l'avait-il pas prévenu? Un horrible doute vint alors l'assaillir, brisant le cocon de bien-être dans lequel il était enfermé pour la remplacer par un trouble à peine contrôlable. Son coeur battait plus vite que jamais, à tel point qu'il lui fit mal, le laissant croire qu'il allait s'échapper de sa cage thoracique à n'importe quel moment.

Enfin, il baissa les yeux vers l'eau de son bain, et l'horreur l'envahit.

Elle était rouge.

La moindre goutte.

Et il baignait dedans.

Kise ferma ses yeux, ne voulant pas croire ce qu'il voyait.

Il était forcément en train de délirer, ce n'était pas possible autrement.

Malheureusement, cela s'avéra inutile, peu importe le nombre de fois qu'il voulut faire disparaître cette vision cauchemardesque en clignant ses paupières, elle ne disparut pas .

Dès qu'il réalisa que ce flot dans lequel il était immergé peignait son corps de cette couleur profonde et vive, il aurait du sortir de cette baignoire pour vérifier s'il n'était pas blessé quelque part.

Mais aucun de ses membres ou de ses organes ne voulut répondre au faible message que son cerveau emprisonné dans les chaînes de la paresse tentait d'envoyer. Au fond, il savait qu'il ne saignait d'aucun orifice et que le rouge de cette eau était apparu de lui-même. Les yeux mi-clos, Kise pencha la tête en arrière, ses yeux vitreux ne reflétant rien sinon un vide d'émotion. Il prenait et relâchait l'eau colorée de sa main, comme s'il voulait s'assurer qu'il était bien dans la réalité. Tout cela paraissait tellement vrai après tout, de la texture du liquide pourpre à l'oppressante canicule qui l'envahissait. Il se doutait que cela venait de sa maladie, mais cela était encore relativement nouveau; jamais avant il n'eut expérimenté des hallucinations visuelles, surtout aussi réalistes.

Il entrouvrit la bouche, laissant échapper un soupire qui le surprit le premier, le faisant prendre conscience d'autre chose.

Son bain avait beau être devenu imprégné de rouge, sa température élevée était la seule chose qui occupait ses pensées, ne le laissant réfléchir à rien d'autre. Comme s'il était à l'intérieur d'un coeur ou d'un organe, Ryouta se sentait plus baigné dans une bulle protectrice en membrane que face à une scène d'épouvante. Aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il se sentait bien. Pas de la même manière que tout à l'heure. Il ne se sentait pas apaisé, mais plutôt excité. Oui, c'était cela le mot. Il était excité. Des perles de transpiration tombaient de ses cheveux blonds, ses joues abordaient une teinte rosée et tout son corps frétillait d'impatience. Bientôt, un engourdissement le prit, et il se rendit compte qu'il était en érection.

L'adolescent aux pupilles ambre hésita.

Ce n'était pas la première fois qu'il assouvissait ses besoins physiques solitaires, mais... Dans un tel environnement, pouvait-il se le permettre?

Bien vite, son corps lui donna la réponse alors que ses mains se déplaçaient malgré lui entre ses jambes écartées. Il était en feu. Il avait besoin de se calmer. Il ne pouvait plus plier à cette voix de la raison qui critiquait ce qu'il était sur le point de faire. Elle était désormais muselée au fond de son esprit, ne laissant que ses instincts primaires réfléchir pour lui. Lentement, il empoigna son pénis et commença à le caresser par des mouvements de va-et-vient, le bruit de l'eau l'accompagnant en rythme. Le jeune homme trembla sous cette sensation, si familière, et pourtant si différente en cet instant. À cause des circonstances? Il ne le savait pas et ne voulait pas le savoir, savourant plutôt le plaisir qui montait délicatement à travers sa peau en sueur.

"Mmhh... Hnng..."

Ses gémissements, bien que murmurés, résonnèrent dans la salle de bain, donnant plus de volume à son geste Un frisson traverse sa colonne vertébrale, sans qu'il puisse désormais s'arrêter; il était trop tard pour revenir à la raison. Piégé dans ce tourbillon de désir, Kise intensifia son mouvement de haut en bas sous l'eau pourpre, créant des vagues à chaque fois que sa main remontait le long de son membre érigé, ses hanches suivant la danse endiablée dans laquelle il se prenait. Consommé par cette tempête exacerbant ses sens, ses lèvres lâchèrent des soupirs de plus en plus bruyants. Ses mains le caressaient à une vitesse grandissante, tandis que l'odeur du fer lui montait jusqu'au cerveau.

Toute forme de pensée disparut. Désormais il était immergé dans ce torrent carmin, s'y enfonçant inconsciemment, à la recherche de plus de plaisir, plus de satisfaction. Il ferma ses yeux miel pour mieux ressentir ce qu'il faisait, concentré uniquement sur l'acte sans se soucier du reste. Alors qu'il aurait dû être plongé dans le noir, la scène rouge se fit plus vive que jamais dans son champ de vision, attisant un peu plus ses vices. Cette fois, la vague sanglante avait totalement englouti son être en entier, ne laissant plus de lui qu'une marionnette haletante et suppliante pour la libération. Oui, définitivement, il avait plongé la tête la première dedans et s'en délectait sans honte.

"Aaaahh!"

Un flash blanc l'envahit, alors qu'enfin le fruit de son plaisir sortait entre ses mains, accompagné d'un long râle à peine retenu.

Pantelant, il ne voulut pas regarder l'état de son bain, ses fluides corporels ayant sans doute troublé l'harmonie de la couleur carmin de l'eau et referma les yeux. Ses muscles se décontractèrent et sa température corporelle daigna enfin à baisser pour atteindre un niveau acceptable en même temps que son corps laissait passer toute tension. Au fur et à mesure que le brouillard pourpre relâchait son esprit, ses sens de la réalité revinrent à lui comme une énorme gifle, et l'ampleur de son geste lui parut si irréaliste qu'il pensait un moment que ce n'est pas à lui que c'était arrivé mais à quelqu'un d'autre. Comme un rêve éveillé, il crut vraiment assister à la scène sans y participer, mais maintenant que sa conscience se réveillait, il se rendit compte de ce qui s'était passé.

"Mais qu'est-ce que je fabrique!"

Avait-il complètement perdu ce qui lui restait d'esprit sain? Personne n'avait besoin d'un doctorat en psychologie pour affirmer que quelque chose ne tournait pas rond chez Ryouta. Là où n'importe qui d'autre à sa place aurait hurlé, crié, courut ailleurs, lui... il était simplement resté, telle une marionnette coupée de tous ses fils, plongée dans la marmite du sorcier. Que cela fut la farce de son cerveau qui s'amusait à distordre son monde ne lui procurait qu'une maigre excuse et par ailleurs, il n'était pas vraiment sûr s'il avait réellement rêvé ou pas...

Décidé à en avoir le coeur net, il rouvrit de nouveau ses paupières avec une certaine anxiété.

Les murs, l'ivoire de sa baignoire et le reste de la pièce étaient d'un blanc immaculé.

Et l'eau dans laquelle il était immergé aussi transparente et cristaline qu'un diamant.

N'y tenant plus, Kise se leva de son bain pour sortir de cette folie. Une main appuyée contre le mur pour soutenir ses muscles encore engourdis par la chaleur et sa récente activité physique, il attrapa de l'autre le paumeau de douche et se passa sans hésitation la tête sous l'eau froide. Il se frotta frénétiquement ses cheveux blonds avec une serviette, utilisant une deuxième plus grande pour s'essuyer le corps puis ouvrit la porte de la pièce, laissant s'échapper toute la chaleur accumulée sous forme de vapeur. La différence de températures le hâta à enfiler rapidement ses vêtements de nuit avant d'attraper un rhume qui serait forcément mauvais pour lui vu sa condition physique.

Une fois la buée dégagée, il prit le temps de se regarder dans le miroir pour réfléchir à ce qui venait de se passer.

Est-ce que c'était vraiment le fruit de son imagination? Pourtant, cela paraissait si réel lorsqu'il fut immergé dans cette eau rouge, de la texture jusqu'à l'odeur. Et cette sensation de se perdre dans ce torride brouillard non plus, il ne l'avait pas inventé. Maintenant que son esprit était plus lucide, il se sentait extrêmement confus. Se retrouver à baigner dans un liquide pourpre était une chose. S'en sentir excité jusqu'à ne plus pouvoir contrôler ses pulsions sexuelles en était une autre. Plus que tout, il avait honte de constater qu'il en était ressorti bien plus satisfait qu'aucune de ses satisfactions solitaires antérieures. Définitivement, quelque chose ne tournait pas rond dans son esprit.

Prenant son courage à deux mains, il retourna vers la baignoire pour regarder à l'intérieur. L'eau y était tout aussi transparente que lorsqu'il l'eut quittée. Aucune trace carmin en vue. Alors il avait dû rêver, il n'y avait pas d'autre explication possible. S'endormir dans son bain n'était pas une chose anodine et pourtant... il n'arrivait pas à s'en satisfaire. Au fond de lui, il savait qu'il fut éveillé, et même, très bien éveillé à ce moment-là. Mais il n'y avait aucune preuve, tout avait disparu, et comme pour ne pas se donner la tentation d'en découvrir une un jour, Kise vida la baignoire et la rinça abondamment, faisant disparaître tout ce qui aurait pu le faire douter.

Sa tache faite, il partit se coucher, exténué. Cette fois au moins, il n'eut aucun besoin de se plonger dans ses pensées pour réussir à trouver le sommeil.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Le lendemain, la journée se passa plus ou moins normalement.

Kise fit comme si de rien n'était, quand bien même Kuroko sentit que quelque chose était différent chez son camarade, en particulier lorsqu'ils croisèrent par hasard Aomine dans les couloirs. Le garçon au teint mâté les salua tous les deux sans s'attarder plus dans la conversation pour ne pas briser sa réputation d'asocial, mais ce simple échange suffit pour l'élève de seconde année redoublant de sentir une soudain poussée de stress en lui. Ne s'en préoccupant pas, leur ainé scolaire continua sa route, non sans insister comme à son habitude ses yeux bleu nuit sur le blondinet dont l'effet oppressant lui était à ce moment décuplé au point qu'il retint sa respiration dix secondes sans s'en rendre compte.

Malgré cet incident, les cours ne connurent aucun soubresaut, laissant le temps aux deux amis de se reposer un peu de leurs émotions récentes. Cette fois-ci, Ryouta ne se sentit pas l'envie de se mélanger au groupe que constituaient ses camarades de classe, rejetant en bloc toutes leurs offres et préférant s'isoler en compagnie de Tetsuya qui ne s'y opposa pas. Lui-même que son ami blond l'accompagne depuis sa discussion avec Midorima qui le faisait pressentir une prochaine rencontre avec l'adolescent binoclard. Tout seul, il avait l'impression qu'il aura encore du mal à s'opposer face à lui, et son dégoût évident pour sa personne.

Installés dans une petite salle où ils ne dérangeaient personne, ils mangèrent quasi en silence. Ou plutôt, Kuroko se restaurait pendant que Kise se contentait de siroter la simple brique de lait qu'il eut acheté à la boutique avant de venir ici. L'adolescent aux yeux bleus turquoise lui proposa bien de partager, mais celui aux pupilles miel refusa gentiment, affirmant qu'il n'avait pas faim. Le plus petit des deux eut un doute quant à sa sincérité mais décida de ne pas en tenir rigueur, quand bien même cela l'inquiétait. Il lui semblait que son camarade de classe avait l'air bien plus pâle que d'habitude, et même sa bonne humeur forcée s'en trouvait fortement diminué.

Kuroko n'aimait pas cela. Ce n'était pas vraiment son genre de prendre les devants, mais il sentait que quelque avait dû se passer la veille pour que l'état de Kise s'en retrouve aussi fortement affecté, et il était intimement persuadé que cela avait un rapport, plus ou moins direct, avec Aomine. Bien sûr, il avait toujours nié être très proche du blondinet, mais force est d'avouer qu'il n'arrivait pas à le laisser affronter ses problèmes comme cela en sachant qu'il était relativement seul. Ainsi c'était décidé, il en aurait le coeur net. Il agirait comme un ami, et il ira proposer à Kise de tout lui raconter ce soir après les cours autour d'un milkshake, comme ils avaient l'habitude de le faire.

Une fois cette résolution prise et leur repas finit, ils allèrent se diriger vers leur salle de classe quand on les interpella du couloir.

Avec un certain stress, le duo se rendit compte qu'il s'agissait d'Akashi-sensei.

"Ryouta, Tetsuya, pourriez-vous venir à mon bureau tous les deux, j'ai à vous parler."

Plus qu'une demande, cela resonnait plutôt comme un ordre auquel les deux élèves se sentirent obligés d'obéir, c'est pourquoi ils se détournèrent de leur chemin initial pour suivre l'homme à la chevelure rougeoyante. Ils sentirent une certaine tension monter entre eux; être convoqué par un professeur n'était jamais bon signe, mais l'être par celui-ci précisément l'était encore moins. En silence, ils le suivirent d'un pas funèbre jusqu'à la salle des professeurs dans laquelle son bureau se situait près de la fenêtre. Quelques-uns étaient restés pour déjeuner mais elle restait assez vide dans l'ensemble et offrait donc une certaine discrétion à leur future conversation.

Sans se préoccuper de ses étudiants, Akashi s'assit sur sa chaise tournante pour faire face à deux jeunes hommes pour croiser ses jambes de manière féline, le visage reposant sur sa main fermée tandis que le coude s'appuyait sur son bureau, tel un monarque devant ses sujets.

"Comment allez-vous?" Commença-t-il d'un ton banal, presque bienveillant

"Bien..." Répondirent les concernés, peu sûr de savoir quoi dire d'autre.

"Vous vouliez quelque chose de spécial?" Enchaîna Kuroko, plus audacieux que son voisin.

"Oui... Tetsuya, j'aimerais que tu passes à la salle de laboratoire ce soir après tes cours pour récupérer un dossier pour moi et le déposer ici, dans mon bureau. Je le ferais bien moi-même, mais je dois partir après mon entretien avec vous deux."

Sachant qu'aucune réponse négative ne sera tolérée, Kuroko accepta docilement bien qu'un agacement se lût très clairement dans son expression faciale. Ce n'était pas la première fois qu'Akashi lui donnait des corvées, plus ou moins acceptables pour un élève de son niveau. Depuis son arrivée dans le lycée en fait, cet homme semblait être toujours sur son dos, dans son champ de vision pour lui rappeler inconsciemment qu'il était toujours là, et qu'il l'avait à l'oeil. Peut-être était-ce de la simple paranoïa, mais ce sentiment n'a jamais quitté le jeune homme invisible.

Profitant de ce silence, son camarade vit là une occasion pour tourner les talons.

"Bon, si c'était tout, alors je vais..."

"Une seconde, Ryouta."

Coupé dans sa fuite par la voix tranchante d'Akashi, Kise se figea sur place, comprenant qu'il n'échappera pas non plus à cette discussion. Et pourtant que donnerait-il pour partir de cette pièce, loin de cet homme qui lui faisait peur. Ses yeux bicolores lui donnaient toujours l'impression d'être dépecé dans la moindre parcelle de son corps, laissant ses organes à vif face au regard opportuniste de son homologue. Cette dissection visuelle lui donna la nausée, et nul doute qu'il aurait pris ses jambes à son cou si Kuroko n'avait pas été là pour le soutenir. Fort est à parier que l'enseignant le savait sûrement. Le blondinet força un sourire si crispé et tordu qu'il ressemblait plus à une grimace et se tourna vers son ainé.

"Dis-moi, les cours se passent bien en ce moment?"

Les deux camarades de lycée furent surpris par ce soudain intérêt de la part de l'enseignant pour la vie scolaire de Kise. Ce n'était pas comme s'il avait vraiment des difficultés, bien qu'il ait redoublé, et beaucoup d'autres élèves étaient bien en dessous de son niveau en plus...

"Oui oui... hem... j'essaie de m'accrocher."

"J'ai remarqué que tu étais parmi les groupes d'étudiants s'occupant du ménage des salles cette semaine, en compagnie de Daiki n'est ce pas?"

Son coeur rata un battement. Non. Il ne voulait pas se rappeler de ça.

"En effet, j'avoue que j'avais complètement oublié cela, hé hé... Heureusement, Aominecchi est venu me le rappeler, je suis très tête en l'air parfois, haha ha!"

Il tentait de rigoler mais le coeur n'y était pas et n'eut aucun effet sur la tension générale.

"Je vois... Si jamais il se passe quoi que ce soit, n'hésite pas à m'en faire part et puis, fais également attention à ton état physique. Ce serait fâcheux que tu retournes à l'hôpital comme l'année dernière."

Bien que ses mots donnaient l'impression d'une réelle inquiétude, Kise et Kuroko n'arrivèrent à y lire qu'un sous-entendus morbides sur l'état physique du jeune homme aux yeux ambre. Sa voix était beaucoup trop froide pour affirmer qu'il ressentait vraiment de la compassion, reflétant plutôt une espèce d'intérêt, comme s'il parlait d'une de ses précieuses expériences de laboratoire qu'il ne faudrait surtout pas faire échouer. Nul doute que si cet homme eut été médecin, il n'aurait eu aucun scrupule à tester toute sorte de médicament sur ses patients uniquement pour son propre ego. Ils le savaient. Et cela les mis d'autant plus mal à l'aise de savoir que l'état du blondinet ne lui était pas indifférent, car cela couvrait forcément autre chose.

S'il y avait bien une personne à qui Ryouta ne voulait pas confier sa santé, c'était bien lui.

Une sueur froide le parcourut tandis que le jaune et le rouge se mélangeaient en un seul regard scruteur qui le força à reculer d'un pas malgré lui. Il se sentait prit au piège, telle une pauvre souris destinée à être cobaye pour les pires séances de torture que l'éthique interdisait de reproduire sur des êtres humains. Mais le simple fait d'être à nu devant Akashi suffisait à le tourmenter, sans avoir besoin d'être enfermé dans une cage. Avec des yeux implorant, il tapota l'épaule de Kuroko pour qu'il lui vienne en aide, sachant qu'étrangement, son ami arrivait à relativement bien supporter le professeur.

"Sensei, nos cours vont bientôt reprendre, si vous n'avez rien d'autre à nous demander..."

"Oh bien sûr, je dois y aller aussi." Obtempéra l'homme en décroisant ses jambes. "Vous pouvez y aller, néanmoins..." Il prit une inspiration, laissant volontairement planer un petit silence pour faire augmenter leur stress.

"S'il y a quoi que ce soit, vous savez où me trouver." Conclut-il avec un sourire satisfait.

Les deux camarades acquiescèrent et s'enfuirent sans demander leur reste.

Ils furent tellement mal à l'aise pour le reste des cours qu'ils ne reparlèrent pas de cet entretien, et préfèrent d'ailleurs rester chacun de leur côté, silencieux jusqu'à la fin de la journée en se séparant sur un bête salut.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

L'ambiance était morbide.

Il ne savait pas si c'était dû au fait que les couloirs, en plus d'être étroits, lui paraissaient interminables, ou la couleur que les dernières lueurs du soleil leur donnaient, mais il ne se sentait guère rassuré dans ce lycée. Les écoles japonaises n'avaient rien à voir avec les écoles américaines, et il avait encore beaucoup de mal à s'y habituer. D'un endroit où il y avait de l'espace, du désordre et une certaine animation, il passait à un bâtiment sinueux, vide et terriblement silencieux, lui donnant l'impression d'être seul dans une maison hantée alors que les classes étaient encore occupées pour certaines d'entre elles. Et pourtant, malgré cette atmosphère de mort, il n'arrivait pas à se détacher de l'idée qu'il y avait une présence imposante au sein de cet établissement que lui-même n'arrivait pas à définir.

Kagami préféra ne pas s'attarder ici plus longtemps et se hâta d'aller dans le bureau des professeurs récupérer ce qu'on lui avait demandé. Ce n'était pas comme s'il était un élève-modèle, mais de tous, c'est lui qu'on choisit pour aller chercher un travail à remettre, apparemment pas assez important pour en charger la responsabilité à un élève comme lui. Un élève comme lui, c'est-à-dire un adolescent impulsif, insolent, avec des moyennes passables, si ce n'est inférieur à la norme et en plus source de problèmes avec ses camarades. Mais peu importe, il allait rapidement exécuter sa mission et fuir ce lycée qui n'était décidément pas à son goût.

Depuis qu'il était arrivé, tout allait de travers.

Lui qui était passionné de basket, il fut médusé en découvrant le niveau japonais, tellement qu'il ne prit même pas la peine de s'inscrire dans un club et préférait encore pratiquer ce sport dans la rue. De toute façon, beaucoup des élèves de ce lycée lui étaient trop insupportables pour penser jouer avec eux. Il avait beaucoup de mal avec la langue, plus encore avec les cours mais aussi et surtout... il y avait ce type, Kuroko. Kagami n'arrivait pas à deviner à quoi il pensait. Ses yeux ronds reflétaient dans leur azur une indifférence, voir une mollesse d'esprit, et pourtant le garçon arrivait à le surprendre en le fixant avec cette lueur étrange qu'il n'avait jamais vue apparaître dans un autre contexte, quand bien même il ne faisait pas attention à lui.

Et puis il y avait son comportement dans la cage d'escalier... Taïga n'arrivait pas à s'enlever de l'esprit la sensation de ces maigres bras l'enlaçant, comme s'ils voulaient l'enlever. Sur le coup, il n'avait pas réussi à réagir autrement que de manière confuse, et encore maintenant, il se sentait troublé en y repensant. Il n'avait pas besoin d'être proche du jeune homme aux cheveux bleus électrique pour savoir qu'il n'était pas tactile alors pourquoi? L'adolescent rouge n'en avait aucune idée. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il ne cessait d'y penser, à ce geste, mais aussi à leur conversation. Il n'avait pas souvenir que Tetsuya montre autant d'intérêt envers l'état d'un de ses camarades; même avec Kise, il feignait l'indifférence, qui était pourtant son plus proche ami.

C'était compliqué, et Kagami n'aimait pas les choses compliquées.

Ce qui était sûr, c'est qu'il n'allait pas laisser ce minus venir troubler sa scolarité, pas après tous les efforts que firent ses parents pour qu'il ait un parcours de vie décente. Il s'était toujours demandé pourquoi, alors qu'ils étaient de purs Japonais sur des générations, ils exprimèrent l'envie de déménager aux États-Unis dès que leur fils fêta ses dix ans, mais il ne s'en plaignait pas. À bien des égards, le continent nord-Américain lui était bien plus agréable que le Japon, surtout maintenant qu'il avait de quoi comparer. Il n'avait rien dit lorsque sa mère lui annonça qu'il ira continuer ses études dans son pays natal en leur compagnie, mais maintenant, il regrettait amèrement. Pourtant, il n'avait plus le choix, avec l'argent qui y était passé.

Perdu dans ses pensées, il remarqua qu'il était presque arrivé à l'endroit prévu.

La salle de laboratoire du professeur Akashi.

Bien que ce soit l'un de ses collègues qui lui demanda d'aller faire cette course pour lui, rien qu'à l'évocation de son nom, il sentit toute envie de rendre service disparaître en lui. Malheureusement, il n'était pas rebelle au point de dire non à l'un de ses professeurs, surtout quand ce dernier était chargé de sa note de trimestre. Cependant, maintenant qu'il y était, il décida de vite se dépêcher pour partir d'ici. Qui sait ce qu'Akashi-sensei avait pu prévoir, peut-être même était-ce un piège pour le punir de tous ces moments d'insolence impunis à cause de trop nombreux témoins. La main sur la poignée, sa paranoïa le poussa même à vérifier qu'il n'y avait pas de fil par terre pour le faire trébucher ou un seau d'eau qui lui tomberait dessus.

Cependant, quand il l'ouvrit, c'est une surprise d'un autre genre qui l'attendit.

"Aaahh! Mmmhhh..."

Kagami se figea sur place, lorsque ce murmure atteignit ses oreilles. La porte était assez entrouverte pour qu'il puisse regarder qui était encore à l'intérieur de cette pièce supposée vide à cette heure-ci mais ses yeux rouges ne distinguèrent personne dans son champ de vision. Pourtant il n'avait pas rêvé, quelqu'un venait de faire du bruit, et un bruit plutôt équivoque qui plus est. Il prit le temps de réfléchir entre la décision de partir sous le coup du doute et prendre le risque de se faire passer un savon le lendemain, ou passer outre et rentrer en priant pour que son esprit ait été assez tordu et fatigué pour lui avoir fait croire cela.

Finalement il choisit la deuxième option, et poussa l'entrée silencieusement, chose très délicate pour lui.

La salle de science était presque totalement plongée dans les ténèbres, les rideaux tirés pour ne laisser passer que la faible lumière orangée du soleil couchant, donnant l'impression de rentrer dans une espèce de dimension parallèle. Il n'eut cependant pas le courage de poser sa main sur l'interrupteur pour redonner à cette pièce l'aspect un peu plus rationnel qu'elle devrait avoir. Une force étrangère l'empêcha de signaler sa présence au potentiel occupant, le faisant se sentir comme un voyeur. Une sensation bizarre le tiraillait, étouffante, resserrant sa respiration devenue haletante. L'atmosphère était si lourde qu'il peinait à faire plus de deux pas à la seconde, comme si une créature avait ses yeux rivés sur lui et s'apprêtait à lui bondir dessus.

"Mmhmh! Gnnhh!"

Cette fois, il ne l'avait pas inventé.

Mais c'était trop tard pour faire demi-tours; il se ferait de toute façon repérer. Alors il prit son courage à deux mains, oubliant le but premier de son intrusion pour s'avancer tout aussi discrètement vers la source de ce gémissement. L'air était tellement moite qu'il lui donnait l'impression de rentrer dans un sauna hermétiquement clos. L'absence de lumière rendit sa progression plus difficile qu'il ne le crut, surtout s'il ne voulait pas faire de bruit. Il se demanda brièvement si l'autre l'avait déjà remarqué où, comme il le soupçonnait, il était trop occupé pour se rendre compte de quoi que ce soit. Plus que son environnement enfermé, Kagami sentit son nez attaqué par une senteur qui lui fit tourner ses sens pendant un moment, comme le mélange de différents parfums beaucoup trop forts.

Il du se rattraper à un des pupitres et placer une main devant sa bouche pour pallier cette impression de suffocation. Ne voulant pas s'arrêter en si bon chemin, il continua sa route, le visage transpirant, de plus en plus anxieux sur ce qu'il allait découvrir. Un ultime bruit, cette fois plus étouffé que les précédents parvinrent à ses oreilles. Ce dernier indice lui fit comprendre que la personne n'était pas loin de lui et qu'elle n'était pas cachée dans un placard ou derrière une porte. Taïga finit enfin par retrouver ses esprits, lui donnant de dernières forces pour finir son périple. Il s'approcha d'un des bureaux, ses yeux rouges débordant de curiosité, et ce qu'il vit par terre le glaça de surprise.

Kuroko y était assis, le visage encore plus troublé que le sien, les yeux vides et les vêtements défaits.

Non, en fait il n'y avait que son pantalon qui était ouvert, laissant supposer ce qu'il était en train de faire avant que Kagami ne le surpenne.

Le lycéen fut tellement abasourdi qu'il ne sut comment réagir. Bien qu'il l'ait soupçonné tantôt, il n'aurait pas cru que ce soit vraiment le cas.

Lentement, l'adolescent aux cheveux bleus tourna la tête vers lui, sa bouche entrouverte laissant échapper une respiration encore rauque dû à son précédent acte. Ses bras tombant mollement le long de son corps pour gésir sur le carrelage froid de la pièce, ses pupilles glacées ne semblaient refléter ni gêne, ni embarras d'avoir été vu dans une telle situation par son camarade. Il semblait plutôt être ailleurs, comme s'il ne voyait vraiment pas son homologue, dans une réalité détachée de la sienne. Cela fut confirmé lorsque Taïga, toujours sous le choc, voulut reculer mais buta par inadvertance sur une chaise qui tomba sur le coup. Le rouge se retourna par réflexe avant de reporter son attention sur Tetsuya.

Le concerné sembla enfin être sorti de ses songes et écarquilla les yeux avant de serrer les jambes et se cacher comme il pouvait en baissant la tête.

"Combien..." Demanda-t-il d'une voix brisée.

"Hein?"

"Depuis combien de temps tu es là?" Répéta Kuroko en tremblant.

"Je... je viens juste d'arriver." Répondit Kagami, qui regrettait maintenant d'avoir laissé sa soif de savoir prendre le pas sur tout ce qu'il y avait de bon en lui.

Ce semi-mensonge sembla cependant convaincre le plus petit, sans doute parce qu'il était préférable pour eux deux de se dire qu'en effet, le plus grand n'avait absolument rien vu. Pourtant, l'un comme l'autre savaient que l'étudiant américain n'irait pas le répéter ou bien se servir de ce honteux secret pour se moquer de lui. Le problème était plus une question de gêne entre eux, surtout que leur relation était déjà assez compliquée comme cela. Malgré tout, aussi étrange que cela puisse paraître, Kagami avait l'impression que découvrir ce visage de Kuroko n'allait pas les éloigner, au contraire. C'était comme un lien intime, étroit et exclusif qui s'était tissé entre eux par inadvertance.

Et puis... il sentait une étrange sensation en voyant Kuroko comme cela.

Lui qui était toujours si stoïque, si froid, si neutre, le voilà en train d'agoniser au sol sous le plaisir et ses yeux, cachant maladroitement les preuves de son acte. Il ne savait pas ce qui avait conduit le garçon à s'adonner à ses pulsions sexuelles dans cette salle de chimie à l'ambiance étrange, mais au fond, il sentait qu'il ressentait la même chose sans en comprendre la provenance. Et voir son camarade ainsi n'avait fait que décupler cette excitation qui le pris au ventre lorsqu'il était entré, à l'intérieur même de ses entrailles, comme si cela s'agitait. Il déglutit, confus de ses propres pensées qui étaient tout, sauf normal envers ce type qu'il connaissait à peine.

Le concerné du sentir son malaise, car il détourna les yeux et commença à se redresser.

"Oublie..." Commença-t-il, pantelant.

"Hmh?"

"Oublie ce que tu viens de voir s'il te plaît..."

"... Je ne le dirais à personne." Fit Taïga, aussi confus qu'embarrassé.

"Oui... et oublie... surtout... oublie tout..."

Après s'être rhabillé sommairement, Kuroko se releva avec peine, ses jambes tramblantes qui donnaient l'impression qu'il pourrait s'effondrer sur lui-même d'un instant à l'autre. Kagami voulu l'aider à marcher, au moins le soutenir, mais dans une telle situation, même l'approcher paraîtrait ambigüe, alors le toucher... Toujours haletant, le jeune homme transparent réussit néanmoins à se porter jusqu'à la sortie de la salle de laboratoire, se dressant comme si elle était sa rédemption. Il se tourna néanmoins, comme s'il avait oublier quelque chose, ses yeux scrutant le sol pour une quelconque raison puis, visiblement rassuré, sortit sans demander son reste.

Au son des pas de courses resonnant dans le couloir, Kagami devina qu'il courait aussi vite qu'il pouvait, de peur de se faire rattraper. Par quoi? Il n'en savait rien, mais c'était l'impression qu'il lui donnait.

Sentant qu'il ne devait pas rester ici plus longtemps, il se dépêcha de quitter la pièce, et referma la porte. C'est avec un certain soulagement qu'il constata que cette oppression dans son corps diminuait enfin, et il put penser avec l'intégralité de son esprit. La scène surréaliste dont il fut témoin lui revint en visage comme sur un grand écran, et il se rendit compte alors de l'absurde de la situation. Il s'était comporté comme un abruti de première. La première chose qu'il aurait dû faire dès le premier soupçon aurait été de partir, s'enfuir et surtout effacer ces images de sa mémoire pour ne plus jamais en reparler. Alors pourquoi ce besoin de savoir, de s'approcher?

Il se sentait comme un voyeur, alors même qu'il n'était absolument pas en faute; c'est Kuroko qui avait décidé de s'exhibitioner dans un tel endroit.

Il le savait et pourtant... il n'arrivait pas à s'y résigner.

Le dossier demandé sous la main, Kagami partit vite le déposer dans le bureau de son professeur avant de rentrer chez lui sans détours, appréhendant déjà la journée du lendemain.