Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Bonjour les gens ~ Je suis heureuse de vous apporter le chapitre 5 avec son lot de réponses/confirmations de certaines questions (mais je vous rassure, l'intrigue est loin d'être révélée au grand jour). J'espère que vous n'êtes pas en train de manger en lisant cette fanfic parce que le chapitre précédent était encore relativement soft. Enfin bref, j'arrête de vous faire fuir et je vous laisse lire ~ N'oubliez pas que j'apprécie toujours d'avoir un petit commentaire, positif ou négatif, c'est toujours apprécié, Voilà, bonne lecture.
[ Sweet Pool OST - Chill 1 ]
Ce matin-là, en s'asseyant à sa place sans parler à qui que ce soit comme à son habitude, Kuroko s'attendait à passer sa journée tout seul.
En effet, depuis leur échange avec Akashi et ce qui leur était arrivé à chacun, Tetsuya et Ryouta ne cherchaient plus à passer du temps ensemble, aussi bien parce qu'ils étaient aussi perturbés l'un comme l'autre qu'il n'arrivait pas à trouver un moyen d'amener un sujet de conversation lambda pour continuer à se fréquenter. Kise ne faisait plus d'effort pour chercher son contact, ni celui de ses autres camarades d'ailleurs, comme s'il était fatigué de ce petit manège et qu'il voulait juste qu'on le laisse en paix. Son ami se sentait désemparé face à un tel comportement, mais en même temps, lui-même ne se trouva pas en état de tenter de le comprendre, ayant ses propres problèmes...
Kise lui jeta un coup d'oeil avant de se concentrer de nouveau sur son pupitre, faisant mine d'être occupé pour dissuader les autres étudiants de venir lui parler.
Il se sentait tellement mal depuis quelques jours. L'accident du bain n'arrivait pas à quitter son esprit malgré lui, et lui revenait en plein fouet dès qu'il faisait mine de l'oublier, ajoutant à cela le professeur de chimie aux cheveux roux qui avaient réussi à le mettre mal à l'aise pour le reste de la semaine. Il avait passé sa soirée dans un état second, utilisant sa douche à contre coeur de peur de revoir ces visions cauchemardesque lui revenir. L'idée de rentrer dans sa baignoire lui était exclue pendant un bon bout de temps, au moins jusqu'à ce qu'il arrive à trouver un médecin qui saura lui expliquer les choses de manière logique et enlever enfin cette sensation constante que quelque chose clochait chez lui.
Le professeur du prochain cours était sans doute en retard, car il semblait au jeune homme aux yeux ambre que l'interclasse durait bien plus longtemps qu'il ne le pensait. À moins que ce soit cette sensation de lassitude qui finissait par distordre sa notion du temps... Avec un soupir, il reposa son stylo qui écrivait tantôt des banalités sur son cahier pour se redresser. Son attention naturelle envers son environnement l'amena à entendre malgré lui une conversation entre une bande d'élèves, qui semblait porter sur une rumeur circulant à l'école. La curiosité le poussa à en écouter plus, histoire de passer son ennuie jusqu'à l'arrivée de l'adulte retardataire chargé de leur enseignement.
Il pensa d'abord à une histoire inventée par Midorima.
Ce n'était pas la première fois que le garçon aux cheveux verts agissait de manière étrange pour faire circuler des bruits sur lui. Kise s'en était rendu compte l'année dernière, lorsqu'il avait surpris le binoclard en train de se préparer dans le couloir à un étrange rituel. Une jeune fille était passée à ce moment-là, et il en avait profité pour lui jeter du sel en lui disant qu'elle était contaminée par un démon. La pauvre lycéenne s'était enfuie en courant sans demander son reste tandis que Shintarõ redressait ses lunettes, fier de son méfait. La scène aurait pu s'arrêter là si, ne l'ayant sûrement pas remarqué, Takao n'était pas sorti d'une classe en tapotant son camarade sur l'épaule.
"Tu en as trop fait je crois, Shin-Chan."
"Au moins comme ça, elle se mêlera de ses affaires... Elle n'arrêtait pas de me tourner autour. Imagine si elle avait été là pendant que l'horloge sonne..."
"Je sais..." Avait fait mystérieusement le brun avec une expression contrariée.
Ryouta avait préféré se faire discret à ce moment-là, mais il comprit très vite par la suite que tous ces soi-disant comportements dérangés n'étaient que pure mise en scène de la part de Shntarõ pour tenir à distance respectable tous ceux qui essaieraient de s'intéresser à lui. C'est la raison pour laquelle il n'insista pas plus que cela pour tenter de nouer une quelconque relation de camaraderie lorsqu'ils furent dans la même classe, ssquissant un sourire mi-figue, mi-raisin à chaque fois qu'il entendait une énième rumeur sur les manifestations du superstitieux. Il ne pouvait cependant pas juger; chacun avait sa manière de se tenir isolé de la société, et ce n'était certainement pas lui qui allait le blâmer pour cela.
C'est pourquoi il se tenait prêt à entendre une nouvelle invention de la part de ces garçons, mais à sa grande surprise, ce fut un discours totalement autre qu'ils tirent. À aucun moment le nom du lycéen à lunettes ne fut évoqué, faisant vite comprend au blondinet qu'il n'était pour une fois pas à l'origine de ce commérage. Cela ne décupla d'autant plus sa curiosité, car cela voulait dire que c'était peut-être quelque chose de fondé qu'il allait entendre pour une fois.
"Hier soir je vous dis! Ma copine était chargée du ménage dans la salle 2-G, elle était la première à l'avoir vu, il y en avait partout!" Déclara un garçon d'un ton assuré
"Quoi, et elle a même pas nettoyé? Ça craint!" Fit l'autre volontairement moralisateur.
"Attends, tu n'as pas vu ce qu'elle a vu! Quand je te dis partout, c'est vraiment partout! Je sais pas combien de serpillères et d'éponges y sont passées, mais ils s'y sont mis à quatre pour enlever tout ça!"
Ryouta se sentit perplexe en entendant cela, se demandant bien de quoi ils parlaient. Sans doute une inondation, vu ce qui était impliqué mais en même temps, il imaginait mal pourquoi des étudiants en feraient toute une histoire, en tout cas à ce point-là. Et puis la salle 2-G... c'était la salle de classe au deuxième étage, mitoyenne à la salle de laboratoire numéro trois si ses souvenirs étaient exacts...
"Il n'a rien dit, Akashi-sensei? Il devait être fou de rage non? Y'a pas eu de mort?" S'enquit un des camarade, devançant Kise dans ses réflexions.
"Bizarrement non. Il a juste dit que du moment que sa salle était propre pour son prochain cours, ça ne le dérangeait pas."
"Ah okay... mais bon quand même, je serais choqué à sa place. Je veux dire, je sais pas si je pourrais y remettre les pieds avec ça."
"Mais je comprends pas, il y en a qui disent qu'il y a eu un meurtre ou quelque chose comme ça, pourtant si ça avait été le cas, ils auraient retrouvé le corps, non?"
"Je sais pas, d'après les profs, y avait aucun cadavre quand ils sont entré dans la pièce. Juste cette immense flaque de sang qui recouvrait tout le sol."
Un courant d'air glacé le traversa alors que les mots l'atteignirent comme un poignard aiguisé dans le cou.
Du sang.
Du sang fut retrouvé en salle de laboratoire ce matin.
Une idée vint alors s'insinuer dans son esprit, comme un serpent vicieux contre lequel il donna toute son âme à chasser pour ne pas devoir y faire face. Non. Il ne voulait pas faire le lien avec ce qui lui était arrivé. Mais son esprit ne lui laissa pas le temps de placer une barrière psychologique à ses réflexions. Ses pupilles miels désormais écarquillés sous le coup de la terreur fixèrent le bois de sa table, s'attendant à tout moment à ce qu'une horreur apparaisse dessus. Même si le lien entre ce sang en salle de laboratoire et celui dans lequel il avait émergé le soir dernier n'était absolument pas fondé, le blondinet refusait de croire que cela soit pure coïncidence, chassant par là tous ses espoirs d'avoir un jour une explication rassurante sur ce phénomène.
Ses bras tremblaient, au point qu'il fut obligé de se tenir le poing pour le serrer contre lui afin de ne pas attirer l'attention.
Il du se mettre son autre main devant la bouche pour refouler l'envie de vomir qui montait en lui. Alors qu'il expirait et inspirait profondément pour retrouver son calme, autre chose qui lui avait jusqu'ici échappé le frappa de plein fouet qui le força à se redresser. Bien sûr, il se pouvait qu'il se trompât, il n'avait aucune preuve de son soupçon. Néanmoins, il ne put empêcher sa tête de se tourner lentement en direction d'un pupitre voisin bien ciblé, autant par appréhension de ce qu'il allait trouver que par peur de sa propre réaction. Il savait qu'en ce moment même, son visage devait sûrement exprimer une terreur sans nom, mais il avait besoin de savoir si ce qu'il spéculait était fondé.
Comme il s'y attendait, Kuroko avait exactement la même expression faciale que lui; ses yeux turquoise, d'habitude ronds et inexpressifs, s'étaient rétrécis et enfoncés tandis que des cernes creusaient très clairement son visage, formant des ombres presque inquiétantes sur son teint était désormais aussi livide que celui d'un cadavre. Si c'était un monstre que le blond donnait l'impression d'avoir perçu, c'est la mort que son voisin devait être en train d'observer. Kise n'eut même pas besoin d'un échange de regards pour confirmer sa théorie, ce qui le troubla d'autant plus, son malaise devenant de plus en plus poignant.
Hier soir, Tetsuya était allé dans la salle de laboratoire.
Et s'il n'était pas directement la cause de ce sang mystérieusement apparu, il devait au moins en connaître la source. Dans tous les cas, il n'était clairement pas blanc dans cette histoire, c'était sûr. Mais Ryouta ne pouvait rien dire. Ni aux élèves. Ni aux professeurs. Ni même au concerné lui-même. Le simple fait de savoir que son ami était lié à cette horreur qui lui était désagréablement familière le bloqua dans son envie louable de tenter de comprendre. Il n'en tirera rien, si ce n'est un isolement d'autant plus fort de la part de Kuroko au mieux. Alors que pouvait-il bien faire? Sachant que lui-même ne tournait pas très rond en ce moment...
"Tu crois que c'est quelqu'un qui s'est blessé et qui n'a pas nettoyé?" Continuèrent de commérer les autres élèves.
"Ouai mais sur quoi il se serait fait ça? Y'avait rien de cassé, à part un peu de désordre dans les chaises... mais je pense pas qu'une bagarre aurait donné autant de sang au point de t'en faire une mare."
"Et puis y avait ma copine dans la salle à côté, et elle n'a rien entendu!"
"Cela doit bien venir de quelque part pourtant!"
"En plus il n'y avait pas que du sang par terre mais aussi des espèces de morceaux qui ressemblaient à des organes! Moi ça me fait penser à ce film d'horreur où t'as des espèces de créatures qui sortent de nulle part pour bouffer les gens!"
"Alors quoi, y a un monstre qui vit dans ce lycée, c'est ça?"
"Punaise, ça craint!"
Au fur et à mesure qu'ils spéculaient entre eux, Kise se sentit de plus en plus mal, comme s'il se sentait étrangement concerné. Bien sûr, ces petits imbéciles ne se doutaient pas une seconde quelle portée leurs mots pouvaient avoir, rigolant là-dessus comme ils plaisanteraient sur les malheurs d'un héros de drama. Mais cela ne changea rien au malaise du blondinet; comme un coup de poignard en plein coeur, chacune des syllabe prononcées l'enfonçait dans un gouffre sans fin auquel il ne pouvait échapper. La réalité, cruelle et sans pitié, le frappa au visage à travers ces êtres ignorants. Il avait mal à l'intérieur même de ce corps qu'il ne comprenait plus, et eux s'en amusaient comme si de rien n'était.
Juste que cela cesse...
"VOUS ALLEZ LA FERMER!" Rugit une voix rauque qui coupa comme voulu toute discussion.
Un bruit sourd s'ensuivit; celui d'un poing que l'on venait de violemment frapper sur une surface dure, en l'occurrence une table en bois.
Tous, sans exception, se tournèrent en direction de Kagami qui semblait encore plus énervé que d'habitude. Personne n'osa lui demander ce qu'il avait comme problème ou pourquoi il réagissait comme ça, surtout que, voyant l'attention qu'il avait attirée sur lui, le lycéen aux cheveux rouges se retrouva soudain désarmé pour expliquer son accès de rage. Sans rien dire, il se releva brusquement, faisant tomber bruyamment sa chaise au passage, puis sortit de la salle en courant sous les yeux ébahis des élèves de seconde année. Une lourde ambiance tomba alors dans la pièce, aucun n'osa prendre la parole pour commenter ce qui venait de se passer. C'est pourquoi le professeur fut agréablement surpris de trouver une classe sage en arrivant, et commença son cours sans formalité.
Pendant toute l'heure, Kise, soulagé jusque dans sa chair, n'avait cessé de jeter des regards à Kuroko qui, depuis le départ de Kagami, avait encore plus perdu de ses couleurs froides, le faisant d'autant plus ressembler à un fantôme.
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Les cours étaient finis, mais le calvaire ne faisait que commencer pour lui.
Alors que la plupart des élèves sortaient du lycée pour enfin se détendre après une journée assez épuisante, Kise Ryouta n'avait pas fini de crouler sous le travail, condamné à rester à l'intérieur des locaux certainement jusqu'au coucher du soleil. Comme son devoir l'exigeait quotidiennement, il devait rejoindre Aomine Daiki dans une salle de classe qui lui était attribuée pour faire le ménage. Il appréhendait terriblement ce moment, la boule qui était dans son ventre ne cessant de croître au fur et à mesure que ses pas le rapprochaient de ce qui semblait être pour lui une salle de torture psychologique. À chaque fois, il se demandait toujours quel genre de trouvaille allait lui montrer son partenaire de corvée pour lui rendre la vie impossible.
Cela ne faisait que deux jours et, étonnement, hier s'était passée de manière tout à fait banale, l'adolescent aux cheveux bleu foncé gardant plus que nécessaire ses distances avec le blondinet. Cependant, cela ne le rassura pas du tout car il avait l'impression qu'on voulait rallonger son supplice afin qu'il déguste encore plus. Surtout que de toute la soirée, le regard sombre de son binôme lui avait semblé bien plus intense que d'habitude et n'avait pas voulu le lâcher, au point qu'il le sentait même le dos tourné, lui faisant presque regretter qu'il ne le touche pas directement...
Comme prévu, le grand lycéen était déjà sur place lorsqu'il arriva, prêt à l'accueillir comme il se devait:
"Tu es en retard."
"Désolé, le professeur nous a retenus pour les devoirs. Je terminerais le dernier pour me faire pardonner." S'exclama Kise avec un sourire crispé en se frottant le crâne.
"Peu importe, j'ai commencé le tableau, je te laisse les pupitres."
N'ayant ni la volonté, ni la réelle conviction de s'opposer à cette répartition arbitraire des tâches, Kise se saisit du seau qu'Aomine lui avait préparé à l'avance et d'une éponge pour commencer son nettoyage en prenant soin de commencer par les tables du fonds. Il tentait de se convaincre que plus il restait éloigné de ce type, mieux il se portait, mais d'une certaine manière, il sentait au fond de lui que c'était faux. C'était même l'inverse. Il était indéniable que la présence de Daiki le stressait terriblement, au point qu'il ne savait parfois plus comment agir, mais d'un autre côté, pour une raison qu'il ignorait, il sentait que sans ce stress, il se sentirait certainement bien mieux que n'importe qui.
C'était incompréhensible, et cela lui faisait d'autant plus peur qu'il ne savait pas comment le concerné pouvait réagir devant lui. Certes, il avait toujours l'air calme et réservé, bien que cette arrogance couvrît très largement son aura, mais Aomine semblait aussi imprévisible dans ses gestes et ses paroles. Comme cette fois où il toucha la nuque de Kise sans s'étaler davantage sur le sujet. Le jeune homme aux yeux ambre était persuadé que son camarade avait vu les prémices de ce sang, mais il ne l'avait pas prévenu. Bien sûr, il voulait se persuader que ce sang, et ce qu'il avait vu dans sa baignoire n'étaient qu'illusion, mais après avoir entendu la rumeur de ce matin et la réaction de Kurokocchi, il savait qu'il n'avait pas autre choix qu'affronter la réalité en face.
Il avait baigné dans du sang, sans doute de la même origine que son ami.
Une nouvelle sensation de nausée lui repris à l'évocation de ce souvenir, le forçant à se reconcentrer sur son travail pour ne pas attirer de soupçons. Tremblant, Ryouta se saisit de l'éponge pour la passer sur les tables des étudiants, les yeux vitreux et la bouche entrouverte. Il n'avait aucune idée de ce que faisait son partenaire pour une fois, pris dans son monde flou et chancelant. Il avait beau avoir subi cette expérience des dizaines de fois, il n'arriverait jamais à s'y habituer ou même pressentir ce qui lui arrivait. Cela le touchait avec la même intensité et la même imprévisibilité, le laissant désarmé pour y faire face à chacune de ses crises sans moyens d'y échapper.
Se redressant du énième pupitre qu'il nettoyait, Kise en profita pour jeter un oeil autour de lui à travers son brouillard de mal être.
Ses pupilles miel tombèrent sur celles, obscures, d'Aomine, brulantes et intransigeantes.
Un battement de coeur plus fort que les autres.
Une odeur à la limite du supportable.
Et soudain, il sentit son corps pris d'assaut pour une horrible envie de vomir qu'il n'arrivait plus à réprimer, accompagnée d'une bouffée de chaleur. Il se pencha en avant en gémissant, pratiquement tordu sur lui-même de douleur, le coeur sur les lèvres. Sans réfléchir à ce qu'il faisait, suivant son instinct de survie, il se mit la main devant la bouche et prit ses jambes à son cou sans se soucier de laisser son travail -et son partenaire de ménage- en plan. Ventre à terre, il se précipita vers les toilettes les plus proches en priant pour que le peu qu'il a mangé ce matin ne ressorte pas avant qu'il ait atteint son but. Fort heureusement pour lui, il n'y avait plus personne à cette heure-ci pour le ralentir.
L'adolescent blond entra dans la première cabine à sa porté, claquant la porte contre le mur qui se referma derrière lui sous le choc.
À genoux devant la cuvette, il était prêt à rejeter tout ce que son corps ne voulait plus contenir sans jamais y arriver. La douleur le tiraillait de part et d'autre sans jamais le laisser en paix une seule seconde. L'effroi l'envahit petit à petit tandis qu'il se demandait ce qui pouvait bien lui arriver. Ses yeux étirés fixèrent l'ivoire humide en face lui dans l'espoir que la bille sorte d'un coup, en même temps que cette sensation de malêtre qui l'entourait, mais rien ne vint. Désemparé, il trouva le courage de se relever pour poser sa tête contre le mur froid et fermer les yeux afin de retrouver son calme et attendre que la nausée et la douleur disparaissent.
Mais à la place, quelque chose se serra dans son estomac, comme si ses intestins se broyaient de l'intérieur.
Incapable d'en supporter plus, il défit la ceinture de son pantalon et baissa ce dernier, en espérant que la douleur passe.
Soudain, il sentit très clairement quelque chose couler le long de ses jambes.
Sa respiration se coupa à cette impression beaucoup trop familière à son goût, faisant frissonner la moindre parcelle de peau qui le recouvrait. Et pas uniquement parce que ses bas étaient mouillés et que l'air était frais. Ryouta se retourna pour poser son dos contre le carrelage du mur, la tête penchée en arrière pour regarder le plafond. Il se sentait incapable de constater de ses propres yeux qu'il s'était mouillé lui-même sans en avoir conscience. Il avait honte mais surtout, il avait peur. Peur d'imaginer ce qui se trouvait en dessous de ses pieds, répandu entre ses cuisses et se déversant par terre. L'humidité envahissant petit à petit ses semelles, l'intérieur de ses chaussures pour humidifier ses chaussettes, il fit un pas sur le côté pour vérifier ses doutes.
Splash.
Gelé sur place, un petit cri s'échappa de ses lèvres, étranglé par l'effroi de ce qui lui arrivait.
Il avait du mal à croire que ce qui coulait de ses cuisses était ce dans quoi il marchait actuellement.
Kise ne voulait pas voir ça. Il ferma hermétiquement ses paupières, décuplant l'humidité qui entourait le bas de son corps.
Les battements de son coeur lui étaient d'autant plus forts, il prit de profondes respirations pour calmer son esprit.
Prenant sans doute la pire décision de sa vie, il ouvrit finalement ses pupilles dorées et les baissa sur le sol carrelé des toilettes censé être dans les ton blancs gris.
Il était recouvert d'un épais liquide rouge.
Une flaque si abondante qu'elle franchissait même le seuil de la porte des toilettes
Cette fois, il y avait une nouveauté.
Au centre de cette étendue pourpre, il n'y avait qu'une seule chose: un morceau de chair carmin, foncé, presque noir avec ce qui ressemblait à des vaisseaux sanguins le recouvrir de part et d'autre. Semblant avoir senti le regard insistant de Kise sur lui, il se mit à bouger, comme s'il était doué de vie. Comme une limace de chaire, il flottait, presque nageait dans cette mare pourpre, se débattant pour rester à la surface.
"Qu'est-ce que...!"
N'arrivant pas à détacher ses yeux dorés de cette chose immonde, autant par fascination que dégoût, le blondinet remarqua entre les dizaines d'émotions qui le traversaient, que cette chose se convulsa sur elle-même plus qu'elle ne gigotait. La couleur, la texture et le mouvement lui donnaient l'impression d'être en face d'un organe. Plus précisément un coeur, qui réussirait à battre tout seul sans avoir besoin d'un corps pour le commander. Mais c'était horriblement lent, lui donnant l'impression qu'il allait s'arrêter d'un moment à l'autre. La curiosité, ou peut-être la folie, prenant le pas sur le reste de son esprit, Kise toucha du bout de sa chaussure ce bout de chair sanglant pour tester sa réaction. La chose frémit et il se rappela soudain de la conversation entre les jeunes hommes de ce matin.
"Il n'y avait pas que du sang par terre, mais aussi des espèces de morceaux qui ressemblaient à des organes..."
Kise frémit.
Désormais, il n'y avait plus aucun doute possible entre ce qui le liait lui et Kurokocchi.
N'arrivant plus à supporter cette vision d'horreur qui le mettait face à une chose dont il ne comprenait ni l'existence, ni le but, il décida de ne pas s'attarder plus dans cet endroit témoins de sa dégénérescense physique et mentale.
Machinalement, il remit en place ses vêtements sales ainsi que ses sous-vêtements ensanglantés puis quitta les toilettes des hommes sans se soucier de savoir si quelqu'un allait tomber sur cette horreur après lui. Il prit la direction de la sortie, le regard vague et la tête remplis d'interrogations: C'était quoi cette chose? Ça ressemblait à un organe mais ça bougeait. Et surtout, ça venait de moi. De mon propre corps. Est-ce que c'était encore une illusion, comme pour le bain? Ou c'était réel? Ou bien était-il en train de devenir mentalement dérangé?
Il n'arrivait plus à se raisonner.
Tout son monde qu'il pensait jusqu'alors être normal et parfaitement sûr venait de s'effondrer en l'espace d'une seconde.
Kise prit la direction de la sortie, oubliant totalement ses travaux forcés avec Aomine. Il avait un besoin urgent de rentrer chez lui, de s'éloigner le plus possible de cet endroit, de cette chose. Et oublier. Tout oublier. Mais il fallait croire qu'aujourd'hui n'était vraiment pas un jour favorable pour lui, car il croisa la dernière personne qu'il aurait aimé rencontrer dans une telle situation juste devant la sortie du lycée. Le blondinet ne s'en rendit compte que bien trop tard, ne pouvant plus détourner les talons pour prendre un autre chemin, car l'autre qui visiblement l'attendait, l'avait déjà remarqué. Et dans son état, il ne pouvait tout simplement pas courir pour lui échapper.
Shintarô Midorima.
Interagir avec lui était sans doute la pire chose à faire en ce moment, surtout dans ces conditions mais il n'avait pas le choix. Le blondinet tenta du mieux qu'il put se mettre une fausse expression sur son visage pour cacher toute sa torture psychologique. Mais l'adolescent vert n'était pas dupe, ses pupilles émeraude le transperçant de part et d'autre pour mettre à jour l'implacable vérité. Sans pitié. Sans scrupules. Il ne voulait pas laisser Kise s'en sortir aussi facilement. D'un air étrange, il fit mine de humer l'air, comme si une odeur le dérangeait tout en continuant de fixer son homologue de ses yeux intransigeants.
"Tu es vraiment dans un sale état." Déclara-t-il en redressant ses lunettes, ses pas l'approchant de plus en plus de son interlocuteur.
Il fit allusion à son état physique bien sûr, mais aussi et surtout à sa souffrance mentale.
"Je n'ai pas le temps... Midorimacchi... je ne me sens pas bien..." Geignit Ryouta en tentant de garder de l'aplomb malgré son visage transpirant sous le coup du stress.
"Je vois ça. Je ne vais pas te retenir plus longtemps, de toute façon ça ne m'étonne pas..."
Se pensant sauvé, Kise reprit alors son chemin d'un pas maladroit en se tenant aux casiers cloutés au mur. Lorsqu'il passa à côté de lui, l'adolescent aux cheveux verts lui déclara d'un ton aussi cruel que nonchalant:
"Après tout, tu es un monstre."
Il en fut tellement figé de stupeur que ce fut finalement Midorima qui partit en premier des lieux.
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Après le départ précipité de Kise, Aomine sentit qu'il ne le reverrait pas de sitôt, certainement pas avant le lendemain.
Et pour une fois, cela arrangeait bien ses affaires car il avait quelqu'un à voir avant de partir, et craignait justement à cause de leur corvée de nettoyage ne pas avoir le temps de trouver cette personne avant qu'elle ne quitte le lycée. Mais puisque son binôme lui avait faussé compagnie et que personne n'irait vérifier chaque centimètre de poussière faite, il décida de déserter la salle de classe pour se mettre à sa recherche Le grand adolescent hâlé de peau du parcourir deux étages avant de le trouver, et fut sur le point d'abandonner, pensant qu'il était rentré chez lui comme le reste du lycéen, lorsqu'il tomba par hasard nez à nez avec lui.
Kuroko Tetsuya n'avait visiblement pas voulu partir de suite du lycée pour une raison qui lui échappait.
Mais peu importe, l'important, c'est qu'il ait réussi à lui mettre la main dessus. Comme à leur habitude, les deux jeunes hommes bleutés se saluèrent poliment, bien que de manière un peu détachée devant les rares témoins encore présents dans la classe où ils étaient actuellement posés. La relation entre le deuxième et le troisième année restait toujours un mystère pour ceux qui les côtoyaient, car ils n'avaient à première vue rien en commun, si ce n'est justement cette absence de goût pour la vie sociale. Aussi taciturnes l'un que l'autre, ils semblaient pourtant se comprendre d'un seul regard, comme un langage muet qui ne pouvait être décrypté qu'entre eux.
Aussi, Daiki ordonna à Tetsuya de le suivre d'un ton qui ne semblait pas attendre de refus, et c'est tout aussi naturellement que ce dernier obéi, ayant visiblement saisi l'enjeu qu'il y avait derrière. Le plus grand du duo mena le plus petit dans un endroit bien plus isolé, à l'abri des oreilles et des yeux indiscrets qui passeraient par là par hasard. Depuis le début, Kuroko n'avait pas semblé étonné par cette manifestation surprenante de la part de son compagnon de basket alors qu'ils étaient encore au lycée. En effet, d'un accord commun, les deux avaient décidé de nier toute relation en dehors du nécessaire une fois qu'ils franchiraient le seuil de l'établissement en temps normal.
Mais justement, si Aomine faisait exception à la règle, c'est bien parce qu'ils n'étaient plus en temps normal...
"Tetsu, j'ai entendu des rumeurs aujourd'hui, sur la salle de laboratoire d'Akashi." Commença le sportif, la tête baissée sur son camarade. "Du sang sorti de nulle part, des organes... Je pense que je n'ai pas besoin de te faire un dessin."
"Oui, c'était bien moi..." Avoua le plus jeune en soutenant son regard dur. "Je n'ai pas réussi... à me retenir."
"Je t'ai pourtant dit de faire gaffe! Tu imagines un peu ce que les autres ont dû s'imaginer? On ne sait jamais quand ça peut arriver, et toi tu te lâches à l'intérieur du lycée! Et si jamais on nous découvrait à cause de ça?"
"Je n'y peux rien!" Se défendit Kuroko. "Quand ça vient, ça vient! Je n'avais pas le choix! Tu ne sais pas ce que c'est que de devoir retenir ces choses au quotidien!"
Lui qui d'habitude parlait de manière calme et posée, venait de hausser le ton, signe qu'il était réellement agacé des accusations de son homologue. Ce dernier comprit qu'il avait peut-être été trop sévère, et se gratta la nuque en signe de gêne tout en détournant le regard. Tetsu avait raison. Il n'avait aucune idée de ce qu'il endurait tous les jours, combien même il était sans doute plus à même de le comprendre que ses propres parents. Avec un soupir, il se cura finalement l'oreille droite avec l'auriculaire, tic chez lui prouvant qu'il se détendait et voulait donc reprendre une conversation un peu plus posée.
"D'accord, d'accord, j'ai compris. Du moment que personne ne t'a vu, c'est bon. J'espère juste que ça ne se reproduira pas."
"Pour tout te dire... quelqu'un m'a vu." Déclara timidement Kuroko, sachant d'avance comment allait réagir le garçon mat.
En effet, ce dernier ne retint pas cette fois toute sa colère à l'encontre du jeune homme qui la subit sans dire un seul mot. Ce dernier savait très bien à quoi il risquait de s'exposer en avouant sa maladresse à Aomine, mais au fond de lui, il sentait qu'il n'avait rien fait de mal, ou même nuisible pour eux, Il laissa le sportif exprimer à voix grave ce qu'il avait sur le coeur, se surprenant à être rassuré qu'il existe dans ce lycée des pièces aussi isolées telle que ce débarras à peine éclairé par une petite lucarne dans lequel l'avait emmené l'adolescent au teint hâlé. Il y avait une étagère sur le point de s'effondrer, quelques outils de bricolage et de ménage ainsi qu'une chaise sur laquelle il n'osa pas s'asseoir de lassitude.
Car oui, Daiki n'en finissait pas avec ses réprimandes au point que Tetsuya se dit que dans une vie antérieure, il aurait pu faire un excellent policier, si on passait outre à sa paresse et son insolence sans bornes.
"... et je peux savoir c'était qui, le chanceux que tu as laissé te voir comme ça?" Conclu-il, s'apercevant sans doute que le garçon transparent ne l'écoutait plus depuis un petit moment.
Ce dernier hésita un instant. Il savait ce qui allait se passer s'il disait la vérité, mais d'un autre côté, il était peu doué pour mentir face à quelqu'un comme Daiki. Une minute passa, puis il lâcha la bombe.
"Kagami-kun."
"Tu plaisantes?"
Cette fois, Kuroko avait l'impression d'avoir insulté son camarade plus âgé de la pire espèce sous humaine qui puisse exister. Cela se sentait rien que dans le ton de sa voix, et il avait peur de deviner pourquoi.
Aomine n'était pas dupe: si Kuroko s'était fait surprendre dans cet état, ce n'était pas par hasard. Peut-être qu'il fut excité au préalable, mais la raison principale, c'est que comme tous ceux de leur espèce, il avait besoin de quelqu'un pour le stimuler. Même sans contact, une simple présence suffisait. Mais il fallait qu'il ait d'ores et déjà quelque chose de spécial qui existe entre lui et l'autre individu. Le garçon aux cheveux bleus avait probablement dû entendre Kagami, ou au moins sentir sa présence dés qu'il fut rentré -d'autant plus que le rouge avait une aura très forte- mais cela ne l'avait pas fait arrêter son geste alors que n'importe qui en aurait été refroidi. Au contraire, il était allé jusqu'au bout, quitte à prendre le risque de trahir les siens et avait laissé l'adolescent rouge le surprendre dans cette position.
Cela ne voulait donc dire qu'une seule chose...
"Ne me dit pas que tu te sens attiré par lui."
La teinte rosée qui vint colorer la couleur lactée du visage de son interlocuteur répondit pour celui-ci. Cette fois-ci, la colère d'Aomine était à son paroxysme.
"Tetsu..." Prévint-il d'un ton qui ne présageait rien de bon.
"Je ne le comprends pas moi-même mais... je ressens quelque chose, c'est plus fort que moi. Je ne peux pas l'arrêter."
"Ne dis pas n'importe quoi! Tu sais très bien ce que tu es et lui il est n'est qu'un... humain! Comment peux-tu éprouver des choses pour lui? Il n'a même pas d'odeur!"
La prochaine réponse muette fut bien plus violente car il s'agissait d'une frappe dans l'estomac. Loin de se plier en deux pour si peu vue son fort gabarit, Daiki se redressa néanmoins en insultant Tetsuya d'un nom d'oiseau peu flatteur avant de se retrouver en face de deux prunelles bleues glacées dégageant des étincelles de fureur à son encontre. C'est alors qu'il comprit. Les sentiments de Tetsu n'étaient pas superficiels, peu importe leur origine, et il était inutile de vouloir le comprendre. Kuroko était déterminé à ne laisser personne l'empêcher de ressentir ce qu'il voulait pour Kagami, et n'autoriserait pas à ce qu'on dénigre ses sentiments, aussi étranges puissent-ils paraître. Cela ne fit qu'exaspérer davantage Aomine.
Il pousse un soupir à fendre l'âme avant de reprendre sur un ton un peu moins tranchant.
"Tu sais à quoi tu t'exposes si tu fais ça, Tetsu... Si par miracle, Kagami ne te rejette pas de dégoût en apprenant ce que tu es, il ne vous laissera certainement pas vivre en paix. Tu ne pourras jamais être vraiment heureux et tranquille avec lui."
"Je sais, mais je veux faire ce que je ressens, pas ce qu'on m'ordonne." Fit Kuroko d'une voix presque peinée qui fit comprendre à son ami qu'il avait sûrement dû réfléchir à tout ça de longues heures.
Un lourd silence passa entre eux. Aomine se doutait que rien de ce qu'il pourra dire ne ferait changer d'avis son compagnon de basket, et honnêtement, il ne se sentait pas l'envie de s'engager sur ce terrain. Tetsu était une personne qui comptait pour lui dès qu'il le rencontra, presque comme un petit frère. Pendant deux ans, il avait tenté de le protéger de loin de ces autres types, y réussissant d'ailleurs plutôt bien grâce à sa nature. Mais désormais, Kuroko n'était plus le seul dont il devait s'occuper. Si c'était la voie que le plus jeune s'était choisie, qui était-il pour s'y opposer en sachant ce que lui-même avait décidé de faire?
"Très bien, j'ai compris Tetsu. Si c'est ce que tu souhaites, je ne t'en empêcherais pas, et je ne dirais rien aux autres. Mais fais attention à toi, s'il te plaît. Je pense te l'avoir déjà dit, mais je ne suis pas le seul dans mon genre à être dans ce lycée. Et si jamais Kagami agit mal..."
Kuroko ne pu s'empêcher de sourire à cet avertissement, reconnaissant bien là le côté protecteur de son ami.
"Ne t'inquiète pas, je serais prudent."
Sur cette dernière recommandation, le garçons aux cheveux bleu clair se courba pour affirmer son respect à celui qui l'avait soutenu et continuait de le soutenir malgré sa décision. Il lui souhaita une bonne soirée puis ouvrit la porte de leur espace privé pour partir dans le couloir et disparaître au détour de la cage d'escalier, laissant désormais Aomine seul dans le lieu semi-clos. L'adolescent au teint mat ne le quitta pas immédiatement, préférant s'adosser pour réfléchir à ce qu'il venait de faire. Il avait beau avoir promis de faire celui qui ne savait rien, il ne pouvait ignorer que les rumeurs couraient vite au lycée, surtout en ce qui les concernait et que si ça ne viendrait pas de lui, quelqu'un d'autre s'en chargera.
Tetsu n'en était qu'au début de sa galère, et faire accepter ses sentiments à cette espèce d'étudiant venu d'Amérique comptait presque comme secondaire vue leur situation.
Avec un rire amer, Aomine se rendit compte que son propre cas n'était guère mieux.
